Elle hurlait, hurlait sans cesse et son hurlement lui brisait le cœur et l'âme. Plus que tout au monde il aurait souhaité ne pas être là, ne pas être coupable de ce qui allait se passer. Il était coupable, c'était lui qui tenait le poignard dans sa main, même si une autre main guidait son geste, c'était entièrement de sa faute.

La main froide de Voldemort ne quittait pas la sienne, le bambin était mort. Le seigneur des ténèbres riait en une litanie sans fin et Draco ne pouvait détourner son regard de l'enfant décédé sur l'autel de marbre noir. Son maître jubilait derrière lui, heureux que son élève l'écoute attentivement. Draco avait entendu l'horrible bruit de la lame pénétrant dans la poitrine de l'innocent bébé, il avait été la cause de sa mort dans le but de Voldemort de le rendre plus puissant. Jamais au monde le jeune Serpentard n'aurait souhaité plus que tout au monde être faible, il aurait souhaité être faible pour que jamais le maître des ténèbres ne le prenne comme élève.

La bague de Serpentard ne quittait pas son majeur, signe que l'homme reptile l'avait prit sous sa tutelle . Si son père et sa mère avaient librement trahis Voldemort, Draco n'avait pas pu. Chaque jour passait sous les cours du maître, toujours en quête de plus de puissance pour le transformer en un héritier digne de lui. Parfois, Draco recevait des courtes missives de son père qui le suppliait de garder espoir, qu'Harry Potter allait le sauver. Il ne lui répondait jamais, il était étroitement surveillé, de toute part. Par le serpent de Voldemort, par le maître en personne et par chaque mangemort, il n'avait jamais pu répondre. Pourtant, ces mots d'espoir finissaient toujours par éclairer ses journées ténébreuses. Il n'y avait que le pouvoir et la soif de pouvoir qui rythmaient ses journées et rien d'autre. Il n'y avait rien d'autre que la douleur, la souffrance, l'impuissance face à son ennemi.

Il n'y avait pas non plus de choix, juste l'obéissance, juste l'action de baisser la tête et faire tous les rituels plus sombres que le seigneur des ténèbres lui demandait de faire. Il était certain qu'il était plus puissant que Voldemort, mais il ne pouvait rien faire pour se rebeller contre lui à cause d'un sort obscur. Draco se voyait obligé de le servir avec ferveur.

Lors de la bataille finale qui se déroula à Poudlard, il fut obligé de lever sa baguette contre son père, contre sa mère, contre ses amis qui avaient réussis à fuir l'influence de Voldemort. Pourtant, lui, était là, les larmes aux yeux et dans l'obligation de leur lancer le sort de mort. Il aurait préféré mille fois se tuer plutôt que de lever sa baguette contre sa famille.

Il le fit, au moment où Voldemort se dirigeait contre Harry Potter, son ennemi juré, Draco leva sa baguette et lança un sort de désarmement sur son celui qui se considérait comme son maître. Sa magie bouillonnait à cause du maléfice posé sur son âme et pourtant, l'homme serpent se tourna vers lui, le visage défiguré par la haine.

Ce ne fut pas Harry qui affronta le seigneur des ténèbres. Ce fut Draco Malfoy. Poussant un hurlement venant du plus profond de son âme, retirant l'épaisse cape noir dont l'avait affublé son pseudo mentor, il attendit que ce dernier récupère sa baguette pour enchaîner les sorts. Après tout, Voldemort l'avait entraîné à devenir un bon duelliste. Tout son savoir en termes de magie noire sortit à ce moment-là. Les mangemorts derrière lui commencèrent à lui jeter des sorts pour venir en aide à leur maître mais Draco était complètement enragé, et la douleur attisait sa haine.

Il rassembla sa magie et provoqua une explosion derrière lui pour se débarrasser de tous ces ennemis qui pouvaient l'attaquer par là. Voldemort redoublait de sorts sur lui mais la haine ne le quittait pas. C'est Voldemort qui l'avait apprit à haïr et malgré la douleur qui courrait dans son corps, qui courrait au travers sa magie, il se rappelait du bambin que Voldemort l'avait forcé à tuer et il désira ardemment tuer cet homme. Draco n'avait jamais été quelqu'un d'haineux, il pouvait ne pas apprécier quelqu'un, mais de là à vouloir le tuer de cette façon.

Les sorciers de la Lumière n'osaient pas bouger, se contentant de le fixer, horrifiés. Il poussa un cri de rage, un cri de douleur et sa magie se précipita vers Nagini pour lui trancher la tête. Malgré le sort de protection de Voldemort sur son familier, elle mourut rapidement.

« Que fais-tu ? Fou, imbécile ! Oser se rebeller contre moi alors que je t'ai tout apprit !

-Je n'ai rien apprit d'autre de vous que la haine. Voldemort eut un ricanement sans fin.

-Mon digne héritier, mon digne fils … »

La magie sauvage, énervée de Draco se dirigea vers l'homme serpent pour l'étrangler et pire lui absorber toute sa magie. Le jeune sorcier voulait le faire souffrir et la punition la plus sévère restait de le priver de sa magie. Draco voulait aussi se libérer de l'épée qui appuyait sur sa magie, qui le faisait tant souffrir, il ne parvenait pas à retenir ses hurlements de douleur en sentant sa propre magie se rebeller contre lui, pourtant, il tenait bon.

Quand Voldemort ne fut qu'un simple vieillard sans magie, Draco retira sa magie et laissa l'ancien sorcier de magie noire tomber au sol comme une vulgaire poupée de chiffon. Enfin, il pouvait respirer, l'énorme poids qui pesait sur lui, sur sa magie avait enfin disparu, pour la première fois depuis environ un an, il se sentait libre de faire ce qu'il voulait avec sa propre magie, il se sentait enfin libre de pouvoir réfléchir par lui-même.

Il poussa un hurlement libérateur, il respirait enfin. Toute la douleur qui parcourrait son corps commençait enfin à refluer, toute la souffrance qu'il avait gardé pour lui depuis de long mois s'exprimaient enfin en ce hurlement qui lui semblait sans fin. Il sentait sa magie s'agiter, si libre, si belle mais pourtant si souillée. Draco tremblait de tout son corps, encore effrayé de tout ce qu'il avait fait.

Il n'entendit que vaguement les sorciers de la Lumière aller arrêter les mangemorts, sûrement sonnés par l'explosion magique. Dumbledore s'approcha aussi de Voldemort mais Draco n'avait pas la force de bouger, il était épuisé, il sentait qu'il allait s'évanouir. Il croisa vaguement le regard couleur acier de son père avait de sombrer totalement dans une inconscience bienvenue.

Le soleil caressait sa peau agréablement quand il se réveilla ce jour-là. Il reconnut la chambre qu'il avait toujours occupée au manoir Malfoy. Il se sentait lourd et engourdi, sans compter la douleur qui semblait courir doucement sous sa peau.

Pendant un moment, il craignit de voir Voldemort entrer dans sa chambre. Il redoutait de le voir de nouveau comme si, d'un moment à l'autre, il allait de nouveau poser ses griffes sur lui. Draco se constitua un visage neutre avant de se redresser. Harry Potter en personne se tenait dans un siège près du lit, endormi sur les genoux du Survivant lui-même, Lucius Malfoy. Bien sûr, voilà un moment déjà que son père l'avait prévenu qu'il était en couple avec le jeune Gryffondor, néanmoins, le voir était différent que de le lire. Son père paraissait paisible malgré les cernes que Draco pouvait voir sous ses yeux.

Harry ne parlait pas, comme s'il attendait que le jeune Serpentard se réveille bien. C'était inutile, malheureusement, Draco avait apprit à se lever toujours très rapidement. Il paniqua un moment quand il ne trouva pas sa baguette sur sa table de chevet, là où il la laissait toujours. Néanmoins, le jeune Potter déclara :

« Nous l'avons ramassé, ne t'en fais pas.

-Depuis … combien de temps ? Il avait la voix pâteuse mais ne s'en souciait pas outre mesure, il voulait savoir si tout s'était réellement passé.

-Tu es dans le coma depuis quelques semaines. Nous avons veillé sur toi.

-Et … Tu-sais-qui ?

-A Azkaban. »

Draco poussa un profond soupir de soulagement. Ça c'était vraiment passé, Voldemort ne pouvait plus rien lui faire. Il essaya de calmer ses mains tremblantes. Rien que de penser à ce mentor des ténèbres, il en frissonnait de terreur. Son cœur était plus calme, plus serein à l'idée d'affronter un monde sans la présence de celui qui voulait le transformer en héritier de Serpentard.

Il portait toujours la bague que le seigneur des ténèbres lui avait passée au doigt, Harry lui dit :

« Nous n'avons pas réussi à te la retirer.

-Personne ne le peut. »

Quand Lucius se réveilla, il eut un comportement que Draco ne lui avait jamais connu. Le père alla enlacer son fils. Le jeune blond ne lui avait jamais connu un tel comportement et s'était crispé, il combattait même une puissante envie de le repousser. Le sentiment de terreur qui l'entravait n'avait rien de plaisant, Draco revoyait Voldemort le prendre dans ses bras et pendant un moment, il oublia qu'il était revenu au manoir Malfoy.

Il rejeta son père violemment avant de se reculer sur le lit. Sa respiration était saccadée par la peur et la terreur. Lucius semblait comprendre son comportement et alla se rasseoir près du jeune Potter. Cela faisait près d'un an qu'ils ne s'étaient pas vus, surtout qu'il avait abandonné son fils aux griffes du seigneur des ténèbres. Draco avait toutes les raisons du monde de lui en vouloir, surtout qu'il n'avait jamais réellement connu une marque d'affection de ce style.

Il fut décidé qu'ils allaient prendre un déjeuner mérité. Draco refusa, il n'avait pas faim. Lucius insista pour qu'il mange, après tout, il était resté dans le coma un long moment. D'ailleurs, le jeune homme eut du mal à se lever mais insista et n'accepta aucune aide.

Il restait morose, peu importe les efforts de son père pour le dérider. Harry et le blond lui avait expliqué la situation : voilà près de deux semaines que Voldemort avait été arrêté, ainsi que tous les mangemorts l'accompagnant. Evidemment, tous les sorciers savaient qu'il était le sauveur de l'Angleterre et la population n'attendait qu'une chose : le voir en public pour l'acclamer. Lucius avait pu convaincre les médicomages de le laisser rentrer au manoir puisqu'il allait bien, la magie qu'il avait employée pour vaincre le mage noir semblait l'avoir temporairement plongé dans un coma.

L'air trop heureux de son père lui donnait envie de vomir, aucun d'eux n'avait vécu ce que lui avait vécu. Il était dégoûté mais en même temps, il essayait de voir le positif, il était le seul à avoir subi ce traitement de la part de Voldemort et plus personne ne connaîtrait la même souffrance que lui. L'odeur de la nourriture le dégoûtait, il n'avait pas faim mais … la joie d'avoir retrouvé son père ne le quittait pas. Son père avait tellement changé, il avait laissé tomber ce masque d'aristocrate qu'il avait toujours porté en présence du jeune Potter. Comment pourrait-il de nouveau le comprendre ? L'appréhender, l'aimer ainsi ?

Draco avait toujours vécu avec son masque et ces derniers mois, son masque avait été primordial à sa survie et maintenant, son masque devenait inutile, pire encore, son père, son modèle de toujours, ne portait plus le sien. Il était perdu.