Hello ! Ceci est un Dainsleif/Kaeya, le ship de l'élite, n'hésitez pas à venir dans mes dms pour en parler je les aime fort. C'est un univers alternatif où toute cette bande de nullos est à l'université.
IMMENSE merci à eating-flowers qui est la meilleure pour me motiver à écrire mes trucs au lieu de juste crier mes idées dans ses dms twitter. D'ailleurs si vous voulez me follow là bas c'est medecinpoivre mon pseudo ! bisou à tous et bonne lecture !
Titre tiré de la chanson "Dress" de Taylor Swift qui est l'hymne du friends to lovers.
CARVE YOUR NAME INTO MY BEDPOST
Cette journée commence comme toutes les autres pour Kaeya. La scène n'a rien d'inhabituel non plus. Il se trouve dans le café qui fait l'angle de faculté où il étudie et il a le menton calé dans la paume de sa main, un sourire ensommeillé sur les lèvres. Il a peiné à finir sa tarte au citron, mais cette dernière était si délicieuse qu'il n'en a pas laissé une miette. Le sucre lui colle encore aux doigts, mais il n'est pas assez malpoli pour les lécher en public.
En face de lui se trouve son demi-frère, qui lui jetterait sans doute un regard désapprobateur s'il se mettait vraiment à se lécher les doigts, mais d'un autre côté Diluc n'a que deux expressions : fatigué, et au bord du suicide. Ce dernier fait mine d'écouter ce que Lumine, à sa droite, est en train de dire, mais Kaeya peut deviner rien qu'en l'observant une dizaine de secondes que son esprit est ailleurs. Il a regardé son téléphone pas moins de trois fois pendant leur déjeuner. Sûrement une querelle avec ce type complètement barge avec qui il a une relation sur laquelle lui même ne sais pas quelle étiquette coller.
Lumine est en train de leur raconter la vie de son frère jumeau, qui n'est pas là ce midi et qui par conséquent se fait allègrement juger par toute la tablée. Kaeya est cependant heureux d'entendre qu'il a enfin demandé à Xiao de sortir avec lui.
— Je les ai vus se tenir la main ce matin ! Et ce faux-frère ne m'a rien dit, grommelle-t-elle en donnant un coup de fourchette rageur à sa tartelette aux fraises.
Venti, qui lorgne sur la tarte aux fraises depuis une bonne dizaine de minutes, s'empresse de ricaner :
— Et ce n'est pas Xiao qui risquait de me le dire à moi non plus. Mais je lui tirerai les vers du nez dès ce soir, compte sur moi.
Childe, qui a depuis longtemps fini son assiette, ne lorgne pas sur la tartelette aux fraises, mais sur Lumine, et prend pour une fois la défense du pauvre Aether qui à ce stade doit avoir les oreilles qui sifflent.
— Soyez sympa avec lui, c'est pas toujours facile de savoir quand se lancer...
Tu en sais quelque chose, s'amuse Kaeya en son fort intérieur. Vu le nombre de fois où tu t'es dégonflé au moment de demander à Lumine de sortir avec toi.
Cette dernière se tourne d'ailleurs vers lui pour répondre, et Kaeya ne se lasse toujours pas de voir les yeux de Childe s'arrondir et son visage prendre une expression d'une douceur imperceptible que personne d'autre que lui ne remarquerait, mais qu'il est bien placé pour identifier.
Ce n'est pas parce que Childe et lui n'ont pas le moindre sentiment romantique l'un pour l'autre qu'il ne connaît pas par cœur chacune de ses réactions. Il sait précisément quelle expression il a lorsqu'on le complimente, lorsqu'il est en colère, et ce qu'il faut faire pour qu'il se taise.
— C'est pas une raison, grince Lumine. Si tout le monde était comme ces deux-là, on serait pas sortis de l'auberge.
Kaeya a très envie d'exploser de rire car tout le monde à cette table est comme Aether, contrairement à lui, qui sait toujours précisément ce qu'il veut et qui n'attend pas la permission de qui que ce soit pour l'obtenir. Diluc est coincé avec un type à moitié barge dont il est quand même bien mordu, Lumine trouve Childe un brin pathétique mais charmant, Childe est fou amoureux de Lumine mais préfère se voiler la face et rester à ruminer ses sentiments dans son coin, tout en couchant avec Kaeya qui n'est pas vexé le moins du monde, et quand à Dainsleif...Eh bien, personne ne peut se targuer de lire dans ses pensées, mais il n'est pas mieux loti que les autres avec son statut d'éternel célibataire.
— Lumine a raison, déclare t-il en jetant un regard équivoque à Childe. Quand on veut quelque chose il faut se donner les moyens de l'avoir.
Childe ne se laisse pas si facilement déstabiliser et se contente de hausser les épaules.
— Bien évidemment. Je n'ai rien à me reprocher, je compatissais juste au sort d'Aether...
Lumine termine sa tarte aux fraises, lorsque l'un des serveurs du café s'approche pour leur demander s'ils ont terminé. Kaeya le gratifie d'un sourire et lui annonce que oui, et lui demande l'addition. Ce dernier prend une couleur pivoine et balbutie quelque chose du genre de « Je vais vous la chercher, monsieur » alors qu'il a sans doute un ou deux ans de plus que lui, avant de repartir aussi vite qu'il est arrivé.
— Vous voyez, fait Kaeya en se tournant vers le reste de la tablée. Lui, il n'osera jamais me demander mon numéro.
Lumine lève les yeux au ciel, Diluc regarde la fenêtre comme s'il rêvait de donner un grand coup de pied dedans pour s'échapper, et Childe éclate de rire.
— Parce que tu lui aurais laissé une chance ?
Kaeya hausse les épaules.
— Non, mais comme disait Lumine, il faut bien tenter sa chance...
— Ou le faire avec plus de subtilité, grommelle Diluc.
Kaeya esquisse un sourire en direction de son demi-frère.
— Quand on ne sait pas être subtil, il vaut mieux s'abstenir. Je sais toujours quand quelqu'un veut m'allumer.
C'est à ce moment là que la journée dévie de sa trajectoire initiale, qu'elle passe d'insignifiante à décisive, lorsqu'à la droite de Kaeya, Dainsleif part d'un minuscule reniflement moqueur, que personne d'autre que Kaeya ne remarque, mais qui frappe ce dernier de plein fouet. Pendant que Lumine lui dit qu'il est prétentieux, que Diluc sort son portefeuille pour payer et que Childe lui fait remarquer qu'il aurait pu lui éviter bien des galères en lui faisant comprendre qu'il était intéressé dès le début, Kaeya étudie le visage de son ami d'enfance, qui semble contenir son hilarité.
« Tu parles » semble dire le visage de Dainsleif, qui passe rapidement à autre chose en sortant lui aussi son portefeuille.
Kaeya ne réagit pas. Il lui faudra étudier cet instant dans ses moindres détails une fois qu'il sera seul, afin de définir s'il y a oui ou non lieu de l'interpréter de la façon qui lui vient immédiatement à l'esprit.
Quand je dis toujours, c'est toujours, songe t-il. Tu n'es pas si mystérieux que tu le crois, Dain.
Dainsleif est un être plein de contradictions. Il ne s'intéresse pas à la plupart des choses qui occupent les esprits des autres et reste loin des conflits, mais il sera le premier à couper une conversation tendue pour dire ce qu'il pense sur un ton monocorde, simplement parce qu'on ne lui a jamais assez appris à respecter les conventions sociales.
En bien des aspects, il est l'exact opposé de Kaeya. Ce dernier calcule chacun de ses pas, pèse ses mots sans en avoir l'air tant le geste lui est naturel et sait toujours décoder ce que les autres ne disent pas, alors que Dainsleif est incapable de savoir quand Childe se moque de lui une fois sur deux. Il ne supporte pas ce dernier mais ne n'admettra jamais, parce qu'il sait que Kaeya l'apprécie.
Dainsleif ne s'ouvre que rarement, mais Kaeya a eu des années et des années pour savoir tout ce qu'il y a savoir sur lui, et en aime chaque détail subtil invisible aux yeux des autres. C'est l'une des personnes les plus loyales et intelligentes que Kaeya ait rencontré de sa vie, et s'il se drape dans une cape tissée dans une fausse indifférence et qu'il ne sourit qu'une fois tous les trois ans, il n'en est pas moins attentif.
Lumine est la seule personne en dehors de lui avec qui il ait développé une véritable amitié, ce qui fait chaud au cœur à Kaeya, même s'il doit admettre avoir été jaloux pendant un temps. Dainsleif, qui ne prenait en général jamais la peine d'adresser plus de trois mots à qui que ce soit d'autre que lui, s'est progressivement ouvert aux côtés de Lumine, si bien qu'il a fini par faire partie intégrante de leur groupe d'amis, plutôt que de seulement être le meilleur ami de Kaeya qui n'ouvrit jamais la bouche, comme ça a toujours été le cas jusque là.
Je sais toujours quand quelqu'un veut m'allumer.
Il est parfaitement incapable de se sortir l'expression de son meilleur ami de la tête, comme s'il avait dit quelque chose de parfaitement ridicule, comme s'il avait attendu depuis des années que Kaeya remarque qu'il avait tout autant envie de lui que le millier de prétendants qui se sont toujours bousculés à sa porte.
Kaeya est loin d'être un imbécile, il sait ce que cela veut dire lorsque le visage de son meilleur ami se ferme à la seconde où il parle de la personne avec qui il sort, couche, ou même embrasse actuellement. Il sait aussi qu'il ne demanderait rien d'autre qu'à ce que Dainsleif se décide à venir l'allumer, lui aussi. Il lui suffirait d'un seul mot, d'un seul geste, pour que Kaeya plie.
Kaeya a beau être conscient de sa beauté et de son charme, confirmé par de multiples conquêtes dont seulement une poignée l'ont marqué, mais ce n'est pas pour ça que l'intérêt de Dainsleif va de soi. Ce dernier n'est jamais sorti avec personne depuis qu'il le connaît, et il n'a jamais fait mention de qui que ce soit ayant retenu son attention. Mais il déteste sans distinction tous les gens avec qui Kaeya a le moindre contact romantique ou physique, n'écoute que d'une oreille quand ce dernier en fait mention, et se garde bien d'expliquer ce qui le dérange. Kaeya sait qu'il n'y a qu'une seule raison qui puisse justifier tous ces signes, qu'il a toujours consignés méticuleusement dans un coin de sa tête.
Même s'il n'est pas amoureux de Childe, même si son meilleur ami le déteste, les choses sont simples avec lui, d'une façon dont les relations le sont rarement. Kaeya a fait du mal à plus de monde qu'il ne l'aurait voulu simplement parce que certains ont désiré plus que ce qui leur avait promis. Childe comprend qu'il ne l'aura jamais entièrement et n'en veut pas plus que ce que Kaeya est prêt à lui donner. Il sait très bien que la part de Kaeya qui passe trop de temps à penser aux yeux de Dainsleif lorsqu'il a trop bu ou qu'il n'arrive pas à dormir, n'acceptera jamais de se rendre à quiconque d'autre que lui.
Kaeya garde cette part de lui, persuadée que son meilleur ami est peut-être l'amour de sa vie, dans un coin de sa tête sans jamais la laisser prendre le contrôle - histoire de ne pas ruiner son existence. Il ne veut de toute façon pas de quelqu'un qui rit de lui sans même avoir essayé de l'avoir, de quelqu'un censé le connaître par coeur mais qui est pourtant incapable de voir que Kaeya laisserait tomber n'importe qui ou n'importe quoi pour une chance de l'avoir lui.
Childe est conciliant, arrangeant et ne lui pose la plupart du temps pas de questions auxquelles il n'a pas envie de répondre.
Pourtant, ce soir-là, Kaeya a réussi à l'énerver.
Au dessus de Kaeya, il l'embrasse paresseusement dans le cou depuis probablement une dizaine de minutes, avant de finalement prendre son visage entre ses mains, de lui mordre délicatement la lèvre inférieure, et de déclarer :
— Crache le morceau, murmure Childe, une main posée sur sa gorge. Qu'est-ce que t'as, j'ai l'impression que t'es sur le point de t'endormir. Je vais finir par me vexer.
Kaeya sait qu'il n'en est rien - Childe sait très bien que ça n'a rien à voir avec lui. Il n'a peut-être pas tout le coeur de Kaeya, mais dans cette pièce, sur le canapé de son appartement dans lequel ils atterrissent le plus souvent, il a toujours toute son attention.
— Désolé, murmure-t-il en lui caressant la joue. Je pensais que ça me changerait les idées, mais faut croire que non. Je suis -
—...en train de penser à Dainsleif ? finit Childe à sa place, avant de se rassoir sur le canapé et de croiser les bras. Je suis carrément vexé, maintenant.
Le son de sa voix a pris un air moqueur. Il n'est pas vexé le moins du monde. Kaeya se relève à son tour et passe une main dans ses cheveux ébouriffés.
— Ce midi. Tu sais, quand j'ai dit que je savais toujours quand quelqu'un essayait de m'allumer ?
Childe acquiesce.
— Ouais ?
— Il a rigolé.
— T'as halluciné. Dainsleif, rigoler ?
— À sa façon, dit Kaeya. Je l'ai vu, je te jure.
Childe hausse les épaules.
— C'est pas nouveau, tu te doutais bien qu'il a des sentiments pour toi, non ?
Kaeya soupire.
— Il ne me l'avait aussi...explicitement confirmé.
Childe pose une main sur son épaule avant de déclarer :
— C'est pour ça que t'es si triste ? Parce que maintenant que ton prince charmant t'as fait comprendre qu'il était prêt à t'emmener sur son cheval blanc, on va devoir se dire bye-bye ?
Kaeya lève les yeux au ciel.
— Je n'ai jamais dit ça. Et il n'a rien fait, rien du tout.
— Peut-être qu'il commence à en avoir marre de te voir te taper d'autres gens.
— Pourquoi maintenant ?
— Pourquoi ça a de l'importance ? soupire Childe. C'est le cas. Profites-en.
Kaeya saisit le menton de Childe entre son pouce et son index.
— Dis-donc, c'est toi qui a l'air triste, maintenant. Si quoi que ce soit se passe entre moi et lui, tu peux être sûr que je te laisserai pas en paix avant que tu aies tout déballé à Lumine.
— On peut recommencer à parler de toi ? grimace Childe.
— Je sais pas quoi faire. S'il s'attend à ce que ce soit moi qui fasse le premier pas, alors que -
— Kaeya, peut-être qu'il se dit la même chose. Peut-être qu'il se dit que si tu peux emballer n'importe qui, tu peux lui demander de sortir avec toi.
Kaeya détourne le regard.
— C'est pas pareil, avec lui. S'il me dit non -
— Vous resterez amis.
— Je m'en remettrai jamais.
— Tu trouveras bien quelqu'un pour te le faire oublier.
— Pas Dainsleif. Si la personne qui me connaît le mieux au monde ne veut pas de moi...
— Tu sais que ça marche pas comme ça, soupire Childe. Toi qui nous a fait la leçon sur le courage ce midi...prends toi en main, vieux.
Kaeya doit bien admettre qu'il a raison, à regret.
— C'est simple, tu l'allumes à la prochaine soirée comme t'allumerais n'importe qui d'autre et tu vois comment ça se passe.
Kaeya n'aime pas l'idée que les choses se passent de la même façon qu'avec tous les autres. Mais quelques verres l'aideraient bien à se lancer, il doit l'avouer. Il aurait une excuse si son meilleur ami le repoussait, de cette façon.
— Dainsleif n'aime pas trop les soirées.
— Mais si tu lui demandes de venir, il le fera.
Kaeya pèse le pour et le contre. La question ne cessera de le tourmenter tant qu'il n'aura pas essayé, alors il ne lui reste plus qu'une chose à faire.
— Viens là, murmure t-il à Childe. C'est la dernière fois qu'on couche ensemble, si ce plan foireux marche.
Ce dernier esquisse un sourire que Kaeya lui connaît bien et se penche pour l'embrasser. Childe passe une main dans ses cheveux, faisant courir ses ongles sur son cuir chevelu d'une main experte. Kaeya l'attire immédiatement contre lui pour approfondir leur baiser.
— Je préfère ça, ricane Childe contre sa bouche. Tu sais où frapper si t'as besoin d'être consolé.
Dès lors, Kaeya ne pense plus qu'à sa conversation avec Tartaglia.
Ses mots lui reviennent en tête dans les moments les plus insignifiants, quand Dainsleif lui fait remarquer qu'il devrait racheter du dentifrice ou qu'il a choisi une mandarine abîmée sans y faire attention. Kaeya le regarde comme s'il venait de dire quelque chose de capital, comme s'il lui était impossible de remarquer une mauvaise mandarine sans son intervention. C'est ridicule. Il a toujours su se débrouiller pour choisir ses mandarines.
Mais Kaeya ne peut plus le regarder sans imaginer à nouveau son expression désabusée, comme s'il avait attendu toute sa vie qu'il remarque son intérêt. Comme s'il lui suffisait de regarder Kaeya pour le voir tel qu'il était : un imposteur. Un homme en apparence si sûr de lui, mais qui n'avait même pas assez de cran pour prendre son meilleur ami entre quatre yeux pour lui demander : au fait, tu as des sentiments pour moi ?
Il pense donc à cet ensemble de chose en permanence, et en particulier à cet instant précis, où Dainsleif est en train de préparer le plat préféré de Kaeya, une sorte de pot-au-feu que seule la grand-mère de ce dernier, à l'époque où ils vivaient encore à Khaenriah, réussissait à la perfection.
Dainsleif est une exception à la règle. Il est aussi doué pour la cuisine que pour les mystères.
Sans doute parce qu'il aidait sa grand-mère à faire la cuisine pendant que Kaeya était occupé à chasser des papillons avec Diluc, mais c'est un autre débat.
Accoudé au bar de l'appartement qu'ils partagent, Kaeya l'observe émincer méthodiquement les légumes sans dire un seul mot. Une casserole remplie d'eau est lentement en train de bouillir, une voiture klaxonne par la fenêtre embuée, et Kaeya regarde les mains de Dainsleif.
Ce dernier finit par troubler la quiétude de cet instant, lorsqu'il achève de ciseler son dernier oignon. Il relève la tête et son regard se pose sur Kaeya, qui n'a pas bougé depuis un bon quart d'heure.
— Tout va bien ? s'enquit Dainsleif, en reposant son couteau.
Kaeya acquiesça et lui adresse un sourire qui se veut rassurant.
— Je te regarde faire, c'est tout, déclare t-il en posant son menton dans la paume de sa main.
Dainsleif hausse un sourcil.
— Depuis le temps que tu me laisses faire tout le travail, tu aurais pu retenir comment préparer ce plat toi-même.
— Ah, mais ça n'aurait rien à voir, soupire Kaeya avec un sourire qu'il réserve en général à ceux qu'il ne prévoit pas de recroiser le lendemain. C'est toujours meilleur quand c'est toi qui le fais.
La base de la vérification de toute hypothèse est de faire une expérience. Et Kaeya n'a peut-être pas le talent ni la patience d'Albedo, mais il a toujours su s'adapter.
Dainsleif l'observe longuement, comme pour déterminer si Kaeya est en train de se moquer de lui. Ce dernier ne détourne pas le regard.
« Une bonne excuse pour me laisser tout faire » est la réponse à laquelle Kaeya s'attend. Il répondra à son tour qu'il fera la vaisselle pour se faire pardonner et l'univers se remettra à tourner dans le bon sens.
Mais Dainsleif le regarde droit dans les yeux et soupire :
— Si n'y a que ça pour te faire plaisir.
A ce mots, il se remet à l'ouvrage et verse la moitié de ses légumes dans la casserole, laissant Kaeya se débrouiller avec son cœur qui a soudainement pris trois tailles de trop. Dainsleif est peut-être mystérieux, mais il n'a jamais été lâche.
Kaeya ne laisse pas ses yeux quitter le visage de son meilleur ami, nimbé par la buée qui s'échappe de la gazinière. Sa chaleur plaque les mèches les plus courtes de Dainsleif sur son front, et il est beau, tellement beau que Kaeya doit faire appel à toute sa retenue pour ne pas l'embrasser ici et maintenant.
L'univers ne tournera plus jamais dans le même sens, pas depuis que Dainsleif l'a pratiquement attrappé par la main en lui disant « Tu n'es qu'un imbécile. »
Comme le veut le plan foireux, Dainsleif accepte de l'accompagner le lendemain quand Kaeya termine la vaisselle, s'assoit à côté de lui sur le canapé et lui demande, les yeux suppliants, de venir avec lui à la soirée organisée par Lumine — ou Aether, il ne sait plus très bien, mais ça n'a pas vraiment d'importance.
Assis sur l'une des chaises de bar de leur appartement le temps que son meilleur ami s'habille, Kaeya n'est même pas encore ivre, mais il se sent déjà fébrile. Tant pis. Il sait ce qu'il a à faire.
— Dis donc, fait il en avisant la chemise blanche que porte Dainsleif en ressortant de sa chambre. T'es beau gosse.
Il scrute chacune de ses réactions, de la façon dont il hausse un sourcil avant de détourner le regard pour partir chercher son manteau, à la celle dont sa voix vibre légèrement lorsqu'il répond :
— Si tu le dis.
Lorsqu'ils frappent à la porte de son appartement, Lumine explose de rire en apercevant Dainsleif. Ce dernier arque un sourcil.
— Mais qu'est-ce que tu fais là ? s'exclame t-elle avec la voix trop forte de ceux qui ont déjà trop bu.
— Kaeya m'a dit que tu voulais absolument que je vienne, fait-il. Mais il a exagéré, de toute évidence.
Lumine se jette immédiatement dans ses bras, si bien que Dainsleif prend une couleur proche de celle des cheveux de Diluc.
— Elle est déjà bourrée, commente Kaeya.
— Il est vingt heures trente, déclare Dainsleif d'un ton monocorde.
Lumine lui donne une tape dans le dos.
— Exact. L'heure de boire, Dain. T'as l'air d'en avoir besoin.
Dainsleif et Kaeya échangent un regard alors que Lumine disparaît dans l'appartement, sans doute pour aller leur chercher un verre.
— Rappelle-moi pourquoi je dois être là, déjà ? fait Dainsleif.
— Parce que tu es mon meilleur ami et que tu adores me faire plaisir, répond Kaeya.
Dainsleif soupire mais ne dément pas, ce qui équivaut presque à une déclaration d'amour, de sa part. Kaeya se mettrait bien à genoux ici et maintenant devant lui pour lui demander de l'épouser, mais lui aussi a grandement besoin d'un verre, avant toute chose.
Après que Lumine leur ait tendu à tous les deux les mojitos les plus chargés que Kaeya n'ait jamais bu, elle entreprend de se plaindre de son frère pendant une demi heure, et Kaeya observe avec amusement Dainsleif se resservir un deuxième verre, ne serait-ce que pour survivre à cette conversation.
— ...et il n'a même pas voulu inviter Xiao. Je sais qu'il n'aime pas trop les soirées mais tout de même, c'est la fin du semestre, ça se fête !
— Ah oui, répond distraitement Dainsleif, c'est ça qu'on fête.
Childe s'approche de Kaeya une bonne heure plus tard, alors que ce dernier vient de terminer une margarita préparée par Venti, soit l'équivalent de la dose requise pour envoyer n'importe qui de moins habitué directement à l'hôpital.
— Bon, tu te décides ? Ton mec a l'air d'avoir envie de se suicider, là. En plus il m'empêche d'aller voir Lumine.
— Parce que tu comptais faire quelque chose, peut être ? ricane Kaeya en remettant le col de la chemise de Childe en place. Tu aurais pu mieux la repasser, franchement.
— Je fais ce que je peux avec mes talents limités, grommelle Childe.
— Je sais.
— Ta gueule.
— Va voir Lumine. Je suis sûr que Dain s'en ira aussitôt.
Childe grommelle quelque chose que Kaeya n'entend pas mais finit par s'exécuter. En attendant que Dainsleif revienne vers lui, Kaeya observe Venti se faire massacrer à Just Dance par Keqing, qui a elle aussi bu l'une des margaritas maudites et en a oublié par la même occasion toute retenue.
Ce n'est qu'une demi-heure plus tard qu'il voit à nouveau son meilleur ami se diriger vers lui, cette fois-ci sans le moindre verre à la main. Il devine à sa démarche légèrement moins princière que d'habitude qu'il a du en descendre quelques autres entre-temps.
Peut-être que c'est ce qu'il faut. Peut-être qu'il va m'embrasser.
Kaeya a bu un peu plus que ce qu'il aurait dû, lui aussi. Il le remarque lorsqu'il se met à ricaner nerveusement alors que Dainsleif n'a encore rien dit. Ce dernier s'adosse contre le mur en face de lui, dans le couloir ou la musique résonne un peu moins fort que dans le reste des pièces où se déroule la soirée. Kaeya ne peut pas détacher son regard de son visage.
— Tu me forces à venir puis tu m'abandonnes ? lui lance Dainsleif.
— Je ne t'ai pas abandonné, je devais... surveiller Venti.
Ce dernier viens de s'écrouler sur l'un des canapés, alors que Keqing monte sur les épaules d'Itto pour faire un tour victorieux de l'appartement.
— Ça a l'air de bien lui réussir, commente Dainsleif.
— On s'en fiche de Venti, murmure Kaeya en levant les yeux vers lui.
— J'ai cru comprendre, répond Dainsleif, sans détourner le regard.
Kaeya soupire, adossé contre le mur, et adresse un sourire paresseux à Dainsleif. Il semble aussi raide qu'à son habitude, drapé dans cette attitude froide comme une nuit sans étoiles qu'il a toujours traînée partout avec lui, mais quelque chose dans son regard est différent. Ses yeux ont un air plus doux, comme s'il avait plus de mal que d'habitude à masquer ses émotions. Ce qui est rassurant, au moins l'alcool lui fait quelque chose.
Il est proche de lui. Mais pas assez. Kaeya en veut toujours plus.
— Dain, finit-il par murmurer, en posant ses mains sur son torse, pour saisir le col de sa chemise.
Dainsleif hausse les sourcils, comme si Kaeya était simplement en train de faire le pitre et que tout ça n'avait rien d'inhabituel. Il scrute son visage comme s'il essayait de lire dans ses pensées. Comme s'il n'avait aucune idée de ce que Kaeya peut bien vouloir, même si ça doit se voir comme le nez au milieu de la figure à cet instant précis.
La main de Dainsleif se referme sur son poignet.
— T'as trop bu, finit-il par déclarer.
— Juste assez, en fait, rétorque Kaeya.
Si tu t'éloignes de moi, je te tue, songe t-il.
Mais Dainsleif ne bouge pas. Il est toujours aussi près de Kaeya, exactement là où il l'a amené. Mais il n'avance pas pour autant.
— C'est maintenant, murmure Kaeya avant de se rendre compte de ce qu'il fait. Si tu me veux, c'est maintenant ou jamais.
Dainsleif l'étudie du regard un long moment, un mélange d'émotions impossible à identifier au fond des yeux. Il ne bouge toujours pas.
Kaeya devrait savoir qu'il est injuste de balancer ça à la figure de son meilleur ami après près de vingt ans d'amitié, qu'il aurait pu trouver une autre façon de faire, et qu'il a sans doute reçu l'équivalent d'un électrochoc quelques secondes plus tôt.
Mais Kaeya a bu un peu trop d'alcool et une idée un peu trop précise de ce qu'il veut que Dainsleif fasse. Et il déteste devoir tout faire lui même.
Dainsleif ne le suit pas lorsqu'il lâche les pans de sa chemise, ni lorsqu'il passe la porte de l'appartement de Lumine pour s'échapper.
Kaeya comprend au moment même où il ouvre les yeux, allongé sur le canapé de Childe, le lendemain matin, qu'il a complètement merdé.
— Putain, gromelle t-il en se massant les tempes.
— Je te le fais pas dire, réplique Childe, qui est tranquillement assis à boire son café.
— Comment j'ai atterri ici ? baille Kaeya en se relevant.
— Aucune idée, mais je sais où est le double de mes clés que je cherche partout depuis deux mois.
— Oups.
— Il avait l'air très triste, lui fait remarquer Childe alors qu'il n'a même pas eu le temps de boire un verre d'eau.
Kaeya laisse échapper un long soupir.
— Je sais, j'ai déconné.
— Qu'est-ce que tu fous encore là, alors ? dit Childe en le secouant.
— Arrête ça si tu veux pas que je te vomisse dessus, mec.
Childe fait un pas en arrière mais ne perd pas son air accusateur.
— J'ai compris, j'y vais.
— Prends une douche avant, quand même. Sérieusement. Et change de fringues.
Kaeya lève les yeux au ciel et se dirige vers la salle de bains. Il déteste Childe autant qu'il l'adore. C'est probablement pour ça qu'ils ont réussi à conserver leur relation sans qu'aucun des deux ne tombe amoureux de l'autre.
Lorsqu'il ressort de la douche, ce dernier lui tend des vêtements savamment choisis.
— Va te faire pardonner, et t'as pas intérêt à revenir bredouille, sinon j'aurai ta peau.
Kaeya plante un baiser sur sa joue.
— Merci, je te revaudrai ça.
Childe lève les yeux au ciel.
— Menteur.
Dainsleif est en train de se servir une tasse de thé lorsque Kaeya ouvre la porte de leur appartement.
L'estomac noué, il croise le regard de son meilleur ami, dont l'expression ne laisse rien paraître sur son état d'esprit, comme à son habitude. Ils se regardent l'espace d'un instant, jusqu'à ce que Dainsleif lance :
— Tu veux du thé ?
Kaeya éclate d'un rire nerveux avant d'acquiescer. Il n'y a que Dainsleif pour lui proposer du thé tout naturellement comme s'il n'avait pas été odieux avec lui pas moins de six heures plus tôt.
Dain.
Une poignée de minutes plus tard, Kaeya est adossé au plan de travail, une tasse brûlante entre les mains, pendant que Dainsleif l'observe les bras croisés.
— Je suis désolé pour hier, finir par soupirer Kaeya.
Dainsleif laisse échapper un soupir à son tour.
— Désolé de quoi ? De m'avoir allumé parce que t'étais bourré, ou d'être parti avant même que j'ai pu dire quoi que ce soit ?
Kaeya repose délicatement sa tasse sur le plan de travail.
— Je ne t'ai pas allumé parce que j'étais bourré. Mais désolé pour les deux, j'imagine.
— Tu n'aurais pas dû partir, finit par déclarer Dainsleif. Mais c'est vrai que le moment n'était pas particulièrement bien choisi.
— A quel autre moment j'aurais dû le faire, alors ? l'interroge Kaeya avec une pointe d'irritation dans la voix. Étant donné que tu as l'air d'avoir ton idée sur la question, même si de ton côté tu n'as jamais rien essayé.
Dainsleif secoue la tête.
— Tu savais ce que je ressentais pendant des années et tu n'as rien fait, je ne pense pas être le fautif dans cette situation.
— Parce que c'est ma faute si tu ne t'es jamais dit que ça pouvait être réciproque ?
— Te voir embrasser une nouvelle personne tous les trois mois ne m'a jamais donné beaucoup de raisons de le penser.
Kaeya grimace parce qu'il n'a pas complètement tort. Et il aurait peut être même raison, s'il n'y avait pas tout le reste.
Si Kaeya ne laissait pas tomber n'importe lequel de ses petits-amis à la seconde où Dainsleif avait besoin de lui. Si ces derniers ne finissaient pas immanquablement par comprendre qu'ils n'auraient jamais son cœur dans son entièreté et par jalouser son meilleur ami. Si Kaeya ne l'avait pas choisi lui à chaque fois.
Il ne peut pas deviner ce que tu ne lui dis pas, fait une voix dans sa tête qui ressemble à celle de Tartaglia.
— Tu vas me dire que tu n'as jamais remarqué qu'il y avait quelque chose de spécial entre toi et moi ?
Le visage de Dainsleif reste de marbre.
— Si c'est le cas, pourquoi tu t'es approché de moi comme de n'importe lequel de tous les autres, au milieu d'un appartement rempli de monde -
— Je pensais que ce serait plus facile.
— Et pourquoi ça devrait être difficile ? demande Dainsleif en croisant les bras.
— Parce que c'est toi. Parce que tu ne me dis jamais ce que tu penses, que je dois toujours le deviner, et -
— Et ?
— Et j'ai pensé que ça serait plus facile pour toi si tu étais plus détendu.
Dainsleif secoue la tête, une lueur orageuse au fond des yeux.
— Je n'ai pas besoin d'être ivre pour t'embrasser, déclare Dainsleif en le regardant droit dans les yeux.
Kaeya sent son sang se mettre à bouillir, lui aussi, et s'apprête à lui rétorquer qu'il a eu des années et des années pour le faire, mais Dainsleif l'embrasse aussitôt, en passant une main dans ses cheveux et l'autre autour de sa taille, son corps tout contre le sien et Kaeya manque d'en tomber à la renverse. Comme frappé par la foudre, il reste figé pendant une poignée de secondes, jusqu'à ce que son cerveau parvienne enfin à traiter l'information. Ses mains remontent lentement vers le col de la chemise de Dainsleif et en froissant le tissu lorsqu'il l'attire à nouveau à lui.
Kaeya est incapable de se souvenir du nombre de personnes qu'il a embrassées, mais rien n'est comparable aux lèvres de son meilleur ami, à son odeur si famillière qu'il peut enfin respirer à pleins poumons et à ses cheveux dans lesquels il peut enfin passer ses doigts. Comme si une peinture qu'il avait contemplée toute sa vie s'était subitement animée pour l'embrasser sur les lèvres.
Lorsqu'ils se séparent, Kaeya pose son front contre le sien et s'apprête à murmurer quelque chose, mais Dainsleif le prend de vitesse en murmurant, ses yeux plongés dans les siens :
— Je t'aime, Kaeya.
Les mains croisées derrière la nuque de Dainsleif, Kaeya ferme les yeux et murmure :
— Moi aussi, si tu savais.
Mais il n'est jamais trop tard pour le lui montrer, et Kaeya se hisse sur la pointe des pieds pour déposer un nouveau baiser sur ses lèvres, se délectant de l'expression qui se peint sur le visage de son meilleur ami, comme s'il avait du mal à croire à ce qui était en train de se passer.
Kaeya lui même n'est pas certain de ne pas être encore en train de rêver, et prie de toutes ses forces pour ne pas se réveiller d'une minute à l'autre sur le canapé de Tartaglia.
— Je déteste te voir porter ses vêtements, murmure Dainsleif contre son oreille.
— Enlève-les moi, alors, répond Kaeya avec une lueur de défi dans les yeux.
Comme toujours, il est inutile de lui répéter les choses deux fois.
voilàààà je sais pas ce qui m'a pris d'écrire au présent mais c'est ce qui est arrivé
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Bisous
aeli
