En route pour le sud
Lyana grimpa sur son cheval et traversa discrètement la cour. Elle n'avait avisé qu'Albus et avait exigé qu'aucune escorte ne soit mise à sa disposition. Albus avait marqué sa plus grande désapprobation. Il était dangereux de parcourir seule de telles distances. Mais il avait acquiescé. Que pouvait-il faire d'autre devant sa reine ?
Elle avait recherché les nains mais ils étaient introuvables.
Tant pis. Il fallait partir tant que le soleil était à son zénith. Et c'était aussi bien. Elle voulait partir seule de toute façon. Thorin aurait insisté pour l'accompagner... et elle aurait cédé.
La dernière discussion avec le roi des nains n'avait pas été très cordiale et cela lui laissait un goût amer.
Il l'avait d'autant plus bousculée avec sa soudaine lubie de lui faire la cour. Qu'était-ce que cela ? Chez les humains, on était très "spontané" et les choses se faisaient le plus naturellement du monde. On ne se posait pas de question... sauf peut-être dans la maison de Dinninger, la plus réactionnaire de toutes.
Elle avait goûté sa peau, il avait goûté la sienne. Ils avaient partagé une telle intimité que la question ne se posait pas... Les nains et leur sens de l'honneur ! Les nains et leur susceptibilité ! Les nains et... Elle n'insista pas. C'était inutile. Elle était tombée amoureuse de ce peuple orgueilleux, courageux et si sympathique au demeurant.
Perdue dans ses réflexions, elle ne se rendit pas compte qu'elle était sortie de la ville et qu'elle s'engageait sur un vert sentier.
L'air était doux. Les champs embaumaient la lavande. Elle avançait au pas. Elle aurait pu accélérer. Mais tout avait eu un rythme si précipité ces derniers jours qu'un peu de lenteur ne lui déplaisait pas.
Elle arriva en haut d'un chemin et quelle ne fut pas sa surprise d'y rencontrer la compagnie des nains à cheval.
Thorin lui sourit.
- Vous pensiez vraiment que je vous aurais laissée partir seule pour un tel périple ?
- C'était mon exigence. répondit-elle.
- Et je n'ai que faire de vos exigences. J'ai mes propres prétentions et je m'y tiens.
- Des prétentions, Seigneur Thorin ?
- Celles de veiller sur vous quoi qu'il m'en coûte.
- J'en prends bonne note. sourit-elle.
Il secoua la tête et vociféra quelque chose que personne ne comprit.
- Chers Maîtres et Seigneurs, nous allons donc voyager ensemble, semble-t-il. déclama-t-elle alors qu'elle prenait la tête du cortège.
- En effet, Dame Lyana. sourit Balin.
- Dame ? C'est quoi cette nouvelle codification ? demanda la reine.
-Ne vous inquiétez pas. Un truc de nain. rassura Kili qui fit un clin d'œil à son frère.
- Dame ? Tu t'es enfin décidé à lui demander ?... souffla Dwalin au roi, restés en arrière.
- Une question qui fut inutile et me montra bien ridicule à ses yeux. grommela Thorin.
- Pourquoi ? Elle a accepté que tu la courtises, donc tout va bien. résuma le grand nain.
Thorin soupira. La route serait longue...
Les us et coutumes n'étaient pas les mêmes chez les nains et chez les humains dans ce domaine. Thorin l'avait bien compris. Lyana paraissait si insaisissable. Jouait-elle ? Le prenait-elle au sérieux ? Il ne pouvait la brusquer plus ; elle avait accepté d'être courtisée. Mais il était sorti de son domaine de confort. Il s'était éloigné des règles d'honneur. Il l'avait étreinte, embrassée et en des endroits que l'on n'embrasse pas avant de courtiser et même durant la cour. Il y avait un tel anachronisme qu'il en était perdu.
Il faisait chaud en cet été et bientôt les vertes prairies disparurent pour faire place à de grandes étendues désertiques.
- Sommes- nous encore loin ? demanda Bombur qui suait les mille gouttes.
- Je crois que vous êtes équipé trop chaudement. remarqua Lyana qui défaisait son gilet de cuir.
- C'est que la graisse t'enrobe trop. le taquina son frère.
- Ce n'est pas ma faute si la nourriture m'aime autant que je l'aime.
- Maître Bofur. Savez-vous qu'un homme bien bâti inspire toujours plus la sympathie qu'un maigrelet ? Il paraît plus rassurant en fait. remarqua Lyana.
- Je ne suis pas maigrelet ! grogna le nain au curieux chapeau.
- Je n'ai pas dit cela. Nul ici d'ailleurs n'est maigrelet.
- Que préfèrent les femmes en fait ? demanda Fili.
- Les humaines... vous voulez dire ? demanda-t-elle.
- Oui.
- Entre un homme corpulent ou mince ?... Je crois qu'elles s'en fichent totalement...
- Des hommes ? s'enquit Nori.
- Non. De leur apparence physique... enfin cela a de l'importance mais pas au sens proprement dit.
Les nains se regardèrent. Ils ne comprenaient strictement rien aux propos de la reine.
- Et bien, je pense que l'attirance est bien sûr basée sur le physique au départ. Après cette notion disparaît assez vite aux yeux de la femme. Quel intérêt trouverait-elle auprès d'un homme aux traits enjôleurs mais benêt comme ses pieds, aimable comme une porte de prison, méchant comme un orc ou vil comme un Josban...
- C'est un peu populiste, ne trouvez-vous pas ?... La beauté intérieure, c'est de la foutaise... Un homme laid mais gentil, valeureux, instruit aurait donc plus de chance... permettez-moi d'en douter. poursuivit le jeune prince blond.
- S'il a toutes ces qualités, il ne restera pas longtemps laid aux yeux d'une femme si tant est qu'elle soit sensible à ces belles valeurs de bienveillance, de courage et d'intellect. La beauté est un concept illusoire. Ce qui est beau pour moi peut être insignifiant pour vous, et vice versa. Ce qui est beau pour moi aujourd'hui me paraîtra peut être hideux demain. Dans la relation amoureuse, car c'est bien de cela qu'il est question au final, il y a une part de magie, d'inexplicable ; un "je ne sais quoi" qui fait que l'autre est beau au sens noble du terme. sourit-elle.
- Si vous le dites. siffla-t-il.
- Vous avez tort de penser que les femmes raisonnent comme les hommes.
- Et comment raisonnent les hommes ?
- Différemment des femmes. esquiva-t-elle.
- Tu en poses bien des questions sur les humaines, Fili... nota Gloin.
- Et bien, elles sont fort sympathiques au demeurant.
- Mais elles n'ont pas que des qualités. Crois-moi ! intervint Thorin à l'étonnement de tous.
Lyana se retourna. Elle le chercha du regard à l'arrière du groupe.
Il affichait un grand sourire. Tous éclatèrent de rire.
- Et bien, Seigneur Thorin, vous voilà maintenant amuseur. Quelle surprise ! dit-elle.
- Mais ce n'est que le début. renchérit-il.
Les nains rirent de plus belle.
Elle se retourna non sans afficher un léger sourire de coin.
- Connaissez-vous la chanson du petit homme potelé nommé Roly Poly* ?
- Non. Et pourtant j'en connais un paquet. C'est quoi cette chanson ? demanda Bofur.
- Vous reprendrez avec moi le refrain. Vous verrez, c'est une langue qui vous est sûrement étrangère mais c'est très facile à retenir...
Elle chanta donc :
There's a guy in this old town
I'm tellin' you a fact
He measures five feet up and down
And five feet front to back
He's a Roly Poly Baby
Pleasin' as they come
He's a Roly Poly Baby
A ton of fun
Ya the Roly Poly
Ya the Roly Poly
Ya the Roly Poly
Ya the Roly Poly
Ya the Roly
Ya the Poly
Ya the Roly Poly
When I first laid eyes on him
I laughed just like the rest
The more I saw the more of him
The more I liked him best
Got a Roly Poly Baby
Point to him with pride
He's my Roly Poly Baby
I'm satisfied
I call him:
Ya satisfîmes Roly Poly
Tous l'accompagnèrent en chœur.
Ya Ya Roly Poly
Ya Ya Roly Poly
Ya Ya Roly Poly
Ya Ya Roly
Ya Ya Poly
Ya Ya Roly Poly
Just to put my arms around him
Takes about a week
But when I get my arms around
We cuddle cheek to cheek
Got a Roly Poly Baby
Sweet as apple pie
He is just a Roly Poly
But so am I
I call her:
Ya Ya Roly Poly
Ils reprirent à nouveau.
Ya Ya Roly Poly
Ya Ya Roly Poly
Ya Ya Roly Poly
Ya Ya Roly
Ya Ya Poly
Ya Ya Roly Poly
Ya Ya Roly Poly
Le jour venait à mourir. Le soleil disparaissait derrière les collines. Le ciel se colorait d'un rose-orangé si doux qu'il en faisait oublier l'air qui se rafraîchissant en ce début de soirée.
- À combien sommes-nous de notre destination ? demanda Bifur à Balin.
- Je n'en sais rien. Déjà faudrait-il que je susse où nous allions. répondit le nain aux yeux taquins qui talonna son cheval pour accélérer le pas et rejoindre la reine qui avançait toujours en tête.
- ... Lyana ?... Dame Lyana, où sommes-nous exactement ? corrigea Ori.
- Mais qu'avez-vous donc avec cette étrange politesse. Que veut dire ce "dame" ?
Ori rougit et se gratta la tête.
- Bah... c'est comme cela que l'on fait chez nous pour s'adresser à une future...
- Faisons une pause. Ça nous dégourdira les jambes et permettra aux chevaux de se reposer après une journée en ce plein cagnard ! coupa Thorin.
Tous descendirent de cheval mais déjà Lyana rattrapa Ori.
- Une future quoi ... ? insista-t-elle.
- Ori, va rejoindre tes frères pour allumer le feu ! ordonna le roi.
- Je lui ai posé une question ! fit remarquer Lyana.
- Et moi je lui ai donné une mission ! gronda Thorin qui n'aimait pas que l'on s'oppose à lui.
Ori qui avait filé se faisait déjà courser par Lyana qui n'avait que faire de Thorin et de ses ordres.
- Maître Ori ! Répondez à ma question : une future quoi ?
- ... Mariée. balbutia-t-il.
- Mar... ?... C'est quoi cette histoire ? balbutia la reine.
Thorin soupira, Balin grimaça, Kili et Fili éclatèrent de rire, Dwalin grommela et Ori se prit de ses frères deux claques derrière la tête, et tout cela devant le regard médusé de Gloin, Oin, Bofur, Bifur et Bombur.
Lyana se tut et s'en alla le pas lourd pour se laisser tomber sur les fesses à l'écart du groupe.
Chaque nain savait ce qu'il avait à faire et très rapidement un petit campement fut monté ; un feu, allumé et du gibier chassé, dépecé et mis à cuire par Bombur, toujours très appliqué.
- Vous avez tout programmé ! nota Lyana qui n'avait pas bouger de sa pelouse à l'écart du groupe.
Elle fixait le ciel étoilé.
Elle sentait la présence de Thorin à quelques mètres derrière elle.
- Je n'ai rien programmé du tout ! Et je ne me permettrais pas de prétendre à quoi que ce soit. Ils parlent beaucoup. Ils parlent trop. Je vous ai demandé si vous m'autorisiez à vous courtiser. Et vous avez accédé à ma demande. J'en suis fort aise...
- Seigneur Thorin, pouvons-nous reprendre les choses naturellement ? Je ne comprends rien à vos carcans...
Sa voix se radoucit.
- ... Déjà, se tient-on si loin de la femme que l'on courtise... ?
Elle se retourna et lui afficha un large sourire.
Il vint s'asseoir à ses côtés.
- ... Et de quoi parle-t-on quand on fait la cour ? demanda-t-elle.
- ... Je n'en ai pas la moindre idée. C'est la première fois... soupira-t-il.
Elle éclata d'un rire si pur qu'il rebondit sur les pierres autour du campement.
- ... La première fois que j'officialise ainsi les choses, je veux dire ! corrigea-t-il en fronçant les sourcils.
Lyana se figea, le regarda étonnée puis écarquilla les yeux.
- Bah oui. J'avais compris. Je me doute que pour le reste... ce n'est pas la première fois... Vous êtes déjà bien aguerri... de ce que j'ai pu en voir... Enfin je veux dire...
Elle rougit se grattant le cou.
Il sourit et éclata même de rire. Il aimait cette capacité qu'elle avait de passer de l'effrontée à l'effarouchée. Cela ne la rendait que plus désirable encore.
Les nains se figèrent et se regardèrent.
- Je rêve, mon oncle rit ! s'étonna Kili qui vérifiait l'état se son arc.
- Tu exagères ! gronda Fili qui aiguisait un de ces nombreux poignards.
- À quand remonte la dernière fois où tu as entendu rire notre oncle ? demanda le prince cadet.
- Il rit à nos plaisanteries et ce régulièrement, tu le sais bien... bon pas comme cela... mais il lui arrive de rire... grimaça l'aîné.
Kili lui répondit d'un haussement de sourcil signifiant le peu de crédibilité que venait de tenter d'afficher Fili.
A Corneville, Tauriel rageait. Elle avait recherché Lyana et les nains durant des heures, se heurtant au mutisme d'Albus et à l'ignorance du reste du palais.
- Kili ! ragea-t-elle, le regard sondant la cour intérieure du domaine depuis le parvis.
Il ne lui avait rien dit. Elle pestait. Mais elle savait qu'il était un nain d'honneur, qu'il était également prince et petit-fils de Thrain et de Thror. Elle ne pouvait qu'être fière de sa droiture et de sa loyauté envers les siens.
Depuis l'aveu de ses sentiments à son endroit, Kili avait été très occupé à la restauration de Corneville et ils n'avaient guère avancé dans leur relation.
Elle avait tant envie de lui. Un sentiment étrange qui l'étreignait. Les elfes sylvestres étaient reconnus, et ce à juste titre, peu expansifs et guidés essentiellement par l'intellect plus que par le cœur. Depuis le début de cette aventure, elle se sentait changée, rattrapée par ses émotions, noyée dans la confusion de ses sentiments.
Elle faisait les cent pas. Ce qui l'inquiétait d'autant plus, c'est qu'elle ne pouvait pas assurer la protection de Lyana. Même si elle ne voyait pas ce qu'elle pouvait apporter à la reine.
Elle rentra, traversa la bâtisse et s'arrêta devant la fenêtre, fixant les jardins. S'il survenait quelque malheur à Lyana, elle devrait subir les foudres de Thranduil. Et il n'était pas connu pour sa tolérance.
Elle plissa les yeux. Il lui semblait apercevoir une silhouette dans la pénombre. Oui, elle ne rêvait pas. Quelqu'un drapé sous une cape venait de traverser le jardin rapidement.
Tauriel ouvrit la fenêtre, sauta au sol et le prit en filature.
Elle traversa les haies de bougainvillées, passa devant les serres et le pigeonnier, emprunta le pont pour débarquer au milieu d'un terre-plein de cailloux. Où était-il passé ?
Elle entendit un bruissement dans le buisson à sa gauche. Elle se jeta dans la verdure mais n'y trouva personne.
Elle inspecta les alentours en vain.
Elle ressortit du fourré et se figea, la pointe d'une flèche à un petit centimètre de son front.
- Que faites-vous ici ? J'aurais pu vous tuer ! remarqua une voix masculine.
Tauriel leva les yeux.
- Excellence Dinninger ? Et vous que faites-vous ici ? dit-elle en se relevant.
- Je surveille et vaque dans le palais et ses dépendances dont je suis un des gouverneurs... Je vous réponds par politesse car je crois ne pas avoir de compte à vous rendre, Elfe !
Elle remarqua qu'il ne portait pas de cape. Ce n'était donc pas lui qu'elle avait suivi.
- Vous devriez rentrer ! Il suffirait que je sois plus rapide à décocher ma flèche la prochaine fois ! menaça le grand homme blond se détournant de l'elfe rousse et poursuivant sa ronde.
De l'autre côté de la baie de Belfagas, dans les ruines de Fuldior, les elfes sylvestres se reposaient d'une longue marche. Thranduil n'avait permis aucune pause depuis le départ de Sumarita et tous, montures comme soldats, étaient épuisés.
- Il nous faudra encore des jours pour contourner la baie. Pourquoi nous avoir fait venir jusqu'à Fuldior. Nous aurions dû directement poursuivre tout au Sud. râla Thranduil.
- Nous irons plus vite par la mer. répondit Elrond.
-Par la mer ? Mais nous n'avons pas d'embarcation, Seigneur Elrond... Feriez-vous tout pour me ralentir ? ragea le grand roi aux longs cheveux blond-blanc.
- Nous avons le même but, me semble-t-il... et nous serons plus rapidement sur l'autre rive en traversant les flots...
- Comment ? éructa Thranduil.
- En demandant de l'aide à des alliées.
- Quels alliés ? s'impatienta Thranduil qui se laissa tomber dans le trône de transport qui avait été déposé sous la grande tente royale.
- Vous les rencontrerez très vite...
- Quand ?
- Elles se manifesteront à nous très bientôt...
- Elles ?... Que mijotez-vous, Seigneur Elrond ?...
Mais déjà un chant mélodieux s'éleva au loin.
- Les voilà justement qui se manifestent ! Allons au port.
- Pourquoi ne viennent-elles pas jusqu'ici ? grogna le roi sylvestre.
- Parce qu'elles n'en ont pas les moyens... physiques. Allons-y ! Pressons ! conclut le seigneur de Fondcombe qui sortait de la tente.
L'air s'était rafraîchi. Lyana avait enfilé son gilet de cuir et s'était rapprochée du feu pour souper avec les nains. Elle aimait leur compagnie. Ils étaient parfois rustres mais étaient amusants et toujours respectueux. Une qualité qu'elle appréciait au plus haut point.
- Allons-nous reposer ! Combien de miles nous reste-t-il à parcourir ? demanda Thorin.
- En vérité, je n'en ai pas la moindre idée... Les elfes noires possèdent un grand territoire qui, je crois, doit s'étendre sur toute la vallée au-delà de cette montagne par là-bas : répondit Lyana qui montrait du doigt l'horizon dont on ne devinait rien dans la pénombre du soir.
- N'y êtes-vous jamais allée ? demanda Bofur.
- Non jamais. Je n'ai jamais traversé la baie de Belfagas...
- Vous aviez l'intention de vous aventurer seule dans une zone qui vous était absolument inconnue ? demanda froidement Thorin.
Lyana soupira mais ne répondit pas.
Thorin la fixa d'un regard si noir que tous les nains déglutirent, même Dwalin le plus coriace de tous.
- Vous êtes totalement idiote, par Mahal ! lança-t-il.
- Ne me parlez pas ainsi ! cria-t-elle.
- Vous ne méritez pas que l'on vous parle autrement ! Vous êtes une idiote ! grogna le roi en se levant brutalement.
- Seigneur Thorin, je vous... Et mettez-vous votre cour où je pense ! ragea-t-elle.
Il se figea puis s'éloigna à grandes enjambées.
Lyana soupira à nouveau fixant les flammes rougeoyantes.
- Thorin a raison. dit Balin.
- Vous me trouvez idiote ?! s'offusqua la reine.
- Non. Mais reconnaissez que décider de partir seule était assez... Comment dire ?... marmonna-t-il en fronçant les sourcils à la recherche de ses mots.
- Je ne sais pas ce qui est pire : se faire insulter par votre roi ou subir vos hésitations pour m'offenser tout autant. souffla-t-elle.
- Ma volonté n'est pas de vous offenser et Thorin ne voulait pas vous insulter. Il ne pensait pas un traître mot de ce qu'il a dit.
- Mais il l'a dit ! insista Lyana.
- Et vous savez très bien pourquoi il s'est ainsi emporté ! La psychologie ne vous est pas étrangère, n'est-ce pas ? sourit-il.
- Oh ! Et puis, flûte ! conclut-elle.
Elle se leva.
- Seigneur Thorin ! Seigneur Thorin ? Où êtes-vous ? Il faut que l'on parle ! appela-t-elle en se dirigeant vers les bosquets.
Elle marcha jusqu'à une clairière. Thorin était là, observant la pleine lune qui avait une luminescence incroyable ce soir-là. Il était fier comme Artaban, les mains derrière le dos comme à l'accoutumée.
- Vous vous êtes perdue ? demanda-t-il sans se retourner vers elle.
- Non. Je vous cherchais...
- Inutile... Le message est clair... Je ne vous importunerai plus... Nous allons vous accompagner car c'est un code d'honneur auquel les nains ne dérogeront pas. A notre retour sur Corneville, nous repartirons sur la Terre du Milieu. Et j 'aimerais que vous ne nous y accompagniez pas.
- Mais je...
- Ne m'imposez pas plus que je ne puis le supporter ! Nos chemins se sépareront définitivement à notre retour à Corneville. finit-il.
Il se retourna et la croisa sans dénier la regarder, la laissant seule à l'orée de la clairière.
Les yeux de Lyana s'embrumaient alors qu'elle regardait la lune disparaître derrière un gros nuage.
- Ça se passe toujours comme cela, la cour ? grimaça Fili assis au coin du feu avec le reste de la compagnie.
- Un vrai chemin semé d'épines et de tessons de verre ! Ça ne donne pas envie ! ajouta Nori qui finissait de dévorer son râble de lièvre.
- Non, c'est ainsi parce que ce sont Lyana et Thorin. soupira Balin.
- Il l'aime ou pas ? demanda Ori, qui griffonnait sur son petit cahier.
- Il l'aime mais il l'aime mal ! grogna Dwalin qui passait un vieux bout de tissu sur le tranchant de sa hache.
Thorin sortit des buissons.
- Que tout le monde dorme ! Il y a de la route à faire demain. Au plus vite on atteindra les elfes noires, au plus vite on rentrera et on repartira chez nous ! ordonna-t-il.
- Il rit régulièrement, n'est-ce pas Fili ? murmura Kili.
- AHHHHH ! retentit au loin.
- C'était quoi ça ? cria Bifur qui avait bondi sur ses deux pieds comme les autres.
- Lyana ! cria Fili qui s'était retourné vers les buissons font Thorin venait d'émerger.
Il courut vers le bosquet mais déjà Thorin le dépassa en le bousculant pour disparaître dans la verdure, l'orcrist à la main.
Tous le suivirent.
- Argh... Mais lâchez-moi, bande de sauvages !
Lyana eut pour toute réponse une gifle si puissante qu'elle en tomba évanouie.
L'homme dont le visage était dissimulé derrière un capuchon la ramassa comme un ballot de linge sale et la chargea sur le cheval de son acolyte tout aussi dissimulé par ses vêtements avant de remonter sur son propre cheval qu'il talonna.
Quand les nains arrivèrent sur la clairière, ils les virent s'enfuir.
- Mince ! A nos chevaux ! cria Fili.
Ils entendirent hennir les bêtes. Dwalin à cheval les avait rejoints avec toutes les autres montures.
- Bien vu, mon ami. dit Thorin qui, comme les autres nains, avait sauté sur sa selle.
Ils coursaient les hommes qui devaient être quatre tout au plus. De loin, sous la lueur puissante de la pleine lune, Thorin avait bien repéré celui qui avait chargé Lyana. Il avait aussi noté que la position de la reine sur le flanc de l'animal signifiait qu'elle était inconsciente, peut-être même blessée.
- Si seulement j'étais resté avec elle dans la clairière. se répétait-il.
Les nains se rapprochaient des hommes.
- Kili ! cria Thorin.
Le jeune prince brun saisit son arc, récupéra une flèche dans son carquois, visa et décocha une flèche qui se planta dans le dos de l'homme qui fermait la marche. Il chuta lourdement au sol. Et sa monture apeurée prit la fuite dans une autre direction.
- Ils ont abattu Sven ! Les fumiers ! hurla le plus costaud d'entre eux.
- On est des fumiers ?! Qui c'est qui vient d'enlever la reine ? s'offusqua Bombur qui talonnait de plus belle sa monture.
Les nains se rapprochaient de plus en plus.
Les hommes galopaient très serrés.
Kili réarma son arc et se prépara à tirer à nouveau.
Le chemin devenait très sinueux, plus sombre et les chevaux slalomaient.
- Kili, non ! C'est trop dangereux. Tu pourrais la blesser. dit Thorin.
- Mais, mon oncle, je suis un très bon archer !
- Peux-tu m'assurer que tu ne la toucheras pas.
Le prince fronça les sourcils, relâcha la corde lentement et baissa son arc.
- Non je ne le peux pas. souffla-t-il.
- Il faut les rattraper et se battre au corps à corps ! ordonna Thorin qui talonna à ne plus pouvoir.
Le chemin sinueux laissa bientôt place à un sentier escarpé à flanc de montagne. Il était impossible de galoper et il fallait avancer à la file indienne.
- On ne peut rien faire si ce n'est avancer avec précaution, dans cette pénombre... nota Nori.
- Espérons qu'ils ne nous distanceront pas. souffla Gloin.
Enfin la route devint plus large. Mais pas de trace des fuyards. Tous stoppèrent.
- Par Mahal, c'est impossible ! Ils n'ont pas pu nous semer ainsi. s'étonna Bifur.
Devant eux s'étendait une immense forêt.
Le roi des nains talonna son cheval pour s'y avancer.
- C'est inutile, Thorin. Nous n'y verrons rien. C'est la nuit et la canopée est trop dense. dit Balin.
- Ils ont bien pu avancer, eux ! ragea-t-il.
- Et je ne sais pas comment ils ont fait... souffla le petit nain aux cheveux blancs.
Thorin hésita un moment. Enfin il descendit de son cheval et soupira.
- Nous attendrons les premiers rayons pour poursuivre.
- Vers où ? On ne sait pas où ils sont partis. nota Ori.
Thorin le regarda longuement sans mot dire avant d'aller s'asseoir sur une souche d'arbre non loin de là.
- Faisons un feu et reposons-nous quelques petites heures. dit Dwalin.
- Allez debout ! On repart ! ordonna Thorin.
Le jour commençait à peine. En quelques secondes, tous avaient enfourché leur monture. A vrai dire, nul n'avait fermé l'œil. Peut-être certains avaient somnolé d'ennui tout au plus.
- Par où allons-nous, mon oncle ? demanda Kili.
Thorin n'en avait pas la moindre idée.
- Suivez ma voix ! résonna dans sa tête.
- Traversons la forêt pour commencer ! répondit-il avec assurance.
Tous se regardèrent.
- Très bien ! Faisons ainsi ! conclut Dwalin qui talonna son cheval prenant le chemin de la lisière.
Tous le suivirent.
Thorin rejoignit le grand nain chauve à l'avant. Ils partagèrent un sourire entendu.
Cela faisait trois heures qu'ils avançaient dans cette nature d'une extrême fraîcheur, à l'abri du soleil brûlant.
Balin avait eu raison : ils n'auraient jamais pu avancer dans ce lieu en pleine nuit tant les branchages enchevêtrés auraient empêché la lueur de la lune si puissante fusse-elle de percer jusqu'au sol.
- Comment ont-ils fait ? demanda Bofur.
- Peut être avaient-il un moyen d'éclairage. proposa Ori.
- Un moyen d'éclairage ? répéta Fili.
- Ne soyons étonnés de rien ! dit Thorin qui enfin voyait au loin poindre une verte et lumineuse prairie.
Il stoppa net. Ce qui provoqua un embouteillage à l'arrière. Les nains grognèrent.
- Chutt... Taisez-vous !
Thorin, resté dissimulé dans les buissons, descendit de cheval et fit signe aux autres d'en faire de même.
Un curieux baraquement de pierre sans fenêtres apparentes était érigé sur la gauche. A l'extérieur, trois chevaux s'abreuvaient dans une auge.
- Ils sont là-dedans. pesta Gloin.
- Et maintenant, on fait quoi ? demanda Bifur.
- Attaquons ! tonna Dwalin.
- Attendez ! intervint Thorin.
- Ils ne sont que trois ! argumenta Balin.
- Mais ils ont Lyana ! répondit le roi.
- Il faut les prendre par surprise... et nous n'avons pas droit à l'erreur ! conclut Fili.
- On court et on attaque ! décida Thorin.
A une vitesse phénoménale, ils traversèrent la clairière et Dwalin défonça la porte.
Ils pénétrèrent la grande pièce. Deux hommes étaient attablés.
Fili se jeta sur l'un et Kili sur l'autre.
- Lâchez vos armes !
Ils se retournèrent et laissèrent tomber leurs épées au sol. Fili et Kili se redressèrent et furent poussés avec les autres par les deux hommes qui venaient de se relever.
Le plus grand des trois se tenait debout. Il avait glissé une lame sous la gorge de Lyana. Dans la pénombre du fond de la pièce, on les apercevait à peine.
- Allez, tous en cellule ! Je m'occuperai de vous après ! railla-t-il.
Alors que les deux autres hommes les entraînaient vers le fond de la pièce, ils comprirent que Lyana était toujours inconsciente. Elle était attachée par les poignets à une corde qui faisait levier autour d'une poutre au plafond. Ses pieds touchaient à peine le sol. Et son corps se balançait. Ils se rendirent même compte qu'elle ne portait plus son pantalon.
A bien y regarder, les hommes étaient également très débraillés.
- Espèce de sales pourritures ! hurla Thorin.
Tous les nains s'agitèrent mais le grand homme qui semblait être le chef appuya la lame sous la gorge de la reine qui ne reprenait toujours pas conscience.
- Dans la cellule, j'ai dit ! Ou je la saigne !
Les nains grognèrent et obtempérèrent.
Seul le cliquetis du cadenas rompit le silence.
Les trois hommes allèrent s'attabler.
- On fait quoi maintenant ? demanda le plus jeune, qui semblait très nerveux.
- Joe à raison. Dans le contrat, il fallait juste buter la fille... pas l'enlever... ajouta le deuxième.
- ... et elle était censée être seule, pas accompagnée d'une dizaine de nabots. reprit le plus jeune.
- Fermez la ! On respecte le contrat. Mais avant de la buter, on s'amuse !
Ils éclatèrent d'un rire gras qui mit les nains hors d'eux.
Ils saisirent les barreaux de la cellule et grognèrent. Mais il était impossible de plier le métal même pour Dwalin qui était pourtant très puissant.
- Fermez-la vous aussi ! Ou je la tue plus vite que prévu.
- Fais pas cela... on n'aura pas eu le temps d'en profiter totalement. râla Joe qui se serra l'entre-jambe d'une main.
- Les enflures ! lâcha Kili.
- Il faut faire quelque chose, par Mahal ! supplia Ori qui venait de s'effondrer dans le fond de la cellule, la tête serrée entre ses mains.
Thorin ne tenait plus. Il bouillait. Il la regardait chancelante.
- Oin, qu'en penses-tu ?
- Je ne sais pas, Thorin. Il faudrait que je l'ausculte.
- Ils l'ont... ?
Oin secoua la tête.
- Je ne sais pas.
Tous soupirèrent.
Kili fit un signe à Fili qui fronça les sourcils. Le prince brun indiqua du regard le trousseau de clé pendu au mur. Trop loin pour l'atteindre du bras. Fili haussa les épaules. Kili lui fit un signe du regard vers la droite. A à peine quelques dizaines de pouces de la cellule traînait au sol une vieille planche de bois pas plus large que la fusée d'une épée.
Ils observaient les hommes. Ils mangeaient se souciant peu des nains.
Fili se rapprocha des barreaux. Mais Thorin posa la main sur son épaule et le regarda fixement montrant sa désapprobation. Fili lui indiqua du regard la planche de bois puis le trousseau de clé. Thorin relâcha la pression sur son bras et hocha la tête. Fili s'agenouilla et tendit le bras en dehors de la cellule tentant de saisir la planche.
Mais le grincement d'une chaise le fit sursauter. Le plus grand des hommes s'était levé et s'étirait.
- On se la fait ? demanda Joe.
- Non !
- Bah elle est inconsciente, c'est le moment où jamais...
Les deux autres éclatèrent de rire.
- Quoi ? rouspéta-t-il.
- Attend qu'elle sorte de son évanouissement... ce sera plus amusant, crois-moi ! J'adore quand elles se débattent et qu'elles gueulent ! Pour l'instant, c'était juste du hors d'œuvre... ricana le grand.
- Bon bah, on va se reposer un peu... histoire d'être au mieux de notre forme. sourit le troisième.
- Et les nains ? demanda Joe.
- On verra après ! Cela leur fera du spectacle. Ils verront ce dont sont capables de vrais mâles. gouailla le chef qui se laissa tomber sur un vieux matelas qui libéra un nuage de poussières. Les deux autres en firent de même non loin de lui.
- Il faut faire vite ! murmura Oin qui avait remarqué que Lyana commençait à se mouvoir.
Fili tendit à nouveau le bras et réussit à saisir la fine planche.
Il fallait maintenant récupérer le trousseau de clé.
Il avança la planchette au mur, tentant de faire basculer le trousseau du clou à cette pique improvisée. A la troisième tentative, il réussit mais le trousseau glissa et tomba au sol. L'homme le plus jeune bondit et se dirigea vers la cellule. Il n'avait pas vu le trousseau au sol.
- C'est quoi ce boucan ? ragea-t-il.
- Hummm... murmura Lyana.
- Les gars, elle se réveille ! hurla Joe.
Le plus grand des hommes avait accouru. Il leva le menton de Lyana dont les paupières s animèrent. Quand elle les leva et aperçut l'homme, elle se débattit. Elle leva la tête et constata qu'elle était attachée.
- Ne la touchez pas, sale vermine ! hurla Thorin.
- Et tu vas faire quoi, le nain ? dit le chef.
Il se retourna vers Lyana et lui serra la mâchoire entre les doigts. Il l'embrassa de force.
Les nains saisirent les barreaux et les secouèrent de toute leur force.
Lyana lui balança un coup de genou entre les jambes. Il se plia de douleur.
Elle lui cracha dessus.
Il se releva péniblement. Il l'agrippa par les cheveux.
- T'es une coriace ! J'adore ! Tu vas prendre cher !
Elle regarda au sol et vit le trousseau de clé. Elle remarqua également la planche que Fili tentait de dissimuler derrière lui. Elle échangea un regard avec Fili puis avec Thorin.
- Et si je n'étais pas si coriace que cela ? répondit-elle avec un sourire aguicheur.
Les trois hommes eurent un mouvement de recul et froncèrent les sourcils.
- Vas-y. Raconte ! ordonna le plus grand.
- Bah quoi... c'est plutôt excitant tout ça, non ? Je me balade seule depuis longtemps. Les temps sont longs... si tu vois ce que je veux dire.
Elle leva la jambe et posa son pied sur la braguette du chef. Elle sourit.
- Et eux... C'est qui ? demanda Joe en désignant les nains d'un mouvement de menton.
- On s'en fout... non ? rétorqua-t-elle.
- Quoi ?... Mais... commença Ori.
- Chutt... Tais-toi. coupa Bofur.
Thorin grognait. Balin posa la main sur son épaule.
- Fais lui confiance. murmura-t-il.
- Ah oui ? Tu aimes t'amuser ? demanda l'homme qui jouait du bassin, la plante de pied de Lyana toujours posée sur lui.
- Tu n'imagines même pas ! répondit-elle.
Il s'approcha d'elle et la respira.
Thorin voulut avancer mais Dwalin et Gloin se mirent devant lui.
- Mais pas tous les trois ! exigea-t-elle.
Le grand éclata de rire.
- Tu penses pouvoir avoir des exigences.
- Et toi tu penses pouvoir obtenir le meilleur de moi ? sourit-elle.
- D'accord...
- Demande à tes amis de sortir... C'est toi le chef, non. J'adore les chefs... C'est excitant, les chefs...
- Je la tuerai de mes propres mains... si on s'en sort. éructa Thorin.
- Et avant, tu la remercieras d'avoir fait diversion pour que l'on s'en sorte. ajouta Balin.
- Diversion ? Pfff... souffla le roi.
- Tu as trouvé mieux ? grogna Dwalin.
- Sortez ! ordonna le grand homme.
- Mais... objecta Joe.
- Sors d'ici ! Elle s'occupera de toi après, n'est-ce pas ?
- Hum hum... A moins que tu m'aies trop épuisée. sourit-elle...
Les deux hommes grognèrent et sortirent.
Il l'embrassa goulûment.
- Maintenant, détache-moi, tu veux ? demanda-t-elle posément.
- Pourquoi je ferais cela ?
- Parce que tu ne le regretteras pas, crois-moi ! sourit-elle.
Il détacha la corde des poignets rougis et égratignés de Lyana.
Elle marcha lentement dans la pièce et poussa nonchalamment le trousseau de clé vers la cellule. L'homme la suivit sans avoir remarqué la manigance. Elle s'assit sur l'établi, écartant les jambes. Il se rua contre elle. Elle saisit une lourde poêle et lui balança sur la tête.
- Espèce de sale... vicelard ! grogna-t-elle, en le frappant à nouveau alors qu'il tentait de se relever.
Nori avait récupéré le trousseau au sol mais il y avait une dizaine de clés.
Et il en avait essayé la moitié en vain quand les deux autres hommes surgirent, alertés par le bruit.
Ils virent leur acolyte au sol, la tête ensanglantée.
- Espèce de sale petite traînée !
Elle leur faisait face, la grosse poêle à la main, de l'autre côté de la table.
Ils se séparèrent pour contourner la table chacun d'un côté. Elle recula, prise au piège.
Mais un bras puissant l'agrippa et l'attira en arrière. Elle se retourna. Dwalin lui sourit avant de grogner et de se jeter sur Joe. Il le saisit et le propulsa contre le mur. Fili saisit un couteau caché dans son pourpoint et le planta dans la jambe du troisième.
- Partons maintenant ! dit Kili qui sortait de la cabane, suivi des autres.
Mais Thorin se rua sur l'homme blessé à la jambe.
- Qui vous a payés pour ce contrat ?
L'homme se tordait de douleur.
- Répond ! ragea-t-il, en appuyant sa semelle de chaussure sur sa plaie.
- Il était masqué...
- Un humain ?
- Oui.
- Sa description ?
Il maintenait la pression de son pied sur la jambe du blessé.
- Jeune, alerte... Je ne sais rien de plus. Il voulait qu'on la bute la nuit dernière, loin de la civilisation, en pleine nature...
Il leva son orcrist, prêt à la planter dans la poitrine de l'homme.
- Thorin ! Vite... hurla Bofur depuis l'extérieur.
Thorin sortit à son tour. De loin, on apercevait un groupe à cheval en haut de la colline.
- Aux chevaux ! Vite !
Ils coururent à travers la plaine pour rejoindre la forêt où ils avaient laissé les chevaux qui paisiblement les attendaient.
- Mon pantalon et mes bottes ? s'enquit la reine... Oh merci, Maître Ori.
- Pas de quoi, je suis si heureux de vous revoir.
- Je suis moi aussi heureuse de vous revoir.
- Pressons ! invectiva Thorin qui avait déjà enfourché son cheval.
Lyana se dépêcha d'enfiler son pantalon. Mais elle se sentit mal en se pliant sur elle-même pour chausser ses bottes. Elle grimaça et tomba au sol.
- Lyana !
Oin accourut.
La troupe arrivait sur la plaine.
- Nous n'avons pas le temps de l'ausculter. Nous devons partir tout de suite. ordonna Thorin.
- Mais, mon oncle ! s'offusqua Fili.
- Nous tous morts ne la soignerons pas ! Donne-la moi et vite !
Fili ramassa Lyana et la posa en amazone devant Thorin. Il la serra contre lui pour lui assurer une stabilité.
Tous enfourchèrent leurs chevaux et s'enfoncèrent dans la forêt.
- Accrochez-vous ! Mon cœur vous supplie de vous accrocher. murmura-t-il avant d'embrasser le front brûlant de son aimée.
La troupe n'avait pas dû les remarquer car ils n'étaient pas suivis, semble-t-il.
A Corneville...
- C'est un immense honneur que vous me faîtes ! répondit Geoffrin, droit comme un piquet au milieu du cabinet de l'ancien gouverneur.
- C'est à l'Amalthée que vous êtes redevable de cette marque de confiance, plus qu'à moi-même. corrigea Albus assis derrière le large bureau de palissandre.
- Son Altesse n'est pas présente au palais ? s'enquit Geoffrin qui, depuis la fenêtre scrutait l'horizon au Sud.
- Elle est actuellement en déplacement sur le territoire pour régler quelques affaires. Elle ne devrait tarder à rentrer. répondit Albus.
Lorsqu'ils avaient constaté le départ des nains, tous avaient pensé que la compagnie de Thorin était repartie vers la Terre du Milieu. Et Albus, le premier, était persuadé que Lyana était seule sur une terre qui lui était inconnue.
- Espérons que tout aille bien ! J'ai pu moi-même constater que le Sud était désertique et que le climat y était caniculaire...
Albus fronça les sourcils.
- Il n'y a pas de raison que son voyage se déroule mal. Nul n'est censé lui être hostile !
Geoffrin se retourna vers Albus.
- En tout cas, c'est avec joie et fierté que j'accepte le poste de gouverneur que l'Amalthée me propose. sourit-il.
- Bien. Cela est acté !
Ils se saluèrent respectueusement et Geoffrin quitta la salle des affaires.
Albus se rendit à son tour à la fenêtre et laissa son regard vagabonder vers le Sud.
Il glissa la main dans sa veste et en sortit un pendentif, un Alfirin en or. Il le serra fermement sans son poing. Il sentait le métal lui faire mal. C'était tout de qu'il lui restait de Mallïs. Elle qui serait à jamais son Unique Amour, celle qui l'avait abandonné pour rejoindre les siens, pour rejoindre Thranduil et mourir au nom de ce dernier au combat.
Au Sud… Après trois heures, comme à l'aller, les nains sortirent de la forêt. Le soleil était à son zénith. Ils suivirent le sentier escarpé, le chemin sinueux et reconnurent l'endroit où ils avaient installé leur campement la veille.
- Posons-nous ! décida Thorin.
Dwalin récupéra Lyana et la déposa sur une couverture. Il la couvrit d'une seconde. Oin l'ausculta alors que tous se tenaient un peu éloignés par respect.
Le guérisseur souleva la couverture et nota les hématomes qui commençaient à apparaître sur les cuisses de la reine. Il poursuivit ses examens.
- Est-elle blessée ? demanda Bofur prenant connaissance de la mine dépitée de Oin qui les rejoignait.
- Elle a besoin de repos, de beaucoup de repos.
- Poursuivons-nous vers les elfes ou rentrons-nous à Corneville ? demanda Gloin.
Thorin regarda la montagne toute proche derrière laquelle devait se trouver le territoire des elfes puis se tourna vers Lyana assoupie.
- Qu'en penses-tu, Oin ?
- Elle est faible. Elle a vraiment besoin de se reposer.
Thorin soupira profondément.
- Nous rentrons sur Corneville !
- Ton diagnostic ? demanda Thorin qui avait ralenti son cheval, se laissant dépassé par quelques nains, afin de se retrouver aux côtés de Oin.
Mais Oin se mura dans le silence
- Oin, dis-moi ! Je ne peux supporter de la savoir ainsi. supplia-t-il.
Oin fronça les sourcils. Il semblait chercher ses mots.
- D'après mon analyse, au moins l'un de ces humains a profité de son état comateux pour... abuser d'elle.
Le visage de Thorin devint grave.
- J'aurais dû les tuer de mon orcrist ! ragea-t-il.
Lyana ouvrit faiblement les yeux et se mut, certainement sortie de sa torpeur par la résonance de la voix de Thorin dans la poitrine sur laquelle reposait la joue de la reine.
Il caressa ses cheveux de la main. Elle referma les yeux et se rendormit aussitôt.
Les nains s'étaient retournés vers leur roi. Ils n'avaient pas entendu la conversation si ce n'est le regret de Thorin de n'avoir pas trucidé.
La nuit venait à tomber. Ils poursuivraient la route pour rentrer au plus vite au palais sans marquer d'arrêt.
A Corneville…Tauriel s'était à nouveau postée à la fenêtre. Elle était persuadée que celui qui s'était aventuré dans le parc la nuit précédente et qu'elle avait certainement dérangé retenterait une sortie cette nuit-là.
Elle camperait toute la nuit s'il fallait mais son instinct ne la tromperait pas. Il se passerait quelque chose cette nuit...
A quelques pas de là. Quelqu'un s'affairait à desceller la porte du caveau. Les mouvements étaient précis et exécutés sans la moindre hésitation.
Bientôt la pierre se détacha, et l'individu dissimulé sous une grande cape la déposa délicatement sur le côté veillant à ne pas l'abîmer et à ne pas faire de bruit.
Il descendit les quelques marches et s'avança vers le corps de Fennimore.
Il sortit la lame de l'Amalthée de dessous la grande pièce de tissu dans laquelle il était enveloppé et la brandit à deux mains au-dessus du gouverneur.
Il baragouina quelques incantations dans une langue étrange et, d'un coup sec, planta l'épée dans la poitrine du corps sans vie.
* Roly Poly - Auteurs : Elsa Doran and Sol Lake - Lyrics © Universal Music Publishing Group
