Passage à cul de sac

- Que savez-vous de Lyana que nous ne savons pas ?

Gandalf se retourna vers le jeune prince brun.

- Rien de bien important...

- Je n'aime pas savoir que l'on se joue de moi. Et mon oncle apprécierait encore moins d'être trompé. Quel est le lien entre Lyana et Sauron ?

- Il n'y en a pas à proprement dit. répondit le mage qui fuyait le regard insistant de Kili.

- Je n'en crois pas un mot !

- Écoutez, Seigneur Kili. J'ai toujours été loyal envers le peuple nain. Et j'ai bien l'intention de le rester. Ayez confiance en moi ! dit-il en plantant à nouveau son regard dans celui de Kili.

Kili soupira.

- Je n'ai pas le choix de toute façon ! Mais si elle venait à nous nuire ou s'il s'avère qu'elle se serait servi de mon oncle... je la tue... et je vous tue juste après ! gronda-t-il.

- Bon Kili, tu te caches pour ne pas nous aider au déchargement ? sourit Fili qui venait de les rejoindre sur le pont.

La traversée s'était déroulée sans le moindre souci. Chaque peuple évitant de rentrer au contact d'un autre.

- C'est vraiment étrange. remarqua Bofur qui se grattait la tête au travers de sa chapka.

- Quoi ? lui demanda Dori.

- Cette malle, on l'a chargée, fermée. Et elle n'était pas vide. Durant la traversée, je l'ai découverte ouverte et vide dans la soute. Et là, elle est à nouveau cadenacée... et lourde. nota-t-il en soulevant une des anses.

- C'est la mienne ! intervint Vic.

- Vos trucs de fille ! grogna Dwalin.

- Je n'ai pas la capacité à avoir autant de prestance et de charme que vous sans m'y appliquer. dit-elle lui affichant un grand sourire.

Dwalin tourna les talons en maugréant. Ori ouvrit la bouche pour plaisanter mais se ravisa lorsque le regard noir de Dwalin croisa le sien.

De l'intérieur de la malle, par les nombreux interstices, on voyait les nains et les hommes s'activer à charger les mulets.

Vic s'assit sur la caisse de bois et poussa un long soupir.

- C'en était moins une ! souffla-t-elle.

Elle eut pour toute réponse un coup puissant asséné sous ses fesses.

Lyana lui jeta un œil interrogatif auquel elle répondit par son habituel sourire.

- Il est essentiel de nous rendre à Imladris pour convoquer un conseil. dit Elrond.

- Pourquoi Imladris ? s'enquit Thranduil.

- Parce que c'est bien plus hospitalier que chez vous ! gronda Thorin.

- Avez-vous récupéré le womantin ? demanda le roi sylvestre qui s'était retourné vers Lyana.

- Le womantin ? Quelle importance ? Un artefact qui permet de se déplacer d'un endroit à l'autre... Ce n'est pas ma priorité. Je souhaite reprendre les territoires de l'Amalthée afin d'y accueillir mon peuple et tous ceux qui souhaiteront s'y installer.

- Le womantin ne se résume pas à un stupide artefact de déplacement dans l'espace. corrigea Thranduil.

Gandalf grimaça.

- Il est plus que tant de se mettre en route. intervint-il.

- Seigneur Thranduil, vous êtes obsédé par ce womantin.

Pourquoi ? reprit Kili qui se rappelait avoir vu Lyana ramasser quelque chose sur le corps de Proditus dans les gravats de la tour.

Elle lui jeta un regard furtif qu'il ne manqua pas de noter.

- Le jour est bien avancé. Gandalf a raison. Il est plus que tant de se mettre en route. Tous ces sujets passionnants auront toute occasion d'être abordés à Fondcombe. coupa Elrond.

Le soleil venait à tomber et l'équipée avait déjà bien progressé. Ils étaient en plein milieu de la comté. Un environnement serein, verdoyant, et peuplé de hobbits.

Thranduil avait fait monter ses grandes tentes, se souciant peu de l'aménagement d'un campement pour les hommes et les nains. Chacun pour soi...

- Venez, je vous emmène rencontrer un ami. dit Thorin

- Un ami ? s'enquit Lyana.

Il lui tendit la main pour toute réponse. Elle la saisit. Il en profita pour l'attirer à lui et l'embrassa tendrement. Elle glissa les doigts dans sa chevelure noire. Quelques mèches grises la parsemaient.

- Est-ce loin ?

- Non. Tout près. A Cul de sac.

Les nains étaient déjà prêts. Lyana remarqua qu'ils s'étaient apprêtés : ils portaient de beaux vêtements et étaient coiffés.

- Ce doit être un bon ami ?

- Ça l'est. confirma Bofur.

La porte s'ouvrit et Bilbon se figea.

- Alors c'est comme cela que l'on accueille de vieux amis ? demanda Fili qui s'était avancé et le serra dans ses bras.

Tous en firent de même. Le pauvre Bilbon était pressé comme un citron entre les bras puissants de chacun des nains.

- Mes amis ! Quelle joie de vous voir ! Mais pourquoi ne pas vous être annoncés ?... Mon garde-manger n'est pas bien garni. grimaça le demi-homme.

Il se redressa en apercevant Thorin à la porte.

- Seigneur Thorin. Je suis désolé de n'avoir pu être présent à votre anniversaire. Je me suis retrouvé coincé par des obligations... ces satanés Sacquet de Besace... gémit-il.

- Ne vous inquiétez pas, Maître Sacquet. répondit le roi, étreignant à son tour le hobbit.

- Maître Sacquet, laissez-moi vous présenter Dame Lyana, reine d'Amalthée. déclama pompeusement Balin.

Il la salua en inclinant la tête. Elle en fit de même à son endroit.

Les nains s'installèrent dans le salon. Ils se souvenaient des lieux comme si leur dernière visite remontait à la veille.

Bilbon s'affairait en cuisine. Il connaissait l'appétit de ses hôtes.

- Puis-je vous apporter mon aide ? lui proposa Bombur.

- La reine d'Amalthée ? dit le hobbit.

- Oui. Vous connaissez l'Amalthée ?

- J'en ai entendu parler. Un territoire divisé aux quatre coins de la Terre du Milieu. Le territoire le plus proche de la comté était la maison d'Albus...

- Il nous accompagne. coupa Bombur.

- Qui donc ?

- Le gouverneur Albus.

- Et que savez-vous d'autre sur l'Amalthée ? intervint Kili qui venait d'entrer dans la cuisine.

- Et bien, je ne sais que ce qu'on m'en a raconté... Je croyais que la princesse avait été dévorée par les manticores à l'époque... Je ne pensais pas la rencontrer un jour... Cela date du premier âge, non ?... Elle paraît si jeune... Pour le reste...

- Dites toujours ! Cela m'intéresse.

- Avez-vous encore de vos grosses meules de fromage ? interrompit Ori qui, lui aussi, avait rejoint la cuisine.

Bilbon soupira. Les nains n'avaient pas changé...

Les irruptions successives de la majorité des nains dans la cuisine avaient mis fin à la conversation mais Kili ne voulait en démordre et cherchait la moindre occasion pour relancer le sujet.

- C'est un honneur de vous recevoir, Dame Lyana. L'Amalthée m'a été contée dans mon enfance. dit Bilbon.

- Vraiment ? En bien, j'espère. sourit-elle.

- Je vous croyais... décédée lors de l'attaque de Festiba... Cela date de tant de centaines d'années... vous devriez être morte depuis longtemps... Enfin, je veux dire, tant mieux si vous êtes vivante... Mais c'est très étrange.

- Très étrange. répéta Kili.

- Non. J'ai réussi à prendre la fuite pour la colline Tortue... Quant à ma longévité, je présume qu'elle tient de la malédiction... Mes gouverneurs sont concernés eux aussi...

- La malédiction ? répéta à son tour Fili.

- Oui, une vieille histoire de soleil noir et de trahison. Mais peu importe. Je crois que la malédiction se lève. En tout cas, ma longévité est en péril depuis que j'ai quitté la colline Tortue...

- La colline Tortue. Où est-ce donc ? coupa Bilbon.

- Et bien, Maître Sacquet ! N'êtes-vous pas fameux en géographie ? s'étonna Oin.

- On ne trouvait pas la colline Tortue sur nos cartes mais pour vous, dans la comté, elle ne peut être inconnue. ajouta Dori.

Bilbon se gratta la tête.

- Je ne connais pas ce lieu. Où se trouve-t-il ? demanda-t-il, penaud.

Tous se retournèrent vers Lyana car au final ils ne l'avaient jamais atteinte compte tenu des aventures qu'ils avaient vécues depuis leur départ d'Erebor.

Bilbon ramassa une carte sur le buffet, l'étala sur la table et regarda la reine d'un air interrogatif.

Elle fronça les sourcils puis tendit le doigt vers une colline au nord de Bree.

- C'est la colline d'Evendim... Vous vous êtes réfugiée au-delà de cette colline. Elle peut être dangereuse. Il y a des brigands et des géants à l'Ouest... nota le hobbit.

- Et de grandes forêts par-delà à l'Est. ajouta Lyana.

- En tout cas, l'Amalthée m'a toujours été vantée comme un royaume qui s'est constitué en délivrant des peuples de leurs despotes. Tout a commencé en maison de Fennimore, c'est cela ? poursuivit Bilbon, curieux.

- Oui c'est exact. confirma-t-elle.

- Tout à l'Ouest de ce ténébreux territoire d'Angmar et des montagnes de Fer. En même temps, cela est assez logique... nota le hobbit.

- Qu'est-ce qui est assez logique ? demanda Thorin qui venait de déposer sa cuillère dans son assiette de potage.

Lyana se raidit. Kili surveillait le moindre de ses mouvements.

- Et bien que la maison originelle de l'Amalthée soit en ligne droite avec le domaine de... Sauron. balbutia Bilbon.

Thorin fixa le hobbit d'un regard insistant mais celui-ci, gêné, se mura dans le silence.

Thorin se tourna donc vers Lyana qui fit mine de rien, la tête baissée sur sa salade de tomates.

- Et si on chantait une chanson ? proposa Bofur, fidèle à lui-même.

Les nains applaudirent et marquèrent la mesure.

Thorin fixait Lyana sous le regard satisfait de Kili. Deux fois que l'on prononçait le nom d'Angmar en si peu de temps, en lien avec Lyana ou l'Amalthée. Le jeune nain se disait qu'enfin, il n'était pas seul à se poser des questions sur cette humaine surgie de nulle part. Et que ce soit son oncle qui doute était un bon point.

La nuit était tombée et il était temps de prendre congés.

- Maître Sacquet, pourquoi ne nous accompagneriez-vous pas, comme au bon vieux temps. proposa Bifur.

- Vous rentrez à Erebor ? Et vous Dame Lyana ?

Elle sembla gênée.

- Pour l'instant je suis le mouvement. répondit-elle.

- Une halte à Imladris avant le retour de la compagnie sur Erebor. intervint froidement Thorin.

Tous furent surpris : lui qui était si relâché ces dernières heures semblait avoir repris son état habituel : grave et fermé.

- Et bien... Ma dernière aventure à vos côtés fut des plus dangereuses...

- Mais aussi riche de bonnes surprises et de défis. ajouta Balin

- Ce n'est pas faux... jaugea le hobbit.

- Accompagnez-nous ! insista Kili.

Bilbon semblait savoir des choses et peut-être serait-il plus bavard que Gandalf.

- D'accord.

- Allons-y alors ! dit Dwalin qui gratifia Bilbon d'une tape franche dans le dos qui lui fit perdre l'équilibre

- Maintenant ?

- Bah oui...On ne repassera pas par Cul de Sac demain matin au départ du campement. précisa Fili.

Bilbon avait déjà filé pour préparer quelques affaires.

- J'arrive ! J'arrive ! Attendez-moi surtout ! cria-t-il de sa chambre.

Thorin était déjà sorti. Il attendait au niveau du portail.

Lyana le rejoignit mais déjà il continuait vers son cheval sans la regarder.

- Tout va bien ? demanda-t-elle.

- On en parlera plus tard... au campement...

Les nains sortaient gaiement de la maison, entourant leur ami hobbit.

Les nains avaient trouvé abri dans une petite excavation. Autant les elfes appréciaient de se reposer sous les tentes autant les nains s'accommodaient du grand air et de la rudesse.

- Où est Lyana ? s'enquit Thorin.

- Je l'ai vu rejoindre Albus et Vic. nota Gloin.

- Cela ne m'étonne pas. maugréa Kili qui s'éloignait.

- Que veux-tu dire ? lui demanda le roi qui lui emboîta le pas.

- On ne sait rien de Lyana...

- J'en sais assez pour lui faire confiance...

- Ce n'est pas ce qu'il m'a semblé ce soir chez Maître Sacquet.

- Nous avons tous un passé dont nous ne souhaitons pas parler...

- Mais, mon oncle !...

- Laisse-moi faire mon enquête... et si Lyana joue contre nous... je serai le premier à l'affronter...

- Nous ? Les opposants à Sauron ?

- Nous, les nains ! Ma priorité est de défendre notre Montagne... celle que nous avons réinvestie il y a cinq ans... de tous ceux qui pourraient vouloir nous en priver. Je me fiche du reste.

Lyana faisait les cent pas dans le parc à chevaux.

- Maudit hobbit... qui parle trop...

- Peu importe, Lyana. Ce n'est pas le sujet. On reprend ce qui nous appartient. Le reste, on s'en fiche. grogna Albus.

- Ce n'est peut-être pas le bon moment mais ce ne sera jamais le bon moment... et il faut bien qu'à un moment... grognait Vic qui les avait rejoints.

- Vic, c'est quoi ce charabia ? s'impatienta Lyana qui avait cessé ses allées et venues.

Pour toute réponse, la jeune blonde fit un signe de la tête vers une malle déposée aux sabots d'un mulet.

- C'est quoi cette histoire de malle ? Déjà Bofur... soupira Albus.

Vic sortit de dessous sa chemise la chaîne qui lui pendait au cou. Elle en détacha une clé et se pencha sur la malle.

Un cliquetis se fit entendre et elle souleva le couvercle.

- Ahhhh ! résonna jusqu'à l'autre bout du campement.

- Lyana ! hurla Thorin brandissant son orcrist alors qu'il courait déjà pour rejoindre le parc dans lequel les chevaux et mulets s'ébrouaient, suivi des nains et de Bilbon.

Lyana était au sol. Thorin se laissa tomber à genou près d'elle.

Tous étaient figés regardant à l'opposé.

- Mon oncle... c'est Fennimore... balbutia Fili.

Allongée sous une tente des elfes, Lyana ouvrit péniblement les yeux. Les images étaient floues mais son visage s'anima d'un sourire dès qu'elle devina les traits du visage de Thorin.

Elle soupira.

- J'ai fait un rêve si étrange. J'ai rêvé que... Fenni était vivant.

- Ce n'était pas un rêve. répondit gravement le roi des nains.

Il se leva et laissa le regard de la reine se poser sur un grand homme blond.

C'était à peine croyable. Elle se leva et garda ses distances.

L'homme ne la quittait pas des yeux.

Elle s'approcha de la malle béante et se pencha. Elle en sortit une lame que Fili reconnut de suite.

C'était la lame de l'Amalthée comme l'avait nommée Vic.

Lyana la serra de toutes ses forces et s'approcha de celui qui ressemblait tant à son ami.

- Qui êtes-vous ? éructa-t-elle, levant la lame sous le menton de l'homme qui ne cessait de la dévisager.

- C'est moi, Lyana. Fennimore.

- C'est impossible. Fennimore est mort dans mes bras. Je connais des créatures capables de modifier leur apparence au gré de leur désir. En faites-vous partie ?

- Non ! Enfin Lyana, c'est moi ! sourit-il.

Elle resserra sa poigne autour de son épée.

- C'est vrai, votre Altesse. C'est bien le gouverneur. C'est moi qui l'ai ressuscité avec la lame de l'Amalthée.

- Ce n'est qu'un mythe ! souffla Dinninger.

- Il faut croire que non. dit Albus qui s'était approché de l'homme.

- J'ai essayé et cela a marché...

- Vous avez essayé quoi ? grogna Lyana.

- J'étais présente lorsque vous avez dit adieu au gouverneur dans le caveau. Vous avez versé... une larme et je me suis souvenue de la légende de la lame de l'Amalthée, de sa capacité à rendre la vie...

Lyana fixa le grand homme blond. Elle abaissa son arme.

- Fenni ? C'est bien toi ?

- Un peu que c'est moi... et sacrément engourdi de ce voyage en malle. grimaça-t-il.

La reine se jeta dans ses bras.

- C'est totalement dément. dit Balin.

- En effet... murmura Thorin qui tourna les talons.

Tous, hommes, nains et elfes étaient autour de Fennimore, incrédules.

- Ne devions-nous pas discuter en rentrant au campement ? demanda Lyana qui avait discrètement quitté la tente.

Thorin était à l'écart, assis sur un vieux tronc jonchant le sol.

Lyana s'assit à son tour et le regarda avec insistance.

- Vous voulez vraiment que nous discutions ?

- Et bien oui. Pourquoi ne le voudrais-je pas.

Thorin fixa l'horizon.

- Pourquoi est-il logique que la première maison de l'Amalthée soit à côté du royaume d'Angmar ?

- C'est donc cela qui te chiffonne depuis des heures.

- Angmar est le domaine de Sauron. Celui qui est à l'origine de la bataille qui a fauché de nombreuses vies il y a cinq ans de cela devant la Montagne Solitaire. Quel est votre lien avec lui ?

Lyana déglutit.

- Je n'ai aucun lien personnel avec ce... Sauron.

- Que veut dire "lien personnel" ? Avez-vous quelque autre lien avec lui ?

Lyana déglutit à nouveau.

- L'Amalthée a eu des liens avec Angmar il y a très longtemps mais quelle importance aujourd'hui...

Thorin se leva. Lyana en fit de même et se colla à lui, faisant glisser ses doigts le long de sa tunique jusqu'à son bas-ventre. Il soupira profondément. Ses doigts sur lui... il adorait cela...

- Nous discutions, non ? marmonna-t-il tentant de reprendre contenance.

- En effet, nous discutions. lui sourit-elle, descendant la main sur son pantalon.

Il soupira à nouveau. Il jeta un œil aux alentours. Les autres n'étaient pas bien loin. Elle avait un sacré toupet. Il se sentait durcir. Il la voulait. Là tout de suite.

Et elle le savait, comme son grand sourire et son clin d'œil en témoignaient.

Elle se détacha de lui et alla s'enfoncer dans les fourrés.

Il secoua la tête, jeta un œil vers le campement puis rejoignit lui-aussi le buisson.

- Bonsoir... plutôt bonne nuit !... balbutia Bilbon devant Lyana qui, échevelée, sortait des fourrés.

- Oui. C'est effectivement une belle nuit. répondit-elle sans gêne, réajustant sa tunique et passant une mèche derrière son oreille droite.

- Bonsoir... plutôt bonne nuit !... répéta-t-il à la sortie de Thorin du même fourré.

- Oui... C'est effectivement une belle nuit. répondit-il se tordant le cou comme pour se détendre.

Lyana remontait déjà pour rejoindre le camp.

Bilbon grimaça.

- Je ne voulais pas déranger... murmura-t-il.

- Vous n'avez rien dérangé... Vraiment ! lui sourit Thorin qui l'attrapa par l'épaule pour l'emmener vers les zones éclairées par les feux.

- Elle est très jolie... cette Dame Lyana.

- Oui, elle l'est... et elle n'est pas que cela. souffla Thorin.

Dans la grotte où les nains s'étaient installés...

- C'est quoi cette légende ? demanda Ori.

- Ce n'est pas une légende puisque cela a fonctionné. nota Oin.

- Cela relève de la magie. ajouta Dori.

- Etrange magie. dit Kili.

Fili le regarda longuement.

- C'est quoi le problème ?

- De quoi tu parles ?

- Ne me la fais pas... Je te connais, frérot... Il y a quelque chose qui ne te plait pas... et cela depuis l'arrivée des elfes à bord du kagge.

- C'est Lyana. souffla-t-il.

Fili écarquilla les yeux.

- Ne me dis pas que tu... ? Tu as pensé à notre oncle ?... Et à Tauriel ?... murmura le jeune nain blond, tout en grimaçant et secouant la tête.

- A notre oncle ? A Tauriel ? Mais de quoi parles-tu ?...

Kili se décomposa.

- ... Mais non pas ça ! Comment peux-tu croire que... ?

- Bah, elle est jolie... C'est un fait...

- Oui, mais non ! Je ne suis pas attiré par elle. murmura-t-il.

- Ok. Ok. Alors c'est quoi le souci ?

- Je ne lui fais pas confiance. Il y a quelque chose en elle qui me déplaît...

Fili leva les yeux au ciel.

- Tu es sûr que tu n'es pas un peu... attiré par elle ?...

- Mais tu es bête ou quoi ? grogna Kili qui s'était relevé.

- Bah on a vu comment ça a commencé pour notre oncle... Peut-être que ton inconscient lutte contre une évidence...

- Laisse tomber ! grommela-t-il se s'éloignant.

- Je dis ça, je dis rien. conclut Fili.

Kili fulminait. Il n'était pas attiré par Lyana. Il était amoureux de Tauriel. Et depuis ce premier regard échangé dans les geôles de Thranduil. Décidément son frère ne comprenait rien.

Lyana et les gouverneurs découvraient Imladris. On l'appelait la dernière maison hospitalière à l'Ouest des montagnes de brume. Et elle portait bien son nom. C'était un véritable havre de paix.

Depuis qu'ils avaient débarqué à Fuldior, ils n'avaient essuyé aucune attaque, pas le moindre souci. Cela semblait étrange tant les semaines précédentes avaient été animées de difficultés en tout genre.

Bilbon avait heureusement mis un peu de légèreté dans l'expédition.

Il paraissait ballot mais était cultivé et bien élevé. Ses discussions étaient variées et agréables pour son interlocuteur, quel qu'il soit.

Les gouverneurs étaient à couteaux tirés. Albus et Fennimore, fidèles parmi les fidèles à Lyana d'un côté. Dinninger et Fuldior, les électrons libres, de l'autre.

Lyana avait veillé à ne jamais laisser Albus s'approcher de Thranduil. Cela faisait si longtemps mais le souvenir de Mallïs était encore bien présent, assez présent pour déclencher la fureur du gouverneur contre le roi sylvestre.

C'était une si vieille histoire. Mallïs avait été déposée tout bébé aux portes du palais et aussitôt les parents de Lyana avaient décidé de l'élever. Cela étonna quelque peu la cour car Mallïs présentait ce teint pâle, ces yeux bleus et ces oreilles pointues si caractéristiques des elfes sindarins. Quasiment du même âge, Lyana et Mallïs s'entendirent très rapidement. Elles devinrent amies. Une amitié semblable à celles de deux sœurs. L'une aussi brune que l'autre était blonde. L'une aussi gironde que l'autre était mince. L'une aussi expansive que l'autre était discrète.

Fennimore et Albus entrèrent très rapidement dans leurs vies. Quatre amis inséparables. Mais les sentiments innocents et partagés des enfants se murent bientôt à l'adolescence en des inclinations plus amoureuses et malheureusement moins mutuelles. Alors que Mallïs et Albus s'étaient trouvés en un amour sincère. Fennimore se rongeait d'un feu non avoué pour Lyana qui s'était alors amouraché d'un employé du palais...

Thorin tournait en rond sur la terrasse comme un lion en cage. Depuis le retour sur la Terre du Milieu et surtout la réapparition de Fennimore, Lyana semblait lui échapper.

Hormis ce moment de plaisir charnel dans les buissons de la comté, ils ne partageaient plus rien. Certes ce moment avait été agréable en soi et il ne datait que de quelques jours. Mais bon sang, ce n'était que du sexe ! Il ne crachait pas dessus. Loin de là... Il ne niait pas la réaction de son corps dès qu'il la voyait, dès qu'il respirait son parfum de jasmin... Mais que croyait-elle ? Qu'il pouvait se repaître de ses menus instants qu'elle lui accordait avec parcimonie au gré de ses envies ? Serait-ce donc ainsi que les relations évoluaient chez les humains ?... Il était un nain et chez les nains, on ne se comportait pas ainsi !

- Tu m'as l'air bien remonté !

Dwalin grimaçait à quelques mètres de lui.

- Je n'en peux plus...

- Epouse-la !

- L'épouser... Déjà faudrait-il qu'elle prenne cela au sérieux !

- Elle ne se comporte pas sérieusement ?

- Où est-elle encore ?

- Tu veux un chien-chien ou Lyana ? grogna le grand nain.

- Oh ! Fiche-moi la paix.

- Si tu avais rencontré Lyana il y a cinq ans alors que tu t'apprêtais à délivrer Erebor des griffes de Smaug et récupérer ainsi ta couronne, ton royaume, ton or et ton Arkenstone, aurait-elle été le centre de tes préoccupations ?

Thorin ouvrit la bouche pour répliquer mais il se ravisa devant le regard insistant de son ami.

- Non. Je ne le pense pas. avoua-t-il calmement.

- Elle s'apprête à son tour à reprendre ses territoires et à faire à nouveau briller l'Amalthée sur la Terre du Milieu. Fais preuve d'indulgence, crois-moi. conseilla Dwalin en souriant.

- Tu es là ? Je te cherche depuis tout à l'heure. Il faut que je te montre quelque chose. Viens ! sourit Lyana.

Elle s'aperçut que Dwalin était lui aussi sur la terrasse.

- Maître Dwalin. Je crois que vous devriez aller faire un tour du côté de l'armurerie. Les elfes se proposent de forger des lames pour vous tous.

Dwalin n'aimait pas les elfes et n'avait que faire de leur offre mais il prit congés afin de laisser Thorin et Lyana seuls sur la terrasse.

- Alors tu viens ?... Crois-moi, cela vaut le coup. continua-t-elle de sourire.

Thorin ne bougeait pas, regardant au loin. Elle connaissait cette posture qui ne présageait jamais rien de bon.

Elle soupira.

- Il y a un souci ? osa-t-elle.

- Que suis-je pour vous ?

- Ce que tu es pour moi ?... Mon Tout.

Elle l'avait rejoint à la balustrade. Elle se colla à lui et posa la tête contre le haut de son dos. Elle glissa les mains sous ses aisselles. Malgré une première résistance, il écarta les bras. Elle y glissa les avant-bras et apposa les mains sur la poitrine de Thorin pour l'enserrer.

Elle entendait les battements de cœur de son amant. Elle ferma les yeux. Ce rythme lui était si rassurant.

Il aimait la sentir tout contre lui mais il se dégagea. Elle ressentit une douleur à cette séparation des corps.

- Dis-moi ce qui ne va pas... Je ne comprends pas. balbutia-t-elle.

- Moi non plus je ne comprends pas.

- Ce soir, ce sera une immense fête. Il faut se préparer ! cria Ori qui déboula totalement essoufflé.

- Tiens, tu fais bien de passer par là. Sais-tu où est Balin ? lui demanda Thorin.

- Oui. Il est à la fontaine.

- Emmène-moi !

Thorin avait rejoint Ori et quittait la terrasse sans s'être retourné vers Lyana.

Ce n'était pas la première fois qu'elle supportait la froideur de Thorin. Lui et ses sautes d'humeur ! Les larmes lui montaient. Pourquoi avait-il fallu qu'elle s'entiche de ce nain orgueilleux ?

Ori et Thorin rejoignirent les nains qui s'ébattaient dans la fontaine. Il faut dire qu'ils avaient gardé un très bon souvenir de leurs acrobaties quelques années plus tôt dans ce petit bassin. A peine arrivés sur Imladris, ils avaient trépigné à y retourner.

- Thorin, viens avec nous ! lança Bofur.

- Alors, le cadeau te plait ? demanda Balin.

- Quel cadeau ?

- Tu étais bien avec Lyana, non ?

- Oui : souffla le roi.

Balin fronça les sourcils

- Qu'as-tu fait encore ? s'étonna le vieux conseiller.

- Je n'ai rien fait.

- Par Mahal, Thorin ! Es-tu si allergique au bonheur que tu ne peux t'empêcher d'agir aussi bêtement ?

Les nains se figèrent.

- De quoi parles-tu ? grogna le roi.

- Va à la salle de musique ! ordonna Balin.

- Quoi ?

- Va à la salle de musique ! répéta le conseiller sans hésitation.

Jamais son vieil ami n'avait parlé à Thorin sur ce ton.

Le roi lui balança un regard noir mais Balin ne baissa pas les yeux.

Thorin secoua la tête et s'éloigna.

- Et elle est où, cette foutue salle de musique ? grommela-t-il.

La pièce était immense et lumineuse. Marqueterie, verrerie et miroir donnaient à la salle de musique un style des plus classieux.

Un piano, une harpe et quatre fauteuils résumaient son mobilier, donnant à la pièce plus de profondeur.

Lyana caressait le métal doré. Elle se risqua à tirer sur une corde. Un son se fit entendre. Elle recula, surprise de ce qu'elle venait de générer.

- Plait-elle au Seigneur Thorin ?

Lyana reconnut la voix de Elrond mais ne se retourna pas. Elle ne souhaitait pas s'afficher, les yeux encore rougis.

- Il ne l'a pas encore vue.

- C'est un cadeau très délicat que vous lui faites-là.

- Pour son anniversaire, avec du retard... Mais l'objet de ce troc l'est tout autant, ne trouvez-vous pas ?

Un éclair rouge flamboyant traversa son regard ne serait-ce qu'un instant avant que ses yeux ne reprennent leur teinte normale. Elle admirait les ornements de la console et de la colonne, le bois sculpté et la multitude de pierres précieuses serties.

Elrond se contenta de sourire sans mot dire.

- Seigneur Thorin ! Lyana vous a cherché durant des heures. Je vous laisse. dit Elrond au roi qui venait d'entrer dans la grande salle.

Ils se croisèrent se saluant d'un hochement de tête respectueux.

Thorin aperçut la harpe à côté de laquelle Lyana était assise.

- C'est Maître Balin qui t'a demandé de venir ?

- Oui. avoua-t-il.

- Tu as au moins l'honneur d'être honnête.

- Jamais je ne vous mentirai.

- C'est pour ton anniversaire ! dit-elle en se levant.

- Elle est magnifique. Merci... mais je ne la mérite certainement pas. remarqua-t-il tout en s'approchant.

- Joue, veux-tu ?

Il alla s'asseoir sur la chaise que Lyana venait de libérer. Il plaça l'instrument avant d'adresser à Lyana un regard extrêmement tendre.

Elle sentit les jambes faillir sous elle.

Il pinça les cordes et une pure et puissante mélodie s'éleva. Tout Imladris était témoin du talent de Thorin.

Dans le bassin, les nains qui pataugeaient arrêtèrent leurs jeux.

- Tu deviens enfin raisonnable, mon petit... murmura Balin.

Lyana alla s'agenouiller aux pieds du roi des nains et posa la joue sur sa cuisse.

Elle ferma les yeux se laissant transporter par la musique.

Quand celle-ci cessa, la reine sentit une douce chaleur sur son front. Elle ouvrit les yeux et redressa la tête.

Thorin lui caressa la joue.

- Je ne voulais pas vous blesser.

- Mais tu la fais. soupira-t-elle, sentant son cœur se serrer.

- Vous me manquez tant !... Chaque seconde loin de vous m'est un supplice.

- Je pensais que c'était ce que tu voulais...

- Ce que je voulais...

- Oui... je me suis dit que tu étais un nain indépendant, que tu avais besoin d'être seul... que tu ne souhaitais certainement pas m'avoir dans les pattes à longueur de temps... et je le respecte...

- Je vous veux près de moi... J'ai besoin de vous près de moi... continuellement. Lyana, je vous aime.

Ils se levèrent et s'embrassèrent fougueusement.

- Un périple qui sera normalement moins mouvementé que le premier. souffla Gandalf dans sa pipe assis sur un banc dans les jardins de Fondcombe.

- Il n'est pas difficile qu'il le soit moins. Dieu que j'ai eu chaud à l'époque... Nous avons failli y rester plus d'une fois. La paix est rétablie maintenant... N'est-ce pas ? demanda Bilbon assis à ses côtés.

- Et bien. Pour l'instant oui. Mais Sauron est toujours là... Il attend le bon moment, tapi quelque part.

- Et quand sera le bon moment ?

- Dans huit jours, huit semaines, huit mois, huit ans... Je ne sais pas. Mais ce moment viendra.

- Est-ce que Lyana a à voir avec cela ?

- Pourquoi cette étrange question ? demanda Gandalf.

- Je ne sais pas. Une impression. Les nains m'ont dit que c'était vous qui aviez invité Lyana à sortir de derrière la colline où elle se terrait depuis des années. Et vous comme moi savons le lien qui existe entre Lyana et le royaume d'Angmar.

- Un semblant de lien, Maître Sacquet... Un semblant de lien. Et il serait judicieux de ne pas en parler. Je puis compter sur vous ?

- J'avais compris, Gandalf. Et je me garde bien de me mêler de tout cela. Je suis un hobbit. J'aime la quiétude et évite les conflits quels qu'ils soient.

- J'en suis fort aise. sourit le mage gris.