Pour l'amour de la langue
Auteur : Lady Zalia
Type : OS, Humour, Romance, un poil d'action.
Ah oui et j'oubliais de préciser… C'est un Lurry, autrement une relation homosexuelle entre Lucius Malefoy et Harry Potter. 😉 Lemon à la clé. Évidemment l'histoire se passe plusieurs années après Poudlard avec un Harry adulte. Les paroles en italique sont considérées comme prononcées en français par les personnages.
Disclaimers : L'univers Harry Potter appartient à J.K. Rowling. Je ne me fais aucun argent dessus. Merci à elle de nous le prêter avec une telle bienveillance pour donner libre court à notre imagination.
Ceci est un cadeau d'anniversaire pour EpsilonSnape que j'ai rencontré il y a maintenant plusieurs mois sur un Discord qui a changé ma vie. 💛 Merci encore à LessaWatberg de m'y avoir invité, merci à Pakalos pour l'idée de départ (oui tu as sans doute oublié depuis), mais surtout JOYEUX ANNIVERSAIRE EpsilonSnape ! Cœur sur toi. 😘
Debout dans le hall d'entrée du Square Grimmaurd, Harry jeta un cœur d'œil à son reflet dans le miroir et passa un dernier coup de peigne dans sa chevelure en bataille.
- À ce soir, Kreattur !
L'elfe des Blacks avait tellement insisté pour le servir qu'il avait fini par céder. Au moins cela lui faisait une présence dans cette imposante demeure bien trop vide à son goût. Il avait tout de même profité des derniers mois pour la réaménager à grands coups de magie et des conseils avisés d'Andromeda Tonks. La sorcière venait lui rendre visite presque chaque week-end avec son filleul Teddy Lupin et était devenue une sorte de grand-mère de substitution.
Jugeant son apparence acceptable, il sortit sur le perron de sa demeure avant de transplaner au Ministère de la Magie. Il avait accepté l'offre de Kingsley Shacklebolt et cela faisait 9 mois qu'il avait intégré le Bureau des Aurors sous les ordres de Gawain Robards en compagnie de Ron et Neville, tous trois ayant été exemptés de passer leurs ASPIC. Il s'était plongé dans son métier corps et âme et avait la réputation d'être assez doué. Il y avait encore de nombreux Mangemorts ou sympathisants dans la nature et le travail n'était pas de tout repos mais il avait l'intime conviction que c'était ce qu'il savait faire de mieux. Robards lui donnait des responsabilités toujours plus grandes, contrairement à ses deux camarades qui manifestaient un enthousiasme nettement plus modéré pour la chasse aux mages noirs.
À peine eut-il atteint son bureau et salué ses collègues que la voix de son chef tonna dans la grande salle.
- Potter ! Dans mon bureau, tout de suite !
Harry jeta un œil à ses camarades qui n'avaient pas l'air plus renseignés que lui et déposa ses affaires pour rejoindre son patron. L'homme n'était pas d'une patience exemplaire et mieux valait éviter de le faire attendre.
- Bonjour, chef ! J'ai fait quelque chose de mal ? C'est mon rapport sur l'affaire Pratchett ?
- Absolument pas, rassurez-vous. Prenez une chaise. J'ai une mission de la plus haute importance à vous confier. Nous piétinons depuis plusieurs semaines avec ces contrebandiers français. Ils approvisionnent les derniers Mangemorts dans leurs cachettes ou ont aidé plusieurs d'entre eux à quitter le pays. Le gouvernement français accepte de nous aider, et puisque vous n'avez aucune attache ici, vous allez vous y coller...
- Subtile manière de dire que je n'ai plus aucune famille vivante… Et je vous ferai remarquer que j'ai un filleul !
L'Auror en chef secoua sa main en l'air d'un geste impatient.
- Ce ne sera que le temps de la mission ! Vous irez donc en France, pour aider leurs Aurors à retrouver la piste des Mangemorts en fuite. Si vous réussissez, je vous mettrais à la tête d'une équipe.
Harry fit la moue. Il n'avait même pas un an de service en tant qu'Auror et cette promotion allait sans doute faire jaser dans les couloirs. Même s'il commençait à en avoir l'habitude, ce n'était jamais agréable.
- Vous oubliez un détail, je ne connais que quelques mots en français, je suis loin de le parler. Il y a sans doute plein de gens plus qualifiés que moi pour cela.
- J'y ai pensé. Vous allez suivre un cours de langue intensif avec Lucius Malefoy. Il parle couramment le français.
Le Survivant manqua de s'étouffer.
- Lucius Malefoy ! Mais c'est un putain de Mangemort !
- Un peu de respect, Potter ! Lucius Malefoy a soumis de nombreuses preuves et informations. Il est resté passif tout le long de la guerre. Le tribunal lui a imposé des travaux d'intérêt général pour prouver sa bonne volonté et il s'en acquitte avec une grande efficacité. Donner de sa personne pour vous enseigner le français en fait partie, et puisque vous avez des doutes sur son honnêteté, vous n'aurez qu'à en profiter pour le surveiller.
- Mais…
- Ma décision est prise. Rentrez chez vous et faites vos bagages. Vous avez rendez-vous au Manoir Malefoy ce soir à l'heure du thé. Ne soyez pas en retard.
- Mes bagages… Ah parce qu'en plus je dois aller habiter chez lui ?!
- Lucius Malefoy estime pouvoir vous enseigner les rudiments du français en un mois par une pratique intensive de la langue. Il a généreusement proposé de vous héberger tout le long de votre apprentissage pour vous éviter les transplanages. Il serait incorrect de refuser.
- Je sens que je vais devenir dingue… Au moins Drago est à Poudlard. Je vais donc être seul avec Lucius, Narcissa et leurs elfes de maison. Misère…
- Allons, je vous ai connu plus combatif. C'est un ordre, Potter. Voyez cela comme une mission d'infiltration.
Le jeune Auror soupira une nouvelle fois mais tapota le bureau de son supérieur du bout des doigts, comme chaque fois qu'il s'apprêtait à partir en mission.
- Ok, chef. Mais je vous préviens, si je trouve la moindre preuve qu'il est toujours en contact avec des Mangemorts, je vous appelle en urgence, quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit.
- Très bien, je compte sur vous. Continuez de vous montrer aussi sérieux, Potter, et je pourrais sans doute négocier une augmentation.
Harry s'était déjà tourné vers la porte et il leva la main pour saluer son patron avant de quitter la pièce. Il regagna son bureau, la mort dans l'âme, sous le regard interrogatif de ses collègues. L'open-space s'était soudain plongé dans le silence et Ron fut le premier à oser le briser.
- Alors, qu'est-ce qu'il te voulait ?
- Robards veut que j'apprenne le français avec Lucius Malefoy. Tout ça pour travailler avec les Aurors français sur l'affaire des contrebandiers qui aident les Mangemorts...
- Oh merde... Mais pourquoi lui ?
- Apparemment il le parle couramment et comme ça fait partie des travaux d'intérêt généraux qu'il doit effectuer, le Ministère n'a pas besoin de le payer. Et qui c'est qui va se le coltiner ? C'est bibi ! Bon sang comme si j'avais mérité ça, il me déteste, je le déteste… Ça va tourner au corps à corps, moi je te le dis.
Passant ses nerfs sur ses malheureuses fournitures de bureau, il décida qu'il avait grand besoin de voler. Il salua ses collègues, serra Ron et Neville dans ses bras comme si c'était la dernière fois qu'il les voyait, et quitta le Ministère sans plus tarder. Une fois chez lui, il balança son sac dans l'entrée sans plus de cérémonie, ignorant le regard outré de Walburga Black. Son elfe ne tarda pas à apparaître sous ses yeux, alerté par le bruit.
- Monsieur Harry Potter est déjà rentré !
- En effet, Kreattur. On m'a confié une mission. Je vais devoir aller habiter pendant… un mois au… Manoir Malefoy… Bon sang, rien que d'y penser… Peux-tu préparer mon sac, s'il te plait ? J'ai vraiment besoin d'aller m'aérer l'esprit.
Il attrapa l'Éclair de feu qu'il s'était racheté dès la fin de la guerre et ressortit immédiatement de la demeure pour retransplaner, cette fois à destination d'un coin de campagne qu'il connaissait bien. Il savait qu'il y avait bien peu de chance qu'il y rencontre qui que ce soit et qu'il pourrait s'y défouler sans être dérangé.
Il avait un tel besoin de faire abstraction de la réalité qu'il en oublia totalement le temps et passa tout le reste de sa journée à voler, admirant la nature comme si c'étaient ses derniers instants de liberté. Il avait l'intime conviction qu'il ne pourrait jamais s'entendre avec le patriarche Malefoy et le mois à venir sonnait pour lui comme une condamnation de prison.
Lorsqu'il prit conscience de l'heure, il était déjà 17 heures passées, et quitte à provoquer l'ire du Sang Pur, il décida de faire les choses à fond. Il arriva ainsi au manoir avec une bonne heure de retard, habillé à la moldue d'un simple jean, t-shirt et chemise, baskets au pied, ses cheveux encore humides de transpiration, son balai à la main et son sac à l'épaule. Il fut bien entendu accueilli par un elfe de maison qui le fit patienter quelques instants dans le hall d'entrée avant de lui faire signe de le suivre.
- Maître Malefoy est un noble sorcier attaché à la ponctualité. Monsieur Harry Potter était attendu pour 17 heures. Venez, il va vous recevoir dans son bureau.
Harry passa sa main dans ses cheveux pour les ébouriffer un peu plus et décida d'arborer le "masque de l'Élu", comme il l'appelait lui-même, lui donnant un sourire factice et une assurance qu'il ne possédait pas.
- Ah ! Monsieur Potter, vous voilà. Votre supérieur ne vous a-t-il donc pas précisé l'heure fixée pour notre rendez-vous ?
- Monsieur Malefoy. Je m'excuse, j'étais occupé. En toute honnêteté, j'avais plus envie de me casser une jambe que de venir ici. Mais les ordres sont les ordres…
- Je vois. J'ose espérer que vous saurez faire preuve de bonne volonté lors de nos cours. On m'a chargé de vous inculquer les rudiments de la langue française et je n'ai pas pour habitude de négliger mes engagements.
Le sourire du Survivant s'accentua, lui donnant une expression moqueuse qu'il ne chercha pas à dissimuler. Il avait vraiment envie de faire référence à son échec au Ministère, lorsqu'il œuvrait en tant que Mangemort, mais insulter immédiatement son… professeur n'était sans doute pas une bonne idée… Il décida d'opter pour une approche plus subtile.
- Je n'en doute pas. Rassurez-vous, je sais faire preuve de sérieux lorsque cela est nécessaire. Et je suis toujours très impliqué dans mon travail. Comprenez, la chasse aux mages noirs est une véritable passion chez moi…
- Nous verrons cela. Prouvez-moi que votre nomination à ce poste est aussi méritée qu'on le prétend. Pour ma part, je ne crois que ce que je peux constater par moi-même. Tout ce que je vois pour l'instant, c'est un jeune homme qui a été exempté d'ASPIC, de formation et même d'un quelconque examen d'entrée sur la seule excuse de son statut de héros de guerre. Et voilà qu'en plus vous arrivez en retard. À vous de me prouver que j'ai tort.
Harry perdit tout sourire. Lucius Malefoy venait justement de donner l'une des raisons pour lesquelles il se montrait si investi à son travail. Il voulait montrer à tous qu'il n'était pas que "le Survivant qui portait sa réputation comme une couronne" comme le disait Rogue. Il détourna un instant les yeux et plongea ses mains dans ses poches, signe que la conversation le mettait mal à l'aise.
- Ainsi vous prétendez m'enseigner la langue en seulement un mois ? Comment allons-nous procéder ?
- Je ne prétends pas, j'affirme. Si vous êtes sérieux, attentif et appliqué dans votre travail, d'ici un mois vous serez capable de tenir une conversation en français courant. Mais je vous préviens, il n'y aura pas de place pour la fainéantise. Dès demain, je vous parlerai français continuellement, du matin jusqu'au soir. Nous prenons le petit déjeuner à 8 heures, le déjeuner à midi et le dîner à 19 heures 30, sans oublier le thé à 17 heures. Vous prendrez vos repas en notre présence, cela va sans dire. Nous débuterons les leçons à 9 heures chaque jour. Je compte sur votre ponctualité à l'avenir. J'ai préparé une salle tout spécialement pour cela. Avez-vous déjà essayé d'apprendre une autre langue, monsieur Potter ?
- Pas vraiment. Je parlais le Fourchelang sans jamais l'avoir appris, mais depuis qu'il est mort, je n'en suis plus capable. En français, je sais juste dire "bonjour" et "merci".
- Très bien. Paddy ! Cet elfe va vous faire visiter vos appartements et la partie du manoir dans laquelle vous évoluerez. Vous pourrez l'appeler en cas de besoin. Nous nous retrouverons pour le dîner.
Harry hocha la tête et suivit l'elfe de maison qui venait d'apparaître. Les "appartements" que Lucius Malefoy lui avait octroyés n'avaient en effet rien de la simple chambre qu'il s'attendait à avoir et pour son plus grand soulagement, la décoration n'était pas trop Serpentarde. Les murs étaient recouverts d'un élégant papier peint beige et les rideaux étaient dans des tons chocolat, donnant à l'ensemble une ambiance chaleureuse. Il y avait un grand lit, une armoire, une table de nuit, un bureau et sa chaise, le tout dans un bois sombre assorti au parquet, cependant la luminosité de la pièce était assurée par son haut plafond et un grand tapis crème à l'aspect moelleux.
Une salle de bain était attenante à sa chambre et Harry décida tout de même de prendre une douche et se changer en gage de bonne volonté. Il défit sommairement sa valise, éparpillant son contenu sur son lit pour sortir un pantalon noir en coton, un tricot de corps et une robe sorcière sobre mais élégante. Dans la salle de bain, un ensemble de serviettes et gants de toilette avaient déjà été apprêtés et il profita d'un bon shampoing pour attacher ses cheveux en arrière, seule manière qu'il avait trouvé pour les discipliner.
Lorsqu'il revint dans sa chambre, il s'aperçut immédiatement que tous ses vêtements avaient été rangés dans l'armoire et ses affaires en ordre sur le bureau. Paddy attendait, figé dans une sorte de garde-à-vous, et Harry lui offrit un sourire rassurant.
- Oh merci, Paddy, c'est gentil de ta part, tu n'étais pas obligé. Je crains que nous n'ayons plus le temps de visiter le manoir et je ne voudrais surtout pas arriver en retard au dîner. Je meurs de faim. Tu peux me conduire jusqu'à la salle à manger ?
- Oh ! Monsieur Harry Potter est trop aimable avec Patty. Maître Malefoy a ordonné à Paddy d'accueillir monsieur Harry Potter comme un invité de marque alors Paddy obéit. Si monsieur Harry Potter veut bien me suivre…
Lorsque Harry débarqua dans la salle à manger, Lucius et Narcissa venaient tout juste de s'asseoir à table, et le patriarche Malefoy le dévisagea de haut en bas avec une expression que Harry ne parvint pas à identifier.
Le jeune sorcier s'avança et inclina légèrement la tête pour saluer la mère de Drago.
- Madame Malefoy, bonsoir. Je vous remercie de m'accueillir dans votre demeure.
Elle lui répondit d'un petit signe accompagné d'un sourire.
- Monsieur Potter. Mon mari est la seule personne à remercier. Mais je suis heureuse que notre demeure puisse désormais être utile à des desseins plus clairs. Prenez place, je vous en prie.
Elle lui désigna la place face à elle tandis que Lucius siégeait en bout de table. Le repas fut excellent mais aucun des deux Malefoy ne prononça un mot et Harry avait l'impression que ses moindres faits et gestes étaient surveillés, ce qui rendait l'ambiance particulièrement pesante. Lorsqu'ils sortirent enfin de table, Harry était pressé de rejoindre sa chambre, mais la voix de Narcissa résonna à nouveau.
- Monsieur Potter, nous accompagneriez-vous pour prendre le café ? Lucius a aussi d'excellent digestifs à vous faire goûter…
- Ahem… Je vous remercie madame Malefoy, mais même si je suis ici, j'ai tout de même quelques rapports que je dois terminer de rédiger. Je pensais justement m'y atteler avant de dormir. Ce sera pour une prochaine fois. Je vous souhaite une bonne soirée et une bonne nuit.
Et sans demander son reste, il s'éclipsa. Il n'avait rien de tel à faire, mais si c'était pour supporter plus longtemps le silence pesant qui régnait entre ces deux-là, il préférait encore être seul. Au moins dans sa chambre, il n'avait pas besoin de porter son masque…
***/+/***
Il se réveilla le lendemain matin à l'aube pour faire son footing, comme à son habitude, et il en profita pour parcourir les jardins du Manoir Malefoy. Le terrain était parfaitement entretenu et le paysage était bien plus agréable que les rues de Londres. Après une heure d'exercices physiques intensifs, il prit une douche et s'habilla de la même tenue que la veille. Il allait décidément falloir qu'il s'achète quelques tenues sorcières supplémentaires lors de sa prochaine virée au Chemin de Traverse…
Lorsqu'il arriva dans la salle à manger, Lucius était déjà à table, occupé à lire la Gazette du Sorcier. Il leva sa tasse de café à son arrivée.
- Monsieur Potter. Je ne pensais pas vous voir si tôt.
- Monsieur Malefoy. Sachez au contraire que je suis quelqu'un qui dort peu. Je suis debout depuis 6 heures, ce qui m'a permis de faire mon sport quotidien avant de vous rejoindre. Car si, comme vous l'avez si bien dit hier, le Ministère m'a exempté d'ASPIC ou de toute formation pour devenir Auror, je n'en suis pas moins soumis aux exigences du métier. Je me dois donc d'entretenir ma forme physique.
- Intéressant. Vous m'apprenez quelque chose.
Harry s'assit et Paddy apparut bientôt avec un plateau recouvert d'une grande théière, d'un mug, d'un bol de salade de fruit et de plusieurs tartines grillées.
- Monsieur Harry Potter, votre elfe s'est présenté à moi ce matin et m'a indiqué vos habitudes alimentaires.
- Oh euh… Je ne lui en avais pas donné l'ordre, je ne voulais pas paraître exigeant…
- Comme c'est étonnant. Harry Potter a un elfe de maison. Moi qui croyais que vous méprisiez ces pratiques !
Le Survivant leva les yeux au ciel.
- J'ai hérité de Kreattur avec la maison des Black. Je voulais qu'il travaille à Poudlard mais depuis que j'habite au Square Grimmaurd, il a insisté pour rester à mes côtés. J'imagine qu'il voulait s'assurer que la maison ne devienne pas une garçonnière bordélique.
- Vous m'en direz tant…
Au vu du regard moqueur de Lucius, Harry se dit qu'il aurait mieux fait de se taire. Il décida de se concentrer sur son petit déjeuner avant de se rendre davantage ridicule.
Ils mangèrent en silence avant de rejoindre la pièce apprêtée par Lucius et le jeune homme ne masqua pas sa sidération en découvrant l'endroit où il allait étudier. C'était une sorte de salle de classe miniature avec un tableau noir, une petite table et sa chaise, un fauteuil et un grand bureau sur lequel trônaient une pile de livres. Le patriarche s'installa confortablement sur le voltaire et fit signe à Harry de s'asseoir sur la chaise apprêtée pour lui, ce que le Survivant fit avec une réluctance évidente.
- On dirait que ça vous plait de jouer les professeurs…
- Allons monsieur Potter, Severus m'a toujours dit que vous étiez un étudiant paresseux et dissipé. C'est l'occasion de me prouver le contraire.
- Laissez donc Rogue là où il est, je vais suivre vos cours parce que je le dois et certainement pas pour vous prouver quoi que ce soit. Vous vous souvenez ? Je dois attraper vos anciens camarades qui se sont enfuis en France plutôt que d'affronter la justice.
Le visage de Lucius se ferma et Harry regretta immédiatement ses paroles. Il se mordit la lèvre et sortit de quoi écrire tandis que l'autre sorcier se saisissait d'un livre en haut de la pile.
- Très bien. Vous allez commencer par lire le premier chapitre de ce livre. Apprenez le vocabulaire par cœur. Je vous interrogerai cet après-midi et je vous corrigerai éventuellement sur la prononciation.
Et avant que le Survivait n'ait pu ajouter quoi que ce soit, il quitta la pièce. Harry poussa un profond soupir.
- Bien joué, Harry. Toi qui voulais arrondir les angles, c'est gagné… 'chier… Si Robards apprend que je lui ai parlé comme ça, il va me passer le savon du siècle.
Il s'attela donc à faire ce que son professeur lui avait ordonné durant les heures qui suivirent et à l'heure du repas, il connaissait les différentes manières de se présenter en français et avait appris tout le vocabulaire qui pouvait être employé lors d'une première conversation. Il rejoignit la salle à manger à l'heure prévue et Lucius l'y retrouva quelques secondes plus tard. Mais alors que le noble se contentait de s'asseoir, sans même un regard pour lui, Harry s'éclaircit la voix.
- Monsieur Malefoy. Je voulais vous prier de bien vouloir m'excuser pour mes propos de tout à l'heure. Mes paroles ont dépassé les limites de la bienséance. Je suis ici pour bénéficier de votre savoir et pas pour vous insulter.
Il avait mûrement réfléchi à ce qu'il allait dire et il était fier de sa phrase. Mais cette fois encore, Lucius Malefoy se contenta de lever deux doigts en l'air, comme s'il voulait l'interrompre.
- Est-ce ce que vous pensez de moi, monsieur Potter ? Que je suis toujours un Mangemort fidèle au Seigneur des Ténèbres ?
- Un juge vous a estimé suffisamment de circonstances atténuantes pour vous laisser en liberté, c'est tout ce dont j'ai besoin de savoir.
- Mais vous, monsieur Potter, vous avez bien une opinion. Si vous aviez été à la place du juge, quelle aurait été votre intime conviction ?
Harry se tortilla sur sa chaise. La discussion prenait une direction qu'il n'avait pas prévu.
- Je ne sais pas. Je ne suis pas juge. Et je n'ai aucune envie de porter une telle responsabilité.
- Mais vous ne me qualifierez pas d'innocent pour autant. Et vous auriez raison, vous seriez bien stupide de le faire. Je n'ai rien d'un homme pur, monsieur Potter. Je l'ai suivi de mon plein gré, d'abord par fanatisme, puis par peur. Et ce soir-là, je vous aurais livré sans hésiter si j'avais pu le faire. Mais Drago a refusé de vous identifier formellement. Il est le seul à avoir été courageux ce soir-là.
Le jeune sorcier n'avait pas besoin de plus d'information pour savoir à quel "soir" il faisait référence. Cet épisode resterait à jamais gravé dans sa mémoire… Il secoua la tête tout en détournant le regard.
- Quoi qu'il en soit, je ne suis pas ici pour refaire les événements passés. Votre épouse m'a sauvé la vie lors de la bataille de Poudlard et vous avez décidé de vous racheter, c'est tout ce qui m'importe. Je vous fais la promesse que je ne mettrais plus cela sur le tapis. J'aimerais vraiment recommencer sur de bonnes bases.
- Fort bien. Je tâcherais alors de ne plus vous insulter, je vous dois bien ça.
Le jeune sorcier soupira de soulagement et prit enfin conscience de l'absence de Narcissa Malefoy.
- Votre épouse ne déjeune pas ?
- Narcissa s'est sans doute levée tard et aura préféré bruncher en milieu de matinée. Habituez-vous à ne la voir que rarement. Elle vaque généralement à ses occupations de son côté.
Après le déjeuner, ils regagnèrent tous deux la "salle d'étude" et Lucius félicita Harry pour son sérieux. En revanche, si le vocabulaire avait bien été retenu, la prononciation était désastreuse.
- Jeu suisse âgé deu dixxe huit ansse.
Le blond secoua la tête, tout en agitant son doigt.
- Non, non, monsieur Potter. Le français possède de nombreuses lettres muettes, la plupart des consonnes à la fin des mots le sont par exemple. Il faut vous entraîner à le déclamer, cela sera plus facile à retenir. Connaissez-vous Molière, monsieur Potter ?
- Euh, pas du tout. Qui est-ce ?
- Un grand auteur français. Une lacune béante à toute éducation si vous voulez mon avis.
- Ah… Ben j'ai été élevé par mon oncle et ma tante qui sont moldus, alors…
- Molière était un dramaturge moldu, monsieur Potter ! Et si on dit de l'anglais qu'il est la langue de Shakespeare, on dit du français que c'est la langue de Molière, c'est vous dire l'importance de cet auteur dans la littérature. Ecoutez cela : Souffrez qu'Amour cette nuit vous réveille ; Par mes soupirs laissez-vous enflammer ; Vous dormez trop, adorable merveille, Car c'est dormir que de ne point aimer.
- Ça a l'air beau. Je n'en comprends pas grand-chose malheureusement.
- C'est une déclaration d'amour. On dit du français que c'est la langue de l'expression des sentiments. J'ai même connu un professeur qui disait du français qu'il fallait être épris de quelqu'un pour le parler parfaitement. Mais rassurez-vous, je n'en exigerai pas autant pour vous !
Harry ne put s'empêcher de sourire, sentant malgré lui une légère rougeur envahir ses joues. On pouvait bien lui trouver de nombreux de défauts, Lucius Malefoy n'en était pas moins un brillant orateur...
Le reste de l'après-midi se passa agréablement mais à la fin de cette première journée, Harry était épuisé. Ils avaient travaillé sans prendre de pause et Lucius avait même exigé de lui qu'il parle français durant le thé. Il déclina donc à nouveau la proposition de passer la soirée en compagnie du couple et cette fois, il ne cacha pas son désir d'aller dormir. À peine fut-il allongé sur son lit que le sommeil le prit.
***/+/***
Le lit était moelleux, la chambre était silencieuse et aucune lumière ne filtrait à travers ses rideaux, Harry passa donc une excellente nuit et se réveilla comme d'habitude, parfaitement reposé, pour faire ses exercices quotidiens. Et alors qu'il faisait ses étirements au beau milieu du jardin, l'impression d'être observé le fit immédiatement se retourner, baguette à la main. C'était Lucius Malefoy qui l'observait depuis son balcon, bras croisés, un étrange sourire au visage.
- Jolis réflexes, monsieur Potter. Pourtant je n'ai fait aucun bruit.
Le jeune sorcier s'empressa de rengainer sa baguette dans sa manche et repris ses étirements, faisant saillir la modeste musculature qu'il avait obtenue à force d'entraînements.
- Merci. Je prends ma tâche très au sérieux, vous savez. Je compte bien prouver à tout le monde que je ne suis pas que le Survivant…
Le reste de la journée se passa tranquillement et ils parvinrent à travailler dans la bonne entente qu'ils s'étaient fixés la veille. Harry devait bien reconnaître que Lucius était un excellent professeur, attentif à ses progrès et qui n'hésitait pas à adapter les exercices en fonction de ses facilités ou de ses faiblesses.
Narcissa les rejoignit à l'heure du thé, vêtue d'une élégante robe verte et Harry accueillit sa venue avec un certain soulagement, lui offrant une accalmie bienvenue dans la pratique du français.
- Alors, monsieur Potter, mon mari ne vous a pas encore épuisé ? Vous devez être quelqu'un d'endurant pour supporter cela sans broncher.
Harry sourit et haussa les épaules.
- Cela fait partie de mon travail. Votre mari sait trouver les bons mots pour me motiver. Je me dois de faire de mon mieux.
- Quoi qu'il en soit, j'admire votre capacité à donner de votre personne en toute situation. Je connais bien des Aurors qui en seraient incapables. Mais trêve de politesse, je suis venue vous demander… un service. J'ai entendu dire que vous étiez en contact avec Andromeda Tonks ?
Cette fois, le jeune Auror écarquilla les yeux. Il était loin de s'attendre à une telle question.
- En effet. Je suis le parrain de Teddy Lupin, qu'elle élève depuis la mort de sa fille, Nymphadora Tonks.
- Je ne vais pas passer par quatre chemins. J'aimerais… reprendre contact avec elle. Je suis bien consciente du mal qui lui a été fait. Je voudrais la revoir. J'ai pensé que vous pourriez servir d'intermédiaire… Si vous acceptez.
- Pardonnez-moi, mais je doute que vous puissiez mesurer l'ampleur de sa souffrance, Madame Malefoy. Son mari Ted Tonks a été assassiné par des Rafleurs, puis sa fille Nymphadora sous les maléfices de Bellatrix Lestrange et son gendre Remus Lupin par Dolohov. Je ne laisserais plus personne lui faire du mal.
- Je sais… Il y a beaucoup de choses que je regrette aujourd'hui. Je comprends votre réticence mais je veux au moins essayer. Si elle refuse, je respecterai sa décision bien entendu.
Le regard de Harry s'était durci en se remémorant tout ce qu'Andromeda avait perdu, cependant il finit par hocher la tête.
- Ok. Si vous le permettez, monsieur Malefoy, je vais lui envoyer un hibou tout de suite.
- Je vous en prie, monsieur Potter. Vous avez quartier libre jusqu'au dîner.
Le jeune sorcier vida sa tasse de thé avant de quitter la pièce pour rejoindre sa chambre. Il rédigea une lettre où il lui expliquait la situation, puis il rejoignit la volière du manoir. Il savait que Kreattur y avait amené son nouveau hibou, Lueur, un Petit-duc ébouriffé au pelage ocre, blanc et brun. Le rapace sauta immédiatement de son perchoir pour se placer son l'épaule de son maître et ce dernier gratouilla un instant le sommet de son crâne duveteux avant de le reposer sur son socle. Harry avait glissé sa lettre dans un petit tube qu'il fixa de manière à ne pas gêner le hibou dans son vol.
- C'est pour Andromeda Tonks. Tu pourras revenir ici pour m'apporter sa réponse.
La fin de la journée se passa tranquillement, Harry profitant de son temps libre pour lire dans la bibliothèque des Malefoy. Il se sentait désormais un peu plus à l'aise au sein de la famille de Sangs-Purs et durant le repas, ils discutèrent de l'organisation de la prochaine Coupe du Monde de Quidditch. Pour la première fois depuis son arrivée ici, il accepta l'offre des Malefoy de passer la soirée en leur compagnie et lorsqu'il se coucha, il avait la sensation d'avoir passé une meilleure journée que depuis bien longtemps.
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Une dizaine de jours passèrent ainsi dans une relative tranquillité. Chaque matin, il faisait son sport dans le jardin et Lucius finissait immanquablement par s'installer à son balcon pour l'observer. À 8 heures, ils prenaient un petit déjeuner en tête à tête, puis ils allaient travailler. Harry étudiait de manière autonome le matin pendant que l'aristocrate gérait ses affaires personnelles, puis ils prenaient le repas du midi avant de retourner au français sur les coups de 14 heures. L'après-midi, ils discutaient en français puis Lucius donnait des exercices à Harry jusqu'à 17 heures, l'heure du thé. Harry avait ensuite deux heures de quartier libre, jusqu'à 19 heures où ils passaient à table pour le dîner, généralement le seul repas où Narcissa Malefoy faisait acte de présence.
Le jeune Auror semblait être devenu l'objet d'une curiosité particulière pour son professeur, car il surprenait régulièrement son regard sur lui. Etrangement, cela ne le mettait pas aussi mal à l'aise qu'il l'aurait cru et s'il devait être honnête avec lui-même, cela ne le laissait pas tout à fait indifférent non plus. L'aristocrate était un bel homme, toujours élégamment habillé et apprêté avec soin, même lorsqu'il ne sortait pas de chez lui. Leur relation s'était considérablement améliorée depuis que tous deux s'étaient promis de traiter l'autre avec cordialité et ils arrivaient à avoir des discussions amicales, notamment après le dîner du soir.
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Ce jour-là avait été une journée parfaitement normale. Lucius avait fait étudier Harry et ce dernier avait fait de nouveaux progrès. Rien n'avait laissé présager les incidents de la nuit. Lorsqu'une explosion retentit, à quelques mètres de lui, Harry se réveilla en sursaut et se jeta sur sa baguette. À la fin de la guerre, il lui avait fallu plusieurs mois avant de retrouver un sommeil correct et encore aujourd'hui il lui arrivait de se lever au beau milieu de la nuit et de se rendormir qu'une fois toutes les pièces du manoir Black vérifiées. Mais cette fois, la menace semblait bien réelle et il sauta dans ses vêtements avant de se précipiter hors de sa chambre.
Apparemment le Manoir Malefoy était attaqué, et pas par des enfants de cœur. Plusieurs explosions avaient suivi la première et un feu magique semblait déjà avoir débuté dans le bâtiment principal mais Harry partit immédiatement à la recherche de leurs assaillants, guidé par son courage.
En arrivant dans la salle à manger, il découvrit ainsi Lucius et Narcissa, baguette à la main, face à plusieurs sorciers encapuchonnés. Deux d'entre eux avaient déjà été neutralisés mais il n'en restait pas moins de cinq encore debout. Le patriarche Malefoy semblait légèrement blessé et un mince filet de sang coulait depuis son oreille tandis que Narcissa avait une trace de brûlure sur sa robe de chambre. Tous deux s'étaient réfugiés derrière un buffet. Un pan entier du mur avait disparu, donnant un côté particulièrement impressionnant à la scène. D'un bond, Harry rejoignit les deux Malefoy et profita de l'effet de surprise pour jeter un Stupéfix sur le premier assaillant à portée. Le maléfice atteignit sa cible qui s'écroula inanimée sur le sol. Cependant ses coéquipiers étaient là pour le réveiller et ils semblaient capables de faire fonctionner leur cerveau car l'un d'eux jeta un Enervatum sans plus tarder. Lucius l'admonesta sans prendre de pincette.
- Potter ! Ces gens veulent notre mort et tout ce que vous trouvez à faire c'est jeter des Stupéfix ! Pourquoi pas un foutu sortilège de désarmement pendant que vous y êtes !
Le Survivant haussa un sourcil, appréciant peu de se faire invectiver de la sorte.
- Je suis encore un novice parmi les Aurors. Je n'ai pas le permis de tuer et quand bien même j'aurais le droit, je ne suis pas du genre à jeter des Avada à tout bout de champ ! De toute façon mon chef voudra sûrement les interroger.
- Oh rassurez-vous, Potter. Je compte bien savoir s'ils ont d'autres complices et leur faire regretter d'avoir osé m'attaquer. La mort est bien trop douce pour ces fils de Strangulots.
Bien décidé à faire les choses à sa manière, Harry secoua la tête et jeta un Incarcerem sur le Mangemort qui venait de se relever. Il s'apprêtait à faire de même pour un second mais Lucius fut plus rapide et jeta un maléfice violet qui projeta son adversaire contre le mur, les bras et les jambes tordus d'une manière peu naturelle. De son côté, Narcissa s'efforçait de les protéger à l'aide de Protego et Harry eut l'étrange impression d'être au milieu de ses coéquipiers.
L'arrivée du jeune Auror avait rééquilibré les forces et à eux trois, ils parvinrent à mettre leurs assaillants hors d'état de nuire, malheureusement l'un d'entre eux parvint à s'enfuir.
- Ce sale Veracrasse ! Je suis certain que c'était Yaxley !
Lucius l'avait poursuivi jusqu'à l'orée de son domaine, Harry sur les talons, mais le mystérieux sorcier encagoulé avait suffisamment d'avance et avait réussi à transplaner avant de se faire attraper.
- Monsieur Malefoy. Je dois appeler mon supérieur Gawain Robards. Ils doivent être envoyés au Ministère pour être interrogés.
L'homme hocha la tête, un air d'intense colère au visage.
- Ils ont osé m'attaquer sur mon propre domaine… Potter ! J'ose espérer que pour une fois le Ministère saura se montrer efficace car si jamais ils s'échappent, je m'assurerais personnellement qu'ils ne soient jamais retrouvés vivants.
Le jeune Auror soutint son regard un instant avant de se tourner vers le manoir qui avait subi de sérieux dégâts.
- Je m'assurerais qu'ils soient interrogés et jugés. En attendant, il va falloir vous reloger le temps que votre manoir soit réparé…
Le feu n'avait pas eu le temps de se propager, rapidement maîtrisé par les elfes de maison, cependant la salle à manger n'avait pas été la seule pièce touchée par une explosion et plusieurs pièces étaient désormais ouvertes aux éléments. Ils rejoignirent Narcissa qui était restée aux côtés des prisonniers et elle arborait une mine crispée.
- Lucius ! Notre cheminée a été coupée ! Nos ennemis étaient bien préparés.
Harry ligota les sorciers inanimés comme précaution supplémentaire avant de se tourner vers le couple.
- Il faut que j'aille au Ministère, mais vous ne pouvez pas rester ici. Allons chez moi. Je vais vous accueillir au manoir Black le temps de l'enquête. Il faudrait que vos elfes gardent un œil sur les prisonniers pendant que je vais chercher mes collègues…
Narcissa hocha la tête, resserrant une cape sur ses épaules, mais Lucius ne semblait apprécier l'idée.
- Je veux être présent quand les Aurors marcheront sur mes terres !
- D'accord. Vous serez de toute façon entendu comme témoin et victime. Je souhaitais simplement vous éviter de le faire au beau milieu de la nuit. Mais soit. Je vais conduire votre épouse en sécurité puis j'irai chercher mes collègues avant de vous rejoindre.
Narcissa ordonna à ses elfes de lui préparer ses bagages et une bonne quinzaine de minutes plus tard, elle s'accrochait au bras de Harry pour transplaner jusqu'au Square Grimmaurd.
Sur place, il manqua d'éclater de rire en voyant l'expression de la matriarche Black dans son cadre. Walburga avait les yeux écarquillés à la vue de Narcissa Malefoy, passant le pas de la porte en compagnie de l'odieux sorcier qu'elle vilipendait si souvent.
- Qu'est-ce que… ! Cissy, ma chérie, est-ce toi ? Tu es revenue prendre possession de cette demeure ? Dis-moi que tu vas pouvoir expulser ce Sang-Mêlé arriviste de ma maison !
La blonde s'inclina respectueusement.
- Bonsoir ma tante. Monsieur Potter est au contraire grand sorcier, vous devriez lui montrer un peu plus de respect. Ce soir encore il m'a sauvé la vie et il m'a proposé de venir ici le temps que notre manoir soit réparé. Il a toute mon estime.
Harry l'invita à rejoindre le couloir, puis il appela son elfe de maison.
- Kreattur ! Monsieur et madame Malefoy vont habiter ici pendant quelques jours. Je ne doute pas que tu sauras les mettre à l'aise. Prépare la chambre du deuxième étage, s'il te plait.
Kreattur semblait à la fois extatique et un peu paniqué. Il s'était complètement plié en deux devant Narcissa et malgré le sourire de la sorcière, il ne pouvait s'empêcher de se tirer les oreilles, comme s'il avait commis une erreur grave.
- Monsieur Harry Potter ! Monsieur Harry Potter aurait dû prévenir Kreattur ! L'état de la maison n'est pas digne d'accueillir la grande et noble famille Malefoy ! Kreattur fera de son mieux pour satisfaire ses nobles invités ! Oh oui, Kreattur est si heureux de revoir miss Cissy !
- Désolé, Kreattur, ce n'était absolument pas prévu. Le manoir des Malefoy s'est fait attaquer. Madame Malefoy, je vous laisse vous installer. Je dois me rendre au Ministère au plus vite et je voudrais éviter de laisser seul votre mari pendant trop longtemps.
La mère de Drago hocha la tête et suivit l'elfe de maison tandis que Harry ressortait sans attendre. Il transplana en vitesse jusqu'au bureau des Aurors alors que l'angoisse lui serrait l'estomac. Il avait laissé Lucius Malefoy au manoir, blessé, et alors que l'un des assaillants était parvenu à s'enfuir. Et s'il était partit chercher des renforts ? Et si Lucius se retrouvait seul face à une dizaine d'adversaires ? Il se sentait personnellement responsable. Ce fut donc avec une certaine hystérie qu'il débarqua dans le quartier des Aurors, sous le regard médusé de l'équipe de nuit.
- Urgence ! J'ai besoin d'aide ! Il y a eu une attaque au manoir Malefoy ! Des Mangemorts sont arrivés… Ils ont coupé les communications !
Alerté par ses cris, son chef sortit en trombe de son bureau.
- Potter ! Calmez-vous et racontez-nous ce qu'il s'est passé.
- Chef, vous êtes là ! Des Mangemorts ont attaqué le manoir des Malefoy il y a moins d'une heure. Ils étaient cinq. Lucius et moi en avons mis quatre hors d'état de nuire mais le dernier est parvenu à s'échapper. Le manoir est sérieusement endommagé. J'ai mis Narcissa Malefoy à l'abri chez moi et j'ai laissé Lucius sur place avec les prisonniers.
- Vous avez laissé Lucius Malefoy seul avec quatre sorciers après que ceux-ci aient tenté de le tuer ! Mais vous êtes inconscient ! Ne perdons pas une seconde, Merlin seul sait ce qu'il a pu leur faire.
Harry emboîta le pas à son supérieur, tout en essayant de se dédouaner.
- Mais sa cheminée était coupée, qu'est-ce que je pouvais faire d'autre !
- Vous auriez dû envoyer un elfe, Potter ! Williamson, Decker, vous venez avec nous. Carroll, vous restez ici pour tenir le standard.
Sitôt dit sitôt fait, ils avaient traversé l'Atrium du Ministère et rejoint l'ère de transplanage. Lorsqu'ils apparurent devant la propriété des Malefoy, la vue du manoir de face arracha à Harry un frisson. Le pan de façade détruit apparaissait comme une plaie béante sur la majestueuse demeure. Lucius était toujours assis dans son salon, entouré des quatre sorciers inanimés allongés sur le sol à ses pieds. Harry n'eut aucun mal à le repérer malgré l'obscurité ambiante, ses longs cheveux blancs reflétant la lueur de la lune, et il lui trouva une aura à la fois féérique et légèrement effrayante. Il s'empressa de le rejoindre, sans même se préoccuper de passer devant son chef.
- Monsieur Malefoy, comment allez-vous ?
Le patriarche sembla amusé par son inquiétude manifeste.
- Monsieur Potter. Vous vous souciez donc pour moi ? Comme vous le voyez, je n'ai pas bougé d'ici. Et ces messieurs sont tous vivants pour témoigner. Messieurs Robards, Williamson, Decker. Je vous remercie d'être venus aussi vite.
Il avait terminé sa phrase avec une expression sournoise et Harry, bien qu'il n'en eût aucune preuve, sut instinctivement qu'il avait eu tout le temps nécessaire pour interroger ses prisonniers. Cela ne l'étonnait pas non plus qu'il connaisse parfaitement l'identité des Aurors présents. Lucius Malefoy devait sans doute être capable de nommer avec précision l'ensemble des employés du Ministère.
Il jeta un Lumos pour éclairer davantage les alentours plongés dans la semi-pénombre et remarqua que les quatre hommes avaient tous été débarrassés de leur cagoule. Gawain Robards parcouru la pièce de son regard perçant avant de s'adresser au maître des lieux.
- Monsieur Malefoy. Vous connaissez ces hommes ?
- Absolument pas. Ils ont dû être recrutés dans les bas quartiers pour l'occasion. Peut-être des anciens rafleurs. Mais je suis persuadé que celui qui s'est échappé est un Mangemort. Il était bien plus habile que les autres. J'ai rassemblé leurs baguettes ici.
- Je vois. Vous allez tout de même devoir venir au Ministère pour faire une déposition. Avez-vous été blessé ?
- Non. Je m'y attendais, je suis prêt à partir. Monsieur Potter, Pourriez-vous appeler votre elfe pour qu'il dépose mes bagages chez vous ?
Harry s'aperçut alors que Lucius Malefoy s'était changé, comme s'il n'avait pas été surpris en plein sommeil mais au beau milieu de sa journée, et que plusieurs bagages attendaient dans un coin de la pièce. Il n'y avait plus aucune trace de blessure sur son visage et Harry se demanda un instant s'il n'avait pas rêvé.
- Euh oui. Kreattur !
Quelques instants plus tard, son elfe apparu avec un bruit d'explosion caractéristique.
- Monsieur Harry Potter m'a appelé ?
- Oui. Il faudrait que tu prennes ces valises et les ramène à la maison. Ce sont les affaires de monsieur Malefoy. Nous devons aller au Ministère, nous ne rentrerons pas avant un moment.
Kreattur s'inclina devant Lucius Malefoy avec un sourire radieux.
- Kreattur prendra grand soin des bagages du noble Lord Malefoy. Soyez-en assuré.
Il claqua des doigts et les valises lévitèrent jusqu'à lui avant de disparaître dans un craquement en même temps que l'elfe. Robards désigna les sorciers à terre.
- Potter, Williamson, Decker, vous me ramassez ces gars-là et les conduisez dans les cellules d'interrogatoire. On va les cuisiner un par un. Monsieur Malefoy, je vous prie de bien vouloir me suivre.
Harry et ses collègues réveillèrent les prisonniers à coups d'Enervatum et ils devaient avoir cru leur dernière heure arrivée car ils semblèrent soulagés par la présence des Aurors et les suivirent avec docilité. Ils s'attachèrent ainsi chacun un prisonnier et ils regagnèrent l'entrée du Manoir Malefoy pour pouvoir transplaner.
Au Ministère, Harry prit pour la première fois le temps de regarder l'heure. Il était presque 6h du matin et la fatigue de la nuit commençait à se faire sentir. Il conduisit néanmoins son malfrat jusqu'aux cachots avant de rejoindre son bureau en quête d'un plein mug de café.
Il n'aimait pas vraiment cette boisson amère mais le besoin d'énergie faisait force de nécessité et il y était devenu accro.
Il envisagea un instant de s'installer à son bureau sous prétexte de rédiger son rapport mais la curiosité fut trop forte et il rejoignit finalement la salle d'interrogatoire. Lucius Malefoy se tenait derrière un mur enchanté, une tasse fumante à la main, tandis que Gawain Robards menait l'interrogatoire. Harry tira une chaise et la retourna de manière à pouvoir poser ses bras sur le dossier.
- Vous avez déjà tiré d'eux tout ce que vouliez savoir, j'imagine.
Lucius tourna son visage vers lui et leva un sourcil face à sa posture avachie, faisant rougir le jeune Auror qui se redressa brusquement.
- Vous n'êtes pas sans savoir que l'usage du Veritaserum est réglementé, monsieur Potter. M'accuseriez-vous d'avoir commis un délit ?
- Euh non, pas du tout ! Je me dis qu'ils avaient peut-être parlé volontairement. Mais entre nous, quand bien même cela serait le cas, je me dis que ce n'est pas un bien grand mal. Si ces gars-là sont des anciens rafleurs, ils ont fait bien pire pendant la guerre...
- Intéressant. Seriez-vous de ces Aurors qui estiment que la fin justifie les moyens ?
Harry haussa les épaules avant de reprendre une gorgée de café.
- Si j'avais dû m'arrêter à la limite de la légalité, Voldemort serait toujours en vie.
Malgré le frisson qui l'étreignit à l'entente du nom honni, Lucius hocha la tête.
- Personne ne vous le reprocherait aujourd'hui.
- À vrai dire, mon chef apprécie peu mes méthodes parfois peu orthodoxes. Mais j'imagine que les limites sont importantes. Si Rogue était là, il n'hésiterait pas à me remettre à ma place. Je l'entends d'ici. "Être une célébrité ne vous dispense pas de respecter les règles, monsieur Potter !"
Il esquissa un sourire et le blond l'imita, bien que de manière plus mesurée.
- J'ai apprécié ce que vous avez fait pour lui après la guerre. Vous avez insisté pour laver son honneur et pour qu'il soit traité en héros. Rien ne vous y obligeait.
- Il le méritait. Il a tellement sacrifié pour le camp du Bien, que le moins qu'on puisse faire était de lui rendre hommage.
Les deux sorciers reportèrent leur attention sur l'interrogatoire où Gawain Robards commençait à s'impatienter. Apparemment le prisonnier refusait de prononcer le moindre mot et bientôt, un cri retentit depuis l'autre côté du mur.
- Potter ! Trouvez-moi un formulaire de dérogation pour l'utilisation du Veritaserum et filez au Département des Mystères. Si ces gars-là sont en relation avec un ou plusieurs Mangemorts en fuite, ces informations sont capitales pour la sécurité de l'État.
- Ah ! Je crois que le chef a atteint sa limite. Vous voyez, monsieur Malefoy, au bout d'un moment on arrive à trouver une solution qui mette tout le monde d'accord.
Il fit un clin d'œil au sorcier blond avant de quitter la pièce en quête de la précieuse potion et lorsqu'il revint, le chef des Aurors l'attendait de pied ferme.
- Donnez-moi ça. Venez avec moi et tenez-lui la bouche ouverte quelques secondes le temps que je le lui administre.
Bien évidemment, le malfrat se montra bien plus loquace une fois le Veritaserum ingéré. Il révéla qu'il avait été mandaté par le Mangemort Corban Yaxley pour participer à l'attaque contre le manoir Malefoy et qu'il n'aurait pas hésité à tuer le sorcier et son épouse s'il en avait eu l'occasion. Il avait été payé 50 Gallions pour le déplacement et aurait dû recevoir la coquette somme de 100 Gallions de plus une fois la mission effectuée. Malheureusement pour eux, il avait toujours rencontré Yaxley dans l'une des tavernes crasseuses de l'Allée des Embrumes et était incapable de savoir où il se terrait le reste du temps. De leur côté, Williamson et Decker n'avaient guère eu plus d'informations avec leurs propres prisonniers et le dernier n'en révéla pas davantage.
Finalement, ce ne fut qu'une fois le témoignage de Lucius consigné qu'ils purent quitter le Ministère. Il était 9 heures passées et l'Atrium était désormais bondé au point que le Survivant ne tarda pas à perdre patience. Il était fatigué et avait un besoin urgent de calme et d'un petit déjeuner, il empoigna donc son invité par la manche afin de le guider à travers le dédale des couloirs de service jusqu'à la sortie de secours.
- Monsieur Potter, voudriez-vous bien cesser de me traîner derrière vous comme un enfant en bas-âge et m'expliquer où nous nous rendons ?
Il s'arrêta brusquement, se rendant soudain compte de la familiarité avec laquelle il s'était saisi du lord.
- Oh ! Euh, désolé… Je vous emmène chez moi, au square Grimmaurd. C'est juste que je n'aime pas passer par l'Atrium en milieu de journée, donc quand j'ai besoin je préfère passer par l'entrée de service. Mais habituellement j'arrive bien plus tôt et je ne repars qu'à la nuit tombée.
Lucius leva un sourcil.
- Le Survivant a peur de la foule ?
Harry se détourna avec l'air mal à l'aise.
- Pas peur. Je n'aime pas, c'est tout. Les gens cherchent généralement à me toucher… Souvent à m'arracher les cheveux. Donc je m'arrange pour ne pas me faire remarquer. Venez, nous allons bientôt pouvoir transplaner. La sortie n'est plus très loin.
- J'imagine sans mal ce que les gens peuvent faire de vos cheveux. Coucher avec Harry Potter doit être le fantasme de bien des sorciers. Une chance que le Polynectar ne soit pas à la portée du premier venu.
Lucius Malefoy avait dit cela avec un étrange sourire et Harry se sentit rougir malgré lui.
- Euh… Je préfèrerais ne pas y penser… Ah, nous y voilà. Si vous voulez bien prendre ma main… Ma maison est sous Fidelitas. Pensez 12, square Grimmaurd au moment de transplaner.
Ils étaient arrivés devant une porte noire et Harry l'avait ouvert sans hésiter, libérant l'accès à un balcon d'allure négligée. On aurait plus dit un coin fumeur qu'une aire de transplanage mais le jeune sorcier fit signe au patriarche de s'avancer. Lucius Malefoy observa les lieux avec une moue dubitative avant de refermer ses doigts gantés autour du poignet du jeune Auror. L'instant, ils réapparaissaient sur la dernière marche du perron de l'ancienne demeure Black. Harry ouvrit la porte sans attendre puis s'effaça pour laisser entrer l'aristocrate.
- Merci. Ainsi donc, c'est ici que vous vivez ?
Il le voyait déjà scruter son environnement avec un regard critique et eut un sourire en se remémorant tous les aménagements qu'il avait pu faire depuis la fin de la guerre. L'exigu couloir d'entrée avait donné naissance à une grande pièce à vivre en abattant le mur qui le séparait de la salle à manger, ce qui avait rendu le rez-de-chaussée bien plus lumineux. Bien évidemment, le regard du Sang Pur tomba sur le portrait de Walburga Black, et contrairement à ce à quoi Harry s'attendait, elle eut un reniflement méprisant en reconnaissant celui qui l'accompagnait.
- Lucius Malefoy. Décidément, Potter, je ne sais vraiment pas si je dois me réjouir de vos nouvelles fréquentations.
Le jeune sorcier pouffa de rire alors que Lucius levait un sourcil.
- Walburga Black. Mais par Salazar, pourquoi donc avez-vous gardé son portrait ?
- Il est accroché à l'aide d'un maléfice de Glue Perpétuelle. Mais nous arrivons de mieux en mieux à nous entendre. Quand j'ai hérité de cette maison, elle ne cessait de hurler chaque fois que je mettais un pied ici. Je l'ai menacé de recouvrir son tableau de peinture moldue si elle ne se taisait pas.
Il avait parlé à voix basse mais le portrait l'avait tout de même entendu car elle croisa les bras avec un air pincé.
- Vous n'êtes qu'un rustre. Et dire que ma Cissy côtoie quelqu'un comme vous. Quelle déchéance….
Lucius éclata de rire face à cette réaction, pour le plus grand étonnement de Harry.
- Ah ah, quelle savoureuse idée, monsieur Potter ! Je crois que j'aimerais beaucoup la voir enrager…
- J'ai obtenu la paix monsieur Malefoy, je préfère la conserver. Venez, je vais vous faire visiter le premier étage. Vous voudrez sans doute manger quelque chose…
Au premier étage, Harry avait agrandi la pièce principale en abattant un second mur et transformé l'une des chambres en bureau. Ils rejoignirent le salon et quelle ne fut pas leur surprise en trouvant Narcissa Malefoy en pleine conversation avec Andromeda Tonks. Le jeune Teddy Lupin gazouillait gaiement entre les deux sœurs et Harry eut un sourire attendrit envers son filleul. Andromeda se leva immédiatement à l'arrivée de Harry et le plus jeune n'hésita pas à serrer dans ses bras sa grand-mère de substitution tandis que Lucius se contentait d'un signe de tête.
- Oh ! Harry, mon chéri ! Narcissa m'a envoyé un hibou ce matin pour m'informer des événements de la nuit. Je me suis inquiétée et j'ai préféré venir chez toi. Bonjour Lucius.
- Bonjour, Andromeda, bonjour, Teddy. Tu t'inquiètes trop ! Mais je suis toujours heureux de te voir.
- Je ne cesserai jamais de m'inquiéter, Harry, tu fais partie de ma famille, tu le sais. Oui, Cissy a été quelque peu étonnée de me voir entrer ici comme si j'étais chez moi. Mais nous nous étions promis de nous revoir et voilà chose faite. C'est aussi grâce à toi…
Narcissa se leva à son tour pour se tourner vers son époux.
- Lucius. Andromeda m'a proposé de passer quelque temps chez elle, pour rattraper le temps perdu. J'imagine que tu ne verras aucun inconvénient à ce que je te laisse en compagnie de monsieur Potter…
- Andromeda. Je t'en prie, Narcissa, cela ne me dérange absolument pas, fais donc comme tu le souhaites. De cette manière, monsieur Potter sera bien obligé de parler français tout le long de la journée.
Il s'était tourné vers le jeune sorcier en disant cela et ce dernier s'était contenté de lever les yeux au ciel avec une petite moue. Cependant il ne pouvait certainement pas exiger que Narcissa reste à ses côtés et les deux sœurs quittèrent bientôt la demeure, Andromeda portant le jeune Teddy entre ses bras tandis que Kreattur aidait Narcissa avec ses valises. L'elfe étant momentanément absent, Harry proposa à son hôte de descendre dans la cuisine pour déguster un petit déjeuner préparé par ses soins, sous le regard circonspect de l'aristocrate qui n'avait jamais cuisiné de sa vie.
- Êtes-vous certain que vous savez ce que vous faites ?
- Parfaitement. J'ai vécu longtemps sans personne pour me préparer mon repas, vous savez. Asseyez-vous, je vous en prie. Vous êtes plutôt thé, il me semble ? Je ne prépare sans doute pas de scones aux myrtilles aussi rapidement que Kreattur mais je peux vous faire des toasts.
Bien entendu, lorsque Kreattur réapparu dans la maison, il fut atterré de la présence des deux sorciers dans la cuisine.
- Monsieur Harry Potter fait manger le noble lord Malefoy dans la cuisine ! Mais quelle indignité ! Vous ne pouvez pas faire ça !
- Cesse de chouiner, Kreattur. Ce n'est pas un drame. Je suis certain que monsieur Malefoy va y survivre et moi, j'avais trop faim pour t'attendre. Comme je vis seul, je mange toujours dans la cuisine, n'en déplaise à mon elfe. Mais rassurez-vous, la prochaine fois nous mangerons à l'étage, comme ça tout le monde sera content.
Harry avait regardé Lucius avec un sourire espiègle tandis que ce dernier s'essuyait le bord des lèvres avec sa serviette.
- Il est vrai que j'aime autant manger à la lumière du jour… Cela dit, vos compétences culinaires sont loin d'être désastreuses, c'était un petit déjeuner acceptable.
- Ce n'est pas plus compliqué que faire des potions.
- Et bien justement, Severus disait de vous que vous étiez déplorable dans sa discipline. Comprenez que je pouvais légitimement m'inquiéter.
Le Survivant croisa les bras avec une moue boudeuse tandis que Kreattur débarrassait la table.
- Rogue n'a jamais été impartial avec moi. J'ai bien compris que c'était pour se venger de mon père et entretenir son rôle d'espion mais il n'était pas obligé d'être aussi désagréable ! D'ailleurs, j'ai eu mes BUSE en Potion et l'année suivante, j'avais de bons résultats, ce qui prouve bien que ses appréciations étaient loin d'être objectives !
Il s'interrompit brusquement en voyant le sourire amusé de son hôte et se sentit rougir. Il n'aurait pu l'expliquer, mais il avait cette étrange impression d'être constamment déshabillé du regard par l'artistocrate, il opéra donc un repli stratégique vers l'escalier.
- Je vais prendre une douche et me changer. Je vous laisse vous installer dans votre chambre. Si vous avez besoin, il y a aussi une salle de bain au deuxième étage.
Il avait installé Lucius dans la grande chambre du deuxième étage qu'il avait aussi entièrement refaite. Pour sa part, il continuait de dormir dans la chambre de Sirius, l'une des rares pièces de la maison à n'avoir été que peu transformée. Il avait passé des heures à poncer, arracher le papier peint et peindre chaque recoin de cette immense demeure et désormais, il se sentait bien chez lui et ne comptait pas déménager de sitôt.
Une fois gravi les marches, il prit une rapide douche avant de se laisser tomber sur son lit, encore entouré de sa serviette de bain. Il se sentait épuisé… Lucius Malefoy devait sans doute être en train de ranger ses affaires, il avait bien le temps de faire une petite sieste…
Il s'assoupit sans même s'en rendre compte, et c'est ainsi que l'aristocrate le trouva, près d'une heure plus tard, dormant comme un bienheureux en travers de son lit.
Lucius Malefoy laissa un instant son regard vagabonder sur le corps presque nu. La respiration lente du jeune sorcier faisait doucement bouger la musculation de son ventre et il fit une moue désappointée en constatant que la serviette était nouée à un endroit stratégique. Harry bougea légèrement dans son sommeil et le lord s'empressa de toquer à la porte pour ne pas être surpris dans son observation.
- Ahem, monsieur Potter… Je m'inquiétais de ne pas vous voir redescendre…
L'Auror se réveilla en sursaut et se redressa, baguette à la main. Il écarquilla les yeux en reconnaissant l'identité de l'intrus et baissa immédiatement le bras avec un air rassuré.
- Oh, monsieur Malefoy, c'est vous ! Je… Désolé d'avoir pointé ma baguette sur vous… Les réflexes ont la vie dure…
- Il n'y a pas de mal, tant que vous ne me jetez pas des sorts. Il vaut mieux avoir ce genre de réflexes et être en vie, si vous voulez mon avis.
Harry avait sauté de son lit en constatant sa quasi-nudité et avait ouvert les portes de son placard pour s'y cacher le temps de se changer. Lorsqu'il fut habillé, il s'aperçut que l'homme l'avait suivi du regard.
- Je suis aussi désolé de vous avoir fait attendre. Je ne pensais pas être aussi fatigué… Je n'ai même pas fermé ma porte…
- Il n'y a aucun souci, monsieur Potter. Je pensais que nous pourrions reprendre le travail
- Oui, pourquoi pas. Mais s'il vous plaît, appelez-moi Harry. Même si vous êtes là pour être mon professeur, ça fait déjà plusieurs jours que nous vivons sous le même toit…
- Très bien, dans ce cas je vous engage à faire de même. Appelez-moi Lucius.
Ils regagnèrent le salon et Harry s'aperçut que Lucius avait déjà installé son tableau et déposé une pile de livres sur la table. D'ailleurs, il semblait déjà s'être approprié l'un des fauteuils car il s'y assit immédiatement, avec cette élégance qui caractérisait chacun de ses mouvements.
- Dois-je à nouveau lire un livre ?
- Non Harry, nous allons dialoguer. Vous devez travailler votre aisance à l'oral. Votre mission consistera à travailler avec les Aurors français, n'est-ce pas ? Vos propos ne doivent pas porter à confusion, notamment en situation d'urgence.
Le jeune sorcier fit une grimace, incertain du sens de la phrase.
- Pourriez-vous parler plus lentement s'il vous plaît ?
- En français, Harry.
- Pourriez-vous parler plus lentement s'il vous plaît ?
- Non. Vous devez vous habituer à ce débit de parole. Je vous rappelle que vous allez devoir vivre en France et personne ne sera là pour vous faire la traduction. Vous ne pouvez pas vous permettre de laisser une incompréhension faire obstacle à une affaire.
Harry hocha la tête malgré une moue dépitée.
- Le français est une langue compliquée. Je vais sans doute rater plein de choses. Certains mots ont plusieurs sens et ils ont plusieurs mots pour dire la même chose…
- C'est bien pour cela que cette langue est aussi intéressante. Et malgré votre désespoir, je suis certain que vous êtes très doué pour pratiquer la vôtre. Cela ne fait que quelques jours que vous l'apprenez et pourtant vous pouvez déjà tenir une conversation élémentaire. J'ai une idée qui pourrait sans doute vous motiver. Vous allez me traduire ce texte en français. Je vous laisse une heure pour cela. Si vous y parvenez dans les temps, je vous invite au restaurant ce soir. Qu'en pensez-vous ?
- Challenge accepté.
Harry se saisit du parchemin tendu par Lucius Malefoy et se mit au travail. Il était bien décidé à faire de son mieux et montrer au Lord ce dont il était capable. Il savait que l'écriture n'était pas son fort. Il allait sans doute faire des fautes d'orthographe et il maudit mentalement les sorciers pour leur utilisation de la plume. Après plusieurs ratures qu'il avait effacées à coups de baguette, il jeta un Accio pour attirer vers lui le bloc note et la trousse qu'il gardait dans son bureau. Il s'efforça d'ignorer le regard circonspect de Lucius Malefoy à la vue de ces objets moldus et se remit au travail. L'usage d'un brouillon lui fit perdre un peu de temps mais son travail était sans nul doute plus lisible ainsi et il termina dans les délais.
Posant sa plume avec un soupir de soulagement, il poussa son parchemin en direction de son professeur. Lucius Malefoy avait la capacité de le faire se sentir comme un étudiant de 1e année et il se mordit légèrement la lèvre. Son mouvement fut immédiatement suivi du regard par le patriarche et Harry préféra baisser les yeux.
- J'ai… J'ai terminé, Lucius.
Il se sentit à nouveau rougir alors qu'il prononçait son prénom pour la première fois, heureusement le regard de l'aristocrate s'était porté sur son travail.
- Ce n'est pas si mauvais. Le sens est respecté, bien que l'orthographe soit déplorable. Le français est une langue qui vient du latin, Harry, pensez à la racine des mots. Vous faites déjà du latin sans le savoir en faisant de la magie puisque de nombreuses incantations ont été inventées au Moyen Âge.
- Je n'ai jamais réfléchi à l'étymologie des sorts. Je ne savais même pas que certains venaient du latin à vrai dire…
- Je m'en doute, sinon vous n'auriez pas utilisé un Sectusempra sur quelqu'un sans savoir ce que cela faisait. Sectus signifie couper en latin et Semper veut dire toujours. Une chance que Severus ait été dans les parages.
Harry avait été soulagé de revenir à l'anglais, mais il perdit tout sourire lorsque l'aristocrate lui rappela ce désastreux événement.
- Je n'ai rien à dire pour ma défense, j'ai été complètement stupide ce jour-là. Dès que j'ai vu ce que ça faisait, j'ai immédiatement regretté mon geste.
- Je vous en aurais assurément voulu si vous m'aviez privé de mon héritier. Mais j'ai cru comprendre que votre relation à Poudlard a toujours été chaotique. Et vous lui avez aussi sauvé la vie durant la dernière bataille.
Le Survivant hocha sobrement la tête, peut désireux de se plonger dans ces souvenirs sinistres. Ce jour-là, il y avait eu trop de morts dont il n'avait pas encore fait le deuil. Il avait perdu tout sourire et Lucius sembla le comprendre car il s'empressa de changer de sujet.
- Et bien, Harry, avez-vous des préférences en matière de restaurant ?
- Ah ! Mais… vous êtes sûr que ça le mérite vraiment ? Je n'avais pas l'impression que ça voulait dire grand-chose.
- Tout à fait, et avant même que vous ne fassiez des suppositions fallacieuses, cela me fait plaisir.
Le regard de Lucius Malefoy s'était adouci et Harry lui trouva un air magnifique.
Ils travaillèrent sur la langue française tout le long de la journée et le soir venu, Lucius s'éclipsa en lui donnant rendez-vous devant Gringotts à 19 heures.
Une fois seul, Harry prit une bonne douche et se rasa de près avant de choisir une tenue. Il n'avait que peu de robes sorcière et ne sachant pas où ils allaient, il ne voulait paraître exagérément distingué. Il choisit donc un pantalon noir sobre mais élégant, assortit d'une chemise à col mao vert sombre assortie à ses yeux. Il se sentait étrangement fébrile, et il s'appliqua à discipliner ses cheveux devant son miroir. Il avait l'impression que l'aristocrate l'avait invité à un rencart et bien que cette idée soit parfaitement absurde, il comptait tout de même faire un effort.
Lorsqu'il transplana au lieu-dit, il ne pouvait s'empêcher d'être nerveux. Cela faisait longtemps qu'il n'était pas sorti sur le Chemin de Traverse. Les gens ne semblaient pouvoir s'empêcher de vouloir lui parler, le prendre en photo ou lui demander un autographe et s'il n'avait jamais aimé sa célébrité du temps de Poudlard, c'était devenu encore pire maintenant. Il espérait d'ailleurs ardemment que personne ne viendrait les déranger ce soir-là. Heureusement, pour l'heure, la rue était peu fréquentée et une seule personne était venu l'aborder.
Lorsque son rendez-vous apparut devant lui, Harry en eut le souffle coupé. Lucius Malefoy était encore plus élégant que d'habitude. Il avait détaché ses longs cheveux blonds et s'avançait tranquillement vers lui, comme si la rue lui appartenait. Il portait un pardessus noir mi-long sans aucune fioriture, et avait abandonné sa canne. On aurait presque dit qu'il s'était habillé sobrement pour l'occasion et Harry lui sourit, priant pour ne pas rougir comme une étudiante.
- Bonsoir, Lucius.
- Bonsoir, Harry. Suivez-moi, je vous prie. J'ai réservé pour nous dans un endroit spécial.
- Vous attisez ma curiosité.
- C'est un endroit que je réserve d'habitude à mes rares plaisirs solitaires. Je n'y ai jamais amené personne mais j'ai décidé de vous le faire découvrir ce soir. Vous comprendrez rapidement.
C'est alors qu'ils furent interpellés par un jeune sorcier brun que Harry n'avait jamais rencontré.
- Monsieur Potter ! Monsieur Potter ! Un autographe s'il vous plaît ?!
Lucius avisa l'expression dépitée sur le visage du Survivant et fusilla du regard l'importun qui eut le bon goût de reculer avant de déguerpir sans demander son reste. Harry éclata de rire.
- Lucius, je devrais sortir avec vous plus souvent ! Merci de l'avoir fait fuir. Je suis désolé, j'espère vraiment que personne n'osera nous aborder au restaurant. Je ne voudrais pas que ce dîner soit gâché par ma faute.
- Oh je compte bien sortir avec vous à de nombreuses reprises, rassurez-vous.
Harry ne sut pas quoi répondre à cette dernière phrase. Il avait l'impression que le mot "sortir" dans la bouche de l'homme n'avait pas le même sens que dans la sienne, mais il était absurde de se faire des films, l'homme était marié… Il fit mine de regarder autour de lui pour masquer sa gêne, alors que Lucius marchait d'un pas sûr en direction du Chaudron baveur. Cependant il écarquilla des yeux lorsque leurs pas les menèrent jusqu'à la sortie vers le monde moldu.
- Vous auriez dû me dire que nous allions par ici.
- Si je l'avais fait, cela n'aurait plus été une surprise. Ne vous inquiétez pas, je connais bien le chemin, ce n'est pas très loin.
Ils marchèrent côte à côte pendant encore une quinzaine de minutes. Un confortable silence s'était installé, laissant à Harry tout le loisir d'admirer son professeur. Lorsque Lucius s'arrêta, le jeune sorcier aurait été incapable de refaire le trajet parcouru, heureusement l'aristocrate semblait le connaître par cœur. De l'extérieur, le restaurant ne semblait pas bien grand et d'ailleurs la salle ne comportait qu'une dizaine de tables, mais la décoration était somptueuse.
- Bonsoir. J'ai réservé une table pour deux au nom de Lucius Malefoy.
- Bonsoir monsieur. Je vous ai mis la table du fond, comme d'habitude. À moins que vous ne préfériez changer ?
- Cela sera parfait, je vous remercie. Venez, Harry, prenons place.
Harry écarquilla les yeux en voyant le menu. C'était manifestement un restaurant français, et pas celui d'entrée de gamme. Ne sachant quoi choisir, il se tourna vers Lucius.
- Que me conseillez-vous ?
- Tout d'abord en entrée, les amuse-bouches du chef. C'est un assortiment de différentes saveurs. Et ensuite nous verrons ce qui vous tente le plus en plat…
- Je vous fais confiance. Merci d'ailleurs de me faire découvrir votre jardin secret. J'en suis touché.
- Je vous en prie, je me suis dit qu'ici, votre problème de célébrité n'en serait pas un. Et puis, cela me permet aussi de continuer la leçon. Les français ont une excellente gastronomie. Il serait dommage d'étudier la langue sans en profiter. Savez-vous d'ailleurs que bon nombre d'expressions françaises utilisent la nourriture comme métaphore du plaisir charnel ? Je vous invite à vous montrer prudent si d'aventure un français vous invite à décortiquer la crevette ou lustrer le poireau avec lui…
Harry ne put s'empêcher de rougir à cette évocation, sous le regard amusé de son vis-à-vis, et ce sans même relever que l'aristocrate avait explicitement mentionné un français et non pas une française…
Le repas fut excellent. Il n'avait jamais aussi bien mangé de toute sa vie. Lucius lui avait fait goûter plusieurs vins pour accompagner leurs plats et alors qu'il ne pensait déjà plus rien avaler, l'homme commanda un macaron au chocolat accompagné d'un champagne à la cerise. Il eut une soudaine bouffée de chaleur alors que l'aristocrate suçait le fruit rouge avec gourmandise, dévoilant une langue rose entre ses lèvres fines.
Lorsqu'ils quittèrent le restaurant, l'alcool avait envahi son cerveau et il se laissa doucement guider jusqu'à une rue suffisamment isolée pour pouvoir transplaner. Mais alors qu'ils marchaient côte à côte, le bruit d'un sortilège fusa juste au-dessus de leurs oreilles. Son premier réflexe fut de se baisser pour éviter un nouveau sort, mais c'était sans compter Lucius qui le plaqua contre le mur le plus proche. Son cœur fit une embardée dans sa poitrine et il aurait pu croire qu'il ne s'agissait que d'adrénaline s'il n'avait pas aussi ressenti une brusque bouffée de chaleur à sentir l'homme aussi proche de lui.
- Attention Harry, nous sommes attaqués !
- J'ai remarqué. Et normalement, c'est à moi de vous protéger…
- Je crains que vos réflexes ne soient un peu émoussés, très cher. Laissez-moi faire. Je vous promets de ne pas les tuer.
Harry ne put s'empêcher d'acquiescer mollement alors qu'un maléfice s'échouait sur un mur à proximité. Il devait bien reconnaître que c'était agréable de se laisser protéger pour une fois. Néanmoins il était Auror, il ne pouvait pas le laisser tout faire. Il se désillusionna et utilisa les voitures garées le long de la rue pour se déplacer de quelques mètres. Apparemment leurs assaillants étaient trois. Heureusement qu'aucun moldu ne se trouvait à proximité ! Profitant que toute leur attention était concentrée sur Lucius Malefoy, il jeta un Stupéfix sur le premier à portée et l'aristocrate jeta un Incarcerem sur les deux autres.
- Bravo, vous êtes doué.
- Je croyais vous avoir dit de rester à couvert ?
- Désolé, je ne pouvais pas rester les bras croisés alors que vous vous battiez. C'est plus fort que moi, il paraît que je souffre du syndrome du héros…
Harry avait un regard espiègle et le sorcier se dérida heureusement rapidement.
- Il faut croire. Ne laissons pas ces sombres individus gâcher cette excellente soirée. Je n'ai aucune envie de passer encore une heure au Ministère.
- Il faut bien faire une déposition… On ne peut pas juste les faire disparaître !
- Voyons, impossible n'est pas Malefoy…
Avec un clin d'œil, il ligota les trois sorciers ensemble avant de sortir un petit cerceau en métal depuis l'intérieur de sa veste. Il agrandit suffisamment l'objet pour pouvoir en entourer ses prisonniers, puis il y jeta un Portus et trois secondes plus tard, les hommes avaient disparu.
- Mais ! Où les avez-vous envoyés ?
- Dans l'une des geôles du Manoir Malefoy. Mes elfes les surveilleront. Nous aurons bien le temps de les amener au Ministère demain, qu'en pensez-vous ?
Harry regarda autour de lui mais il n'y avait aucun témoin. Il devait bien reconnaître qu'il n'avait aucune envie de penser au travail dans l'immédiat.
- Ok. Rentrons à la maison. Vous nous faites transplaner ?
Il tendit la main à Lucius qui l'attira brusquement contre lui. Cette fois, il n'y avait aucune confusion possible, aucun danger imminent ne pouvait expliquer la soudaine accélération de son cœur. Lorsqu'ils apparurent sur le perron du 12 Square Grimmaurd, il n'avait aucune envie de se dégager de l'étreinte chaude du sorcier blond, cependant il se morigéna : L'homme était marié, il n'avait aucun droit d'espérer quoi que ce soit de sa part. Il se détacha brusquement de lui pour ouvrir la porte de sa demeure, mais à peine furent-ils entrés qu'il fut plaqué contre un mur pour la seconde fois de la soirée.
Mais non content de presser son corps contre le sien, Lucius s'était aussi penché sur lui pour l'embrasser. Ses lèvres étaient douces et bientôt, une langue vint caresser les siennes en une indication claire de ce qu'il désirait. Harry n'eut pas le courage de résister à l'invitation, alors même qu'il en rêvait depuis déjà quelques nuits. Il rendit les armes et ouvrit la bouche, laissant cette langue tentatrice l'envahir. Le baiser lui coupa le souffle.
L'homme avait plaqué ses mains de chaque côté de son visage, et son corps contre le sien empêchait toute retraite, quand bien même il en aurait eu l'intention.
Soudain, alors que Lucius avait abandonné ses lèvres pour parcourir sa gorge de baisers brûlants, la voix de mégère de Walburga Black retentit dans le hall.
- Lucius Malefoy, indigne mécréant ! Tu oses commettre l'adultère sous mes yeux et sous mon toit ! Scélérat ! Je savais que Cissy était trop pure pour toi !
L'aristocrate se sépara de son amant avec un grognement avant de pointer sa baguette sur le tableau qui fut immédiatement recouvert d'un voile noir. Mais c'était trop tard pour Harry qui avait brutalement pris conscience de la réalité. Il repoussa Lucius avant de gravir les escaliers deux par deux. Il n'eut cependant pas le temps d'atteindre le deuxième étage que celui-ci l'avait rattrapé.
- Harry. Je serais enchanté de continuer ce que nous étions en train de faire… À moins que j'aie mal compris les signes, cela ne semblait pas vous déplaire.
- Non. Ce n'est pas bien. Vous êtes marié !
Pour son plus grand étonnement, le sorcier éclata de rire.
- Allons bon, si ce n'est que cela, ce n'est pas trop grave. Venez. Allons dans le salon. À moins que vous ne préfériez tout de suite aller dans la chambre.
- Quoi ? Mais… ? Et Narcissa ?
- Vous ne connaissez rien aux pratiques de Sangs Pur, n'est-ce pas ? Narcissa et moi avons contracté un mariage arrangé dans le seul but de créer un héritier. Voilà 18 ans que nous faisons chambre à part. Je peux vous assurer que cette organisation lui convient parfaitement. D'ailleurs, elle a compris ce que j'avais en tête, c'est bien pour cela qu'elle s'est éclipsée chez sa sœur.
Tout en parlant, Lucius l'avait attrapé par la main et doucement attiré jusqu'à lui, comme on approcherait un animal craintif. Harry s'était laissé faire et ils avaient regagné le salon où ils s'étaient assis sur le canapé.
- D'accord. Et… ça ne vous dérange pas de… faire ça avec un homme qui a plus de 20 ans de moins que vous ?
- Et vous, est-ce que cela vous dérange ?
- Non… Non, pas du tout. Vous êtes… un très bel homme, Lucius…
Le reste de sa phrase se perdit alors que son amant s'était à nouveau jeté sur ses lèvres pour un baiser torride. L'homme avait une certaine maîtrise et il s'attaqua bientôt à ses vêtements alors que lui-même ne se contentait que de quelques caresses maladroites. Pourtant il avait déjà couché avec des hommes depuis la fin de la guerre mais Lucius Malefoy avant la capacité de lui faire perdre tous ses moyens avec une rapidité effrayante.
Lorsqu'il se retrouva avec la chemise ouverte de haut en bas, il se décida cependant de déshabiller à son tour son amant avant de se retrouver totalement nu.
Le blond semblait du genre dominateur, et s'il laissa Harry peiner quelques secondes sur les boutons de son gilet, il reprit rapidement les choses en main. L'homme retira lui-même sa chemise, dévoilant un torse glabre et finalement musclé qui donna envie au Survivant d'en suivre les courbes du bout de sa langue.
Constatant le regard avide de son amant, Lucius attrapa sa main pour la poser entre ses pectoraux et Harry prit conscience que son cœur n'était pas le seul à battre la chamade. Reprenant confiance en lui, il se pencha pour remplacer sa main par sa bouche, entreprenant de réaliser son fantasme. Il agaça un téton de sa langue avant de le saisir entre ses lèvres, puis descendit de plus en plus, sentant les abdominaux se contracter sous ses baisers.
L'aristocrate le repoussa avec un grognement et avec une dextérité surprenante, il le bascula en arrière avant de lui retirer son pantalon. Harry poussa un gémissement sonore, mais il n'était déjà plus en état de résister. Son caleçon ne suffisait plus à dissimuler son érection et il brûlait de pouvoir se soulager.
À peine eut-il cette pensée que Lucius s'était saisi de son sexe, le comprimant entre ses doigts malgré le tissu et lui arrachant un bref cri de surprise.
- Il faut croire que le dîner n'était pas suffisant, car j'ai très envie de vous goûter…
Rougissant brusquement sous la proposition, il se contenta de hocher la tête, n'ayant pas suffisamment confiance en sa voix pour faire une phrase. Il aida son amant à lui retirer ses dernières couches de vêtements mais détourna le regard alors que son sexe se dressait fièrement à la vue de tous. Heureusement qu'il n'y avait aucun tableau dans le salon ! Lorsque Lucius se recula pour l'admirer, il eut une furieuse envie de placer ses mains en coupe, mais ce dernier dut intercepter ses pensées car il caressa son sexe de tout son long avant de déposer un baiser sur le gland.
Harry renversa la tête en arrière et poussa un long gémissement alors qu'une langue chaude venait entourer sa verge. Lucius Malefoy en train de lui faire une fellation était la chose la plus érotique qu'il avait vu de toute sa vie et il eut besoin de toute sa concentration pour ne pas jouir dans l'instant. Ses propos n'étaient plus qu'une suite décousue de "AH !" et de "C'est bon !", alors que l'homme le menait au bord du précipice.
Les longs cheveux blonds chatouillaient ses cuisses, accroissant encore la tension qui habitait son corps, puis soudain, alors qu'il pensait craquer d'une seconde à l'autre, tout s'arrêta.
Il cligna des yeux en croisant le regard azur du sorcier qui s'était redressé pour lui faire face, un sourire charmeur au visage.
- Harry, voulez-vous coucher avec moi, ce soir ?
- Oui ! Oui…
- Allons, je suis sûr que vous pouvez faire une phrase. Sujet, verbe, complément…
Alors qu'il parlait, l'homme avait entrepris de jouer avec ses testicules et Harry avait de plus en plus de mal à faire fonctionner son cerveau.
- Je… Je très envie de dormir avec vous…
- Seulement dormir ?
L'aristocrate se jouait clairement de son médiocre niveau de français. Le jeune sorcier fronça les sourcils. Il n'était pas certain d'avoir appris comment parler de sexe au cours de ses leçons. Et pendant ce temps, son amant entretenait soigneusement la pression par ses caresses… Alors qu'il allait abdiquer, il se rappela soudain de quelques métaphores dont il lui avait parlé.
- Je veux décortiquer votre crevette et lustrer votre poireau avant que vous me fassiez monter au septième ciel. Je crois que nous serons mieux sur un lit pour cela.
- Je vois que vous avez bien appris votre leçon. Laissez-moi vous en donner une nouvelle…
Lucius se leva du canapé et se dirigea jusqu'à sa chambre, entraînant le Survivant à sa suite. Sans plus attendre, il le projeta presque sur le lit tandis qu'il retirait ses derniers vêtements sous l'œil avide de son jeune amant. Désireux de bien lui montrer ce qu'il désirait, Harry enfonça deux doigts dans sa bouche pour les sucer, mais ce geste arracha un grognement de la part de l'aristocrate. Il l'attira vers lui, le forçant à approcher sa bouche de son pénis turgescent.
- Puisque vous voulez sucer quelque chose, occupez-vous donc de cela.
Harry s'empressa de le satisfaire. Depuis le début, il avait subi les attouchements de son amant et s'il n'avait rien contre le fait d'être passif, il voulait lui montrer qu'il n'était pas non plus un innocent jouvenceau comme il semblait le croire. Il détendit sa gorge et y engouffra le membre dressé en un seul coup, arrachant une exclamation de stupeur et de plaisir à l'aristocrate. Il effectua ainsi plusieurs va-et-vient, suivant les reliefs du bout de sa langue, pressant ses lèvres pour augmenter la tension tout en reproduisant les mêmes caresses sur les testicules que lui-même avait subi plus tôt.
Il fallut plusieurs minutes de ce traitement pour mener Lucius au bord de la jouissance mais lorsqu'il repoussa Harry, il avait une certaine urgence dans la voix.
- Par Salazar, vous savez vous y prendre !
- Je n'allais tout de même pas vous laisser tout faire, Lucius. Je ne suis pas si inexpérimenté que cela !
Et comme pour le prouver, il s'était reculé avant de se basculer sur le dos, son sexe fièrement levé entre ses jambes écartées. Avec une lueur espiègle dans le regard, il avait glissé sa main jusqu'à son anus jusqu'à y enfoncer deux phalanges, et il eut la satisfaction de voir Lucius manquer de mot, manifestement fasciné par ce qu'il voyait. L'aristocrate n'était cependant pas un homme patient, et il s'empressa de le rejoindre, le forçant à retirer sa main pour y placer la sienne.
Les doigts de son amant étaient plus larges que les siens et il accueillit les deux premiers avec un ravissement non feint mais lorsqu'il en rajouta en troisième, il lui fallut quelques secondes pour s'y habituer. De son côté, Lucius avait recommencé à l'embrasser tout en caressant son sexe et Harry était impatient de passer aux choses sérieuses.
- Lucius, je veux vous sentir en moi. Je vous en prie…
- J'attendais que vous me le demandiez, très cher.
Et sans attendre, il empala lentement son sexe dans le corps du jeune sorcier. Harry expira longuement sous cette intrusion avant de rouvrir des yeux aux pupilles dilatées, son excitation au paroxysme malgré la brève douleur qui avait accompagné la pénétration.
Il hocha bientôt la tête pour signifier à son amant qu'il pouvait y aller, et Lucius raffermit la pression sur ses hanches pour une meilleure prise en main.
Ce fut le début d'un corps à corps puissant, Harry gémissant sous les coups de butoir de l'aristocrate qui trouva bientôt sa prostate, la malmenant sans aucune pitié. Le sexe en lui était brûlant et le sien semblait plus dur que jamais entre les doigts du sorcier blond qui le comprimait pour en contrôler l'orgasme.
Les deux amants hurlèrent bientôt de concert en atteignant la jouissance et le jeune sorcier s'écroula sur le dos, incapable de faire le moindre geste. Son corps s'était recouvert d'une fine pellicule de sueur et il était encore haletant, épuisé par l'intensité de leur étreinte.
- Vous avez une délicieuse manière d'enseigner le français, Lucius. J'ignorais que vous étiez aussi talentueux.
- Et contrairement à ce qu'on m'avait dit sur vous, vous êtes un élève appliqué. Que diriez-vous de continuer nos leçons particulières au-delà du mois prévu ? Avec un talent comme le vôtre, il serait dommage de ne pas approfondir cette initiation.
- Ce serait avec plaisir, mais vous savez que je dois aller en France…
- Ça tombe bien, j'ai une petite résidence secondaire à Paris.
Harry éclata de rire, rendu euphorique par les endorphines qui avaient envahi son cerveau.
- J'aurais dû m'en douter. Faisons comme ça !
L'aristocrate déposa un baiser sur son front avant d'approcher ses lèvres de son oreille.
- Vous m'avez inspiré une poésie... Je pense que je peux maintenant vous la délivrer sans risque de vous choquer :
Quand d'aventure tu te tiens devant moi,
Tu attises mon imagination
Mon cœur se trouble sous cet intense émoi
Tu crées en moi d'exquises tentations
Dans l'émeraude de tes yeux je me noie
Mon regard pris dans tes courbes masculines
Pour mon âme tu es un piège sournois,
Avec un corps sculpté à l'adrénaline
Tout mon être frissonne sous ta voix grave
Un jour, je te promets, tu m'appartiendras
Dès lors, tu n'auras plus besoin d'être brave
Ainsi je pourrais enfin froisser tes draps
Ouvrir tes cuisses galbes et impudiques,
Voir enfin ton beau membre hisser son mât
Mes doigts entameront un ballet phallique,
M'offrant le plus charmant des panoramas
Puis je m'enfoncerais au creux de tes monts
Je te pénétrerais alors à ma guise
Pour succomber à l'appel de ton démon
Une chorégraphie sûrement exquise
Harry ferma les yeux, un large sourire aux lèvres. Il ne savait pas de quoi était fait l'avenir, mais pour le moment il pouvait vivre aux côtés du plus bel homme qu'il n'avait jamais rencontré, et comble du bonheur, celui-ci partageait son désir.
- Je crois bien que le français va devenir ma langue préférée…
JOYEUX ANNIVERSAIRE EpsilonSnape !
J'espère que cet OS t'aura plus. :D Et bien entendu aussi à tous les lecteurs qui seront passés par là. ;) Merci à Sayaka-san pour les coups de pied au cul ! XD
Alors c'est un OS mais il reste pas mal de questions en suspend donc pourquoi pas écrire une suite... pour l'année prochaine ! 😅
