Les manticores et les varans

Le soleil brillait et tous étaient prêts pour le grand circuit sur les maisons d'Amalthée qui s'étaient lentement mais sûrement rétablies aux quatre coins de la Terre du Milieu. Chacune d'entre elles avait été rejointe par des hommes vivants sur les plaines ou les montagnes et soucieux de réintégrer ce qui fut la nation de leurs ancêtres. Chacun de ces individus espérait une protection et un meilleur avenir sous la bannière de l'Amalthée.

Les divergences du passé ne mirent pas longtemps à réapparaître. Et l'on ne vivait pas chez Dinninger comme l'on vivait chez Fennimore, chez Albus, comme chez Fuldior ou chez Vic...

- C'est une formidable aventure qui commence !...

Bofur avait le sourire aux lèvres et le sac sur le dos, assis sur son poney.

Depuis le temps qu'il entendait parler des territoires de l'Amalthée qui se repeuplaient... Il allait enfin les visiter. En commençant par la maison de Fuldior...

- Au fait, pourquoi la bannière de l'Amalthée est une chèvre ? demanda Bombur qui regardait le petit bout de tissu attaché sur la selle de Lyana.

- L'Amalthée est la chèvre qui a nourri le Dieu des Hommes lorsqu'il était enfant. De ses cornes coulaient le nectar et l'ambroisie qui le rendirent immortel. Selon Zénobe, Zeus honora Amalthée mourante en la plaçant comme la plus grande des étoiles du Cocher. Cette « étoile de la chèvre » fait deux mille fois la taille du Soleil ! C'est en raison de ce mythe qu'on appelle la chèvre « la fille du Soleil ». récita la reine, non sans fierté.

- Les êtres humains sont attachés au soleil. nota Balin.

- Oui. Terriblement. C'est essentiel pour nous... pour les humains... dit Lyana, qui faisait machinalement attention aux termes qu'elle utilisait devant Thorin.

Le roi des nains ne releva pas. Il n'écoutait pas. Il ouvrait la marche, flanqué de ses neveux et de Dwalin.

Lyana soupira. La veille encore, ils s'étaient fâchés. Et elle n'aimait décidemment pas cela...

- Ne vous en faites pas ! Il vous aime plus que tout ! assura le vieux conseiller, conscient de la tristesse qui étreignait la reine.

- Plus que tout ?... Cela veut tout dire et ne rien dire. soupira-t-elle.

- Plus que sa montagne, plus que son or, plus que son royaume, plus que son Arkenstone, plus que sa propre vie ! corrigea-t-il.

- Il ne le montre pas toujours bien !... Excusez-moi, Maître Balin, je suis bien ingrate de me plaindre ainsi quand on sait toute la misère du monde. Pardonnez-moi.

- Vous n'avez pas à demander pardon, Lyana... Je connais Thorin depuis si longtemps. Et vous faites ressortir de lui le meilleur depuis des mois. La maladie de l'esprit qui rongeait ses ancêtres l'a totalement abandonné au profit des profonds sentiments qu'il nourrit à votre endroit. Il est encore brut et rude aux entournures mais comme l'ont toujours été les nains de la lignée de Durin. C'est ce qui en a fait de tels rois ! Mais, au-delà de tout cela, il vous est totalement dévoué. insista Balin.

La reine hocha la tête d'acquiescement. Elle scruta longuement la chevelure noir argenté de son époux ornée de perles, espérant fébrilement qu'il se retournerait, sentant son regard sur lui, mais en vain.

- Où trouverons-nous asile pour la prochaine nuit ? demanda Fili.

- À Cul de Sac, chez Maître Sacquet. répondit Thorin.

- Et pour la suite ? poursuivit Fili malgré le ton sec de son oncle.

- Je crois que vous serez plus à même de décrire notre périple... mon aimée. dit-il d'une voix plus douce.

Tous se retournèrent donc vers Lyana qui, étonnée du ton utilisé et des mots prononcés par son époux, resta muette.

"Mon aimée"... ces pourtant deux petits mots avaient un effet inversement proportionnel à leurs tailles. Ils résonnaient dans sa tête. Ils la déstabilisaient, la rendaient totalement vulnérable. Son rythme cardiaque s'accélérait, ses pupilles se dilataient, sa sudation se réveillait... et son esprit se risquait à vagabonder en des fantasmes peu avouables dès qu'il les prononçait...

Elle secoua la tête.

- Un grand circuit des maisons d'Amalthée : chez Fuldior pour commencer... peut-être aller jusqu'à chez Geoffrin... puis passage chez Albus en longeant la côte Ouest. On pourrait repasser sur Erebor pour repartir après vers chez Dinninger et remonter chez Fennimore.

- Nous voilà partis à la découverte d'autant de cultures différentes ! Ce sera des plus enrichissants. nota Oin.

- C'est vrai. Vous constaterez que les us et coutumes sont différents chez chacune de ces maisons. Même si la constitution qui les régit est la même.

- Vraiment ? Comment gérez-vous cela ? demanda Fili.

Mais Lyana n'était plus dans la discussion. Avoir prononcé le nom de son ami de toujours l'avait ramenée quelques mois auparavant...

Elle se souvenait...

Sur la terrasse au-dessus des grandes portes d'Erebor...

- Que se passe-t-il, Fenni ? Tu as l'air si triste depuis notre arrivée sur Erebor... Et d'autant plus depuis mon mariage.

- Ce n'est pas grave, ne t'inquiète pas ! sourit le gouverneur.

- Je n'en crois pas un mot. Je t'ai dit que tu ne devais pas t'inquiéter... Dinninger ne la trouvera pas...

- Ce n'est pas cela.

- Quoi, dans ce cas ?

- Ne m'oblige pas à te parler de cela.

- Je t'y oblige car je ne peux supporter de te voir ainsi dépérir... J'insiste, Excellence Fennimore ! ajouta-t-elle se relevant et se plantant devant lui, les mains jointes.

Il n'était plus là question d'une discussion entre deux amis mais d'un entretien entre une souveraine et son gouverneur.

Il souffla.

- Puisque tu le veux ainsi... je te répondrai... je ne peux vivre te voyant mariée à Thorin...

Lyana blêmit.

- ... Mais je pensais que tu l'estimais et le considérais comme ami de notre royaume...

Il secoua la tête vivement.

- Bon sang ! Tu ne comprends donc rien ?...

- Comprendre quoi ?

Il inspira profondément.

- Je t'aime, Lyana. Depuis toujours...

Elle voulut ouvrir la bouche mais il lui fit signe de la main.

- ...J'ai essayé, crois-moi de chasser de telles idées de ma tête... Mais c'est mon cœur qui s'exprime et je ne peux le contrôler. Cette souffrance est d'autant plus vive depuis que tu as épousé Thorin. Je sais qu'il t'aime et qu'il te respectera. Cela me console...

Cela ne change rien à ma loyauté envers notre peuple et n'altère en rien la vision que j'ai des fonctions que nous assumons tous deux.

Lyana suffoquait. Elle connaissait l'inclination de Fennimore. Mais elle avait mis cela sur le compte d'une passade, d'un simple désir...

- Je pense qu'il est important que tu rentres sur ta maison afin d'organiser le retour des nôtres. Ta maison est la première de notre royaume. C'est un lieu stratégique. Et je te réitère toute ma confiance pour m'accompagner dans cette mission. répondit-elle de la façon la plus neutre possible.

Fennimore grimaça. Elle l'envoyait à des milles d'elle. Mais en lui avouant son amour, il se condamnait de toute façon.

Elle voulut aller vers lui mais elle se retint. Comme lui montrer son affection sans lui donner pour autant quelques espoirs d'un amour charnel vain en retour. Elle était perdue.

Il recula et quitta la terrasse sans mot dire.

En quelques heures, le gouverneur avait rassemblé ses affaires pour quitter la montagne.

Depuis le balcon, Lyana et Thorin le regardaient en contre bas prêt à prendre la route. Fennimore se retourna pour les saluer mais Lyana anticipa et recula. Fennimore ne vit donc que Thorin. Il se saluèrent respectueusement et le gouverneur s'éloigna lentement, flanqué d'une vingtaine d'hommes.

Thorin se retourna vers la reine, recroquevillée dans un coin, en sanglots.

- Pardonne-moi, mon Tout ! C'est si douloureux de lui condamner mon amitié...

- Vous ne lui condamnez pas votre amitié et il le sait... Vous avez agi au mieux... Peut-être ainsi pourra-t-il tourner cette page... Je suis un nain, pas un homme... mais notre psychologie doit être bien semblable... Crever l'abcès est la seule façon d'avancer. sourit-il.

Il lui tendit la main. Elle la saisit et se releva. Elle se blottit dans ses bras. Il lui embrassa tendrement le front.

L'équipée avait passé la forêt verte et se dirigeait vers la comté.

Tout semblait au plus calme mais un bruissement dans les fourrés les surprit.

Déjà deux manticores avaient surgi et bloquaient le passage à l'avant.

Les cavaliers voulurent rebrousser chemin mais deux autres apparurent à l'arrière du groupe.

Pas d'échappatoire, ni à gauche ni à droite.

- Nous sommes cernés ! hurla Thorin qui avait sorti l'orcrist.

Il fit ruer son cheval et fonça sur le manticore de droite. Fili, simultanément attaqua celui de gauche. Chacun d'entre eux était secondé respectivement par Kili et Dwalin qui par un mouvement de côté attaquèrent les flancs des deux bêtes.

A l'arrière, même tactique pour Balin et Gloin, secondés par Lyana et Nori.

Mais deux autres manticores vinrent rejoindre les quatre premiers.

- Et merde ! cria Ori qui venait de tomber de son cheval tant sa monture était stressée par la situation. Un des manticore se jeta sur lui mais s'effondra lourdement atteint d'une flèche.

Un groupe d'elfes sylvestres sortit du fourré et décocha ses flèches à ne plus pouvoir.

- Tauriel ! s'exclama Kili qui bondit de son cheval et courut vers l'elfe rousse.

Un énième manticore surgit et le plaqua au sol.

Kili hurlait sous l'assaut du monstre qui rabattit ses crocs sur le bras du jeune nain.

- Kili ! hurla Fili qui se jeta sur la bête et lui planta un poignard dans la gorge mais déjà un autre manticore balaya de la tête le nain blond qui roula à dix mètres.

- Mais combien sont-ils, par Mahal ? grogna Dwalin.

- Il en arrive de partout ! ajouta Tauriel qui avait vidé son carquois...

... comme tous les archers du groupe.

Les elfes sortirent leurs épées. Il n'y avait plus que le corps à corps.

Bombur et Gloin protégeaient Kili qui était blessé et saignait énormément. Thorin avait rejoint Fili et l'avait aidé à se relever.

Les nains, les elfes et Lyana étaient maintenant encerclés par une dizaine de manticores.

Mais un hurlement surprit tout le monde. Les manticores se figèrent, glapirent et quittèrent les lieux rapidement.

Tauriel accourut près de Kili qui s'était évanoui et semblait faire une forte fièvre.

La blessure était profonde et une odeur pestilentielle semblait déjà se dégager. Oin s'accroupit à leur côté.

- Qu'est que ce poison ? grimaça-t-il.

- Faites quelque chose, par Mahal ! supplia Fili.

Thorin s'agenouilla et caressa le front humide et brûlant de son neveu.

- Par Mahal, sauvez-le !

Bilbon avait le sourire aux lèvres en voyant arriver l'équipée. Il avait tout prévu et le garde-manger débordait de nourriture.

Mais son sourire s'éteint quand il aperçut le corps de Kili dans les bras de son frère.

- Mais que s'est-il passé ? demanda-t-il alors que Dwalin récupérait avec précaution le jeune prince pour l'emmener à l'intérieur.

- Une attaque de manticores ! grogna Thorin qui emboîta le pas à Dwalin.

- Des manticores... comme à l'époque du mage noir ?...

Lyana eut un vertige. Elle se rattrapa au dossier d'une chaise mais elle lâcha prise en grimaçant. Le dossier de la chaise était noirci, brûlé par la chaleur de sa paume de main.

Elle tomba au sol.

- Mais que se passe-t-il ? gronda Thorin qui l'avait prise dans ses bras.

- Maître Bilbon... une... deux chambres ? " demanda Balin.

- Oh... Oui... Par ici. indiqua-t-il en filant dans le couloir, suivi de Thorin et de Dwalin qui portaient Lyana et Kili.

- Pourquoi des manticores ? Et dans la comté ? s'étonna Bilbon.

- Que savez-vous des manticores ? demanda Dori.

- Pas grand-chose. Longtemps j'ai cru qu'ils n'étaient que légendes. C'étaient les armes préférées du mage noir...

- Et qui était ce mage noir ? demanda Fili.

Bilbon se dandina.

- Qui était ce mage noir ? insista Thorin.

- Un istari. A la solde de Sauron...

- Sauron ! cracha Ori.

- Quelqu'un veut-il manger quelque chose ? demanda le hobbit.

Mais personne ne répondit. Tous les nains restaient assis dans la salle à manger, soucieux.

Oin et Tauriel veillaient les malades.

Enfin le guérisseur apparut à la porte de la pièce. Il n'avait pas bonne mine.

- Comment vont-ils ! demanda le roi.

- Il semblerait que Tauriel ait réussi avec ses connaissances elfiques à soigner le bras de Kili. Sa fièvre est tombée et maintenant que la plaie est nettoyée, il devrait être hors de danger...

- Et Lyana ? s'enquit Thorin.

Oin grimaça.

- Sa fièvre augmente. Elle délire dans un langage qui nous est inconnu... si tant est que ce soit un langage proprement dit et non pas une divagation de son esprit. Nous ne savons pas quel mal s'attaque à elle...

Thorin souffla.

- Elrond ou Gandalf !... Il faut trouver quelqu'un pour la soigner. Et vite !

Mais déjà trois coups étaient assénés à la porte.

Bilbon alla ouvrir. Dwalin lui emboîta le pas, son lourd marteau à la main.

Thorin avait rejoint la chambre ou reposait Lyana.

Elle était blême. Son visage était crispé. Il voulut la caresser mais son corps était pris de mouvements saccadés. Elle psalmodiait de façon inintelligible.

La porte de la chambre s'ouvrit et Gandalf fit son entrée.

- J'avais justement besoin de vous !

- Et me voilà.

Il posa les yeux sur Lyana et grimaça.

- Depuis quand est-elle ainsi ?

- Depuis six heures déjà. Lorsque nous sommes arrivés chez Maître Sacquet.

- Êtes-vous blessé ?

- Moi. Non ! Mais quelle importance, par Mahal ! C'est elle qui souffre d'un mal étrange ! : grogna-t-il.

- Fili ou Kili est-il blessé ?

- Oui Kili : soupira le roi.

- Où est-il ?

- Dans la pièce voisine...

Gandalf sortit.

- ... mais il est sorti d'affaire. Revenez ! C'est elle qui a besoin de votre aide ! grogna Thorin.

Mais déjà le mage gris avait rejoint la chambre où se reposait le prince. Tauriel était assise à son chevet, lui tenant fermement la main.

- Où sont les compresses avec lesquelles vous avez nettoyé ses plaies : demanda Gandalf qui avait remarqué le bandage au bras du jeune nain.

Elle marqua un ait interrogatif mais devant le regard insistant du mage, elle se leva et ramassa le sac de papier jeté dans la poubelle.

Il le saisit.

- Ne l'ouvrez pas. Ça sent très mauvais. De plus en plus mauvais. Je vais le sortir d'ici très rapidement.

Mais il n'écouta pas et ouvrit le pochon et huma.

- Comme je le pensais. Etrange ! Par quoi a-t-il été blessé... Un gros lézard ? demanda le mage.

- Non. Un manticore. intervint Thorin qui les avait rejoints.

- Vous êtes certain ?

- Bien entendu. Nous y étions tous. Et c'était des manticores... Pourquoi un lézard ?

- Cette odeur est spécifique des varans de Melagonie. Une espèce de gros lézard. Leur salive est venimeuse. C'est une chance que vous ayez été là, Tauriel.

- Quel est le rapport avec Lyana ? s'impatienta Thorin.

- Je ne sais pas. Les symptômes de la reine sont ceux des victimes des varans... mais la substance venimeuse était sur Kili, pas sur elle... Vous avez vérifié qu'elle n'avait pas été blessée ? Elle n'a pas de plaie quelconque ? Vous avez usé des mêmes incantations sur elle ?

- Non. Elle n'avait pas de plaie infectée... blêmit-elle avant de sortir en courant.

Elle était déjà auprès de la reine à procéder comme elle l'avait fait auprès de Kili. Mais en vain. La fièvre ne diminuait pas. Et elle psalmodiait toujours autant.

Gandalf prit le couloir et se dirigea vers la porte d'entrée de la maison.

- Où allez-vous ? hurla Thorin.

- Chercher de l'aide, Seigneur Thorin. Nous en avons besoin.

Il sortit sur le perron. Il faisait nuit noire. Il leva son bâton. Une chouette vint se poser sur le pommeau. Le mage baragouina et l'oiseau prit son envol vers l'Est.

- Et que faisons-nous maintenant ? lui demanda Thorin quand il réapparut dans l'entrée.

- Nous attendons. Nous ne pouvons rien faire d'autre.

- Est-ce grave, Gandalf ? demanda Thorin.

- Ça l 'est, oui !

- À quel point ? insista le roi.

Gandalf soupira.

- Répondez, par Mahal !

- Si Elrond ne peut rien, personne ne pourra rien.

Trois longues heures s'écoulèrent encore avant que trois nouveaux coups fussent assénés à la porte.

Bilbon alla ouvrir.

- Vous déjà ?

- Votre chouette n'a pas eu loin à aller. J'étais en déplacement à la frontière de la comté. Que se passe-t-il ? demanda Elrond.

Gandalf lui tendit le pochon de papier.

Elrond le saisit, l'ouvrit et n'eut pas besoin de l'approcher de ses narines pour réagir.

- Un varan de Melagonie. Mais où avez-vous trouvé cela ?

- Sur la plaie du seigneur Kili. répondit Oin.

- Mais qu'est-ce que des varans faisaient dans la comté ?

- C'étaient des manticores ! grogna Dwalin.

- Vous êtes certain ?

- Je sais faire la différence entre un gros lézard et un gros loup ! grommela-t-il.

Elrond aperçut Tauriel.

- Vous avez pratiqué la contresauria ?

- Oui : répondit-elle.

- Cela n'a pas marché ? s'étonna-t-il.

- Sur Kili, oui. Mais pas sur la reine...

- Elle a été mordue elle aussi ?

- Elle n'a aucune plaie. intervint Gandalf.

- Vous êtes certain ?

- Je l'ai inspectée... totalement... Et il n'y a une plaie aussi petite soit-elle. rosit Tauriel.

- Où est-elle ?

Tauriel lui montra le chemin. Il la suivit rapidement dans le couloir.

Thorin était à ses côtés. Il avait réussi à lui saisir la main malgré son agitation qui d'ailleurs depuis avait faibli.

- Seigneur Elrond ! Sauvez-la ! supplia-t-il dès que le roi des elfes entra dans la pièce.

Elrond posa la main sur le front de la reine.

- Sa fièvre est tombée. Elle semble calme... nota-t-il.

- Oui, depuis dix minutes. Les choses semblent s'apaiser. sourit légèrement le roi.

- Les choses ne s'apaisent pas. Elle se meurt. dit Elrond.

Elrond avait demandé à Thorin de sortir et était resté seul avec Oin, Gandalf et Tauriel auprès de Lyana.

La majorité des nains était sortie dans le jardin car il était devenu difficile de rester aussi nombreux dans la maison. Le stress ajouté à la promiscuité rendait la situation insupportable.

Tauriel accourut.

- Elle est consciente !

Thorin affalé dans le fauteuil se redressa immédiatement et se dirigea vers la chambre.

- Non. Elle demande à voir Balin. dit fermement l'elfe rousse.

- Et c'est mon épouse ! éructa-t-il.

- Je sais, Seigneur Thorin... mais c'est sa volonté.

Le roi soupira et fit signe à son conseiller de quitter le salon. Il sortit suivie de Tauriel.

Thorin se rendit compte qu'il était maintenant seul dans la pièce. Tous les autres nains étaient à l'extérieur.

La chambre était faiblement éclairée. Lyana était livide. Dès qu'il la vit, Balin pressa le pas et lui prit la main.

- Oh Madame... Comment vous sentez-vous ?

- Comme quelqu'un qui n'a pas assez vécu. murmura-t-elle.

Elle avait peine à parler.

Oin lui apposait des compresses tièdes à l'agréable odeur de lavande sur le front.

Balin jeta un regard rapide au guérisseur qui secoua la tête les yeux pleins de larmes.

Balin comprit alors que c'était la dernière fois qu'il parlait à la reine.

Il se reprit car Lyana le fixait.

- Ne pleurez pas, Maître Balin. Prenez plutôt en note ce que je vais vous dicter. Et l'assistance m'en sera témoin.

Balin saisit le papier et la plume que lui tendit Elrond et nota scrupuleusement tout ce que la reine lui dit.

- Maintenant, allez chercher mon époux et laissez-nous seuls.

Tauriel entra dans le salon. Dès que le roi des nains la vit, il courut dans le couloir pour rejoindre la chambre.

Elrond, Gandalf, Oin et Balin sortirent.

- Mon aimée ! murmura-t-il, lui caressant les cheveux.

- Mon tout ! Pardonne-moi de te quitter si tôt.

Il fronça les sourcils.

- Me quitter ? Non ! Vous allez guérir. Nous avons tant à vivre. Je vous aime tant, mon Unique aimée. dit-il, la voix tremblante.

- Ne pleure pas, mon Tout ! Offre-moi un baiser. Cela sera un souvenir tellement plus beau pour m'accompagner dans l'au-delà.

Elle lui toucha la main. Elle semblait mettre tant de force à la serrer et pourtant l'étreinte était si faible. Il comprit que c'était la fin.

Elle se redressa légèrement. Il glissa la main sous l'oreiller et lui leva délicatement la tête pour poser les lèvres sur les siennes. Elle ouvrit la bouche et d'un ultime effort, tenta de mêler la langue à la sienne.

- Je t'aime. murmura-t-elle.

Il sentit la main de Lyana échapper à la sienne. Il reposa sa tête sur l'oreiller.

Lyana affichait un sourire apaisé pour l'éternité.

Tous scrutaient la porte d'entrée de la maisonnette de Bilbon.

Enfin Thorin apparut. Il fit quelques pas vers le jardin. Il leva la tête et hurla si fort que toute la Terre du Milieu l'entendit. Il tomba à genoux, frappa le sol de ses poings et enfonça les ongles dans la terre. Il roula sur le côté et se mit à pleurer tel un enfant en position fœtale.

Balin sortit à son tour. Il regarda les nains et, les yeux rougis, secoua la tête.

Tous les nains s'affalèrent et se mirent à pleurer.