Gateway Galaxy.
"Rose ? Que fais-tu ?"
Dit un jeune Luma brun foncé. Il se dirige vers une petite fille. Elle est habillée d'une robe blanche et assise sur l'herbe, ses bras enroulés autour de ses jambes pliées.
Elle ne répond pas.
"Rose ? Est-ce que tu m'entends ?"
Le Luma se répète et lui touche l'épaule. Cette fois, elle lui répond, mais d'une voix calme, un peu distante.
"Oui, Polari, oui..."
Le Luma remarque immédiatement une tristesse chez l'enfant, hélas, une tristesse trop récurrente. Il connaît la raison, il est habitué maintenant, et même si la fille est d'une nature très gentille, elle est très difficile à gérer lorsqu'elle est triste. Non pas parce qu'elle est de mauvaise humeur, non. Elle ne s'énerve jamais contre lui.
Le Luma brun aux yeux bleus glacier, connu sous le nom de Polari, la trouve difficile à gérer, car il ne sait tout simplement pas comment remonter le moral de cette petite fille. Il aime la voir joyeuse, il n'apprécie pas lorsqu'elle s'isole et se piège dans une profonde détresse solitaire.
"Dis-moi, Rose, j'ai appris ta recette de crêpes aux éclats d'étoiles ! Est-ce que tu veux bien y goûter ? Je viens d'en préparer et..."
La petite fille lui coupe la parole, mais sa voix n'est qu'un murmure :
"Oui, d'accord... Je n'ai pas faim, mais je veux bien goûter à tes crêpes, Polari..."
Les yeux du Luma se figent un moment dans une certaine déception, elle ne semble pas emballée du tout par la proposition, mais accepte pour lui, par gentillesse. Polari soupire, mais se ressaisit vite. Peut-être qu'elle sera plus heureuse après avoir goûté aux crêpes. Il reste toujours un petit espoir. La surprendre avec une double ration d'éclats d'étoiles par exemple ! Oui, il doit essayer ça. Le sucre rend les enfants plus heureux, et aussi les lumas. Les éclats d'étoiles sont comme du sucre, tout le monde en raffole.
"Ne bouge surtout pas d'ici. Je vais te les chercher tout de suite ! J'ai hâte de savoir ce que tu en penses !"
Polari se retourne et file en dehors de la Gateway Galaxy, la minuscule planète, reliée à l'observatoire de la comète par un portail magique. C'est un endroit que la petite fille aime beaucoup, car d'ici elle peut voir la planète bleue, dont elle est originaire.
Dès que Polari disparaît, le silence règne de nouveau dans cette partie de l'espace.
Rose lève la tête pour regarder les étoiles, des larmes se forment presque dans les coins de ses yeux, presque. Elle lutte pour ne pas pleurer.
"J'ai promis à Luma de ne plus pleurer... Je ne dois pas le faire ! Maman ne serait pas heureuse de me voir pleurer..."
Une partie de sa pensée éloigne ses larmes, tandis que la dernière partie la replonge immédiatement dans une profonde détresse. La pensée de sa propre mère est trop difficile à gérer pour elle.
"Maman..." Elle cache son visage derrière ses jambes frêles. "Maman... Tu me manques tellement... Je veux te revoir... Je n'ai même pas pu te dire au revoir..."
Revoir sa mère est son désir. Le souhait le plus cher d'une petite fille perdue. Mais... Cela ne pourra plus jamais arriver.
Car elle le sait...
Maman repose sous l'herbe et les fleurs, au pied du grand arbre de la colline, sur la planète bleue.
Le cœur de la petite fille lui fait mal à la faire grimacer. Si seulement il existait un moyen de la revoir... N'importe lequel.
Sa douce et gentille maman. La plus belle rose de toute la planète bleue.
Soudain, un léger frottement se fait entendre sur l'herbe devant elle. Un bruit si léger qu'il ne laisse penser à aucune menace. Polari, est-il déjà de retour ? Elle doit se ressaisir, et vite. Il est toujours là pour l'aider depuis qu'il est arrivé, elle s'en veut tellement de le laisser la voir comme ça. Il mérite un compagnon de voyage bien plus joyeux qu'elle... Elle n'est pas amusante, elle craint de l'ennuyer avec ses humeurs tristes.
"Polari, je suis..." Dit-elle en relevant la tête. Elle s'attend à voir la petite étoile brune voler devant elle, un plateau de crêpes posé au sol... Mais il n'y a rien de cela. À la place, il y a une forte lumière blanche sous forme de sphère, une forte lumière si puissante qu'elle éclaire une partie de la petite planète à elle seule. Mais la lumière et à la fois douce. Étrangement, si le centre de cette luminosité n'en est pas visible, car trop lumineuse aux yeux, la lumière n'est pas aveuglante.
"Qu'est-ce que c'est...?" Se demande la petite fille.
Comme-ci la lumière est un être vivant, elle semble l'écouter, répondant aux questions par une baisse successive de luminosité. Mais ça ne disparaît pas.
Après quelques secondes...
À quelques mètres de l'enfant, une grande silhouette se forme dans la lumière.
La petite fille se frotte les yeux, pour être sûre qu'elle ne rêve pas.
"Qui êtes-vous ? Que..."
Une couleur accompagne ensuite la silhouette, une couleur magnifique, qui oscille mystérieusement entre le bleu turquoise et la couleur cyan.
La voix de la petite fille s'éteint sans qu'elle ne puisse dire aucun mot ensuite.
La silhouette et les couleurs prennent désormais une forme qui frappe le cœur de l'enfant par une forme trop familière. Ses yeux bleus s'écarquillent de choc, de stupéfaction... Mais aussi d'incompréhension.
Au centre de la lumière, une femme prend vie. Une longue chevelure blonde flotte derrière elle comme des mèches faites de brins d'or. Elle est habillée d'une grande robe brillante aux diverses couleurs de bleus et de blancs, et ses yeux sont fermés. Une élégante couronne argentée habille ses cheveux, et une paire de talents argentés touchent à peine le sol.
La bouche de la petite fille se sépare en deux, alors qu'elle ne peut que formuler un seul mot, un seul, le seul qui lui vient à l'esprit :
"M-maman...?" La petite fille se relève dans la stupeur, mais elle retombe à genoux immédiatement. Jamais ses yeux ne quittent la femme devant elle. "Maman..."
Un mot si nostalgique, un mot si doux.
La lumière autour de la femme faiblit légèrement, et, comme une brise venant caresser l'ouïe de la petite fille, une voix douce résonne dans l'espace. Une voix accompagnée d'un écho chaleureux, mais dont le son n'exprime aucun mot en particulier, ne répond à aucune question. Ce n'est qu'un son qui confirme juste que la femme est là, et qu'elle est attentive.
Tu n'es pas seule. Je peux t'entendre.
"Maman..." Répète la petite fille, encore et encore. "Maman !"
Elle lutte avec son petit corps et son cerveau, mais elle arrive à se relever et se précipite vers la femme qu'elle appelle sa mère.
Elle est si grande...
Lorsque la petite fille jette ses bras autour des jambes de la nouvelle présence, elle lui arrive à peine aux hanches.
"Maman... Tu es..." Elle bégaie terriblement, elle lutte pour les mots. "Tu me manques tellement ! Tu me manques... Tellement ! Je ne pouvais plus te voir ! Je ne pouvais plus..."
Puis sa voix brisée pousse un cri :
"Je me sens si seule sans toi !"
Et ici, les larmes retenues depuis longtemps sortent de ses yeux à une vitesse fulgurante. Les larmes tâchent la magnifique robe bleue de la belle femme, mais elle ne semble pas s'en soucier. Au lieu de cela, la dame pose une main douce sur l'épaule de l'enfant.
La petite fille tressaille au toucher, mais son coeur se comble d'une chaleur qu'elle n'a pas pu ressentir depuis longtemps.
Une chaleur si familière.
Elle est tellement heureuse de pouvoir ressentir une telle douceur, encore une fois.
Elle sanglote en continue dans l'émotion, soutenue mentalement par la présence si grande et si calme près d'elle.
Lorsqu'elle n'a plus de larmes à pleurer, lorsque ses yeux rougis par les pleurs, cessent d'en verser, la petite relève la tête.
Elle veut regarder ce magnifique visage de plus près.
"Ma-Maman... Je suis tellement heureuse de te revoir... J'avais tellement peur... Peur de ne plus jamais te revoir... Peur que tu ne me serres plus jamais dans tes bras..."
La femme à la robe bleue est toujours silencieuse, ses yeux sont toujours fermés, mais ses jolies lèvres se forment en un doux sourire réconfortant.
Ce n'est qu'après un moment, que la dame déplace sa main derrière le dos de la petite fille. Cela apaise son esprit.
Le moment semble ne durer qu'un bref instant, mais la grande silhouette se penche et serre la petite fille dans ses bras vêtus de bleu.
Le bonheur que ressent Rose à cet instant lui donne l'impression qu'elle est sur le point d'exploser et de crier de joie, mais elle garde son calme, se surprenant elle-même. Peut-être est-ce simplement cette douceur et ce calme que la grande femme détient, qui viennent remplacer d'autres émotions et envies. Mais...
À cet instant, une douce chaleur caresse chaque parcelle de sa peau, emportant les soucis et ses plus grandes peurs loin d'elle. La petite fille rend le câlin avec autant d'amour.
Lorsqu'arrive le moment de se séparer, Rose lève une nouvelle fois la tête, absorbée par le calme et la sécurité qu'elle ressent en voyant ce beau visage. Elle ressemble toujours à maman, sans les cernes de fatigues sous des yeux fatigués... Elle est plus jolie que jamais. Les mots manquent, mais il n'y en a pas besoin à cet instant. Elle peut toujours ressentir la chaleur autour d'elle.
Puis vint le moment où sans prévenir, la femme commence à se retourner et à s'éloigner.
Le cœur de la petite fille ne fait qu'un tour :
"Où vas-tu, maman ?"
Elle s'arrête, guidée par la voix de la petite fille. Un silence de plusieurs secondes s'en suit... Puis...
Sans se retourner, la lumineuse silhouette parle enfin, prononçant ses premiers mots depuis son arrivée :
"Ne crains rien... Je ne t'abandonne pas. Le jour, je serai le soleil. La nuit, je serai la lune. Ainsi, je veillerai toujours sur toi."
Des émotions diverses traversent chaque parcelle du corps de la petite fille. Maman doit repartir...? Elle ne veut pas qu'elle parte. Elle veut l'avoir à ses côtés pour toujours. Elle veut sentir sa présence guider chacun de ses pas. Elle n'est qu'une petite fille. Une petite fille qui a besoin de sa mère.
"Et comment feras-tu lorsqu'il n'y aura ni place pour le soleil, ni la lune, près de moi dans les autres galaxies ?" Demande la petite fille.
Un doute s'empare de la petite fille. Elle devait voyager avec ses Lumas, les galaxies étaient si lointaines et si différentes... Certaines n'avaient même pas la place pour un soleil ou une lune.
Rose ne peut le voir, mais un sourire nostalgique apparaît sur le visage de la femme. Elle ne dit rien pendant un instant, mais après ce qui semble être un moment de réflexion, elle répond :
"Tu ne seras, plus jamais, seule. Je me changerai en étoile, et j'attendrai par de-là les galaxies... Et les univers."
Sur ces mots touchants qui font battre le cœur de la petite fille de vive allure, la femme se retourne enfin. Un sourire est gravé sur ses lèvres, et pour la première fois, elle ouvre les yeux. Ses magnifiques yeux bleus caressent l'âme de la petite Rose. La couleur de ceux-ci imprègne à jamais la petite fille, sans qu'elle ne puisse en expliquer les raisons. Elle sent son être rassuré - même si elle sait que leur séparation est sur le point d'arriver.
La femme part comme elle est venue, entourée d'une forte lumière qui l'enveloppe, qui commence à la faire disparaître. Son sourire ne quitte pas ses lèvres couleur pêche, et ses yeux ne quittent pas la petite fille.
La grande silhouette devient invisible au centre de la lumière. Puis la lumière s'éteint, la planète redevient plus sombre.
Rose se tient toujours immobile, fixant l'endroit où se tenait la forme familière avant son départ.
Comme la vie est étrange...
Les mots de sa mère semblent encore résonner dans son esprit, et la chaleur de son étreinte présente sur sa peau, comme-ci maman est toujours là, près d'elle, la tenant dans ses bras...
La petite planète bleue est de nouveau visible, ayant été cachée par la lumière et la silhouette un instant auparavant.
"Rose !" Une voix, elle aussi familière, appelle son nom de derrière son dos.
La petite fille se retourne rapidement, pour voir Polari, le Luma brun, flottant avec difficulté vers elle. Il tient avec ses petits bras un plateau - trop grand pour lui, contenant une grande pile de crêpes, recouvertes de diverses poudres d'étoiles brillantes.
"Polari !" Dit-elle avec une voix plus forte que d'habitude.
"Qu'est-ce qu'il y a ?!-" Cela surprend le pauvre Luma qui lâche le plateau de crêpes. "Oh non !"
Heureusement, la petite fille qu'il avait vue triste et sans énergie, assise sur le sol plus tôt, se précipite en un éclair vers lui et attrape le plateau de crêpes avant qu'il ne touche le sol.
"Oooh !" S'exclame-t-elle, tenant désormais le plat plein de garnitures. "Tu es un peu maladroit, Polari."
Ce qu'elle fait ensuite choque le luma brun.
Rose se met à rire, son visage est lumineux. Elle semble... Heureuse.
La vue des crêpes, a-t-elle un tel effet sur elle ? Non... Elle ne mange même pas parfois... Alors, est-ce grâce à toutes les différentes garnitures d'éclats d'étoiles ? Il a volontairement ajouté beaucoup de poudre d'étoile sucrée, espérant que cela allait lui faire plaisir...
Mais, par les étoiles, il ne s'attendait pas à cette réaction... La voir sourire dès son retour. Polari est surpris... Mais très heureux. Même s'il doute encore de la raison de la bonne humeur de Rose, il est heureux de la voir sourire et surtout rire.
Comme il ne répond pas depuis quelques secondes, la petite fille caresse le haut de la tête du luma, le sortant de ses pensées.
"Ooh... Oui. Désolé, Rose." Les yeux glacier de Polari ne la quittent plus du regard. "Tout va bien...? Enfin, je veux dire..."
Rose lui répond rapidement :
"Oui ! Je vais bien. Je vais beaucoup mieux. Merci, mon Polari."
Les beaux yeux bleus de la petite fille brillent sous les lumières des étoiles.
Le remercie-t-elle pour les crêpes ou parce qu'il est la raison de sa bonne humeur ?
"Je t'en prie..." Dit-il. "J'espère que tu vas les aimer. C'est la première fois que je prépare des crêpes, alors..."
"Ne t'en fais pas, elles ont l'air délicieuses." Répond la fillette.
Elle regarde le plateau avec les crêpes, avant de relever les yeux vers son compagnon :
"Veux-tu t'installer ici avec moi ? Nous pourrions déguster ces délicieuses crêpes tous les deux, et regarder les étoiles !"
Polari est d'abord surpris par la question, mais accepte volontiers. C'est la première fois qu'elle lui demande de rester près d'elle dans cet endroit. Elle préfère y être seule d'habitude... Ou plutôt, elle y est si triste que la moindre présence ne semble pas l'atteindre.
C'est vraiment étrange.
Une bonne chose cependant.
Si seulement Rose pourrait être heureuse plus souvent.
"Allons-y !" Dit Polari, heureux lui-même alors qu'ils se dirigent vers l'endroit où était assise Rose plus tôt. "Tu vas voir ! Je suis le chef-luma par excellence !"
"Il n'y a qu'un seul luma qui cuisine seul, maintenant. Ce n'est pas très difficile d'être le meilleur !" Réplique Rose avec humour.
Quelques secondes plus tard, ils sont assis tous les deux sur le sol, l'un à côté de l'autre. Ils dégustent les crêpes, et même si Polari grimace devant les crêpes qu'il trouve mauvaises au goût, il reste satisfait tout le temps. Car Rose mange ces crêpes avec appétit, tout en pointant certaines étoiles de son index. La petite fille dégage une joie exceptionnelle, et c'est tout ce que Polari souhaite.
Je vais devoir m'améliorer, pour préparer des crêpes meilleures que celles-ci...
Une question est toujours dans son esprit cependant... Rose a toujours aimé regarder les étoiles, pourquoi est-elle plus heureuse que d'habitude en parlant de chacune d'entre elles qu'elle montre du doigt ?
Les étoiles, sont-elles à l'origine du changement de Rose ?
Si c'est le cas, il remercie chaque étoile de tout son cœur pour ce moment de bonheur.
Une gracieuse silhouette féminine pose ses talents argentés sur un sol en verre. Une robe bleu turquoise flotte à chacun de ses mouvements gracieux.
Ses yeux bleus regardent autour d'elle, elle inspecte l'endroit où elle se trouve pour vérifier que tout est comme la dernière fois qu'elle l'a vu. C'est heureusement bien le cas.
La grande sphère d'énergie pure au centre de l'endroit brille de mille feux.
Beaucoup de Lumas de différentes couleurs sont visibles un peu partout et jouent.
Le cœur de la jeune femme se réchauffe en voyant chacun des lumas. Ils ne semblent pas encore l'avoir vue.
Elle se tourne ensuite pour regarder les étoiles depuis le bord de l'endroit. Chaque astre semble visible...
Ainsi qu'une petite planète au loin. Aussi petite vue d'ici qu'une simple bille.
Elle joint ses deux mains devant elle en admirant cette planète.
"Maman..." Murmure-t-elle "J'espère avoir fait la bonne chose. J'espère que mes décisions sont les bonnes... Que mes choix et mes mots sont et seront toujours aussi sages que les tiens."
Il n'y a que le silence comme réponse, mais un silence qui n'en est pas un, car il est accompagné de rires de différents lumas qu'elle peut entendre, partout autour de la demeure.
Elle sourit, puis se retourne, mais...
Un luma brun se tient devant elle. Un de ses petits bras relevé et l'autre courbé contre son corps. Il est visiblement énervé.
"Où étais-tu ? Ça fait longtemps que l'on ne t'a pas vue !"
La jeune femme - d'abord surprise de la soudaine apparition, n'en reste pas moins calme, souriant à la petite étoile brune.
"Je n'ai pas été absente très longtemps... Polari."
Polari ne semble pas très satisfait de la réponse, car il s'approche pour toucher le front de la jeune femme à la robe bleue.
"Ah oui ? S'il te plaît, Rose. Tu ne pars jamais plus de 5 minutes en dehors de l'Observatoire ! Et le seul endroit où tu vas est justement relié à l'Observatoire... Mais tu n'y étais pas ! J'ai posté plusieurs lumas dans la Gateway Galaxy et à l'entrée de celle-ci, mais aucun ne t'a vue là-bas !"
À l'heure actuelle, il existe plusieurs Gateway Galaxy, mais les lumas ne le savent peut-être pas encore...
Un doux rire résonne soudainement, puis une voix dans un joli écho parle :
"Tu t'inquiètes beaucoup trop, mon pauvre Polari."
"Attendez... Ô Grandes Étoiles ? Est-ce que vous entendez cette jeune femme ?" Le luma brun se tourne un moment, et fait mine de vraiment s'adresser aux étoiles, avant de se retourner vers la femme en question. "Tu sais comme moi que j'ai des raisons de m'inquiéter, ma chère Rosalina."
Rosalina acquiesce avec gentillesse.
"Très bien. C'est vrai, tu as raison... Mais je t'en prie, calme-toi Polari, ce n'est pas très bon pour ta santé de t'inquiéter autant..."
Le luma tourne deux fois sur lui-même, son humeur ne s'améliore pas.
"Tu vas peut-être devoir me dire où tu étais pour ça ! Ce n'est pas que je ne veux pas te laisser tranquille, mais il faut admettre qu'ici, le contexte est différent, puisque tu ne pars jamais à plus d'un mètre d'un luma ! C'est nouveau ça ! Tu peux avouer que nous vivons une routine depuis des années, et ton absence mystérieuse et si soudaine n'en fait pas partie."
En effet, la plupart du temps, Rosalina a besoin de la présence de ses enfants étoiles près d'elle. Chacun d'eux est une source de chaleur, une présence familière et une nécessité absolue pour elle. Et Polari est très souvent à ses côtés. Une présence qu'elle apprécie de tout son cœur.
Peu importent les apparences... Les lumas sont sa famille.
Les rares fois où elle se permet d'être seule, c'est lorsqu'elle ressent le besoin de visiter la Gateway Galaxy, mais ces moments ne durent que quelques minutes, avant qu'elle ne revient sur l'Observatoire de la comète.
Cependant, encore une fois, sa routine se répète, mais d'une manière relativement différente.
"Bien... Je vais tout te dire." La voix de la reine de l'espace est très douce. "Mais avant cela, préviens les lumas, dis-leur que nous sommes sur le point de changer d'univers, pendant que je prépare l'Observatoire pour le départ."
Polari sursaute sous la surprise :
"Maintenant ? Mais Rose, nous venons d'arriver dans cet univers ! Tu es partie de l'Observatoire dès notre arrivée, et tu reviens et décide de partir aussi vite ?! C'est la première fois ! Qu'as-tu donc fais dans cet univers ? Oh, Rose... Ne me dis pas que tu as fait une bêtise... Non, tu es trop mature pour cela, n'est-ce pas ?"
Rosalina secoue la tête en fermant les yeux quelques secondes devant le flot de questions. Le sourire léger sur ses lèvres ne disparaît pas vraiment, au contraire, il devient plus grand.
"Cet univers n'est pas en danger... Je te promets que tout se passera bien ici."
Polari se frotte le front, se calmant un peu.
"Tu n'as pas pu faire le tour de cet univers en si peu de temps, et encore moins sans l'Observatoire... Comment peux-tu être sûre qu'il n'y a aucune menace qui frappera cet univers et les galaxies qui le composent ? Tu es la Gardienne du Cosmos, tu me dois des réponses plus claires."
Elle a beaucoup de noms, donnés par les espèces vivantes qui ont la chance de voir le grand panache blanc de sa comète... La Gardienne du Cosmos, La Princesse de l'espace, La Reine des galaxies, La Dame de la comète... Les créatures les plus sages lui donnent le titre de 'Protectrice de l'Univers'. Ou encore celui qu'elle affectionne le plus : La mère des lumas, ou plus simplement "Maman".
Rosalina ouvre les yeux, offrant un chaleureux sourire qui fait fondre le cœur du luma brun, mais qui le perturbe aussi.
"Et tu es mon gardien personnel, Polari."
Elle a toujours été comme ça, elle le rend inquiet malgré elle, mais elle est très sage et d'une nature très douce. Polari aime à se dire qu'elle est autant si ce n'est plus sage que lui. Enfin, qu'elle avait déteint sur lui... ou qu'il avait déteint sur elle. Peu importe. Ils sont assurément nécessaires l'un à l'autre. Parfois, il pense être trop protecteur et paranoïaque, car il sait qu'il peut avoir confiance en elle et son jugement, même s'il lui arrive de lui donner des conseils. Polari est un très bon confident pour Rosalina.
Mais il espère tout de même une réponse, et il sait qu'elle va tout lui expliquer en temps voulu.
"Polari..." Dit Rosalina, faisant apparaître sa baguette magique dans ses mains, "Cet univers a déjà deux gardiens pour veiller sur lui."
Il la regarde, choqué. Elle le rassure, avec son plus beau sourire :
"Je suis venue vérifier l'un de ces gardiens. J'ai beaucoup d'espoir, je pense qu'ils veilleront sur cet univers tout aussi bien que nous deux... Cet univers... et bien d'autres encore."
Rosalina se tourne pour regarder la petite planète au loin. Polari regarde la mère adoptive des lumas, les pièces d'un puzzle s'emboîtent et commencent à former une image assez claire dans son esprit.
"Tu as aidé quelqu'un qui avait besoin de toi... J'imagine que tu étais la seule à pouvoir le faire, puisque tu as voyagé jusqu'ici dans ce seul objectif."
Polari se calme, il rejoint la blonde et pose son petit bras sur son épaule.
"Je voulais seulement transmettre des mots importants à une personne qui avait besoin de les entendre." Avoue Rosalina, fermant les yeux en prenant une grande respiration. "Je souhaitais transmettre le message que pourrait dire la plus sage des étoiles."
"Oh, tu parles de moi, par 'la plus sage des étoiles' ? Je suis touché." Répond Polari, caressant l'épaule de la jeune femme.
Les mots de l'étoile brune lui font ouvrir ses grands yeux bleus, et elle se met à glousser. Elle apprécie l'intention du luma de la soulager de la pression. Polari reprend :
"Sûrement des mots que seuls les gardiens comprennent, hein ? Oh, je sais que tu fais toujours les choses avec ton cœur, Rose. Personne d'autre que toi ne pourrait faire mieux, j'en suis sûr."
Pour soulager et aider l'être qui lui est le plus cher, Polari ne ménage jamais ses mots, même lorsqu'il faut être plus sévère, il fait toujours ce qui est le mieux pour elle.
La mère des lumas hoche la tête, reconnaissante. Elle ne se demande plus vraiment si elle a toujours besoin d'expliquer son départ à Polari, il semble déjà avoir sa propre idée.
"Oui. Des mots que tous les gardiens ont besoin d'entendre." Elle acquiesce en caressant la tête du luma. "Cette personne se portera très bien."
Elle le sait.
Elle connaît cette petite fille et son étoile brune mieux que quiconque après tout. Ils feront des gardiens exceptionnels.
La chaleur dans sa propre poitrine et dans le cœur de la petite Rose ne ment pas.
Puisse-t-elle grandir, et garder ces souvenirs d'une figure familière pour la guider.
Polari et Rosalina regardent les étoiles l'un à côté de l'autre pendant plusieurs minutes. Jusqu'à ce qu'une voix timide brise le silence entre eux :
"Polari... Avant de partir... Je dois me rendre quelque part. Il y a quelque chose que je souhaite faire avant notre départ... Est-ce que tu veux bien m'y accompagner ?"
Il n'a pas besoin d'un moment de réflexion, il répond immédiatement :
"Évidemment. Tu n'as même pas besoin de me poser la question. Dis-moi plutôt 'viens, on y va maintenant'."
"Merci, mon Polari." Dit-elle, prenant son étoile brune dans ses bras pour un câlin.
Un peu plus tard, l'Observatoire de la comète est sur sa lancée. Le regard de Rosalina s'attarde une derrière fois sur les étoiles de cet univers.
Du fond de son cœur, la mère des lumas espère avoir effacé de l'histoire les regrets d'une âme défunte. Une âme n'ayant pu dire à son enfant le chemin à suivre avant un abrupt départ.
Elle espère avoir été, pendant quelques minutes, la figure maternelle dont la petite fille avait besoin. Celle dont elle aura besoin de se souvenir pour les milliers d'années à venir. Car ils ne font pas que les aider à grandir...
Les parents continuent de vivres à travers leurs enfants.
Et tout comme les cycles se répètent, mais jamais vraiment de la même façon, elle espère soulager les douleurs et les tristesses inévitables, du mieux qu'elle le peut. Si certaines personnes sont prédestinées à souffrir, elle est la seule à pouvoir atténuer leur chagrin. Elle sait le faire, l'ayant déjà expérimenté elle-même.
L'Observatoire, guidé par la magie de la Gardienne, traverse une passerelle temporelle. La comète bleue disparaît, tous ses habitants avec elle.
Rendez-vous vers un autre univers, dans une époque inconnue, car telle est la vie de la Gardienne.
Veiller à la paix du cosmos, mais également, protéger les êtres nés de la poussière des étoiles.
Pendant qu'au même instant, une étoile bleue, plus brillante que les autres, fait briller les yeux d'une petite fille à la robe blanche immaculée...
Ainsi qu'un bouquet de roses bleues, posé sous un arbre sur une petite colline.
