Disclaimer : Encanto ne m'appartient pas. Ceci est une fiction.

La pluie en un jour de fête

C'était une belle journée d'été. Dans sa chambre de la Casita Madrigal, la jeune Pepa laissait sa mère et sa sœur s'occuper de la coiffer. Elle allait se marier dans quelques heures et elle pensait qu'elle ne serait jamais aussi heureuse.

- Arrête avec tes arcs-en-ciel ! la taquina Julieta. Tu en mets partout !

- Désolée ! répondit Pepa en riant. J'arrive pas à m'en empêcher aujourd'hui !

Et Pepa jubilait. Contrairement à sa sœur et son frère, qui utilisaient leur magie sur commande, elle ne pouvait pas s'empêcher d'influencer la météo. Depuis ses cinq ans, elle n'avait jamais pu se mettre à pleurer sans que sa mère lui dise de refouler sa tristesse, de faire taire ses sentiments, et elle en avait beaucoup souffert. Tout le monde sauf elle avait le droit d'avoir du chagrin. Mais maintenant, elle avait Felix. Il l'aimait, il l'acceptait comme elle était, même les jours où elle se sentait malheureuse. Et elle allait bientôt l'épouser, unir sa vie avec celle de cet homme extraordinaire. Quelle joie.

- Felix est un jeune homme remarquable, fit remarquer Alma. J'espère que Bruno aussi trouvera bientôt chaussure à son pied.

- Maman ! protesta Julieta, elle-même mariée depuis trois mois. Bruno n'a pas envie de se marier pour le moment et c'est son droit !

- Il devrait épouser la petite Maria Guzman. C'est un très beau parti.

Julieta leva les yeux au ciel et finit de tresser les cheveux de sa sœur.


Pendant ce temps, dans la chambre voisine, Agustin, Felix et Bruno finissaient de se préparer pour le mariage, tous trois impatients. C'était une belle journée et tout allait être parfait.

- Tu sais Felix, énonça Bruno, je n'ai jamais vu Pepa aussi heureuse que le jour où tu l'as demandée en mariage. Je ne pourrais pas rêver meilleurs beaux-frères que vous deux. Et si je peux faire quelque chose pour toi un jour, n'hésite pas à me le demander.

Felix regarda par terre gêné.

- Justement, il y a quelque chose que tu peux faire tout de suite, énonça-t-il. Pepa et moi, on aimerait avoir des enfants mais elle a peur de te poser la question. Est-ce que tu pourrais regarder dans notre avenir pour voir si on va être parents ?

Bruno se rembrunit. Il aimait beaucoup sa sœur et il savait qu'elle pouvait avoir des émotions très fortes par moments. Et s'il voyait une mauvaise nouvelle dans son avenir proche ? S'il la rendait triste ? Ça risquait de gâcher la fête.

- Plus tard ? suggéra-t-il.

- Non, tout de suite ! insista Félix. Si c'est une bonne nouvelle, j'irai la lui annoncer tout de suite et si c'est moins bon, on attendra un peu.

À contrecœur, Bruno entraîna ses deux amis tout en bas de la grande tour. Il traça un cercle dans le sable, s'assit par terre et se concentra. Le sable vola de tous côtés et des lumières vertes apparurent. Et puis une image se précisa et devint de plus en plus nette.

- Julieta et Pepa… murmura Agustin.

Elles se tenaient assises sur le porche, côte à côte, et chacune berçait un bébé. Près d'elles, Agustin et Felix les regardaient avec tendresse.

- Elles vont être mamans ensemble ! balbutia Felix.

- On va être papas ! ajouta Agustin, des étoiles plein les yeux. Et Bruno va être tonton !

- Et les bébés… ils ont l'air en bonne santé ! Tout le monde va être heureux ! Merci, Bruno ! Merci !

De joie, le futur marié serra Bruno dans ses bras, puis se précipita à l'extérieur, prêt à annoncer la bonne nouvelle.

Agustin le talonna et Bruno resta un instant sur place, ému. Pour une fois, on aurait une bonne nouvelle à annoncer. Ses sœurs allaient être heureuses. Et puis il allait devenir un oncle, jouer avec ses nièces et neveux et leur apprendre plein de trucs. C'était tellement agréable de penser à ça.


Pendant ce temps, Pepa avait fini de se préparer. Elle descendit dans la cour, belle comme un ange dans sa robe blanche auréolée d'arcs-en-ciel. Les enfants du village restèrent sans voix en la voyant.

Et puis l'un d'eux eut la très mauvaise idée de lui faire une méchante blague.

- Pepa ! s'écria-t-elle en courant vers elle. Pepa, il va y avoir une tempête, c'est Bruno qui l'a dit !

Les arcs-en-ciel commencèrent à s'effacer autour d'elle.

- Mais non ! protesta-t-elle. Bruno n'a pas dit ça...

- Mais si, il l'a dit !

À ce moment précis, Bruno apparut. Pepa se précipita vers lui, bousculant Agustin et Felix au passage.

- Bruno, cria-t-elle. Bruno, est-ce que c'est vrai ?!

Bruno ne savait pas qu'elle parlait d'une tempête. Il pensait qu'il s'agissait de la bonne nouvelle du jour, du beau bébé en bonne santé qu'elle mettrait au monde dans un an ou deux. Il se fendit d'un large sourire et s'écria :

- Bien sûr que c'est vrai ! Absolument vrai, j'en suis certain à cent pour cent !

Le visage de Pepa se décomposa. Son propre frère lui prédisait une tempête pour aujourd'hui. Et il le faisait en souriant, comme si c'était une bonne nouvelle. Il n'avait pas de cœur.

Le ciel devint sombre et une pluie diluvienne se mit à tomber. Pepa pleurait toutes les larmes de son corps et Bruno restait bouche bée. Qu'était-il en train de se passer ?


Le reste de la journée se passa sous une pluie battante. Felix faisait de son mieux pour consoler sa jeune mariée tandis que Julieta et Agustin s'efforçaient de se rendre utiles, distribuant des parapluies et servant le repas de noces en affichant un sourire forcé. Seule Alma ne souriait pas. Elle lançait des regards noirs à Pepa comme à chaque fois qu'elle avait un nuage au dessus de la tête et fusillait Bruno du regard dès qu'il passait dans son champ de vision. Ce dernier serait rentré sous terre s'il l'avait pu.

C'était censé être le plus beau jour de la vie de sa sœur et il l'avait gâché sans le faire exprès. Peut-être qu'elle ne le lui pardonnerait jamais. Peut-être qu'il n'avait pas sa place parmi eux, dans cette belle famille qui verrait naître deux beaux bébés dans un an à peine.

Peut-être qu'un jour, il partirait très loin.