Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour la 150e nuit du FOF sur le thème "Quinquet" (une sorte de lampe) avec la petite contrainte sympathique de conclure le texte par la première phrase d'un autre texte de la Nuit (ici "j'ai l'impression que vous êtes une espèce de monstre, dit le (...) au (...)"

Warning : allusion viol infantile (rien de plus ou de moins que le canon)


Les pas d'ordinaires si joyeux et enthousiastes de Nikolai s'étaient fait lugubres.

Le jeune roi se détestait de céder ainsi à la morosité – n'avait-il pas érigé l'ironie comme art ? N'était-il pas le premier à dire qu'il fallait rire de tout, tout le temps ? Mais ce jour-là, il n'avait pas envie de rire. Il n'avait plus envie de rien, à vrai dire, sauf peut-être de se laisser aller aux Ténèbres en lui pour tout oublier.

Oublier la guerre, oublier le Fold, mais surtout oublier Genya et le récit glaçant qu'elle lui avait fait.

Il chaque pas, il renvoyait ses mains tremblantes à chaque pas, il entendait de nouveau son souffle s'étrangler, sa voix se remplir de larmes. Comment aurait-il pu en être autrement, alors que chacun des pas qu'il faisait le rapprochait de la source de tant de souffrances ?

Il aurait voulu faire demi-tour, s'éloigner du mal qu'il s'apprêtait à rencontrer, mais il était roi. Il devait faire ce qui était à faire, pour Genya, son sujet, son amie.

Lorsqu'il ouvrit la porte du cachot, il se fit assaillir de questions.

- Nikolai ! Comment as-tu pu oser ? Que se passe-t-il ? Pourquoi nous enfermer ainsi ?

Les mains de la prisonnière s'étaient agrippées à lui, pour le forcer à le regarder. Le roi plongea son regard dans le sien, rencontra les deux yeux qu'il avait cru si longtemps connaître. Comme il avait eu tord... Brusquement, il se dégagea.

- Mère, salua-t-il sèchement.

La froideur de son ton fit frémir la femme, mais Nikolai ne s'en préoccupa guère. Son attention était dirigée vers l'homme au fond du cachot, que la lumière vacillante du quinquet lui permettait tout juste d'apercevoir.

- Père.

Le dégoût dans sa voix fut si manifeste que sa mère recula comme si il lui avait donné une gifle. Son père, lui, se releva pour le toiser.

- C'est comme ça que tu traites tes parents ? En les enfermant ? Tu as finis par comprendre que ta position d'immonde bâtard t'empêcherai de prendre le trône alors tu nous jettes aux oubliettes ?

- Je ne vous jettes pas aux oubliettes, répondit-il de son ton le plus faussement assuré. Je vous envoie en exil dans le Sud. Loin, très loin, au sud.

- En exil ? Mais pourquoi ? Se scandalisa sa mère.

- Genya, répondit simplement le roi.

Le nom tomba dans l'obscurité de la prison. Le silence perdura, jusqu'à ce que l'ancien monarque ne prenne la parole.

- Je ne sais pas ce que cette traîtresse t'as raconté mais...

- Genya n'est pas une traîtresse, s'écria Nikolai. Elle a sauvé Ravka ! Et si tu ignores réellement ce qu'elle m'a raconté, je vais te le dire ! Elle m'a raconté comment tu l'avais achetée au Darkling alors qu'elle n'était qu'une enfant, comment tu l'avais violé nuit après nuit, comment tu l'as torturé toutes ces années... Ou peut-être vas-tu oser me prétendre que ce n'est pas réalité ?

Son père eut le bon ton de ne rien dire. Non pas qu'il eut l'air de regretter quoi que ce soit il était simplement furieux que son ancienne victime ait osée sortir du silence.

- Et pourquoi je suis ici, moi ? Se plaignit alors sa mère.

- Je pourrais vous dire que vous l'avait torturée mentalement tout aussi longtemps. Que si elle s'est tournée à un moment vers le Darkling, ce n'est qu'à cause de vos actions à tous les deux. Mais la vraie raison pour laquelle tu es là, c'est parce que tu savais.

- Je ne...

- Tu ne savais pas ? Ce n'est pas toi qui te plaignait du manque d'attention de ton mari ? Qui a maltraité Genya des années parce que tu savais qu'il l'appréciait plus que de raison ? Ce n'est pas toi qui a préféré t'en prendre à une âme innocente plutôt que de confronter ton époux sur les nuits qu'il passait dans les bras d'une enfant de douze ans ?

Il ne lui laisse même pas le temps de se défendre, assénant la sentence.

- Personne ne sait que vous êtes ici. Demain, vous sortirez. Vous aurez deux choix : obéissez moi sans un mot et je vous enverrai en mission diplomatique. Tentez de protester, je ferai venir à la barre Genya. Elle préfère rester dans le silence, mais n'hésitera pas à le briser pour s'assurer que vous êtes loin de Ravka. Et oui, Père, cracha-t-il, je prendrais ainsi le trône, ce qui sera une bénédiction pour le royaume, pour les petites gens qui l'habitent et pour toutes celles que tu as pu blesser.

Sur ce, il dévisagea ceux qui avaient partagé si longtemps sa vie. Ce ne fut qu'arrivé à la porte que feu son père prit la parole, une détresse perceptible dans la voix.

- Tu vas vraiment faire ça ? Nous exiler ? Nous, tes propres parents ?

Il ne se retourna même pas pour répondre.

- Vous n'êtes pas mes parents. J'ai l'impression que vous êtes une espèce de monstre, dit le nouveau roi à ceux qu'il avait cru connaître.