Notes: Bonjour, bonsoir! Voici le troisième chevalier noir à revivre. Je vous souhaite une bonne lecture


Mon ami

Chine, région des Cinq Pics de Rozan.

En consultant la carte et les pages noircies qui expliquaient en détail l'itinéraire, il ne pensait pas être perdu. Le village à trente minutes de la gare, le sentier juste après la bâtisse du maraicher – dans un chinois maladroit récité de ses notes, il avait demandé aux passants - , montre en main, avancer pendant dix minutes jusqu'à ce que la route ne descende dans une pente douce, avec une vue imprenable sur les rizières, un vieux puits sur sa droite, l'entrée de la forêt de bambous sur la gauche, jusqu'ici, tout allait bien. Chaque détail correspondait. Même le vocabulaire dans cette langue qui lui était totalement inconnue était lisible pour lui.

Shiryu était consciencieux et attentionné.

Comme lors de ce combat court et intense au cours duquel ils s'étaient affrontés à mort. Le temps avait passé, lui avait cru voir sa vie se terminer dans cette cavité du mont Tateyama, mais le destin en décidé autrement.

Il s'était réveillé dans ce lit d'hôpital, avait retrouvé ses fonctions vitales et, quelques jours plus tard, le chevalier du Dragon était venu au Japon et tous deux s'étaient retrouvés. Au cours d'une courte discussion, il fut décidé pour lui de se rendre en Chine, en pleine campagne coupée du monde, pour retrouver cet ancien adversaire. Ce dernier lui avait fait parvenir un courrier épais contenant une carte de la région, des billets d'avion, de train et de bus, et des notes précises sur le trajet à faire. Il s'excusait même de ne pas pouvoir venir le chercher: aider les paysans lors d'une récolte majeure de l'année.

Il fut surpris par le bruit soudain et assourdissant de l'eau qui coulait en contrebas, et, levant ses yeux noirs, il découvrit une cascade immense, comme si elle provenait des cieux.

''Continue sur le sentier jusqu'à atteindre la grande cascade de Rozan. Tu y trouveras un chemin qui monte et un autre qui arrive au bord d'une falaise. Et au carrefour, un petit banc taillé en bambou. Prends le temps de t'y reposer et de profiter du paysage, je viendrai te chercher. Ou bien ce sera Shunrei ou le Vieux Maitre. En tout cas, tu ne seras plus seul longtemps. Bienvenue dans ma région. Shiryu.''

Les notes se terminaient ainsi.

Il vit le banc en bois, et accéléra le pas, comme pris d'une crainte qu'on lui prît la place. S'asseyant dessus, il posa son sac à dos au sol, et leva les yeux sur la vue qui lui était offerte. Si reposante... seuls les sons de la nature brisaient le silence et le léger vent rafraichissait son visage et faisait voler ses longs cheveux noirs. Le parfait opposé de Death Queen Island.

Il ne comprenait pas trop la raison de cette résurrection, ni ne savait ce qu'il allait advenir de son futur. Il était encore perdu, tout comme les autres chevaliers noirs. Pourtant, il n'avait presque pas caché son soulagement de retrouver un visage connu: celui de son ancien adversaire qui lui avait tendu la main sans hésiter.

Il se pencha et ouvrit son sac duquel il sortit un morceau de métal noir et brisé. Un reste d'une armure, qu'il serra dans sa main.

« Grand frère... » murmura-t-il.

Au loin, une silhouette approchait à une allure rapide, en sa direction. Petit à petit, il reconnaissait Shiryu, le chevalier du Dragon, sans son armure, mais vêtu seulement d'un pantalon en toile noire et une pioche en main. Cet ancien adversaire qui lui avait permis de croire en l'humanité au moins quelques secondes avant de mourir. Les dieux ou quelque autre entité qui fut avaient permis ces retrouvailles inattendues, ici, en Chine, dans un paradis verdoyant, loin de l'enfer d'une ile maudite.

Tout en tenant fermement le bout d'armure, il se leva du banc pour le saluer.

« Shiryu, me voici arrivé, déclara-t-il.

-Dragon noir, fit le chevalier de Bronze. Je suis content que tu aies pu trouver. Je profitais d'une pause pour voir qui m'attendait au banc, parce qu'un paysan avait du te voir lors de son passage.

-J'ai du croiser des gens, oui. Tu travaillais?

-Oui, aux champs. Il se pourrait qu'il pleuve dans deux jours, donc j'aide de mon mieux.

-Ca a l'air de te plaire, en effet.

-Dès demain, je te montrerai...

-... ''cette satisfaction de se donner pour faire pousser de la terre des plantes qui permettent de se nourrir, tout en respectant la nature et la remerciant de nous fournir tant de produits qui nous permettent de vivre en harmonie avec le monde qui nous entoure'', je me trompe pas?

Shiryu se mit à rire:

-Tu as bien retenu la leçon.

-J'ai surtout lu attentivement ton courrier pour ne pas me perdre.

-Suis-moi, je vais te montrer ta chambre.

-Je ne dérange vraiment pas? »

Le chevalier de Bronze ne répondit pas, et s'avança vers la petite pente qui longeait la cascade de Rozan, pour atteindre en peu de temps une maison traditionnelle chinoise devant laquelle une jeune fille était affairée à couper des feuilles de légumes probablement. Les deux se sourirent tendrement. Ce devait être cette Shunrei, la compagne de Shiryu. Elle le salua poliment et retourna à sa tâche.

L'ancien Dragon noir devait rêver en découvrant cette pièce qu'on lui avait attribuée, avec un lit immense pour lui, une armoire en vieux bois et une petite table.

« Shiryu, es-tu sur que tout cela c'est...

-C'est ta chambre, oui. Ce n'est pas la plus grande, mais on n'avait que celle là de libre...

-Elle est trop grande pour moi, murmura-t-il, tenant fermement le morceau d'armure.

-Qu'est-ce que c'est?

-Ce qu'il reste de mon grand frère, enfin, son armure noire, répondit le Dragon noir. On n'a pas pu retrouver son corps, au fond des falaises...

-Je... Je suis sincèrement désolé, Dragon noir...

-A l'époque nous étions ennemis, Shiryu. Et moi même, je ne traitais que trop mal Jakub... Tu vas rire, mais ce ne fut qu'en me réveillant à l'hôpital que je me suis rappelé de son prénom. Et du mien aussi...

-Tu me le dirais? Ce serait beaucoup plus facile pour tout le monde, à présent que tu vis ici. Et à vrai dire, Shunrei s'inquiétait de ne pas savoir comment t'appeler si elle en a besoin... 'Dragon noir', en japonais, chinois ou autre langue est trop funeste comme nom pour un retour à la vie...

-Josef... il me semble, réfléchit l'ancien chevalier noir. Je ne suis pas sur mais dans mes lointains souvenirs, ça me disait quelque chose.

-Cela me paraît bien, et facile à prononcer pour tout le monde.

-Shiryu... merci pour ce que tu fais. Tu n'y étais pas obligé.

Le Dragon posa un regard bienveillant sur son ancien adversaire:

-Toi non plus, tu n'étais pas obligé d'accepter ma proposition. Mais te voilà aux Cinq Pics. Si tu as besoin d'un peu plus temps, prends le. Quand tu le souhaiteras, tu viendras m'aider aux champs et au village. Tu comprendras vraiment ce que c'est de vivre en paix. Je vais devoir te laisser, je dois retourner travailler. Mais rejoins-moi quand tu veux.

-D'accord. »

Une fois Shiryu parti, il alla observer à nouveau la cascade de Rozan depuis la petite fenêtre. Le bruit de l'eau dévalant le long de la falaise n'était pas si assourdissant. Il était apaisant, même. Et la nature autour semblait toujours provenir d'un rêve lointain.

Josef ne croyait pas vraiment ce qui lui arrivait. Était-il vraiment là, dans cette maison, au beau milieu d'un paysage de campagne chinoise? Avait-il accepté réellement la proposition de cet ami à présent, de venir vivre ici et apprendre à cultiver la terre? Ce ne devait être encore qu'une illusion.

Il resta toute la journée dans la chambre, et se demandait s'il devait en sortir, une fois la nuit tombée. Il entendait des bruits dans la maison...

S'il ouvrait la porte de cette pièce, il se reverrait à nouveau sur son lit d'hôpital, plongé dans un coma profond.

Faisant cela, au contraire, un parfum de soupe appétissant fondit dans ses narines le ramenant à cette réalité. Son estomac se nouait de plaisir à l'idée de pouvoir peut-être gouter à ce plat. Devant lui, Shunrei, la compagne du Dragon lui demandait s'il avait faim. Sans trop savoir, il avait accepté de manger un petit bol de bouillon de chou au goût particulier. Il découvrait des saveurs inconnues, de nouvelles sensations, et ce truc... Il ne saurait le décrire, mais c'était comme s'il se sentait léger, délivré de poids qu'il supportait depuis toujours, comme des chaines qui l'empêchaient de faire comme bon lui semblait, de se permettre des choses qu'il ne connaissait pas et sur lesquelles il était incapable de poser des mots précis. C'était juste bien en fait. Cette chaleur qui entrait en lui à chaque gorgée de soupe, cette douceur un peu piquante du riz aux épices, et ce craquant presque chantant des légumes sous ses dents. Comme une renaissance, une vraie cette fois ci. Même ce thé qu'il avait cru insipide, il le but d'une traite.

En face de lui, il voyait Shunrei comme contente de ses réactions. Surement qu'elle avait fait beaucoup d'efforts pour ce repas. Sur sa droite, Dohko, le chevalier d'Or de la Balance, parlait fort, de tout et de rien, ne cachant pas sa bonne humeur, faisant rire l'assemblée. Josef lui, avait du mal à comprendre ce chinois parlé trop rapidement...

Puis, il se vit poser devant lui une petite coupelle avec un liquide translucide à l'intérieur. Dohko lui proposa de le boire.

Sans consulter le petit couple, il engloutit d'une traite ce qui s'avérait comme une trainée de lave en fusion qui semblait traverser tout son corps. Surpris, il toussa fortement, les larmes lui montant trop vite aux yeux.

Shunrei lui lança alors un regard inquiet.

Dohko riait aux larmes.

Shiryu, quant à lui, frappa son maitre sur la tête et alla rassurer l'ancien chevalier noir. Ce n'était que de la liqueur, avait-il expliqué, et c'était une tradition locale de partager un verre ainsi en signe d'amitié.

Josef, ne retenait pas ses larmes et l'intensité de l'alcool n'y était pour rien cette fois ci. Il arrivait à poser un mot sur ce qu'il vivait actuellement. Il était heureux.

Ce n'était pas un rêve, non. Il avait trouvé un foyer et de vrais amis.


notes de fin: Merci d'avoir lu. Pour le coup, je voulais une histoire vraiment paisible, et une amitié solide entre les deux dragons. Leur combat si terrible est l'un de mes préférés de tout Saint Seiya, et je voulais tellement qu'un jour ou l'autre ils deviennent vraiment amis, pour de vrai.
Par contre, j'ai eu du mal à trouver des prénoms pour les deux dragons noirs...
Le kanji d'interlude est celui du dragon, tout simplement.
Je vous dis à bientôt pour très certainement le dernier chevalier noir.
Des bisous