Chapitre 15 : Réconfort
Comment est-ce que je me suis retrouvée là ? On dirait une grotte. En face de moi, une porte en bois tout ce qu'il y a de plus simple. Je suis couchée sur un bout de tissu beige à même le sol. J'ai mal au crâne. J'entends le bruit des vagues et un flash me revient. Je prenais l'air sur la plage pour réfléchir et là, on m'a assommé ! Si j'attrape celui qui m'a fait ça ! Qu'est-ce que… ? Mes mains sont liées par des chaînes ?! Inutile de bouger dans tous les sens, je n'arrive pas à me libérer. La porte de la pièce s'ouvre avec un grincement ignoble.
« Alors c'est vrai, mes hommes m'ont dit que tu venais de te réveiller. » Un homme balafré d'une grande cicatrice, partant de son front jusqu'à sa joue, se tenait devant moi avec une torche à la main. Ses habits étaient miteux mais il n'avait pas l'air de manquer de quoi se nourrir !
« Qui es-tu ?! C'est toi qui m'as assommée ?! Pourquoi est-ce que je suis attachée ici ?!
- Une question à la fois ma belle ! D'abord je me présente, Edward, capitaine de l'équipage pirate du même nom, annonce-t-il en tirant sa révérence. Nous sommes ici dans mon humble demeure, les grottes souterraines de Braham's. Ce n'est pas moi qui t'ai assommée mais mes subordonnés. Il faut que tu les excuses, ils manquent de délicatesse avec les jeunes femmes. Pour ta dernière question, je ne sais pas encore très bien ce que nous allons faire de toi. Tu es plutôt pas mal, ce serait dommage de t'envoyer avec les autres esclaves… Je vais réfléchir. Amenez-là. »
Deux hommes entrent dans la pièce pour me porter, chacun par un bras. Je me débats sans résultat, les deux molosses continuent de suivre leur chef sans broncher. Le long couloir de pierre est éclairé par des crânes humains qui servent de porte-bougies accrochés aux parois. Bwerk !
Nous arrivons finalement dans une pièce de taille moyenne. Des hommes sont attablés avec des bières et de la nourriture à foison. Ils sont très bruyants et sifflent lors de mon arrivée. Au fond de la salle, un énorme siège en ossement, placé sur un piédestal. De l'autre côté, des écrans animés géants. Des 'télés' si je me rappelle bien ce que Zayn m'a expliqué en ville hier. Cette fois, le film diffusé semble très réaliste et je comprends vite, en voyant le décor, qu'il s'agit d'un endroit dans cette grotte.
Edward s'installe sur son trône avant de me fixer.
« Alors, qu'en penses-tu ? Mon décor te plait ?
- C'est glauque.
- Quoi ?! Pf. Ce n'est pas comme si je m'attendais à ce que tu comprennes la beauté de mon intérieur. Tu es une femme après tout.
- Que font ces gens ? Demandais-je en regardant les écrans.
- Ils extraient du granite marin pour moi.
- Du granite marin ?
- Oui. Braham's est une bonne île pour en extraire. Tu n'en as jamais entendu parler ? C'est une substance naturelle qui affaiblit ceux qui ont mangé un fruit du démon.
- Un fruit du démon ? Comme Trafalgar, chuchotais-je. Pourquoi veux-tu extraire ceci ? Ces pauvres gens ont l'air de souffrir !
- Ça m'est égal. Le granite marin devient rare et il se vend très cher auprès de la marine ! Ces personnes ne sont que des esclaves. Rien de plus. Je les utilise et lorsqu'ils meurent, j'en prends des nouveaux. Même mort je me sers d'eux, de leurs os plus précisément, pour décorer mes grottes ! Ce ne sont pas mes hommes qui vont se tuer à la tâche tout de même.
- Tu n'es qu'un abruti ! grognais-je alors que l'équipage acclamait son capitaine.
- J'ai trouvé ! Tu seras mon chien ! Tu aboies très fort depuis tout à l'heure. Approche. Viens ici. Aux pieds j'ai dit ! »
Comme je ne bougeais pas, un des molosses me pousse avec un coup de pied. J'atterris à quatre pattes, devant le 'siège royal'. Le pirate pose ses jambes sur mon dos. Mes menottes m'empêchent de bouger correctement et de me redresser.
« Enlève tes sales pattes de là !
- Comment ? Je ne crois pas avoir entendu. »
Il lève sa jambe pour la laisser tomber violemment, juste en dessous de mes omoplates. Le coup me fait tousser et je lâche une injure.
« Que tu es grossière comme chienne ! C'est dommage, ça ne va pas avec un si beau museau, râle-t-il en attrapant mon menton entre ses mains. Je vais devoir t'éduquer. »
À genoux devant lui, il me regarde de haut. Ses yeux vicieux et son haleine me donnent envie de vomir. Je lui crache à la figure en ajoutant « Tu sens mauvais. », mais cela ne lui plait pas tellement puisque je me prends une baffe phénoménale. La force me fait rouler sur quelques mètres.
« Je vais t'apprendre à parler à ton maître ! »
Tandis qu'un de ses hommes lui apporte un couteau, je cherche du regard une issue. Edward approche d'un air furieux tordant son visage déjà déformé.
« Tu veux la même balafre que moi ? Ça te ferait plaisir ? Non ? Alors, par quoi vais-je commencer ? Une oreille ? Non, une joue ! Ou peut-être tes yeux ? Oui, ton regard m'agace. Je vais te crever un œil et contempler le désespoir dans celui qu'il te restera. »
Il est complètement malade ce gars ! Mais je suis coincée. La seule porte est bloquée par les gardes et c'est une caverne entièrement remplie de pirates. Je n'ai nulle part où m'enfuir ! Il s'approche, que quelqu'un m'aide !
« LAAAW ! »
Au même moment, la porte vole en éclat, envoyant valser les deux hommes qui se trouvaient devant. Mon capitaine est là. Son regard s'assombrit lorsqu'il m'aperçoit, prête à me faire écorcher vive. Un frisson semble lui parcourir l'échine alors qu'il pose délicatement la main sur la garde de son épée. Edward ordonne à ses hommes de l'immobiliser. Je m'attends à voir une de ses sphères bleues apparaître mais, non. Cette fois, son nodachi lui sert réellement à trancher. À droite puis à gauche, il entaille les chairs de ses adversaires, les laissant à moitié mort. En quelques secondes, la quasi-totalité de l'équipage est au sol.
L'épée couverte de sang et un regard noir comme je ne l'avais jamais vu, il s'approche doucement de l'autre capitaine.
"Que comptais-tu lui faire ? demande-t-il d'une voix grave.
- Tu-tu-tu-tu es T-T-Trafalgar Law ?!
- QUE COMPTAIS-TU LUI FAIRE ?!
- J-j-je suis dé-dé-désolé !
- Réponds-moi. Si tu bégayes encore une fois je te tranche la langue."
Edward essaie de garder son calme mais, comment ne pas bégayer devant une aura si meurtrière ? Je n'ai jamais vu Trafalgar dans une telle colère, j'ai presque de la peine pour le pirate ahah…
"Je voulais simplement lui apprendre les bonnes manières, je ne savais pas qu'elle était avec toi, je te le jure !
- Les bonnes manières ? C'est à moi de lui inculquer. Compris ?
- Oui ! Je suis désolé !"
Trafalgar commence à lever son sabre pour lui asséner le coup de grâce quand, un des gardes lui transperce l'épaule. Mon cœur se serre.
"Alors Trafalgar, que t'arrives-t-il ? Tu n'aimes pas mon épée en granite marin ? Zut, moi qui pensais que ça te ferait plaisir."
Le balafré avait pris un ton plus rassuré maintenant, anticipant une victoire imminente. Mon capitaine devenu blanc, tangue et lutte pour tenir debout :
"Deux fois dans la même journée, ce n'est pas agréable du tout, maugrée-t-il entre ses dents."
Le gardien retire l'arme dans un bruit écœurant. L'odeur métallique du sang avait déjà empli la pièce alors que celui de Trafalgar s'y ajoutait.
"Si tu veux une réponse à ta question, je comptais crever un œil à ta copine. Elle a l'air importante pour toi, pas vrai ?
- Ne la touche pas."
Trafalgar fait un pas, avant d'être de nouveau transpercé mais cette fois dans le dos. Ce type est un sadique ! Il bouge l'épée dans la plaie pour aggraver encore plus la blessure. Mon Capitaine crache un léger filet de sang mais il prend sur lui et reste toujours debout. Je crie :
« ARRÊTEZ ! Ne le touchez pas !
- Oh comme c'est mignon, vous faites un petit couple parfait ! Tous les deux inquiets l'un pour l'autre. Qui vais-je tuer en premier ? Chantonne-t-il joyeusement.
- Moi ! Trafalgar ne vous a rien fait ! Moi, je me suis moquée de vous, je vous ai craché dessus ! » J'entends Trafalgar pouffer de rire alors qu'il tangue de plus en plus.
« Niyal, si t'étais assez près pour lui cracher dessus, tu aurais au moins pu le frapper.
- T'es mignon toi ! Je suis attachée je te signale ! »
Mon capitaine continue de sourire en imaginant la scène, ce qui énerve Edward.
« Ne m'ignorez pas ! Trafalgar, tu vas y passer en premier ! »
Il s'approche de mon capitaine. J'ai de nouveau ce vide à l'idée de le perdre, je dois faire quelque chose ! Je réussis à me lever avec du mal et cours jusque devant lui pour le protéger. Ce dernier se colle dans mon dos et ses mains froides touchent les miennes.
Avant qu'Edward n'ait le temps de nous empaler, il vole, emporté par une bourrasque jusqu'à l'autre bout de la pièce.
Je comprends soudain. Trafalgar vient de me redonner ma bague. Je ressens la même chose que sur le bateau contre Drep, je ne contrôle plus rien. Mes menottes se brisent. Le balafré se relève à peine, que je tends la main (malgré moi) vers lui. Des lames d'air viennent le taillader en plein dans l'abdomen sans lui laisser de répit.
J'entends l'épée se retirer de la chair de Trafalgar derrière moi. Mon corps arrête de s'acharner sur le capitaine ennemi, inconscient, pour attaquer le garde qui subit le même sort que son chef.
Ma main est maintenant pointée en direction de Trafalgar. Qu'est-ce que je fais ?! C'est mon capitaine, pas un ennemi ! Il pose un genou à terre, sous le coup de la fatigue puis, essaye de me rassurer :
« Niyal, c'est moi … »
En voyant que je ne réagis pas, il essaye d'autres noms que je lui ai donnés au cours de notre voyage :
« C'est moi, Trafalgar... L'abruti ?… Le sadique ? … Traf-pitaine… ? Tu ne te souviens pas ? Ok, je me ridiculise pour rien, souffle-t-il. »
Le silence règne en maître. J'ai beau lui crier de s'en aller, il ne bouge pas, il ne m'entend pas.
« Princesse, je sais que tu peux réussir à contrôler ton pouvoir. Si ce n'est pas aujourd'hui alors ne t'inquiète pas. Je ne t'en voudrais pas si tu m'attaques, dit-il gentiment, je survivrais probablement. Mais je préfèrerais que tu ne le fasses pas, sourit-il. »
Il a dit "Princesse" ...? Je ne suis pas vraiment habituée aux marques d'affection de sa part… De plus, je ne comprends pas pourquoi il m'a redonné ma bague. Il ne veut plus la garder ?
« Tu vas y arriver. J'ai confiance en toi Niyal. »
Il a confiance en moi ? Mon regard est planté dans ses yeux argentés ressortant d'autant plus grâce à l'éclairage de la pièce. Il faut que je me calme. Je vide mon esprit difficilement et ma main commence à se baisser toute seule. Je ressens des picotements dans tout mon corps, j'ai l'impression de revivre ! Pourtant, en une seconde, je vise de nouveau Trafalgar qui sursaute « Niyal ! ». Je dois me calmer, je dois me calmer ! Ne pense plus à rien ! Je prends de grandes inspirations.
Plusieurs minutes sont nécessaires avant que mon bras ne retombe le long de mon corps. Il me suffit maintenant de continuer à respirer tranquillement. Mes doigts sont de nouveau sous mon contrôle, puis mes mains, mes bras, mes jambes et finalement, je retrouve la maîtrise de tout mon corps. Penchée, les mains sur mes genoux, je suis essoufflée comme si je venais de faire un sprint. J'enlève la bague. Trafalgar se met à rire puis se laisse tomber sur les fesses pour s'allonger par terre.
« Pffiouuu ! Tu m'as fait peur ! J'ai cru que tu allais me tuer HAHAHAHA ! »
C'est la première fois que j'entends son rire. Très masculin, un peu rauque, il est sexy et le sourire qui l'accompagne dévoile ses dents parfaitement blanches. Son chapeau blanc à taches noires est tombé à côté de lui et des gouttes de sueur brillent sur son front. Les bras en étoile, son ventre sursaute à chaque fois qu'il s'esclaffe. Je pourrais le regarder pendant des heures…
Il se calme pour me demander :
« Tu vas bien, il ne t'a pas blessé ? »
J'ouvre la bouche mais je reste bloquée devant son sourire. Ça change tellement de ce sourire vicieux qu'il a toujours ! Mes joues chauffent ! Je lui tourne le dos.
« Hey. Je t'ai posé une question, ça ne va pas ?
- Si, si ! Je pensais juste à autre chose, prétextais-je en lui faisant à nouveau face. C'est plutôt à moi de te demander si ça va. Le granite marin est redoutable pour toi non ?
- Oui mais, ça va mieux quand je ne suis plus en contact avec donc c'est bon pour le moment, j'ai arrêté l'hémorragie, aucun organe vital n'a été touché.
- Tu peux te lever ?
- Ça va peut-être être difficile… »
Je l'aide à se mettre debout. Lorsque je le lâche, il tangue et finit par s'appuyer sur moi. Un bras autour de mon épaule, il pèse tout de même son poids !
« Est-ce que tu te rappelles de la route ?... Capitaine ? Qu'est-ce qu'il y a ? »
Il me fixe bizarrement.
« Hm ? Oh rien. Je… Tu m'as dit quoi ?
- Tu pourrais m'écouter quand même ! Je t'ai demandé si tu te rappelais de la route par laquelle tu étais passé ?
- Oui évidemment. Je ne m'appelle pas Niyal, mon sens de l'orientation existe.
- Enflure.
- Merci. »
Et voilà ! Le retour du célèbre sourire en coin !
Pendant une trentaine de minutes, nous marchons en silence dans les longues galeries en pierre. La décoration ne me plaît vraiment pas. Tous les couloirs se ressemblent. J'ai même l'impression que Trafalgar est perdu mais qu'il ne veut pas l'avouer pour protéger son ego de capitaine. Il rompt le silence.
« Comment as-tu réussi à contrôler ton pouvoir tout à l'heure ?
- J'ai fait le vide dans mon esprit. Ça a été dur.
- Mais tu as réussi. Parce que tu voulais me sauver à tout prix ?
- Oui. Euh, non ! Pas du tout. »
Il rigole une nouvelle fois et attend quelques minutes avant de me demander de lui redonner la bague. Chose que je fais avant de réfléchir.
« Mais pourquoi est-ce que tu la reprends ? J'ai réussi à résister, je peux la garder maintenant, non ?
- C'est trop dangereux. »
'C'est dangereux' hein ? Alors c'est ça, la réponse qu'il a eu tant de mal à donner ? Non, c'est trop simple comme excuse. Mon esprit s'embrume à nouveau.
« Je voyais juste ! Tu veux seulement me la piquer !
- Niyal, ne recommence pas avec cette histoire. »
Je retire son bras de mon épaule, il a du mal à rester debout. J'en profite pour m'en aller en courant, en oubliant ma bague. Tant pis, j'arriverai bien à la reprendre, je suis sûr que je pourrais me glisser sur le bateau furtivement mais pour l'instant, je dois le fuir pour réfléchir.
Mince, où est-ce qu'il est ?! Encore derrière moi ?! Je ne vois rien ! Il fait froid et ça glisse ! Je l'ai entendu me suivre quelques minutes mais, je pense que dans son état, il a dû s'arrêter en chemin. Enfin bon, à cause de lui je suis perdue ! Ses grottes forment un véritable labyrinthe souterrain ! …Qu'est-ce qu- « AAAAAAH ! » Une main froide m'attrape le bras.
« C'est bon ? T'as fini ton petit jeu ? râle mon capitaine.
- Lâche-moi tout de suite ou je crie !
- On est tout seul ici. Tu peux toujours essayer si ça te fait plaisir mais, j'ai déjà mal au crâne alors si tu pouvais évit-
- A L'AIIIIIDE ! QUELQU'UN, AU SECOUUUUURS !
- Raah ! Si petite et tellement bruyante ! Écoute-moi Niyal !
- Non, tu ne veux que mon pouvoir ! C'est pour ça que tu prenais soin de moi ! En réalité, tu ne m'aimes pas ! »
Il me prend soudain dans ses bras en me serrant très fort. La différence de taille fait que ma tête est collée contre son torse. Je sens d'abord l'odeur du sang sur ses vêtements puis, celle de son parfum habituel devenu plus subtil, se mélanger ensemble. Il pose son menton sur le haut de mon crâne.
Je me sens tellement bien comme ça. En un instant, je suis calmée. La chaleur de son corps est douce, apaisante et pourtant, je sens le froid de ses mains dans mon dos, à travers mon tee-shirt. Sans que je ne dise un mot, il s'explique.
« Ne redis plus ce genre de chose. Je suis désolé, j'aurais dû te répondre plus tôt, je ne veux pas te prendre ta bague. Je veux seulement trouver des réponses pour que toi, tu puisses la garder. J'ai seulement… peur que l'anneau ne te contrôle comme l'autre fois et que je ne puisse pas te ramener à la raison…
- Trafalgar…
- Je te la rends. »
Il me tend la bague et le doute m'envahit. Et s'il avait raison ? J'ai eu du mal à maintenir mon calme tout à l'heure. Et si je faisais du mal à un de mes camarades ? Voire pire, si j'en tuais un ?! Je m'en voudrais toute ma vie. Et puis, pourquoi prendrait-il le risque de me la donner alors qu'il sait que je pourrais le tuer en un instant dans son état ? Il prend ma main et y dépose le bijou.
Est-ce que c'était vraiment la seule raison ? Quoiqu'il en soit, à ce moment, cette réponse me suffisait.
« Non, garde là. Tu as raison, je pourrais devenir folle et tous vous tuer en la mettant sans le vouloir comme la première fois… Je n'avais pas pensé à ça.
- Niyal, je te fais confiance. Quand tu te sentiras prête, je te redonnerais ta bague.
- Oui. Merci de m'avoir fait comprendre le risque, je n'avais pas réfléchi… »
Je lui remets la bague. Nous nous regardons un instant chacun dans les yeux à se demander, qui avait raison. Il tousse pour cacher sa gêne.
« Bon ! Cher Capitaine dont le sens de l'orientation existe, peux-tu nous mener jusqu'à la sortie ? Je commence à en avoir marre des crânes accrochés partout.
- Oui moi aussi mais, là je suis perdu, avoue-t-il calmement.
- Quoi ?! Non-non-non ! Tu peux pas faire ça, réactive ta boussole intérieure tout de suite !
- T'es marrante ! À qui la faute si on en est là, tu peux me le dire ?! Qui est partie en courant dans tous les sens ?!
- C'est à cause de toi que je suis partie ! Donc c'est de TA faute ! Capitaine pourri.
- De toute façon, tu n'es qu'une gamine têtue et arrogante.
- On va mourir ici ! »
Trafalgar s'assoit sur une pierre, il a l'air de souffrir. Je m'approche de lui et pour y regarder de plus près, je commence à soulever son tee-shirt.
« Qu-qu'est-ce que tu fais ?! s'exclame-t-il.
- Il faut que j'examine tes blessures.
- N-nan, pas besoin. Ne t'inquiètes pas, je vais bien ! Très bien !
- Laisse-moi regarder ! »
Il est tout rouge et à chaque fois que j'attrape le bas de son maillot, il repousse mes mains. Nous nous battons un petit moment mais il finit par arrêter, fatigué par tous ses gestes brusques.
« Tu n'abandonneras pas, n'est-ce pas ? me demande-t-il essoufflé.
- Non. »
Il cède, j'obtiens enfin l'autorisation pour l'aider à enlever ce fichu vêtement et pour l'examiner. Alors que mes doigts froids frôlent la peau autour de ses blessures, un frisson le parcourt. Il détourne aussitôt la tête, rouge comme une pivoine. C'est assez amusant que les rôles s'inversent enfin. Je continue mon examen.
« Il me reste des plantes dans les poches de mon short mais je ne sais plus lesquelles […] ça c'est pour les maux de ventre et ça pour les crampes. Désolée, ça ne va pas t'aider finalement…
- Ne t'inquiète pas.
- Il faut qu'on arrive à sortir d'ici sinon tes plaies vont s'infecter.
- Merci, je suis médecin je connais les risques. Mais, ce n'est pas toi qui vas nous sortir de là et j'ai besoin de réfléchir à comment on peut retrouver notre chemin. »
Je me laisse tomber à côté de lui. On a tellement tourné dans les couloirs que si ça s' trouve on est déjà sous la maison de Tatsumi haha. On est bloqués et Trafalgar est en train de souffrir. Je me sens coupable.
« Niyal, c'est quoi cette lumière sous ton tee-shirt ?
- Quelle lumière ? demandais-je en baissant les yeux. Oh ! Le collier que Gabby m'a donné ! »
Je sors le collier de sous mon vêtement. Sa lumière est aussi forte que la fois dans le puits mais je ne vois pas en quoi cela pourrait m'aider ici, après tout on a l'éclairage 'parfait'. J'explique à Trafalgar que la pierre est magique.
« ? : Prends le couloir sur ta droite.
Niyal : Quoi ? Qui a parlé ?
Trafalgar : Personne n'a parlé.
Niyal : Mais si ! J'ai entendu une voix !
Trafalgar : On est tout seul ici, tu deviens folle, plaisante-t-il. Calme-toi.
Niyal : Désolée. Je pense que le fait d'être enfermée ici me retourne le cerveau...
? : Non je t'ai bien parlé, tu n'es pas folle.
Niyal : Encore ?! Qui es-tu ?! Montre-toi ! »
La voix est féminine, agréable et douce. Je saute sur mes pieds et cours dans tous les sens pour chercher d'où vient la voix imaginaire. Trafalgar commence à être inquiet pour ma santé mentale.
« ? : Tu n'as pas besoin de me chercher, je suis sur toi, à ton cou. Je suis Sélène, l'esprit de la pierre. Ton cœur est pur et généreux, j'ai choisi de te servir autant que possible. Je vais t'aider à sortir d'ici.
Niyal : Ooooh c'est mon collier qui parle ! criais-je à mon capitaine, heureuse d'avoir trouvé.
Trafalgar : Niyal tu me fais peur tu sais, arrête de faire l'imbécile.
Sélène : C'est lui l'imbécile ! Ne l'écoute pas.
Niyal : Bien dit ! Je sens que je vais bien m'entendre avec toi ! Rigolais-je. Trafalgar, tu ne l'entends pas ?
Trafalgar : Non.
Niyal : Ça tombe bien ! Viens, elle va nous mener jusqu'à la sortie ! Elle s'appelle Sélène. »
Il hésite, souffle puis je l'aide à se lever. De toute façon, on n'a rien à perdre, en route !
Sur le chemin, Trafalgar grogne un peu car je n'arrête pas de parler avec mon collier (Ca fait un peu folle dit comme ça mais bon).
« Trafalgar : Tu parles trop Niyal.
Niyal : Laisse-moi. Je parle avec Sélène ! Ce n'est pas de ma faute si tu ne peux pas l'entendre.
Trafalgar : C'est surtout parce qu'elle n'existe pas.
Niyal : Elle existe !
Trafalgar : Je te croirais si on arrive vraiment à sortir de là.
Niyal : Très bien.
Sélène : Je dirais que vous serez sortis d'ici 10 min.
Niyal : Il nous reste 10 min de marche, répétais-je à mon capitaine qui ne prend pas la peine de répondre.
Sélène : Laisse-le, il est trop arrogant. Je ne vois même pas pourquoi tu l'aides, tu aurais dû le laisser là-bas.
Niyal : C'est mon capitaine, je ne pouvais pas.
Trafalgar : Hey, ne parle pas de moi avec ta copine imaginaire. »
Je discute avec Sélène et apprend qu'elle est en fait, un esprit qui occupe la pierre. Elle est une des dernières de son peuple :
« Les gens qui se servent de nous, ne nous connaissent pas assez. Les sélénites détestent l'eau, ça peut détruire la pierre et nous par la même occasion. C'est pour ça que Gabby m'a mise dans ce petit tube au bout d'une chaîne.
Niyal : Je vois. Mais, vous ne pouvez pas quitter la pierre ?
Sélène : Non, nous sommes liés à elle dès notre naissance. Nous pouvons la quitter mais après quelques heures nous nous fatiguons vite.
Niyal : C'est triste… Ah ! Je vois de la lumière.
Sélène : Oui, voilà la sortie.
Niyal : Trafalgar tu me crois maintenant ?! Dis merci à Sélène !
Trafalgar : Oui je te crois. Seule, tu n'aurais jamais pu nous mener jusqu'à la sortie. Alors, merci Sélène. Même si je ne t'entends pas.
Sélène : De rien ! Bon, je suis fatiguée, je vais faire une longue sieste. Si tu as besoin, appelle-moi simplement par mon nom et je viendrais t'aider.
Niyal : Ça marche, merci Sélène ! »
L'éclat naturel nous éblouit pendant un moment, nous faisant plisser les yeux. Le soleil forme un petit demi-cercle orangé au-dessus de la mer. Le ciel a des reflets violet, rose et orange. C'est le matin. Nous avons passé toute la nuit dans cette grotte, sans voir le temps passer. Le sol du tunnel devient peu à peu du sable. Je sens le bras de mon capitaine me cramponner et s'appuyer un peu plus sur moi. Ses chevilles se tordent dès les premiers pas sur le sable. Je n'arrive pas à me retenir de rire.
« Ne te moques pas de moi ou je te découpe.
- Je ne me moque pas, je n'oserais pas. Je me demandais juste comment tu avais fait pour venir jusqu'à l'entrée de la grotte, tout seul.
- C'est simple. J'ai fait ça. »
Il forme une room qui s'étend jusqu'à un endroit stable et, d'un geste de la main, nous nous retrouvons sur la terre ferme.
« Petite explication sur mon pouvoir : le fruit que j'ai mangé me permet de créer une zone sphérique d'aura bleu clair, une Room comme tu le sais déjà. Dans cette zone, je suis capable de séparer et de déplacer spatialement tout et n'importe quoi. Je peux donc faire changer de place les gens et les objets qui sont dans ma sphère. Là, je viens d'échanger notre place avec un rocher. Regarde. »
Effectivement, à l'endroit où nous nous tenions il y a quelques secondes, se trouve un gros caillou. Son pouvoir est vraiment incroyable et très pratique ! Il se redresse et me lâche pour commencer à marcher tout seul. Nous retournons à la maison pour soigner le capitaine et se coucher directement après.
