Chapitre 12 : Le choix.

Il fait complètement nuit et je n'ai pas de lumière mais mes yeux se réhabituent assez vite à l'obscurité. Je coupe à travers la végétation pour retrouver la cascade plus rapidement. Les arbustes me griffent les jambes, les ronces qui pendent en font de même pour mes bras et mon visage. Je vais essayer de passer par les arbres. Je dois me dépêcher mais les branches ne sont pas sûres, elles sont vraiment fines, je n'ose pas marcher dessus.

Oups… ! A force de faire attention à mes pieds, je n'ai plus prêté attention à mes mains ! J'ai bousculé sans faire exprès un nid de guêpes grises ! Ce dernier se trouve maintenant, par terre, brisé en mille morceaux. Évidemment, au même moment, la branche sur laquelle je prenais appui, s'est cassée sous mon poids pour me faire atterrir juste à côté du nid. En quelques secondes les insectes sont tous sortis. Je n'ai plus qu'à courir ! Les piqûres des guêpes grises font apparaître des plaques rouges qui vous brûlent pendant des jours. Contrairement à leur nom, elles sont jaunes et noirs et ressemblent à des guêpes tout à fait normales mis à part leurs trois paires d'ailes et le dard sur la tête.

Je ne sais pas où je vais mais pour l'instant, je dois trouver un endroit où me cacher ! Ces bestioles sont rapides, elles foncent sur moi comme si elles voulaient me tuer !… Bon, ok, j'ai détruit leur maison. Mais il suffit d'en refaire une autre, quelles rancunières ! Les dards se plantent avec puissance dans les arbres entre lesquels je slalome.

Des buissons d'aspérule odorante ! C'est un très bon répulsif contre les insectes ! Je me jette dedans et attends qu'elles passent. Dépêchez-vous sales guêpes, je n'ai pas de temps à perdre !

Quand je ressors, je ne sais pas où je me trouve. Je suis encore perdue. Mince, ce n'est pas vrai ! Si ça continue comme ça, Trafalgar va y rester ! On se calme. Fais confiance à tes sens Niyal… Une odeur ? De la viande grillée ? Ça va forcément me mener à quelqu'un !

Bingo ! Quelques mètres plus loin, un vieux monsieur finissait de cuir un énorme sanglier. Le vieil homme a réussi à l'attraper seul ? Il est tout petit, maigrichon et n'a pas un cheveu sur le crâne. Ses yeux plissés ne laissent même pas entrevoir la couleur de ses iris. Sa voix est éraillée.

« Bonsoir, Niyal. Comment vas-tu ?

- Tu me connais ? Qui es-tu ?

- Je t'attendais.

- Tu savais que je viendrais ?

- Je sais beaucoup de choses. Trafalgar Law et toi êtes venus sur cette île pour me voir.

- Tu es le fameux ami de Trafalgar ?

- Tu es perdue.

- Oui mais, comment se fait-il que tu saches tout ça ?!

- Veux-tu que je te montre le chemin jusqu'à la cascade que tu cherches ?

- Arrête d'ignorer mes questions !

- Ton capitaine se meurt d'épuisement en ce moment même. Je te redemande, veux-tu que je te montre le chemin ?

- Raaah ! J'ai compris, j'oublie les questions mais indique-moi la route ! grognais-je.

- Alors fais ton choix entre ses deux propositions : je te montre le chemin pour sauver ton capitaine ou je te donne les réponses que tu cherches sur ta bague.

- Montre-moi le chemin évidemment !

- Attention, c'est soit l'un, soit l'autre. Si tu décides de sauver ton capitaine, tu n'auras pas tes réponses mais si tu souhaites des réponses, Trafalgar Law meurt. Que choisis-tu ? »

La vie du capitaine ou les réponses que j'attends le plus au monde.

« Trafalgar est sadique, incompréhensible et parfois arrogant. Il m'énerve. Sans lui, je serais toujours en train de vivre paisiblement sur mon île. Si tout ça arrive c'est de sa faute.

- Alors tu choisis les réponses ?

- Non ! Je refais ma phrase avec les mots justes : Sans lui, je serais restée coincée sur mon île ! Si tout ça arrive c'est grâce à lui ! Il m'a permis de découvrir un monde extraordinaire avec plein de choses que je n'avais jamais vues, entendues, goutées et ressenties. Tout ça en seulement deux mois. Grâce à lui, j'ai des amis maintenant. Il est l'un d'eux.

- Alors tu veux le sauver ?

- Oui… bizarrement, lui plus que tout… Sans hésitation.

- Et si je te dis qu'il n'existe aucune cascade sur cette île ?

- QUOIIII ?! Tu rigoles ?!

- Non. Il n'y a aucune cascade sur Braham's. »

Je m'effondre à genoux. J'ai l'impression que mon cœur devient lourd, comme écrasé par un sentiment angoissant, horrible.

« Que t'arrive-t-il jeune fille ?

- C'est fichu. Il va mourir ? Je ne vois aucune autre fleur capable de soigner une fièvre aussi forte.

- Il n'y a pas de cascade c'est vrai. Mais, j'ai un puits relié à la mer. Les fleurs que tu cherches ont poussé dans le conduit en pierre qui amène l'eau. Si tu plonges, tu pourras en trouver. » me dit-il en me montrant un trou un peu plus loin.

Je m'approche pour regarder dans celui-ci. De l'eau de mer, des pierres, un endroit plutôt sombre, ce sont de très bonnes conditions pour qu'elles poussent !

« Mais l'eau est gelée, tu n'as qu'un short et un tee-shirt. Tu es sûre de vouloir- »

Il n'a pas le temps de finir sa phrase que j'ai déjà plongée, la tête la première. Je confirme l'eau est glacée ! La visibilité dans le conduit est de plus en plus sombre, je n'ai presque plus de souffle. Je dois remonter.

« Ah ! Te revoilà ! J'ai cru que tu étais morte.

- Je n'avais plus de souffle mais j'y retourne ! »

Je n'y vois rien et ça m'empêche d'aller plus profond. Je remonte encore une fois. Mes doigts sont engourdis à cause du froid et mon souffle est court.

« Tu n'abandonnes toujours pas ?

- Non ! J'y retourne !

- Attends.

- Je n'ai pas le temps d'attendre !

- Prends ça. »

Il me lance un pendentif avec une pierre blanche à l'intérieur. J'hésite quelques secondes.

« Qu'est-ce que c'est ?

- C'est une pierre de sélénite. Si ton cœur et tes actions sont vraiment pures, elle te montrera le chemin. »

J'accroche le collier à mon cou et redescend. Je ne vois toujours rien ! C'est une lumière qu'il me faut ! Soudain, la pierre se met à briller. Super, le vieux avait raison ! Son éclat me montre un chemin qui se rétrécit de plus en plus. J'en vois une ! Je vois une fleur ! Elle se trouve dans une petite faille. Je ne peux passer que mon bras dans celle-ci.

Je l'ai dans la main mais mon poignet est coincé entre deux pierres ! Je manque d'air, je n'ai pas le choix, d'un coup sec, je retire mon bras et m'ouvre ainsi le côté de la main. Je suis tellement pressée d'aller soigner Trafalgar que je ne ressens même pas la douleur. Je remonte en faisant très attention à la plante et je sors vite du puits.

« Merci ! C'est grâce à ton collier que j'ai réussi à trouver la plante ! Tiens, je te le rends.

- Non. Je te le donne, il te servira plus qu'à moi, dit-il en fixant mon poignet blessé. Pose ça sur ta blessure. »

Il imbibe un bout de tissu blanc à l'aide d'une petite bouteille qu'il sort de sa poche. J'essaye de nouer le bandeau autour de ma main seulement, mes doigts sont complètement endoloris par le froid. Le vieux m'aide à l'attacher.

« Merci papy !

- Tu es gelée. A ce rythme-là, tu mourras en hypothermie. Viens te réchauffer quelques minutes.

- Non, ne t'inquiète pas, je suis résistante ! Bon, je dois y aller ! » Il me fait un signe de la main alors que je me remets en chemin puis je fais demi-tour.

« Est-ce que tu pourrais juste m'indiquer la route pour rentrer ?

- Décidément ! Tu es une jeune fille étonnante et intéressante ! Rigole-t-il. Suis cette direction.

- Merci ! »

C'est parti !

Le chemin que m'a indiqué le vieux m'a mené directement à la maison en quelques minutes. Je n'étais pas très loin finalement. En ouvrant la porte, Pito me saute au cou puis me lâche quelques secondes après :

« Grande sœur tu es toute trempée !

Ash : Niyal ? Qu'est-ce qu'il t'est arrivée ?!

Niyal : Je te raconterais plus tard. Comment va Trafalgar ?

Ash : Tatsumi le surveille. Sa fièvre n'a pas diminué.

Niyal : J'ai trouvé la fleur qui peut le sauver. Allons-y.

Ash : Attends, tu trembles comme une feuille ! Va d'abord te sécher !

Niyal : Non, ça va ! J'irais après. »

Nous montons et je m'installe auprès de mon capitaine. Il est encore plus blanc que d'habitude, on dirait un fantôme. Sa respiration est toujours trop rapide. Je prépare la plante mais je tremble, mes gestes ne sont pas précis, j'ai trop froid. Je m'énerve et Tatsumi me propose de l'aide.

« Dis-moi ce que je dois faire.

- Coupe la tige en deux puis étale la sève sur un des pétales.

- D'accord.

- Ensuite, tu déchires la pointe du pétale car c'est une partie qui ne se mange pas.

- C'est fait.

- Très bien. Trafalgar ? Tu m'entends ? Si c'est le cas, sers ma main. »

Je place ma main dans la sienne et attends une réaction. Je l'entend souffler quelque chose. Je me rapproche.

« T…. trop …. fr-oide.

- Ah, oui je suis désolée ! Écoute, tu dois prendre ça, c'est une plante qui va te soigner. Tu dois l'avaler. »

Je lui mets le médicament dans la bouche. Mais il ne fait rien. Pito panique :

« Pourquoi est-ce qu'il ne l'avale pas ?

- Il est trop faible. »

Je lui retire le pétale et le mâche moi-même. Ash et Pito se regardent avant de crier de surprise lorsque je me penche sur notre capitaine pour l'embrasser. Cette fois, je sens sa main réagir légèrement. Je lui transfère le médicament prémâché et me redresse. Il avale enfin. Un soupir de soulagement m'échappe. En quelques minutes, sa respiration est déjà plus fluide.

« Ash : Tu as réussi Niyal.

Niyal : Oui, il s'est endormi. Maintenant, on a plus qu'à attendre que sa température baisse.

Ash : Oui mais tu vas aller te sécher d'abord !

Niyal : Non, je veux rester ici pour voir si tout se passe bien.

Tatsumi : Je t'amène ce qu'il faut !

Niyal : Merci ! »

Le jeune serveur m'apporte des serviettes et Pito, des vêtements de rechange. Je remercie les garçons et leur demande de sortir pour que je puisse me changer et que le capitaine se repose. Je suis gelééééée ! Je me déshabille et me sèche rapidement. Quand je me retourne, je trouve Trafalgar, lamentablement immobile dans la même position qu'avant mais la tête tournée vers moi, en train de se rincer l'œil. Je crie et jette une serviette sur sa tête.

« Ne me regardes pas ! Tu devrais dormir ! »

Il ne peut pas bouger alors il ne peut pas enlever le tissu sur sa figure. J'en profite pour finir de me préparer et enfiler des vêtements. Je l'enjambe pour reprendre ma place sur le lit mais je ne me couche pas sous les draps avec lui car il sentirait le froid que dégage encore mon corps. J'entends grogner. Oups, j'ai oublié de retirer la serviette.

« Désolée.

- Pourquoi… ta main … g-lée … ? souffle-t-il encore difficilement.

- Dors, tu as besoin de repos sinon la plante agira moins bien. »

Il grogne encore pour montrer que ce n'est pas la réponse qu'il attendait.

« Ça ne sert à rien de grogner. Je ne te répondrai pas ce soir. Tu dois absolument dormir.

- Réchauffe-toi… sous… la couette.

- On dirait un abruti qui ne sait pas parler, c'est assez rigolo.

- La f-erme. »

Je rigole et me mets sous les draps. C'est vrai que ça fait du bien.

« Tu trembles. Approche…toi.

- Tu vas avoir froid si je me colle trop.

- Ca …tombe bien, j…chaud. »

Je me rapproche et le sens frissonner alors que mes mains entouraient son bras musclé. Il est bouillant et moi gelée. On va peut-être réussir à trouver un équilibre. Ma tête contre son épaule, je me concentre sur le rythme de sa respiration qui se calme de plus en plus. Cela finit par m'endormir…