Chapitre 4 : L'équipage

Je dois trouver un moyen de m'échapper, il y a sûrement un canot quelque part ! En passant la porte, j'arrive dans un long couloir tout en bois. Je longe les murs. Ma démarche est encore difficile. Le couloir tourne tantôt à droite, tantôt à gauche puis il se sépare en trois chemins, je tourne d'un côté puis de l'autre. J'ouvre plusieurs portes qui ne donnent que sur des chambres, des salles vides, des petites pièces … Mais ce n'est pas vrai ! C'est un labyrinthe ! Où est la sortie ?! Je suis perdue … Je vais mourir de faim sur le bateau de ce fou sadique de capitaine pirate médecin.

Je m'arrête un instant pour reposer mes jambes qui tremblent légèrement sous l'effort. Je suis encore faible, je le sais bien. Mais je dois trouver cette saleté de sortie ! Un bruit me sort de mes pensées. Je me redresse doucement et aperçois le garçon aux cheveux rouges qui m'a brûlé dans la forêt. Ses yeux émeraude sont fixés sur moi. Nous restons un instant à nous jauger avant qu'une flamme ne jaillisse de sa main. Je m'enfuis en courant aussi vite que mes jambes me le permettent. La dernière fois dans la forêt, il a attaqué car il a eu peur mais aujourd'hui, il sait ce qu'il fait. Je l'entends derrière moi, il me poursuit et me semble très rapide. Évidemment, quand je cherche une porte il n'y en a plus d'ouvertes !

Une boule de feu me frôle le visage avant de s'écraser contre le mur au bout du couloir. Je tourne et continue à tourner parmi les allées jusqu'à ce que je trouve une porte qui me paraît plus grande que les précédentes. Pas le temps de tergiverser, j'emprunte ce passage et referme derrière moi. Je ne prends pas le temps de détailler ce qui m'entoure. Je vois seulement un meuble à côté de moi et le pousse devant la porte. Je pense que cela devrait l'arrêter quelques minutes. Lorsque je me retourne, je comprends pourquoi cette porte était plus grande que les autres…

Face à moi, une gigantesque salle avec, à gauche, une cuisine ouverte et au centre, une grande table entourée d'hommes qui me fixent.

Ok. Il y a environ trois personnes dans la cuisine et une dizaine autour de la table. Ça pourrait être pire, non ?

Un grand choc écarte le meuble qui retient la porte. Le garçon aux cheveux rouges essaie de rentrer ! Je repousse rapidement la commode et entends au même moment des hommes se lever. Je me mets en position de défense. Mes jambes tremblent. De plus en plus d'entre eux se lèvent. Dans cet état, je ne pourrais même pas battre plus de deux pirates ! Le garçon derrière la porte continue de s'acharner. Je retiens le meuble tout en prêtant attention aux hommes immobiles. Soudain, plus aucun bruit de l'autre côté. Maintenant que le fou en flamme s'est calmé, je me mets en position d'attaque. Seule contre une quinzaine. C'est comme dans la jungle après tout !

Avant que je n'ai le temps de bouger, une de ces satanées sphères bleues apparaît, venant de l'autre côté de la porte. Le meuble est viré en quelques secondes, comme poussé par une force invisible puis la porte s'ouvre en grand pour venir claquer violemment contre le mur. Je suis maintenant encerclée par un capitaine au regard assassin accompagné du gosse aux cheveux rouges et un équipage prêt à bondir au moindre mouvement. Je ne sais absolument pas quoi faire. L'animosité à mon égard est tellement intense que je n'arrive plus à réfléchir. Le stress. L'angoisse. La peur. La colère. Tout ce mélange lorsqu'un des hommes bouge légèrement sa chaise. « … ! »

Une vague vient heurter la coque et me fait sursauter. Je dois me protéger !

Trafalgar porte son regard sur la poche de mon pantalon d'où une légère lueur surgit. Je descends tout doucement ma main vers cette dernière, intriguée, avant que le capitaine prononce mon nom. « Niyal. » Je reprends ma position d'attaque. Son regard s'est adouci, contrairement à tout à l'heure. Il continue tout en s'approchant de moi :

« Écoute-moi. Tu dois te détendre.

- ARRÊTE ! N'avance plus ! » Il s'arrête et me fixe un instant après une légère grimace. Quelque chose dans ses yeux me fait comprendre que visiblement, Monsieur est susceptible et qu'il n'aime pas recevoir d'ordre, mais il s'exécute tout de même alors que la lueur de ma poche devient une véritable lumière. Je n'y prête pas attention, trop occupée à sonder les faits et gestes des personnes autour de moi et surtout ceux du capitaine.

« Niyal. Calme-toi. Personne ne te veut de mal ici.

- Comment veux-tu que je me détende ?! Vous allez me tuer non ?! Je ne te suis pas utile après tout, je n'ai aucune information et tu le sais !

- Je n'ai pas l'intention de te tuer. Si c'était le cas, penses-tu que j'aurais pris le temps de soigner tes blessures ?

- Je … » Il recommence à s'avancer.

« Ou encore, est-ce que j'aurais pris le temps de te nourrir ?

- …

- De te prêter mes vêtements ?

- N-non.

- Voilà. Alors maintenant, calmes-toi. »

Ses mots font retomber doucement la pression. J'abandonne lentement ma position et ma tête se met à tourner. Mes jambes lâchent d'un coup et je me sens tomber avant que des mains me rattrapent. Plusieurs hommes s'étaient précipités pour me rattraper mais les mains qui me tenaient étaient celles de Trafalgar. Il m'installe sur une chaise et regarde mes yeux en m'éblouissant avec une lumière.

Accroupi à côté de moi, il appelle un certain « Bino » qui arrive directement. C'est un homme d'une cinquantaine d'années, grand et costaud, une longue moustache brune, un regard sympa déformé par un large sourire.

« Apporte-lui quelque chose.

- Tout de suite Capitaine ! »

Bino part pour revenir deux minutes plus tard avec une tasse remplie d'un liquide qui sent une odeur que je crois reconnaître. Le vieil homme annonce :

« Et un chocolat chaud pour la princesse ! »

Trafalgar prend la tasse et me fait boire. Je retrouve peu à peu mes esprits.

« C'est… trop chaud, râlais-je.

- Et voilà, la 'princesse' est de retour, rétorque-t-il en soufflant. »

Plusieurs hommes rigolent en ajoutant :

« C'est une fille capitaine, c'est normal ! », « Maintenant qu'on a une fille à bord, j'espère qu'on a des boules quiès sinon on peut dire adieu à nos tympans ! »

Je prends la tasse des mains du capitaine en ayant l'impression que ce chocolat chaud me redonne la patate ! [C'est tellement bon !]

« Hey ! Je ne vous permets pas !

- Quoi ? Tu veux te battre princesse ? Tu trembles comme une feuille ! » me reproche un des hommes en se penchant vers moi. Il est de taille moyenne, il doit avoir 20-22 ans, porte une casquette et des lunettes de soleil. J'allais me lever lorsque Trafalgar intervient.

« Drep, laisse-la tranquille sinon je vais être obligé de m'interposer et tu sais comment ça finira…

- Oups. J'arrête. » dit gentiment le garçon qui fait demi-tour jusqu'à la table pour continuer son repas comme si de rien n'était. Son intervention donne un coup à ma fierté. À croire qu'il me prend pour une chose fragile. Je peux me défendre seule !

« Et si moi je veux continuer ? » demandais-je au capitaine. Tout le monde me regarde surpris. Trafalgar tourne lentement la tête dans ma direction.

« J'en ai découpé beaucoup, pour moins que ça tu sais ? Tu crois que ton petit nez remonté et tes sourcils froncés vont m'empêcher de te corriger ? Garde ton insolence pour toi, gamine. » Il se lève et commence à s'en aller. Je continue de parler mais il ne s'arrête pas :

« Toi qui disais il y a deux minutes que tu ne me ferais rien !

- Cela m'arrive de changer d'avis.

- Alors vas-y ! Crée une sphère !

- Ne me tente pas.

- De toute façon, c'est tout ce que tu sais faire ?! Hein, Trafalgar ! »

En un instant, toute la pièce est entourée par une sphère et l'équipage se recule à l'autre bout de la salle. J'entends des hommes chuchoter « Pauvre petite chose, elle va mourir ! », « Elle est folle ! » et même l'un d'eux me souhaiter « Bon courage ! » rapidement.

Le capitaine s'avance vers ma chaise avec une aura meurtrière. Il relève la tête en sortant son nodachi qu'il avait jusqu'à présent gardé sur son épaule. Son fidèle sourire en coin réapparaît mais cette fois, avec un air tellement sadique que je me mets à frissonner. Je reste scotchée sur place lorsqu'il ouvre la bouche.

« Comme ça, tu sais déjà tout ce que je peux faire avec ma 'magie'… ?

- Je- euh- tu- tu téléportes des objets ! A moins que tu ne me fasses tomber un meuble sur la tête, tu crois que ça peut me faire quelque chose ?!

- Tu as l'air bien sûr de toi jeune fille … »

Il s'arrête alors que la pointe du nodachi arrive sous mon nez. Ça y est, il me fait définitivement flipper.

« Dans ce monde, il existe des fruits nommés 'fruits du démon'. Celui qui en mange un, obtient des pouvoirs surhumains. Moi, j'ai mangé le 'Ope Ope No Mi' ou le 'fruit du bistouri' si tu veux. Ne crois pas que ce fruit ne me sert qu'à téléporter des objets. Si tu y tiens tant, laisse-moi donc te faire une démonstration… » Son sourire s'élargit en même temps qu'il manie, avec dextérité, son épée. Je ne ressens aucune douleur et pourtant, mon corps est éparpillé et flotte, découpé en plusieurs morceaux, au-dessus de la chaise.

« QU-QU-QU'EST-CE QUE- QU'EST-CE QU'IL M'ARRIVE ?!

- L'Ope Ope No Mi me permet de transporter, découper, modeler tout ce qui se trouve dans mes sphères. Par exemple, comme tu peux le voir, je peux te découper en plusieurs petits morceaux sans que tu meures. Je pourrais t'enlever un organe et le garder dans un endroit secret ou même coller un morceau de ton corps sur un tonneau ou, tiens, et si je mettais ta tête au milieu de la table ? Hm… Non tu serais trop bruyante.

- Recolle-moi ! Recolle-moi !

- Des excuses.

- Gr…

- Et si je te recollais dans le mauvais sens ? Un bras à la place d'une jambe ce n'est pas si terrible, si ?

- Je m'excuse ! Je m'excuse ! » En un instant, je suis de nouveau assise sur ma chaise et mes membres sont replacés à leurs endroits habituels. Je souffle de soulagement.

« J'accepte tes excuses mais tu sais maintenant ce qui t'attend si tu me manques encore une fois de respect. » Je ne réponds pas, trop occupée à me demander s'il est humain ou démon. Il ajoute avant de partir : « Et, dernière fois que je te le dis, appelle-moi Capitaine. »

Un grand silence s'installe après son départ. Moi, fixée sur ma chaise, éberluée et les hommes au fond de la salle qui me regardent avec pitié et compréhension. Bino s'avance en premier vers moi : « Est-ce que ça va ?

- Je …crois que oui… Je suis bien en un seul morceau dis-moi ?!

- Hahaha ! Oui ne t'inquiète pas ! Notre capitaine a l'air sadique mais il ne ferait pas de mal à une jeune fille.

- Il m'a découpé !

- Oui, vu comme ça, c'est vrai qu'on pourrait le prendre pour un fou vraiment sadique. Mais, ça ne t'a pas fait mal pas vrai ?

- … Non… Mais je me sens vaseuse encore une fois…

- Tu veux un autre chocolat chaud ?

- Je peux vraiment en avoir un autre ?

- Mais bien sûr princesse ! » rigole-t-il. Il part en préparer un nouveau et je reste seule avec le reste de l'équipage qui me fixe. Le deuxième à s'approcher de moi est le garçon avec les lunettes de soleil, Drep.

« Bien fait pour toi ! Moi non plus tu ne m'auras pas avec tes beaux yeux verts et ton visage d'ange ! Tu n'es pas une princesse mais une sale mioche de la jungle !

- Et toi alors ! Pourquoi tu te caches derrière tes lunettes noires ?! Tes yeux sont si horribles que ça ?! Je suis sûre qu'ils sont tous petits et que tu louches !

- Mon regard est tout ce qu'il y a de plus normal !

- Ah ouais ?

- Ouais !

- Alors montre si tu l'os… Mhmm… Cette odeur… Du chocolat ! » Bino arrive avec mon second chocolat. Drep surprit me demande :

« Mais qu'est-ce que tu es ? Un chien ?!

- Drep, arrête d'embêter la princesse. » dit le cuisinier en me tendant la tasse que j'attrape sans attendre. Je tire la langue à l'homme à lunettes avant de boire une gorgée de mon chocolat.

« Regarde Bino ! Tu as vu ça ?! Je vais la tuer cette pseudo princesse ! » Il allait me sauter dessus lorsqu'un homme d'une vingtaine d'années le rattrape par le bras.

« Ça suffit Drep. Ce n'est pas une manière de parler à une jeune femme.

- Lâche-moi Zayn ! Ce n'est pas une femme mais une mioche !

- Veux-tu que j'appelle le Capitaine ?

- … Non non ça va j'arrête ! » Il me regarde une dernière fois avant de retourner manger. Je lui tire à nouveau la langue.

« Ça vaut pour toi aussi jeune fille. » me prévient le fameux Zayn en s'approchant de moi.

« Je n'ai pas peur de Trafalgar !

- Tu en es sûr ?

- Oui !

- Oh Capitaine ! Vous avez oublié quelque chose ici ? » Je me retourne d'un coup vers la porte et tout le monde se met à rigoler. Aucune trace du capitaine dans l'entrée. Il se moque de moi ! Ce 'Zayn' est grand et élancé, brun avec des cheveux en bataille et un visage assez carré. Il a l'air d'être d'une autre trempe que tous ceux qui se trouvent dans cette salle. Avec une allure négligée, il est tout de même attirant et je remarque un tatouage, dépassant de sa chemise entrouverte, qui s'étend de son cou jusqu'à sa poitrine mais je ne peux deviner ce que c'est. Il rigole et se penche vers moi, les mains dans les poches en me fixant de ses yeux turquoise.

« Vu ta réaction, es-tu sûre de ne pas avoir peur du Capitaine ?

- … ! » Je finis mon chocolat chaud d'une traite et me lève d'un bond.

« Je n'ai peur de PERSONNE ! Vous voulez tester ?! Je vous attends ! » Un silence se fait entendre suivi par quelques rires dont celui de Drep qui se relève de table et demande à Zayn :

« Tu as entendu c'est un défi qu'elle lance ! Je peux donc le relever sans aucun problème maintenant, n'est-ce pas Zayn ?! » Je fais face à l'homme de deux têtes de plus que moi. Sans détourner son regard du mien, le géant répond :

« Tu as mon autorisation Drep. Après toi. » Il se met sur le côté et d'un coup je me retrouve devant l'homme à lunettes qui me saute dessus. J'ai à peine le temps d'esquiver que son poing frôle ma joue d'où un petit filet de sang coule. Il enchaîne les coups que j'esquive avec de plus en plus de mal.

« Alors c'est tout ce que tu sais faire ?! »

J'attrape son bras en plein élan et lui donne un coup dans le ventre. Il rigole et me renvoie un poing qui me fait voler à l'autre bout de la pièce.

« Finalement, tu parles beaucoup mais tu es encore une gamine. Tu ne sais pas te battre ! »

Bino et d'autres crièrent « Arrête ça maintenant ! », « Tu vas la tuer. Vas-y doucement, elle est encore faible et c'est une fille ! » mais Drep rigole :

« Elle a voulu nous prouver sa valeur… Je lui donne une chance de le faire ! »

À ces mots, je m'énerve. J'ai tellement mal, ma tête s'est littéralement fracassée contre le mur. Mes jambes ne répondent pas et mes bras sont lourds ! Je glisse ma main dans ma poche pour y trouver ma bague. Un sentiment étrange me dit de ne pas mettre cet anneau mais je le fais quand même. Mon cœur ralentit. Un instant, j'ai l'impression que le temps s'est arrêté. Je ne ressens plus aucune douleur. Une légère brise vient me caresser la nuque. C'est agréable. Jusqu'ici, je n'avais pas senti qu'un hublot était ouvert. Non, pourtant ils sont tous fermés… D'où vient ce courant d'air ?

Drep m'arrive dessus désormais, je ne peux pas bouger. Je me résigne à la défaite et ferme les yeux.