notes: Bonjour, bonsoir! Voici enfin le dernier OS de cette série sur les chevaliers noirs. Ça n'a pas été sans mal que j'ai écrit cette histoire, mais je vous souhaite une bonne lecture.


Mon soutien

Manoir des Kido.

Dans le salon luxueux, il était affalé dans ce canapé, à appuyer frénétiquement sur les touches de la télécommande, soufflant d'ennui. Rien sur l'écran de cette télé ne l'intéressait. Ou bien il n'en comprenait ni la langue ni le but.

Des fois, il avait la chance de tomber sur une courte émission musicale, mais ces types qui gesticulaient en chantant, ou ces gamines qui minaudaient avec leurs grands yeux brillants l'agaçaient au plus haut point. Pas besoin de parler couramment japonais pour deviner que leurs mélodies enjouées à outrance ou trop niaises racontaient des histoires d'amour.

L'amour... cette blague inventée par les humains...

L'époque où il était au service de Ikki du Phénix lui manquait presque. Pas de sentiments, pas d'attache, juste des ordres à effectuer sans fioriture.

Alors que là, il était revenu à la vie, mais pour quoi?

Autant ses anciens camarades noirs tels que Black Pegasus et Black Cygnus que lui, ne comprenaient pas la raison de cette résurrection. La Kido avait du l'évoquer, mais à vrai dire, il s'en fichait parfaitement. Ce qu'il voulait savoir, c'était ce qu'il allait... ce qu'ils allaient devenir.

Il n'enviait même pas Black Dragon qui était parti en Chine pour vivre et travailler dans la région de son ancien ennemi, Shiryu. En fait, cela lui était totalement indifférent...

Il changea encore de chaine: encore cette série sur une école et ce prof moralisateur... de toute façon, il n'y avait que ça à la télé à cette heure de l'après midi. Au pire, il s'endormirait devant...

En fait, on vint le déranger: Shun, le frère de Ikki, comme de par hasard. Il entrait toujours à cette heure-ci de l'après midi, après avoir fini ses cours au lycée. Il logeait ici, comme si c'était chez lui. Et comme chaque jour, il s'installait à la table à côté du canapé pour écrire sur des cahiers pendant un moment, avant de lui proposer à lui, son ancien ennemi, une activité comme faire du sport, par exemple ou visiter les terres du domaines, quand il ne pleuvait pas. Sauf que non, le chevalier noir n'avait aucune envie de le suivre, et encore moins de se lier à lui, même de manière amicale ou cordiale. D'ailleurs il n'avait pas demandé à revenir en vie.

Mais encore cet après midi, Shun revenait à la charge, l'empêchant de somnoler devant ce feuilleton.

« Tu as l'air de t'intéresser à ce programme, non, lui demanda-t-il.

Il fallait répondre, sinon il serait capable de s'inquiéter et d'insister toujours plus.

-... pas plus que ça. C'est surtout que c'est le truc le moins pire...

-J'aime beaucoup, moi. J'avais déjà vu ces épisodes, mais je trouve qu'on apprend beaucoup en les regardant.

-Bof... Moi ce qui m'agace, c'est quand le prof, il blablate sur l'explication des caractères. Ça sert à rien et je pige rien.

-Au contraire, fit Shun. Ça permet de comprendre comment sont construits les kanji et on peut arriver à les retenir de cette manière.

-Si ça t'amuse...

-Quelque part, oui, c'est amusant de pouvoir saisir la manière dont ils ont été construits, de savoir ce que l'on écrit et d'apprendre encore plus sur la langue japonaise. Comme ça on progresse plus vite.

-Grand bien te fasse...

Black Andromeda ne voulait pas le montrer, mais il souhaitait de toutes ses forces que le frère de Ikki s'en aille, qu'il le laisse dans le canapé, qu'il l'oublie...

-Je crois que Saori-san avait du te le proposer, aux autres chevaliers noirs aussi, mais ça ne te dirait pas d'aller à l'école? Parce qu'il n'y a aucune honte de reprendre à zéro.

Il détourna la tête de devant l'écran pour planter un regard à la fois méprisant et étonné dans les yeux brillants d'Andromède.

-Pourquoi faire? Pour que tu te foutes de moi et que tu m'humilies encore plus que lors de notre combat à l'époque?

-Pas du tout. Athéna vous a redonné une chance de vivre, dans un monde de paix. La fondation Graad s'engage à votre retour à la vie avec tous les moyens possibles. Le Dragon Noir, il me semble, est parti en Chine pour travailler avec Shiryu. Je crois que Seiya cherche à trouver un petit travail d'appoint au Pégase Noir. J'ignore pour le Cygne, mais vous ne serez pas abandonnés comme après cet affrontement au mont Tateyama. Et si tu regardes cette série, qui sait, c'est peut-être un signe, non?

-A quoi bon... Je sais ni lire ni écrire... dans aucune langue...

-Ca s'apprend.

-Qui te dit que je m'y mettrais sérieusement, demanda le plus sombre, un rictus de défi sur les lèvres.

-Je peux t'aider. Le temps que moi, je fasse mes devoirs, toi, tu pourrais commencer à écrire un peu tous les jours. À ton rythme et à ton niveau. Je te trouverai des livres à l'orphelinat. »

Les semaines passant, Black Andromeda passait toujours ses après midi devant la télévision, affalé dans le canapé. C'était incroyable le vide qu'il pouvait y avoir dans les programmes. Le feuilleton avec le professeur ne passait plus. À la place, une histoire d'amour niaise, sans aucune profondeur et avec des acteurs qui jouaient encore plus mal.

Cependant, il ne râlait presque plus dès lors que Shun rentrait et l'incitait à venir faire ses lignes de hiragana à ses côtés.

Ce que c'était dur parfois, et le Bronze pouvait être sévère par moment. Il l'énervait aussi. Mais à priori, selon ses dires, il progressait et arrivait à reconnaître des caractères dans les manuels.

Andromède avait une patience pour tout, encaissant les insultes, n'abandonnant pas cette mission de lui faire apprendre le japonais.

Ce jour là, il revint accompagné d'une blonde: June... du Caméléon...? peut-être... pas sûr. En tout cas c'était sa copine. Tout à fait, il les avait surpris se donnant la main sous la table. Il l'avait remarqué alors qu'il ramassait son crayon par terre.

Toujours était-il qu'ils allaient travailler tous les trois. Eux avec leurs maths, leurs sciences sociales et autre, et lui avec ses lignes de hiragana.

Au bout d'un moment, June demanda:

« Black Andromeda, tu dois avoir un prénom, non?

Pourquoi cette question? Et pourquoi maintenant?

-Quelle importance, rétorqua-t-il.

-Tu pourrais l'écrire en hiragana, si tu y arrives.

-Je pourrai pas, c'est pas japonais.

-Ca n'a rien à voir, déclara Shun. Ce qui compte c'est le son, et peu importe l'origine, tu peux tenter de l'écrire. Après, s'il est très difficile à retranscrire, on pourra tenter de t'aider, mais essaye dans un premier temps...

Le chevalier noir souffla. Il savait que le frère de Ikki ne le lâcherait pas tant qu'il n'aurait pas tracé le moindre trait sur sa feuille.

Se concentrant, et regardant sur sa grille de caractères dans le manuel, il se remémorait ce prénom provenant des régions turques, de ce village perdu proche des montagnes. Il n'en avait qu'un souvenir flou qui s'estompait déjà à l'époque où il était au service du Phénix. Comment avait-il atterri sur Death Queen Island? Il ne le savait plus. Un trou noir dans lequel on l'avait plongé, le même duquel on l'avait sorti pour revenir à la vie il y a quelques mois...

Tout en cherchant ses caractères, il réalisait que cette nouvelle chance ne lui offrait que des facilités. Il était nourri, logé, blanchi, on l'autorisait à sortir dans la propriété et même en ville s'il le désirait, sans la moindre obligation de se battre pour sa survie. Sans la moindre contre partie. Sans aucun piège au bout.

Même son prénom en hiragana, il avait réussi à l'écrire...

-Je... crois que c'est ça, finit-il par dire.

-''Kena'', s'interrogea Shun.

-Non, Kenan.

-Tu as oublié le son 'n' à la fin. Ça s'écrit けなん dans ce cas, corrigea le Bronze en écrivant à côté.

-... mouais...

-On pourrait essayer de trouver des kanji à ce prénom, suggéra June.

-Non, trancha le chevalier noir. C'est déjà assez compliqué avec les hiragana...

-Par simple curiosité, répliqua-t-elle. C'est juste que j'adore la langue japonaise, et que ton prénom a une lecture qui pourrait donner des kanji sympa.

Black Andromeda regarda la femme chevalier, et referma ses cahiers, estimant qu'il avait assez écrit pour ce jour, et retourna dans le canapé. Jetant un œil par dessus le dossier, il remarquait que les deux autres étaient replongés dans leurs devoirs. De son côté, il sortit un petit livre enfoncé entre les coussins du siège, bien dissimulé. Il l'avait volé dans la chambre de Shun. Un manga, avec des images et surtout des petits hiragana écrits dans les bulles pour s'exercer à lire. Par pure fierté, jamais il ne lui avouerait qu'il lisait cela en cachette, parce qu'il était tombé sur un anime au hasard de ses heures devant la télévision et qu'il avait été content de trouver le manga dans la bibliothèque de Shun. Et que cette histoire d'aventures et de recherches de boules magiques lui plaisait énormément.

-Kenan-kun?

Il sursauta à la voix de June, referma le manga et l'enfonça dans le canapé. Il se redressa, reprenant son calme au mieux et un air sérieux.

-On a peut-être trouvé un truc. Tu veux venir voir?

-... tant qu'à faire...

S'approchant du petit couple, il découvrit sur une feuille deux dessins relativement complexes et impossible à lire pour lui.

-C'est quoi ce truc?

-Ton prénom en kanji, répondit Shun. Kenan écrit avec 慶 kei, qui signifie la joie et 男 nan, une lecture très rare de otoko, un homme.

-En japonais, renchérit June, ça ferait de toi 慶男 Kenan, un homme joyeux. Ce que l'on te souhaite dans l'avenir.

Black Andromeda resta un temps impassible devant la feuille et les explications de Shun et June.

-... Non mais c'est trop compliqué et trop tordu vos trucs de kanji, finit-il par répondre. Si je dois écrire mon prénom en japonais, ce sera simplement et puis c'est tout. Je suis pas aussi intelligent que vous et j'ai pas envie de me prendre la tête.

-C'est comme tu veux, fit Shun. Mais permets-nous de t'appeler Kenan, ce sera plus facile que Black Andromeda.

-Fais toi plaisir. Je vais faire un tour dehors... »

Passant par la porte fenêtre pour atteindre la terrasse du manoir, l'ancien chevalier noir qui tournait le dos à l'intérieur du salon, regardait au loin, direction les bois.

Sa vie recommençait du début. Il apprenait à nouveau à dire son prénom, prenait des petits plaisirs de temps à autre, même s'il avait du mal à les partager, et on ne l'abandonnait pas. Et aussi curieux que cela paraissait, il appréciait ce soutien de Shun. Un petit sourire pas du tout narquois se dessinait sur ses lèvres. Peut-être que cette Athéna avait eu raison de les faire revenir à la vie. Et qu'ils auraient eux aussi, les chevaliers noirs, un avenir dans ce monde en paix...


notes de fin: Merci d'avoir lu ce OS et ce recueil. J'ai eu énormément de mal à écrire ce dernier texte. Parce que j'avais aucune idée de ce que j'allais faire de Black Andromeda, même après avoir relu et revu tant de fois l'arc des chevaliers noirs. Même pour le Cygne j'étais tellement plus inspirée. Et puis je suis partie sur cette idée de recommencement avec Shun qui l'aide sans rien demander en retour. Shun tout simplement, gentil, serviable, voulant le bien autour de lui, sans plus et sans ruminer le passé.
J'ai choisi ce prénom après des recherches et en découvrant que c'était le plus simple à prendre, vu les écritures un peu trop complexes des prénoms d'origine turque. Et c'est de là qu'est parti ce délire sur les kanji.
Pour la série que le personnage regarde, je fais référence à un drama que j'aime beaucoup, 3nenB gumi Kinpachi sensei, malheureusement introuvable sous titré en anglais et encore moins en français et qui est juste incroyable et bienveillant sur les thèmes d'adolescence et de société au Japon. Quant au manga avec des recherches de boules et d'aventure, je pense qu'il est relativement très connu...
Enfin, le dernier kanji d'interlude c'est kizuna, le lien, pour conclure ce recueil.
Je vous fais des bisous et à bientôt pour un prochain écrit.