Chapitre 9 : Un petit pas
Trois semaines se sont écoulées. J'ai fait connaissance avec tout l'équipage et nous entretenons de bonnes relations. Bino me cuisine des bons plats et me met tous les soirs un carré de chocolat Zayn est très gentil Ash n'est plus hostile envers moi, on joue même tout le temps ensemble Pito est toujours si mignon que je ne peux rien lui refuser, je joue souvent avec lui aussi ; Drep est fidèle à lui-même, nous nous chamaillons régulièrement. En ce qui concerne Trafalgar, il a finalement réussi à me pardonner pour ma boulette. J'ai été de corvée de plonge pendant une semaine. Honnêtement, je ne comprends même pas pourquoi on doit manger dans des assiettes, on peut manger avec nos mains et adieu la plonge ! Mais non, d'après 'Monsieur Trafalgar', il n'y a que les bêtes qui mangent comme ça.
Aujourd'hui encore, je rejoins Ash. On joue souvent pour passer le temps. Ce matin, le but du jeu est qu'Ash me rattrape.
« Aller Ash la Flammèche ! Rattrape-moi si tu peux !
- Ne m'appelle pas comme ça ! Tu vas voir si je t'attrape ! »
Je commence à connaître le bateau et m'oriente de plus en plus facilement. Un coup à droite, deux coups à gauche ! Je vais le semer ! Soudain, je vois un homme débarquer au bout du couloir. Je suis en plein élan, c'est mauvais ! Je dois m'arrêter !
« ATTENTION ! »
L'homme ne réagit pas assez vite, j'essaie de freiner. Heureusement, j'ai réussi à m'arrêter à temps ! Ce dernier me dit de faire attention et Ash me rejoint.
« Joli freinage ! On continu la course ?
- Merci ! Oui allons-y ! »
Je me remets à courir mais quelque chose me pique dans le pied. Je m'arrête.
« Qu'est-ce que tu fais Niyal ?
- Quelque chose me pique…
- C'est peut-être une épine, tu marches toujours pieds nus sur le plancher du bateau. C'est possible.
- Ah oui ! Je la vois, elle est là ! criais-je.
- Enlève-là.
- Je n'y arrive pas.
- Tu veux que je la brûle ?
- Tu peux ?
- Mais non voyons, je disais ça en rigolant ! Si je fais ça, je vais te cramer le pied. Non, va voir le capitaine.
- Non ! Ça va mieux, répliquais-je immédiatement.
- Ça risque de s'infecter.
- Mais non !
- Tu es une vraie tête de mule !
- Je te dis que ça va ! Continuons de jouer ! »
Nous jouons jusqu'à l'heure du déjeuner. Mon pied me fait mal mais je refuse d'aller voir Trafalgar ! Depuis mon arrivée ici, il m'a répété de mettre des chaussures, même s'il n'y en avait pas exactement à ma taille, simplement pour protéger mes pieds. Les semaines ont passés et je lui ai répété « Toujours pas de problèmes avec mes pieds et pourtant je n'ai pas de chaussures ! Je te l'avais dit, ça ne sert à rien ! » alors, si je vais le voir pour lui dire que j'ai une épine dans le pied… J'entends déjà le « Je te l'avais dit ! » et je déteste avoir tort.
Le repas se déroule dans la joie comme d'habitude et je passe le reste de l'après-midi à me reposer dans la cabine d'observation. J'aime beaucoup cet endroit. Ash s'entraîne avec Drep et Pito aide Bino, je suis donc tranquille un moment. Je m'endors paisiblement en regardant le ciel par les grandes fenêtres.
C'est Pito qui vient me réveiller en me sautant sur le ventre. Le soleil est haut dans le ciel maintenant.
« Pito ? Quelle heure est-il ?
- 17h ! Tu as bien dormi ? Je t'ai laissé dormir mais ça fait longtemps que je suis là !
- Oui, merci Pito. »
Je lui caresse la tête gentiment et j'aperçois une tâche à l'horizon. Le blondinet suit mon regard et hurle :
« UNE ILE ! UNE IIIIIIILE !
- Heeey ! Pito calme toi ! Tu viens de me boucher une oreille !
- Il faut aller prévenir les autres !
- Oui, allons-y. »
On rejoint la salle centrale et Pito, surexcité, crie la bonne nouvelle dans toute la pièce. Trafalgar vient nous voir.
« Dans quelle direction est-elle ?
- A l'Est d'ici.
- Ce doit être l'île de Braham's. Montrez-moi. »
Sur la route jusqu'à l'observatoire, je boite de plus en plus. Elle est gênante cette épine ! Mais je ne dois pas laisser voir à Trafalgar que j'ai mal. Une fois dans la cabine, il observe l'île au loin et confirme qu'il s'agit de celle qu'on cherchait.
« Préparez-vous à accoster !
- Oui Capitaine ! »
Tout le monde part accomplir sa tâche et je décide de remonter dans la cabine pour observer les hommes s'agiter mais Trafalgar m'arrête.
« Niyal. Suis-moi.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Suis-moi. »
Il va peut-être me donner une mission à faire ?! Trop cool !
Nous arrivons à l'infirmerie. A peine rentrés, il me soulève pour m'asseoir sur le lit. Il pose alors délicatement sa main sur mon torse en me regardant de ses yeux gris. Mon cœur bat comme jamais avant. Puis, en un geste sec, il me pousse sur le matelas. Je me retrouve allongée sur le lit, le pied soulevé.
« Qu'est-ce que tu fais ?!
- Je regarde pourquoi tu boîtes.
- Je ne boîtes pas !
- Si. Et j'étais obligé de faire ça sinon tu ne m'aurais pas laissé t'examiner, pas vrai ? [Il observe mon pied et en quelques secondes, son fidèle sourire en coin apparaît.] Tiens, tiens, serait-ce une épine ? Nooon, impossible ! Tu n'avais pourtant pas de chaussures…
- Pff ! Eh bien vas-y, dis-le !
- Quoi donc ?
- « Je te l'avais dit » …
- Pourquoi est-ce que je dirais ça ?
- Pour te moquer de moi. »
Il touche mon pied et je me mets à rigoler.
« Arrête de bouger !
- Mais c'est plus fort que moi ! »
[…]
« 10 min pour enlever une écharde ! T'es vraiment chiante comme patiente.
- Je voudrais bien t'y voir toi !
- Je ne suis pas chatouilleux, affirme-t-il en continuant les soins. Dis-moi, quand est-ce que tu as eu ça dans le pied ?
- Ce matin quand je jouais avec Ash.
- Tu es tout le temps avec lui maintenant… Ça a commencé à s'infecter mais rien de grave. Attention ça pique un peu. »
Il désinfecte la plaie et me met un pansement.
« Voilà. Ça devrait aller. On te trouvera des chaussures sur l'île.
- Est-ce que l'homme qui connaît la légende de ma bague sera là ?
- Je l'espère. Si tu veux te reposer, tu as encore le temps avant qu'on arrive.
- Non j'ai dormi tout l'après-midi.
- Eh bien, tu peux aller voir si Drep a besoin d'aide en salle de contrôle ?
- Oui.
- Oui qui ?
- Oui Trafalgar. [Cette fois le sourire en coin était le mien.]
- Ne me provoque pas, je pourrais-
- Oui Cap'taine !
- Bien. »
Nous sortons de l'infirmerie et nos chemins se séparent. Je commence à partir avant d'être interpellée.
« Ah, Niyal ! J'allais oublier ...
- Oui, quoi ?
- Je te l'avais dit."
Il sourit et me tourne le dos en partant. Grr !
Alors, la salle des machines … Trouvée ! La porte en métal, contrairement aux autres qui sont en bois, est lourde à pousser. A peine quelques secondes après être entrée, une forte odeur de brûlé vient me chatouiller les narines. Drep est là, la tête dans une machine, en train de bricoler.
« Qui est là ? Oh peu importe, passe-moi la clé à molette s'il te plait !
- Qu- euh …
- Elle doit être dans ma boîte à outils. »
Une clé à molette … Une clé à molette … Il y a trop d'outils dans sa boîte, je ne sais pas lequel c'est. Peut-être que si j'en prends un au hasard pour lui donner … Essayons ! Le mécanicien prend l'outil sans sortir la tête de la machine puis il demande :
« Niyal, qu'est-ce que tu fais là ?
- Oh ! Comment sais-tu que c'est moi ?
- Tu es la seule sur ce bateau qui ne sait pas à quoi ressemble une clé à molette. »
Lorsqu'il sort la tête de sa machine, je rigole.
« Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- Tu es tout noir ! »
En plus de ses lunettes, qu'il à toujours sur le nez malgré la salle assez mal éclairée, son visage est couvert de crasse. Il se frotte le visage et s'apprête à enlever ses lunettes avant de s'apercevoir que je le regarde, il se tourne.
« Alors c'est vrai ? Tes yeux sont si moches que tu n'as pas envie de les montrer ?
- Tais-toi pseudo princesse ! Ne dis pas n'importe quoi !
- Montre ! Je veux les voir ! Donne-moi ces lunettes ! »
Commence alors une lutte acharnée entre nous deux. Finalement, je réussi à apercevoir un œil avant qu'il ne remette ses lunettes.
« Tu- Tu as vu ?! Eh bien, vas-y tu peux te moquer… J'ai l'habitude.
- Pourquoi ?
- Ne fais pas semblant. Tu as vu leur couleur pas vrai ?
- Oui et justement je ne comprends pas pourquoi tu les caches ?!
- Ils sont moches.
- Pas du tout ! Enlève-moi ça ! »
Je lui prends rapidement ses lunettes et je vois enfin deux yeux parfaitement dessinés, d'une couleur orange jaune tellement pure que ça m'en donne des frissons.
« Rends-moi ça ! Et ne me regarde pas comme ça ! Ne me regarde pas du tout !
- Ils sont magnifiques !
- Pas du tout ! Ce sont des yeux de monstres.
- Mais non ! Pourquoi tu dis ça ?!
- Parce que ce n'est pas une couleur fréquente dans les yeux d'une personne ! Déjà petit, mes camarades avaient peur de moi. Dans mon village et partout où j'allais, on me disait que cette couleur n'était pas normale et que ces yeux étaient maudits. "Un regard qui peut percer tous les secrets" ou "un regard qui peut glacer sur place". Les gens s'en donnaient à cœur joie d'inventer des légendes toutes plus absurdes les unes que les autres... En attendant, moi je restais seul. Alors j'ai mis ses lunettes de soleil pour les cacher en espérant me faire des amis. A part le capitaine et toi, personne n'a vu mes yeux.
- Tu es débile.
- Répète-ça pseudo-princesse ?!
- Tu es déjà ami avec les personnes qui se trouvent sur ce bateau non ? Depuis combien de temps es-tu là ?
- Environ 7 ans maintenant…
- Penses-tu que ces personnes arrêteront d'être amies avec toi après 7 ans, juste parce que tu as les yeux orange ? Non ! Je pense qu'ils seraient heureux de te voir sans lunettes. En plus, ça te permettrait de montrer ta confiance envers eux ! …. Tu as fini avec ta machine ?
- Oui, pourquoi ?
- Alors viens avec moi ! »
Je le traîne par le bras pour l'emmener jusque sur le pont.
« Hééé ! Les gars ! Regardez qui est là SANS LUNETTES ?! C'est DREP ! Et oui !
- Quoi ? Drep sans lunettes ? Je veux voir ça !
- Moi aussi ! »
Tous les hommes abandonnaient vite leurs tâches pour s'approcher de nous. Je gardais les lunettes en main, derrière mon dos. Drep me regarda en colère et en me suppliant de lui rendre ses lunettes avant que les autres n'arrivent mais c'était trop tard. Le binoclard se cachait alors les yeux. Deux hommes criaient :
« Allez les gars, attrapez-lui les mains ! Aujourd'hui, on va voir le plus grand mystère qui règne sur ce bateau ! »
Une fois ses mains immobilisées, il ferma les yeux en ayant l'air fier de son action.
« Ha ! Ha ! Vous ne pouvez pas voir si je ferme les yeux ! » Un long silence s'en suivit et Pito arriva devant Drep pour lui demander timidement.
« Grand frère, tu n'as pas confiance en nous ?
Drep : Bien sûr que si Pito !
Pito : De quoi as-tu peur ?
Niyal : Cet imbécile pense que vous le rejetterez après avoir vu ses yeux.
Pito : Tu es bête.
Homme : Qu'est-ce que tes deux yeux peuvent changer à notre relation, hein Drep ?
Hommes : Oui ! C'est vrai ! Tu es bête ! »
Trafalgar arriva.
« Qu'est-ce que vous faites ?
Homme : On essaye de convaincre le mécano d'ouvrir les yeux ! »
Il sembla perplexe un moment puis s'intéressa fortement à notre petit jeu.
« Ah, très bien. Avez-vous réussi ?
Pito : Non.
Trafalgar : Vous avez besoin d'aide ?
Pito : Non ! Capitaine, s'il vous plaît n'utilisez pas votre fruit du démon. Je veux que Drep ouvre les yeux de lui-même. Si ce n'est pas le cas aujourd'hui alors j'attendrais qu'il le fasse quand il se sentira prêt.
Drep : Pito …
Hommes : Oui c'est vrai. Pito a raison, on ne peut pas le forcer. En sachant ou non, quelle forme, couleur ou autres choses bizarres ont tes yeux, tu restes Drep quand même. L'imbécile arrogant toujours prêt à nous défendre et nous aider ! Notre ami !
Drep : Les gars …
Hommes : T'inquiètes ! Quand le moment sera venu, tu nous feras signes ! »
Drep les arrêta avant qu'ils ne partent tous.
« Attendez ! Je vais vous montrez.
Hommes : Sérieux ?! Trop cool ! Vas-y, vas-y !
Niyal : Hey minute ! Il lui faut du temps et du courage, il a gardé ce secret pendant longtemps, imaginez comme ça doit être dur pour lui ! Alors laissez-lui le temps !
Drep : C'est bon Niyal. Je suis prêt. »
Lorsqu'il ouvrit les yeux, les hommes, eux, ouvrirent la bouche. Un silence s'installa. C'est Zayn, arrivé en dernier, qui s'exclama :
« Eh bah ça ! Je t'ai toujours imaginé avec des yeux de rat, genre tout petits et moches mais là je suis jaloux.
Pito : Ouaaaah ! Grand frère, pourquoi tu les cachais ?! Ils sont trop cooool !
Drep : Vous ne trouvez pas ça gênant ou monstrueux ? »
Des rires éclataient et il se reçut des tapes dans le dos et sur les épaules.
« Zayn : T'es un imbécile Drep.
Drep : Hé !
Hommes : C'est vrai ! Ils sont superbes !
Drep : Les gars ...
Trafalgar : Eh bien, j'ai cru que ce jour n'arriverait jamais. Je suis content pour toi Drep.
Drep : Merci Capitaine ! A vrai dire, c'est grâce à Niyal. »
Des matelots vinrent complimenter l'ancien binoclard. Il se mit à avoir les larmes aux yeux, trop enchanté de ne plus avoir à porter ce fardeau et cela fit ressortir encore plus le brillant du jaune orangé. L'équipage rigolait encore avant que Trafalgar, qui souriait également, ordonne à tous, de reprendre leurs postes. Drep, retournait également en salle des machines. Je le suivais et l'assistais en silence pendant une trentaine de minutes.
"Hey Princesse débile ?
- Quoi ?
- Merci.
- 'Pas d'quoi. "
Je souriais et la fin de la journée arriva vite.
L'équipage réunit dans la salle à manger, le capitaine annonçait que tous les préparatifs étaient prêts.
« Nous débarquerons demain matin mais en attendant-
- Quoiii ? QUE demain matin ? Pourquoi attendre ?! Le bateau est déjà amarré !
- Il fait nuit Niyal.
- Et alors ?!
- Ce n'est pas prudent. On ne sait pas ce qu'il peut arriver. Si la marine est là, ce sera encore une autre affaire."
La marine. Je me souviens de l'histoire qu'Ash m'a contée. Ce sont les 'défenseurs de la justice' qui ont quasiment exterminé son village. J'accepte d'attendre gentiment.
"Je disais donc, qu'en attendant, nous avons quelque chose à fêter, n'est-ce pas Drep ?"
Ce dernier n'a toujours pas remis ses lunettes, trop content de pouvoir les enlever en public. C'est grâce à moi alors, que la fête commence ! (Sans trop de saké quand même…)
