La chanson de Mallïs
Le soleil déclinait et l'air était doux. Tout avait pour plaire en ce lieu. Un climat continental, de la verdure à s'en emplir les yeux, des fragrances multiples, et une bienveillance sans pareille.
Tous étaient de la fête. Les braillements des nains étaient en discorde avec la retenue des elfes... à moins que ce ne soit l'inverse car au final que pouvait-il être reproché aux nains ? : leur sens de la fête, leur propension à l'animation, leur facilité à s'amuser de tout et de rien...
Bombur était dépité, regardant tristement la feuille de salade qui, par on ne sait quel malheur, avait fini sa course dans son assiette.
- Ils ne se sont pas améliorés question nourriture. grimaça Fili qui tenait du bout des doigts une rondelle de tomate.
- Si cela me tombe sur le pied, cela ne risque pas de me le casser ! grogna Dwalin.
- Où sont les saucisses et les côtelettes ? supplia Bofur.
- Elles arrivent, Maître Bofur ! sourit Elrond.
- Vraiment ? demanda Nori, soupçonnant le seigneur de Fondcombe de se moquer d'eux.
- Vraiment. J'ai souvenir de votre aversion pour les produits alimentaires... de couleur verte ou du moins récupérés dans la terre ou dans arbres...
- Pas tout à fait... On adore la cervoise et sauf erreur de ma part, elle est le résultat du brassage du malt. nota Fili.
- Et l'hydromel, et le vin épicé. se lécha les babines Bombur.
- Des céréales, du raisin, de la cardamone, du miel, du girofle... Ce n'est pas d'origine animale, tout cela... Si ce n'est le miel... ! résuma Gloin.
Et en effet, des elfes amenèrent de grands plateaux débordant de charcuteries et de pièces rôties.
- Je crois que cela mérite de pousser la chansonnette. remarqua Bifur.
- En voilà une excellente idée ! Me permettez-vous d'ouvrir le récital... demanda Albus à leur hôte.
Elrond abonda d'un hochement de tête, sous le regard agacé de Thranduil.
- Il me faut une voix féminine pour m'accompagner... Lyana... Votre Altesse ?
Lyana acquiesça sans montrer une franche gaieté.
Fennimore secoua la tête.
- C'est quoi le malaise ? demanda Vic.
- Il va interpréter la chanson de Mallïs... ce nigaud ! grogna le gouverneur fraîchement ressuscité.
Albus emprunta à un elfe de l'orchestre un instrument ressemblant à une guitare et gratta les cordes.
Aux premières notes, Thranduil se raidit.
(Albus) On nous prend pour des fous
Ce qu'on peut penser de nous, on s'en fout
On se fout de tout
(Duo) On se fout d'être malheureux
On s'aime encore mieux quand on n'a
Plus rien à perdre
Quand on n'a plus rien à perdre
(Albus) Si tu pars avec moi
Les gens te montreront du doigt
(Lyana) Si je pars avec toi, j'oublierai qui j'étais
(Albus) Tu seras hors-la-loi
Si je t'enchaîne à moi
Tu aimeras tes chaînes
(Lyana) Je m'accrocherai à toi comme le lierre à un chêne
On nous prend pour des fous
Ce qu'on peut penser de nous, on s'en fout
On se fout de tout
(Duo) On se fout d'être malheureux
On s'aime encore mieux quand on n'a
Plus rien à perdre
Quand on n'a plus rien à perdre
(Albus) Si tu pars avec moi
Même si tu voulais
Tu ne pourras jamais revenir en arrière
(Lyana) Quand on choisit sa vie
Il faut la vivre jusqu'au bout
Je serai avec toi contre la terre entière*
Tous applaudirent sauf Thranduil qui se leva brutalement et quitta la table.
Albus sourit.
- Ne me force plus jamais la main comme tu viens de le faire ! ragea Lyana.
Les elfes et les nains animèrent le reste de la soirée sans intervention musicale humaine.
- C'était une jolie chanson. nota Thorin qui venait de rejoindre Lyana sur la terrasse, là même où ils s'étaient retrouvés quelques heures plus tôt.
- Une interprétation par procuration me concernant. Albus a eu tort... Mais je ne pouvais refuser cette faveur à un de mes gouverneurs devant l'assistance. grimaça-t-elle.
- Vous n'avez donc jamais eu l'intention de vous accrocher à Albus tel le lierre à un chêne ?
- Non ! Bien sûr que non !... C'est une chanson écrite par Mallïs pour Albus... Comment peux-tu imaginer que... Tu te moques de moi, n'est-ce pas ? rosit-elle en devinant le sourire de coin au visage de son amant.
- J'ai la prétention de croire que je suis votre unique chêne. Mon surnom m'y prédisposais.
Elle sourit à son tour.
Une voix puissante et déterminée s'éleva.
- Que plus jamais une telle offense ne me soit faite !
Les amants se retournèrent.
Thranduil était rouge de colère. Son visage se marquait d'une étrange cicatrice.
Thorin instinctivement protégea Lyana en se plaçant devant elle.
- Aucune offense ne vous a été faite... Ce n'était qu'une vieille chanson qui unissait deux amoureux il fut un temps. répondit Lyana.
- Mallïs n'a jamais appartenu à cet... humain.
- Mallïs n'était pas humaine ? murmura Thorin.
- C'était une elfe sylvestre... qui a eu la présence d'esprit de rejoindre les siens après quelques années d'égarement... dit Thranduil.
- Pour crever dans une de vos stupides guerres. Je vous tiens pour personnellement responsable de sa mort ! éructa Lyana.
- Qui êtes-vous pour me juger ainsi ?
Thranduil brandit sa lame. Aussitôt Thorin sortit l'orcrist de son fourreau.
Lyana éclata de rire et se dégagea de derrière Thorin. Ses yeux étaient couleur rubis.
- Je peux vous tuer, Thranduil, là, tout de suite, dans l'instant sans que vous ayez même le temps de sourciller. Vous n'êtes rien qu'un petit roi elfique. Ne me menacez pas, ni moi, ni mes gouverneurs. Suis-je assez claire ?
Thranduil abaissa sa lame. Il était livide.
- Qu'a fait Gandalf ? soupira-t-il avant de quitter le promontoire d'un pas rapide devant le regard médusé de Thorin.
Le roi des nains entendit un bruit sourd et se retourna vers Lyana qui gisait au sol.
Il la prit dans ses bras. Ses paupières se levèrent sur les yeux noisette que Thorin était heureux de retrouver.
- Je suis désolée... murmura-t-elle avant de s'évanouir.
Il embrassa son front brûlant et l'amena à sa chambre veillant à n'être remarqué de personne.
Bilbon courait aussi vite que ses jambes le lui permettaient pour dévaler la petite colline sous le ciel étoilé.
Il stoppa net. Il n'avait plus besoin de son invisibilité. Il retira l'anneau de son index, le rangea dans la poche de son gilet et reprit sa course effrénée.
- Et bien, que vous arrive-t-il, Maître Sacquet ? lui demanda Gandalf, assis sous un arbre à l'entrée du domaine.
Bilbon était persuadé que c'était là qu'il trouverait le mage gris.
- C'est Lyana... Elle a.… menacé de... tuer... le seigneur... Thranduil ! répondit le hobbit, reprenant sa respiration entre chaque mot prononcé.
- Voilà qui est bien normal... Qui n'aurait pas envie de le tuer ? sourit Gandalf.
- Mais elle avait des yeux flamboyants... On aurait dit qu'elle n'était pas elle-même...
Gandalf grimaça mais devant le regard interrogatif du hobbit, il reprit contenance.
- N'ayez crainte... assura-t-il.
Mais une voix masculine intervint.
- Elle est un danger pour nous tous !
Gandalf et Bilbon se retournèrent sur Kili.
- Elle n'est pas un danger pour nous, Seigneur Kili... corrigea l'israri.
- Pourquoi l'avoir amenée à Erebor ce jour-là ? grogna le prince.
- Parce que c'est notre unique arme face à Sauron ! répondit Gandalf poussé à bout.
- Une arme ? répéta Bilbon.
- C'est certain qu'elle est capable de tuer quelqu'un sans même le toucher lorsqu'elle est sous l'emprise de cette... force. Fuldior y a échappé de peu... ajouta Kili.
- Fuldior ? Quand ? demanda le mage.
Kili se rappela que cet épisode devait rester secret. Seuls les nains et Albus en avaient été témoins. Il se mordit la lèvre.
- Quelqu'un vous a t'il vu ? demanda Gandalf à Bilbon.
- Non, bien sûr que non. J'étais invisible... tant j'étais bien caché... corrigea Bilbon.
Gandalf le fixait de toute sa hauteur.
- ... Les hobbits sont de bons cambrioleurs, toujours discrets. C'est vous qui le dites d'ailleurs... sourit Bilbon nerveusement.
Gandalf se détourna d'eux, n'espérant aucune confidence ni de l'un ni de l'autre.
- Allons nous reposer maintenant ! souffla-t-il dans sa pipe.
L'alcôve était à peine éclairée d'une bougie posée sur la commode. Lyana se redressa sur ses coudes. Elle était encore habillée mais ne portait plus ses bottes. Thorin les lui avait sûrement retirées.
Il était là, habillé lui-aussi, allongé à sa gauche. Il était sur le flanc. Elle contempla son visage assoupi. Elle se rallongea et se mut légèrement pour se rapprocher de lui.
Il passa le bras autour de sa taille, ouvrit un peu les yeux, déposa un baiser sur le nez de Lyana et retomba dans un profond sommeil.
Elle fixait le plafond et ne dormit pas de la nuit.
Gandalf y avait pensé toute la nuit. Et s'il s'était trompé... Si aller chercher Lyana derrière sa colline ne faisait que servir Sauron plutôt que de préparer une défense... Il avait pensé qu'elle serait contrôlable, malléable... Mais le temps ne semblait pas lui donner raison... Il en était presque souhaitable que Sauron attaque au plus vite... avant que Lyana ne puisse basculer...
- Que de sombres idées vous étreignent, Mithrandir !
- Madame. C'est toujours une agréable sensation que de vous savoir non loin. Ce ne sont que de fugaces pérégrinations de mon esprit.
Galadriel et Gandalf se sourirent.
- C'était audacieux... Je ne suis pas certaine que l'unanimité du conseil aurait approuvé... nota la dame blanche.
- Je n'ai aucun doute à ce sujet, pour ma part.… sourit malicieusement Gandalf.
- Et c'est donc pour cela que vous n'avez pas cru bon de nous en parler !
Saruman le blanc venait de les rejoindre.
- La reine d'Amalthée est notre seule planche de salut... argumenta Gandalf.
-A moins qu'elle ne soit qu'un serviteur de Sauron. coupa Saruman.
- Elle est bienveillante... Elle doit apprendre à gérer cette... force. répondit Gandalf.
- Un serviteur de Sauron qui s'ignore. insista le mage blanc.
- Il faut lui rendre ses anciens territoires ! intervint Elrond qui lui aussi venait de rejoindre le conseil.
- Pourquoi accepterions-nous ? piqua Saruman.
- Parce qu'elle les reprendra de force si nous n'accédons pas à sa demande. Le but n'est pas de nous en faire une ennemie. Et renforcer nos frontières aux quatre coins de la Terre du Milieu ne sera pas une mauvaise chose. Nous nous focalisons sur Sauron et Angmar mais nous avons peut-être d'autres ennemis au-delà de notre Terre. souligna le seigneur de Fondcombe.
- Vous nous avez mis dans une fâcheuse situation, Gandalf. Et ce n'est pas la première fois. Qu'avec-vous toujours à vouloir vous mêler de tout ?... gronda Saruman.
- Il n'est pas plus judicieux de fermer les yeux devant de telles évidences. répondit le mage gris.
- Je ne ferme pas les yeux. Je fais preuve de sagesse. Ce dont vous manquez cruellement... malgré l'âge avançant.
- Peut-elle maîtriser cette force et l'utiliser contre Sauron ? Dans quel délai ? demanda Galadriel, qui souhaitait mettre fin à cette discussion stérile.
- Oui et rapidement ! rassura Gandalf.
- Vraiment ? s'enquit le mage blanc.
- Bien entendu... Nous y travaillons déjà. ajouta le mage gris.
- Vous mentez bien ! pensa Galadriel.
Gandalf grimaça, à l'étonnement de l'assistance qui n'avait pas entendu cette dernière phrase.
- De toute façon, il n'est plus possible de faire marche arrière maintenant. soupira Saruman.
- Faisons confiance à Mithrandir ! Je lui fais confiance. dit Galadriel.
- J'abonde en ce sens. ajouta Elrond.
- Puisqu'il en est ainsi ! Qu'elle réinstalle l'Amalthée... Et qu'elle respecte la paix de notre Terre ! Gandalf, vous vous en portez caution ! conclut Saruman.
Thorin tentait de se mouvoir mais cela lui été impossible. Il ouvrit les yeux, les écarquilla puis sourit. Lyana était à califourchon sur lui, totalement nue. Elle lui afficha un éclatant sourire.
- Bien dormi ?
Il hocha la tête pour toute réponse. Déjà ses mains caressaient les cuisses de son amante.
Elle se mit à osciller du bassin, se frottant à lui. Il n'en fallait pas moins pour que son corps réagisse. Il prit une forte inspiration et lui agrippa les hanches. Il se redressa et lui prit la bouche sauvagement. Elle se dégagea.
- A poil ! exigea-t-elle.
Il fut surpris de ses propos mais il s'exécuta. Il ôta sa tunique et, alors qu'elle se relevait pour lui permettre de bouger, il enleva son pantalon.
Il se rallongea et elle reprit ses oscillations frottant son intimité à celle du roi. Il frémit et ferma les yeux. Elle le libéra de son étau mais très vite il sentit la chaleur de son antre l'envelopper. Il gémit. Il ouvrit les yeux pour la contempler. Par de lents mouvements, elle se dandinait, les tétons dressés. Elle se cambra et prit appui sur les cuisses de Thorin qui avait plié ses genoux pour accompagner le rythme des mouvements de bassins.
Il enfonça les doigts dans les hanches de Lyana pour la posséder, la faire totalement sienne. Alors que jusqu'alors il était resté le plus passif possible, il fut emporté par sa fougue et le besoin de domination. C'était maintenant lui qui donnait la cadence en jouant avec frénésie des hanches. Elle devait suivre le mouvement, être sa chose. Ce dont elle semblait s'accommoder, gémissant à chacun de ses assauts.
Elle se redressa et chercha de ses mains celles de Thorin qui les lui offrit. Elle enlaça les doigts dans ceux de son amant et serra fortement. Elle ne lâcha pas prise jusqu'au moment où tous deux se perdirent en un long gémissement simultané.
Elle s'effondra sur lui, embrassa sa gorge avant de frotter sa joue sur son torse. D'une main il enlaça sa taille, de l'autre qu'il avait passée sous son aisselle, il serra sa nuque. Il l'étreignait tellement fort qu'elle avait l'impression de ne plus pouvoir respirer.
- Nous n'aurons pas la possibilité de nous rendormir, mon aimée. murmura-t-il.
Elle embrassa son cou et caressa son épaule pour toute réponse.
Lyana avait revêtu sa tunique et depuis la fenêtre de la chambre, elle observait le conseil qui s'était réuni sur une petite terrasse ornée de colonnade.
Elle avait bien entendu reconnu Gandalf et Elrond. La jolie elfe habillée de blanc lui était inconnue mais elle présumait qu'il devait s'agir de la dame de Lorien. Tout aussi inconnue que le vieil homme longiligne au visage creusé et aux longs cheveux raides. Là aussi elle présuma qu'il s'agissait de Saruman.
Elle sentit un souffle dans sa nuque. Thorin l'avait rejointe.
- Ne vous inquiétez pas. Gandalf est toujours très convaincant. sourit-il.
- Je ne m'inquiète pas. Je réfléchis à ces grands territoires dont je réclame la restitution alors que mon peuple est amenui... Les survivants aux manticores se sont réfugiés sur Corneville, dans la comté, dans les montagnes bleues, celles de fer... mais combien d'individus de leur descendance souhaitent réintégrer l'Amalthée ? soupira-t-elle.
- Peu importe combien ils sont. Je suis certain qu'ils sont animés de la volonté de se rallier sous la bannière de l'Amalthée. Et c'est cet engouement qui est essentiel.
- J'aime à te croire, mon Tout. murmura-t-elle.
Elle se blottit dans ses bras. Il embrassa son front.
- Concernant hier soir...
- Vous n'êtes obligée de rien envers moi... mais je me dois de m'interroger sur cette... force étrange qui vous habite. D'où vient-elle ?
Lyana fronça les sourcils.
- Je pensais en être débarrassée... comme l'avait dit Gandalf... mais depuis elle réapparaît...
Elle se dirigea vers la cheminée laissant Thorin à la fenêtre.
- Et qui sont les ennemis de cette... force ? Qui sert-elle ? poursuivit-il.
- Je n'en sais rien. Cette force m'est inconnue. répondit-elle.
Les yeux de Lyana étaient rouges telles les flammes qui s'élevaient dans l'âtre, à l'écart du regard de Thorin.
- Cela mord-t-il ?
Dwalin grogna. Il était parti tôt le matin pour s'adonner à la pêche.
Il avait trouvé un coin tranquille au bord de la Bruinen et comptait bien y rester seul.
- Vous n'aimez pas la compagnie... féminine ?
Dwalin grogna à nouveau.
- Quand je pêche, je n'apprécie aucune compagnie qu'elle soit féminine ou non !
- Vous me montrez comment l'on pêche chez les nains ?
Par Mahal, cette Vic était exaspérante.
Dwalin soupira.
- Asseyez-vous... et taisez-vous ! Vous allez faire fuir les poissons.
Elle se laissa tomber sur un rocher et fit la moue.
Elle jeta vers le grand nain un regard amical et plein de respect.
- Bon, très bien ! De toute façon, vous n'en démordrez pas. A croire que c'est une marque de fabrique chez vous, les humaines.
- Parce que les naines n'ont pas de caractère ?
- Du caractère ? Je n'appelle pas cela du caractère ! Plutôt de l'insolence ou de l'outrecuidance...
- Je ne crois pas avoir plus d'orgueil qu'un nain sous la montagne ! piqua-t-elle.
Pour une énième fois, il grogna. Ce qui la fit sourire.
- Prenez cette canne. Attachez-y un hameçon. Et lancez le fil dans l'eau !
- C'est comme chez les humains en fait !
- Pourquoi en serait-il autrement ?
- Pour rien... Et je suis heureuse de vous l'entendre dire.
Il se détourna du regard de la jeune femme et se concentra sur sa ligne.
Elle sourit à nouveau.
- C'est un magnifique instrument que cette harpe. remarqua Gandalf depuis le haut du parvis.
Dans la cour, les gardes chargeaient les mules.
- Oui. Un somptueux cadeau que Dame Lyana offre au Seigneur Thorin. répondit Elrond.
- Un travail d'artisanat elfique bien négocié. sourit Gandalf.
- Elle avait des interrogations quant aux artefacts. J'y ai répondu. Je me suis rangé à votre avis. Nul ne doit mettre la main sur l'Unique Enchantement. Mais sera-t-il moins dangereux si c'est elle qui le récupère ?
- Pour l'instant le womantin et la pierre orange sont en lieu sûr. La machine est maintenant lancée et on ne pourra plus l'arrêter... Proditus est mort. Souhaitons que cet enchantement ne suscite plus l'intérêt de personne...
- Vous jouez avec le feu, Gandalf ! intervint Thranduil qui venait de sortir du palais.
- J'agis dans l'intérêt de la paix.
- Espérons-le ! conclut le roi sylvestre qui les dépassa et descendit le parvis sans se retourner.
Alors que la compagnie des nains, Lyana, Gandalf, Bilbon, Fennimore et Dinninger poursuivaient leur route vers l'Est, Albus, Vic, Fuldior et la garde de Corneville repartaient vers la baie de Belfagas et le Golfe de la Lune. Les habitants de la Terre du Milieu seraient bientôt tous avisés du retour de la souveraine d'Amalthée. Et il fallait être prêts à les accueillir et reconstruire les Maisons.
Après avoir parcouru quelques miles et traversé l'ancien gué de la route de la forêt, Thorin proposa de faire une longue halte. Les chevaux s'abreuvaient à l'Anduin pendant que chacun s'affairait à rendre cet instant aussi paisible que les quelques jours passés à Imladris. Ce confort, cette quiétude avaient convenu au plus haut point à l'équipée.
Lyana avait rejoint Bombur qui accommodait avec son talent habituel la dizaine de lièvres que Kili et Fili avaient abattus.
- Et si vous me donniez la recette de... comment déjà ? ... la sauterie.
Lyana leva un sourcil. De quoi parlait-il ? Elle se souvint des propos qu'elle avait tenus lorsque les nains avaient échappé à la noyade près de la côte.
- Et bien... Je ne parlais pas de cuisine en fait. rosit-elle.
- Ah bon. Alors qu'est-ce donc ? s'enquit le nain roux.
- Une sauterie, c'est un terme que l'on utilise chez les humains... Je doute que vous pratiquiez ce genre de choses chez les nains... du moins à ce que j'ai pu comprendre de vos us et coutumes... marmonna-t-elle.
Elle avait maintenant viré au cramoisi. Elle était gênée d'avoir pensé que les nains puissent avoir de telles idées. Certes ils avaient des points communs avec les hommes. Mais ils étaient habités d'un respect sans commun envers la gent féminine.
Bombur la fixa longuement.
- Je ne sais toujours pas de quoi il s'agit mais cela semble assez perturbant compte tenu de votre réaction. Vous ressemblez à une écrevisse de Rhun. Vous connaissez ce mets ? Moi, je les flambe à l'hydromel... Mais il faut éviter de rester trop près de la poêle. La dernière fois, j'ai failli y brûler ma tresse et mes moustaches...
- Et on t'a balancé un seau d'eau ! intervint Ori.
- Réduisant à néant mon plat, mécréants ! grogna Bombur.
- Tu préférais te transformer en torche vivante ? s'offusqua le jeune nain.
- C'était des écrevisses de Rhun et de l'hydromel des caves de Fondcombe, par Mahal ! Toute une éducation culinaire à faire. Cela devrait être enseigné à l'école.
- Apprenez-moi ! demanda Lyana.
- Vous apprendre ?
- Oui. A cuisiner.
- Mais vous êtes une femme !
- Les naines ne cuisinent pas ? s'étonna la reine.
- Si justement, elles apprennent dès leur plus jeune âge. Toutes ces choses de la maison... Mais les nains apprennent également. La plupart d'entre nous étant voués à rester célibataires, faut se débrouiller. Vous ne savez donc pas cuisiner ?
Lyana soupira. Elle avait surestimé l'absence de sexisme des nains. Chez eux comme chez les hommes, la femme était vouée à être une bonne ménagère. Et si les nains s'y mettaient, c'était par nécessité. Pas de miracle...
- Je sais à peine faire cuire un œuf à la poêle, et encore... grimaça-t-elle.
- Eh bien, vous ne trouveriez pas d'époux chez les nains !... Enfin ce n'est pas ce que je voulais dire... corrigea Bombur.
Maintenant, c'était lui qui était tout rouge.
Lyana éclata de rire. Et Bombur la suivit.
- Qu'est-ce qui vous amuse tant ? demanda Thorin qui venait de les rejoindre.
- Bombur pense que je ne suis pas bonne à marier... Car je ne sais pas cuisiner...
- Comment ? gronda Thorin.
Lyana et Bombur déglutirent.
- Mais que vais-je faire de vous dans ce cas ?
Lyana écarquilla les yeux. Elle était rouge, non plus de gêne mais de colère.
- Mais pour qui me prends-tu ?! Pour une petite servante qui te rapportera tes pantoufles et ta cervoise. Grr...
Thorin se mit à rire mais devant la moue de Lyana, il se tut.
- Je plaisantais. J'avais à ce sujet, une demande à vous formuler.
Sa voix était posée et grave.
- Une demande ? Formule toujours ! dit-elle froidement.
Thorin soupira. Elle le prit par la main et l'entraîna rapidement à l'écart.
- Alors, formule donc, mon Tout ! sourit-elle.
- Cela fait des semaines que je vous courtise et selon les us des nains sous la montagne...
Lyana leva la main et fit des mouvements de poignet signifiant qu'elle souhaitait qu'il aille à l'essentiel.
Il inspira profondément.
- Consentez-vous à m'épouser, à être officiellement mienne devant l'éternité comme j'y consentirais de tout mon corps et de toute mon âme ?
- Je ne cuisine pas, je sais à peine coudre un bouton et faire un ourlet, je sais faire la vaisselle et laver le linge. Je sais tenir une maison mais je suis farouchement attachée aux valeurs de partage des tâches.
Thorin sourit.
- J'ai d'autres ambitions pour vous !...
Elle souffla.
- ... Je ne pensais pas à.… cela... même si je ne doute pas que nous accordons parfaitement sur le sujet... corrigea-t-il.
Elle rosit et se gratta la nuque.
- ... J'ai besoin de vous pour me soutenir, me conseiller et m'accompagner au quotidien dans ma tâche. Mais aussi pour me faire sentir vivant, meilleur et utile. Pour me faire sentir heureux tout simplement.
- Oui. Et trois fois, cent fois, mille fois oui. Je consens à t'épouser, mon Tout.
Elle se jeta sur lui et l'embrassa tendrement.
Des applaudissements et des cris les surprirent. Ils étaient encerclés par les nains qui affichaient le plus grand des sourires.
Alors que la compagnie des nains était à la fête depuis que l'équipée avait repris la route de la forêt, Kili, Gandalf, Fennimore, Dinninger et Bilbon restaient dubitatifs.
Le premier car il ne faisait pas confiance à Lyana. Il ne comprenait pas pourquoi son oncle était aussi aveugle... ou alors Kili se trompait sur toute la ligne. Il admirait Thorin. C'était un nain aguerri, stratège et intelligent qui lui avait tout appris depuis le décès de son père... Thorin n'était pas du genre à se faire beurrer les lorgnons. Il n'en demeurait pas moins que si Lyana n'était pas une ennemie du peuple nain... - C'était bien là la seule préoccupation de Thorin de toute manière -..., elle était peut-être en lien avec Sauron... En tout cas, elle avait des choses à cacher...
Le second car il n'avait pas prévu la relation qui se nouerait entre le roi des nains et la reine de l'Amalthée. Le comportement imprévisible de Lyana venait de se révéler comme un potentiel souci dans la réalisation des desseins du mage gris. Et l'orgueil et l'instinct colérique de son futur époux en étaient deux de plus...
Le troisième car il était toujours et encore animé d'un puissant attachement à Lyana. Il l'aimait, l'avait toujours aimée. Oh... elle ne l'y avait jamais incité... en tout cas, pas consciemment. Mais chacun des actes et des mots de son amie d'enfance ne faisaient qu'accroître ce sentiment. Il respectait son choix et jamais il ne lui nuirait. Il était mort pour lui sauver la vie. Et il recommencerait sans hésitation si besoin. Il n'avait pas d'aversion contre Thorin. Il aurait voulu le haïr. Mais il ne le pouvait. Thorin manifestait pour Lyana un amour absolu. Thorin encenserait son épouse...
Le quatrième car il se satisfaisait d'avoir pour supérieur hiérarchique une jeune femme célibataire donc non influencée ni soutenue. Elle n'était bien que cela : sa supérieure hiérarchique qui lui fournirait à nouveau un beau salaire pour vivre confortablement sa gouvernance : un statut, un gros bas de laine, une jolie villa avec toutes les commodités, le pouvoir... Qui sait de quoi se mêlera ce petit nain velu aussi roi soit-il...
Le dernier car, même s'il connaissait peu la reine et que ses propres desseins quoi qu'ils fussent n'étaient en aucun cas conditionnés à cette relation, il n'aimait pas les conflits et Lyana serait, c'était évident, une source de conflit. Il suffisait de regarder la mine déconfite, dépitée ou renfrognée des quatre premiers.
* Luc Plamondon - 1978.
