Une seconde chance
La chambre était calme. Un bouquet de rose déposé quelques heures auparavant par Thorin embaumait toute la pièce. Il avait profité de quelques instants pour descendre rapidement dans les jardins cueillir des fleurs, le temps que le médecin officiel du palais puisse ausculter Lyana.
Le docteur était reparti aussitôt pour aviser Albus de ses constatations sans mot dire à la compagnie des nains et à Gandalf qui attendaient dans le grand hall.
Il avait juste opiné du chef lorsque le mage avait demandé l'autorisation de lui rendre visite avant de filer à grandes enjambées.
Gandalf, Oin et Thorin veillaient la reine depuis quelques longues minutes.
- A-t-elle conscience de ce qu'elle a subi ? demanda l'istari au guérisseur qui avait pu assister à la consultation médicale officielle.
- J'en doute... Elle a eu un comportement, à son réveil, qui ne laissait pas présager un quelconque traumatisme.
- Tant mieux. Mais je vais veiller à ce que cela ne puisse jamais réapparaître dans son esprit.
Gandalf se tourna vers Thorin qui acquiesça d'un hochement de tête.
Le mage apposa les mains sur le front de Lyana et murmura quelques mots que lui seul comprenait. Un halo lumineux enveloppa le visage de la jeune femme.
Lyana réagit à peine en se mouvant légèrement sous les draps.
- Elle ne devrait pas tarder à se sentir mieux. Elle n'aura plus aucun souvenir de cette nuit-là, des quelques heures qui l'auront précédée ni de celles qui l'auront suivie. sourit le mage.
Thorin soupira profondément. Elle ne se souviendrait donc plus de leur dispute, de ce qu'elle lui avait dit devant le feu, de ce qu'il lui avait répondu dans la clairière, mais pas plus du peu dont elle aurait pu avoir conscience des moments passés tout contre lui sur le chemin du retour.
- Laissons-là maintenant. conseilla le guérisseur qui se dirigeait vers la porte.
- Qui vous a attaqués ? demanda Gandalf alors qu'ils remontaient le couloir.
- Quatre humains. Ils en avaient après Lyana. Ils avaient été payés pour la tuer. Mais nous étions peu à savoir qu'elle avait emprunté cette route... résuma Thorin.
- Il est plus que temps de rentrer en Terre du Milieu ! Elle est en danger ici. dit Gandalf.
- Que savez-vous de plus que moi ? demanda Thorin.
- Rien d'essentiel, croyez-moi.
- Je suis venu dès que j'ai appris votre retour. Comment va-t-elle ? cria Albus, qui venait d'apparaître au bout du couloir.
- Elle est vivante ! répondit froidement Thorin.
- Que s'est-il passé ? poursuivit le gouverneur qui vraisemblablement ne s'était pas rendu compte du ton employé par le roi.
- Qui, à part vous, savait que Lyana partait au Sud ? demanda Gandalf.
- Je n'en ai parlé à personne et je crois qu'elle a veillé à n'en parler à personne elle-même. répondit Albus.
- Pourtant quelqu'un savait et a passé un contrat sur sa tête... poursuivit l'istari.
- Cela peut être n'importe qui... gronda Thorin.
- Et vous, Gandalf ? s'enquit le gouverneur.
- Je me serais bien gardé d'en faire part à qui que ce soit... Vous n'avez pas atteint le territoire des elfes noires ?
- Non, j'ai décidé de rentrer bien avant compte tenu de son état. soupira Thorin.
A ces mots, Albus activa le pas pour rejoindre les appartements de Lyana.
- Je ne pense pas qu'il puisse la trahir. dit Gandalf.
- Je ne le pense pas non plus. Mais qui alors ?... C'est pour qu'elle n'atteigne pas le territoire des elfes que ce contrat a été passé ? demanda Thorin.
- Peut-être... mais je ne vous conseille pas d'y retourner. Nous n'avons plus le temps. Il faut convaincre Lyana de rentrer en Terre du Milieu au plus vite. répondit Gandalf.
- Pourquoi cet empressement, Gandalf ?
- Je vous l'ai dit. Lyana est en danger ici !
Le jour s'en allait. La chambre plongeait lentement dans la pénombre.
- Pourquoi avons-nous rebroussé chemin ? demanda Lyana qui était assise au bord du lit.
Oin lui préparait une décoction à base de plantes.
- Vous vous étiez évanouie...
- Pourquoi ?... J'ai un de ces brouillards dans la tête... Impossible de me souvenir... Nous nous sommes arrêtés pour monter un campement de nuit... Puis après... C'est le trou noir... murmura-t-elle.
On frappa à la porte.
- Oui. Entrez ! marmonna Lyana.
- Entrez ! répéta Oin.
Les nains entrèrent tout doucement en file indienne.
Le prince blond s'empressa d'aller la saluer.
- Comment allez-vous ?
- Bien, Seigneur Fili. Si ce n'est un affreux mal de tête et une belle amnésie... Je demandais justement à Maître Oin de m'expliquer les raisons de mon évanouissement.
- Oin nous a dit ne pas en avoir d'explication médicale. Mais l'important est que vous alliez mieux. répondit le roi qui fermait la marche.
- Nous n'avons donc pas pu aller jusqu'aux elfes noires. conclut-elle.
- Non. confirma-t-il.
Lyana grimaça.
- Il s'est passé quelque chose là-bas quand les hommes les ont escortées. Il faut que Maître Geoffrin m'en dise plus. poursuivit-elle.
- Le Gouverneur Geoffrin. corrigea Ori.
- Gouverneur... soupira Lyana.
- Il faut engager notre retour en Terre du Milieu. dit Thorin.
Lyana le fixa. Il bloqua sa respiration. Un instant, il douta qu'elle ait pu oublier ce qu'il lui avait dit dans la clairière.
- Oui. Nous devrions rentrer en effet. sourit-elle.
Il soupira. Il regrettait les propos qu'il avait tenu cette nuit-là. Et il était soulagé si Lyana ne se souvenait plus lui avoir retiré son droit à la courtiser.
Albus entra à son tour.
- Ravi de te voir enfin éveillée ! s'exclama-t-il.
- Merci. Tu as nommé Geoffrin gouverneur ?
- Et bien... C'est toi qui m'as dit d'agir en ton nom pour les choses courantes en ton absence... Et je croyais que cela était validé... Tu penses que c'était une erreur ? demanda-t-il.
- Toi aussi... soupira à nouveau Lyana.
- Que voulez-vous dire ? demanda Kili.
- Je me suis souvenu que Geoffrin avait mentionné ton périple au Sud. Comment pouvait-il connaître ta destination ? s'interrogea le grand gouverneur au teint bronzé.
- Je ne sais pas. Et il est trop tard pour s'en occuper. Il est gouverneur maintenant... fit remarquer la reine.
- Si vous avez le moindre doute sur sa probité, il suffirait de le destituer, non ? intervint Gloin.
- Impossible. Il faudrait la majorité au Sénat. Ni Fuldior ni Dinninger ne nous suivra.
- Mais vous êtes la reine ! s'offusqua Bombur.
- Je n'ai pas ce pouvoir selon la constitution.
- Qui a pondu une telle constitution ? grogna Dwalin.
- C'est moi... sourit Lyana.
Dwalin grommela, baissa la tête, se gratta la nuque et les nains pouffèrent de rire.
- ... Une façon de préserver l'Amalthée de décisions hâtives que je pourrais prendre sous l'effet de cette... foutue puissance que je ne maîtrise pas. expliqua Lyana.
- Sage initiative. sourit Thorin.
Il posa sur Lyana un regard tendre et rassurant.
Bard et son fils regardaient les nains, Gandalf, Lyana, Albus, Dinninger, Fuldior, Vic, Tauriel, et une dizaine de gardes s'éloigner du palais.
Les deux hommes avaient décidé de rester à Corneville auprès du meilleur ami de Bain devenu gouverneur de la maison éponyme.
Bientôt, on effacerait toutes les mentions "Corneville" pour les remplacer par "Maison de Geoffrin" comme il avait été fait pour les autres maisons précédemment.
Lyana n'avait pas échangé avec Bard concernant ses doutes sur la loyauté de Geoffrin. Elle ne doutait pas du roi de Dale et Esgaroth. Mais elle n'avait que des soupçons concernant le nouveau gouverneur. Rien de concret à évoquer.
Elle comptait également sur Bard pour qu'il se fasse lui-même une idée quant au jeune humain et à sa manière d'assurer la gouvernance. Elle n'avait plus la main de toute façon. Elle avait déjà fort à faire avec Fuldior et Dinninger nommés par feu son père. Et à son tour, elle avait peut-être fait une erreur de casting.
- Je ne comprends pas ? répondit Gus, les yeux écarquillés devant le caveau béant.
- Depuis quand est-ce ainsi ? demanda Geoffrin qui se tenait à côté de lui.
- C'est un garde qui s'en est aperçu. On vient rarement inspecter dans cette partie du domaine. Je vous ai prévenu de suite.
Geoffrin descendit les quelques marches et constata la stèle vide. Le corps de Fennimore avait disparu.
- Faut-il que je charge un garde de rattraper son Altesse ? demanda Gus resté à l'extérieur.
- Non. Je vais m'en occuper personnellement. Vous pouvez disposer. répondit Geoffrin qui inspecteur les lieux.
Gus s'en retourna fronçant les sourcils.
Geoffrin resta seul et souriant dans le caveau.
Les nains, Lyana, ses gouverneurs, Gandalf et une vingtaine de soldats de l'Amalthée arrivèrent bientôt au port.
Cela grouillait de monde qui s'invectivait en diverses langues.
- Qui sont ces hommes et ces créatures ? demanda Ori qui désigna du menton un groupe de trois cavaliers à la peau sombre tenant conversation avec deux grands elfes à la peau bleu foncé à l'autre bout de la rade.
- Ce sont des hommes du Sud et des elfes noirs. On les dit peu recommandables... Les premiers comme les seconds. répondit Balin.
- Évite de t'en approcher, tu as compris Ori. s'enquit Nori qui rajustait la veste de son petit frère.
- Mouais... grimaça le jeune nain qui en avait assez qu'on lui dise constamment ce qu'il devait ou ne devait pas faire
- Par Mahal ! Ces malles pèsent une tonne. râla Bofur qui les déchargeait des chevaux pour l'embarquement.
- Et il y en a encore une bonne dizaine. ajouta Bifur.
- Ce sont des malles de filles, bien entendu ! grogna Dwalin.
- Nous voyageons rarement léger. sourit Vic.
- Mais qu'est-ce que les filles peuvent transporter ainsi ? demanda Fili qui décida d'aider ses compagnons.
- Ce qui est censé nous rendre irrésistibles aux yeux du sexe opposé. plaisanta la jeune blonde.
- Et bien un simple carquois, quelques flèches et lames suffiraient ! tonna Dwalin.
- Cela suffirait à te rendre Vic irrésistible ? taquina le prince blond.
- Continue comme cela, et je te donnerai une telle correction que ton physique ne sera plus irrésistible pour personne pendant un sacré bout de temps ! gronda le grand nain.
Lyana contemplait le "Petit géant des mers". Tel était le nom de ce fier kagge. Lyana se souvenait y avoir embarqué à Fuldior, accompagnant son père lors d'une inspection sans larguer les amarres. Se souciant peu à l'époque des affaires des adultes, elle l'avait parcouru de la poupe à la proue en s'inventant des aventures emplies de sirènes et de pirates.
- Tout va bien ?
Elle reconnut la voix de Thorin. Elle lui était si agréable et si protectrice.
- Oui. Et vous ? s'enquit-elle à son tour ne quittant pas la galère des yeux.
- Bien. Ravi de retourner sur la Terre du Milieu.
- Tout est chargé. On peut y aller. intervint Kili.
- Parfait. Alors allons-y ! lança la reine.
- Mais qui est le capitaine ? ... Il y a toujours un capitaine sur une embarcation, non ? s'interrogea Nori.
- C'est moi ! sourit fièrement Vic.
- Il ne manquait plus que cela ! Et en plus la nuit va tomber ! grimaça Dwalin.
Ori s'était proposé pour tenir compagnie à Vic à la barre. Les gardes avaient une bonne expertise de la marine et assureraient les activités d'équipage.
Tous avaient regardé s'éloigner les côtes de cette contrée qui quelques semaines plus tôt leur était inconnue. Ils en avaient parcouru du chemin depuis l'anniversaire de Thorin...
Après avoir bien mangé, bien bu et bien chanté, il était temps d'aller rejoindre sa cabine.
Lyana remonta pour s'assurer auprès de Vic que tout allait au mieux.
En redescendant, elle aperçut Kili qui frappait discrètement à une porte. Cette dernière s'ouvrit et un long bras féminin s'en échappa pour saisir au cou le jeune prince brun qui d'un mouvement brusque fut entraîné dans la cabine avant que la porte ne se referme.
- Ce n'est pas trop tôt !
Lyana reconnut une nouvelle fois la voix. Elle se retourna. Elle plongea son regard dans les yeux d'opale.
Thorin s'approcha et glissa les doigts sous son menton. Il l'embrassa de ses lèvres brûlantes. Elle se sentit défaillir mais les bras puissants qui l'étreignaient la soutenaient.
Il poussa la porte de la cabine et la fit reculer pour y entrer. Bientôt elle se retrouva coincée contre la cloison. D'un coup de pied en arrière, il claqua la porte.
Il glissa la tête dans son cou qu'il embrassa, descendant sur sa gorge.
Il glissa les mains sous sa tunique. Elle frémit à ce contact. Mais bientôt il fut gêné dans sa progression. Il saisit le bout de tissu et l'arracha sur toute sa hauteur.
Elle grimaça.
- C'est que j'affectionnais particulièrement cette tunique.
Il recula pour la contempler.
- Et moi j'affectionne tout particulièrement ce que je vois.
Elle enleva sa tunique devenue un semblant de chemise puis délaça son corset qu'elle laissa tomber au sol.
Thorin la serra contre la cloison. Elle sentait son désir contre sa hanche gauche. Il enserra son sein droit. Et embrassa le gauche.
Elle lui souleva la tunique et caressa ses reins si musclés. En un rien de temps, il l'avait ôtée et vint coller son torse contre celui de son aimée. Il sentait ses tétons durcis contre sa peau. Et son désir ne fit que durcir également.
Bientôt elle sentit la main de Thorin descendre le long de son ventre et tenter de pénétrer dans son pantalon.
C'est alors qu'elle se rappela qu'elle portait des bottes si difficile à enfiler et tout autant à ôter.
Elle se dégagea donc et alla s'asseoir sur le bord du lit. Elle peinait à les enlever, ces foutues bottines. Mais Thorin la rejoignit, la poussa sur le lit, saisit une botte et l'arracha de sa jambe avant de la jeter dans la pièce. Il en fit de même avec l'autre.
Il grimpa à califourchon sur elle avant qu'elle n'ait pu réagir.
Elle éclata de rire. Le visage de Thorin s'assombrit. Il se dégagea et s'assit au bord du lit.
Lyana se redressa sur ses coudes et fixa le dos de son amant.
- Qu'y a-t-il ?
- Ceci n'est pas un jeu pour moi ! Et si nous faisons ce que nous nous apprêtons à faire, vous serez mienne à jamais. Et mon cœur sera vôtre pour l'éternité. C'est ainsi chez les nains... Mais si pour vous, cela n'a pas vocation à être sérieux, je vous saurais gré de m'en informer de suite...
Elle éclata de rire à nouveau.
Il se leva et se retourna, fou de rage.
- Comment osez-vous ainsi me mépriser ?
Elle hoqueta.
- Vous mépriser ? répéta-t-elle.
Elle se leva pour le rejoindre.
- Seigneur Thorin, je ne vous méprise point ! Mon cœur vous appartient depuis le premier jour, lorsque j'ai croisé votre regard sur ce marché de Dale. Depuis vous occupez toutes mes pensées. Je suis désolée si j'ai pu vous offenser par ces rires mais ils n'étaient que le témoignage de ma confiance et de notre complicité. C'est ainsi chez nous, les humains. Jamais je ne vous offenserai et je défie quiconque de le faire. Tout en moi est vôtre !
Elle fit glisser son pantalon et sa culotte à ses pieds. Elle se retrouva totalement nue devant lui. Il la scruta de haut en bas. Par Mahal, ses courbes étaient si excitantes ! Elle rougit tant le regard de Thorin trahissait son désir.
Elle recula et s'allongea sur le dos. Elle fixa le plafond.
Elle entendit le bruissement du tissu et bientôt Thorin approcha totalement nu lui aussi, au bout du lit.
Elle baissa les yeux pour le regarder. Il était si viril, si puissant, et si bien membré.
- C'est donc bien vrai !
- Quoi donc ? demanda Thorin, fronçant les sourcils.
- L'inversion. Les petits chevaux des nains...
Il baissa la tête pour constater son érection.
- Elle est impressionnante mais ne vous sera aucunement hostile, je puis vous le jurer. sourit-il avant de se jeter sur le lit.
Il avançait à quatre pas sur elle.
- Impressionnante ? Petit prétentieux ! lui lança-t-elle alors qu'il avait remonté le long de son corps et que son visage se trouvait à à peine quelques dizaines de centimètres du sien.
- Petite effrontée ! lui répondit-il avant de l'embrasser fougueusement.
Elle glissa les mains dans le bas de son dos, écarta les cuisses et bascula les jambes au-dessus des siennes.
- Déjà ? s'étonna-t-il, amusé.
- J'en crève d'envie... avoua-t-elle.
Il sourit. Elle sentait la chaleur de ses joues qui avaient dû rougir une fois de plus.
- Vraiment. supplia-t-elle.
Il se redressa et elle le sentit s'immiscer en elle. Ses mouvements étaient lents mais appuyés. Très vite, elle ressentit le plaisir monter le long de son épine dorsale jusqu'à sa nuque. Elle respirait profondément. Mais elle ne put s'empêcher de lâcher un gémissement.
Il accéléra le va-et-vient. Elle se cambra, serrant le drap de ses poings. Elle haletait entre chaque gémissement.
Thorin adorait l'entendre et la voir ainsi. Elle n'était en cet instant que volupté, plaisir et luxure. Et cela réveillait en lui les plus bas instincts animaux.
Il ralentit la cadence. Elle se décontracta. Elle ouvrit les yeux qu'elle planta dans ceux de Thorin. Elle caressa son buste hâlé avant de faire glisser ses doigts lentement jusqu'à son bas ventre. Il frémit.
Il savait qu'il n'allait pas tarder à exploser. Il lança des assauts plus puissants. Elle se cambra à nouveau, emportée par le plaisir. Sa respiration se coupa. Elle trembla de tout son être avant de se perdre en un cri de jouissance ultime. Au même moment, Thorin grogna et elle sentit une chaleur se répandre en elle.
Épuisé, il s'affala sur elle.
- Aïe ! murmura-t-elle, tant il était lourd.
- Pardon ! marmonna-t-il, les yeux fermés et la joue écrasée sur le sein de son amante.
Elle embrassa le front luisant de sueur de Thorin qui devait déjà ronfler.
Elle rit.
- Quoi ? souffla-t-il.
- Rien, mon cœur ! soupira-t-elle avant de s'endormir également.
Dans la cale, Bifur se grattait la tête. Pourquoi cette malle grande ouverte était-elle vide ?
- Bon bah, qu'est-ce que tu fais ? Tu en mets un temps pour remonter la cervoise. lui lança Fili qui venait de dévaler les escaliers.
- Une malle est vide.
- Quelqu'un est venu y prendre quelque chose. Laisse tomber ! répondit le prince qui avait récupéré un petit tonneau sur un étagère et remontait sur le pont.
- C'est quand même bizarre...
- Amène toi ou je bois le tonneau à moi tout seul ! cria Fili
Bifur haussa les épaules et remonta à son tour.
L'ombre se mua dans la soute maintenant déserte et saisit une corbeille emplie de fruits. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, la corbeille était vidée.
Lyana s'étira. Un sentiment de bien-être l'envahissait. Elle ouvrit légèrement les yeux. La cabine était faiblement éclairée par une lampe à huile. Par le hublot, elle constata que c'était toujours la nuit.
Elle glissa la main à côté d'elle sur le matelas mais n'y trouva que le drap froid.
Elle tourna la tête et aperçut Thorin. Il était assis au bout du lit, adossé à la cloison. Un drap le couvrant jusqu'aux hanches. Il avait les jambes recroquevillées, un crayon à la main.
Il lui sourit.
- Je suis là. Je serai toujours là, près de vous.
Elle sentit son cœur battre dans sa poitrine. Il était si tendre avec elle et en même temps si puissant. Tout ce dont elle pouvait rêver. Elle contempla ses larges épaules et les muscles de ses bras. Elle sentait une agréable douleur se réveiller dans son bas-ventre.
Elle secoua légèrement la tête.
- Que fais-tu ?... lui demanda-t-elle en s'éclaircissant la voix.
Il sourit à nouveau. Lyana était un livre ouvert dans ce domaine. Ses joues rosissaient voire rougissaient à la moindre de ses émotions. Il avait senti son désir qui venait de poindre. Et lui aussi en avait envie. Cela faisait vingt minutes que son crayon caressait le papier telles ses mains qui parcourraient sa peau si douce...
- ... Allez, montre-moi ! insista-t-elle.
Elle se redressa et s'aperçut qu'elle était totalement nue. Elle attrapa un oreiller à la volée, s'assit à son tour contre la cloison à l'opposé de Thorin et posa le grand carré de plumes d'oie devant elle afin de dissimuler son intimité. Il éclata de rire. Elle lui lança un regard noir qui le fit rire d'autant plus.
Elle tendit le bras en faisant la moue. Il hésita mais lui remit le calepin.
Elle écarquilla les yeux.
- C'est magnifique ! ... Enfin, je veux dire... Tu es terriblement doué... Tu m'as sacrément embellie...
- Non. C'est fidèle à l'original ! corrigea-t-il.
- Je ne connaissais pas tes dons d'artiste. En fait je sais bien peu de choses sur toi... remarqua-t-elle.
- Que voulez-vous savoir ?
- Tout !... Faisons un jeu !...
Thorin leva le sourcil droit, sourit et bascula en avant, plantant ses poings dans le matelas.
- ... Je ne pensais pas à ce jeu-là. rougit-elle.
Il se réadossa à la cloison, la mine renfrognée.
Elle sourit. Les nains étaient comme les hommes : ils ne pensaient qu'à cela !...
- Très bien. A quoi voulez-vous jouer ?
- Le jeu des questions...
Il la regarda l'air interrogatif.
- On se pose des questions fermées alternativement. La réponse est donc forcément courte. Le but étant de poser un maximum de questions en un minimum de temps...
Thorin, toujours renfrogné, ne semblait pas adhérer.
- Les questions peuvent être ouvertes si tu préfères... et les réponses, longues... marmonna-t-elle, se sentant idiote d'avoir proposé ce jeu qu'affectionnaient particulièrement les humains mais vraisemblablement pas les nains...
Thorin réfléchit.
- Très bien. Commencez ! Posez-moi une question ! dit-il rompant le silence.
Elle leva les yeux au plafond, cherchant la première question.
- Pourquoi ne me tutoies-tu pas ?
Thorin plissa les yeux. Il se rendit en effet compte que depuis qu'ils avaient fait l'amour, Lyana le tutoyait.
- Pourquoi me tutoyez-vous ? répondit-il.
- Tu triches... Tu ne peux pas répondre à une question par une autre question...
- Vous n'avez pas défini les règles. Il n'y en a donc pas. sourit-il.
- Ok... Et bien... Je vais répondre à ta question... Nous avons partagé un moment de telle intimité... J'ai fait tomber l'armure... Tu as fait tomber l'armure... Nous nous sommes donnés l'un à l'autre sans artifice... Cela a créé un lien indéfectible... Et cette complicité, cette osmose fait que tu es à présent mon tout : mon amant, mon amour, mon ami... et je ne vouvoie pas mon Tout. Voilà...
- Posez-en une autre ?
- Tu triches... mais d'accord... D'autres talents artistiques ?
- Je joue de la harpe... Et je joue plutôt bien...
Elle écarquilla les yeux.
- Cela vous étonne ! Je ne suis pas qu'une brute sanguinaire qui guerroie à tout bout de champ.
Lyana déglutit. Elle l'avait offensé et s'en voulait. Mais il sourit, amusé de la confusion qu'il venait d'éveiller en elle.
- Je t'imaginais plutôt jouant de la grosse caisse. dit-elle.
Il lui balança gentiment son pied dans la cuisse. Ils éclatèrent de rire.
- Et vous, un instrument de prédilection ?
- La guitare. Mais je gratte sans être très douée. Juste pour accompagner les chansons autour du feu l'été...
De la famille... hormis Fili et Kili ?
- Un frère cadet, Frérin. Il est tombé à la bataille d'Azanulbizar qui nous a opposés aux orcs pâles...
- Je suis navrée... Fili et Kili sont ses fils ?
- Non. Ils sont les fils de ma sœur cadette, Dis. Elle a perdu son époux dans cette même bataille.
- Les guerres nous enlèvent nos êtres chers.
- Mais elles sont parfois, même souvent, inévitables et nécessaires.
Lyana voulut répondre mais elle savait ce sujet fâcheux. Thorin recourrait au fer sans hésitation. Mais que pouvait-elle y reprocher ? Il avait ainsi repris sa Terre, ou plutôt sa Montagne, il était loyal et valeureux, il était suivi aveuglément par sa compagnie. Peut-être n'avait-il pas tort... Peut-être devrait-elle travailler sur sa sensiblerie...
- Alors ?
Elle sortit de ses songes. Thorin attendait. Il avait sûrement posé une question mais elle ne l'avait pas écouté.
- Et vous, de la famille ? répéta-t-il.
- Et bien, tu ne te foules pas trop sur tes questions. Tu reprends les miennes...
- Je conserve mes forces pour le jeu suivant. plaisanta-t-il.
- Plus de famille de ce monde... J'avais un demi-frère cadet, Proditus et une sœur, adoptée par mes parents qui la recueillirent bébé, abandonnée aux portes de Festiba. Nous avions sensiblement le même âge...
- Avions ?
- Elle est tombée elle aussi lors d'une bataille. Elle s'appelait Mallïs.
Thorin se rappela ce prénom prononcé par Albus.
Le bruit assourdissant d'une cloche retentit.
- C'est quoi ça ? demanda Thorin.
- On nous attaque ! répondit Lyana qui se redressait.
Mais le bateau tangua si fort à tribord que tous deux tombèrent du lit.
- Ca va ?
- Oui, et toi ?
- Ça va. répondit Thorin qui se dirigeait vers la porte.
- Enfile au moins quelque chose. remarqua Lyana.
Il se rendit compte qu'il était nu. Il enfila rapidement ses chaussettes, son pantalon et ses bottes. Il voulut récupérer sa tunique mais il s'aperçut que Lyana l'avait revêtue.
- Bah tu as détruit la mienne...
Mais déjà le bateau tangua à nouveau les propulsant contre la cloison.
Ils entendirent des pas rapides dans le couloir et des coups assénés à toutes les portes des cabines.
- Venez ! Vite ! Il faut monter là-haut. dit Thorin qui saisit Lyana par la main.
Sur le pont, tous s'agitaient mais se figèrent un instant devant le couple. Thorin, torse nu, et Lyana, jambes nues, portant la tunique du roi.
- Désolés si on vous a dérangés. railla Fili qui fit un clin d'œil à son oncle.
- Tu crois vraiment que c'est le moment. soupira ce dernier.
- Je vais finir par croire que j'étais le seul de la famille à ne pas être très occupé. ajouta Fili dont le regard s'était arrêté à l'arrière de Lyana et Thorin.
Ils se retournèrent.
Tauriel et Kili, échevelés et déguenillés venaient de les rejoindre.
Un nouveau choc fit basculer le bateau à bâbord.
Lyana grimpa près de Vic.
- Qui nous attaque ?
- Ou plutôt quoi ? répondit la jeune femme cramponnée à sa barre.
Lyana redescendit sut le pont principal et courut au bastingage à tribord.
Le bateau tangua fortement à bâbord et elle eut juste le temps de s'accrocher au bord de bois.
Quand le bateau reprit sa position elle bascula par-dessus le bastingage mais une main puissante la retint et la remonta.
- Merci Maître Dwalin.
- Je vous en prie...
Ils furent écrasés par une masse d'eau qui s'abattit sur le pont.
Lyana se releva et balaya le pont des yeux. Tous étaient paralysés, les yeux figés sur quelque chose qui devait se situer à quelques centaines de pouces de hauteur.
Elle se retourna.
- C'est quoi ce truc ? hurla Dinninger qui se tenait en poupe.
- Un axolotl géant. répondit Fuldior qui avait rejoint la reine.
- Un axo... quoi ? s'enquit Bofur.
- Mon oncle ? Kili ? cria Fili qui regardait en l'air.
Thorin et son neveu grimpaient au grand mât.
Tauriel et Dinninger grimpaient au mât d'artimon à l'arrière.
La créature était imposante. On aurait dit une énorme salamandre à l'état larvaire. Sa peau était luisante et blanche. Ses yeux étaient noirs. Elle possédait quatre doigts aux pattes avant et une grande crinière rouge.
Kili, Tauriel et Dinninger, les meilleurs archers du groupe, armèrent leurs arcs et décochèrent leurs flèches mais celles-ci ricochèrent sans blesser l'animal.
L'axolotl plongea. La vague générée ébranla le vaisseau et Tauriel fut déstabilisée. Elle glissa du mât mais Dinninger la rattrapa. Elle agrippa à deux mains son bras puissant. Il la sécurisa entre lui et le poteau de bois. Elle suffoqua. Il était puissant et il l'écrasait. Il l'enlaça. Elle était paralysée. Kili, depuis l'autre mat rageait.
- Eh. Lâchez-là ! hurla-t-il.
- Si je la lâche, elle tombe, pauvre idiot ! répondit Dinninger qui passait une corde autour de la taille de l'elfe rousse.
Il grimaça en serrant fortement le nœud de la ceinture improvisée.
- Cela devrait vous assurer une stabilité. sourit-il.
- Ce n'est pas un idiot ! rétorqua-t-elle.
- Non. C'est vrai. C'est un nain ! Et je ne sais pas ce qui est le pire.
Il fit un saut en arrière et retomba naturellement sur ses jambes avant de courir vers Lyana.
Kili s'empressa de redescendre.
- Où vas-tu, par Mahal ! Reviens immédiatement ! ragea Thorin qui ne bougeait pas en haut du mât.
Tauriel restait immobile. Elle avait été troublée de ce corps à corps avec le grand gouverneur. Elle n'avait jamais remarqué auparavant la profondeur de ses yeux verts, l'odeur de miel qui émanait de ses courts cheveux blonds.
- Nos flèches ne serviront à rien. Il faut trouver autre chose. dit le gouverneur qui avait suscité un tel émoi chez l'elfe.
- Est-il parti ? demanda Balin.
- Non, un axolotl est comme un poisson, son milieu de vie est l'eau. Il ne sait pas rester longuement émergé. Il va reprendre des forces et revenir. répondit Fuldior.
- Il va nous bouffer tout cru ! souffla Ori.
- Il ne bouffera personne. Il se moque de nous. C'est comme un chat après une souris. Il joue, il tue et il reprend son chemin. C'est son instinct. Et il sera de retour d'ici peu... soupira le petit gouverneur chauve.
- Il faut trouver quelque chose et vite ! résuma Dinninger.
- Espèce de ... grogna le jeune prince brun qui avait armé son arc et visait la tête de Dinninger à à peine deux mètres.
- Ne touchez pas à mon gouverneur ! éructa Lyana.
Elle barra la route à Kili.
- Lyana ! hurla Thorin du haut du mât.
- ... Remontez sur ce putain de mât y rejoindre votre oncle et protégez ce vaisseau...
- Poussez-vous. Comment ose-t-il la toucher ?
- Kili ! Arrête ! supplia Tauriel, solidement harnachée.
- Oh ! Bon sang... Elle ne vous appartient pas... Les nains êtes comme les hommes. Vous ne parlez qu'en chose et possession. Il vient de l'empêcher de se briser la nuque en tombant de là-haut et la corde la protégera des prochains assauts de cette satanée créature. Calmez vos hormones ! Ayez confiance en elle ! Elle vous aime. Et si vous ne vous en êtes pas encore rendu compte... C'est que vous êtes réellement un idiot ! soupira la reine.
Kili fronça les sourcils puis baissa son arc.
- C'est comme un poisson, avez-vous dit ? demanda-t-il.
- Euh... Oui. C'est ce que j'ai dit. confirma Fuldior.
Kili fit demi-tour et remonta sur le grand mât.
Thorin était en colère et s'apprêtait à lui passer un savon de première mais Kili le devança.
- Ses branchies !
- Quoi. Ses branchies ?
- Il faut l'en priver.
- Faisons cela !
Thorin et Kili regardèrent vers le bas. Fili était juste en dessous d'eux.
- L'axolotl a la capacité de régénérer ses organes. Il est inutile d'essayer de le mutiler. Il faut lui trancher ses branchies.
- C'est à dire ? s'enquit Fili.
- Ces espèces de fougères rouges autour de sa tête. C'est ce qui lui permet de respirer.
- C'est dans un manuel que tu as appris cela ? demanda Thorin.
- Ça a servi, l'école... Vraisemblablement moins à Fili !
Le vaisseau tangua. La bête était de retour. En effet, elle émergea et accrocha le bastingage de ses pattes avant. Comme les héritiers de Durin depuis le grand mât, du haut du mât d'artimon, Tauriel et Dinninger qui l'avait rejointe, étaient témoins du ballotage des humains et nains sur le pont. Telles des billes, ils roulaient de bâbord à tribord, de poupe en proue.
Fili s'agrippa à une barre transverse, se balança pour prendre de l'élan et se lança sur la bête. Il réussit à s'agripper à une des branchies.
Thorin, à son tour, s'agrippa à la même barre transverse et, par le même exercice, atterrit bientôt sur la tête de l'axolotl.
La bête poussa un terrible grognement et se tordit. Elle plongea dans les flots, entraînant les deux nains.
Tous coururent au bastingage mais la mer était redevenue calme.
- Regardez ! cria Vic.
Une embarcation approchait.
- Seigneur Thranduil. murmura Tauriel toujours attachée au mât.
Dinninger se serra contre elle. Elle écarquilla les yeux.
- Je ne fais que vous détacher. Je me passerai des foudres de votre nain ! lui sourit-il.
- Thorin ! hurla Lyana.
Kili sauta dans les flots depuis le grand mât.
Dwalin s'apprêtait à en faire de même mais Balin le retint.
- Nous ne savons pas nager. grimaça-t-il.
Lyana se rendit compte que Kili était en train de couler. Elle escalada le bastingage et sauta. Albus, Vic, Dinninger, Fuldior et trois gardes ont firent de même.
Dinninger récupéra Kili inconscient et deux gardes le remontèrent.
Les nains ne voyaient plus personne en surface. Le silence régnait. L'embarcation éclairée approchait et bientôt les nains reconnurent Thranduil et Elrond.
Tauriel accourut près de Kili. Dinninger lui prodigua quelques secours et bientôt il reprit conscience.
Les secondes étaient interminables.
Les nains sondaient la surface de l'eau se souciant peu des elfes qui abordaient.
Quand soudain surgit de l'eau Vic. Elle agrippait une veste beige.
- C'est Fili ! cria Nori.
Puis surgit Lyana qui traînait le corps de Thorin.
Les gardes prirent en charge les deux nains et les allongèrent au sol en position fœtale.
Kili à peine remis se rua sur le corps de son frère.
Tous ceux qui avaient sauté remontèrent à bord.
Lyana courut vers Thorin mais lorsqu'elle aperçut Thranduil, elle changea de direction.
- C'est votre faute ! Qu'avez-vous fait à la bête ?
- Nous l'avons harponnée. Et vous devriez nous remercier. Vous seriez tous morts maintenant ! persiffla le roi sylvestre.
- Vous avez failli tuer les Seigneurs Thorin et Fili ! ragea-t-elle.
- Des nains. railla-t-il.
- Je vous conseille de surveiller vos propos en parlant de ce peuple fier et valeureux ! ajouta-t-elle.
Thorin qui avait repris ses esprits les avait rejoints.
Thranduil les inspecta. Tous deux trempés. Lui, torse nu. Elle, jambes nues, en tunique masculine du bleu de Durin.
Il eut un sourire narquois.
Thorin respira profondément.
- Que faites-vous ici ? grogna-t-il.
- Nous vous ramenons en Terre du Milieu. intervint Elrond, d'un sourire amical.
Nori et Gloin fronçaient les sourcils. Ils s'étaient approchés du bastingage et observaient les étranges créatures qui entouraient la toute aussi insolite embarcation qui avait amené les elfes jusqu'à eux.
Ils avaient d'abord pensé à des humaines nues au longs cheveux dissimulant leurs poitrines, puis ils avaient deviné leurs queues de poisson argentées.
- Ouahhh... ! Des sirènes. s'écria Kili.
Tous, hommes comme nains accoururent pour les apercevoir.
- ... Elles sont aussi jolies que dans nos manuels. nota Fili.
- C'est clair ! ajouta Bofur qui lissait sa moustache et réajustait son chapeau.
- Il paraît qu'elles chantent divinement bien. soupira Ori.
- Elles apprécient la musique ?... On devrait les remercier en leur interprétant un petit air de chez nous. proposa Bofur, toujours enclin à pousser la chansonnette.
Leurs longs cheveux volant au vent
Au bleu des vagues de l'océan
Moitié demoiselle et poisson
D'elles, il faut faire très attention !
Surtout n'allez pas naviguer
Vers les récifs et les rochers
Car elles font tout pour attirer
Les imprudents et les couler
N'écoutez pas la chanson des sirènes
Même si ça doit leur faire de la peine
N'écoutez pas la chanson des sirènes
Vers le danger, leurs voix vous entraînent...
Les matelots du monde entier
D'en épouser une, ont rêvé
Car elles sont tellement jolies
Quand elles prennent leur bain de minuit
Si des fois, vous en croisez une
Bouchez-vous vite les oreilles
Et priez le bon dieu Neptune
Qu'elle ait une voix de crécelle ! ...*
Une masse d'eau s'abattit sur les nains avant qu'ils n'aient pu finir.
- Vous voulez déclencher un incident diplomatique ou quoi ? demanda Vic aux piteux guerriers trempés jusqu'aux os.
- Moi qui commençais à sécher ! râla Bofur qui tordait son chapeau dégoulinant.
Fili s'approcha du bord. Les sirènes s'en étaient retournées un peu plus loin, vraisemblablement vexées. Il grimaça et remarqua qu'une d'entre elles était restée au plus près et le fixait. Il lui sourit.
Thorin, peu attiré par les charmes des créatures mi-femme mi-poisson semblait plus intéressé par l'embarcation.
- De quoi est-elle constituée ?
- C'est du verre. répondit Elrond.
- Du verre ?... Fascinant !... Nous vous remercions d'être intervenus. Et de nous accompagner sur la Terre du Milieu.
- C'est une idée du seigneur Thranduil !... A laquelle je m'associe bien entendu.
- De Thranduil ? Vraiment ? souffla Thorin, méfiant.
- On est souvent trompé par trop de méfiance.**
- La méfiance m'a toujours permis de triompher des faux !
- Je ne suis pas là pour vous, Seigneur Thorin ! intervint le roi des elfes sylvestre.
- Alors que faites-vous dans la baie de Belfagas, à mille lieux de la forêt verte ? demanda le roi des nains.
- Je tente d'éviter le chaos...
- Vraiment ? coupa Albus.
- Excellence Albus. Je ne vous savais pas... en vie. sourit Thranduil.
- J'ai eu plus de chance qu'elle ? répondit sèchement le gouverneur.
Thranduil se crispa. Son visage devint grave.
- Cette histoire est si ancienne. Et sans rapport. dit le roi sylvestre bouleversé, tentant de reprendre de la contenance.
- Elle est toujours vivace pour moi mais effacée de votre mémoire comme on balaie des feuilles mortes qui encombrent l'allée en plein automne ! déclara Albus, dont les yeux brillaient sous la lune.
- C'est joli ce qu'il vient de dire. murmura Dori.
Ori s'empressa de l'écrire sur un petit carré de surface de son calepin encore sec.
- Vous ne savez rien ! Vous n'avez pas le monopole de la souffrance ! hurla Thranduil.
- Au diable, vos regrets ! Vous l'avez menée à la mort ! ragea Albus.
Thranduil brandit son épée. Mais déjà la lame d'Amalthée lui caressait la gorge.
- Je vous le déconseille vivement. lança Lyana.
Les gardes de Thranduil sortirent leur épée. En réponse, les hommes et les nains brandirent leurs armes.
L'affrontement était imminent.
- Voyons ! Voyons ! Qu'est-ce que cela ? Nous rentrons sur la Terre du Milieu tous ensemble ! Ici, il n'y a pas d'ennemis, n'est-ce pas ? Mais il n'y a que des peuples alliés face au Mal... sermonna Gandalf qui de toute sa hauteur planta ses yeux dans ceux de Lyana.
- De quel Mal parlez-vous ? s'enquit-elle tout en maintenant sa lame sous la gorge de l'elfe sylvestre.
- Celui qui se cache au-delà des frontières de l'Angmar.
Lyana fronça les sourcils et abaissa son épée. Les elfes s'apprêtaient à attaquer mais Thranduil leva la main en signe de trêve. Les elfes rangèrent leurs armes et les hommes et nains en firent de même.
Gandalf appuyait son regard sur Lyana. Elle fit mine de ne pas s'en rendre compte et s'éloigna.
- Très bien. Rentrons chez nous !... Albus !
Il jeta un regard noir à Thranduil et emboîta le pas à Lyana qui montait sur le pont arrière.
- Il sait pour Angmar ! grogna Lyana.
- Et alors, cela change quoi ? demanda Albus.
La reine fixait l'horizon.
- Gandalf sait des choses qu'il feint ne pas savoir. Et il nous manipule tous depuis le début. dit-elle.
Albus soupira.
- Tout le monde manipule tout le monde ! C'est la politique ! C'est le manège stratégique ! Rien ne change ! Lyana, allons reprendre nos territoires aux quatre coins de la Terre du Milieu. Redevenons la puissance d'Amalthée !
Lyana observait Thorin en grande discussion avec Elrond à l'avant. Les nains n'étaient pas loin de leur chef, notamment Kili qui la fixait du regard. Les elfes et Tauriel entouraient Thranduil à bâbord sur le pont principal. Dinninger et Fuldior les regardaient d'un mauvais œil depuis tribord, flanqués des gardes de la maison de Geoffrin. Vic et Gandalf échangeaient quelques mots à la barre. Les sirènes manœuvraient leur embarcation de verre à un petit mile devant le kagge.
Rien ne sera simple, pensa-t-elle.
Kili observait Lyana qui s'était isolée avec Albus sur le pont à l'arrière. Il avait lu sur leurs lèvres les propos qu'ils avaient tenus. Pas tous mais une grande partie. En tout cas, assez pour se faire une idée.
Une capacité qu'il avait développée, enfant. En effet, le fils de sa nourrice était sourd-muet et ils lui avaient enseigné non seulement la langue des signes mais l'avait entraîné à cette lecture.
- Tout va bien ? lui demanda son frère aîné.
- Hein... Oui, oui ! lui sourit-il.
* La chanson des sirènes - Paroles de Patrick Jaymes
** Citation de Alfred Auguste Pilavoine ; Les pensées, mélanges et poésies (1845)
