Une petite bouillote et puis s'en va


Guenièvre était malade.

Le froid polaire qui était tombé sur le royaume faisait des ravages dans le château. Après Bohort et Gauvain, c'était au tour de la reine de finir au fond du lit, une pile de couvertures jusqu'en haut de la tête et une bouillotte bouillante sur les pieds.

Arthur roula des yeux, avant de frotter avec maladresse son bras. Sa femme grogna, se roulant un peu plus en boule dans le lit, et il soupira.

-Ça va ? Un silence lourd lui répondit. … ouais non, oubliez, je comprends.

Il ne pouvait même pas lui en vouloir. S'il avait attrapé ce qu'elle avait chopé, il serait aussi en léthargie au fond du lit. Au moins, Guenièvre ne se plaignait pas. Elle encaissait, silencieusement, se roulant en boule et attendant que cela passe.

Arthur aurait été invivable.

Un reniflement résonna à côté de lui, suivi immédiatement d'un éternuement monumental. Le roi grimaça, la regardant se moucher avant de jeter le tissu sur le sol, écœurée.

-Je déteste l'hiver, bougonna sa femme. Il fait froid, il neige, il y a du vent, j'ai l'impression d'être en Carmélide ! gémit-elle, avant de frapper le lit du poing.

-Oh bah faut pas dire ça.. C'est pas si terrible que ça, sourit le roi, amusé malgré lui par son attitude enfantine.

Guenièvre se retourna, lui adressant un regard vide.

-Vous êtes déjà allé en hiver en Carmélide ?

-Hum, non, mais..

-Ben taisez-vous alors. Si je vous dis que c'est pourri, c'est que c'est pourri.

Arthur roula des yeux.

-Ça va oui ? Je peux encore parler ?

-Ben parlez pas pour rien dire ! s'exclama Guenièvre, irritée, avant d'éternuer. Oh zut !

Arthur s'éloigna prudemment.

-Oh bah ça va, j'ai pas la peste non plus !

-Sans comparer ça à la peste, vous m'en voudrez pas si je garde une distance de sécurité, commenta le roi en levant son parchemin pour se protéger.

-Oui bah ça va, si vous êtes pas content, vous avez qu'à aller chez Demetra ! Elle est pas malade, elle ! Et vous pourrez faire vos cochonneries avec, ça vous changera les idées ! C'est pas comme si vous allez les faire avec moi, de toute manière !

-Oh mais ça va, oui ? s'exclama Arthur en la fixant, ébahi. Qu'est-ce que vous avez, là ? Ce n'est pas parce que vous êtes malade qu'il faut être chiante !

-Je suis toujours chiante à vous écouter !

-Ben là vous l'êtes carrément !

-Ben vous avez qu'à vous casser !

-Non mais vous êtes sérieuse, là ? Je suis encore chez moi !

-Moi aussi !

-J'ai pas dit le contraire ! C'est vous qui gueulez, là !

-Oh, fichez-moi la paix ! Je vous ai rien demandé !

Et avec cela, Guenièvre se laisse retomber sur le lit, sa couverture sur la tête.

Un silence lourd s'installa entre eux, bientôt rompu par un reniflement.

-J'suis.. j'suis désolée.. Je devrais pas…

-Vous devriez pas, non, roula des yeux le roi, avant de soupirer en l'entendant de nouveau renifler. Oh bah pleurez pas..

-Je pleure pas !

-Si, vous pleurez, grommela-t-il. J'aime pas quand vous pleurez.

-Pourquoi ?

-Quoi, pourquoi ? Il la dévisagea, ahuri. Qu'est-ce que c'est que cette question pourrie ! Parce que j'aime pas quand vous pleurez, c'est tout ! J'aime pas quand les gens pleurent, après faut les calmer, c'est le bazar, ça met des larmes partout, c'est crade, bougonna-t-il, tentant de se cacher derrière son parchemin.

Il sut qu'il avait échoué lorsque Guenièvre se retourna, le fixant. Finalement, un léger sourire étira ses lèvres malgré sa fatigue, et elle se roula en boule contre lui, déclenchant des sons de protestation.

-Merci, marmonna-t-elle.

-Quoi ? Le roi la dévisagea, paniqué. Pourquoi ?

La reine se rapprocha de lui, nichant son visage contre ses cotes. Arthur sentit ses mains se crisper, en même temps qu'il ouvrait la bouche pour continuer à râler. Ses grommellements moururent net, cependant, lorsque la jeune femme murmura :

-Pour être gentil. La bouche du roi se referma, et il la fixa. Personne.. Personne n'était gentil avec moi quand.. Fallait que je me taise, murmura-t-elle.

Arthur fronça les sourcils, essayant d'ignorer à quel point le corps de sa femme était chaud, une vraie bouilloire, elle avait combien de fièvre exactement cette andouille, ça n'allait pas de se coller comme ça contre lui, elle allait le rendre malade, il faudrait qu'il appelle Elias…

-De quoi vous parlez ?

Guenièvre soupira, secouant la tête.

-C'est rien.

-Ben non c'est pas rien, sinon vous en parleriez pas.. Malgré lui, le roi glissa sa main dans ses cheveux, les caressant gentiment. Dites-moi.

-Vous allez pas vous moquer ?

-Pourquoi je me moquerais ?

La reine haussa une épaule.

-Vous vous moquez tout le temps.

Aoutch.

Ok, celle-là, il l'avait mérité.

-Ben je vous promets que je ne moquerais pas, voilà. Promis, juré, parole de roi, assura-t-il, mal à l'aise.

Guenièvre soupira de nouveau, et elle semblait si jeune soudainement, que son mari sentit quelque chose se tordre en lui.

-Quand j'étais petite.. Mes parents.. Ils aimaient pas quand on était malade.. Il fait toujours froid à la maison.. On faisait des feux et tout, mais ça suffisait jamais, pas en hiver.. Je tombais toujours malade.. ça les énervait..

Arthur grimaça.

Il pouvait imaginer la scène plutôt facilement.

-Ils gueulaient ? Non, désolé, mais ils gueulent tout le temps, donc bon..

Malgré elle, Guenièvre rit, avant d'hocher la tête. Cette fois, Arthur fronça les sourcils.

-C'est débile.. Ce n'était pas votre faute. J'ai envie de dire, ça serait plutôt la leur, si vous tombiez malade à répétition, c'est qu'ils ne faisaient pas leur boulot correctement. Quoi, c'est pour ça que vous vous plaignez jamais quand vous êtes malade ? réalisa-t-il soudain, horrifié.

-On ne se plaint jamais en Carmélide, répliqua immédiatement sa femme, les mots instinctifs et automatiques, malgré sa voix fatiguée. On n'est pas des tapettes. On sert les dents, on est fort, on fait pas honte à ses parents en étant une midinette.

L'expression du roi se durcit.

Presque immédiatement, ses bras se refermèrent autour de sa femme, le geste instinctif et protecteur les surprenant tous deux.

Dans les yeux du souverain, une colère froide.

-On est à Kaamelott, ici, pas en Carmélide. Si ça va pas, vous le dites. Si vous êtes malade, vous le dites. Si vous avez froid, vous le dites. Si vous avez faim, vous le dites. Si vos parents sont des connards, vous me le dites. C'est moi qui dirige, ici, s'ils sont pas contents, ils dégagent. Ok ?

Guenièvre le fixa, choquée.

Arthur inspira profondément, tentant de contrôler sa colère. Ce n'était jamais bon, quand il ressentait quelque chose aussi fortement. Cela finissait toujours en connerie. Mais il ne pouvait juste pas laisser sa femme parler sans réagir. Il n'en était pas amoureux, non, et il n'était certainement pas le meilleur mari du monde, surement pas.

Mais il n'y avait aucun moyen qu'il la laisse souffrir en silence, parce que c'était ainsi que ses deux trous ducs de géniteurs l'avaient élevée.

-Vous voulez un truc à boire ? De l'eau, du jus de fruits ? Du lait chaud ? Je peux demander du miel.. Je suis sûr qu'en fouillant on pourrait trouver un truc sympa, murmura-t-il en commençant à se redresser, mais la main de son épouse se referma sur son bras.

-Juste vous.

Elle avait murmuré, sa voix douce et fatiguée, et Arthur sentit ce même sentiment lui tordre de nouveau le cœur.

Sans réfléchir, il caressa son visage, avant de repousser les mèches humides sur son front.

-Juste moi ? répéta-t-il doucement.

Guenièvre hocha la tête, avant de froncer les sourcils.

-Vous croyez.. qu'vous pourriez trouver de la pâte d'amandes ?

Elle le fixa timidement, et le roi ne put s'empêcher de rouler des yeux, amusé malgré lui.

-Je promets rien. Entre vous et Bohort, je ne sais pas s'il en reste. Mais je peux demander. Et du lait chaud. C'est bien, le lait chaud, pour se réchauffer. Avec du miel.

-Oh bah c'est gentil, murmura son épouse, en fermant les yeux. J'y aurai pas pensé..

Et déjà elle sombrait de nouveau dans le sommeil, son bras fermement enroulé autour de sa taille.

Arthur soupira, avant de se laisser retomber sur ses oreillers.

Et merde.

Lui et son bon cœur, en même temps.

Il allait falloir qu'il fasse attention. A ce rythme, il risquait de tomber amoureux.