Chapitre 2 : Le commencement

Ce sont des humains ! Je n'en ai jamais vu depuis que je suis ici. Que font-ils ? Pas mal d'entre eux sont armés. Ils déposent des caisses sur la plage et ont l'air de bien s'organiser. Visiblement je ne pourrais pas m'approcher assez de la plage aujourd'hui pour relever mes derniers pièges.
Je détaille chaque homme avec attention quand mes yeux s'arrêtent sur l'un d'eux qui vient seulement de descendre du bateau. Celui-ci n'est pas comme les autres, il a seulement un long sabre en main et donne des ordres. Ce doit donc être l'alpha, le chef de groupe… Il est grand, et porte un chapeau blanc avec des taches noires, il n'a pas l'air si redoutable vu d'ici. Il porte un pull jaune avec des manches noires et un dessin bizarre sur le devant. Son pantalon est bleu, tacheté marron. Lorsqu'il pose le pied sur le sable, il perd l'équilibre et râle « Aah je déteste ça ! ».

- Eh bien, il m'a l'air dégourdi celui-là, remarquais-je d'un air moqueur.

Pourtant, quelque chose chez lui m'intrigue. Son look ? Son côté mystérieux ? Sa maladresse ? Je ne sais pas vraiment...

Les hommes commencent à déballer les caisses d'où ils sortent des pièces de nourriture énoooOOoormes !

- Waaaaah !

Le capitaine ordonne à certains de ses subalternes d'aller chercher du bois. Plusieurs d'entre eux viennent dans ma direction. Mieux vaut que je sois discrète, je vais aller chasser de l'autre côté de l'île et je reviendrai plus tard.

Je n'ai pu trouver que des insectes à me mettre sous la dent et ce n'est pas ce que je préfère mais je fais une overdose de fruits !
Il fait nuit à présent. En retournant vers mon nid douillet, une bonne odeur venant de la plage parvient jusqu'à mon nez. Mes compères venus de la mer ont fait un feu pour y cuire de gros morceaux de viande. Ça a l'air délicieux ! Je salive et décide de me poster dans un arbre pour les observer. Peut-être qu'ils laisseront un morceau avant de remonter dans leur bateau.

Le chef fait soudain régner le silence sans trop de mal et prend la parole :

"Bon, nous allons faire escale ici deux nuits maximum. Nous devons trouver de la nourriture et explorer cette île avant de repartir... En attendant, Messieurs, que la fête commence."

Les hommes hurlèrent de joie si fort que je tombais de mon arbre ! Je jetais un coup d'œil à l'équipage qui ne semblait pas m'avoir repéré. Heureusement, leurs voix ont couvert le bruit de ma chute. En reprenant ma place, j'eus un frisson en sentant une tension étrange, le chef de clan regarde dans ma direction. Il ne peut pas m'avoir entendue, si ?! Je me colle contre le tronc et ne bouge plus pendant un moment, j'attends que cette pression écrasante disparaisse. Quand je me retourne discrètement, il regarde ailleurs. J'ai dû halluciner…

00h00... 1h... 2h… 3h…

Ils ne dorment donc jamais ?! Je vais me coucher, tant pis pour la viande !

Ce matin, un sifflement me sort de mon sommeil. À côté de mon bras se trouve un serpent bleu, ni une ni deux, j'attrape le couteau sous mon oreiller et cloue la tête du serpent au sol. C'était juste ! Avec tout le vacarme des hommes, je suis partie me coucher agacée et j'ai complètement oublié de bloquer les entrées ! En parlant des hommes, quelqu'un arrive par ici ! Ils ne doivent pas découvrir ma cachette ! Je vais les attirer vers l'ouest où la forêt est plus dense, il est facile de se perdre là-bas. Je descends de mon arbre et parcours plusieurs mètres avant d'imiter le cri d'un puma. Comme je l'ai pensé, les humains se mettent à me poursuivre mais personne ne peut me rattraper sur mon propre territoire ! Je reproduis mon cri à plusieurs reprises pourtant ça les attire toujours … ils sont bêtes ces hommes !

Cela fait 2h que je les fais marcher, c'est amusant mais nous sommes assez loin maintenant, arrêtons ce jeu. Ils grognent, même injurient les lianes et les arbustes épais qui les griffent et les empêchent d'avancer. Bon eh bien, voilà une bonne chose de faite ! Je n'ai plus qu'à rentrer et me préparer pour aller chasser. Il est facile pour moi de me déplacer car je passe par les arbres. Je serai donc chez moi en moins de deux !

Un garçon aux cheveux rouges se trouve sur mon chemin, il doit avoir 15-16 ans. Un visage fin et des yeux émeraude, il est musclé. Que fait-il ici ?... Il a l'air extrêmement concentré. En observant mieux, je remarque une lueur dans sa main qui devient de plus en plus forte. Lorsqu'il tourne sa paume vers le ciel, une flamme en jaillit ! C'est de la magie ?! Un sursaut me fait perdre légèrement l'équilibre sur ma branche mais je me rattrape aussitôt. Il m'entend et d'un geste brusque, presque incontrôlé, lance la flamme dans ma direction. Je n'ai pas le temps d'esquiver et la prends en plein sur l'épaule gauche. Je m'en vais de branche en branche.

Comme je le pensais, le garçon ne m'a pas suivi, il avait l'air d'être aussi effrayé que moi.

Je suis salement amochée. Ma maison est à quelques mètres maintenant. Il n'y a aucun bruit, seulement le vent qui passe difficilement entre les touffes de feuilles des arbres. Pourtant, je parcours tout de même les derniers mètres avec prudence. En entrant, je sens une délicieuse odeur que je ne reconnais pas et mon sixième sens me met tout de suite en alerte. Quelqu'un est venu ici ! Peut-être que cette personne est encore aux alentours ! Je sors faire une ronde, mon poignard à la main. Une heure après, je pose des pièges. Personne, je dis bien PERSONNE ne doit approcher de ma cabane ! À l'intérieur, je garde un objet très précieux pour moi. C'est un anneau en métal noir avec une pierre violette. Il était à mon cou lorsque je suis arrivée ici. Malheureusement, le collier s'est cassé avec l'usure et à cette époque, mes doigts n'étaient pas assez gros pour porter ce bijou. Depuis, je garde celui-ci très précieusement dans une boîte. Quelque chose m'empêche de me séparer de cet anneau mais je ne saurais dire pourquoi… Peut-être parce que c'est la seule chose que j'avais sur moi à mon réveil ?

Mes pièges sont enfin installés ! La nuit commence à tomber, je n'ai toujours pas mangé, je suis sale et je n'ai pas désinfecté ma plaie à l'épaule qui me fait souffrir de plus en plus… Il est temps de prendre un bain reposant dans ma petite clairière préférée !

La lune est déjà visible et l'eau reflète son éclat. J'enlève mes habits fabriqués en peaux de bêtes, une bande large pour le haut et un short pour le bas. Une fois dans l'eau, je ne peux m'empêcher de soupirer de soulagement. Je nage un peu puis nettoie ma blessure sous l'eau, mais il va falloir beaucoup plus que ça pour guérir… J'irais chercher des herbes après ! Mon corps prend soudain conscience de la température de l'eau et un frisson me parcourt l'échine.

« C'est sûr que l'eau doit être froide à cette heure-ci … » me dit une voix rauque derrière moi. Je cherche la personne qui me parle et aperçois le chef des hommes sur la berge. J'évalue rapidement la situation. Ma dague est avec mes vêtements sur le rivage, c'est-à-dire à côté du mâle, mon épaule gauche bouge de moins en moins bien du fait de la douleur et la clairière est un endroit fermé d'où je ne peux m'échapper qu'en passant derrière lui. Mais à part ça, tout va bien ! Je lui demande :

« Qui es-tu ? C'est mon territoire !

- Ton territoire hein ? Alors la cabane est à toi ? Tu es toute seule ici ? demande-t-il d'un air intéressé.

- Ça ne te regarde pas !

- Pas aimable, jeune fille.

- Tu pensais peut-être que j'allais te répondre gentiment alors que tu es entré chez moi sans demander ?! rétorquais-je sèchement.

- Ce n'est pas que je « pense » que tu vas me répondre mais plutôt je « sais » que tu vas me répondre. Ne t'inquiètes pas j'arriverai à te faire parler. » rigole-t-il avec un sourire en coin et un air si sûr de lui que ça m'énerve.

« Jeune fille, tu dois surement savoir des choses sur cette île et tu dois pouvoir m'aider, je cherche des tré-

- Je ne sais rien !

- Tu ne m'as même pas laissé le temps de finir de te dire ce que je cherche … Allons, sors d'ici pour qu'on parle tranquillement.

- Non.

- S'il te plait.

- Va-t'en !

- Très bien. Tu ne me laisses pas le choix. » Il soupire et lève sa main en face de lui, paume vers le sol. Un cercle bleuté apparaît alors et s'étend jusqu'à moi. Qu'est-ce que c'est que ça ? Je vais mourir ?! Un sentiment de panique m'envahit alors que la sphère arrive jusqu'à moi mais mon calme revient rapidement. Je ne ressens aucune douleur … Il retourne sa main et bouge légèrement ses doigts en prononçant « Shambles ». En un clin d'œil, je me retrouve téléportée hors de l'eau, juste à côté de lui.

« Qu-que-QUE-QU'EST-CE QUE TU VIENS DE FAIRE ?!

- Quoi, c'est la première fois que tu vois ça ?

- C'est de la magie ! Comme le garçon aux cheveux rouges ! » À ce souvenir, je touche brusquement mon épaule brûlée et grimace. La sphère bleutée qui nous entoure disparaît et il se met à me détailler de haut en bas. Je réalise enfin que je suis nue et me cache le corps autant que possible. Il rigole.

« Ne t'inquiète pas, j'en ai vu d'autres. Mais il faut avouer que pour une gamine tu es plutôt … Hmm-hmm, tousse-t-il. Enfin bon ! J'imagine que c'est Ash qui t'a fait ça. Il faut l'excuser, il ne maîtrise pas encore très bien son pouvoir. Je suis médecin, je peux te soigner si tu ve-» Je ne lui laisse pas le temps de finir sa phrase, en un mouvement, j'attrape mes affaires que j'enfile rapidement et me dépêche de fuir. Malheureusement, une deuxième sphère se forme et je me retrouve de nouveau à ses côtés.

« Tu es très agile, je te félicite. Mais je te l'ai dit, je ne te veux aucun-.. » Il esquive, sans mal, le coup de dague que je lui envoie.

Fuir ou se battre. Je ne peux visiblement pas fuir alors autant tenter la seconde option !

Il esquive un deuxième puis un troisième coup de dague, je n'arrive pas à le toucher ! C'est comme s'il prévoyait tous mes mouvements ! Il sourit et esquive tout en continuant de me parler.

"Tu es vraiment agile ! Où sont tes compagnons ? Vous ne devez pas être très nombreux je n'ai trouvé qu'une cabane. Depuis combien de temps -oh là, fais attention, celui-là est passé tout près de ma joue !- depuis combien de temps vivez-vous ici ?" Il marque un silence. Je ne réponds pas et cela lui fait perdre son sourire en coin. En une seconde il disparaît puis réapparaît derrière moi pour m'attraper le bras blessé et me le tordre dans le dos. J'étouffe un cri de douleur.

"Eh bien, une fille qui ne crie pas..? Tu dois pourtant avoir mal, vu ta blessure..." Me souffle-t-il avant de se pencher sur le côté pour contempler ma brûlure.

J'ai beau lutter, je suis fermement maintenue par ses grandes mains ! Il me fait lâcher mon couteau et approche sa joue près de la mienne pour me redemander :

"Très bien. Je pense que maintenant tu dois être disposée à répondre à mes questions ?"

Je crache par terre en signe de refus.

"Pas très élégant pour une demoiselle. Ne me force pas à être méchant avec une fille...

- Pff !

- Bon eh bien c'est toi qui décides."

D'un petit coup sec, il pose sa main sur ma blessure et commence à appuyer.

"Toujours pas de cris ni de réponses...

- Va te fai-...!"

Il appuie sur ma blessure avec plus d'insistance.

La douleur est horrible mais je balance mon pied en arrière pour aller le frapper entre les jambes. Il me lâche et lance un juron alors qu'il est plié en deux. C'est le moment ou jamais de déguerpir ! Je me dirige vers ma cabane où je pense qu'il tombera forcément dans un de mes pièges. À peine une minute après être arrivée, le cruel -mais beau il faut l'avouer- alpha était à ma porte. Il est rapide !

"Ce n'est pas possible, comment as-tu fait pour passer mes pièges ?!

- Seul un animal dénué d'intelligence tomberait dans des pièges aussi grossiers tu sais."

Il parcourt des yeux la petite demeure : "Je n'ai pas eu le temps de m'y arrêter très longtemps tout à l'heure car mes hommes se sont perdus à l'ouest d'ici en suivant un puma et j'ai dû aller les chercher. Ça ne te dit rien ?" Je ne peux m'empêcher de sourire. Il est perspicace en plus ! Soudain son regard se porte sur la petite boîte posée à côté de mon lit derrière moi.

"Qu'est-ce que c'est ?

- N'Y TOUCHE PAS !

- Oh.. Ça a l'air précieux… Je vais donc y toucher.

- Si tu y touche-.." Et voilà qu'une nouvelle sphère bleutée apparaît et que la boîte se retrouve dans ses mains.

"Rends-moi cette boîte !" Je me jette sur lui en un éclair et je me retrouve immobilisée par terre, sur le ventre, un grand pied m'écrasant le dos et un bras encore tordu en arrière.

"Allons, allons, calme-toi. Je veux juste voir ce qu'il y a dedans." Il ouvre la boîte. Je le vois s'étonner et rester de marbre.

"Rends-moi cette boîte !" Je n'ai pas le choix, cet anneau est mon bien le plus précieux, il ne doit pas le prendre ! En me redressant d'un seul coup alors qu'il ne s'y attendait pas, j'arrive à le déstabiliser seulement mon épaule, qu'il maintenait fermement, craque sous l'angle inhabituel. Il tombe sur les fesses en heurtant ma table au passage.

« Aïïïïïïïe ! Ça fait mal ! » Râle-t-il. Je récupère ma bague tombée au sol pendant que le mâle se relève en se frottant le dos à l'endroit où il s'est cogné. Il me dit « Cette bague m'intéresse beaucoup. Où l'as-tu trouvé ?

- Elle est à moi, je ne l'ai pas trouvée, je l'avais !

- Elle est à toi ?

- Oui ! » Il s'approche de moi. Je suis mal. Je tiens l'anneau dans ma main gauche, qui tombe le long de mon corps. La douleur de mon épaule engourdit tout mon bras. Mon autre bras doit être déboité, je ne peux plus du tout le bouger. Plus il s'approche, plus je recule. J'arrive finalement dos au mur.

« Tu n'iras pas plus loin. » sourit-il. Je suis bloquée ! Soudain, il perd son sourire et s'arrête en pleine marche en levant très doucement sa main vers moi. Je comprends sa réaction lorsque j'entends siffler à côté de mon oreille. Un serpent de nuit se tient sur mon épaule ! L'alpha tourne la paume de sa main vers le sol. Le serpent observe l'homme qui reste immobile un instant avant de commencer à créer une sphère. Je chuchote rapidement « Non, serpents nuit, pas lumière ! » Il comprend immédiatement et arrête sa magie bizarre. J'essaie de rester immobile mais je sens ma main gauche se desserrer et la bague glisser. Avec le serpent sur l'épaule, je me contracte et la douleur s'intensifie. L'anneau tombe finalement à terre dans un bruit qui me paraît assourdissant.

L'animal n'aime pas du tout ce son. Une sphère bleue s'étend sans que je n'aie le temps de voir ce qui se passe. Je vois seulement l'homme, son long nodachi à la main, et sens le serpent tomber par terre en deux morceaux. Nous restons tous les deux quelques secondes immobiles. Lui, l'épée tendue vers l'avant et un regard gris intense ayant l'air de m'analyser. Moi, encore immobilisée par la peur que je viens de ressentir et la douleur de mes bras ballants... Pourquoi m'a-t-il sauvée ?

"Pourquoi m'as-tu-"

Je ne peux finir ma phrase, ma vision se brouille et tout commence à tourner, la brûlure à mon épaule est désormais de la rigolade à côté de la chaleur extrême qui parcourt mon corps. Mes muscles ! Je les sens comme s'ils allaient se déchirer ! L'homme s'approche et je me laisse tomber lourdement sur les fesses pour attraper, non sans difficulté, la bague tombée à terre.

Je me sens partir. Le chef range son épée et s'accroupit devant moi. Ses lèvres bougent mais je n'entends rien, mes oreilles bourdonnent. La dernière chose que je vois est son regard gris clair souligné par des cernes.

Encore une fois, je serre la bague dans ma main. Il ne l'aura pas ! Il ne l'aura pas ! Il ne l'aura... Mes yeux se ferment tout seul et mon corps est lourd. La fatigue prend le dessus, je perds connaissance…