Appartement de Drago
Dimanche 17 juillet 2022
J-21 avant le mariage
- Elle y va avec qui ?
Drago avait pratiquement recraché l'eau qu'il avait dans la bouche. Scorpius s'était écarté en levant les yeux au ciel, blasé par l'attitude de son père.
- Papa… soupira-t-il.
- Non mais sérieusement, Scorp ? Tu es sûr de ton information ?
- Évidemment que j'en suis sûr. Je l'ai vue renvoyer le faire-part avec sa réponse, alors on en a discuté un peu. Tu as quelque chose contre Cormac ?
- Cormac ? On en est là ?
- Papa… il est super sympa. Il bosse avec Maman depuis des années. C'est un chic type.
- C'est un crétin.
- Peut-être que c'en était un quand vous étiez à Poudlard, mais plus maintenant, en tout cas.
Drago grogna dans sa barbe une réponse inintelligible. Scorpius laissa passer quelques secondes durant lesquelles il mangea un peu de son plat avant de se racler la gorge.
- Et toi ? Avec qui tu vas venir ?
Son père releva la tête de son assiette, l'œil vif et plein d'espoir.
- C'est elle qui t'a demandé ? Elle veut savoir, pas vrai ?
- C'est moi qui demande. Pour savoir si je vais vraiment passer un mauvais moment.
Drago s'affala sur sa chaise, visiblement déçu.
- Alors ?
- Ça ne va pas te plaire, prévint-il en lançant un sourire taquin à son fils.
Appartement d'Hermione
Lundi 18 juillet 2022
J-20 avant le mariage
- PARDON ? Scorpius, dis-moi que c'est une blague ! Il ne va pas venir au mariage avec cette…
- Maman, s'il te plaît, ne finis pas cette phrase.
Hermione lâcha le torchon qu'elle avait dans les mains et abandonna sa vaisselle.
- Il te l'a dit ? Il t'a dit mot pour mot "Je vais au mariage avec Lavande Brown" ?
- A peu de choses près, oui.
Scorpius n'avait même pas levé les yeux de son livre. Il sentait d'ici l'agacement de sa mère et, à vrai dire, il s'en délectait. Elle ne pouvait pas le voir, mais un petit sourire étirait ses lèvres. Un sourire qu'il avait définitivement hérité de son père.
- Scorpius Malefoy ! Vas-tu arrêter de lire cinq minutes ? C'est important, là.
Lentement, Scorpius baissa le livre de devant ses yeux et regarda sa mère avec toute l'innocence du monde.
- Toi, me demander d'arrêter de lire ? Dois-je prévenir Sainte Mangouste ?
- Très drôle, jeune homme. Alors ?
- Alors quoi ?
- Et bien je ne sais pas moi, tu ne peux pas m'en dire plus ? Tu savais qu'ils se fréquentaient ? Je n'ai jamais entendu parler de cette histoire !
- Non, je n'en savais rien. Enfin, je savais que Papa voyait quelqu'un, mais…
- Ah ! coupa Hermione. Tu savais qu'il voyait quelqu'un et tu ne m'as rien dit ?
- Je ne savais pas que ça t'intéressait.
Le sourire de Scorpius s'étira davantage en voyant les joues de sa mère se colorer légèrement. Ça ne s'atténue donc pas avec l'âge, songea-t-il.
- Ça m'intéresse parce que tu vis chez lui la moitié du temps et je veux savoir qui tu es amené à fréquenter.
- C'est tout ?
- Bien sûr que c'est tout. Qu'est-ce que tu crois ? Pff ! Ce que fait ton père de son temps libre… je n'en ai rien à faire, Scorpius. Rien à faire !
Elle reprit sa vaisselle en continuant à bougonner.
- Mais Lavande Brown ! Je n'y crois pas. Comment ils en sont venus à… oh et puis tu sais quoi ? Je m'en fiche complètement.
Elle s'arrêta soudainement et se retourna promptement vers son fils.
- Tu ne lui as pas dit que c'est moi qui te l'avais demandé, hein ?
- Mais non, Maman, t'inquiète pas.
Il sentit une hésitation chez sa mère, comme si elle voulait dire quelque chose qu'elle n'osait pas. Sentant le coup venir, il replaça son livre juste au niveau de sa tête pour masquer toute émotion impromptue. Au bout de quelques secondes seulement, Hermione craqua.
- Et euh…
- Oui ?
- Est-ce que tu lui as dit ? Qui m'accompagnait, je veux dire ?
- Tu veux savoir s'il me l'a demandé ?
- Par simple curiosité.
- Évidemment. Simple curiosité.
Il n'ajouta rien et il entendit sa mère frotter la vaisselle avec vigueur.
- Alors ? s'impatienta-t-elle.
- La curiosité est un vilain défaut, Maman.
Scorpius ferma son livre et se leva pour aller dans sa chambre. Juste avant de quitter la pièce, il crut entendre sa mère marmonner quelque chose comme "il ressemble beaucoup trop à son père".
Square Grimmauld
Jeudi 21 juillet 2022
J-17 avant le mariage
- Pourquoi tu n'avoues pas que ça te fait chier, tout simplement ? Tu verras, ça te soulagera, j'en suis sûr.
- Ça ne me fait pas chier, Ronald ! Simplement, je ne comprends pas ce choix, c'est tout !
Harry et Ron échangèrent un regard qui en disait long. Rien que l'utilisation du prénom complet de Ron révélait à quel point, effectivement, la situation la faisait chier.
-Je sais très bien ce que vous pensez ! Je me fiche complètement de qui il voit et avec qui il sort… mais… Lavande, merde ! Toi, ça ne te fait rien ? demanda Hermione en regardant Ron.
- Tu me demandes si ça m'embête si la fille avec qui j'ai été en couple pendant deux mois il y a vingt-six ans s'est remise avec quelqu'un ? Non, ça va, Hermione, je te remercie mais je t'assure que je vais m'en remettre.
Harry étouffa maladroitement un rire en tentant de le camoufler par une toux, mais vu le regard noir qu'Hermione lui lança, ce fut un échec.
-Oui enfin… elle ne sort pas avec n'importe qui non plus.
- Avec ton ex-mari. Duquel tu as divorcé il y a cinq ans. Tu voulais qu'il reste abstinent toute sa vie ?
- Je n'ai jamais dit ça mais… mais ça me fait bizarre, c'est tout ! Enfin… vous me comprenez, non ? C'est quand même le père de mon fils.
A nouveau, Harry et Ron échangèrent un regard. Oh oui, ils la comprenaient. En fait, ils comprenaient sûrement plus de choses qu'elle.
Le Chaudron Baveur
Samedi 23 juillet 2022
J-15 avant le mariage
- Tu me soûles, Drago. Vraiment.
- Ah, sympa. Je peux savoir pourquoi ?
- Parce que tu te comportes comme un adolescent. Tu es censé avoir 42 ans, mon vieux.
- Je te demande juste si tu étais au courant que Granger…
- … sortais avec McLaggen, oui, j'ai bien compris. Tu ne cesses de le rabâcher depuis une heure !
Drago s'enfonça dans son siège, visiblement un peu honteux.
- Tu n'es pas censée être ma meilleure amie ? demanda-t-il, vexé.
- Si, et c'est justement en qualité de meilleure amie que je te dis ça.
- Je pensais que tu me l'aurais dit si tu étais au courant de quelque chose à ce niveau-là, Pansy, c'est tout.
- Je ne savais pas… j'avais des doutes. Tu le savais, Nev ?
Neville, qui était jusque-là resté à l'écart de cette conversation, se racla la gorge après avoir bu quelques gorgées de son verre.
- Il est possible… je dis bien possible… qu'Hermione m'en ait parlé. Entre deux, comme ça.
- Quoi ? s'insurgea Drago. Et tu ne m'as rien dit ? Je pensais qu'on était amis, Londubat.
- Oui, et je suis aussi l'ami d'Hermione. Vous faites chier avec vos histoires. Qu'est-ce que ça peut te faire si elle sort avec Cormac, de toute façon ? C'est un type bien.
- Ouais, Scorpius m'a dit la même chose.
- D'ailleurs, il va falloir arrêter d'utiliser ton fils de 16 ans pour espionner ton ex-femme, suggéra Pansy.
- Je ne lui demande pas de l'espionner ! Juste de garder un œil sur elle ! C'est sa mère, c'est une histoire de protection.
- Protection, mon cul ! On a entendu une conversation entre Alice et Scorpius. Tu lui demandes toutes les semaines si elle a quelqu'un ! Pourquoi tu n'avoues pas tout simplement que tu es jaloux et que tu ne supportes pas le fait qu'elle refasse sa vie ?
- Jaloux ? Moi ? Mais tu dérailles, Pansy. J'ai tourné la page, je n'en ai rien à faire. Je veux seulement m'assurer qu'elle ne tombe pas sur un psychopathe, c'est tout. Et McLaggen…
- … n'a absolument rien d'un psychopathe, interrompit Neville.
Le couple vit clairement que Drago se mordit l'intérieur des joues pour ne pas répliquer. Ils se regardèrent d'un air complice, ce qui agaça profondément leur ami.
- Quoi ?
- Non non, rien… et dis-moi, c'est vrai que tu vas venir avec Lavande, toi ? Sérieusement ?
- Oui, et alors ?
- Lavande Brown ? T'es quand même gonflé !
- J'ai du mal à croire qu'elle ait accepté, songea le professeur de botanique.
- Qu'est-ce que tu insinues, Londubat ?
- Tu sais très bien ce que je veux dire ! Et puis, tu sais pertinemment qu'Hermione la déteste !
Drago fut incapable de cacher son petit sourire triomphant.
- Des vrais gamins ! soupira Pansy en levant les yeux au ciel.
Jardin du Terrier
Dimanche 24 juillet
J-14 avant le mariage
- J'ai entendu mon père parler de tes parents, Scorp. Ils font encore des siennes, apparemment ?
L'adolescent soupira, mi-exaspéré, mi-attendri.
- Ouais, c'est à cause du mariage. Je crois qu'ils ont tous les deux trouvé le partenaire qui ferait le plus chier l'autre.
- C'est vrai que ton père y va avec Lavande ? demanda Albus.
Son ami acquiesça.
- Mais je croyais qu'elle…
- Oui, mais très peu de personnes sont au courant.
La bouche d'Albus forma un "o" de surprise tandis que James ricana.
- Ton père est vraiment tordu, Scorp. Il peut pas juste dire à ta mère qu'il est toujours amoureux d'elle ?
- Pff, tu parles. Ils sont tous les deux dans le déni complet. Ils me fatiguent, je te jure.
- Je trouve ça trop mignon, moi, intervint Lily. Après toutes ces années, ils s'aiment toujours… c'est beau, non ?
- Je suis d'accord, approuva Alice. Même si ma mère dit que tonton Drago est un abruti, je trouve ça mignon.
- Tonton Drago est plus qu'un abruti ! intervint James. Et c'est pas mignon, c'est ridicule. Ils perdent du temps alors qu'ils pourraient simplement se dire les choses et se remettre ensemble.
- Ouais, parce que toi tu es un expert en la matière, se moqua Lily. C'est pour ça que tu as passé toutes tes vacances scolaires depuis ta première année à nous parler de ta chère Olivia et qu'aujourd'hui, elle ne sait toujours pas que tu existes !
- La ferme, Lily, on parle pas de moi, là, rougit James en détournant le regard.
Les filles gloussèrent tandis que les garçons tentèrent de cacher leur amusement.
- Tu l'aimes bien McLaggen, toi ? demanda James à Scorpius pour changer de sujet.
- Ouais, il est sympa, en vrai… mais bon…
- Tu préfères ton père, quoi, compléta Albus.
- Très bonne analyse, Al, railla le jeune Malefoy. Oui, effectivement, je préfère très légèrement mon père à ce Gryffondor sans cervelle.
- Hé ! s'insurgea James. Ils t'emmerdent les Gryffondor. Et puis tu viens de dire que tu l'aimais bien !
- Oui, oui, je l'aime bien… il est cool, mais il s'y croit trop. Je crois qu'il est persuadé que Maman est à fond sur lui.
- Et c'est pas le cas ? demanda Albus.
- Mais évidemment que c'est pas le cas ! Tu réfléchis un peu ?
- Bon, alors c'est quoi le plan ? lança Alice. Il faut peut-être les faire un peu réagir, non ?
- T'inquiète, sourit Scorpius. Je suis sur le coup.
Salle à manger du Terrier
Dimanche 24 juillet
J-14 avant le mariage
Comme chaque dimanche, il régnait dans la salle à manger du Terrier un brouhaha familier et apaisant. Molly Weasley se délectait de ce doux capharnaüm. Elle regardait cette immense tablée avec une tendresse non dissimulée, fière de voir qu'elle s'agrandissait toujours avec les années.
Enfin, sauf quand certains la quittaient inopinément…
- Comment va Drago, ma chérie ? demanda-t-elle nonchalamment à Hermione.
Comme à chaque fois qu'elle posait la question, la réaction d'Hermione ne se fit pas attendre. Elle commença par rougir un peu avant de froncer les sourcils et de se racler la gorge.
- Je ne sais pas, Molly, vous devriez poser la question à Pansy.
Ladite Pansy ricana.
- Qu'est-ce qu'il y a de drôle ? se vexa Hermione. Tu ne l'as pas vu hier soir ?
- Et comment tu sais qu'elle l'a vu hier soir ? souligna George avec malice.
- Parce qu'ils se voient toujours le samedi soir, rougit encore plus Hermione. Comme moi je vois Harry et Ron le jeudi. Ça a toujours été comme ça.
- Hmm, bien sûr.
- Mais tu sais, tu peux lui dire qu'il est toujours le bienvenu ici, reprit Molly. Il manque à notre table.
Ron se pencha vers Harry et chuchota pas si discrètement :
- A mon avis, y a pas qu'à notre table qu'il manque.
Les deux garçons éclatèrent de rire tandis que Ginny donna un coup de pied à son frère sous la table.
- Aïe ! Mais t'es folle ?
- Tu ne sais jamais quand il faut la fermer, Ronald !
- Mais vraiment, rien que de l'imaginer tout seul chez lui dans cette grande maison alors que nous sommes tous ici…
- Il n'est pas tout seul, Molly, il est avec ses parents, corrigea Hermione.
- Oui, enfin, ses parents… bougonna la mère Weasley en resservant des assiettes.
- Et comment tu sais qu'il est chez ses parents ? questionna Bill en peinant à garder son sérieux.
- Vous me fatiguez ! s'énerva Hermione. Il n'y a pas d'autres choses à penser ? Votre fille se marie dans deux semaines ! ajouta-t-elle en direction de Bill et Fleur.
- Oui, d'ailleurs il paraît que tu vas venir avec Cormac McLaggen. C'est vrai ?
- Oui, c'est vrai. C'est un problème ?
- Pas du tout, j'ai déjà travaillé avec lui plusieurs fois, je l'apprécie beaucoup.
- Pourquoi tu te braques comme ça, Mione ? demanda Ron alors qu'il avait encore la bouche pleine.
- Oh tu es mal placé pour me dire ça ! Tu n'arrêtes pas de répéter que c'est un crétin.
- Parce que c'est un crétin.
- Pas du tout. Il est très charmant et il a énormément mûri.
- Ah ! A presque 45 ans, heureusement qu'il a mûri !
- Harry, il faut que tu m'aides, là. Dis-lui que c'est quelqu'un de bien.
- C'est quelqu'un de bien, confirma le Survivant.
- Super, merci du soutien !
- Mais quoi ? Je ne vais quand même pas écrire un poème pour chanter les louanges de Cormac McLaggen !
- Tu devrais ! Et puis d'ailleurs, je trouve qu'on parle beaucoup de moi, mais toi Ron, il me semble que tu ne nous as toujours pas dit avec qui tu venais au mariage !
Instantanément, Ron se mit à rougir.
- C'est une surprise, marmonna-t-il.
- Une surprise, tu parles ! se moqua Ginny. Tu peux nous le dire que tu vas venir tout seul, on est habitués.
- Ne dis pas ça, Ginevra ! sermonna Molly. Je suis sûre que nous serons ravis de voir qui sera à ton bras, mon chéri.
- Ouais, Ron, on sera ravis, confirma George. Cette fameuse surprise que tu nous caches depuis des mois. A ce compte-là, on en vient à se demander si ce n'est pas une créature mystique !
- Un vampire ? Un loup-garou ? Une vélane ? Tu sais, c'est monnaie courante dans la famille, n'aie pas peur de nous le dire !
Bill et George se mirent à rire tandis que Ron se colora davantage. Molly tenta de défendre son fils mais les éclats de rire se multiplièrent, détournant l'attention de toute l'assemblée.
De presque tout le monde.
Pansy, qui était assise juste en face d'Hermione, se pencha vers elle, un sourire narquois aux lèvres.
- Tu as l'art et la manière de changer subtilement de conversation, Granger, je dois au moins t'accorder ça.
- Je ne vois pas de quoi tu parles, nia Hermione avec un air faussement innocent.
- Je reconnais bien là la politicienne que tu es, mais sache que tu ne t'en sortiras pas comme ça.
Hermione se contenta de sourire sans rien répondre.
Heureusement, Pansy était d'un naturel coriace. S'il fallait agir, elle n'avait pas peur de se salir les mains.
Salle à manger du Manoir Malefoy
Dimanche 24 juillet
J-14 avant le mariage
Comme chaque dimanche, il régnait dans la salle à manger du Manoir Malefoy un silence uniquement perturbé par le bruit des couverts tintant contre les assiettes. Drago comptait les secondes en terminant son dessert. Il savait que les reproches n'allaient pas tarder à arriver, mais il ignorait encore qui lancerait les hostilités.
- J'ai appris qu'Astoria Greengrass était de nouveau enceinte, annonça Narcissa.
Aujourd'hui, ce serait sa mère, donc.
- Ah oui ? demanda Drago, pas plus intéressé que ça.
- Oui ! Ses parents sont ravis. Avec les enfants de Daphné, ils vont avoir cinq petits enfants…
- Je croyais que tu n'aimais pas les familles nombreuses. Vous avez assez critiqué les Weasley.
- C'était avant d'avoir Scorpius. D'ailleurs où est-il ? Il ne devrait pas être déjà arrivé ?
- Tu sais très bien comment c'est là-bas, ils n'ont même pas dû encore attaquer le dessert.
Juste à ce moment-là, l'elfe de maison de la famille apparut devant Lucius.
- Maître Lucius, le jeune Maître Scorpius vient d'arriver.
- Oui, fais-le venir.
Le petit elfe disparut avant de réapparaître avec le plus jeune héritier Malefoy.
- Merci, Gougou, congédia Lucius.
- Salut, Papy !
Scorpius se pencha pour embrasser son grand-père et Lucius grimaça, gêné.
- Drago, combien de fois va-t-il falloir répéter à ton fils de ne pas m'appeler Papy ?
- Au moins une fois de plus, ricana le concerné.
Scorpius salua sa grand-mère d'une étreinte chaleureuse et s'installa à table à côté de son père.
- Alors, ça s'est bien passé, au Terrier ? demanda celui-ci.
- Niquel. Tu te doutes bien que ça ne parle que du mariage.
- Quel mariage ? interrogea Lucius.
- Le mariage de Teddy et Victoire, soupira son fils. Vous y êtes invités, d'ailleurs, il paraît que vous n'avez toujours pas donné votre réponse. Ce n'est pas très poli.
- Nous aimons nous faire désirer, que veux-tu.
La discussion reprit plus légèrement. Maintenant que Scorpius était arrivé, Narcissa était aux anges et Lucius, bien qu'il aimait garder son éternelle apparence froide et distante, était tout simplement fou de son petit-fils. Mais ça, il ne l'avouerait jamais, pas même sous un doloris, merci bien.
Les Malefoy migrèrent de la salle à manger vers les jardins pour profiter de cette belle journée d'été. Lucius et Drago s'éloignèrent afin de partager un verre de whisky pur feu et parler travail tandis que Scorpius et sa grand-mère s'installèrent dans le salon d'extérieur.
- Alors, comment va ta mère ? s'enquit Narcissa à la seconde où ils s'assirent.
Scorpius ne put cacher son sourire.
- Ça va, beaucoup de travail, comme tu t'en doutes, mais ça va.
Narcissa but une gorgée de son thé en pinçant les lèvres. Son petit-fils attendit quelques secondes, bien conscient que le sujet de sa mère ne s'arrêterait pas là.
- Ton père a laissé entendre qu'elle viendrait accompagner au mariage d'Edward.
- C'est vrai.
- Qui est-ce ?
- Il s'appelle Cormac McLaggen. Ils étaient à Poudlard ensemble, il a un an de plus, je crois. Aujourd'hui, il travaille au département de la coopération magique internationale. C'est comme ça qu'ils se sont rapprochés.
- Un poste haut-placé ?
- Je crois bien, oui. Juste en-dessous du Directeur, si mes souvenirs sont bons.
- Et… c'est sérieux ?
- Je ne suis pas sûr… il est déjà venu plusieurs fois à la maison. Ça, c'est plutôt rare. Et je crois qu'il aime vraiment vraiment bien Maman.
- Et ta mère ? Elle l'aime tout autant ?
Scorpius laissa échapper un soupir et regarda en direction de son père. Il était resté seul, Lucius se dirigeant dans leur direction d'un air agacé.
- Que se passe-t-il ?
- Ton fils est un imbécile, Cissy.
- Allons bon, qu'a-t-il fait encore ?
- Que n'a-t-il pas fait, tu veux dire ? Je n'ai jamais vu ça. Comment un Malefoy peut-il se laisser abattre de la sorte ? Qui est ce Corbac McFaden ?
- Cormac McLaggen ! corrigea Scorpius en éclatant de rire.
- Peu importe ! Il faut le payer combien pour qu'il reste éloigné de la femme de mon fils ?
- Lucius, ils sont divorcés, sermonna Narcissa.
- Tu connais très bien mon point de vue sur le sujet. Une abomination. Une honte ! Il faut qu'il se ressaisisse. Alors s'il faut graisser un peu la patte de ce McCullen pour qu'il laisse ma belle-fille tranquille…
- T'inquiète, Papy, rassura Scorpius. Je sens que les choses bougent, en ce moment.
Bureau de Harry Potter - Département de la Justice Magique, Ministère de la Magie
Mercredi 27 juillet
J-11 avant le mariage
Drago était nerveux.
C'était subtil, mais Harry le connaissait trop bien pour passer à côté du malaise qui transpirait de son comportement. Sa jambe bougeait frénétiquement et il pianotait avec ses doigts contre le bois du bureau.
- J'ai presque fini, le rassura le Survivant.
- Je n'ai rien dit.
- Oh, je t'en prie. Je sais très bien que tu n'aimes pas venir au Ministère. Seulement, ça m'arrangeait vraiment que tu viennes, aujourd'hui. Je n'avais pas le temps de passer à ta boutique.
- Je n'ai rien dit ! répéta Drago. Je n'ai aucun problème à venir au Ministère.
- Hmm hmm, se contenta de répondre Harry en remontant ses lunettes sur son nez.
Encore une fois, une pauvre âme mal avisée se serait laissée prendre par le mensonge éhonté, mais néanmoins convaincant, de Drago Malefoy. Seulement, Harry n'était pas dupe : cela faisait trop longtemps qu'il pratiquait la bête pour se laisser berner.
Cependant, Harry avait une fâcheuse tendance à oublier que s'il connaissait Drago par cœur, la réciproque était toute aussi vraie.
- Comment ça "hmm" ?
- Quoi ? s'étonna Harry en relevant la tête des potions devant lui.
- On a été partenaires pendant plus de dix ans, Potter. Tu penses vraiment que je ne sais pas quand tu te retiens de dire quelque chose ? Tu as toujours ce tic avec tes lunettes, là.
- Quel tic ? Tu dis n'importe quoi.
- C'est ça, prends-moi pour un imbécile.
- Allez, Malefoy, tu peux au moins reconnaître que tu évites le Ministère comme la peste depuis que vous avez…
Mais Harry fut coupé dans son élan lorsque la porte de son bureau s'ouvrit sur une Hermione qui n'avait pas pris la peine de s'annoncer. A quoi bon ? Harry lui en avait donné la permission, après tout.
Le climat changea drastiquement dans le bureau du Directeur du Département de la Justice Magique. Le silence dura à peine une seconde, mais Harry ressentait la tension comme si elle venait de lui.
- Madame la Ministre, salua-t-il pour détendre l'atmosphère.
- Salut, Harry, répondit Hermione, tentant de cacher sa surprise.
Elle lança un regard vers son ex-mari.
- Drago.
- Granger.
Harry leva les yeux au ciel, à moitié exaspéré.
- Je voulais juste savoir si Scorp dormait toujours chez toi, ce soir, interrogea la Ministre de la Magie.
- Toujours, oui, confirma son meilleur ami. Un problème ?
- Aucun, c'est juste que…
A son tour, Hermione fut coupée dans son élan par l'arrivée d'un nouveau protagoniste.
- Ah, Hermione, te voilà ! Je me disais bien que je te trouverai ici, est-ce que tu es prête ? Salut, Harry ! Salut Ma… lefoy.
L'hésitation de Cormac McLaggen à saluer l'ex-mari de sa conquête aurait pu être comique si le visage de Drago ne l'était pas plus encore. Pour un homme qui était censé avoir une parfaite maîtrise de soi, il était à présent aussi lisible qu'un livre ouvert.
- Salut, Cormac. Toujours pas parti ?
- Non, je… j'attendais Hermione… enfin, on doit partir ensemble, quoi.
Le malaise était si palpable que même Harry se sentit gêné. Cormac le fixait, l'air d'appeler au secours tandis que Drago ne le lâchait pas du regard. S'il avait eu des baguettes à la place des yeux, ce pauvre Cormac aurait brûlé sur place depuis longtemps. Quant à Hermione, elle était visiblement absorbée dans la contemplation du plafond.
- Oh par Merlin, dîtes-moi que je rêve !
La scène commençait sérieusement à devenir digne d'un mauvais vaudeville. Blaise Zabini venait d'entrer, à moitié caché par Cormac. Il s'avança dans le bureau et observa tour à tour les personnes présentes, un immense sourire aux lèvres.
- Alors ça, c'est une situation tout à fait charmante.
Il n'y eut qu'Harry pour suivre Blaise dans son hilarité. Hermione était devenue rouge pivoine et Cormac semblait s'être tassé de plusieurs centimètres.
- La ferme, Zabini, gronda Drago.
- Bon, allez Malefoy, on y va là ? s'impatienta Blaise une fois qu'il eut reprit contenance. Théo nous attend.
Drago lança un coup d'œil à Harry qui hocha la tête.
- C'est bon, on avait presque terminé. Je passerai à ta boutique en fin de matinée demain, si j'ai besoin de toi.
Le blond acquiesça et se leva promptement. Il évita soigneusement de regarder son ex-femme et se contenta de sortir sans plus de cérémonie. Blaise fit une grimace de circonstance qui, encore une fois, ne fit rire qu'Harry avant de saluer tout le monde et de partir à son tour.
Harry se retrouva seul avec sa meilleure amie et McLaggen et l'ambiance était toujours pesante.
- J'arrive dans une minute, Cormac, finit par dire Hermione.
Ce dernier sembla ravi d'être ainsi congédié et sortit du bureau après avoir salué Harry.
- Ces cinq dernières minutes étaient beaucoup trop intenses pour moi, rit celui-ci.
- A qui le dis-tu, soupira Hermione en s'asseyant en face de lui.
Elle fit apparaître deux tasses de thé et Harry en profita pour ranger un peu les papiers qui traînaient sur son bureau. Il jetait quelques coups d'œil à Hermione qui avait les sourcils froncés.
- Pourquoi il était là ? demanda-t-elle au bout d'une minute.
Harry ne put retenir un petit sourire.
- Une affaire de trafic de potions, j'avais besoin de lui.
Hermione hocha la tête en prenant une gorgée de thé.
- Tu ne vas pas directement à sa boutique, d'habitude ?
- Si, mais là je n'avais pas le temps. Ce n'est pas un problème, quand même ?
- Absolument pas.
- Ah, j'ai eu peur. Ce serait insensé que ça te dérange de le voir cinq ans après votre divorce, pas vrai ?
- Ça ne me dérange pas, Harry. Je le vois régulièrement grâce à Scorpius. Mais là, je ne m'y attendais pas.
Le sourire d'Harry s'élargit. Elle le voyait régulièrement grâce à Scorpius. Pas à cause de Scorpius. Il trouvait ce choix de mot intéressant.
- Tu vois Cormac, ce soir ?
- Oui, il m'a invitée au restaurant.
- Comment ça se passe, avec lui ?
- Bien.
- Bien ? C'est tout ?
- Je ne sais pas quoi te dire de plus…
- Oh, pas de ça avec moi. Ce type a le béguin pour toi depuis des années, et là, deux mois avant le mariage de Teddy, tu lui donnes enfin sa chance ?
- Où est-ce que tu veux en venir ?
- Je veux en venir que tu as fait ça juste pour emmerder Drago. Et en plus, tu jubiles, parce que tu sais que ça marche.
- Tes accusations sont absolument infondées, Harry ! Je suis outrée que tu puisses penser une telle chose !
Son discours aurait pu être convaincant si la rougeur de ses joues ne racontait pas une autre histoire.
- Pourquoi j'aurais fait un truc pareil, d'abord ?
- Tu sais très bien pourquoi. Tu es toujours amoureuse de Drago et comme tu es incapable de dépasser ta fierté et d'aller lui dire, tu préfères le faire chier.
- Tu… je… mais, c'est… c'est n'importe quoi !
- On dirait deux enfants dans une cour d'école. Vous êtes là, à vous éviter un maximum mais à toujours, toujours parler de l'autre. Pas fichus de reconnaître que vous regrettez tous les deux votre décision de vous séparer.
- Je ne regrette rien du tout !
- C'est ça. Alors pourquoi tu as l'air aussi attirée par Cormac que par Rusard ? Pourquoi ça t'emmerde autant que Drago ramène quelqu'un au mariage ? Pourquoi tu ne t'es jamais remise avec quelqu'un depuis cinq ans ?
Hermione chercha ses mots. Harry le voyait dans son regard, elle voulait répondre, sûrement quelque chose de cinglant, mais elle ne trouva rien à dire.
Tout simplement parce qu'il n'y avait rien à dire.
Maison d'Andromeda Tonks
Samedi 30 juillet
J-8 avant le mariage
- Alors, Harry ? Qu'est-ce que tu en penses ?
Teddy Lupin ne cessait de se tourner et se retourner devant le miroir, s'examinant sous toutes les coutures.
- Comme je te l'ai déjà dit une bonne trentaine de fois aujourd'hui, je te trouve parfait, Teddy. Victoire sera époustouflée.
- Pff, tu parles. C'est plutôt moi qui vais l'être.
- Elle n'a pas voulu te montrer sa robe ?
- Non ! Foutues traditions… mais je voulais me préparer en avance, au moins voir la robe sans elle dedans, juste pour avoir une idée. Là, je vais mourir, Harry. Je vais sûrement faire un arrêt cardiaque.
- Mais non… tu vas juste pleurer comme un bébé.
- Comme toi à ton mariage ?
- Je n'y crois pas que tu te souviennes de ça. Tu avais quoi, quand je me suis marié ? Trois ans ? Quatre, à tout casser ?
- Sa mémoire m'étonnera toujours, interrompit Andromeda. Comment tu vas, Harry ?
- A merveille ! répondit-il en prenant celle qu'il considérait comme sa tante dans ses bras. Trois adolescents à la maison, j'ai l'impression d'être un vieux crouton qui ne comprend rien à rien.
- Je compatis, je suis passée par là deux fois. Tu es magnifique, Teddy.
- Grand-mère, par pitié, ne pleure pas maintenant, sinon je vais pleurer aussi et je n'ai pas le temps. Je dois aller voir le traiteur et rejoindre Vicky pour faire un point sur la liste des invités. Lucius et Cissy n'ont toujours pas renvoyé leur carton réponse, tu y crois ?
- Tu sais que tu peux les compter parmi nous, rassura Andromeda avec un sourire tendre.
- A propos des Malefoy... commença Harry.
- Oui, la musique que tu m'as demandée est prévue dans la playlist. Tiens, encore une autre chose qu'on doit vérifier : la playlist.
- Tu me sembles totalement paniqué. Tu n'as pas des témoins qui sont censés t'aider ?
- Ah, oui, nos témoins, parlons-en. Je te rappelle que le mien se matérialise en la merveilleuse personne qu'est ton fils et qu'il a cette fâcheuse tendance à tout remettre au lendemain, puis au surlendemain. Si je le vois dans l'instant T, je l'étripe.
- C'est noté, je lui ferai passer le message.
- Bon, je dois vraiment filer. On se voit demain, de toute façon !
Teddy transplana sans même ôter son costume, laissant sa grand-mère et son parrain seuls dans sa chambre.
- Tu crois qu'il a remarqué que ses cheveux avaient changé de couleur au moins dix fois ?
- Aucune idée.
Square Grimmauld
Dimanche 31 juillet
J-7 avant le mariage
- Dîtes-moi que c'est une blague, se scandalisa Pansy.
- Elle n'a pas osé ? demanda Ginny.
- Apparemment, si… confirma Neville.
- Drago va faire une syncope, s'amusa Ron.
Les voix baissèrent de volume à mesure qu'Hermione s'approchait du petit groupe qui s'était attroupé près de la cuisine.
- Salut, fit-elle d'une voix enjouée mais quelque peu réservée.
Évidemment.
- Joli coup, Granger.
- Pansy ! sermonna Neville.
- Quoi ? Je n'ai rien dit, je salue son audace.
- Quelle audace ?
Mais à son ton, tout le monde devinait qu'Hermione savait très bien où Pansy voulait en venir. Elle n'eut même pas besoin de répondre car Cormac se joignit à la conversation en se faufilant derrière Hermione, l'embrassant sur la joue.
- Cette audace-là, précisa tout de même Pansy.
- Il y a un problème ? demanda innocemment Cormac.
- Absolument aucun, répondit Hermione à la hâte. Est-ce que tu pourrais m'attraper quelque chose à boire, s'il te plaît ?
- Bien sûr.
McLaggen s'éclipsa, non sans avoir embrassé Hermione une nouvelle fois.
- Tu sais, on a un elfe de maison, se moqua Ginny.
- Oh, évidemment, il faut le payer, c'est bien plus contraignant qu'un homme, renchérit Pansy.
- Calmez-vous, les vipères, je l'ai seulement éloigné parce que je sentais que vous aviez quelque chose à dire.
- Nous ? Mais pas du tout. Après tout, qu'aurions-nous à dire ? Tu as parfaitement le droit de ramener ton… ton flirt à l'anniversaire de ton meilleur ami, Granger. Granger ? C'est par ici que ça se passe.
Hermione n'avait pas l'air d'être très attentive. Elle ne cessait de regarder derrière elle pour regarder les nouveaux arrivants.
- Drago n'est pas encore là, informa Ron avec un sourire narquois.
- Je ne le cherche pas, je regarde juste qui entre dans la maison, j'ai le droit ?
- Ah, je ne savais pas que tu avais été invitée uniquement pour jouer les vigiles.
- Très drôle, Ron. D'ailleurs, où est ta surprise dont tu nous parles depuis des mois ? Je pensais que tu l'aurais amenée, aujourd'hui.
Immédiatement, Ron se mit à rougir au niveau des oreilles, comme quand il était adolescent.
- Je l'ai invitée au mariage de Teddy, pas ici.
- On est très impatients de la rencontrer, cette femme. C'est bien une femme, pas vrai ?
- Oui, Ginny, évidemment que c'est une femme !
- Ne t'énerve pas comme ça…
- Parce qu'on dirait que vous ne me croyez pas !
- Oh, ça vient sans doute du fait qu'on ne te croit pas, ironisa Pansy.
Ron marmonna dans sa barbe tandis qu'Hermione arborait un sourire satisfait.
- Le manque cruel de mouvement dans la vie amoureuse de Weasley est définitivement le sujet parfait pour changer de conversation, pas vrai, Granger ?
Ladite Granger tourna la tête vers Pansy, le visage aussi innocent que possible. Ce fut ce moment que choisit Cormac pour réapparaître, deux verres de whisky pur feu dans les mains. En voyant cela, Hermione grimaça imperceptiblement.
- Il va falloir faire quelques efforts, se moqua Ginny.
Cormac la regarda en fronçant les sourcils.
- Hermione déteste le whisky pur-feu.
- Tu savais qu'elle allait l'emmener ?
- Non, Papa. Je n'en savais rien.
- Tu me le dirais, sinon ?
- Oui, je te le dirais. Mais ça changerait quoi ?
- J'en sais rien. Je l'aime pas, ce type.
- Et pourquoi ça ?
- Tu l'aimes bien, toi ?
- Bien l'aimer… c'est un grand mot. Mais il est sympa. Drôle, parfois. Et puis…
- Et puis ?
- Il aime bien Maman.
Drago ne répondit pas tout de suite. Scorpius se rendit compte que son père ne s'attendait pas à cette réponse, et le jeune homme fut fier de son effet.
- Et c'est ça qu'on veut, pas vrai ? renchérit-il. Qu'elle trouve quelqu'un qui l'apprécie à sa juste valeur…
- Ah parce que cet imbécile apprécie ta mère à sa juste valeur ?
- Il en donne l'impression, en tout cas.
- Tu parles. Ça a toujours été un arriviste de bas étage. "Et mon oncle ceci, et mon oncle cela". Si tu veux mon avis, il n'est avec ta mère que parce qu'elle est Ministre de la Magie.
- Tu sais, Cormac est en bonne ligne pour devenir Directeur du Département de la Coopération Magique Internationale…
- Ah ? C'est son oncle qui l'a poussé jusqu'ici ?
- Papa…
Scorpius leva les yeux au ciel. Il avait l'impression d'effectuer ce geste toutes les cinq minutes lorsqu'il parlait avec ses parents.
Il vit Pansy s'approcher d'eux et en profita pour se lever.
- Tu tombes bien, je te refile le bébé, lui dit-il. Il est très ronchon.
Pansy ricana et lança un clin d'œil à son filleul.
- Alors on est grognon, Drago ? se moqua-t-elle en se penchant vers son meilleur ami.
Scorpius espionnait ses parents.
Il savait qu'il le faisait trop ces derniers temps, qu'il s'immisçait beaucoup trop dans leur vie privée.
Mais il était si sûr de lui. Tout le monde en était sûr. Il n'y avait qu'eux qui se voilaient la face.
La soirée battait son plein chez Harry. Les plus jeunes mettaient l'ambiance tandis que les plus âgés discutaient tranquillement, disséminés un peu partout dans la grande maison et le jardin de son parrain.
Quelques minutes auparavant, Scorpius avait repéré son père, seul, adossé contre la rambarde qui surplombait le jardin, son verre à la main et les yeux pensifs. L'occasion était trop belle, alors il s'était dépêché d'aller trouver sa mère pour lui dire que Harry la cherchait et qu'il devait lui dire quelque chose d'important.
Et là, caché de telle sorte à ne pas être vu mais de façon à ce qu'il puisse tout entendre, Scorpius observa sa mère chercher Harry du regard et retenir son souffle lorsque ce dernier se posa sur son ex-mari. Il la vit hésiter alors que Drago n'avait pas encore remarqué sa présence. Elle recula imperceptiblement, se mordant la lèvre, les sourcils froncés et les yeux plein de doute.
- Allez, murmura l'adolescent pour lui-même. Vas-y, Maman.
Et que Merlin soit loué, car sa mère avança finalement de quelques pas, jusqu'à se retrouver à côté de celui qui fut autrefois son mari. Celui-ci sursauta en sentant sa présence et les deux se regardèrent, de ce regard plein de gêne et de sous-entendu qui était toujours de rigueur quand ils se retrouvaient dans la même pièce.
- Salut, souffla-t-elle en s'accoudant à son tour à la rambarde.
- Salut, répondit Drago sur le même ton.
Scorpius se souvenait de l'époque juste après leur divorce, cinq ans auparavant. Ce malaise entre ses parents avait le don de l'énerver au plus haut point. Aujourd'hui, avec plus de recul et de maturité, il le trouvait touchant et il ne put freiner le sourire tendre qui prit possession de ses lèvres.
Ce n'était pas si souvent qu'il avait l'occasion de voir ses parents ensemble. Quand leur divorce fut prononcé, il n'avait que onze ans et bien qu'il passât la majeure partie de l'année à Poudlard, quand il rentrait chez lui, il fallait bien que son père l'emmène chez sa mère et inversement. L'ambiance était alors tendue, ce que le jeune Scorpius avait du mal à accepter. A l'époque, ils pensaient que ses parents se détestaient.
Drago et Hermione avaient également l'occasion de se voir grâce à leur cercle d'amis très très commun. Malgré leur séparation, Drago était resté très proche de Harry et Ron, et Hermione de Pansy, Blaise et Théo.
De ce qu'il se souvenait, personne n'avait réellement compris les véritables motifs derrière cette séparation. Et du haut de ses seize ans, lui qui ne connaissait pas grand chose à l'amour, quand il regardait ses parents faire semblant de ne plus s'aimer, il ne comprenait pas non plus.
- Tu n'as pas amené ta copine ?
Le ton de sa mère se voulait curieux, badin, mais l'amertume s'entendait à des kilomètres. Scorpius vit son père se mordre l'intérieur de la joue pour ne pas ricaner, avant de répondre.
- Tu parles de Lavande, je suppose ? Non, elle n'a pas pu venir.
- Je vois…
Il y eut un long silence et Scorpius eut peur que la discussion ne s'arrête là. Il était déjà en train de réfléchir à comment la relancer sans se faire prendre, quand son père le devança.
- Toi, en revanche, tu as ramené le tien. De copain, précisa-t-il.
Hermione rougit et but une gorgée de son verre en grimaçant.
- Pourquoi tu bois ça ? Tu détestes le pur feu.
- Oh, c'est Cormac qui me l'a apporté tout à l'heure… c'est vrai que c'est dégueulasse.
Drago pencha un peu la tête sur le côté et sonda son ex-épouse du regard. Scorpius mourait d'envie de savoir ce qui se passait dans sa tête en cet instant. Finalement, son père soupira et fit un geste de la main avant qu'un verre n'apparaisse dans celle-ci.
Un mojito. Le cocktail préféré de sa mère.
Hermione tenta de dissimuler son sourire, cela se voyait d'ici, mais y parvint très mal. Elle accepta la boisson avec un geste lent, presque hésitant, et posa la question qui lui brûlait visiblement les lèvres.
- Tu t'en souviens ?
Son ex-mari mit quelques secondes à lui répondre.
- Je me souviens de tout.
Scorpius sentit ses mains devenir moites. Les yeux d'Hermione s'écarquillèrent, ne s'attendant visiblement pas à cette réponse, et au moment où elle allait répondre quelque chose, Albus Potter apparut au beau milieu de cette scène parfaite.
- Ah, vous êtes là ! Vous n'auriez pas vu Scorpius ?
"Putain !" grogna Scorpius entre ses dents. La magie de l'instant était brisée, tout ça par la faute de cet imbécile d'Albus. Il allait l'étriper.
- On joue les espions ?
La voix juste derrière lui le fit sursauter et Scorpius se retourna pour découvrir le sourire narquois de son parrain.
- Les cupidons, tu veux dire !
Harry se mit à rire doucement et posa une main sur l'épaule de son filleul.
- Je crois qu'ils ont une bonne dizaine de cupidons derrière eux.
Appartement d'Hermione
Lundi 1er août
J-6 avant le mariage
Scorpius se réveilla plus tôt qu'il ne l'avait prévu, ce lundi matin. Il n'y avait aucun bruit dans la maison et le jeune homme se demanda brièvement si sa mère était encore endormie. Une rapide vérification lui apprit qu'il était un peu plus de neuf heures : il était impossible qu'elle ne soit pas réveillée.
Comme elle n'était pas dans le salon, il la chercha dans sa chambre. Pourquoi sentait-il le besoin de courir après sa mère ce matin, il l'ignorait, mais il se rendrait compte plus tard que cela ne pouvait pas être le fruit du hasard.
Il toqua légèrement contre la porte de la chambre d'Hermione et n'attendit même pas de réponse avant d'entrer. Sa mère, assise sur son lit, une feuille de parchemin dans la main, sursauta en l'entendant.
- Scorp ! Tu m'as fait peur !
Il nota néanmoins qu'elle cacha le papier derrière elle.
- Je ne te trouvais pas, je voulais voir si tout allait bien.
- Oui oui, je lisais un peu dans ma chambre pour ne pas faire de bruit et te laisser dormir.
Scorpius acquiesça tout en remarquant que sa mère essuya promptement ses joues, comme si… comme si elle avait pleuré.
- On prend un petit-déjeuner ?
L'adolescent accepta, non sans prendre note d'où sa mère rangea le mystérieux parchemin.
Il y revint quelques heures plus tard, alors qu'Hermione était partie travailler. On lui avait toujours dit que sa curiosité maladive l'entraînerait dans de sales histoires, un de ces jours, mais Scorpius décida que ce jour n'était pas encore arrivé.
Il pénétra donc dans la chambre de sa mère et ouvrit le tiroir de la commode où il l'avait vue ranger cette feuille qui l'avait visiblement bouleversée.
Il n'aurait su dire pourquoi, mais en entamant sa lecture, il ne fut pas vraiment surpris.
Granger,
Je tiens à commencer cette lettre en te présentant mes excuses. Tu aurais certainement préféré que je te dise tout ce qui suit de vive voix et, pour être honnête, moi aussi. J'aurais tant aimé voir tes réactions, tes yeux pétiller et tes joues rougir.
Mais voilà, la peur du rejet est bien plus forte et, comme tu le sais, je n'ai jamais eu ton courage.
J'aurais dû te dire tout cela il y a des semaines, peut-être même des mois. Nous aurions gagné beaucoup de temps, je pense, mais l'imbécile que je suis n'arrive tout simplement pas à croire à sa chance.
J'ai du mal à trouver quels mots utiliser pour t'expliquer tout ce qui se passe en moi depuis quelques temps.
La gratitude, déjà. Envers toi, mais pas seulement. Envers tout ceux qui me laissent ma chance, qui m'ont permis de devenir Auror. Je pourrais te parler de Potter, bien sûr, mais cette lettre est écrite pour toi. Mais qu'il se rassure, j'en écrirai une pour lui, qu'il ne soit pas jaloux.
La gratitude, donc. Je pense que c'est la première fois de ma vie que je goûte à cette sensation.
Toi, de toutes les personnes au monde, tu aurais dû être celle qui ne me pardonne pas. Pour toutes les raisons que tu connais et que je n'ai pas envie de citer ici : cette missive a pour but de t'ouvrir mon cœur et ce dernier est assez noirci pour que je prenne la liberté de ne pas entacher cette lettre de mes erreurs passées.
Pourtant, malgré tout, tu as eu la bonté de mettre tout ça derrière nous. Tu m'as accueilli dans ton cercle d'amis comme si je le méritais. Tu m'as offert ton pardon bien que je n'en sois pas digne. Je suis désolé, d'ailleurs, de m'être renfermé devant ta main tendue, au début. Il faut me comprendre, cette bienveillance n'est pas quelque chose dont je suis coutumier. A part ma mère, je n'avais jamais été habitué à ce genre de comportement. Il m'a fallu du temps pour l'accepter.
Aujourd'hui, je n'arrive plus à imaginer ma vie sans ça. Sans toi.
Je sens que notre relation prend un tournant que je n'aurais jamais osé imaginer, pas même dans mes rêves les plus fous. Je suis pratiquement certain que tu ressens la même chose, mais c'est à cause de ce « pratiquement » que je suis en train de t'écrire au lieu de te parler.
Pourtant, tous les signes sont là. La façon dont tu me regardes, la façon dont tu rougis, cette manière que tu as de toujours te rapprocher de moi, dès que n'importe quelle occasion se présente. Les coups d'œil plus ou moins discrets de Potter, les allusions pas du tout discrètes de Weasley et les coups de poings de Pansy dans mon bras, qui ne cesse de me dire que je suis un abruti et que tu n'attends que ça. Je sais que tu n'attends qu'un geste de ma part, et crois-moi, il n'y a que la hantise de ton refus qui m'empêche de le faire, ce geste.
Mais après le mariage de Potter, après cette danse, après ce presque baiser que je n'ai pas osé te donner alors que tout en moi hurlait de le faire… je sais que je n'arriverai plus à me contenter de ton amitié.
C'est de ça, aussi, dont j'avais peur. De gâcher cette relation privilégiée que nous avons tous les deux. Je n'avais pas envie qu'en comprenant ce que je ressentais pour toi, tu m'éradiques de ta vie. Persuadé que tu ne pourrais jamais ressentir la même chose, j'ai préféré me contenter de ton amitié dont j'étais sûr.
Mais aujourd'hui je sais que je ne peux plus faire semblant. Après avoir senti ton corps si près du mien, ton souffle sur mes lèvres, après avoir touché du doigt le paradis auquel j'aspire sans oser y croire… je ne pourrai plus être seulement ton ami.
Je veux que tu nous laisses une chance. Je n'arrive pas à envisager les choses autrement et quand je pense à l'avenir, tu es toujours là. Tout le reste est un peu flou, je te l'accorde : dans vingt ans, serai-je toujours Auror ? Habiterai-je toujours à Londres ? Aurai-je des enfants ? Je n'ai aucune réponse à ces questions, aucune certitude à aucun sujet, sauf celui-ci. Dans vingt ans, je t'aimerai toujours autant que maintenant.
En fait, non. Il est certain qu'après deux décennies passées à tes côtés, je t'aimerai plus encore.
La lettre n'était pas signée : il n'y en avait nullement besoin.
En revanche, elle était datée. 1er Août 2002
Cette lettre avait vingt ans aujourd'hui.
Appartement de Drago
Mercredi 3 août
J-4 avant le mariage
En entendant les coups contre la porte d'entrée, Scorpius se dépêcha d'aller ouvrir avant que son père ne puisse le faire.
Sur le perron, Lavande Brown haussa un sourcil surpris en découvrant son hôte.
- Bonjour, Lavande, salua poliment le jeune Malefoy.
- Bonjour, Scorpius. Drago n'est pas là ?
- Il arrive, je vais aller le chercher.
Il laissa passer une petite seconde avant de demander d'un air innocent.
- Parvati n'est pas avec vous ?
Le visage jusque là plutôt neutre de Lavande se fendit d'un sourire entendu.
- Tu ressembles beaucoup trop à ton père pour ton propre bien, jeune homme.
Scorpius lui rendit son sourire et s'écarta pour la laisser entrer. Sûrement alerté par le bruit de leur discussion, Drago apparut dans l'entrée et lança aux deux autres un sourire gêné.
- Salut, Lavande, c'est gentil d'être passé.
La sorcière soupira en retirant sa veste, rejoignant Drago en quelques enjambées.
- Aucun souci, se contenta-t-elle de répondre.
Drago l'entraîna vers son bureau, et avant qu'ils ne disparaissent, Scorpius eut tout de même la satisfaction d'entendre un bref échange.
- Je fais ça uniquement pour emmerder Granger, tu sais.
- Je sais. Pourquoi tu crois que j'ai fait appel à toi ?
Cottage de Neville et Pansy
Vendredi 5 août
J-2 avant le mariage
Scorpius se dépêcha de sortir de l'âtre de la cheminée. Dans le salon, tout le monde était déjà là et Pansy le darda de son regard désapprobateur.
- Quand même ! On a failli t'attendre.
- Désolé, j'ai été retenu.
- C'est ça ! Aussi ponctuel que son père.
Il lui répondit par une grimace et s'installa sur l'un des canapés à côté de Harry. Ginny était là aussi bien sûr, ainsi que Ron et Blaise et Théo. Neville était en train de servir du thé pour tout le monde et Pansy menait la barque, debout devant la petite assemblée, l'air déterminé.
- Bien, je déclare cette séance numéro 157 de la mission "Sauvons le mariage des deux abrutis" officiellement ouverte.
- Tu as vraiment compté ? s'étonna Ron.
- Bien sûr que non, Weasley, mais je suis ravie de voir que tes deux neurones sont toujours en état de marche. L'ordre du jour ! Le mariage a lieu après-demain et il est grand temps de faire le point. Le plan de table ?
- Victoire me l'a envoyé, intervint Ginny. Nous sommes tous à la même table, ce qui arrange grandement nos affaires.
- Sauf que Lavande et McLaggen seront aussi à cette table, objecta Théo.
- Ça ce n'est vraiment pas un problème, rassura Pansy, sûre d'elle. Ensuite, Potter, la musique ?
- Teddy m'a assuré qu'elle était dans la playlist, quand la soirée sera bien bien entamée.
- Parfait ! s'excita la maîtresse des lieux en tapant dans les mains. Par contre, avant d'en arriver là, il faudra qu'ils se soient déjà rapprochés tout au long de la soirée, alors il va falloir mettre la main à la patte.
- Il faut orienter la conversation pendant le repas, proposa Blaise. L'orienter sur eux, mais de façon assez subtile pour qu'ils ne s'en aperçoivent pas.
- Parler de sujets qu'ils aiment tous les deux, par exemple, suggéra Neville. Ou raconter de vieilles anecdotes qui se sont passées pendant qu'ils étaient encore mariés.
- Exactement ! approuva Pansy. Par contre, il y a un point qu'on n'a pas encore évoqué. Lavande, on sait très bien que Drago l'emmène pour faire chier Granger, aucun doute là-dessus. Mais McLaggen, alors ?
- Personnellement, je trouve cette histoire très louche, dit Harry. Je sais qu'il a toujours plus ou moins eu le béguin pour Hermione, même à Poudlard, mais elle n'a jamais voulu entendre parler de ce type. Et là, tout d'un coup, elle sort avec ? C'est bizarre. Qu'est-ce que tu en dis, Scorp ?
- Je ne suis pas sûr… j'ai l'impression que Cormac aime beaucoup Maman, mais elle… je ne sais pas. Et évidemment, elle ne me parle pas du tout de ces choses-là. Ce que je peux vous dire, par contre, c'est qu'elle avait hâte de connaître la réaction de Papa quand il a appris avec qui elle viendrait au mariage.
- Tu m'étonnes, sourit Pansy.
- Et ce que je peux également vous dire, c'est que j'ai surpris Maman en train de lire une lettre que Papa lui a écrite il y a vingt ans…
- J'adore ! Sérieusement, ils sont à ça de craquer là, non ?
- Franchement j'en sais rien, répondit Ron. Ils sont aussi têtus l'un que l'autre. Hermione n'arrête pas de répéter qu'elle se moque de savoir ce que fait Drago, avec qui il est, comment il va, bla bla bla…
- Je crois que Drago flanchera plus facilement. Et une fois qu'il aura fait le premier pas, Granger suivra forcément. On va y arriver, je le sens bien.
Pansy regarda Scorpius droit dans les yeux avec un sourire confiant.
- Je peux t'assurer que tes parents se seront remis ensemble avant la fin de cette soirée.
