August et les sauriens

Bilbon salua l'humain qui venait de se présenter à sa porte.

- C'est ici que la reine vient de s'éteindre ?

- Euh.. Oui... Mais qui êtes-vous ?

L'homme toisa le hobbit puis afficha un léger sourire.

- Le nouveau souverain d'Amalthée...

- C'est à dire ? s'enquit Fili qui venait de rejoindre Bilbon sur le seuil.

Le prince nain fut surpris par la ressemblance entre cet homme et Proditus. Les mêmes yeux, la même mâchoire, les même longs cheveux... mais un air plus juvénile.

- Je suis August, le fils de Proditus... Héritier de fait du royaume d'Amalthée.

Il entra et sans demander son reste se dirigea vers la pièce la plus éclairée.

C'était là que tous s'étaient rassemblés.

- Seigneur Thorin, je vous présente toutes mes condoléances. August, neveu de Lyana !

Thorin leva ses yeux rougis mais ne quitta pas le fauteuil dans lequel il était avachi.

- Le Seigneur August... revendique son droit à régir l'Amalthée. dit froidement Fili.

- Cette décision dépend normalement du Sénat. Attendons les gouverneurs. souffla Gandalf.

- Êtes-vous sujet de l'Amalthée ? éructa August.

- Non. sourit Gandalf.

- Alors je doute que cela vous concerne...

Mais déjà on frappait à nouveau à la porte.

Bilbon s'empressa d'aller ouvrir.

- Où est-elle ? hurla Fennimore.

Bilbon, surpris de cette intrusion, montra du doigt le couloir de gauche dans lequel le gouverneur s'engouffra.

Il s'agenouilla au chevet de Lyana.

- Que s'est-il passé ? demanda-t-il.

- Elle a été empoisonnée par de la bave de varan de Méla... je ne me rappelle plus... Méla... bredouilla Bilbon.

- Mélagonie ? finit Fennimore.

- Oui.

- Comment est-ce possible ?

- Je ne sais pas... D'autant plus qu'elle n'a pas de blessure physique et qu'elle et les nains ont été attaqués par des manticores...

- Elle n'était pas seule ?

- Non. Thorin, Lyana et la compagnie des nains entamaient une tournée de vos maisons.

- Thorin ! grogna le gouverneur qui déjà s'était redressé.

Il sortit de la chambre comme un courant d'air.

- Mais comment avez-vous fait pour venir si vite ? demanda le hobbit qui tentait de le rattraper dans le couloir.

- Un aigle ! répondit Fennimore qui entrait dans le salon.

Bilbon ouvrit la porte d'entrée. Un grand aigle se nettoyait les plumes à quelques mètres de sa propriété. Entre les poneys, les chevaux et l'aigle, cela ressemblait à une ménagerie... Il nota que les maisons aux alentours étaient allumées alors qu'il était encore nuit. Tout ce remue-ménage avait été remarqué par le voisinage.

- Vous ne l'avez pas protégée !

Fennimore se rua sur Thorin et le frappa au visage. Thorin tomba au sol. Il se releva et alla se rasseoir dans le fauteuil se frottant la lèvre ensanglantée du revers de sa veste.

Il gardait les yeux baissés.

Fennimore soufflait comme un boeuf.

- Je vous tuerai, Thorin !

- Faites donc si cela suffit à calmer votre souffrance. répondit sèchement le roi.

Fennimore aperçut le jeune humain.

Il nota la ressemblance flagrante avec Proditus.

- Qui êtes-vous ?

- August, fils de Proditus... Vous devez être Fennimore... l'amoureux transi comme vous appelait mon défunt père...

- Vous êtes sûrement la même pourriture que votre père... Et que faites-vous ici ?

- Je revendique ma part. Ce royaume est maintenant mien.

- Vous savez ce que sont les sauriens ? lui demanda Fennimore.

- Bien entendu. sourit August.

- En êtes-vous un ?

- Vous aimeriez que je le sois mais non, je suis bien un humain. Je suis August. C'est incontestable.

- C'est quoi un saurien ? demanda Ori.

- Une espèce à la solde de Sauron, capable de prendre n'importe quelle apparence...

- C'est ce que Lyana a pensé que vous étiez lorsque vous êtes réapparu dans le campement à notre retour de la baie de Belfagas. souligna Bofur.

- Oui. Les sauriens sont dangereux... surtout pour Lyana... ils étaient dangereux. corrigea Fennimore, des sanglots dans la voix.

On frappa à la porte. Bilbon fronça les sourcils. Il commençait à y avoir beaucoup de monde ici...

Il ouvrit.

- Albus ?

- Où est-elle ?

Bilbon, résigné, lui indiqua le couloir de gauche et constata la présence d'un deuxième aigle devant chez lui.

Mais Fennimore qui avait entendu l'arrivée de son ami l'appela.

- Albus, viens ! Je crois que nous avons un saurien parmi nous. dit-il sortant son épée.

Tous les nains brandirent leurs armes immédiatement sauf Thorin, amorphe.

August était cerné de lames.

Albus entra et comme l'assistance sortit son épée de son fourreau.

- Je ne suis pas un saurien !... répéta August qui sortit une dague.

Tous resserrèrent leurs poignes sur leurs armes.

Il s'entailla la main et le sang s'écoula de la plaie.

- ... Cette preuve suffit ? demanda le neveu de Lyana.

- Ça veut dire quoi ? s'enquit Bofur.

- Les sauriens ne saignent pas. Ils ont une coagulation immédiate. Qui est-ce ? grogna Albus.

- Le fils de Proditus ! cracha Fennimore.

- Une odeur pestilentielle devrait alors s'émaner de vous. gronda le grand gouverneur hâlé.

- Je crois que je vais vous démettre de vos fonctions de gouverneurs !

- Mais de quoi parlez-vous, grand Dieu ? souffla Albus.

- De mon couronnement... Je suis le seul héritier de la lignée d'Amalthée... Le trône me revient de droit !

- Ce n'est pas la volonté de Lyana ! intervint Balin.

- Mais qu'en savez-vous, nain ? dit August d'un air méprisant.

- Ce sont ses dernières volontés ! répondit Balin brandissant le document sur lequel il avait scrupuleusement reporté les propos de la reine.

- Balivernes !

- Elle y désigne son successeur...

- Elle ne le peut pas. Seul un héritier d'une lignée royale peut y prétendre... C'est dans la constitution.

- Et elle y désigne un roi ! poursuivit Balin.

- Qui ? hurla August.

- Thorin ! déclara Balin.

Tous étaient sous le choc.

Avant de s'éteindre, Lyana avait nommé Thorin comme son successeur. Il était de fait roi d'Amalthée maintenant.

- Un nain ! C'est une blague.

August éclata de rire.

- Ce sont les volontés de la reine. Et elles s'imposent à nous tous. répondit Albus.

- Ce document n'a pas de valeur. Les volontés d'une mourante... écrites par un nain... à l'avantage d'un autre nain... On délire... Y avait-il un humain présent lors de la transcription ?

- Non. souffla Balin.

- Mais nous étions là, témoins. Maître Oin, Dame Tauriel, Mage Gandalf et moi-même. ajouta Elrond.

- Pfff... une escroquerie tout simplement.

- Osez-vous prétendre que nous bafouons la mémoire de notre reine. gronda Dwalin.

- Votre reine ? Ah oui. Elle avait épousé un nain... Mon défunt père avait raison. Sa retraite derrière la colline et sa fréquentation de ce vieux fou de mage vert lui avait lessivé la tête...

- Ne parlez pas ainsi de votre reine ! éructa Fennimore.

- Elle est morte... Elle n'est plus la reine de personne.

- Vous n'êtes qu'une enflure ! intervint Fili.

- Je ferai annuler ce document. Croyez-moi ! Ce royaume est à moi !

August s'en retourna et la porte d'entrée claqua si violemment que les murs en tremblèrent presque.

Le silence régnait à nouveau.

Fili se retourna vers Thorin.

Il était toujours affalé dans le fauteuil, la mine grave, le teint blême, les yeux rougis. Des traces de sang avaient séché sous sa lèvre.

- Mon oncle ! Tu ne dis rien ? Que faisons-nous ?

Mais Thorin ne bougeait pas. Il restait statique, fixant le mur.

Le prince se déplaça vers son oncle mais Gloin l'attrapa par le bras.

- Laisse-le... C'est trop tôt. Viens !

Tous quittèrent le salon pour rejoindre la salle à manger, laissant Thorin seul.

- C'est quoi cette histoire de sauriens au final. demanda Dori.

Elrond prit la parole.

- Les sauriens sont des êtres maléfiques qui peuvent prendre n'importe quelle apparence : elfe, humain, nain, orque, animal... tantôt une fourmi, tantôt un cheval... tout être vivant peut être parfaitement copié... Ils peuvent également manipuler des êtres vivants primaires et leur donner une autre apparence.

- Et pourquoi sont-ils... étaient-ils si dangereux pour Lyana ? demanda Bofur.

- Lyana était dotée d'une force étrange qui la rendait puissante. Une force qu'elle ne maîtrisait pas. Mais toute médaille a son revers. La bave du varan de Mélagonie est mortelle pour elle. Et personne ne peut rien y faire même pas la magie elfique.

- Mais elle n'a pas été blessée par un varan... souffla Oin.

- C'était surement des varans auxquels un saurien a donné l'apparence de manticores. Lyana aurait été beaucoup plus prudente si elle avait su que c'était des varans.

Un bruit sourd les interrompit.

Dwalin courut au salon.

Thorin était au sol. Il ruisselait, couvert de fièvre. Il psalmodiait comme Lyana.

- Mon oncle ! supplia Fili qui s'était agenouillé à côté de lui.

- Maître Oin, auscultez-le. Il doit avoir une blessure sur le corps. dit Elrond.

- Mais pourquoi ne réagit-il que maintenant ? Il ne l'a pas senti avant ? s'étonna Bombur.

Après n'avoir rien constaté sur les jambes et le torse de Thorin, Oin le bascula sur le côté.

- Il a une plaie au niveau du rein. Et cela sent mauvais. Cela semble être infecté. La logique voudrait qu'il s'en soit plaint ! grimaça le guérisseur.

Tauriel s'était déjà agenouillée et pratiquait le contresauria.

- Lyana le protégeait ! dit Gandalf.

- Comment ? demanda Bilbon.

- C'est elle qui ressentait tous les effets néfastes. Mais elle ne le peut plus... Il ressent maintenant les effets de son infection.

Déjà Thorin reprenait des couleurs et respirait normalement.

- Pourquoi faire cela ? Avec le traitement elfique, il s'en serait de toute façon sorti. Elle était condamnée en agissant ainsi. nota Tauriel.

- Elle ne l'a peut-être pas fait consciemment. grimaça Gandalf.

- Un ensorcellement ? proposa Elrond.

- Peut-être... soupira Gandalf.

- Que se passe-t-il ?

Kili se tenait à l'entrée du salon.

Le prince brun ne savait que penser. Il venait d'apprendre la mort de celle qu'il estimait être le plus grand des dangers pour eux. Et elle était peut-être décédée pour protéger son oncle du poison du varan.

- Et cet August ? grommela Dwalin.

- Qui ? s'enquit Kili.

- August. Le neveu de Lyana... répondit son frère.

- Son neveu ?

- Le fils de Proditus. Il était ici tout à l'heure. Elle nous avait à peine quittés qu'il était là à réclamer le royaume... Etrange non ?

Cette question n'attendait pas vraiment de réponse. Il y avait tant de brouillard, tout avait été si rapide...

On frappa à la porte. Bilbon sursauta et grimaça. Il aspirait à un peu de calme.

- On a frappé. dit Ori.

Bilbon s'exécuta. Il avait l'impression que son petit intérieur était une grande place de marché où tout le monde se croisait.

- Radagast ?

- Je suis venu dès que j'ai su. souffla-t-il.

- Comment avez-vous su ?... Toute la Terre du Milieu semble être au courant !

- Elle l'est, mon ami. Elle l'est. Où est Gandalf ?

Le hobbit lui indiqua la salle à manger vers la droite.

Radagast prit donc le chemin pour rejoindre les autres.

- Comment est-ce possible ? Ce n'était pas prévu ? : marmonna le mage brun.

- Pas prévu ?

La voix grave de Thorin résonna. Il avait meilleure mine et semblait avoir retrouvé sa hargne.

- Qu'est-ce qui n'était pas prévu ?... Qu'aviez-vous manigancé ? éructa-t-il devant le silence des mages.

Kili hésitait à parler. Il s'en voulait d'avoir tant douté de sa tante. Mais à quoi bon en parler maintenant...

- Et la lame de l'Amalthée ? Elle a bien ressuscité Fennimore... Pourquoi cela ne fonctionnerait pas sur Lyana ? dit Bifur.

Albus soupira.

- Il faut de nombreux critères et le premier est une larme versée par Lyana sur le corps du mort. Ça ne s'applique pas à elle-même...

- Je n'ai pas eu réponse à ma question ! vociféra Thorin.

- Il y a une petite possibilité de la sauver. souffla Gandalf.

- Non, Gandalf ! dit Radagast.

- Laquelle ? dit Thorin.

Gandalf grimaça.

- Laquelle ? répéta Thorin.

- Le mage vert pourrait lui rendre la vie...

- Alors on part pour Evendim immédiatement ! ordonna Thorin.

- ... Mais ce ne sera pas simple, Seigneur Thorin. Il exigera une compensation...

- Et il l'aura... quelle qu'elle soit. La vie de Lyana vaut tous les sacrifices... Et j'y consentirai. répondit Thorin.

Sa voix était ferme et posée.

- Ce n'est pas une bonne idée... intervint Radagast.

- Peu importe... je pars pour Evendim de suite.

Le roi avait déjà enfilé son manteau.

- Il vous faut l'emmener avec vous. ajouta le mage gris.

Thorin soupira.

- Bien.

- Nous t'accompagnons ! dit Dwalin.

Le grand nain se retourna vers les autres. Tous se levèrent et approuvèrent d'un hochement de tête.

- Seigneur Thorin. Nous aurions aimé vous accompagner. Mais August est une menace pour le royaume d'Amalthée dont vous êtes le souverain désormais. Il est important que Fennimore est moi organisions une réunion du Sénat pour le protéger de ses intentions. dit Albus.

Fennimore acquiesça à regret.

- Je comprends. Faites ainsi ! sourit Thorin.

- Vous n'aurez que quarante-huit heures. Au-delà de ce délai, son corps sera trop abîmé pour pouvoir être sauvé. précisa Gandalf.

- Très bien. Quarante-huit heures. répéta Thorin.

Il trépignait.

- Vous ne nous accompagnez pas ? demanda Bofur aux mages.

- Nous devons régler certaines choses. répondit Gandalf.

Thorin fronça les sourcils.

- Il est inutile que je vous demande ce dont il s'agit ? s'enquit le roi des nains.

Gandalf sourit pour toute réponse et quitta la salle à manger pour rejoindre la chambre ou reposait Lyana.

Il fit quelques incantations dans un langage que les nains ne connaissaient pas, pour la préserver durant les deux jours qui suivraient.

Et déjà, la compagnie des nains et Tauriel étaient prêts. Lyana était emmitouflée dans une épaisse couverture et posée en amazone devant Thorin.

Fennimore et Albus remontaient sur le dos des grands aigles que Gandalf leur avait envoyés.

Elrond leur avait proposé de réunir le sénat de l'Amalthée au plus vite sur Imladris, place centrale et pacifique de la Terre du Milieu.

Bilbon, Gandalf, Radagast et le Seigneur de Fondcombe regardaient s'éloigner l'équipée.

- Êtes-vous sur de ce que vous faites, Gandalf ? demanda Radagast.

- Il faut qu'elle vive !... Quoi qu'il en coûte !...

- Il en coûtera au Seigneur Thorin. souffla Elrond.

Gandalf grimaça. Il se rappela le rêve qu'il avait fait dans la mare aux souvenirs. Depuis il se le remémorait chaque nuit.

Il était face au mage noir. Un duel sans pitié. Le mage noir prenait le dessus. Gandalf luttait mais la voix du mage noir résonnait en lui.

- À quoi bon résister, Gandalf. Tu es comme moi. Je suis ton père ! Et un fils ressemble à son père ! Je suis un saurien !

Les nains et Tauriel filaient droit au Nord. Tant qu'ils étaient dans la comté, ils étaient à l'abri. Les hobbits étaient des plus civilisés mais une fois à l'orée d'Evendim, passé le village de Castelorge, il faudra calculer au mieux. La zone était connue pour sa dangerosité : les brigands d'Annuminas, les gobelins du Nord, les géants à l'Ouest et les salamandres sur l'île de Tyl Ruinen. Mais s'ils se débrouillaient bien, ils éviteraient toutes ces peuplades en restant à l'extrême Est.

Balin avait étudié la carte. Quarante-huit heures... pas une de plus...

- Alors résume-nous le programme ? demanda Thorin.

- Castelorge, le lopin du taureau mugissant, les sables de Barandalf seront des étapes normalement tranquilles. Mais nous devrions traverser Dwaling, une ville de brigands. La contourner prendra du temps... décrit le conseiller.

- Mais nous n'en avons pas ! Nous passerons par Dwaling... On essayera de se faire discrets. Le but est de ne pas faire de vagues. On traversera rapidement la ville... décida Thorin.

- Mais des brigands sont des brigands... s'ils cherchent ? nota Ori.

- Ils trouveront ! grogna Dwalin.

- Et ensuite ? s'enquit Thorin qui réajustait la couverture sur le corps de Lyana.

- Et bien, nous devrons traverser Parth Aduial.

- Des dangers ? demanda Bofur.

- Je n'en sais fichtre rien... Des forêts, des vallons, des ruines...

- Et après ?

- La forteresse du Nord censée être déserte. Et enfin Tyrn Fornech. C'est là que doit se trouver le mage vert.

Thorin soupira. Ils avaient si peu de temps. Il pressentait que le chemin serait parsemé d'embûches. Aux autochtones belliqueux qu'ils pourraient éventuellement croiser se rajoutait celui qui voulait son Unique aimée morte et enterrée. Celui-là ne lâcherait pas et tenterait par tous les moyens de les empêcher d'atteindre les grandes collines.

Comme ils l'avaient prévu, la première journée se passa sans le moindre souci. Ils avaient traversé le village de Castelorge et s'y étaient restaurés.

Les hobbits avaient bien jeté des regards inquiets sur le visage blafard de la jeune femme blottie dans les bras du nain. Ils s'étaient même enquis de sa santé. Thorin avait prétendu qu'elle dormait, alors en convalescence d'une mauvaise grippe. Ils avaient tiqué. Qu'est-ce qu'une compagnie de nains, une elfe rousse et une humaine souffrante allaient faire dans l'Evendim ?

Puis repus, ils avaient traversé ledit lopin du taureau mugissant en référence au célèbre Bandobras Touque.

La nuit venait à tomber. Et ils arrivaient à l'entrée de Dwaling.

- Il faut continuer et traverser ! ordonna Thorin qui avait repris la tête du groupe.

Ils avançaient au pas. Ils avaient rabattu leurs capes sur la tête et Thorin avait intégralement dissimulé son épouse sous la couverture. Les brigands avaient un faible pour les femmes et d'autant plus si elles étaient vulnérables.

- Hep, là-bas ?

Ils se figèrent.

Thorin grimaça, se retourna sans trop lever la tête et en maintenant l'avancée au pas.

Il vit un homme en train d'en héler un autre au travers de la route à quelques mètres derrière eux.

- Hep, je te cause !...

Thorin agita les rênes pour accélérer le pas. Les autres en firent de même.

La rue commençait à s'animer et des hommes courraient dans le sens contraire pour rejoindre le lieu où allait certainement se déclarer une belle bagarre.

L'équipée continuait sa progression sans piper.

Lorsqu'ils eurent passé le dernier baraquement du village et que s'étendaient maintenant des pâturages, ils soupirèrent.

- C'était une bonne idée, non ? demanda Fili.

- Quelle idée ? répondit froidement Dwalin.

- Celle d'avoir créé de la confusion, par Mahal !

- C'est toi l'instigateur de cette bagarre ? s'enquit Bofur.

- Bah oui...

- Ça aurait pu dégénérer. grogna Gloin.

- Quand le gars est sorti de la taverne, il a regardé Thorin d'un mauvais œil. Je crois qu'il avait compris que Lyana était là-dessous...

- Comment le sais-tu ? coupa le roi.

- Son regard n'a pas trompé. Celui qu'ont certains hommes quand ils envisagent une femme... enfin, tu comprends... marmonna le prince.

Thorin hocha la tête sans mot dire.

- ... Donc j'ai eu l'idée de détourner son attention en lançant un caillou sur son cheval alors qu'un autre homme traînait à proximité... Il a dû, au hennissement de la bête, croire que l'autre voulait lui voler sa monture ou du moins ce qu'il y avait dans sa sacoche gonflée...

- Et tout cela en quelques secondes ?! Chapeau, mon garçon ! remarqua Balin.

Le conseiller lança un regard appuyé vers Thorin qui se souvint des propos de Lyana dans la cuisine de Vic.

- Bien vu, mon neveu ! Tu nous as évité des soucis. Je suis fier de toi !

Fili se redressa, bomba le torse et afficha un sourire jusqu'aux oreilles.

Thorin secoua la tête et sourit également. Il était effectivement fier de Fili et il prenait plaisir à lui en faire part. Autant que cette reconnaissance en procurait à Fili. Lyana avait raison...

Mais bientôt le sourire s'éteint sur le visage du roi. Il se mut légèrement et grimaça. Il avait des courbatures. Depuis des heures, sa position était inconfortable. Il veillait à ce que Lyana soit le mieux installée possible mais cela le contraignait à une tension constante.

- Veux-tu que je la prenne un peu avec moi ? lui demanda Dwalin.

Thorin fronça les sourcils.

- J'en prendrai grand soin. ajouta Dwalin avec douceur.

- Je n'en doute pas. lui sourit le roi.

Ils stoppèrent les chevaux et Thorin remit la reine à son fidèle ami.

Ils reprirent la route.

Thorin soupira regardant son aimée dans les bras de Dwalin. Cette séparation des corps lui était insupportable.

Thorin avait décidé de rester le plus à l'Est possible en longeant le Brandevin par les plaines sablonneuses.

Il faisait maintenant nuit noire. Tous avaient mal au dos et commençaient à fatiguer. Mais nul ne voulait se l'avouer. Il fallait avancer encore et encore. Il y avait encore des miles à parcourir avec les aléas qui pourraient se présenter à eux.

Le paysage était désertique, d'une effroyable tristesse. Depuis la sortie de Dwaling, ils n'avaient pas croisé âme qui vive. Même pas un ban d'oiseau qui les survolerait, même pas un poisson qui remonterait le cours d'eau brun. Rien... Cela ajoutait à la déprime générale.

Bofur avait tenté de pousser la chansonnette mais très vite il se résigna. La situation ne s'y prêtait pas...

Dwalin tiqua. La nuit était fraîche et Lyana était glacée. Il stoppa son cheval. Thorin le rejoignit immédiatement. Il posa sa main sur la joue de Lyana et grimaça. Il demanda à Bombur de lui remettre une couverture qu'il enroula autour de la reine. Elle était affreusement blanche, presque bleutée.

Les yeux de Thorin se remplirent de larmes. Il se racla la gorge et talonna son cheval pour redonner du rythme au groupe qui avait eu tendance à ralentir sa progression depuis une petite heure.

Ils poursuivirent ainsi toute la nuit, seuls dans le silence de cette plaine qui paraissait sans frontière...