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Chapitre 6
Arrivés à l'appartement, Inui lui indique la salle de bains où se trouvent des serviettes et des vêtements propres. Kokonoi s'y rend, puis se défait avec soulagement de ses fringues trempées par la pluie, qu'il étend ensuite comme il peut sur le rebord de la baignoire. L'étendoir à linge est rempli des affaires de Seishu et, après un temps d'hésitation, Koko opte pour une épaisse chemise en flanelle que son ami porte le week-end pour traîner à la maison. Il glisse son nez dans le col après l'avoir enfilé, reconnaissant l'odeur de sa lessive et, derrière, la légère flagrance de menthe.
Il réalise qu'il n'a encore jamais porté les vêtements de Seishu.
L'idée lui plaît bien.
De retour dans la pièce de vie, il trouve Seishu assis devant la table basse où il a installé la nourriture à emporter qu'ils ont acheté en chemin – enfin, qu'Inui a payé, puisque Kokonoi est nouvellement fauché. Un malaise se creuse au fond de son ventre, il n'aime pas l'idée d'être ainsi démuni, sans argent, dépendant des autres. Il chasse cependant cette pensée alors qu'il s'assoit à côté de Seishu : il ne veut pas gâcher leur récente réconciliation et ce n'est qu'une question de temps, de toute façon, avant qu'il se refasse un portefeuille confortable. Alors il oublie tout ça, il se laisse prendre par l'émission débile à la télévision, qu'ils commentent en riant et en mangeant. Malgré de rares instants de malaise, ils retrouvent leur complicité passée – pas seulement quand ils couchaient ensemble, mais avant, lorsqu'ils étaient amis ; meilleurs amis. Et cela fait un bien fou à Koko.
Les heures passent sans qu'il les voie, et lorsqu'il commence à piquer du nez devant l'écran, Seishu le secoue en riant pour qu'ils se couchent. Kokonoi accuse la fatigue du voyage depuis Nagoya et des récents changements dans sa vie. Seishu lui prête un vieux tee-shirt, puis ils se glissent sous les couvertures. Koko a un moment d'hésitation, trouvant soudain saugrenu – déplacé – de toucher Inui alors qu'ils s'apprêtent à dormir dans le même lit. Ce qui est ridicule, parce qu'ils n'en sont pas à leur première nuit ensemble, loin de là. Mais tout semble différent ce soir, Koko n'est pas certain d'être légitime à seulement prendre son ami dans ses bras.
Ils ne sont plus vraiment des amis, d'ailleurs ; mais peut-il pour autant considérer qu'ils sont un couple ? Les questions s'accumulent au fond de son crâne, pesant en remords sur son esprit, mais sont soufflées aussitôt que Seishu vient naturellement se coller à lui, nichant son visage contre son torse et enroulant son bras autour de sa taille.
Troublé, Koko sent les mèches de ses cheveux lui chatouiller le visage, ainsi que sa légère odeur de menthe.
Il n'a même pas le temps de s'habituer à son contact que Seishu s'est déjà endormi. Alors Koko glisse lentement sa main dans le dos de son partenaire, profite de sa chaleur et de sa présence. Il a beau être épuisé, le sommeil ne vient pas : il est trop conscient du corps de Seishu contre le sien – et cela n'a rien à voir avec le sexe. Ils s'endormaient habituellement dans la torpeur de l'orgasme, avant d'être réveillés par la lumière du jour et une réalité qu'ils refusaient alors de voir. Que Koko refusait de voir. Ce soir, leur étreinte est douce, tendre – tranquille. Sa chaleur l'enveloppe, son souffle caresse sa peau. Il sent son torse se soulever légèrement au rythme de sa respiration endormie, comme une musique silencieuse. Inconsciemment, Koko se cale sur le même rythme. Il veut juste en profiter encore, juste un peu plus, et le sommeil l'emporte sans qu'il s'en aperçoive.
Une bonne odeur le réveille le lendemain, il s'étire dans le lit avant de s'apercevoir que Seishu est déjà levé et occupé à préparer le petit-déjeuner. Koko se redresse avec un sourire, il n'a jamais eu l'occasion de goûter la cuisine de son ami. Il abandonne le confort des draps pour se glisser dans le dos de Seishu, enroulant ses bras autour de sa taille et lorgnant sur le contenu de la poêle.
Seulement Inui sursaute à son contact et Koko se recule aussitôt, maladroit :
– Désolé, je ne voulais pas...
– Non, tu m'as juste surpris, répond Seishu en se tournant à demi.
Il affiche un sourire doux, peut-être un brin amusé, puis l'invite d'un signe de tête à s'approcher. Koko a alors un demi-rictus, affligé par sa propre stupidité, et reprend sa place contre le dos de Seishu. Il aime l'avoir dans ses bras.
– Me lâche pas, Hajime, souffle-t-il tout bas.
Koko se redresse, surpris :
– C'est la première fois que tu m'appelles par mon prénom...
Non que cela lui déplaise. Au contraire, le nom résonne dans sa poitrine, comme une pièce de puzzle qui trouve sa place. Comme s'il avait enfin la chance d'exister par lui-même, au lieu de n'être qu'une machine à faire de l'argent.
Seishu coupe l'alimentation de la plaque électrique, dépose sa poêle remplie d'une copieuse omelette sur le minuscule plan de travail de sa cuisine, puis il se retourne, posant les mains sur les hanches de Koko en relevant un sourcil.
– Tu m'appelles bien par le mien.
Koko ouvre la bouche pour rétorquer avant de réaliser qu'il a raison, et s'étonne de n'avoir rien remarqué avant. Le prénom de Seishu lui vient si naturellement depuis son retour de Nagoya, alors qu'ils avaient jusqu'alors seulement utilisé leurs surnoms, dérivés de leurs noms de famille respectifs. Ce n'est qu'un détail, mais Koko sait qu'il n'est pas anodin. Son obsession pour Akane a grandi au point d'effacer Seishu, il est juste de lui rendre l'identité qui lui revient.
– J'aurais dû le faire plus tôt, admet Koko.
– Tu le fais aujourd'hui, c'est tout ce qui compte.
Seishu s'avance encore et frotte doucement son nez contre celui de Koko, qui sent son cœur se décrocher tellement il s'emballe de ce simple petit geste.
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Ils passent la journée dans la bulle de son appartement. La vie suit son cours à l'extérieur, les gens s'agitent, parlent, crient, pleurent et se déchirent ; mais tout s'est suspendu entre ces quatre murs, il n'y a qu'eux deux, Hajime et Seishu.
Seishu a parfois l'impression de rêver, tant il a espéré un tel revirement. Hajime le regarde, caresse le dos de sa main ou sa joue, lui sourit, le serre dans ses bras et cherche son contact ; il rit, soupire, parle avec lui, seulement avec lui, loin du fantôme d'Akane. Son ventre se tord d'angoisse, parfois, à l'idée que ce ne soit qu'une nouvelle illusion, que Koko reprenne ses vieux travers et que leur bonheur nouveau-né s'effondre comme un château de cartes. Seishu s'efforce de ne pas y penser, de seulement profiter, parce qu'il ne s'est jamais senti aussi vivant que depuis le retour d'Hajime. Il frémit d'être là, lové sur ses genoux, à l'embrasser comme jamais encore ils ne se sont embrassés. Ses lèvres ne lui ont jamais paru si douces, ses gestes si tendres, ses soupirs aussi authentiques.
C'est trop réel pour être un rêve, se répète-t-il. Les mains d'Hajime sur sa taille effleurent le rebord de sa chemise, et de petits frissons remontent le long de sa colonne vertébrale. Seishu glisse les doigts dans ses cheveux, suivant tantôt les longues mèches noires, tantôt les lignes rasées de son side-cut. Hajime soupire contre ses lèvres. C'est trop réel pour être un rêve. Seishu se rapproche un peu plus, comme pour capturer ce soupir et en garder une trace indélébile. Dans le mouvement, il sent le début d'érection de son partenaire. C'est trop réel pour être un rêve. Quelque chose se noue au fond de son ventre.
Toutefois Seishu ne veut pas que ça s'arrête, il ne veut pas perdre Koko – jamais. Alors il se redresse, le fixant des yeux alors qu'il presse sa paume contre son entrejambe. Et il voit les joues de Koko rosir, et sa bouche s'entrouvrir dans un frémissement. Comme d'habitude. Comme à chaque fois qu'ils couchent ensemble. Comme toujours.
Seulement, les sourcils d'Hajime s'arquent soudain et sa main saisit la sienne, la remontant jusqu'au torse de Seishu qui se fige, le cœur battant et incertain. Sa bouche s'ouvre d'une question, mais Hajime est plus rapide :
– Tu es sûr que c'est ce que tu veux, Seishu ?
– Je...
Seishu est incapable de répondre. Parce qu'il a envie de lui, de sa peau, de ses baisers, de son corps, mais Seishu ne se rappelle que trop bien de leurs étreintes passées, et du prénom gémi par Koko – un nom autre que sien, un nom qui fait si mal, qui lui rappelle ce qu'il a perdu, ce qu'il est en train de perdre et qu'il n'arrive pas à sauver malgré tous ses efforts.
Son hésitation semble être une réponse aux yeux d'Hajime :
– On attendra que tu sois sûr, dit-il doucement.
Le souffle de Seishu se suspend un court instant.
– Et si je ne suis jamais sûr ?
Il regrette sa question aussitôt qu'il la pose. Comment peut-il espérer que Koko accepte une telle éventualité ? Alors que leur relation s'est construite sur le sexe, comment peuvent-ils le retirer de l'équation sans que leur si fragile équilibre s'effondre ? Bien sûr, ce qu'ils partagent depuis la veille est doux, tendre, apaisant, mais est-ce suffisant ?
– C'est pas grave, Seishu, répond Hajime en haussant les épaules comme si ce n'était rien d'important. J'suis pas revenu pour le cul mais parce que je t'aime, idiot.
Seishu se fige à ces mots, le cœur en dégringolade.
Hajime paraît se rendre compte de ce qu'il vient de dire et détourne brusquement les yeux, les lèvres pincées et les joues roses. Il se penche pour attraper la télécommande de la télévision, échouée quelque part sur le lit, mais Seishu le retient avec un sourire amusé.
– Qu'est-ce que tu as dit ?
– Y a la nouvelle émission qui va commencer, marmonne Hajime en évitant toujours de le regarder, se tortillant pour essayer d'atteindre la télécommande un peu plus loin sur le matelas.
– Tu le penses vraiment ?
Il y a peut-être une note d'angoisse dans la voix de Seishu car Hajime se fige et se tourne enfin vers lui. Son regard est encore un peu fuyant, mais il laisse tomber cette foutue télécommande. Il se pince les lèvres dans une expression que Seishu connaît bien ; et il aurait presque de la compassion pour la gêne de son partenaire, mais il veut savoir – il a besoin de savoir, quelque part – et la tentation de le taquiner est trop grande pour qu'il y résiste.
– Bien sûr que j'le pense, soupire finalement Hajime. J'te mentirai pas là-dessus.
Seishu ne peut retenir le sourire qui éclot sur ses lèvres alors que ses doutes et ses craintes sont soudain balayés par la joie. Il se penche en avant et l'embrasse, les doigts crispés sur le col de la chemise qu'Hajime lui a empruntée.
– Dis-le moi encore, souffle-t-il contre sa bouche.
– Fais pas chier Seishu ! ronchonne son compagnon. T'as parfaitement entendu !
– Je veux l'entendre encore, Hajime...
Le jeune homme se débat, repoussant Seishu sur le côté alors qu'il s'est visiblement mis dans la tête de récupérer la télécommande, mais Seishu ne se laisse pas faire. Il s'accroche à Hajime, un éclat de rire aux lèvres, s'efforce de le retenir mais son ami est trop agile, alors il emploie les grands moyens et commence à lui chatouiller les côtes. Hajime se plie aussitôt en deux avec un petit cri. C'est un secret ignoré de tous, mais Kokonoi Hajime, dit Koko, voyou et bagarreur de son état, le roi de l'argent sale, est extrêmement sensible aux chatouilles. Il lutte avec plus d'énergie, mais Seishu se montre implacable.
– Ça va, t'as gagné ! cède finalement Hajime.
Il est étalé en travers du matelas, les cheveux à moitié sur le visage et les joues colorées.
– Je t'aime, Seishu.
– Moi aussi je t'aime, Hajime.
Et le rose de ses joues vire à l'écarlate.
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Ce week-end passé enfermés dans l'appartement de Seishu ressemble à une tranche de paradis, seulement la réalité se rappelle à eux – elle le fait toujours. Une nouvelle semaine commence et la vie reprend son cours, se fichant bien de ce qu'ils ont construit pendant ces deux jours loin du monde. Seishu se rend au garage D&D Motors, alors qu'Hajime s'efforce de prendre ses marques, réfléchissant à ce qu'il pourrait faire de sa vie – de préférence quelque chose qui lui permette de regagner rapidement l'argent qu'il a perdu. Mais il a promis de rester dans la légalité, alors la démarche promet d'être ardue.
Après avoir passé la matinée à tourner en rond dans le minuscule appartement, Hajime craque et finit par sortir. Il rejoint le garage pour passer la pause déjeuner avec Seishu. Il est souvent venu mais n'est encore jamais entré.
Un bruit métallique résonne dans son dos alors qu'il approche de la porte et Hajime se fige. Un réflexe profondément ancré le fait se retourner, il perçoit un mouvement du coin de l'œil et se penche brusquement en arrière. Il sent la violence du coup de pied qui le frôle, puis bondit sur le côté, les muscles tendus, l'esprit en alerte. Il n'est qu'à moitié surpris de reconnaître Mikey en face de lui, reposant lentement pied au sol et le fixant de son regard sombre. Hajime est en revanche étonné d'être encore debout et en état de penser ; ce n'est pas dans le genre de Mikey de rater son coup.
Ce dernier se penche pour ramasser une clé à molette sur le sol – Hajime comprend qu'il l'a laissée tomber pour attirer son attention et lui a offert pour tout traitement de faveur de ne pas ajuster son coup lorsque Hajime l'a esquivé.
– Je devrais te démonter la tronche, lâche-t-il en soupesant la clé dans sa main.
– Qu'est-ce que tu attends pour le faire ? rétorque aussitôt Hajime.
Parce qu'il ne sait répondre à la menace que par la provocation. Et peut-être aussi parce qu'il sait, au fond, qu'il le mérite. Mikey a toutes les raisons de lui en vouloir pour ce qu'il a fait, tant à Seishu qu'à Hanagaki.
Mikey le dévisage longuement ; et Hajime finit par se dire qu'il va vraiment le tabasser avec sa clé à molette.
– Me tente pas trop, Koko.
Il le bouscule en passant et Hajime fait le choix de ne pas envenimer les choses en s'abstenant de répondre. Il lâche un bref soupir, les yeux levés vers le ciel dégagé de Tokyo, avant de le suivre à l'intérieur du garage.
Qu'il est dur de commencer une nouvelle vie.
Seishu sourit dès qu'il l'aperçoit et s'avance vers lui. Il pose la main sur sa taille puis l'embrasse, avec une simplicité et un naturel qui troublent encore Hajime. Il n'est pas habitué à une telle proximité, une telle aisance entre eux. Même s'il s'en réjouit, il craint que tout s'effondre – plus que probablement par sa faute. Il chasse cette pensée alors que son compagnon le guide jusqu'à l'atelier.
Draken est présent. Il lui adresse à peine un coup d'œil, occupé à réparer une pièce de moteur. Hajime perçoit très bien son animosité, qui fait écho à celle de Mikey. Seishu ne semble pas s'en soucier, lui parlant du dernier modèle de moto sur lequel ils travaillent tout en déballant les sandwichs qu'Hajime a porté pour le déjeuner. Sans doute veut-il détendre l'atmosphère mais Hajime n'a pas l'impression que cela fonctionne : il n'est pas à sa place ici. Il triture l'emballage de sa nourriture sans y toucher, répondant à Seishu seulement pour ne pas le laisser parler dans le vide. Draken et Mikey les rejoignent pour manger mais l'ambiance reste tendue, il n'y a que Seishu pour faire la conversation et meubler le silence.
Hajime finit par se dire qu'il n'aurait jamais dû venir – il n'aurait peut-être même pas dû revenir de Nagoya – lorsque Draken, ayant fini son repas, se lève et s'approche de lui. Il lui fait face, de toute sa hauteur de géant, pose sur lui un regard qu'Hajime est bien en peine d'interpréter. La tension s'accentue, même Seishu ne parle plus.
– T'avise plus de faire de conneries, lâche Draken.
Puis il lui tend un paquet. Hajime met une poignée de secondes à reconnaître des dorayaki. Une remarque acerbe lui vient sur le paternalisme de Draken, mais il ne la prononce pas. Il accepte la pâtisserie sans un mot, et le nœud au fond de son ventre s'atténue quelque peu. L'ambiance se fait plus légère après ça, la discussion devient plus vivante même si Hajime reste toujours en retrait.
La pause est presque achevée, lorsque Hanagaki entre bruyamment dans le garage, se plaignant de l'un de ses professeurs du lycée. L'adolescent se fige en apercevant Hajime, ses yeux bleus – si bleus – pétillent et un large sourire éclaire son visage :
– Koko ! T'es revenu !
Un sourire vient naturellement à Hajime en réponse à l'exclamation enjouée d'Hanagaki ; mais son ventre se noue brutalement au souvenir de Nagoya et ses lèvres redescendent aussitôt. C'est tout juste s'il a pensé à Hanagaki depuis son retour à Tokyo. Comment peut-il être aussi égoïste ? Pourtant le jeune homme ne semble même pas lui en vouloir – il rayonne.
– Hanagaki, merci de l'avoir ramené, dit Seishu en se glissant à côté d'Hajime.
Le regard d'Hanagaki se pose sur leurs mains jointes et il se fige une fraction de seconde. Hajime a le temps de voir son hésitation, mélange d'incompréhension et d'accablement, avant que son large sourire revienne effacer ces sentiments comme le soleil chasse la pluie – pourtant les nuages sont toujours là, dissimulés derrière l'arc-en-ciel.
– Ahah, je te l'avais promis, après tout ! s'exclame-t-il bruyamment. Je suis content que tout se soit arrangé !
Hajime a la sensation de recevoir un coup de poing en plein visage. Une part de lui voudrait lâcher la main de Seishu et se précipiter vers Takemitchy, le prendre dans ses bras et ne jamais le lâcher – s'excuser pour Nagoya et peut-être bien l'embrasser aussi. Mais il ne peut pas faire ça à Seishu, il s'est juré de ne plus jamais le faire souffrir.
Pourtant, c'est Hanagaki qu'il blesse en restant ainsi sans rien faire.
Hanagaki qui l'a sauvé, dans tous les sens du terme. Il n'a pas seulement convaincu Hajime de rentrer à Tokyo. Il lui a montré qu'il était plus, bien plus qu'un cerveau capable de produire de l'argent sale ; que sa valeur n'avait rien à voir avec les billets qu'Hajime accumule au fond de ses poches. Hanagaki lui a montré qu'il pouvait être aimé, sincèrement et sans intentions cachées, qu'il n'avait pas à être seul. C'est grâce à lui qu'Hajime a pu retrouver Seishu, réalise-t-il soudain. Il a accepté de lui ouvrir son cœur, de le voir tel que Seishu est réellement. Même leur premier vrai baiser n'est que le reflet de celui que Takemitchy lui a offert à Nagoya.
Mais que doit-il faire, alors ? Comment peut-il les aimer tous les deux sans les blesser l'un et l'autre ? Hajime n'a même pas le temps d'assimiler cette pensée qu'Hanagaki les salue déjà avec son enthousiasme habituel, parlant d'un manuel oublié en cours. Hajime n'a même pas suivi la conversation, il comprend juste que Takemitchy est en train de prendre la fuite. Il n'a pas besoin du regard réprimandeur de Draken pour savoir qu'il a merdé, encore une fois.
– Attends ! s'exclame-t-il en partant à la suite du jeune homme.
Lorsqu'il sort du garage, Hanagaki a déjà disparu. Depuis quand se déplace-t-il aussi vite ?
– Hajime ? Qu'est-ce qu'il se passe ? demande Seishu en sortant à son tour.
Il lui adresse un regard désemparé. Plus de mensonges, plus de non-dits, c'est ce qu'il s'est promis. Alors il doit être honnête avec son compagnon. Lui dire la vérité et lui faire confiance.
– Il faut que je te parle d'un truc.
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Restés dans l'atelier, Draken et Mikey échangent un long regard :
– On les défonce ?
– Laissons-leur au moins une chance de régler leur merdier, soupire Draken.
