Chapitre 13 : La vérité

Mon oreiller est doux mais ferme. C'est agréable.

« Tu es réveillée ? »

J'ouvre tout doucement les yeux, aveuglée par un rayon de soleil. L'oreiller est en fait un torse. Celui de mon Capitaine. Je m'écarte rapidement et vient heurter le mur de mon côté. Mon capitaine se redresse sur ses coudes.

« C'est quoi cette réaction ? » dit-il en souriant. Soudain, je me rappelle toutes les émotions d'hier. La peur, le désespoir et le vide ressentis quand j'ai cru que ce sourire allait disparaître étaient atrocement désagréables. Ma vision commence à devenir floue. Des gouttes tombent sur mes joues. Je regarde bêtement au-dessus de moi pour voir ce qui fuit mais je ne vois rien.

« Qu'est-ce que c'est ?

- Des larmes. Tu pleures Niyal. Ça arrive quand tu ressens un sentiment très fort comme de la tristesse. Tu es triste que je sois en vie ? » Rigole-t-il.

Non, ce n'est pas ça. Je commence tout juste à comprendre certaines de mes nouvelles émotions et ça, je sais que ce n'est pas de la tristesse. Au contraire, je suis soulagée. Je lui saute au cou. Les larmes n'arrêtent pas de couler mais pourtant, je me mets à rire. Ses coudes lâchent sous mon poids et il se retrouve de nouveau couché.

« Hey, je rigolais ! Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

- J'ai cru que tu allais mourir !

- Ah…Pff. Rassure-toi, je ne suis pas si fragile. C'est juste que, ça fait assez longtemps que je n'avais pas utilisé mon fruit du démon non-stop, sur une aussi longue durée. Je manque d'entrainement on dirait. Je t'ai tant inquiété que ça ? Tu serais si triste si je mourais finalement. »

Je sentais sa fierté croître en attendant ma réponse et je ne pus m'empêcher de le casser.

« Pas du tout ! Mais qui m'achètera de la nourriture si tu venais à disparaître ?

- Sale gamine, souffla-t-il. En attendant, même si je ne suis pas mort cette nuit, je vais bientôt l'être, Niyal … tu m'étrangles. »

Je le lâche et me mets à genoux à côté de lui, il se redresse et me caresse la tête.

« Allez, calme-toi. Que s'est-il passé pour que tu sois griffée de partout comme ça ? m'interroge-t-il en poussant mes mèches rousses qui tombent devant mon visage.

- C'est hier, quand je suis partie chercher la plante pour te soigner.

- Où ça ?

- En fait, répondis-je en séchant mes dernières larmes, la plante que je cherchais ne pousse que dans l'eau sur les pierres. J'étais donc partie chercher une cascade et j'ai coupé à travers les arbustes et les ronces, après je suis montée dans un arbre et j'ai fait tomber un nid de guêpes grises alors je me suis enfuie. Ensuite, je me suis perdue. C'est là que je suis tombée sur le vieux monsieur qui savait tout.

- Le vieux monsieur qui savait tout ?

- Oui. Il connaissait mon nom et il te connaissait toi aussi. Il savait qu'on venait pour qu'il nous donne des réponses.

- Ah ! Tu as trouvé Gabby alors ? Il faut qu'on se dépêche d'aller le voir pour apprendre des choses sur la bague.

- Eh bien, il m'a demandé de choisir entre toi ou les réponses. J'ai choisi de te sauver. C'est là qu'il m'a montré le puits où j'ai pu trouver la fleur que je cherchais. Du coup, plus de réponses possibles maintenant.

- Quoi ?

- C'était ça où tu allais mourir !

- Pff. Ce vieux singe ne va pas s'en tirer comme ça. On y va.

- On mange avant, non ?

- Mais tu ne penses vraiment qu'avec ton ventre ? »

En disant ça, son estomac crie famine et il rougit.

« AH ! Toi aussi tu as faim ! Tu vois, tu n'es qu'un homme, rigolais-je.

- Tu as raison.»

Il me regarde fixement mais je n'arrive pas à savoir à quoi il pense. Il se rapproche doucement et pose une main sur ma joue.

« Qu'est-ce que tu fais ?

- Je ne suis qu'un homme.

- Trafalgar ? Tu es trop près… Je … euh … ne me sens pas très bien. Enfin, je- »

Il rapproche sa bouche de la mienne jusqu'à ce que je sente son souffle sur mes lèvres. Mes joues s'enflamment et mon cœur bat de plus en plus fort. Je ferme automatiquement les yeux en espérant bizarrement un contact de sa part.

« Je ne suis qu'un homme c'est vrai... Mais un homme sadique. »

Il se recule et je rouvre les yeux. Il me contemple avec un sourire en coin plus que satisfait par ses actes.

« Je ne me lasserai jamais de cette expression sur ton visage, rigole-t-il. Elle m'est réservée. Ne la montre à personne d'autre. »

Il se lève et enfile un tee-shirt avant de quitter la pièce.

Je suis restée immobile pendant un bon moment sur le lit, sans comprendre ce qu'il m'arrivait. Pourquoi est-ce qu'à chaque fois qu'il s'agissait de Trafalgar je ressentais des choses bizarres ? Hier soir j'étais prête à tout, j'ai pensé que ma vie allait s'arrêter si je ne le sauvait pas et ce matin, j'ai même pleuré de joie parce qu'il allait bien.

Après de longues minutes à réfléchir, j'en suis arrivée à la conclusion qu'il était maintenant indispensable dans ma vie. J'ai pensé que c'est parce que nous sommes amis et j'ai essayé de m'imaginer les mêmes situations avec Ash, Bino ou autres mais ce n'était pas les mêmes sentiments. Les contacts avec eux ne me posent pas problèmes et leurs réactions non plus. Alors pourquoi Trafalgar ? Ça m'ennuyait réellement, mais je n'avais pas trouvé la réponse.

C'est mon ventre qui m'a sorti de mes pensées. Je suis maintenant à table, entourée d'un bon petit déjeuner. Je mange comme quatre pour me remettre de mes émotions. Tatsumi rigole.

« Hé bien Niyal ! Quel appétit !

- Hm ! J'ai faim !

- Je t'ai déjà dit de ne pas parler la bouche pleine, dit Trafalgar. Comment va ton père Tatsumi ?

- Bien ! Il est réveillé, tu voudras le voir après manger ?

- Oui j'aimerais beaucoup, répondit le médecin. »

Le père de Tatsumi est un homme d'une quarantaine d'années. Lorsqu'on entre dans la chambre, il s'assit dans son lit.

« Bonjour les jeunes. Entrez, je vous en prie ! Vous êtes mes sauveurs alors faites comme chez vous ! En oubliant pas que c'est chez moi quand même hein ! »

Les cheveux gris et des rides au coin de ses yeux bleus, il paraît charmant et malgré la différence d'âge, il ne peut vraiment pas renier son fils. Tellement obnubilée par la ressemblance, je ne fais pas attention où je marche et vient s'écraser le nez par terre.

« Bonjour Monsieur. Je me présente, je suis Trafalgar Law, capitaine de ces jeunes gens. Voici Pito, Ash et cette catastrophe par terre, c'est Niyal.

- Hey ! C'est qui la catastrophe ?! Moi ?! Fais attention parce que la prochaine fois je te laisse mourir lentement !

- Il n'y aura pas de prochaine fois.

- Ne me tente pas ! »

Le père de Tatsumi se met à rigoler très fort.

« Eh bien ! Calmez-vous les amoureux ! »

Ce dernier mot suffit à nous faire taire tous les deux, incapables de donner une réponse après ça. Le capitaine reprend la discussion avec l'homme.

« Je suis le médecin qui vous a soigné hier. Vous me permettez de vous examiner à nouveau ?

- Oui bien sûr !

- Merci. Vous vous êtes fait mordre par un poisson venimeux. J'ai dû retirer tout le venin de votre sang. Vous allez ressentir des douleurs musculaires pendant quelques jours, comme des courbatures, mais c'est tout à fait normal.

- Comment avez-vous extrait le venin ? Mon fils m'a dit que vous aviez mangé un fruit du démon incroyable ! Je peux avoir une démonstration ?! J'ai toujours rêvé d'en voir un de mes propres yeux ! Dites ?!

- Non. Il doit éviter de s'en servir pendant quelques jours, dis-je en m'incrustant dans la conversation.

- Oh… Je vois. Tant pis pour moi… » Réplique le père, un air déçu que je reconnais bien sur le visage. Et voilà ! Rien à faire, Trafalgar a déjà créé une Room !

« Voulez-vous voir un beau numéro ?

- Oh oui ! »

Il sort son nodachi en un instant, puis le range très rapidement. C'est ça son 'beau numéro' ? Pff c'est pourri. Tatsumi et son père me regardent bizarrement.

« Qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi vous me regardez comme ça ? »

Je comprends quand je vois passer des parties de mon corps devant moi. Trafalgar tient ma tête. Il m'a encore découpé en rondelle !

« Recolle-moi ! Stupide capitaine !

Père : Mais elle est toujours vivante ?!

Trafalgar : Oui. Je contrôle tout ce qui est dans cette sphère. Je peux donc découper toutes sortes de choses, comme Niyal.

Niyal : Je ne suis pas une chose ! Ne m'utilise pas pour des démonstrations ! Recolle-moi, j'ai envie de vomir bw… ! »

Il me recolle et est acclamé par Tatsumi et son père.

« Ne l'encouragez pas ! Pff ! » Je pars bouder dans mon coin. Une bonne douche me fera du bien pendant que ce débile de capitaine continue ses examens.

J'ai mis des nouveaux vêtements. Un short marron et un tee-shirt blanc sans manches. Il fait chaud aujourd'hui !

Je rejoins les autres et Trafalgar demande au père de Tatsumi de garder Pito et Ash pour la journée. Ce dernier avait râlé, il estimait être trop grand pour qu'on le surveille mais le capitaine lui avait rappelé qu'une prime de 120 millions de berry planait au-dessus de sa tête et que des hommes de la marine se trouvaient sûrement sur l'île. Ils avaient donc, tous les deux, interdiction de quitter la maison avant notre retour.

Je voulais montrer à Trafalgar le chemin pris hier mais...

« C'est pas vrai, Niyal ! Ça fait des heures qu'on tourne, t'es vraiment nulle ! On est perdus !

- Je voudrais bien t'y voir toi ! Il faisait noir hier !

- Je ne suis pas sûr que ce soit ça qui pose problème !

- Ah non ?! Et ce serait quoi alors ?!

- Ton manque d'orientation !

- N'importe quoi !

- Alors trouve le chemin ! »

Je sens à nouveau une odeur de viande grillée. Impeccable !

« C'est par ici ! […] Et voilà ! Chemin trouvé grâce à mon formidable cerveau doué en orientation.

- Plutôt grâce à ton nez et l'appelle de la bouffe oui ! »

Je grogne et le vieux nous interrompt.

« Bonjour !

- Gabby… siffle Trafalgar sur un ton 'légèrement' agacé. Il parait que tu ne veux pas répondre à nos questions ?!

- Eh bien figure toi que j'ai changé d'avis.

- Content de le savoir. Ça vaut mieux pour toi.

- Ta copine m'a impressionné hier soir. Son courage et sa ténacité m'ont fait chaud au cœur. Tu as de la chance que je l'aime bien, lui répondit le vieux. Allez, viens ma jolie. Tu dois avoir faim non ? Je suis sûr que cet abruti ne s'en est pas aperçu ! Viens manger, je répondrais à ce que tu veux.

- Fais attention à ce que tu dis vieux crouton ! »

Je m'installe à côté du papy sur des vieux rondins et commence à manger. La viande est saignante et parfumée avec des épices. Son goût est tout simplement délicieux ! Finalement, j'aime bien ce papy !

« Trafalgar : Que sais-tu sur la bague ?

Gabby : Je ne réponds qu'aux femmes.

Trafalgar : Depuis quand ?!

Gabby : Maintenant. Niyal, que veux-tu savoir ?

Niyal : D'abord, qui es-tu ? Et comment savais-tu qu'on allait venir ?

Gabby : Un vieux sage avec des prémonitions à court terme.

Niyal : Ah ok.

Trafalgar : Cette simple présentation te suffit ?!

Niyal : Euh … Quel âge as-tu ?

Gabby : 94 ans.

Niyal : Waah ! Trop vieux ! Je peux encore avoir de la viande ?

Gabby : Bien sûr ma jolie ! Prends-en autant que tu veux.

Trafalgar : Niyal !? Je parlais d'autres questions ! Des questions plus importantes !

Niyal : … ?

Trafalgar : Sur la bague par exemple ?!

Niyal : Ah ! Oui ! Qu'est-ce que tu sais sur ma bague ?

Gabby : Je ne l'ai vu que dans ma prémonition. Est-ce que je peux la voir en vrai ?

Niyal : C'est lui qui l'a. Il ne veut pas que je la touche. »

Trafalgar sort le bijou de sa poche et le donne au vieil homme qui l'examine.

« Gabby : Cette bague est vraiment fascinante.

Trafalgar : Que sais-tu sur elle ?

Gabby : Le métal noir qui entoure la pierre ne se trouve plus tellement de nos jours car c'est un acier qui permet de canaliser des grands pouvoirs et il est, à cause de ça, réquisitionné par la marine pour des expériences secrètes.

Mais, le plus étonnant est la pierre violette, c'est une pierre de Lamitz. Elle tient son nom de la légende du pays de Lami, qui raconte l'histoire de ce dernier. Les lamiens étaient de modestes campagnards altruistes et sages qui ne demandaient rien d'autre que la paix pour tous. Il est dit que les pierres de lamitz étaient données aux habitants par Dieu lui-même et qu'elles leur permettaient de contrôler un des quatre éléments. Le feu, l'air, l'eau ou la terre. La pierre décidait quel élément correspondait le mieux à son porteur. Évidemment, un tel don faisait des envieux avides de pouvoir mais, également des craintifs.

Ces hommes mal intentionnés, sont venus à Lami pour détruire ou voler les cristaux. Les lamiens étant les êtres les plus pacifiques qu'il existe, ils ont refusé de se défendre contre les attaques. La légende se termine ainsi. Personne ne sait ce qu'il est advenu de ce peuple. Certains disent qu'ils se sont enfuis chez leur Dieu, d'autres disent qu'ils ont tous été exécutés. Bref, c'était il y a cinq cent ans après tout.

Niyal : Tu ne crois pas en cette légende ?

Gabby : Si tu m'avais posé la question il y a quelques jours, je t'aurais répondu non. Mais, en voyant cette pierre si particulière, je commence à douter. Est-ce que quelque chose d'inhabituel s'est passée depuis que vous l'avez trouvé ?

Niyal : En fait il s'est passé quelque chose quand je me suis retrouvé coincée la première fois sur son bateau. J'étais entourée par ses hommes, j'ai paniqué et la bague a commencé à briller. Je l'ai mise et c'est comme ça que j'ai failli tuer un des membres de l'équipage. Je ne contrôlais plus mon corps.

Trafalgar : En revanche, elle avait l'air de contrôler l'air autour d'elle.

Gabby : Alors, ce serait une pierre de l'air ?

Trafalgar : Est-ce que tu saurais comment contrôler un tel pouvoir ? »

Je regarde mon capitaine qui reprend l'anneau des mains du vieux en ayant l'air très intéressé par cette histoire. Même un peu trop intéressé en sachant pourtant que c'est ma bague et qu'il va devoir me la rendre. Mais bon, c'est gentil de demander tout ça pour moi.

« Gabby : Non pas du tout. Je te le dis, j'ai encore du mal à croire qu'une pierre comme celle-ci puisse exister. Où l'as-tu trouvé ?

Niyal : Elle est à moi. Je me suis échouée sur une île déserte quand j'étais petite. Je n'ai aucun souvenir de mon enfance et la seule chose que j'avais sur moi était cette bague accrochée à une chaîne en acier.

Gabby : Si elle est à toi, pourquoi est-ce que c'est Trafalgar qui la garde ?

Niyal : Parce qu'il ne faut pas que ça recommence.

Gabby : J'imagine que tant que tu ne la mets pas à ton doigt tu ne devrais pas avoir de problèmes non ?

Niyal : Hey tu marques un point papy ! C'est vrai, je n'ai pas eu de problème quand la bague n'était pas à mon doigt alors je pourrais la reprendre ?

Trafalgar : Tu perds toujours tes affaires, prétexte-t-il rapidement. Est-ce que quelqu'un d'autre que toi, pourrait nous apporter plus d'informations ?

Gabby : Non. Du moins, je ne connais personne qui en soit capable.

Trafalgar : Et… est-ce que tu sais si c'est un pouvoir que tout le monde peut activer ?

Gabby : Pourquoi ? Tu veux piquer la bague de ta copine pour utiliser son pouvoir ? rigole l'ancien. »

Je ricanais, avant de m'apercevoir que Trafalgar ne répondait pas.

« Gabby : Fais attention ma belle, il est vicieux ce gars-là ! Tu ferais mieux de rester avec moi, je te ferais de la viande tous les jours !

Niyal : Trafalgar ? Pourquoi tu ne réponds pas ? … Hey. Trafalgar ! Tu ne veux pas vraiment prendre ma bague hein ? Pourquoi tu ne veux pas me la redonner ?

Trafalgar : …

Niyal : Tu veux son pouvoir ? C'est pour ça que tu me gardes avec toi ?! RÉPONDS ! »

Ces idées qui se chevauchent dans ma tête me font atrocement mal au cœur. Et si c'était vrai ? Alors, tout ce qu'il a fait n'était pas pour moi ? Il s'est simplement servi de moi ? Ça voudrait dire aussi que, je ne compte pas pour lui ?

Trop de questions. J'ai besoin de réfléchir. Je fini mon morceau de viande en une bouchée et je pars. Trafalgar s'était levé pour me suivre mais le vieux l'avait retenu. Une balade sur la plage me fera le plus grand bien.