Les elfes noires
Le groupe fut invité à souper. La salle de banquet était immense et lumineuse même si souterraine. Des milliers de lucioles rendaient aux hommes la vie possible en ce lieu hostile à la base.
La table croulait de nourriture et le vin coulait à flot. Il n'y avait pas à dire mais les humains avaient du goût et savaient recevoir et festoyer.
Thorin ne s'amusait pas pour autant. Depuis plusieurs heures, Lyana s'était isolée avec Fennimore.
- Et bien mon oncle, tu sembles soucieux. Profite ! Ces mets sont délicieux et la musique, pas trop mauvaise... moins nasillarde que ce que nous jouait le grand blond tout à l'heure : lança Kili qui dépiautait à toute vitesse une cuisse de poulet.
- Il jouait très bien. nota Tauriel.
Kili la regarda de ses yeux noirs. Elle éclata de rire.
- Tu es si prévisible. sourit-elle.
- Vraiment ? râla-t-il.
- Oui, vraiment. ajouta-t-elle tout en lui posant la main sur la cuisse.
Kili rougit et tous les nains se mirent à rire.
Tauriel retira sa main, se leva et alla s'installer plus loin.
- Bon sang ! Ne pourriez-vous pas arrêter ! grommela-t-il.
- On plaisante, petit frère ! répondit tendrement Fili.
- Et bien trouve-toi une naine, une fille, une elfe, ce que tu veux... et va plaisanter avec elle ! Et fiche-moi la paix ! répondit sèchement Kili qui, à son tour, se leva pour aller rejoindre Tauriel.
Tous éclatèrent de rire. Mais Fili venait d'être blessé par les propos de son frère qui avait touché une corde sensible. Mais on ne montre pas, on n'exprime pas chez les nains. Et encore moins quand on est héritier de la lignée de Durin.
Fili s'isola discrètement et se remémora le rêve qu'il avait fait dans la Mare des souvenirs. Celui où il se voyait incapable de remporter un seul des défis que son oncle lui lançait et ainsi de susciter sa fierté.
De loin, il observait : ses amis s'amusaient, son frère flirtait avec Tauriel et Thorin se refermait dans sa noirceur. Quelle place pouvait-il trouver dans ce monde ? Savait-il lui-même quels étaient ses projets, ses ambitions ?...
Il quitta la salle et, au fil de ses pérégrinations, se rendit bientôt compte qu'il était perdu dans le dédale souterrain.
Il aperçut une trappe au-dessus de sa tête, il l'ouvrit et découvrit une ruelle sombre aux senteurs étranges mais enivrantes.
Bientôt Lyana réapparut à la fête, flanquée de Fennimore. Thorin ne pouvait la quitter des yeux. Ce que Balin n'avait pas manqué de remarquer.
- Elle est... ensorcelante, non ? sifflota-t-il.
- C'est possible, je n'ai pas remarqué... Et si on aime les humaines ! répondit sèchement le roi des nains.
- Tu ne sembles pas regarder tous les humains de la même façon. poursuivit Balin qui n'avait pas décidé de lâcher l'affaire.
- Que veux-tu, Balin ? souffla Thorin.
- Que tu sois honnête envers toi-même... ce serait un bon début.
- Ce n'est qu'une fille ! répondit-il avant de finir son verre de vin d'un trait.
- Qu'une fille ?... Tu sais à quelle point les êtres féminins sont rares, d'autant plus chez nous les nains, et il est d'autant plus rare qu'un nain en trouve une qui lui plaise.
- Et qui te dit qu'elle me plait. répondit Thorin d'un air narquois.
- Je n'ai jamais dit qu'elle te plaisait. C'est toi qui as fait ce raccourci assez révélateur. sourit Balin.
Thorin voulut répliquer mais Lyana était devant eux. Thorin se leva. Il se rendit alors compte qu'elle n'était pas bien plus grande que lui.
Balin le connaissait depuis bien longtemps et il avait déjà compris ce que Thorin tentait de dissimuler. Lyana lui plaisait et lui plaisait même beaucoup, malgré sa condition humaine, ses prétentions, ses bavardages incessants, son air de savoir tout mieux que les autres, cette facilité qu'elle avait de susciter l'intérêt des gens autour d'elle...
- Cette soirée vous plait-elle ? demanda gentiment Lyana au roi des nains.
Il aurait voulu être agacé, là, à l'instant, mais comment l'être ? Elle était... adorable. Il fallait qu'il se ressaisisse. Ce n'était pas son genre de tomber dans la mièvrerie.
Ils étaient là à cause d'elle, perdus dans un endroit inconnu, poursuivis par des manticores... Voilà ! Il avait trouvé de quoi lui en vouloir pour quelques heures...avant qu'il ne fût à nouveau troublé par sa voix, son regard, les courbes de son corps que l'on devinait sous sa tunique.
Il se rendit compte qu'il n'avait pas répondu à la question. Elle restait, l'air insistant.
- Oui, c'est une belle soirée en effet. répondit-il posément avec un sourire étalé.
Il remarqua alors que tous les nains le fixaient dans le silence, hormis Kili toujours attablé plus loin avec Tauriel et Fili, qui n'était d'ailleurs pas revenu.
- Où est Fili ? dit Thorin d'une voix grave et directive.
Tous les nains scrutèrent autour d'eux mais Fili était introuvable.
Vic essoufflée rejoignit Lyana.
- On a un problème avec un des nains.
- Fili ! souffla Thorin.
Vic avait ramené la compagnie dans sa petite maison sans mot dire. A peine arrivés, ils retrouvèrent Fili endormi sur le canapé. Il ronflait. Oin approcha le nez de sa bouche pour renifler son haleine.
- Cela sent fort ! Mais ce n'est pas de l'alcool.
- Je n'ai jamais vu mon frère saoul ! nota Kili.
- Il sent l'absinthe ! nota Vic qui, à son tour, avait humé le souffle exhalé par le jeune nain.
- De l'absinthe ? répéta Oin qui avait vraisemblablement des soucis avec son cornet tant il devait le tordre pour entendre.
- Une substance dont l'usage est illégal en Amalthée ! dit froidement Lyana.
- Mais tolérée dans les bordels de Corneville. corrigea Vic.
Bard, d'un mouvement instinctif posa les mains sur les oreilles de Bain qui se débattit.
- Laisse, père ! Je sais ce qu'est un bordel. Il y en a à Esgaroth...
- Les bordels ? Ces établissements sont interdits par ma Constitution. ragea la princesse.
- C'est la première chose que Proditus a légalisé. grimaça Vic.
- L'ordure ! hurla-t-elle.
Lyana faisait les cent pas dans la salle à manger. Elle s'arrêta fixant méchamment Fili.
- Et c'est donc fréquent que les nains se « libèrent » dans ce genre d'établissement ? siffla-t-elle.
- C'est quoi un... bordel ? demanda Ori d'une petite voix.
- Un lieu où l'on monnaie des prestations sexuelles. dit froidement Lyana.
- Nous ne disposons pas de ce genre de lieux chez nous. assura Balin.
- En même temps, on a tellement peu de naines... ajouta Bofur.
La princesse se retourna vers le nain au curieux chapeau, lui lançant un regard glacial.
- Mais si elles étaient plus nombreuses, on ne paierait pas de toute façon. On n'aurait pas besoin de payer avec notre charme naturel. sourit-il.
- Tu l'as dit, mon frère. ajouta Bifur.
Lyana se détourna de Bofur qui souffla un bon coup.
- Qu'il cuve son absinthe et toutes les autres saloperies... Il est tard, on devrait se reposer.
- Ne parlez pas ainsi de mon frère. Et toi, mon oncle, tu ne dis rien ? hurla Kili.
- Il est tard... et nous devrions en effet aller nous reposer. On réglera cela avec Fili demain matin. répondit posément le roi des nains, appuyé au chambranle de la cuisine, à l'écart du groupe.
- Pfff... râla Kili qui ajusta un coussin sous la tête de Fili et le couvrit d'un plaid qu'il avait saisi sur le fauteuil voisin.
- Je dispose de peu de place mais on devrait pouvoir loger tout le monde. intervint Vic.
- Ne vous inquiétez pas, nous prenons peu de place de toute façon. Nous avons l'habitude. répondit Balin avec gentillesse.
Thorin le regarda durement.
- Et pourquoi ne pas dormir dehors, dans une niche, tant que tu y es ? chuchota-t-il.
- Ce n'est pas le moment de faire des histoires, Thorin. Prenons ce que cette jeune femme nous offre et ce sera très bien. répondit-il tout aussi bas.
- Mais je suis le roi des nains.
- Je sais, Thorin. Je sais. souffla Balin qui s'éloigna.
- Monsieur Gandalf, il y a une chambre à l'étage, à partager avec les hommes. Tauriel et votre altesse, je n'ai que ma chambre mais elle est grande.
- Ce sera très bien ainsi. conclut Lyana qui déjà montait les marches.
- De peu de place, tu disais Balin ! C'est le pied de qui que j'ai dans le nez là ? râla Dori.
- Désolé ! C'est le mien. nota Bifur.
- Non, ce n'est pas le tien, Bifur. Le tien, il est sur mon épaule, je reconnais l'odeur de famille. dit Bombur.
- Bon alors, il est à qui, ce pied ? ragea Dori qui avait saisi l'objet du délit et n'était pas près de le lâcher.
- C'est le mien ! grogna Dwalin.
Le silence se fit.
- Ah d'accord... Et ça va ? Tu es bien installé ? demanda précautionneusement Dori qui avait reposé le pied.
- Oui. Ça va. Bouge pas ! répondit froidement Dwalin, comme à son habitude.
- Je ferai de mon mieux. assura le nain.
- Taisez-vous ! Et dormez ! ordonna Thorin.
Les nains furent réveillés par les douces odeurs du café et du chocolat en provenance de la cuisine.
Ils y retrouvèrent Gandalf, Bard, Bain et Geoffrin déjà installés à table.
Lyana, Vic et Tauriel étaient affairées derrière les fourneaux. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, tous, hormis Fili toujours amorphe sur le canapé, avaient rejoint le mage gris et les hommes et avaient déjà les couteaux à la main, prêts à en découdre avec les gaufres et crêpes déposées sur l'établi.
Vic n'eut pas le temps de les déplacer vers la table que tous s'étaient déjà servis et engloutissaient.
- Donnez à manger à des gorets, et c'est ainsi que vous serez remerciés ! dit-elle.
Tous se figèrent.
- Ces crêpes sont très bonnes. nota Nori.
- Et les gaufres également. ajouta Balin.
Ils se regardèrent tous d'un sourire entendu et reprirent leur festin.
Lyana, Vic et Tauriel se regardèrent et soupirèrent.
- Ca sent bon ici !
Fili était à l'entrée de la cuisine.
- Comment vas-tu, mon frère ? lui demanda Kili d'un grand sourire, lui indiquant de s'asseoir à côté de lui.
Il s'avança donc mais Lyana lui bloqua le passage. Il fit un pas à gauche mais elle le bloqua à nouveau. Croyant qu'elle jouait, il fit un pas à droite. Elle n'insista pas. Il la salua d'un grand sourire.
Fili mangeait de bon appétit. Il s'arrêta, constatant que toute l'assistance avait les yeux fixés sur lui.
- Ou étais-tu hier soir ? Nous t'avons cherché. demanda calmement Thorin sans le regarder, affairé à éplucher une pomme.
- Bain, Geoffrin, venez avec moi ! dit Bard qui se levait de table.
- Mais pourquoi ? Cela devient intéressant. grogna Bain.
- Justement. On sort ! ordonna-t-il aux deux garçons à qui il faisait signe de le suivre dans la cour.
Les deux jeunes hommes obéirent et disparurent dans le patio.
- Et bien, vous ne me croirez pas mais je me suis éloigné de la salle de banquet et me suis perdu. J'ai trouvé une issue et ai débarqué dans un curieux quartier. Je suis rentré dans une auberge. Les gens sont bizarres ici, ils m'ont proposé de fumer un truc... mais ce n'est pas du tabac comme le nôtre... grimaça-t-il en se frottant la tête.
- Et ? dit Thorin toujours calme devant sa pomme à moitié épluchée.
- Bah, il y avait des filles aussi... en fait pas des filles... des elfes noires, je crois...
- Des elfes noires ? répéta Tauriel.
- Leur trafic a repris ? demanda la princesse.
- Oui. souffla Vic.
Lyana prit une inspiration. Ses joues étaient rouges et ses yeux noirs.
- Que faisiez-vous avec ces elfes noires ? tempêta-t-elle.
- Des trucs que mon éducation ne me permet pas de raconter... et encore moins à d'autres filles.
- Mais que votre éducation ne vous empêche pas de faire.
Thorin voulut intervenir mais il fut gratifié d'un plantage de couteau juste devant lui dans le bois de la table.
Il se releva.
- Ne me menacez pas ! hurla-t-il.
- Et vous, élevez votre neveu dans un semblant de respect pour la gent féminine ! rétorqua Lyana qui s'était levée et ne baissait ni la voix ni les yeux.
- Eh... Ces filles sont d'accord. corrigea le nain blond.
- D'accord ? Vous plaisantez ? Combien avez-vous payé pour en disposer comme de la viande ? demanda Lyana qui s'était retournée vers Fili.
- Payé ?... J'ai payé pour le prétendu tabac... et bien cher en plus pour cette saloperie. J'ai le cerveau en miettes...
- Vous avez payé pour des prestations sexuelles effectuées par des esclaves de sales pourritures de proxénètes.
- Quoi ? Je n'ai jamais payé pour cela. Et je ne paierai jamais pour cela.
Lyana se rassit. Elle semblait calmée. Tous soufflèrent.
- Mais en même temps, je ne suis pas certain que des filles feraient des trucs pareils sans être payées pour cela. ajouta Fili en secouant la tête, sourire aux lèvres.
Nori secoua la tête à son tour et souffla.
- Fili, tais-toi ! marmonna-t-il.
Lyana se releva et soupira profondément. Mais elle n'eut pas le temps d'exploser.
- Il faut nous rendre au château... pour rencontrer Proditus. indiqua calmement Gandalf qui souffla dans sa pipe.
Lyana se rassit.
Depuis l'autre bout de la table, Thorin la fixait depuis le moment où elle avait planté le couteau à quelques centimètres de lui. Comment osait-elle lui tenir tête ainsi ? Personne ne l'avait jamais fait. Il avait contemplé ses yeux de braise, ses poings serrés, et les veines de sa gorge gonflées. Il avait écouté sa respiration saccadée alors qu'elle incendiait son neveu. Il l'avait imaginé alors sous son étreinte, présentant les mêmes réactions. Elle l'excitait terriblement. Il secoua la tête.
- Tout va bien ? lui demanda Balin.
- Oui. Tout va bien. répondit-il posément.
- Tant mieux. Il semblerait que tu acceptes l'évidence. sourit le conseiller.
- Quelle évidence ?... Non, je ne veux pas savoir. J'ai déjà ma dose pour aujourd'hui. se renfrogna-t-il.
- Sachez, Fili, fis de Durin... qu'une fille est capable de faire des tas de trucs si tant est que son partenaire soit assez intelligent, imaginatif et diplomate pour l'obtenir d'elle. Tenez-le-vous pour dit. dit Lyana qui n'était pas décidée à laisser passer les derniers propos de l'héritier d'Erebor.
Elle éplucha lentement et langoureusement une banane devant l'assistance médusée, ouvrit la bouche, l'y déposa puis la retira.
- J'en ai gouté de meilleure. ajouta-t-elle fixant avec insistance le jeune nain à qui elle tendait le fruit encore entier.
Fili déglutit et, voulant faire bonne figure devant ses amis, prit la banane et la mordit.
- Merci. sourit-il effrontément.
- Oh, j'ai oublié de vous dire... J'ai une angine. Je crains vous avoir contaminé à l'instant. termina-t-elle, se levant et quittant la cuisine.
Thorin rageait. Comme avait-elle pu regarder ainsi son neveu. Ce regard, il l'avait rêvé pour lui et uniquement pour lui quelques instants plus tôt.
- Sacré bout de femme. siffla Gandalf qui à son tour quitta la pièce.
- Je n'ai rien compris. dit Ori.
Tous les nains éclatèrent de rire. Même Fili qui se grattait la gorge. Même Thorin qui s'étonnait toujours de la candeur du plus jeune d'entre eux.
- Quand je t'avais dit que l'on se serait marrés. grogna Bain qui revenait à l'entrée du patio.
Les rues grouillaient de monde. L'ambiance était moins glauque que la veille au soir. Mais les façades abîmées et les linges usés pendant aux fenêtres trahissaient la misère d'une bonne partie de la population.
Lyana bouillait. Tout ce que ses ancêtres avaient érigé avait disparu en fumée. L'opulence, la liberté individuelle et l'égalité n'étaient plus que de vains mots remplissant les pages de manuels lus à l'école maintenant réservée aux seuls garçons.
- Des elfes noires ? soupira Tauriel.
- C'est quoi les elfes noires ? lui demanda Kili.
- Une sous-espèce ! ragea Tauriel.
- Votre roi ne les a pas toutes exterminées, semble-t-il. intervint Lyana.
- Elles sont perfides, viles et obsédées...
- Et bien... Je croirais entendre la description de la femme telle qu'elle était sûrement dépeinte il y des milliers d'années par ceux qui se proclamaient les grands penseurs. Elles ne sont pas plus terribles que les autres espèces...
- ... Et nombreuses mériteraient d'être exterminées. ajouta Tauriel.
- J'avais oublié que les elfes sylvestres se considéraient supérieurs à toute autre espèce peuplant la Terre du Milieu.
- Les elfes sylvestres ne se considèrent pas supérieurs mais reconnaissez que toutes les espèces ne se valent pas ! poursuivit Tauriel.
- Ce n'est pas une question d'espèce mais d'individu. Il y a des bons et des mauvais dans toute espèce.
- Un gobelin, un orc, un warg... ou un manticore ne peut être que mauvais, non ? grommela Dwalin.
Lyana grimaça car elle ne savait que répondre au grand nain.
Thorin remarqua le rictus et sourit. Il aurait voulu avoir ce genre de réplique pour la remoucher. Lyana lui lança un regard noir auquel il répondit de la même manière.
Il oscillait constamment depuis des jours, de l'envie de la posséder toute entière à celle de lui faire mordre la poussière pour l'outrecuidance dont elle osait faire preuve face à lui. Et tout cela lui semblait fatigant, déroutant et malsain.
Ils se présentèrent à l'entrée du grand bâtiment gris.
- Jamais je n'aurais cru vous revoir.
- Moi non plus, Josban, et j'en suis d'ailleurs bien déçue. répondit Lyana.
Le dénommé Josban lui lança un air interrogateur.
L'homme était grand. De longs et poisseux cheveux foncés encadraient son visage affreusement blafard. Ses joues étaient creusées et ses yeux noirs lui donnaient un air machiavélique. Il était vêtu d'une cape noire sur un uniforme tout aussi sombre. Tout en lui respirait la félonie et le Mal.
- Je suis déçue de vous savoir toujours en vie. ajouta-t-elle pour clarifier des propos.
- Alors nous sommes deux... Veuillez me suivre. répondit-il d'un sourire forcé.
Il entraîna Lyana, les nains, Bard, Bain, Geoffrin, Gandalf, Tauriel et Vic dans un long corridor aux cloisons de lambris. Au sol, était tendu un épais tapis de couleur orange.
Les murs étaient couverts de nombreux tableaux et tapisseries représentant des paysages inconnus pour les nains.
- Nos maisons. commenta fièrement Vic.
- Les maisons d'Amalthée. corrigea aussitôt Josban.
- C'est exactement ce que je viens de dire. répondit la jeune femme.
Ils arrivèrent bientôt devant une porte à double vantaux.
- Attendez-ici ! ordonna Josban.
Dwalin s'approcha d'un vase posé sur une haute colonne de marbre et le frappa légèrement.
- Pas très costaud, ce truc. grimaça-t-il.
- C'est de la porcelaine de Festiba. nota Vic.
- Un truc de fille. grogna-t-il.
- Si vous le dîtes. Mais c'est une jolie décoration, admettez-le.
- Décoration... pfff. Cela ne tiendrait pas longtemps lors d'une bataille.
- Parce que vous vous battez en vous envoyant de la porcelaine à la figure ? sourit la jeune blonde.
- Gnagnagna... grommela le nain chauve.
Fili lui fit un clin d'œil auquel Dwalin répondit par le signe d'un doigt glissant sous la gorge de gauche à droite. Fili roula des yeux.
La porte s'ouvrit et Proditus apparut.
- Où avez-vous donc atterri ? J'avoue ne pas être doué dans la manipulation du womantin mais je m'améliore de jour en jour. Entrez ! invita-t-il tout en reculant.
- Proditus, es-tu fou ? Comment as-tu pu... ? Et qu'est-ce que cette ville : un taudis, un ramassis de lieux infâmes ? Comment traites-tu mon peuple ?... attaqua de front Lyana qui lui emboîta le pas.
- Ce n'est plus ton peuple ! hurla-t-il.
- Tu es dingue.
- Possible... mais roi !
Lyana secoua la tête et soupira.
- Vois comme ce petit objet est pratique ! dit Proditus.
Tous fixèrent le petit tube de métal qu'il tenait dans la main gauche.
- Tu l'as volé au mage noir. Estime-toi heureux qu'il ne t'ait pas poursuivi pour cela. rétorqua la princesse.
- En effet, je trouve cela étonnant qu'il ne l'ait pas fait. Ce soir-là, il était bien trop affairé à s'occuper de toi.
- Vous êtes une vermine. Ne pas avoir sauvé votre propre sœur d'un tel marché. ragea Thorin.
- Ma demi-sœur ! Et elle avait fait son choix. C'est très mignon : sacrifier sa vertu pour son peuple. ricana-t-il.
- C'est le devoir d'un souverain : être au service de son peuple. Nous ne sommes pas censés avoir des droits, nous n'avons que des devoirs...
- Petite sotte !... Père t'avait bien dressée à ton futur rôle. Et regarde où cela t'a mené ! Sans patrie, seule dans une forêt avec pour seule compagnie des nymphes et ce vieux fou de mage vert.
- Depuis toujours, tu sais où je suis, n'est-ce pas ?
- Oui. Et te voilà avec des hommes d'Esgaroth, notre ancienne cinquième maison réduite à de vieilles planches pourries flottant sur un lac... et une bande de nains... des sous-hommes vivant dans une montagne.
- Espèce de pourriture. Comment oses-tu insulter ces individus ? Chacun d'entre eux possède plus de courage et de loyauté que tu n'en auras jamais. N'as-tu rien retenu de nos enseignements. Une vie est une vie. Et aucune vie ne vaut plus qu'une autre...
- Oh baliverne !... hurla-t-il.
Il rangea le womantin dans le tiroir de son bureau qu'il ferma à clé.
- ...Tu es vraiment plus idiote que jamais. Le mage vert t'a totalement lessivé le cerveau. A cause de lui, je ne peux devenir le maître du monde...
Il se tut, comme s'il venait de trop parler.
- Gardes !
Les portes s'ouvrirent et les soldats se présentèrent. Les hommes et les nains étaient prêts à en découdre, armes sorties.
- Raccompagnez ces... individus à la sortie. Voyez que je ne suis pas un despote. Je vous laisse libres de vous balader dans ma cité et d'en repartir si vous le voulez.
Thranduil descendit de son majestueux renne et s'avança jusqu'au cadavre de la coquatrix. Il souleva la lourde aile droite de la bête et la laissa retomber au sol. Ce qui, dans un fracas, souleva un épais nuage de poussière.
- Depuis combien de temps est-elle morte ? demanda-t-il au seigneur Elrond qui inspectait les nefs latérales.
- Quelques bonnes heures. répondit le semi-elfe.
- Et où sont-ils maintenant ?
Thranduil se retourna vers Galadriel qui avait gravi quelques marchés du grand escalier.
Elle ferma les yeux. Une clairière de nuit. Des ruelles sombres. Un feu dans une petite pièce...
- Ils sont en vie. Tous ! dit-elle calmement, faisant confiance à ses visions.
- Ce n'est pas ce que je vous demande. rétorqua Thranduil qui retournait à sa monture.
Galadriel fixa du regard la traverse à laquelle avait été suspendue la geôle.
- Le mal était ici il y a peu. Je le perçois. Il s'insinue. De plus en plus puissant... Ils sont de l'autre côté de la baie de Belfagas.
- Très bien. Nous prenons la route du Sud. Gardes ! En route ! ordonna le roi des elfes sylvestres avant de frapper de ses talons les flancs de son renne.
