La victoire et la mort

La guerre faisait rage depuis quelques heures. Dwalin avait été très optimiste, trop optimiste... L'armée de Proditus était résistante. La plupart de ses hommes venait de la maison de Fennimore. Et c'était les meilleurs guerriers de toute l'Amalthée.

Une bonne partie des geôles avait été ouverte. Les prisonniers avaient créé un peu de confusion, certains n'avaient pas tardé à fuir en pillant le palais, d'autres étaient restés et se battaient aux côtés des rebelles et des nains.

- Il faut trouver Proditus. Il se cache, le lâche ! hurla Thorin qui venait de tuer un soldat de son orcrist au pied de la fontaine, devant le palais.

- Il est monté dans la tour là-bas : indiqua Ori qui, malgré son jeune âge et sa grande candeur, savait manier l'épée.

Il décapita un soldat avant d'en embrocher un autre et de filer vers un groupe qui assaillait Bain et Bard pour prêter main forte à ses amis humains.

Lyana planta un couteau dans la gorge d'un soldat avant de se diriger vers l'entrée de la tour. Dwalin lui emboîta le pas.

Ils gravirent à grandes enjambées les escaliers en colimaçon.

Ils déboulèrent au premier étage. Un long couloir sombre.

- Il n'est pas ici. dit-elle avant de rebrousser chemin.

- Lyana ? C 'est toi ?

Elle revint sur ses pas et s'enfonça dans le corridor. Dwalin lui collait au train. Non par plaisir mais parce que Thorin le lui avait demandé. Dwalin avait grogné au début. Il voulait se battre, pas jouer les nounous. Mais devant l'insistance de son souverain et meilleur ami, le grand nain avait cédé.

"Ramène-la moi vivante, je t'en prie, Dwalin" avaient été les dernières paroles de Thorin avant que l'assaut ne fût donné.

Le peu de lumière qui pénétrait la petite fenêtre barricadée éclairait assez la pièce pour que Lyana puisse deviner trois personnes assises au fond du cachot.

- Je reconnaîtrais ta voix entre mille. répéta la voix masculine.

- Albus ? marmonna la princesse.

Lyana fit un signe à Dwalin qui, d'un coup de marteau, détruisit la porte de la cellule. Elle entra et se précipita vers les trois personnes.

Elle reconnut Albus, Furlior et Dinninger.

- Mon Dieu. Vous êtes vivants !

- Et toi aussi. sourit un grand homme au teint mat et aux cheveux foncés.

Sans se faire prier, Dwalin explosa les chaînes qui les maintenaient attachés au mur.

Ils se levèrent.

Lyana se jeta dans les bras du plus grand, le brun, celui qui lui avait répondu.

Il lui embrassa le front.

Elle se dégagea puis salua plus solennellement les deux autres hommes. Celui de droite était massif, chauve et à peine plus grand que Lyana. Celui de gauche était un peu plus grand que lui, avec des cheveux blonds coupés très courts et un teint très pâle.

Dwalin toussa.

- Excusez-moi. Je manque à mes devoirs. Maître Dwalin, je vous présente Messieurs Albus, Dinninger et Fuldior, gouverneurs des maisons éponymes. La guerre fait rage contre Proditus et son régime. résuma Lyana.

- Alors allons prendre part au combat... mais il nous faut des armes... nota le plus petit des trois.

Dwalin fournit à chacun une épée qu'il sortit de sous sa cape.

Arrivant à l'escalier, Lyana prit la parole.

- Messieurs, rejoignez le combat en bas ! Dwalin et moi montons affronter Proditus.

- Lyana, tu es certaine ? demanda Albus.

Elle lui répondit d'un regard insistant.

Ils acquiescèrent et filèrent par l'escalier.

- Thorin s'inquiète pour moi ? demanda la princesse alors qu'ils atteignaient le deuxième étage.

- En effet ! répondit sèchement Dwalin.

Il ne voulait en dire plus. Thorin qui d'habitude était un roc impassible s'était révélé inquiet et troublé juste avant que la bataille ne débute. Pour Dwalin, c'était affaire de faiblesse pour un nain guerrier de se comporter ainsi.

Un bruissement le ramena à la réalité. Ils avaient beau inspecter la terrasse, aucune trace de Proditus.

- Proditus ! Un peu de courage ! Montre-toi ! éructa Lyana.

Elle n'eut pas le temps de réagir qu'elle fut projetée au sol. Dwalin voulut intervenir mais Proditus sauta devant lui.

Le grand nain plissa les yeux et sourit.

- À nous deux, mon bonhomme.

Lyana s'était relevée. Devant elle, se tenait Josban.

- Sale vermine ! J'aurais dû te tuer ce soir-là. râla-t-elle.

Josban était prêt, une superbe lame à la main.

- Crois-moi, je ne vais pas me contenter de te marquer au visage. Je vais te larder, petite femelle. assura-t-il.

Il attaqua mais elle esquiva. Déjà il retentait. Il était plus expérimenté qu'à l'époque. Elle esquiva à nouveau. Elle tenta de l'attaquer mais Josban feignit la fuite à droite. Il fit une volte-face qui la surprit et se jeta sur elle. Elle fut projetée en arrière et s'écrasa contre le mur. Elle tentait de récupérer son épée qui avait atterri à quelques mètres.

De son côté, Dwalin avait pris le dessus et avait réussi à désarmer Proditus. Il s'apprêta à l'achever mais jeta un œil à Lyana qui, allongée au sol, n'allait pas tarder à subir l'assaut de Josban.

Proditus profita de ce moment de déconcentration du grand nain pour fuir par les escaliers.

Dwalin voulait le suivre mais il grogna. Il avait promis à Thorin.

Il se rua sur Josban mais plusieurs soldats déboulant du promontoire lui bloquèrent le passage. Il les fit valser de son marteau mais déjà Josban fonça lame en avant vers Lyana.

Elle ferma les yeux. Mais plutôt que de ressentir la douleur d'une lame la transperçant, elle eut l'impression d'être écrasée par un énorme poids. Elle ouvrit les yeux. Quelqu'un était allongé sur elle.

Elle se dégagea et vit Dwalin fracasser Josban contre la balustrade.

Elle se redressa et se retourna vers le corps qui l'avait protégée.

- Fenni ! hurla-t-elle.

Elle tomba à genou. Et, tremblante, releva la chemise de son ami. La blessure était profonde juste au-dessous du nombril. Elle pissait le sang. Lyana fit compression.

- C'est inutile. balbutia Fennimore.

- Chhh..., ne parle pas ! On va te soigner...

- Tu es d'un optimisme déconcertant. souffla-t-il.

Elle afficha un sourire forcé.

- Prend-moi plutôt la main !

- Si je te prends la main, je ne pourrai plus maintenir le point de compression. poursuivit-elle.

- Et moi, je ne pourrai partir serein.

Elle leva les yeux vers Dwalin qui s'était approché. D'un air grave, il secoua la tête négativement.

Il avait vu tant de combat et tant de blessés, il savait que c'était inutile.

Elle relâcha la pression et, de ses mains ensanglantées, serra celle de son ami de toujours.

Il la fixait. Elle lui souriait, retenant ses larmes.

- Lyana ! Dwalin !

Thorin parut à l'entrée de la terrasse.

Il ralentit la marche devant la scène.

Fennimore serra la main de Lyana puis la pression se relâcha. Le regard du gouverneur se figea.

- Fenni ! gémit-elle.

Elle éclata en sanglots, se recroquevillant sur le corps de son ami.

Thorin remarqua le corps de Josban gisant au sol.

- Et Proditus ?

- Il a fui mais Lyana était en danger. Je suis resté mais... tout cela pour cela. grogna Dwalin.

Thorin posa la main sur l'épaule de son ami.

- Ne te blâme pas ! Tu as fait au mieux.

L'édifice trembla.

- Il faut partir ! La tour va s'effondrer ! Un feu s'est déclaré dans la partie Est... ordonna Thorin.

Lyana se leva et tenta de lever le corps de Fennimore.

- Dépêchons. râla Thorin.

Mais Lyana persistait.

- Que faites-vous ? demanda froidement Thorin.

- Je l'emmène ! dit-elle.

- C'est impossible. Il faut partir. Tout va s'écrouler.

- Je ne le laisserai pas être réduit en bouillie parmi les gravats.

Ses yeux étaient rouges, les larmes coulaient à flots. Elle traînait avec mal le corps lourd de Fennimore.

Thorin la souleva. Elle se débattit. Il la reposa doucement lui jetant un regard noir. Il saisit le corps de Fennimore et le chargea sur son dos.

- Descendons... Et vite ! ordonna-t-il se tournant vers elle.

- Merci. murmura-telle.

En descendant, ils furent rejoints par Kili et Fili qui s'étaient aventurés au premier étage.

Ils aperçurent le corps de Fennimore.

- Il est lourdement blessé, semble-t-il. nota Fili.

- Il est mort ! corrigea Dwalin d'une voix sèche.

Il avait du mal avec le comportement de Thorin. Il tombait dans le sentimentalisme et la mièvrerie. Jamais auparavant, Thorin n'aurait agi ainsi dans l'urgence.

- S'il est mort et que tout risque de s'écrouler et de nous tuer à notre tour, pourquoi on l'emmène ? demanda Kili.

Il n'eut pour réponse que le regard noir et froid de Lyana qui passa devant lui.

Ils sortirent et s'éloignèrent pour se protéger.

Le calme était revenu. Les rebelles et les nains se rassemblaient. L'armée de Proditus était vaincue. La nuit tombait.

Thorin déposa le corps de Fennimore sur l'herbe. Aussitôt, Lyana s'agenouilla à côté de lui. Elle caressa sa joue et ses cheveux, réajusta sa chemise pour lui donner fière allure.

- Proditus est vaincu ! cria Albus qui venait de les rejoindre.

Son visage se crispa lorsqu'il vit Lyana et Fennimore. Il déglutit et courut vers ses amis. Il s'agenouilla à côté de Lyana. Elle se retourna vers lui et se blottit dans ses bras. Il l'enserra et la berça doucement. Il posa la main sur la poitrine de Fennimore et fondit en larmes lui aussi.

Thorin soupira profondément.

- Qui est-ce ? demanda-t-il froidement.

- Le gouverneur de la maison d'Albus. répondit Dwalin.

- Il va faire nuit, il faut aller se mettre à l'abri et se reposer. Nous l'avons bien mérité. décida le roi des nains.

Un grand fracas les fit tous se retourner.

Un éclair frappa le haut de la tour. Une lumière étincelante aveugla tout le monde. Éblouis, ils devinèrent la tour s'effondrer et Proditus chuter de toute sa hauteur.

- Il était là-haut, le salopard ! ragea le gouverneur blond qui venait de rejoindre le groupe.

Il aperçut Lyana et les deux gouverneurs au sol. Il secoua la tête.

Il héla un groupe de rebelles.

- Emmenez le corps du gouverneur Fennimore dans un lieu digne et à l'abri.

- Et celui-là, c'est qui ? demanda Bofur.

- Fuldior ou Dinninger. Je n'ai pas tout suivi. grommela Dwalin.

Les gardes soulevèrent le corps de Fennimore mais restèrent figés. En effet, Lyana qui serrait la main du gouverneur mort ne lâchait pas.

- Lyana ! murmura Albus.

Mais rien n'y fit.

- Lyana ! Lâche-le maintenant ! gronda le gouverneur brun qui l'avait saisie par les épaules et la secouait.

C'en était trop pour Thorin.

- Lyana... C'est fini. Il faut le déposer dans un endroit où il pourra être veillé. dit-il le plus posément possible.

A ces mots, elle lâcha la main de son ami, se releva, s'approcha de Thorin et se laissa tomber dans ses bras. Elle s'était évanouie.