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Chapitre 4
Hanagaki Takemichi est allongé dans le lit d'hôpital, inconscient et couvert de bandages. Comme Akane.
Les médecins ont dit qu'il allait s'en sortir, qu'il avait eu de la chance. Mais il n'aurait jamais dû se retrouver ici en premier lieu. Il n'a rien à faire à Nagoya, et encore moins face l'une des membres les plus violentes du Soroshiya. Heureusement, Juuki n'a jamais eu l'intention de le tuer – elle aurait employé un terme plus explicite que « Fume-le » –, mais elle l'a tout de même bien amoché. Kokonoi n'a rien pu faire pour l'empêcher. Il s'est interposé, mais s'est fait rétamer comme un bleu. Ses côtes lui font mal et il sent son œil gauche gonfler sous le coquard en train de poindre sur son épiderme.
Mais il s'en tire mieux qu'Hanagaki et n'est pas en position de se plaindre de son sort.
C'est sa faute. Hanagaki est venu pour lui. À cause de lui. Parce qu'il n'a pas su le convaincre, il n'a pas su le tenir à distance. Kokonoi n'est même pas fichu de quitter ses amis sans qu'ils passent par la case hôpital. Pourquoi est-il venu, d'ailleurs ? Koko ne le mérite pas. Il ne mérite pas qu'on s'accroche à lui comme Hanagaki et Inupi le font. Il ne sème que le malheur autour de lui.
– T'es vraiment trop con, Hanagaki.
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La porte du garage D&D Motors claque violemment et les talons d'Inupi résonnent dans l'atelier. Mikey, penché sur le moteur éventré d'une CB500 FA, se relève lentement.
– Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demande Inupi, tendu.
– Takemitchy est à l'Hôpital Mémorial de Nagoya, répond-il en s'essuyant les mains avec un torchon. Apparemment il est parti là-bas hier soir pour retrouver Koko. Il s'est fait tabasser par une bande peu recommandable, de ce que j'ai compris. Mais il va bien.
– Il faut absolument y aller !
– Non.
Inupi se fige et tourne un regard interdit vers son ami. Comment peut-il dire ça ? Comment peut-il être si calme alors qu'Hanagaki est à l'hôpital ? Ils ne peuvent pas être sûrs de son état à moins de se rendre sur place. Hanagaki a besoin d'eux, il a besoin de lui. Inupi ne peut pas le laisser tomber, il n'en a pas le droit.
– Je comprends ta colère Inupi, mais le Toman a été dissout. On peut pas se pointer là-bas et causer du grabuge sur le territoire d'un gang qu'on ne connaît même pas.
– J'ai pas l'intention de me battre. Je veux juste voir Hanagaki.
– Non.
– Et de quel droit tu penses m'en empêcher ? s'énerve Inupi. Le Toman n'existe plus, comme tu le dis si bien. Je n'ai pas d'ordres à recevoir de toi. Alors, j'irai à Nagoya.
L'expression de Mikey se durcit, aussi sévère que lorsqu'il était le leader du Tokyo Manjikai.
– Putain Inupi, me fais pas chier. Tu crois que je veux pas y aller aussi ? Ken-chin m'a déjà fait la morale ce matin : toi et moi, on doit rester pour tenir le garage. Ken-chin est parti pour Nagoya il y a deux heures, dès qu'on a su. Ça sert à rien de tous y aller, on fera rien de plus. Et on a du taff ici, alors va te mettre en putain de tenue et viens m'aider avec ça ! lâche-t-il en désignant les pièces détachées éparpillées autour de lui.
Mais Inupi reste immobile, les poings serrés. Il y a une boule au fond de sa gorge, même s'il entend les arguments de son ami. Il n'y a que Draken pour raisonner ainsi Mikey, c'est la voix de la sagesse. Il le sait. Pourtant il brûle de sauter dans le premier train, le premier avion ou même le premier bus, n'importe quoi, du moment qu'il peut voir Hanagaki, s'assurer qu'il va vraiment bien, qu'il se remettra. Parce qu'il n'aurait jamais dû aller à Nagoya. Il n'aurait jamais dû être impliqué.
– C'est ma faute, souffle-t-il entre ses dents.
– De quoi tu parles ?
– C'est ma faute s'il est mêlé à cette histoire avec Koko.
– Arrête de te flageller, tu veux ? C'était couru d'avance. Tu connais Takemitchy, non ? Depuis quand il ne se donne pas à fond et laisse tomber ce qu'il décide de faire ?
Inupi déglutit.
Il a raison. Bien sûr qu'il a raison. Les exemples où Hanagaki s'est entêté au péril de sa vie ne se comptent plus. C'est à la fois sa force et sa plus grande faiblesse. Personne ne peut le retenir. Il est comme une fusée lancée à toute vitesse, brûlante et instoppable, qui perd la moitié de ses pièces en chemin mais brille quand même au soleil, jusqu'à atteindre des sommets insoupçonnés.
– Okay, se résigne-t-il.
Il reste immobile encore une poignée de secondes, puis lâche :
– Mais il va m'entendre à son retour. Partir tout seul comme ça...
– On s'y mettra à deux pour lui gueuler dessus, t'inquiète pas, grogne Mikey en se penchant à nouveau sur le moteur.
Un soupir amusé échappe à Inupi, avant qu'il se dirige vers les vestiaires pour se changer, ses talons claquant le tempo de son inquiétude sur le sol bétonné du garage.
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Takemichi cligne des yeux, ébloui par la lumière agressive des néons.
– Et ben, c'est pas trop tôt, fait une voix familière à côté de lui.
– Draken ?
Il se frotte longuement les paupières, mais c'est bien son ami qui se tient à son chevet, l'expression sévère. Takemichi regarde autour de lui, suppose qu'il est dans un hôpital, mais ne comprend pas comment il est arrivé ici. Le jeune homme se sent vaseux, nauséeux – il reconnaît l'effet des antidouleurs. Il ne sent pas grand-chose pour le moment, mais devine qu'il va douiller dès que les médicaments cesseront d'agir. Ses membres et son dos sont raides, courbaturés.
– Qu'est-ce que tu fais là ? demande-t-il, incertain.
– Koko nous a prévenus, lâche Draken avec mauvaise humeur.
Takemichi sursaute au nom de son ami alors que les souvenirs resurgissent en échos violents sous son crâne. Cette femme complètement folle qui les a attaqués, la dispute avec Koko juste avant, son ami qui s'interpose, essaye de le protéger – Takemichi n'est toujours pas capable de se défendre seul, quel minable – le baiser aussi... Ses joues rougissent à ce souvenir.
Il ne sait pas bien ce qui est passé par la tête de Kokonoi. Ni par la sienne, pour avoir répondu à son étreinte de la sorte.
– On peut savoir ce qui t'a pris ? demande Draken, l'arrachant à ses réflexions.
– Je... Je voulais juste voir Koko...
Draken pousse un soupir las.
– Ça, on a bien compris. Mais pourquoi tu nous as rien dit, à Mikey et moi ? Ou même à Inupi ? C'est le premier concerné.
– Je voulais pas... hésite-t-il sans vraiment savoir quoi répondre. Je voulais pas vous embêter.
– Takemitchy, je vais te frapper.
L'adolescent lui adresse une grimace d'excuse alors qu'il réalise l'étendue de sa stupidité. Bien sûr que Draken, Mikey et Inupi lui seraient venus en aide s'il leur avait demandé. Quand bien même ils voient le comportement de Kokonoi d'un mauvais œil, ils ne l'auraient pas lâché, lui. Parce que même si le Toman a été dissout, ils restent amis. Ils sont une famille.
Takemichi est le premier à le répéter, mais n'applique pas encore cette vérité à lui-même.
Draken se laisse aller contre le dossier de sa chaise et esquisse un sourire :
– Tu changeras jamais Takemitchy. Dis-moi au moins que tu as appris quelque chose en venant ici ?
L'adolescent se fige et détourne légèrement le regard :
– Eh bien... en fait, je...
Il peut sentir le dépit de son ami.
– Oh, je sais dans quel hôtel il loge ! se souvient-il.
En espérant qu'il n'ait pas changé d'adresse entre temps. Takemichi n'est pas certain de vouloir se frotter à nouveau aux gangs de la ville. Il n'est même pas sûr d'être en état de se lever, là, tout de suite. Mais cette pensée en amène une autre et il se tourne d'un bond vers Draken, si vite que sa nuque craque, lui arrachant une grimace de douleur :
– Donc, tu as parlé à Koko ? Il va bien ?
Draken relève un sourcil.
– Il m'a pas dit avoir été blessé. Il a appelé cette nuit pour dire que t'étais à Nagoya, à l'hôpital, blessé après t'être battu contre un gang local. J'en sais pas plus. Koko s'était déjà barré quand je suis arrivé.
– Comment t'as fait le trajet ?
– À moto. Mikey et Inupi sont restés au garage.
Takemichi fronce les sourcils. Si le voyage de Tokyo à Nagoya peut se faire en moins de deux heures en train, il faut presque cinq heures de route pour joindre les deux villes. Il ne sait pas quelle heure il est, mais Draken a dû faire une petite nuit pour arriver aussi tôt à Nagoya. Le jeune homme se sent d'autant plus coupable de ne pas s'être tourné vers eux avant.
À la demande de Draken, Takemichi lui raconte l'incident de la veille, de ses recherches pour trouver l'hôtel de Kokonoi à l'arrivée de la folle furieuse avec un bras en moins – il passe néanmoins sous silence le baiser et certaines des paroles qu'ils ont échangés. Takemichi n'est pas encore sûr de comprendre ce qu'il s'est passé ni ce que cela signifie, pour lui comme pour Koko.
– Alors ? Qu'est-ce que tu comptes faire maintenant ? demande Draken lorsqu'il termine son histoire.
– De quoi ?
– Tu ne vas quand même pas rentrer à Tokyo comme ça ?
Il y a l'ombre d'un sourire sur ses lèvres et Takemichi se sent soudain plus confiant. Il n'a jamais eu l'intention d'abandonner, seulement il ne voyait plus trop comment faire, dans une ville inconnue, remplie de gangs étrangers et dangereux. Mais la présence de Draken change la donne. Avec lui, il a une véritable chance.
– Bien sûr que non ! affirme-t-il avec conviction. Je vais retrouver Koko, j'ai encore des choses à lui dire.
– Parfait, approuve Draken. D'après les médecins, tu pourras sortir d'ici un jour ou deux. Repose-toi pour être en forme le moment venu. Je m'occupe du reste.
Il ne lui donne pas plus de détails, mais Takemichi lui fait confiance.
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Le jeune homme sort de l'hôpital trois jours plus tard. Il a encore mal aux côtes, son visage reste marqué par les contusions et les ecchymoses mais il peut se déplacer sans problème. Draken n'a pas chômé pendant ce temps. Grâce aux contacts de Pachin dans l'immobilier, il a trouvé un minuscule appartement pour les loger en plein centre de Nagoya.
Pachin est visiblement un requin dans le milieu, puisqu'il leur a obtenu une location gratuite en échange d'une « vieille dette ». Takemichi n'en sait pas plus, mais les détails lui importent peu. Même si le studio est minuscule, c'est amplement suffisant.
Draken a également appris que Kokonoi a changé d'hôtel – comme c'était à prévoir – et que le gang avec lequel il négocie au nom du Rokuhara Tandai se nomme « Soroshiya », ce qui veut littéralement dire « tueurs à gages ». Personne en ville, des petites crapules aux voyous plus bruyants, n'a pu leur dire quoique ce soit à leur sujet. Mais rien que le nom en dit long sur cette organisation criminelle. La peur règne dans les rues, et il y a fort à parier que Takemichi et Draken sont surveillés depuis leur sortie de l'hôpital. Cela leur complique la tâche pour retrouver Kokonoi.
Deux jours après la sortie de Takemichi, ils sont bien forcés de reconnaître qu'ils sont dans une impasse : Kokonoi a disparu de la circulation et ils n'ont aucun moyen de le retrouver.
L'adolescent soupire, le cœur lourd, allongé sur l'un des deux futons installés dans le minuscule appartement. Draken est sorti faire des courses pour qu'ils puissent manger ce soir. Takemichi déteste se sentir aussi inutile et impuissant, mais il ne sait plus quoi faire et même Draken semble à court d'idées. Peut-être qu'Hina et Emma ont raison, au fond. Peut-être est-il nécessaire que Koko s'éloigne pendant un temps. Mais cette idée le terrifie, car Kokonoi risque de se perdre pour de bon, sans espoir de retour, à traiter avec des tueurs à gages. Takemichi l'imagine mort au fond d'une ruelle, ou bien devenir assassin lui-même, pire criminel que tout ce qu'il a jamais pu voir dans le futur. Son ventre se tord d'angoisse.
– Vous devez partir.
Takemichi sursaute si fort que tout son dos craque dans le mouvement, mais il se soucie à peine de la douleur et bondit vers Kokonoi, qui se tient debout devant la porte ouverte de l'appartement. Il ne l'a même pas entendu entrer.
Le regard noir de Koko le fige à deux pas de lui.
– Tu vas bien ? Ou tu étais passé ?
Un reste de coquard noircit son œil gauche et sa posture raide dissimule d'autres douleurs – Takemichi est bien placé pour le comprendre. Même si ses souvenirs sont flous, il se rappelle les coups que Kokonoi a pris pour le défendre contre la femme du Soroshiya.
– Tu es blessé ! s'alarme-t-il.
– Vous devez partir de Nagoya, insiste Koko sans l'écouter. Ça devient trop dangereux.
– Alors, viens avec nous !
– C'est pas si simple...
Un éclat de peur palpite au fond de son regard, et serre le cœur de Takemichi.
– On peut t'aider. Laisse-nous t'aider, Koko.
– Partez. C'est le meilleur moyen de me venir en aide.
– Non.
Kokonoi soupire, mais il y a une espèce d'amusement dans son expression.
– On t'a déjà dit que t'étais borné, Hanagaki ?
– Tous les jours, ricane-t-il.
Takemichi s'approche d'un pas. Son ami se tend mais ne le repousse pas. Il doit le convaincre. Il doit l'aider, il doit le protéger. Cet impératif lui brûle les veines. Takemichi ne le fait même plus pour Inupi, malgré sa motivation initiale. Koko est son ami. Il veut le ramener à Tokyo, il veut qu'il soit en sécurité, sain et sauf – pas mort de trouille dans une ville étrangère où il risque sa peau. Par-dessus tout, il veut que Koko soit heureux. Avec eux, le Toman. Avec lui.
C'est peut-être égoïste. Mais c'est là, au fond de son ventre, trop fort pour qu'il puisse l'ignorer ou le rejeter.
Un pas de plus. Ils sont si proches qu'ils se touchent presque. Le souvenir de leur baiser éclot dans l'esprit de Takemichi et son cœur bat plus vite. Il cogne dans sa cage thoracique comme un animal en colère, perdu, impatient. Des fourmillements picotent le bout de ses doigts alors qu'il cherche à tâtons ceux de Kokonoi.
Les mots lui viennent avant même que Takemichi les pense :
– Koko, je peux t'embrasser ?
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Kokonoi brûle de l'intérieur. Il ignore ce qui le déstabilise le plus, entre la douceur dont fait preuve Hanagaki, sa question et sa propre incapacité à le repousser. Il a la sensation de faire encore une fois une connerie, mais ne bouge pas, laisse le jeune homme s'approcher encore – si proches. Koko ignore s'il hoche la tête ou s'il répond « oui » mais les lèvres d'Hanagaki se posent sur les siennes. C'est léger, un goût d'éphémère, mais tendre.
Et ça n'est pas Inupi. Cela n'a rien à voir avec Inupi.
Leurs baisers à eux sont toujours brûlants, empressés, fiévreux, tout comme leurs étreintes. Kokonoi n'a jamais forcé la main à Inupi, lui demandant fréquemment s'il était okay – ce à quoi son ami a toujours répondu par l'affirmative, aussi fébrile que lui. Mais ils n'ont jamais connu cette lente délicatesse, l'effleurement de leurs doigts, le tâtonnement de leurs bouches.
Ou plutôt, Koko n'a jamais offert cette tendresse à Inupi.
Il est étrangement démuni, aujourd'hui, devant celle d'Hanagaki. Le baiser s'accentue parfois légèrement, leurs lèvres s'accrochant avant de s'éloigner pour revenir ensuite se caresser. Kokonoi a la sensation de flotter en apesanteur, le contact est si doux, lent comme dans un rêve. Leurs doigts se sont noués sans qu'il s'en aperçoive. Hanagaki a une odeur de réglisse, peut-être celle de son shampoing ? Koko est à fleur de peau, frémissant du moindre contact.
– Rentre avec nous, souffle Hanagaki contre sa bouche.
Il se déchire de l'intérieur.
Parce qu'il en a envie, putain. Il veut rester, le tenir dans ses bras, ne jamais le lâcher, lui, Hanagaki Takemichi.
Mais il y a le Soroshiya qui lui met la pression depuis l'incident de l'autre jour, et Juuki Apis qui ne le lâche pas d'une semelle. Les négociations se révèlent plus difficiles encore qu'il l'avait craint – elles sont même compromises depuis le début, s'il doit être honnête. C'était une idée foireuse, comme il l'a toujours répété à Kakucho. Draken et Hanagaki sont étroitement surveillés depuis leur sortie d'hôpital. Le Soroshiya a fait passer le mot pour que personne ne leur dise rien, ni sur le gang, ni sur les négociations, ni sur Koko lui-même. Mais le temps file, et ils s'impatientent de voir les deux tokyoïtes s'attarder sur leur territoire. Même si le Toman n'existe plus, sa réputation perdure, attire un mélange de convoitise et de défi.
Ils doivent partir, avant que la situation dégénère. C'est pour ça que Kokonoi a pris le risque de venir, alors même que les hommes de Juuki ont déjà dû repérer et signaler sa présence. Hanagaki et Draken doivent rentrer à Tokyo. Alors il pourra essayer de démêler les propositions d'accord, les menaces et les volontés du Rokuhara et du Soroshiya.
Et peut-être, avec un peu de chance, pourra-t-il rentrer à Tokyo en un seul morceau.
Kokonoi pose sa main sur la nuque d'Hanagaki, ses doigts glissant entre ses courtes mèches blondes. Il se penche et l'embrasse encore, une simple pression sur ses lèvres.
– Pars devant, Takemitchy.
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Draken rentre des courses pour trouver Takemitchy en pleine effervescence, occupé à fourrer leurs maigres affaires dans le sac à dos qu'il a pris avant d'enfourcher sa moto pour venir à Nagoya. Son ami réagit à peine lorsqu'il fait claquer la porte derrière lui.
– Qu'est-ce qui se passe ?
– Oh Draken ! C'est bon, on peut rentrer à Tokyo !
– Quoi ? Et Koko ?
– Il nous rejoindra plus tard, affirme-t-il avec une assurance inattendue.
– Comment tu sais ça ? Tu l'as retrouvé ?! comprend-il en écarquillant les yeux.
Takemitchy s'immobilise enfin, le sac à moitié plein entre les mains, et se tourne vers lui, un sourire maladroit aux lèvres. Draken plisse les yeux, est-ce qu'il rougit un peu, là ? Qu'est-ce qui lui passe encore par la tête ?
– Pas exactement. En fait, c'est lui qui nous a retrouvés. Ah, et on est bien sous surveillance, comme on le pensait, précise-t-il. Mais j'ai parlé à Koko, du coup. C'est bon. On peut rentrer. Il nous rejoindra à Tokyo.
Draken peine à croire que la situation se résolve si facilement, mais Takemitchy devient fuyant alors qu'il demande des précisions sur leur rencontre. Il lui résume vaguement la discussion qu'il a eue avec Koko mais ne rentre pas dans les détails, ne donne aucune explication précise. Ses joues sont bel et bien rouges, ses gestes se font fébriles, empreints de gêne. Draken n'est pas sûr d'approuver ce qu'il devine à travers ce comportement, mais il fait confiance à Takemitchy.
– T'es sûr de toi ?
– Absolument.
Il hoche la tête avec un léger soupir et s'assoit sur un futon, sortant de sa poche plastique la nourriture à emporter qu'il vient d'acheter, et fait signe à Takemitchy de s'installer à côté de lui.
– Arrête de t'agiter dans tous les sens. Il est tard et on a cinq heures de route qui nous attendent. On partira demain à la première heure, décide-t-il.
