Les préparatifs avant la bataille

Cela faisait une demi-heure qu'ils marchaient dans ce long et interminable tunnel.

L 'humidité était prégnante et les semelles de bottines collaient au sol comme les vêtements collaient à la peau.

- C'est encore loin ? demanda Gloin qui renifla un bon coup.

- Non. Nous arrivons. dit Gus qui gravit une pente puis poussa une lourde porte.

Ils sortirent à l'air libre. La lumière était aveuglante. Ils battirent des paupières et se rendirent compte qu'ils étaient encerclés.

- Ravi de vous voir ! sourit Fennimore entouré de soldats lourdement armés.

Ils étaient sur un flanc de colline. Un immense campement était dressé.

A quelques miles, à l'ouest, on observait les murs de Corneville. On apercevait les toits gris en tôle qui étincelaient sous le soleil et les tours du palais qui en dépassaient.

La cité était entourée de pâturages, de cultures et de fermes. De loin, on devinait des bœufs et des moutons paître à proximité de bâtiments blancs, certainement en murs de chaux et aux toits de paille. En contrebas, on apercevait une étendue d'eau scintillante puis au loin, au nord, une terre et une grande cité fortifiée.

Il ne faisait aucun doute pour Balin, géographe émérite, qu'ils n'étaient pas loin de Pellardur, que cette étendue était le Nen Umbar et que cette ville au loin n'était autre que Marös : une zone connue pour sa dangerosité, peuplée de gens de toute culture, venant du Harad, du Rhun ou du Khand.

- Cela ne sent pas bon. remarqua le conseiller qui fixait l'horizon depuis le bord de la falaise.

- Que veux-tu dire ? demanda Thorin qui l'avait rejoint.

- Nous ne sommes guère loin de la Terre des pirates et corsaires, des Numénoréens Noirs.

- Avez-vous faim ? proposa Fennimore à l'assemblée.

- Moi, je meurs de faim. répondit Bombur.

- Alors allez par-là, on vous donnera ce que vous voulez à manger. répondit le gouverneur.

Bombur s'éloigna dans le dédale de tentes, suivi de Gloin, Bofur, Bifur, Dori et Ori.

- Nous mangerions bien nous aussi. remarqua Bain.

- Allez-y... et restez avec les nains. Ne vous éloignez pas ! répondit Bard.

L'intervention de Fennimore avait coupé court à la discussion de Thorin et Balin.

Le campement était assez impressionnant. Une cinquantaine de grandes tentes étaient savamment plantées en une symétrie parfaite.

Une grande tente au centre avec un drapeau en son sommet représentant la chèvre si caractéristique du royaume d'Amalthée. Tout autour, en quatre zones distinctes, des tentes qui ne se distinguaient que par le dessin sur le tissu, à proximité de leurs entrées : jaune et noir représentant un dragon ; violet et vert, un bateau à la grande voile déployée et gonflée ; rouge et noir, un crâne humain ; bleu en nuance, un volcan en irruption.

- Pourquoi ces dessins ? Certains sont assez inquiétants. remarqua Ori qui était resté planté devant le crâne à la couleur écarlate. Il déglutit même en croisant le regard terrifiant d'un soldat sortant de la tente.

- C'est la bannière de la maison de Fuldior. Un des anciens territoires de l'Amalthée. Il s'étendait au nord de la baie de Belfagas. répondit Gus.

- Et pourquoi un crâne ? insista le nain.

- Parce que c'est une maison avec laquelle on ne plaisante pas... comme les autres d'ailleurs... Je dois rejoindre mes amis. Ne vous éloignez pas. conseilla le soldat.

- Tu es un nain d'Erebor.

Une voix féminine et déterminée venait de s'élever derrière Ori. Le jeune nain se retourna non sans appréhension. Redoutait-il plus la femme que la soldate de la maison au crâne rouge sang qui lui faisait maintenant face ?...

- Et bien, tu n'es guère bavard ! poursuivit la jeune femme aux yeux aussi noirs que sa longue chevelure.

- Euh, oui... Je fais partie de la compagnie de Thorin. Je l'ai accompagné à la reconquête d'Erebor il y a cinq ans. dit-il fièrement, bombant le torse.

Il sentit ses joues l'échauffer. Il n'avait pas l'habitude de côtoyer la gent féminine et cette soldate était bien jolie.

- Oh... Tu es un soldat toi aussi. Tu étais à la bataille face à Azog, l'orc pâle ?

- Oui... mais comment le sais-tu ?

- Me prends tu pour une inculte ? se braqua-t-elle.

- Non mais ici, de l'autre côté de la baie... si loin...

- Les nouvelles vont vite... Je crois que tu devrais rejoindre les tiens. Évite de rester seul. Les nains ne sont pas très bien vus dans ma maison.

- Pourquoi ?

- Un truc d'homme ! répondit-elle avant de lui décocher un franc clin d'œil, de descendre son regard jusqu'à la ceinture d'Ori et de gagner la tente voisine en sifflotant.

Ori resta statique. Il n'avait rien compris à ces propos mystérieux.

Des armes rutilantes étaient vérifiées par de nombreux hommes en armure.

Les visiteurs avaient rejoint le centre de cette installation.

- Il semblerait que Proditus se soit fait cambrioler la nuit dernière. C'est le branle-bas de combat en ville. Nous avons dû précipiter les choses. nota Fennimore les yeux rivés sur le poignard qu'il aiguisait.

- C'est ma faute. avoua Fili.

- Cela perturbe nos projets. répondit sèchement le gouverneur qui releva la tête et planta son regard sévère dans celui du prince.

- Il a agi dans l'unique objectif d'aider Lyana. intervint Thorin.

- Et c'est depuis longtemps mon but premier et unique. rétorqua Fennimore, furieux.

- Cela suffit. Le seigneur Fili a agi avec de bonnes intentions... Et de toute façon, on en arrive au même point, non ? sourit Lyana à son ami de toujours.

- Il faut finir de s'organiser avant l'assaut. poursuivit Fennimore.

- Quel assaut ? demanda Lyana.

- Celui que tu ordonneras aux rebelles. Ils sont plus de deux cents à attendre tes instructions.

- Celles que tu as prévu que je donnerai. sourit-elle d'un rictus forcé.

- C'est bien le but, non ?

- Décidément. A part la guerre...

- De quoi d'autre veux-tu parler ? Des papillons, des petites fleurs, des oiseaux qui chantent... grogna-t-il plantant son couteau sans la caisse de bois posée à côté de lui.

- Ne me parle pas sur ce ton ! hurla-t-elle.

Fennimore baissa la tête.

- Je vous prie de m'excuser, votre Altesse. dit-il avant de récupérer son couteau.

Il se mit au garde à vous et se retira.

Les hommes poursuivaient leurs préparatifs d'attaque. Bard, Bain et Geoffrin avais proposé leur aide et avaient depuis disparu pour les nains qui s'étaient isolés.

- Alors on fait quoi ? demanda Bofur assis sur une souche et bourrant sa pipe d'herbe de la Comté.

- On attend. répondit Thorin, bras croisés au bord de la falaise.

- On attend quoi ? demanda Gloin, qui prenant exemple sur Fennimore, aiguisait sa lame.

- Que Lyana donne ses instructions... répondit le roi, sans quitter des yeux Corneville.

Les nains grognèrent.

- On ne va pas aller faire sa guerre, à nous treize !... poursuivit Thorin tout en se retournant vers Balin qui répondit par un simple hochement de tête.

- Dwalin ! s'écria Ori.

Les nains se retournèrent. Dwalin et Vic arrivaient au campement.

Balin et Dwalin se saluèrent d'un coup de tête dès qu'il fut descendu de cheval.

Vic grimaça à la vue de cette scène.

- Et bien, mon frère, tu as pris une sacrée initiative sans m'en informer. Je me suis inquiété pour toi. dit Balin.

- Pas de quoi s'inquiéter. J'ai fracassé quelques carcasses et me voilà de retour. sourit fièrement son frère.

- Alors Dwalin... On a compté fleurette à la jeune dame. railla Fili qui l'avait pris par l'épaule pour l'emmener à l'écart.

- Ce sont tes dents et tes côtes cassées que tu vas compter si tu ne la fermes pas ! grogna le grand nain qui se dégageait du bras de Fili.

- Ok. Ok. Si on ne peut plus plaisanter. souffla le jeune nain blond en allant s'asseoir sur un rocher.

Kili s'était isolé derrière quelques buissons. Depuis le début de cette expédition, les choses n'allaient pas en s'améliorant avec Tauriel. Elle lui paraissait si distante et froide. Il reconnaissait volontiers qu'il était sûrement maladroit et timide. Mais il venait de découvrir les humaines. Et elles avaient le sang bien plus chaud que les elfes. Non pas qu'il s'intéressait moins à Tauriel. Au contraire, il l'aimait depuis cinq ans maintenant. A ne pas en douter. Mais à cette vitesse-là, ils seraient vieux avant qu'ils n'aient concrétisé. L'idée commençait à le titiller sérieusement. Il n'était pas aveugle de ce qui se tramait entre Thorin et Lyana. Et Fili qui en faisait des tonnes. Il était sous pression.

- Tout va bien ?

Kili leva les yeux. Tauriel, à quelques pas, lui souriait.

- Oui. Ça va. Et toi ?

- Ça va. Étrange non, cette situation ?...

Kili la regarda, l'air surpris.

- ... Être ici. De l'autre côté de la baie. Moi qui, il y a cinq ans, n'avais jamais quitté la forêt verte. Tu me fais voyager. dit-elle, le regard rêveur avant de s'asseoir à côté de lui.

- Moi ? s'étonna le prince.

- Oui. Toi. confirma-t-elle.

- Mais c'est Thranduil qui t'as envoyée ici.

Le visage de Tauriel se ferma.

- Cela fait cinq ans, Kili et tu ne... Oh. A quoi joues-tu avec moi ?

Elle se leva et s'éloigna.

- Je t'aime, Tauriel. Je t'aime depuis le premier jour où je t'ai vue dans la forêt lors de l'attaque des araignées géantes. Dès cet instant, j'ai su ce qu'était la sérénité. Depuis je n'ai plus peur. Je ne doute plus. Je sais que je suis gauche et même empoté parfois. Mais je suis honnête et droit. Et je t'aime à en mourir.

Il avait osé. Bon, il avait dû fermer les yeux et serrer les poings mais il l'avait fait.

Un silence s'instaura. Puis il sentit une chaleur agréable sur ses lèvres.

Il ouvrit les yeux. Le visage de Tauriel était à à peine quelques centimètres du sien.

- Embrasse-moi en retour, idiot. Ou je repars... et tu seras obligé de me redire toutes ces belles choses.

Kili ne se fit pas prier et l'embrassa tendrement.

La journée avançait et le soleil était à son zénith.

Fennimore enleva sa tunique pour se rafraîchir au puits.

Tauriel et Vic, assises non loin de là, étaient troublées par la quasi-parfaite plastique du gouverneur. Il était magnifiquement musclé. Les quelques cicatrices qu'il présentait n'ôtaient rien à l'esthétique de l'ensemble.

Elles eurent le réflexe simultané de pencher la tête vers la gauche et de soupirer longuement.

Kili à qui la scène n'avait pas échappé secoua la tête.

- Pfff... c'est juste de la gonflette. grogna-t-il.

Thorin sourit.

- Ce serait la princesse, tu rirais moins ! souffla le jeune nain qui, du coin de l'œil, avait remarqué le rictus au visage de son oncle.

Le roi n'eut pas le temps de répondre qu'il vit Lyana sortit de la tente principale.

Fennimore se frotta le visage, se redressa et rouvrit les yeux, surpris de découvrir Lyana, assise sur le puits à côté de lui. Elle fixait l'horizon.

- Je suis désolée de t'avoir parlé ainsi. dit-elle.

- Vous m'avez parlé comme une souveraine doit parler à un de ses gouverneurs qui outrepasse ses droits et lui manque de respect. répondit-il froidement, fixant le fond du puits.

-Fenni, s'il te plait. Ne nous fâchons pas. sourit-elle en tournant son regard vers lui.

Il s'assit à côté d'elle.

Elle lui tendit une pâquerette qu'elle avait arrachée au sol peu de temps auparavant.

- On peut parler des fleurs... Regarde ! N'est-elle pas jolie ? dit-elle gentiment.

Elle le bouscula légèrement en le cognant de son épaule droite. Il lui répondit en la cognant un peu plus fort de son épaule gauche.

Ils se sourirent puis éclatèrent de rire.

Thorin se leva sans mot dire et s'éloigna derrière les fourrés.

- Kili, crois- moi, il a plus de raison de s'inquiéter que toi. nota Bofur.

Lyana abandonna Fennimore et vint à la rencontre des nains.

- Où est le seigneur Thorin ? demanda-t-elle.

- Il était là à l'instant. Il est parti de ce côté. indiqua le nain aux cheveux cendrés.

- Je vous remercie, Maître Balin. répondit Lyana qui prenait déjà le chemin que Thorin avait emprunté quelques instants plus tôt.

Lyana arriva dans une petite clairière mais personne en vue. Elle grimaça.

- Vous cherchez quelque chose ou quelqu'un ?

Elle reconnut la voix. Elle se retourna, sourire aux lèvres.

- Oui. Vous !

Thorin, appuyé contre un gros rocher, avait le visage grave et la fixait durement.

- Cela ne va pas ? demanda-t-elle.

Il s'approcha. Elle se préparait à son étreinte. Mais il resta statique.

- A quoi jouez-vous ? ragea-t-il.

- ... A quoi je joue ? s'étonna-t-elle.

- Vous m'humiliez devant ma compagnie en vous frottant à ce... subalterne.

Lyana bouillait. La tristesse se mêlait à la colère.

- Vous auriez pu parler de l'humiliation que j'infligeais à l'inclination que vous portez à mon égard. Mais là... Seul votre orgueil vous anime !... Et pour votre gouverne, Fenni est mon plus vieil ami. Nous nous connaissons depuis notre plus tendre enfance. C'est un frère pour moi... Pour qui me prenez-vous ? Je vous laisserais me caresser une nuit pour me vautrer dans les bras d'un autre le lendemain. Me prenez-vous pour une... gourgandine ?... Allez au diable, seigneur Thorin ! termina-t-elle en redescendant vers le campement.

- Que les hommes se préparent. Nous attaquons ! ordonna la princesse qui avait rejoint Fennimore.

La colère l'avait envahi. Son cœur palpitait. Sa gorge était nouée et ses yeux la piquaient. Une énorme boule au ventre lui rendait la respiration difficile.

- Quand attaquons-nous ? demanda Dwalin, étonné de ce revirement de situation.

- Demandez à votre chef ! répondit-elle sèchement.

Elle revint sur ses pas.

- Je vous prie de m'excuser, Maître Dwalin. Je vous ai parlé de manière très incorrecte. Veuillez me pardonner.

Il acquiesça d'un sourire appuyé.

Thorin les avait rejoints.

- Il faut que nous parlions ! ragea-t-il.

- De quoi ? Inquiétez-vous plutôt de savoir ce que le grand chef que vous êtes ordonnera à vos sujets sachant que cette bataille ne sert pas votre royaume, ne grossit pas vos richesses ni n'accroît votre pouvoir. Je vous l'ai dit : Allez au diable !

Elle s'en alla, aussi peinée que perdue.

- Elle était revenue pour s'excuser auprès de Dwalin. nota Fili.

- On fait quoi ? demanda Dori.

- On reste ! dit Thorin.

- Pourquoi ? Tu as entendu comment elle te parle, Thorin ! Tu es roi parbleu ! éructa Dwalin.

- Parce que je ne serais pas un bon roi si je décidais de fuir maintenant... et parce que je ne supporterais pas qu'il lui arrive malheur !

D'un pas décidé, il alla rejoindre Lyana et Fennimore sous la grande tente. Ils étaient debout autour de la table avec Gandalf, Vic, Gus, Bard et trois gradés... du moins c'est ce que déduisit Thorin.

Le silence se fit à son entrée.

- Seigneur Thorin, venez ! Vos connaissances dans l'art de la guerre ne pourront que nous être utile. dit Fennimore.

Lyana regarda le roi des nains d'un air triste puis se recentra sur la discussion.

- Nous sommes moins nombreux qu'eux et rien ne dit qu'il ne pourra sortir... des manticores de son chapeau. souffla Gus.

- Rien ne dit qu'il contrôle les manticores. Cela fait de longues années que nous n'en avons vus... coupa le gouverneur.

- Nous les avons vus il y a quelques jours. Et Proditus peut très bien les avoir à sa solde... intervint Lyana.

- Ou cette attaque était fomentée par quelqu'un d'autre. reprit Fennimore.

- Par qui ? Un ennemi qui reste invisible dans ce cas. nota Thorin.

- On pourrait gonfler nos troupes. dit Vic.

- Comment ? Nous ne pouvons attendre d'aide de personne. râla Gus.

- Les prisons. proposa Vic.

Fennimore acquiesça.

- C'est vrai qu'elles sont bondées d'homme costauds et qui détestent Proditus.

- Vous plaisantez ?! gronda Lyana.

- Cela pourrait être utile en effet. insista Bard.

- Remettre en liberté des voleurs, des violeurs, des agresseurs, des assassins ?...

- Et beaucoup d'opposants au système en place, des corsaires, des pirates, des hommes du Mal. ajouta Vic.

- Vous ferez la différence en ouvrant les geôles ?

- Non. Pas le temps de faire du tri ! On libèrera tout le monde !

- Donc vous envisagez de libérer des pourritures, des vermines, des individus qui ne respectent pas ma Constitution ?... Car même si Proditus a banni certains de mes préceptes, il applique les grandes bases de cette dernière, non ?

- Oui. répondit Fennimore sans crainte.

- Je m'y oppose ! trancha-t-elle froidement.

- Pour gagner une bataille, il faut créer la confusion...

Thorin venait de prendre la parole.

Il sentait la tension que cela créait chez Lyana située juste à côté de lui. Mais il poursuivit.

- ...Ces hommes se fichent peut-être de la louable intention de cette révolte mais au moins ils créeront assez de grabuges pour décontenancer nos ennemis. Et en veillant à ne pas se faire reprendre et assurer leur fuite, ils ne se gêneront pas pour en neutraliser un certain nombre.

Tous approuvèrent. Sauf Lyana qui restait impassible.

- Tout le monde est d'accord avec le seigneur Thorin ?... Vous avez perdu vos langues ?

- Je crois que Thorin a raison. osa Bard.

- Je le pense aussi. dit Vic, bientôt suivie par tous les autres.

- Et vous, Maître Gandalf, qu'en pensez-vous ? demanda la princesse.

- Je ne suis pas un guerrier, pas même un tacticien. Mais si je devais confier ma vie à quelqu'un au cœur d'une bataille, je la confierais aveuglément au seigneur Thorin.

- Alors qu'il en soit ainsi ! Fennimore, nous partirons quand tout sera prêt pour... vous. conclut-elle.

Fennimore grimaça. Thorin présuma que le vouvoiement utilisé par Lyana n'avait pas plus au gouverneur. Elle mettait de la distance.

Elle sortit et Thorin lui emboîta le pas.

- Il faut que nous parlions ! insista-t-il.

- Et je vous ai déjà répondu !

Il lui attrapa le bras et l'attira contre lui. Elle se dégagea et se recula.

- Pas ici !... Si vous insistez, venez ! lui ordonna-t-elle en disparaissant dans la petite tente voisine.

Il n'eut pas le temps de parler.

Elle se retourna pour lui faire face.

- Je vous écoute ! Vous avez cinq minutes !

- Cinq minutes ?! éructa-t-il.

- Dépêchez- vous ! Vous perdez des secondes précieuses.

Il respira profondément.

- Jamais je ne vous ai pris pour une... gourgandine ou quoique ce soit de la sorte ! Vous m'exaspérez depuis notre rencontre sur le marché de Dale !

Il s'approcha d'elle, passa la main derrière sa taille et l'étreignit si fort qu'elle suffoqua. Elle ne pût reprendre sa respiration qu'il l'embrassait déjà fougueusement.

Elle aurait voulu se débattre mais elle n'en fit rien. Le désir envahit son corps, de sa nuque à ses reins, en passant par son bas-ventre.

Il retira ses lèvres mais déjà elle les lui reprit. Elle l'attira contre un établi. Il la souleva comme une plume tant il était puissant et l'y assit. Il lui écarta les genoux pour se glisser entre ses jambes et l'enlacer encore.

Ses lèvres couraient dans son cou. Elle sentait ses mains soulever sa tunique et elle tressaillit lorsqu'elle devina leurs caresses sur ses flancs.

Il grogna. La tunique était étroite et ne facilitait pas l'ascension de ses doigts.

Elle se dégagea. Il leva les yeux et se renfrogna.

Elle lui sourit et ôta sa tunique d'un mouvement brusque par-delà sa tête. Il recula et contempla. Elle respirait profondément. Son bustier était si serré que ses seins semblaient en déborder. Il sentit son cœur battre dans sa poitrine à toute vitesse.

Elle délaça lentement le ruban et le bustier s'ouvrit, libérant deux magnifiques mamelons. N'y tenant plus, il se jeta sur eux, les embrassant, les suçant, les mordant, les pinçant entre ses doigts.

Lyana serrait la tête de Thorin contre sa poitrine. Elle glissa les mains dans son dos en passant par le col mais elle aussi fut bientôt gênée dans sa découverte.

Il se releva et ôta à son tour sa tunique.

Elle suffoqua. Il était superbement musclé. Elle était totalement excitée. Elle posa les mains sur ses épaules puis parcourut son torse de ses doigts. Elle descendit lentement. Elle le sentit trembler un instant lorsqu'elle effleura la peau à quelques petits centimètres de son nœud de ceinture.

Il lui reprit la bouche avec une telle fougue que l'établi branla.

Il lui enserra les seins avec une force bestiale. C'était douloureux mais si excitant.

- Lyana ? Lyana ? Quelqu'un a-t-il vu la princesse ?

Ils reconnurent la voix de Fennimore. Il était à deux pas de la tente où ils s'étaient isolés.

La princesse déglutit. Le roi soupira. Il se fixèrent et s'embrassèrent tendrement et longuement. Il lui rendit sa tunique et elle lui remit la sienne. Ils se rhabillèrent dans le silence et se dirigèrent vers la sortie.

Thorin lui prit la main, l'attira une nouvelle fois à lui et l'embrassa. Le soleil entra dans la tente. Fili venait de lever le pan de tissu.