Le versin et la coquatrix

Le retour sur Erebor se fit lentement et dans la plus grande peine. Kili pleurait son frère tout autant que Tauriel.

Thorin était tiraillé entre la tristesse d'avoir perdu ses neveu et ami, la frustration de n'avoir pas mené à bien la mission qui lui avait été confiée, et un sentiment très étrange et inconnu vis-à-vis de Lyana.

Alors qu'ils traversaient la forêt verte, un groupe d'elfes les encercla. Mais sans la moindre agressivité. Leur chef leur demanda de les suivre auprès de Thranduil dans son palais au Nord-Est. Thorin se méfia mais accepta que les nains les suivent. Peut-être pourrait-il leur venir en aide...

Thorin s'était étonné d'avoir eu une telle idée. Fallait-il qu'il soit aux abois...

- Vous avez abandonné ? remarqua le roi des elfes depuis son trône aux étranges et majestueuses ramures de bois.

Il était vêtu de son grand manteau argenté et il portait une couronne en cercle sertie de nombreuses pierres blanches. Il tapotait lentement son accoudoir de ses longs doigts ornés de bagues scintillantes sous la lueur vacillante des lampes à lucioles.

Thorin se redressa, serra les poings et s'apprêta à répliquer.

- Évite le "ishkh khakfe andu null" de la dernière fois. Cela ne lui avait pas beaucoup plu. murmura Balin pour le freiner.

- Mouais, les geôles, les tonneaux dans le torrent, le poisson et à nouveau les tonneaux, on a déjà donné ! vociféra Dwalin.

Thorin se retint donc.

Thranduil fronça les sourcils devant le mutisme de son interlocuteur.

- Je vous ai connu avec plus de répondant. sourit narquoisement le roi sindar.

- Abandonné ? Il n'y avait plus personne à sauver ! répondit calmement le roi des nains.

Thranduil se leva et jaugea Thorin avec étonnement. Une réaction qui ressemblait peu à l'héritier de Durin...

L'elfe descendit de son piédestal vers les nains et présenta à l'assistance une boule de lumière qu'il venait de récupérer sur une grande table. D'un diamètre d'une vingtaine de centimètres, elle étincelait.

- Tauriel est en vie ! dit-il.

- Vraiment ? s'enquit Kili.

Thranduil le regarda avec dédain.

- Et si elle l'est, les autres le sont certainement aussi. ajouta-t-il.

- Mais il n'y avait personne et les manticores sont passés par là. intervint Dwalin.

- Les avez-vous vus ? demanda Thranduil.

- Non... Mais nous avons vu les rokhs.

- Les rokhs ne sont pas toujours suivis des manticores. Ils ont aussi la capacité d'enlever des hommes, des elfes... voire des nains.

Ces derniers mots étaient emprunts d'énormément de mépris. Ce qui mit Thorin en colère.

- Qu'est-ce que cette elfe faisait à nos trousses ?

- Euh... C'est de Tauriel que tu parles ? balbutia Kili.

Thorin se retourna et lui jeta un regard noir.

- Tauriel devait veiller sur la princesse. Dès le début, j'ai douté en votre capacité à lui assurer protection. Et les événements n'ont fait que confirmer mon sentiment. ajouta Thranduil.

- Et qu'a-t-elle fait de plus que nous ? grogna Thorin.

- Je crois que par « elle », il fait allusion à Tauriel, une fois de plus. murmura Kili à Balin.

- Elle n'a pas fait pire en tout cas. conclut le roi des elfes sylvestres.

La porte s'ouvrit avec fracas. Un grand elfe brun portant un diadème en V et arborant un somptueux manteau de couleur prune s'avança. Il était suivi d'une magnifique femme vêtue de blanc aux longs cheveux blonds comme les blés et aux yeux d'opaline. Enfin, juste derrière, trottait un vieillard bien moins élégant que les deux hôtes qui le précédaient.

- Merci d'avoir répondu à mon invitation. dit Thranduil qui les salua d'un hochement de tête respectueux.

- Ne vous réjouissez pas si vite, seigneur Thranduil. dit Elrond.

- Nous connaissons la raison de ce conseil que vous avez demandé. Mais nous ne vous suivrons pas. poursuivit Galadriel.

Le visage de Thranduil se crispa.

- Pourquoi ?

- Intervenir serait trop risqué pour l'équilibre de la Terre du Milieu. justifia la dame de Lorien.

- Ne rien faire l'est d'autant plus ! éructa-t-il.

- Intervenir où et comment ? s'impatienta Thorin.

- Thranduil veut que nous montions une bataille commune pour délivrer Lyana. précisa Radagast.

- Une bataille contre qui ?... Et pourquoi voudriez-vous la secourir ? Pour le womantin ? demanda Nori.

- Et vous ? Le feriez-vous si vous le pouviez ? renvoya Thranduil.

Thorin ne répondit pas et se retourna vers les sommités présentes.

- Que vous interveniez ou non, peu m'importe mais si vous savez où ils sont retenus, je vous demande juste de m'en indiquer le lieu.

- Sumarita. répondit Elrond.

- Sumarita ? Où cela se trouve-t-il ? demanda Gloin.

- Au nord de la Terre du Milieu. A l'extrémité orientale de la colline Tortue. répondit le seigneur de Fondcombe.

- Ce n'est pas bien loin. nota Oin.

- Les chemins les plus courts ne sont pas forcément les plus faciles. corrigea Radagast.

- Et par qui sont-ils retenus ? s'enquit Bofur.

- Nous n'en savons rien. répondit Elrond.

- Je ne sais ce que vous ferez, Thranduil, mais une chose est certaine, c'est que les nains ne resteront pas une minute de plus ici. rétorqua Thorin qui se dirigea vers la sortie faisant signe à la compagnie de le suivre.

- Les empêchons-nous de quitter les lieux ? demanda le chef d'armes.

- Non. Nous ne serons jamais assez nombreux pour mener cette guerre. répondit Thranduil.

Les nains avaient repris le chemin d'Erebor. Le temps selon Thorin de se préparer et de remonter directement vers le nord.

- Pourquoi mener ce combat ? En quoi cela nous importe-t-il plus qu'hier ? demanda Gloin alors que la compagnie traversait la Rivière Courante.

- Aller livrer bataille, n'y a-t-il rien de plus exaltant ? nota Ori.

- Exaltant ? Et bien Ori, quel vocabulaire ! se moqua Bofur.

- Ce n'est pas parce qu'Ori a un vocabulaire plus élaboré que le tien que tu dois te moquer ainsi ! répondit Dori.

- Élaboré ? Donc c'est de famille, cette manie. ajouta Bofur.

Gloin pensait au rêve qu'il avait fait dans la Mare aux souvenirs.

Il était sur le seuil d'une petite chaumière, de nuit. A l'étage, un enfant pleurait à chaudes larmes. Il entendait une voix douce et féminine tentant de rassurer le nourrisson. Il regardait une dernière fois la pièce de séjour joliment décorée avant de se retourner pour rejoindre Thorin fièrement assis sur son cheval. Des hurlements. Il se retournait. La chaumière était en flamme. Thorin, quant à lui, s'éloignait.

- Gloin, ça va ?

Il sortit de ses songes.

- Ça va ? répéta Bombur.

- Oui. Ça va. Ma femme et mon fils me manquent, voilà tout.

Les nains poursuivirent dans le plus grand silence.

Les nains auraient voulu avoir des paroles rassurantes pour Gloin. Mais que lui répondre ? Aucun d'eux ne savait ce que Gloin ressentait.

Bientôt ils atteignirent Dale. Thorin ressentit un certain réconfort à la vue de cette proéminence rocheuse dont la cime enneigée semblait avoir agrippé un épais nuage gris dans sa course, l'empêchant de poursuivre son chemin malgré le vent puissant. C'était Sa Montagne.

Mais ce sentiment agréable fut fugace, bientôt balayé par la peur. Encore et toujours cette peur... de l'abandon, de l'isolement.

Il lui fallait reprendre la maîtrise de soi. Un nain, un roi, un Durin ne pouvait se laisser ainsi submerger par de telles faiblesses.

Il proposa de se restaurer, de se reposer, de s'armer au mieux et de repartir au petit matin.

Gloin retrouva sa femme et Gimli. Le petit nain était aussi roux que son papa et présageait d'être tout aussi robuste.

- Comment vas-tu, mon Gloni chéri ? demanda-t-elle tout en se blottissant contre lui dans le fauteuil.

- Je repars demain matin avec Thorin.

- Nos retrouvailles seront courtes alors. sourit-elle.

Gloin fixa le feu crépitant dans la cheminée.

- Suis-je un bon époux et un bon père ?

- Comment peux-tu te poser cette question, Gloni chéri ? Bien sûr que tu l'es. Aucune naine ne pourrait être plus heureuse et plus fière que moi.

- Je ne suis pas présent. Je ne veille ni sur toi ni sur Gimli.

- Tu veilles sur nous à chaque moment en accompagnant vaillamment Thorin au nom de la lignée de Durin.

- Tu ne regrettes pas alors ?

- Si. Je regrette... de ne pas t'avoir connu plus tôt. rit-elle.

Dans la forêt verte, la bataille s'organisait également. Thranduil avait rassemblé toute son armée et se préparait pour l'aube.

- Je le sens. Vos envies sont très belliqueuses. commenta Elrond qui depuis la plus haute des terrasses regardait vers le Sud, vers Dol Guldur.

- Elles ne visent qu'à protéger mon peuple.

- En êtes-vous certain ?

- M'en empêcherez-vous ?

- Non, ce n'est pas mon dessein. Il faut que Lyana vive. Mais la fin ne justifie pas tous les moyens.

- Il n'y a que la guerre pour la sauver. Gandalf n'a rien pu faire, n'est-ce pas ? Et si vous pensiez qu'il y avait un autre moyen, les mages et vous y auraient eu recours. conclut Thranduil qui rapidement quitta la terrasse et disparut dans les sinueux et sombres couloirs.

Le soleil venait de se lever sur la plaine et les nains étaient déjà parés.

Gloin embrassa sa femme et Gimli.

Solidement armés et le cœur plein de bravoure, ils quittaient Erebor pour rejoindre la route du Nord.

Il y faisait assez froid et très vite, ils durent affronter la tempête. Les poneys avaient peine à avancer.

- C'est quoi ce temps ? Je ne comprends pas. Déjà là-bas... Ce n'est pas la saison. cria Dwalin.

La bise était si puissante que l'on ne s'entendait pas.

- Thorin ! On ne peut avancer. Il faut se mettre à l'abri jusqu'à ce que cela cesse. cria Balin.

Thorin n'en avait que faire. Il aurait pu braver toutes les tempêtes du monde. Mais il avait bien conscience que tous les efforts des poneys ne les faisaient avancer que de quelques petits pouces. Il fallait se résigner.

- D'accord ! Trouvons un endroit... Si tant est qu'il y en ait un.

- Par ici ! cria Nori.

Ori voulut s'y précipiter mais Dwalin l'arrêta.

- Il faut d'abord vérifier que ce n'est pas déjà occupé ! grogna le grand nain.

Il s'avança donc lentement, le marteau à la main, suivi de Ori qui empoignait une jolie lame qu'il avait cachée sous ses vêtements pour faire comme son cousin éloigné.

Ils disparurent dans la pénombre. Tout le monde suspendait son souffle. Au bout de cinq longues minutes, ils ressortirent l'air rassurant et firent signe au groupe de les rejoindre.

Il y avait juste la place d'y caser tout le monde : nains et chevaux.

- Cette tempête ne cessera donc jamais ! s'impatienta Thorin.

Kili l'avait rejoint à l'entrée de la grotte.

- Tu n'apprécies guère Tauriel ?

- C'est une elfe !

- Et Lyana, une humaine.

- Et alors ?

- Non. Rien. sourit Kili qui retourna auprès des autres.

Thorin était vivement remonté contre Lyana. Même s'il ne savait clairement définir pourquoi. Il avait à la fois envie de lui rabattre son caquet et envie de l'embrasser à nouveau. Il secoua la tête. Était-ce le genre de futilité dont devait s'encombrer l'esprit de l'héritier de Durin ?

Il fallait délivrer son neveu Fili et son ami Gandalf. Et c'était là l'unique but de cette bataille. Si par la même occasion, il délivrait la princesse déchue, grand bien lui fasse.

- La tempête a cessé ! cria Bofur.

Thorin leva les yeux. En effet, le ciel se dégageait. Ils pouvaient maintenant reprendre la route.

Lyana, Tauriel, Fili et Gandalf reprenaient lentement conscience. Ils se partageaient un petit carré de surface. Ils comprirent rapidement que leur geôle était suspendue dans le vide tant elle tanguait au moindre mouvement. Fili jeta un œil par-delà les barreaux. A vue d'œil, il estima qu'ils étaient à environ huit cents pouces du sol.

La cage qui leur servait de cellule était suspendue à une immense traverse de pierre quelques deux cent pouces plus hauts.

Fili ragea d'autant plus quand il constata qu'il avait été désarmé.

- On est tous dans le même cas. nota Tauriel.

- Pourquoi nous faire prisonniers ? demanda Lyana.

- Parce que vous avez plus de valeur vivante que morte. répondit Gandalf.

- Qui nous retient ? demanda Fili.

- Quelqu'un qui veut récupérer le womantin. dit le mage gris.

Tauriel se retourna vers Lyana.

- Je ne l'ai pas. Et je n'ai pas la moindre idée de l'endroit où il peut être ni de qui le possède. De plus, ce n'est qu'un artefact sans intérêt. Qui pourrait instaurer une telle guerre juste pour un objet qui permet de se déplacer d'un endroit à l'autre ? C'est magique certes mais... Cela n'a pas de sens.

Fili crut entendre les propos de son frère quelques jours auparavant.

- Et maintenant, on fait quoi ? demanda Tauriel.

- Ça m'a l'air compliqué. Hormis grimper sur cette traverse. indiqua Fili.

- Il nous transformera en pierre avant que ne l'ayons atteinte. soupira Gandalf.

- Qui ça ? demanda Fili

- Notre geôlier.

Certes la tempête avait cessé mais elle avait cédé la place à une lourde brume. La compagnie des nains n'y voyait pas grand-chose.

Et les hurlements des bêtes sauvages aux alentours ne réchauffaient pas l'ambiance.

Un fracas à l'arrière du groupe surprit tout le monde.

Ils stoppèrent et regardèrent en arrière. Ori n'était plus sur son cheval.

- Un de moins !

Une voix nasillarde venait de s'élever sur la gauche. Il était impossible de deviner qui venait de parler tant le brouillard était épais.

Un nouveau fracas. Les nains se retournèrent. Bofur n'était plus sur son poney.

- Et de deux ! déclara la voix.

- C'est quoi ça ? demanda Dwalin.

Encore un fracas.

Oin venait de disparaître lui aussi.

- Et de trois !

- Montrez-vous, espèce de lâche ! ordonna Thorin qui était descendu de cheval et tenait à deuxmains l'orcrist.

Les autres descendirent également de cheval et bientôt, ils se positionnèrent en rond se tournant le dos.

Le silence était lourd.

- C'est la toire hisse de treize tipes nains duperes dans le nord.

- Hein... Il dit quoi ? s'étonna Gloin.

- Qui rurent pas disse. répéta la voix.

- C'est un versin. dit Kili.

- Un quoi ? demanda Thorin.

- Un versin.

- Comment connais-tu cela ?

- Cela a servi un minimum d'aller à l'école comme tu nous y contraignais, Fili et moi.

- Et comment le combat-on ?

- Je n'en sais rien. Je n'ai pas lu le manuel jusqu'au bout. C'était la fin du dernier trimestre...

- Dommage ! conclut le roi des nains.

- Il inverse les syllabes des mots. ajouta Kili.

Les nains le regardèrent, étonnés.

- Bah. A chacun son vice !

- Et il est où là ? demanda Balin.

Un grand bruit se fit entendre, suivi de grognements.

Puis le silence.

Trois formes sortirent de la brume.

- Bard ! s'écria le roi des nains.

Thorin et Bard s embrassèrent fraternellement d'une grande tape dans le dos.

- Si on allait délivrer vos amis. proposa un jeune homme qui pointait le doigt vers le haut à quarante-cinq degrés.

Il dépassait à peine Thorin. Un visage juvénile cerné de boucles d'un châtain clair. Il avait le teint très pâle, les yeux verts. Il portait un pantalon foncé et une chemise blanche.

- Laissez-moi vous présenter Geoffrin. Le meilleur ami de Bain.

Bard venait de serrer contre lui son fils.

Le groupe avança donc dans la brume.

Le spectacle était étonnant.

Bofur, Ori et Oin pendaient à un arbre par les pieds. Bâillonnés, leurs cris étaient étouffés alors qu'ils se tordaient pour se détacher.

Sur la branche voisine, pendait, la tête en bas, dans la même position, une créature bipède à la peau verte.

- Un versin. confirma Kili.

Les autres le regardèrent.

- Bah quoi. Il y en avait une représentation dans mon livret scolaire. Excusez-moi d'avoir un peu de culture.

- Dis merci aux hommes d'avoir lu le dernier chapitre du manuel. dit Thorin.

- C'est Geoffrin qu'il faut remercier. corrigea Bain.

- Merci ! sourit Thorin.

- Si on poursuivait vers Sumarita. proposa Bard.

- Comment savez-vous que nous allons à Sumarita ? lui demanda Dori.

- C'est Radagast qui me l'a dit... parce que je lui ai demandé. La princesse Lyana est la dernière souveraine de la race humaine de la Terre du Milieu.

- Vous êtes roi de Dale et d Esgaroth non ? nota Balin.

- Oui. Mais ce n'est pas pareil. Elle a insufflé un mouvement que personne n'avait jamais insufflé. Ses ancêtres étaient les seigneurs d'Esgaroth il fut un temps... Sa lignée avait construit une civilisation érudite, altruiste, pacifiste comme nulle autre. La princesse est forte et dotée de sagesse et de bienveillance...

- Et bien. C'est à croire qu'elle est parfaite ! dit Thorin qui accéléra le pas.

- Qu'est ce qui lui prend ? demanda Ori.

- Tu comprendras un jour. répondit Dori.

- Je suis fatigué que l'on me réponde constamment la même chose. râla-t-il.

- Elle va lui donner du fil à retordre à mon avis. sourit Bard.

- Il en fera tout autant. ajouta Dwalin.

- Ça nous promet de belles rigolades. nota Kili.

Ori voulut parler mais...

- Tu comprendras un jour. répéta Dori.

Furieux, Ori frappa du pied dans une pomme blette traînant au sol.

Bientôt les nains et les hommes atteignirent de vieilles fortifications. Trois grandes tours grises en ruine, de nombreux escaliers, du moins ce qu'il en restait.

- Sumarita ! commenta Bard.

- Regardez ! dit Dori qui montrait du doigt les hauteurs de l'édifice.

- Ils sont là ? Et vivants, semble-t-il ! sourit Dwalin.

- Allons-y ! dit Kili qui s'était déjà redressé.

Thorin le saisit par la taille.

- Reste à couvert ! ordonna-t-il.

Il fit un signe de tête vers la partie ouest des ruines.

- C'est quoi cela ? demanda Kili.

Un immense oiseau de plus de cent-cinquante pouces de long veillait. On aurait dit un gigantesque coq aux ailes de chauve-souris.

- C'est une coquatrix.

- Une quoi ? demanda Kili.

- Une coquatrix. Moi aussi j'ai un minimum de culture et j'ai lu l'histoire jusqu'au bout. Si elle te repère, elle te transformera en statue de pierre avant même que tu n'aies eu le temps de réagir. répondit Thorin.

- Alors on fait comment ?

- Faute de belette, il faut trouver autre chose. intervint Bofur.

- Une belette ? demanda Kili.

- Un petit animal poilu et carnivore...

- Je sais ce qu'est une belette ! Mais c'est quoi le rapport ?

- Décidément tu as de grosses lacunes, mon gars. dit Dwalin en lui tapant dans le dos.

- Suivez-moi ! dit Thorin qui se glissait vers la droite.

- Je n'ai rien compris...

- Tu comprendras un jour ! dit fièrement Ori.

- Ah. Parce que tu as compris ?

- Bah oui. La belette et la coquatrix !

- Chut ! Taisez-vous ! ordonna Thorin.

Ils étaient maintenant rendus au niveau de la coquatrix, quelques dizaines de pieds en contrebas.

- Il faut faire diversion. Balin, Bombur, Bifur, Nori, Dori, Gloin et Kili par la gauche. Les autres avec moi. Nous nous élancerons tous en même temps derrière les colonnes de chaque côté. Puis il faudra atteindre la traverse par les escaliers là-bas.

En effet derrière la coquatrix, on apercevait les marches qui permettraient d'accéder aux parties supérieures.

Bain regarda son père qui lui fit un signe d'approbation de la tête.

Les deux groupes se positionnèrent.

Thorin lança le signal et tous se ruèrent derrière les deux rangées de colonnes de part et d'autre de la créature.

Il ne fallut pas longtemps pour qu'elle réagisse. Ses yeux lançaient des faisceaux qui frappaient les murs et colonnes.

Depuis leur geôle, Lyana, Tauriel, Fili et Gandalf furent surpris par les fracas.

Le premier à subir la colère fut Dori, puis Dwalin, puis Gloin, puis Bombur... Chacun son tour, nain et homme, fut pétrifié.

- Kili ! hurlèrent de concert Tauriel et Fili avant que Lyana ne murmura le nom de Thorin.

- Sale bestiole. Je vais te tuer ! ragea Fili, les yeux rougis de larmes.

- Radagast ! dit Gandalf en apercevant une petite boule de poils bruns se faufiler derrière les dernières colonnes encore debout.

- Attirons l'attention de la bête ! dit Gandalf.

- Pourquoi ?... demanda Fili qui obéit devant l'insistance du regard du mage.

- ...Eh. Toi gros volatile... demeuré ! Regarde par ici.

La coquatrix se tourna vers la geôle.

- Doucement Fili. Le but n'est pas de se faire pétrifier. corrigea le mage.

- Pourquoi pas ? sanglota Tauriel, recroquevillée dans un coin.

- Pour cela. répondit Gandalf qui pointait son doigt vers le bas.

La belette avait atteint le coquatrix, bondit et inséra ses crocs dans la cuisse de la bête qui hurla de douleur, se tordit, battit des ailes avant de s'effondrer de tout son poids.

Dans un nuage, la belette se déforma pour prendre l'apparence de Radagast.

D'un mouvement de la main, il fit descendre la geôle et ouvrit la porte jusqu'alors cadenacée.

Tauriel et Fili accoururent près de la statue de Kili.

- Mon frère. pleura Fili.

Tauriel, restée juste derrière, ravala ses larmes.

- Radagast, mon ami. dit Gandalf qui étreignit le mage brun.

Lyana s'approcha de Thorin et fixa les yeux froids de la statue.

- Et si l'on rendait vie à nos amis. proposa Gandalf qui leva son bâton en même temps que Radagast levait les bras.

Lyana, Tauriel et Fili reculèrent.

Dans un immense tourbillon, les statues se soulevèrent. Lorsque le phénomène cessa, les hommes et nains avaient repris couleurs naturelles et se redressaient.

Fili courut embrasser son frère. Dwalin et Balin s'enlacèrent. Oin et Gloin en firent de même. Ainsi que Bofur, Bifur et Bombur ; Bard, Bain et Geoffrin. Nori et Dori inspectaient Ori sous toutes les coutures pour vérifier qu'il n'avait pas la moindre séquelle.

- Ravie de vous retrouver. sourit Lyana à Thorin qui réajusta son manteau.

- Gandalf. Je dois repartir.

- Merci, mon ami.

Radagast disparut, emporté au loin par ses véloces lièvres de Rhosgobel.

Kili, délivré de l'étreinte de son frère, se dirigea vers Tauriel mais le groupe fut surpris par les hurlements lointains et si reconnaissables des manticores.