Année : 780

Environ 6 mois après le tournoi du pouvoir

Le soleil n'était pas encore levé. Lentement, Monster Island s'éveillait. Au bruit des vagues commençaient à s'ajouter les premières manifestations de vie des animaux diurnes, oiseaux en tête. Au loin, quelques cris plus puissants se faisaient entendre, émanant cette fois du centre de l'île, et provenant des monstres qui la peuplaient.

C17 écoutait attentivement. L'une des premières leçons qu'il avait apprise au contact des animaux, c'était l'importance à accorder aux sons de la nature. Pas besoin de se déplacer parfois pour savoir que quelque chose n'allait pas. « La nature n'est jamais silencieuse. Jamais. ». Très précieux conseil donné par sa femme, et sans aucun doute le plus utile.

Apparemment, rien à signaler, la nuit avait été calme. Il pouvait donc prendre un peu de temps pour lui avant de faire sa première ronde. C17 s'assit sur la chaise qu'il avait installée dans son campement, et qui faisait face à l'océan. Cet endroit était le plus paisible de l'île, et il aimait s'y installer pour boire un café et réfléchir. Avoir un campement ne lui était pas vraiment indispensable. Disposer d'une énergie infinie avait comme avantage qu'il n'était jamais fatigué, et n'avait donc pas besoin de dormir. Il n'y arrivait d'ailleurs pas vraiment. Parfois, il pouvait se mettre dans un état proche du sommeil, mais qui était plutôt une sorte de « veille », sans rêve ni rien de ce genre.

Pas besoin pour lui donc de prendre du repos, mais ce moment de quiétude et de calme avant d'entamer sa journée était devenu un rituel qu'il avait mis en place en étant devenu ranger, il y a des années, dans un grand parc des montagnes du Nord.

Et ainsi, il pouvait voir au loin l'île où se trouvait sa famille. Elle n'était pas très loin. Le parc naturel dans lequel il travaillait était composé de plusieurs grandes îles abritant chacune une faune bien spécifique. Monster Island était de loin la plus dangereuse, et C17 en avait la responsabilité pour ce qui était de sa protection. Il était également en charge de coordonner le travail des autres rangers qui protégeaient les îles environnantes. Quant à sa femme, elle était la zoologiste en chef du parc. Leur travail à tous les deux leur avait valu le droit de s'installer sur la plus petite des îles. Ainsi, sa famille n'était pas trop loin de lui et il pouvait assez facilement les voir.

Soudain, la sonnerie de son téléphone retentit. Il n'avait pas besoin de le regarder pour savoir qui l'appelait. Il décrocha, et immédiatement, avant même qu'il n'ait pu prononcer un seul mot, une voix douce et espiègle retentit :

« Bonjour ranger ! Alors, bien dormi ? ».

C17 ne put s'empêcher de sourire.

- Oui bien sûr. Des heures, répondit-il.

- Rien de particulier à signaler ? Aucun tournoi galactique, aucun univers à sauver, aucun dragon ?

- Non.

- Nuit calme donc…

- Parfaitement calme.

- Hahaha et bien super, me voilà rassurée. Bon, plaisanterie mise à part, je pense qu'on sera là dans 2 heures maximum, c'est bon pour toi ?

- Oui.

- Alors, juste histoire que tu sois préparé, tes ainés ont decidé de te demander l'autorisation d'aller voir le Minotaure.

- C'est absolument hors de question.

- Oui, je sais. Mais ils ont travaillé toute la soirée pour te préparer un argumentaire et essayer de te convaincre.

- C'est peine perdue.

- Je sais aussi. Ils ont même inclus leur petit frère dans la présentation.

- … comment ?

- Tu verras bien. J'avoue, ils se sont vraiment donné du mal.

- Et tu emmènes le petit aussi ?

- Oui.

- Je continue de penser que c'est encore trop tôt pour lui.

- Oui je sais ce que tu penses.

- Mais comme mon avis ne compte pas vraiment…

- En effet !

Depuis le tout premier jour, sa femme était ainsi : déterminée, drôle mais aussi incroyablement effrontée. Sans qu'il ne puisse jamais expliquer pourquoi, malgré toute sa puissance, elle n'avait jamais eu peur de lui et ne s'était jamais laissée impressionner. Aucun humain n'avait jamais osé lui parler comme elle le faisait, et c'était ce qui l'avait immédiatement intrigué chez elle. En y repensant, tout dans leur histoire était improbable. Il aurait suffi qu'il refuse de la suivre, qu'il poursuive sa route. Mais elle avait piqué sa curiosité, elle qui était si sûre d'elle malgré toute sa faiblesse d'humaine « normale ».

Elle l'avait amusé, intrigué. Alors il l'avait accompagné. Cela ne devait durer que quelque mois, rien de bien important.

Il ne pouvait pas imaginer à l'époque tout ce que cette rencontre allait lui apporter. Il repensait souvent à ça, et à tout ce qu'il aurait manqué s'il avait fait un autre choix.

- C17 ?

-Oui ?

- Tu ne dis plus rien, ça va ?

Elle ne lui laissa pas le temps de répondre (ça aussi, c'était habituel) :

- Je sais que tu t'inquiètes mais vraiment, pas de quoi. Nous allons rester à l'extérieur de l'île, donc aucun risque du côté des animaux. Et pour ce qui est des braconniers, ils sont idiots c'est vrai, sinon ils ne reviendraient pas sans arrêt sur l'île, mais il leur reste juste assez de jugeote pour ne pas venir quand nous sommes là. Une seule fois leur a suffi, ils savent que tu es beaucoup moins gentil quand je suis là, et encore moins quand les enfants viennent.

- C'est vrai.

- Alors ne te fais pas trop de souci. Et puis c'est important que tu vois les enfants. Cette croisière leur a fait beaucoup de bien, voir leur papa tous les jours leur a fait tellement plaisir.

- Moi aussi.

- Je sais. Et de toute façon je dois venir. N'oublie pas que nous sommes en fin de mois, et que je dois récupérer….

- Mon rapport mensuel sur l'état de la biodiversité.

- Qui est bien sur terminé.

- Tout à fait.

C'était sa rencontre avec sa femme qui avait fait de C17 un protecteur des animaux. Elle n'était encore qu'une zoologiste en formation, et lui… il venait de vivre plusieurs années d'errance et de solitude après sa résurrection. Le hasard les avait réunis, et au fur et à mesure, tous deux avaient appris à travailler en équipe et avaient réalisés de nombreuses expéditions à travers le monde pour étudier ou protéger des animaux.

Pour ce qui était de Monster Island, leurs rôles étaient complémentaires : sa femme s'occupait du suivi des animaux du parc, en particulier le minotaure bien sûr, mais pas seulement. Elle menait des expériences scientifiques régulièrement, suivait les naissances et l'évolution des populations d'animaux. C17 lui veillait sur la sécurité des animaux, chassait les braconniers et (ce qui était le plus compliqué finalement) veillait sur elle et l'accompagnait quand elle faisait des visites.

Depuis qu'il était devenu le garde forestier officiel de Monster Island, sa femme s'y rendait environ tous les 3 jours, et une fois par semaine elle amenait leurs enfants sur l'île. Leurs deux ainés avaient maintenant 7 ans et étaient donc maintenant familiers de cet environnement hostile. Par contre, pour leur troisième enfant qui venait tout juste d'avoir 2 ans, aujourd'hui allait être une grande première. Au vu de son jeune âge, il n'était encore jamais venu sur l'île. C17 profitait de la proximité de leur maison pour aller le voir très régulièrement, quelques minutes ou quelques heures. Il ne pouvait guère s'éloigner plus longtemps de l'île. Il lui était également arrivé de prendre quelques jours de congés, mais cela nécessitait une telle organisation (et le déploiement massif de gardes et de soldats) qu'il ne pouvait pas le faire très facilement.

En pensant à la journée qui s'annonçait, C17 ne put réprimer un éclat de rire. Sa femme l'entendit et réagit aussitôt :

- Quoi ? J'ai dit quelque chose de drôle ?

- Non pas vraiment.

- Alors pourquoi tu ris ?

- J'imagine simplement combien ma journée va être facile avec vous 4 en même temps. Je me demande lequel déclenchera une catastrophe en premier.

- …...Tu sais que j'adore ton cynisme ?

- Oui je sais.

- C'était ironique mon chéri. Bref, il paraît que monsieur est le sauveur de l'univers, donc tu devrais pouvoir nous gérer tous les 4 non ?

- Sans aucun problème.

- Voiiiiiiilà, donc tout est réglé. Écoute je vais aller réveiller les enfants, et on arrive une fois qu'ils sont prêts.

- D'accord.

- Si tu as le temps de passer voir le troupeau d'antilopes avant, ce serait bien. La blessure de la femelle dominante m'inquiète un peu.

- Oui.

- Parfait. À tout à l'heure. Je t'aime !

- Je sais.

- …..

- …..

- … Tu sais qu'après ton cynisme, ce que je préfère c'est ton sens de l'humour hein !

- Je sais.

C17 raccrocha.

Le soleil était à présent bien visible et ses rayons se reflétaient sur la surface de l'océan. C'était un magnifique spectacle, et une superbe journée s'annonçait.

Il ressentit alors ce sentiment de plénitude, comme une vague de chaleur dans sa poitrine.

C17 sourit. Il était simplement heureux.

Son regard se perdit vers l'horizon lointain.

« Quand j'y pense, tout ce que tu m'as apporté, si ce jour-là j'avais refusé de te suivre….Ruri »