Croutard vivait paisiblement. Il était nourri dans un endroit au chaud sans prédateur.

Mais Peter Petitgrow savait que l'endroit où il vivait était épouvantable. Entre ces jumeaux qui avait tenté de l'enlever pour faire des expérience, les gnomes qui tentaient de le becqueter et la petite dernière qui pris de frayeur l'avait envoyé loin d'un douloureux coup de pied, sa vie risquait de ne pas être plus longue que celle d'un véritable rat.

Au moins, Percy était gentil et calme avec lui mais peut-être trop attentionné.

Il lui préparait lui-même la plupart de ses repas parce qu'il ne voulait pas fatiguer sa mère déjà très occupée avec ses enfants. Mais Percy n'avait pas le talent culinaire de sa mère et en plus un rat ne pouvait espérer recevoir un repas décent.

Et tous les jours, Peter voyait des bouillies infâmes être placées dans sa gamelle. Il devait se forcer à ingurgiter cette horreur sous le regard ravi de Percy.

Mais c'était dur, très dur. À de nombreuses reprises, il alla vomir.

Un jour, il n'y tint plus. Il devait réagir.

En début de soirée, tandis que Percy dormait paisiblement, il s'éloigna du Terrier et transplana.

Après quelques transplanage, il arriva à Londres et dénicha un ferry partant pour la France.

La Manche traversée, il reprit sa route et arriva enfin à son objectif : Paris.

Après son régime forcé, il estimait qu'il avait bien mérité de la bonne gastronomie.

Heureusement qu'il avait apprit un peu de français pendant son adolescence, il put commander dans un restaurant. Il ne comprenait pas bien le détail des plats mais tout le monde semblait se régaler.

Mais le serveur semblait perplexe. Il repartit et fut remplacer par le chef en personne, un homme à l'allure débonnaire. Le cuisinier ne dit rien et se contenta de regarder Peter avec un grand sourire.

Il s'en alla et revint avec une simple omelette.

Sceptique, Peter planta sa fourchette et prit une bouchée.

C'était indescriptible, à la fois fondant et savoureux. Sans comprendre pourquoi, cette bouchée lui fit se souvenir de sa mère mais également de ses bons moments avec les amis qu'il avait trahi.

C'était incroyable, magique. Il y avait une telle douceur dans cette omelette qu'il versa d'abondantes larmes.

Tout le repas était un rêve éveillé, bien meilleur que le meilleur festin de Poudlard.

Quand son repas fut terminé, Peter eut honte en se rappelant qu'il avait prévu de lancer un sort de confusion pour éviter de payer. Il ne pouvait pas faire une chose pareille. C'était trop affreux.

Comme il n'avait pas de francs, il se changea en rat dans les toilettes et s'échappa en se promettant de payer plus tard.

Dans les semaines suivantes, il revint souvent mais cette fois il garda sa forme animagus. Il observait le chef travailler comme un véritable virtuose transformant de simples légumes en trésors à déguster.

À force de parcourir les rues et les égouts de Paris, il finit par trouver des pièces, parfois un billet.

Il cacha tout et mit tout dans un paquet mal fait qu'il abandonna devant la porte du restaurant avec un mot pour expliquer.

Peter continua de venir pendant des années. Le jour de la mort du cuisinier, il fut dévasté.

Dépité, il ne sortit plus de l'Angleterre.

Il devint tellement triste qu'il remarqua à peine l'agitation autour de lui.

Pourquoi les sorciers parlaient d'Azkaban d'ailleurs ? Même cette prison n'était pas aussi sinistre que la nouvelle de la mort de son chef cuisinier préféré.

Mais il fut obligé de penser à autre chose. Pourquoi ce maudit chat le pourchassait-il ?

Seule la brusque apparition de Sirius Black devant lui fit reprendre conscience de la réalité.

OUPS !

Après avoir réussi à s'enfuir, il repartit en France, le seul endroit qui lui vint à l'esprit.

Il envisagea de chercher un refuge près de son maître.

Voulant un dernier réconfort avant de partir pour l'Albanie, il repassa par son restaurant favori.

Il avait bien changé. Deux étoiles s'étaient éteintes.

Juste avant de partir, il remarqua un employé qui jetait des ingrédients aléatoires dans un soupe.

C'était un vrai massacre. Cette soupe allait être de la boue dans de beaux plats.

Rien qu'en voyant cette soupe, Peter se sentit presque déprimer. Il fila en passant devant en ne put s'empêcher de rajouter deux ou trois petits ingrédients puis quelques autres. Enfin, il se prit au jeu. L'odeur devenait bonne et alléchante. Ajouter un peu de crème ne pouvait pas faire de mal. Et puis, des champignons et du safran.

Curieusement, il se fit remarquer par le commis qui se tenait immobile, la bouche grande ouverte et une expression hébétée sur le visage.

Dans la confusion qui suivit, Peter finit dans un bocal et menacé d'être jeté dans la Seine comme un vulgaire déchet.

Il ne lui restait plus qu'une solution. Il se prépara à se retransformer. Il devait agir vite et effacer rapidement la mémoire du commis en profitant de sa surprise. Ce ne serait pas facile. Le verre risquait de le blesser. Si au moins, ce fichu moldu voulait bien le relâcher dans un coin mais non il était à le balancer à l'eau dans le bocal.

Contre toute attente, ce n'était pas un mauvais bougre, juste un gars pas méchant un peu paumé qui voulait s'en sortir. C'était le genre de gars à être partant à avoir un accord avec un rat.

Dès qu'il ouvrit le bocal, Peter sortit et fila.

Un dernier regard vers le moldu le fit s'arrêter.

Il ne pouvait pas le laisser massacrer la gastronomie encore.

Allez, il allait le suivre un petit moment. Ça lui ferait pas de mal des petites vacances à Paris.

Alors, lui apprendre la cuisine, hein ?

Il pouvait toujours lui montrer de chez lui mais il ne pouvait pas espérer que ce Linguini se souviendrait de tout. Ça faisait beaucoup à assimiler pour un néophyte.

Voilà, ce qu'il allait faire. D'abord, un petit sort et là il pourrait diriger ses mouvements.

Quelle idée de génie !

Quel succès ! Le restaurant attira du grand monde.

Il réussit même à convaincre des vrais rats pour qu'ils l'aident au moment fatidique.

Le restaurant ferma mais c'était beau.

Et quand Linguini recommença, il était là avec lui, s'amusant follement.

Ce fut une douleur à son bras qui rappela son état de mangemort.

D'après des journaux qu'il avait déniché chez des sorciers français, le seigneur des ténèbres était de retour.

Mais pourquoi rentrer et se mettre à son service quand il pouvait continuer à faire de la bonne cuisine.

Et puis il avait une dette entre le fils Potter, alors voilà comment il la remboursait en n'aidant pas son ennemi.

Tant pis pour la douleur, il avait une cuisine à faire tourner et il devait aider la petite ami de Linguini à rédiger un livre de recette.

Ça c'était un beau projet.