Salut tout le monde !
Apparemment, je suis incapable de laisser tomber Supernatural pour le moment. J'ai pas mal d'idées de OS et de fics à chapitres qui me viennent comme ça et j'avais envie de les écrire. L'histoire qui suit est un OS qui prend place après la saison 10 dans une suite alternative. Il a été inspiré par une épingle de Pinterest à propos de cette réplique de Castiel à Dean :
"Maybe you could fight the mark for years. Maybe centuries, like Cain did. But you can't fight it forever. And when you turn, and you will turn, Sam, and everyone you know, everyone you love, they could be long dead. Everyone except me. I'm the only one who will have to watch you murder the world. So, if there's even a small chance that we can save you, I won't let you out of this room."
Je ne vous en dis pas plus et vous laisse le découvrir.
Bonne lecture !
TITRE: Everyone one could be long dead except me
SITUATION: Post saison 10
PAIRING: Destiel
RESUME: La Marque de Caïn a entièrement consumé Dean. Mais Castiel a toujours espoir de le ramener. Alors il le confronte, une dernière fois.
DISCLAIMER: Les personnages ainsi que l'univers de Supernatural ne m'appartiennent pas, ils sont la propriété de la CW et de leur créateur, Eric Kripke. Seule l'histoire est mienne. Rating T pour violence.
Castiel hésita un long moment avant d'entrer dans la grange. La nuit était noire. Son chemin n'était éclairé que par un fin croissant de lune. L'endroit était désert. Il savait que Dean était là, tout près. Il pouvait sentir son âme.
Son âme qui n'était plus que l'ombre d'elle-même, corrompue par la Marque, corrompue par le meurtre qui semblait s'être infiltré au plus profond du Chasseur. Castiel avait toujours trouvé l'âme de Dean belle. Même lorsqu'il l'avait tiré de l'Enfer où elle avait été réduite en miettes, elle avait toujours eu cette lueur magnifique. Elle avait toujours émané du courage, de l'abnégation et de l'amour inconditionnel du Chasseur.
Il aurait aimé que cela soit toujours le cas. Parce que même si elle était toujours là, l'influence de la Marque de Caïn était si grande qu'elle semblait noyée au beau milieu d'un océan de noirceur. Parfois, l'ange avait presque l'impression qu'elle s'éteignait. Ce n'était l'histoire que de quelques secondes, mais c'était suffisant pour tordre d'angoisse la grâce de Castiel. Mais tant que l'âme de Dean était toujours là, il y'avait encore de l'espoir. Même une infime part.
L'ange poussa la porte qui s'ouvrit dans un craquement sinistre. Il se demandait pourquoi Dean avait choisi cet endroit. Pourquoi il était revenu là où tout avait commencé pour eux. Là où Castiel lui était apparu la première fois. L'ange se doutait que cela n'avait rien avoir avec une quelconque nostalgie de ce temps-là. Pourtant, Dean était là depuis plusieurs jours. Chose rare pour être notée puisqu'il ne se posait presque jamais depuis qu'il était parti.
Après que la Marque ait complètement pris le contrôle du Chasseur et que celui-ci ait fini par tuer Sam, il avait quitté le Bunker. Castiel avait essayé de le retenir, en vain. Dean n'avait pas écouté et s'était enfui. Depuis, l'ange n'avait de cesse de le retrouver. Il suivait les pistes – minces parce que Dean avait toujours eu un don pour effacer ses traces – mais jusqu'alors, il n'avait pas pu le rattraper.
Il n'avait pas pu sauver tous ces gens que Dean avait aimés, inconditionnellement et que la Marque l'avait poussé à tuer.
Jody.
Donna.
Garth.
Claire.
L'ange serra le poing, essayant de chasser l'image de la jeune fille de sa rétine. Il se sentait responsable de cette mort-là. S'il n'avait pas choisi Jimmy Novak comme Vaisseau il y'a si longtemps… la vie de Claire ne se serait pas transformée en enfer.
Il se demandait encore ce qui avait motivé le premier meurtre de Dean. Ça n'avait été qu'une simple dispute avec Sam, pourtant. Mais ça avait été le point de non-retour.
«Tu n'abandonnes jamais, n'est-ce pas Castiel ?
Son cœur se serra en entendant la voix de Dean. C'était sa voix mais en même temps… Dean n'était jamais froid. Jamais insensible. Pas avec lui. Et depuis quand ne l'avait-il pas appelé Castiel ? L'ange était si habitué au surnom à présent qu'il y répondait parfois plus qu'à son propre nom. Celui que lui avait donné Dieu lors de sa Création, il l'avait associé à une période de sa vie qu'il préférait oublier.
Le Chasseur sortit de l'ombre. Son visage fut baigné par la lumière lunaire qui filtrait d'une ouverture dans le toit. Elle illumina son regard vert un instant et Castiel sentit son souffle se bloquer dans sa poitrine. Les prunelles qu'il avait si souvent admirées avaient perdu cet éclat si caractéristique… Cet éclat qu'il aimait par-dessus tout.
Maintenant, elles n'étaient qu'un reflet vide et dur de l'âme en lambeaux de son propriétaire. Et Castiel ignorait qu'un simple regard pouvait faire aussi mal.
– Alors même ça, tu as oublié ? murmura-t-il en essayant d'ignorer son cœur en miettes. Depuis quand est-ce que tu penses que je te laisserais tomber ?
Dean émit un son qui aurait pu ressembler à un rire étouffé si son visage n'avait pas paru si insensible. Castiel se sentit frissonner. Parce que le Chasseur était effrayant. Il voyait à quel point il se montrait impitoyable à la façon dont il se tenait, droit, immobile, plus calme que l'ange ne l'avait jamais connu, à la manière dont ses muscles, tendus à bloc, se dessinaient sous la chemise de flanelle – au moins n'avait-il pas abandonné ça, songea l'ange – au regard perçant qu'il dardait sur lui.
– Tu as toujours été borné, fit remarquer le Chasseur et Castiel se retint de lui répondre qu'il n'était pas le seul. Il ignorait à quel point Dean était capable de se contenir.
Il y'eut un moment de silence où ils s'observèrent en chiens de faïence et Castiel ne put empêcher sa grâce de vibrer à la vision de Dean. Il ignorait que quelqu'un pouvait manquer autant. Revoir Dean, même s'il n'était pas lui-même… c'était ce à quoi il aspirait depuis six mois qu'il le traquait.
Il savait que s'il échouait, l'espoir le tuerait. Parce qu'il y croyait encore. Il croyait encore à la présence, enfouie, de l'homme pour lequel il avait tout abandonné. L'homme pour lequel il s'était dressé contre sa famille. L'homme pour lequel il serait prêt à tout et même à mourir. L'homme pour lequel, contre toute attente, il avait développé des sentiments trop forts et trop dangereux.
L'homme qu'il aimait. Et celui qui semblait avoir oublié combien ils comptaient l'un pour l'autre. Castiel savait, bien sûr, que Dean ne voulait pas de ses sentiments. Mais il savait aussi que malgré tout, le Chasseur l'aimait. Pas comme lui le faisait mais son amitié et sa confiance avaient été assez. Peu importe qu'il n'obtienne jamais ce qu'il voulait. Si Dean était auprès de lui, c'était suffisant.
Alors jamais, jamais il ne le laisserait se perdre.
– Qu'est-ce que tu veux ?
Ce ton cassant, ces mots presque crachés… ils faisaient mal, si mal à l'ange. Mais il n'en laissa rien paraître. Ça n'était pas Dean. Pas vraiment.
– Te ramener.
– Quoi, sur le droit chemin ? se moqua le Chasseur, le coin de ses lèvres se soulevant dans un demi-sourire qui assécha la bouche de Castiel.
– Quelque chose comme ça, oui, répondit-il sans se démonter.
Et Dean éclata de rire. Un rire froid, si loin de celui qui résonnait encore parfois aux oreilles de Castiel. Un rire qui sonnait comme une douce musique que l'ange adorait entendre. Celui-là n'avait rien à voir.
– Oh, Cass…
Et c'était si douloureux de l'entendre l'appeler ainsi avec si peu de chaleur.
– Tu ne comprends pas, pas vrai ? Tu ne peux pas me ramener. Ça, il ouvrit grand les bras, c'est vraiment moi. Le vrai Dean, c'est ça. Et tu sais pourquoi ?
Il s'était rapproché de lui. Castiel fit de son mieux pour soutenir son regard.
– Parce que je ne me retiens plus. Parce que maintenant, mes pulsions me guident et tu sais quoi ? Ça fait un bien fou !
Castiel secoua la tête. Il refusait d'y croire. Dean, son Dean n'était pas comme ça. Il avait toujours enfoui ses doutes, ses craintes et ses pensées au plus profond de lui. Parce qu'il refusait de l'inquiéter lui. Parce qu'il refusait d'inquiéter Sam. C'était sans doute pour cela que parfois, il explosait. Que ses mots dépassaient sa pensée, que sa colère, sa frustration, cette inhibition prenaient le dessus. Peut-être avait-il un instinct de tueur. Peut-être que la violence était inscrite dans ses gènes. Mais Dean avait toujours su où était la limite et il ne l'avait jamais franchie. Jamais, jamais, il ne laissait ses pulsions l'aveugler. Et si lorsqu'il chassait, il donnait libre cours à cet instinct, jamais il ne lui permettait de prendre le dessus. Sa raison et son cœur gagnaient toujours.
– Alors tu vois, Castiel, tu es ici pour rien. Tu ne peux pas changer les choses.
Il s'apprêtait à le dépasser mais Castiel l'arrêta.
– Alors tu ne regrettes rien ? Tu ne regrettes pas d'avoir tué Sam ?
Le silence qui suivit ses paroles donna un nouveau sursaut d'espoir à Castiel. Mais il fut anéanti, piétiné quand Dean reprit la parole, jetant un œil par-dessus son épaule.
– Non. J'aurais dû le faire il y'a longtemps. J'aurais dû le faire quand il est devenu accro au sang de démon. Quand il s'est allié à cette pétasse de Ruby. J'aurais même dû le faire quand mon père me l'avait demandé.
– Tu ne penses pas un mot de ce que tu dis.
Dean se tourna pour lui faire face.
– Ah oui? Tu en es bien sûr ?
Ses yeux lançaient des éclairs. Castiel se retint de reculer. Il le terrifiait. Ce regard le terrifiait. Parce qu'il était empli de haine. Et Dean ne regardait que ses ennemis de cette façon.
– Pourquoi tu ne m'as pas tué aussi ?
Il se maudit d'avoir posé la question. Il maudit sa voix d'avoir tremblé en posant la question. Mais il n'avait pu s'en empêcher. Elle le taraudait depuis ce jour où il avait essayé de retenir son ami.
Et quand il osa plonger ses iris dans celles de Dean, il fut surpris d'y voir une autre lueur. La haine avait été remplacée par autre chose.
Une chose qu'il mit un certain temps à identifier. La lueur était devenue lubrique. Et une intense chaleur se propagea dans les entrailles de Castiel quand il le comprit. Ce regard… il l'effrayait autant qu'il réveillait ses fantasmes. Il sentit ses joues s'échauffer et secoua la tête.
Il ne savait pas ce que cela signifiait. Pour autant qu'il en savait, ces réactions-là pouvaient être le fait de la Marque. Et il ne devait pas perdre son objectif de vue. Dean amorça un mouvement vers la porte. Castiel se saisit de son poignet. Les yeux du Chasseur vinrent trouver les siens dans la seconde qui suivit.
– Je ne te laisserai pas t'enfuir une nouvelle fois. Je t'enfermerai dans une boîte au fond de l'océan s'il le faut mais je ne te laisserai pas faire plus de mal que tu en as déjà fait. Pas tant que je n'aurais pas une solution pour te ramener.
Dean éclata de rire. Mais Castiel resta inflexible, sa prise sur le poignet du Chasseur s'intensifia et il mit toute sa détermination dans son regard.
– J'aimerai te voir essayer.
Le sourire qu'esquissa Dean était dangereux. Il le défiait d'aller au bout de ses intentions. C'était presque comme s'il lui demandait de l'attaquer. Comme s'il mourrait d'envie d'engager un combat. Et Castiel savait pertinemment qu'ils n'en ressortiraient pas vivants. Pas s'ils y mettaient toutes leurs forces.
– Ne m'oblige pas à te blesser, Dean.
Et tant pis si sa voix transparaissait toute sa détresse. Tant pis si cela fit sourire le Chasseur, d'un sourire torve, si loin de celui que l'ange aimait tant.
– Pourquoi tu t'acharnes, Castiel ? Tu perds ton temps. Le Dean que tu penses connaître, il n'a jamais existé. Il n'était qu'un leurre. Une contrefaçon.
Castiel avait envie de lui hurler que c'était faux. Il avait envie de lui rappeler toutes les fois qui prouvaient que cette personne avait bel et bien existé. Il voulait lui rappeler les nombreux marchés qu'il avait conclus avec les démons pour sauver son frère. Il voulait lui rappeler son acharnement au Purgatoire pour les en tirer tous les deux. Il voulait lui rappeler toutes les vies qu'il avait sauvées.
– Tu te souviens quand je t'avais dit que tu finirais par sombrer ? Quand je t'avais dit que je serais celui qui aurait à te regarder pendant que tu massacrerais le monde entier ?
Castiel osa affronter le regard de Dean. Ce dernier l'observait, immobile, attendant visiblement qu'il aille au bout de sa pensée.
– Tu as sombré, Dean. Et je ne peux pas le supporter. Je ne peux pas supporter de te voir devenir tout ce que tu détestes, ce contre quoi tu t'es toujours battu. Dean, je… je ne peux pas risquer que tu te haïsses plus que tu ne le fais déjà.
Les prunelles du Chasseur étaient vissées dans les siennes. Il ne bougeait toujours pas et ne quittait pas Castiel des yeux. Et l'ange s'autorisa à y croire parce qu'il avait l'étrange impression que dans le regard de Dean, ses paroles se reflétaient, comme un miroir du chemin qu'elles parcouraient dans les méandres de sa conscience. Comme si quelque part, elles parvenaient enfin à atteindre Dean, le vrai, comme si doucement, elles grignotaient un peu de la noirceur qui consumait le Chasseur.
Mais ce fut bref, juste l'espace d'un battement de cils. Parce que de nouveau, l'émeraude se fit glaciale.
– Dans ce cas, ne regarde pas.
Dean contourna Castiel sans lui adresser un regard de plus et il fallut quelques secondes à l'ange pour comprendre qu'il essayait de nouveau de s'enfuir. Il se tourna d'un bond et se jeta sur le Chasseur. Ce dernier se contenta de dégainer la Première Lame et de l'abattre violemment là où se trouvait la tête de l'ange quelques secondes plus tôt.
– Tu peux combattre ça, Dean !
Sa voix avait pris des accents désespérés. Mais la situation l'était. Dean ne fit qu'esquisser un nouveau sourire torve avant de bondir, toutes lames dehors. Castiel esquiva l'attaque sans mal. Il aurait pu sortir sa Lame Angélique pour contrer les assauts de Dean. Mais il s'y refusait. À chaque fois que la Première Lame s'abattait sur lui, il se contentait de repousser Dean, qui d'un bras, qui d'une convocation de sa grâce.
Il ne pouvait pas. Il ne pouvait tout simplement pas attaquer Dean, même pour défendre sa vie. Parce qu'il ne se pardonnerait jamais de le blesser. Pourquoi les sentiments rendaient-ils si faible ?
– Bats-toi ! lui cracha Dean après s'être reculé.
Il lui tournait autour à présent, tel un fauve s'apprêtant à se jeter sur sa proie. Ses yeux n'en disaient pas moins et si Castiel n'avait pas su qu'il n'était plus un démon, il aurait juré que les émeraudes avaient été remplacées par des onyx.
– Pas contre toi. Jamais.
Dean haussa les épaules et resserra sa prise autour du manche de la Première Lame.
– Comme tu voudras.
Et sans crier gare, il se jeta de nouveau sur Castiel. L'ange se contenta d'esquiver, encore. Le combat pourrait durer des heures qu'il ne ferait rien d'autre. Il n'attaquerait pas Dean en retour. Il laissa échapper un gémissement de douleur quand les dents de l'arme se plantèrent dans sa peau, écorchèrent sa grâce. Il arracha un sourire satisfait à Dean. Et dans son regard, il y'avait cette lueur meurtrière qu'il avait aperçue à chacun des massacres du Chasseur.
Castiel sentit les derniers lambeaux de son cœur se déchirer et il crut que la douleur allait le tuer sur le champ. Il tomba à genoux. Sa blessure n'était même pas grave. Juste une entaille. Mais celle qui venait de détruire sa grâce avait l'effet d'un coup de poignard mortel.
Parce qu'à présent, il savait. C'était terminé. Dean s'était enfoncé trop sûrement. Il était pris au piège par l'influence de la Marque et il n'y avait plus rien que Castiel puisse faire. Dean n'était plus. Et lui non plus. À quoi bon résister quand il n'avait plus aucun espoir? Il s'était battu, jusqu'au bout et il avait perdu.
Peut-être aurait-il dû insister. Peut-être aurait-il dû continuer de s'acharner. Mais il en était incapable. Sa grâce hurlait trop fort sa perte.
Le premier coup percuta sa mâchoire. Castiel ne dit rien. Le second suivit bientôt, envoyant valser sa tête en arrière. Le troisième s'enfonça dans son ventre, bloquant un instant son souffle. L'ange ne bougeait toujours pas. Il sentit à peine le quatrième assaut qui le fit tomber face contre terre. Pas plus qu'il n'eut conscience que les talons de Dean battaient ses flancs. Ou que ses poings s'évertuaient à le défigurer.
Non, Castiel repensait à tous les moments qu'ils avaient partagés. Les bons, comme les mauvais.
Il pensait à leur rencontre.
Il pensait aux débuts houleux de leur relation, quand Dean ne lui faisait pas confiance.
Il pensait à sa décision, celle de refuser l'autorité du Paradis pour obéir à son libre arbitre.
Il pensait à la facilité avec laquelle il s'était rangé aux côtés de Dean.
Il pensait à l'Apocalypse.
À Sam.
À Michael qu'il avait molotové.
Il pensait à Claire.
Il pensait aux Léviathans.
Au Purgatoire. À Dean qui n'avait eu de cesse que d'en trouver la sortie.
Il pensait à son retour. À cette fois où il avait failli tuer Dean mais où ses sentiments – dont il n'avait pas encore conscience – avaient été plus forts.
Un nouveau coup s'échoua contre son estomac.
Il pensait à Metatron. À la Chute. À son expérience humaine.
Il pensait à cette première fois où il avait vu Dean et pas son âme. À son cœur qu'il avait cru s'arrêter pendant un instant.
Il pensait à cet instant où il avait enfin compris ce qui le remuait en présence du Chasseur.
Il pensait à Dean qui le chassait du Bunker. À la douleur, juste après qu'il eût réalisé ses sentiments.
Son crâne heurta sans douceur le sol de la grange. Son corps tout entier hurlait au supplice. Il ne désirait qu'une chose, que ça s'arrête et il sentait que cela serait bientôt le cas. Sa grâce se recroquevillait sur elle-même mais Castiel savait que cela ne la protégerait pas de la rage de Dean. Il sentait qu'elle était faible. Qu'elle n'était plus qu'un filet tandis que les poings du Chasseur continuaient de le rouer de coups. Dean aurait raison de lui, il le savait.
Dean… C'était son visage qu'il voulait voir avant de mourir. Juste une dernière fois, il voulait observer ses traits pour s'assurer de ne jamais les oublier. Alors il ouvrit difficilement les yeux pour plonger dans les iris vertes de Dean, dont le poing, armé de la Première Lame, s'apprêtait à s'abattre sur sa poitrine.
Il ne sut pas expliquer ce qu'il se passa ensuite. Il ne sut pas si ce fut l'intensité du regard qu'il adressa à Dean alors que son arme se fichait droit dans son cœur, il ne sut pas s'il s'agissait des sentiments qu'il n'arrivait plus à cacher, de sa grâce qui irradiait tandis que ses prunelles rencontraient celles de son Chasseur, il ne sut jamais ce qui l'avait provoqué.
Mais soudain, la haine disparut complètement des yeux de Dean. Ses muscles, tendus à bloc par son geste, s'affaissèrent tandis que son regard se fit perdu alors qu'il semblait réaliser, petit à petit, ce qu'il venait de faire.
Il lâcha le manche de la Première Lame, ses iris échappant aux prunelles de Castiel rien qu'un instant, alors qu'elles se teintaient d'horreur.
– Cass ? murmura-t-il, défait, sa voix partant dans les aigus.
L'interpellé sentit sa grâce se réchauffer. Il essaya de lui sourire mais il ne put que grimacer. La douleur était insoutenable. Il porta une main à sa poitrine où la Première Lame était toujours enfoncée. Ses doigts se couvrirent de sang.
– Oh mon Dieu… Je… Me dis pas que j'ai fait ça, Cass. Par pitié, dis-moi que je…
Castiel ne répondit pas. Il se contenta de lever la main qu'il avait portée à sa poitrine vers le Chasseur et toucha timidement sa joue. Dean reporta son attention sur lui. Castiel s'accrocha au visage qu'il caressait comme un noyé à sa planche de salut.
Dean ne bougeait plus, le souffle coupé. Il était incapable de dire quoi que ce soit, trop choqué par ce qu'il avait osé faire et pas seulement à Cass. Il était un monstre. Un de ceux qu'il avait passé sa vie à chasser. Il détourna les yeux alors qu'ils se remplissaient de larmes. Mais qu'est-ce que j'ai fait ? se lamenta-t-il.
Il avait l'impression que son cœur se brisait en mille morceaux. Qu'est-ce qu'il lui avait pris? Battre Cass ? À mort ?
Il sentit une légère pression sur sa joue. Elle était maculée de sang à présent, il le savait, mais il s'en foutait.
– Dean… re… regarde-moi… s'il… s'il te plaît.
Il ne put se résoudre à l'ignorer. Alors Dean tourna la tête vers Castiel qui n'avait cessé de caresser sa peau comme s'il s'était agi du plus précieux trésor. Ses larmes coulèrent cette fois-ci, dévalant ses joues, s'échouant sur la main de Castiel qui lui sourit.
– Dean, je…
– Je suis désolé, Cass, le coupa-t-il. Je suis tellement, désolé, je…
Castiel resserra ses doigts sur son visage. L'intensité de son regard n'avait pas faibli et Dean se sentit coupable qu'elle provoque en lui une telle chaleur. Il ne méritait pas ce regard-là. Il ne méritait pas tout ce qu'il y lisait. Et Dean ne voulait pas entendre ce que Cass avait à lui dire. Il ne voulait pas l'entendre parce qu'il savait que cela le briserait et définitivement.
– Je t'aime, Dean.
Il n'eut même pas le temps de songer à lui répondre. La main sur sa joue glissa contre sa peau en y laissant une traînée écarlate et Dean aurait pu croire qu'elle y creusait un sillon tant il eut mal. Elle s'échoua sur le sol de la grange. Les yeux de Cass qui semblaient si vivants quelques instants plus tôt se firent vides tandis que les derniers lambeaux de la grâce de l'ange y disparaissaient.
Sur le sol, au beau milieu des symboles que Dean avait dessiné il y'a si longtemps, les ailes calcinées de Castiel s'imprimèrent. La tête de l'ange vint reposer sur ses genoux.
Et Dean jura que l'Enfer n'avait pas été si douloureux.
– Oh Cass… Cass, je… qu'est-ce que j'ai fait ?
Les larmes coulaient à flots, devenaient torrents, dévalant ses joues les unes après les autres et venant s'échouer sur la peau de Castiel comme des dizaines et des dizaines de perles de rosée. Dean avait l'impression qu'on lui arrachait le cœur et le pire, c'est qu'il était responsable de tout ça. Il était responsable de sa douleur. Il méritait sa douleur.
Il avait fait du mal à tant de monde. Il avait pris du plaisir à massacrer tant de ses amis. Il n'avait eu aucun remord à tuer son propre frère.
Sam… Comment avait-il pu faire ça à Sam ?
Et pire encore, comment avait-il pu faire ça à Cass ? Le forcer à le regarder sans pouvoir rien faire, l'obliger à observer sa descente aux Enfers, sa chute inexorable vers la noirceur. Comment avait-il pu se laisser corrompre par la Marque ?
Dean avait envie de hurler. Il voulait ameuter tous les démons de l'Enfer et leur vendre son âme en friche pour des centaines, des milliers d'années si cela pouvait réparer ses erreurs. Mais il savait que c'était impossible.
Parce que tout ce que l'Enfer voudrait, ce serait récupérer le Chevalier qu'ils avaient perdu. Et cela signifiait accepter de plonger tête baissée dans ce cercle vicieux de meurtre et de violence.
Parce qu'aussi fort qu'il le voudrait, Dean savait que cela ne réparerait jamais ses torts. Il était devenu un monstre. Ce qu'il avait fait été impardonnable. Comment Castiel pouvait-il encore affirmer qu'il l'aimaitavec ce qu'il avait fait, ce dont il avait été témoin ?
Il ne méritait rien de mieux que de rôtir en Enfer jusqu'à la fin de ses jours et Dean se jura que, le jour où il y reviendrait, jamais, jamais il ne céderait à la torture. Il penserait, jour après jour, au visage tuméfié, au corps sans vie de Castiel entre ses bras.
Sa punition éternelle.
Et il se surprit à en rêver. À désirer être là-bas. Au final, ne serait-ce pas qu'une promenade de santé comparé à la souffrance qui étreignait son cœur, au feu infernal et dévorant qui détruisait ses entrailles? L'Enfer avait presque des allures de repos face à la mort de Castiel.
Castiel…
Sans même s'en rendre compte, Dean effleura la joue de l'ange. De larges ecchymoses s'étaient peintes sur la peau pâle, funeste résultat de la fureur du Chasseur. Ses grands yeux bleus fixaient sans le voir, le plafond peint des centaines de symboles que Bobby avait tracé ce qu'il semblait à Dean une éternité plus tôt. Ses cheveux bruns, éternellement en bataille, étaient poisseux de sang. Cela n'empêcha pas le Chasseur d'y glisser ses doigts avec révérence. Ils étaient si doux…
La pensée lui fit mal, terriblement mal. Dean aurait voulu retenir les larmes qui menaçaient encore de couler mais il en fut incapable. Bientôt, les sanglots secouaient ses épaules et piquaient son âme tels des milliers d'aiguilles empoisonnées.
Il n'eut même pas conscience de rapprocher son corps de celui de Castiel. Il n'eut même pas conscience de son front rencontrant celui devenu froid de l'ange. Il ne sentit même pas ses mains qui agrippaient avec l'énergie du désespoir la chemise ensanglantée de sa dernière victime.
Il n'y eut que soudainement, cet éclair qui traversa son cerveau mis à mal par la douleur. L'Enfer n'était peut-être pas si loin en fin de compte.
– Moi aussi, Cass… murmura Dean. Son souffle s'échoua tout contre les lèvres de Castiel.
Mais il se refusa à achever son geste, peu importe à quel point il en crevait d'envie. Il n'en avait pas le droit. Pas après ce qu'il avait fait. Dean se redressa et sans cesser de fixer le visage de l'ange, il tira de sa poitrine la Première Lame. Il ne regardait pas ce qu'il faisait, trop concentré sur les yeux de Castiel.
Il voulait qu'ils soient la dernière chose qu'il verrait.
Dean enfonça la Première Lame. Elle déchira la peau de sa poitrine, atteignit son cœur mais il n'en avait cure. Parce que l'organe était déjà détruit.
Il s'effondra contre Castiel et un sourire de plénitude étira ses lèvres.
– Adieu, mon ange…
Et puis tout devint noir.
Quand Dean s'éveilla, il s'attendait à sentir les flammes de l'Enfer qui lui léchaient les mollets. Il s'attendait à voir un démon prêt à le soumettre à sa torture éternelle.
Mais certainement pas à voir le corps inerte de Castiel sous le sien, ses doigts refermés sur la Première Lame, enfoncée dans sa poitrine.
Dean se redressa.
– Non. Non. Non, non, non, non, non…
C'était impossible. La Première Lame était censée tuer n'importe quoi. Elle était censée mettre fin à ses jours, elle était censée lui offrir sa punition éternelle.
Mais elle ne devait pas lui faire retrouver ces yeux noirs…
Non, il ne devait pas redevenir un Chevalier de l'Enfer.
Comme un automate, il se vit retirer l'arme de sa poitrine. Il sentit la chair se refermer comme si jamais elle n'avait été percée. Il se vit observer le corps sans vie de Castiel tout en se redressant.
Il sentit nettement son âme qui se fracturait, il sentit les volutes de fumée noire qui s'engouffraient dans les brèches, qui s'enroulaient, presque amoureusement, aux fragments brisés de ce qu'il restait d'humain en lui.
De cette transformation, Dean ne garda qu'un seul souvenir.
Son cri de rage, mêlé de douleur et de désespoir alors qu'il réalisait une chose qu'il aurait tôt fait d'oublier.
Désormais il était seul.
Brisé.
Désormais il était un monstre.
Et il n'y avait personne pour le chasser.
Personne pour l'arrêter.
Personne pour empêcher le massacre qu'il ne manquerait pas de provoquer.
Et pire que tout, il venait de perdre la personne qui comptait le plus pour lui au moment où il réalisait seulement son importance.
Il avait perdu Castiel. Cass. Son repère. Son ange.
Et c'était entièrement sa faute.
Hum… désolée, j'imagine ? Je n'ai pas trop l'habitude des sad ending pour mes fanfictions mais celle-ci m'est venue presque organiquement alors que je notais l'idée dans un coin de ma tête. J'espère que ça vous aura quand même plu. N'hésitez pas à me le faire savoir en review.
Comme je l'expliquai plus haut, ça n'est pas la dernière fois qu'on se voit sur ce fandom parce que j'ai quelques autres idées de OS dont un seul avec une fin dramatique (c'est promis) et je suis actuellement en pleine rédaction d'un AU – j'ai fait une petite pause pour écrire ce texte qui me trottait dans la tête.
Si ça vous avez aimé ce texte, j'ai écrit un autre OS Destiel, Visiting Hours alors n'hésitez pas à faire un tour sur mon profil !
Bref, vous n'êtes pas débarrassés de moi et de mes idées farfelues;-). En attendant, portez-vous bien et à bientôt !
