Les confins d'Evendim

Le soleil se levait. La compagnie se traînait. Au loin, on apercevait les collines du Nord. Cette vision donnait du baume au cœur. Le mage vert était là, au bas de cette muraille grise.

Thorin leva le bras signifiant une halte. Tous soufflèrent.

Les chevaux s'abreuvaient au Brandevin.

Les nains s'en méfiaient bien plus que les chevaux. Pourquoi cette eau avait-elle cette couleur brunâtre ? Le lac dont elle provenait avait-il lui aussi cette couleur ? Il n'était pas prévu qu'ils le découvrent. Car il aurait fallu s'enfoncer dans les forêts à l'Ouest des plages de Barandalf. La question demeurera.

A peine descendu de cheval, Thorin récupéra Lyana des bras de Dwalin. Il alla s'asseoir au bord de la rivière, la serrant contre lui. Elle était maintenant rigide et froide comme de la glace.

Il caressait sa joue. Il scrutait son visage espérant un mouvement de paupière, un frémissement de narine. Il tendait l'oreille, souhaitant ce petit ronronnement qui lui était caractéristique dans son sommeil. En vain.

Il déglutit en regardant les collines du Nord. Elles lui paraissaient maintenant si lointaines.

- Nous progressons bien, Thorin. Nous y serons à temps, par nos Valars ! tenta de rassurer Balin.

Thorin lui sourit tristement.

Kili s'était isolé avec Tauriel. Elle lui prodiguait quelques soins alors qu'il était assis sur un gros rocher.

- J'ai douté d'elle ! dit-il alors que son elfe enroulait une bande propre autour de son avant-bras.

Elle ne répondit pas. Son visage pâle était fermé. Ses cheveux roux volaient à la brise légère qui venait de se lever.

- Tu es fâchée ? demanda-t-il.

- Non. Bien sûr que non. répondit-elle avant de l'embrasser. Je suis concentrée sur tes bandages.

- Dois-je en parler à mon oncle ? poursuivit-il.

Tauriel s'assit à côté de son prince brun, fixant l'horizon.

Il se retourna vers elle.

Elle était étonnée. Il attendait vraiment une réponse. Il lui demandait son avis. Elle avait pensé que cette question n'en était pas une. Juste une divagation de l'esprit de Kili.

Elle fronça les sourcils.

- Que lui dirais-tu ? dit-elle enfin.

- Que je ne n'aimais pas Lyana et que je pensais qu'elle était à la solde de Sauron.

- Tu pensais cela ?

- Oui.

Tauriel était déçue. Jamais il ne lui en avait parlé. Mais ce n'était pas le sujet. Ou en tout cas, ce n'était pas le moment de le blâmer. Il était déjà assez paumé comme cela. Et elle voulait l'aider, pas l'enfoncer.

- Pourquoi veux-tu lui dire ? demanda-t-elle.

- Parce que c'est la vérité ! rétorqua-t-il.

- Toute vérité n'est pas bonne à dire...

Kili écarquilla les yeux.

- Tu me demande mon avis... ajouta-t-elle constatant qu'il était outré par ses propos.

- Oui. C'est vrai. Et je te remercie de prendre le temps pour en parler avec moi.

- La question que tu devrais te poser est la suivante : "qu'est-ce qui me ferait me sentir mieux : parler à Thorin ou me taire ?". L'important, c'est toi, ton bien-être.

- C'est égoïste comme vision, non ?

- Si tu es en paix avec toi-même, tu te donnes toutes les chances d'être en paix avec les autres. Personne ne fait du bien à ses proches en étant malheureux.

Kili soupira et hocha la tête pour montrer qu'il avait compris et qu'il acquiesçait.

- Je vais y réfléchir, dans ce cas. conclut-il.

Il lui prit la main en souriant. Elle posa la tête sur son épaule. Il lui embrassa le front.

Thorin ragea en les regardant puis secoua la tête. Il s'en voulait car il venait de jalouser son neveu. Jamais il ne vivra plus cela avec Lyana sauf si le mage vert...

Un petit groupe de nains s'était éloigné de la rivière et se dégourdissait les jambes près des grands sapins. Ils mesuraient au moins 800 pouces et leurs épines étaient épaisses.

Thorin soupira et appela Dwalin. Il fallait reprendre la route.

Mais un hurlement les surprit.

- Il y a une bête derrière, par-là ! cria Ori.

Déjà Kili avait bondi et bandait son arc. Mais rien...

- Tu as rêvé ! grogna Gloin.

- Je sais ce que j'ai vu...

- Et cela ressemblait à quoi ? demanda Balin.

- À un sanglier.

- Un sanglier ? Fallait le dire plus tôt. On aurait eu un vrai repas. râla Bombur.

- Pas le temps. On repart, par Mahal ! hurla Thorin qui avait rejoint son cheval, Lyana dans les bras.

Tous baissèrent les yeux et remontèrent à cheval.

Dwalin récupéra la reine pendant que Thorin se mettait en selle. Il installa Lyana devant lui. Dwalin monta à son tour et ils reprirent la route.

Thorin serrait son aimée à lui broyer les os. Il faisait maintenant plein jour. Le soleil était à son zénith. Il fallait presser le pas.

Bientôt le sable laissa place à la verdure. Ils avaient dû atteindre ce que l'on appelait Parth Alduial, la prairie du soir.

De vieilles ruines étaient les seuls témoignages d'une vie passée, celle durant laquelle les dunedains peuplaient la région. On disait qu'à Tinnundir, une place forte de la zone, étaient encore postés des gardiens d'Annúminas, la capitale originelle de l'Arnor.

Tout était pourtant calme. Cela en était presque insupportable.

Thorin était sur le qui-vive. Ce n'était pas normal. C'était trop facile...

Le ciel s'assombrit et bientôt il se mit à pleuvoir.

Thorin demanda à Oin de lui donner une couverture supplémentaire pour offrir une épaisseur de plus à Lyana.

Dwalin secoua la tête. Ils avançaient maintenant au ralenti. Des cordes s'abattaient sur eux.

Et cela devenait malsain. Thorin se rendait-il compte qu'elle était morte. Morte !

Dwalin sonda les autres nains. Ils étaient aussi dépités que lui. L'espoir les abandonnait.

Seul Thorin s'y accrochait encore. Il soufflait. Ses vêtements étaient transpercés par l'eau glacée. Il ne sentait plus ses membres. Et le visage de Lyana était maintenant bleu.

- Je vous en supplie, Mahal ! Je donnerais tout pour elle ! Ne nous abandonnez pas ! murmura-t-il en caressant la couverture qui était trempée comme une éponge.

Ils marchèrent au pas ainsi pendant plusieurs heures. La pluie ne cessait pas.

Ils arrivèrent à une immense forteresse. Ce devait être ce que l'on appelait Ost Forod.

Les sabots des chevaux claquaient sur les pierres grises. Cela brisait enfin le silence.

Ils furent surpris par les battements d'ailes et les cris d'un ban de corbeaux qui fuyaient les lieux. Les nains devaient les avoir dérangés. A croire que personne ne s'aventurait jamais par ici...

La pluie cessa enfin. Et la brume se leva. Le vert remplaça le gris. Et les nains se mirent à sourire à nouveau.

Les collines étaient là toutes proches.

- Nous y sommes presque ! hurla Thorin.

Il embrassa le front de Lyana et fut surpris de la dureté de sa peau. On aurait dit de la pierre.

Bientôt ils se retrouvèrent devant une grande forêt.

- C'est Tyrn Fornech ! sourit Balin.

- On y est, c'est ça ? demanda Dori, incrédule.

- Il faut croire que oui. dit Fili qui scrutait les alentours.

Pour lui aussi, cela semblait étrange. Leur parcours n'avait pas été compliqué par quelques attaques... depuis la veille.

- Et maintenant, comment on fait pour le trouver, ce mage ? demanda Bifur.

- On s'enfonce dans la forêt. dit Thorin qui prit la tête et disparut derrière les conifères.

Balin le suivit, puis Gloin et tous les autres.

Ils écarquillèrent les yeux. C'était à peine vraisemblable. La nature était ici luxuriante. Rien à voir avec ce qu'ils avaient traversé. Il n'était plus question de plaines, de rocailles, de sapins. Ici il y avait des arbres fruitiers, des fleurs... et même des lapins qui gambadaient.

Les ventres gargouillèrent à leur vue. L'équipée n'avait rien avalé depuis Castelorge.

Kili et Tauriel saisirent sans bruit une flèche dans leur carquois et s'apprêtèrent à décocher mais ils furent surpris par d'étranges créatures qui virevoltaient devant eux.

Imladris était en effervescence. En même temps se tiendraient le conseil des sages de la Terre du Milieu et le conseil du Sénat du royaume d'Amalthée.

Gandalf avait fait appel aux grands aigles pour permettre aux gouverneurs de se réunir le plus rapidement possible.

Et August était déjà là, bien décidé à récupérer ce qu'il estimait lui revenir de droit.

Balin avait remis le testament de Lyana à Fennimore afin de faire valoir les dernières volontés de la reine.

De Cul de Sac, Bilbon avait suivi les mages. D'une part parce que l'aventure le grisait de plus en plus... Et d'autre part car il voulait échapper à l'interrogatoire de ses voisins.

Il les avait bien vus se rassembler pour discuter de tout le tohu-bohu de la nuit et ils allaient dès lors le questionner sans cesse. Quiétude perdue pour quiétude perdue, autant l'agrémenter par le charme d'un passage à Imladris !

Sans compter cette Minerva Potdesuc ! Nouvelle dans le quartier, elle avait, Bilbon ne savait pourquoi, jeté son dévolu sur lui. Les premiers simples bonjours d'un jardinet à l'autre au matin avaient laissé place aux visites régulières de la jeune hobbit pour des raisons aussi diverses que saugrenues. Tantôt elle avait cuit trop de tartes aux baies et lui en proposait, tantôt elle avait besoin de son secours car elle avait coincé son tisonnier dans sa cheminée en tentant d'y déloger un soi-disant oiseau qui s'y était risqué...

Elle était certes bien gentille, d'une agréable conversation, voire plutôt charmante à regarder... mais Bilbon n'aimait pas que l'on bouscule sa petite routine de hobbit. Satanée Minerva Potdesuc !

Il s'était enquis auprès de Gandalf de la raison pour laquelle il n'avait pas proposé à Thorin d'emmener Lyana avec le concours des grands aigles. Cela aurait été bien plus rapide. Le mage gris lui avait alors expliqué que les grands oiseaux ne fréquentaient pas l'Evendim et n'approchaient pas les terres d'Angmar situées juste plus au Nord.

Tous étaient donc là : Gandalf, Saruman, Radagast, Galadriel, Elrond, Fennimore, Albus, Dinninger, Fuldior, Geoffrin, August et Bilbon... invisible grâce à son anneau.

Thranduil s'était invité. Il était un des seigneurs les plus puissants de la Terre du Milieu, si pas le plus puissant... Difficile de lui refuser quoi que ce soit.

- Comment a-t-elle pu mourir ? Quelle idée a-t-elle eu de s'enticher de ce nabot qui n'a pas su la protéger ? éructa le roi sylvestre.

- Personne n'aurait rien pu faire. dit Elrond, tentant de le calmer.

- Et où est-elle maintenant ? poursuivit Thranduil.

Fennimore ouvrit la bouche pour répondre mais il fut devancé par le mage gris.

- Thorin l'a ramenée à Erebor pour les funérailles.

- Ils ne sont pas passés par la forêt verte. nota le roi de ce lieu.

- Et qu'en savez-vous ? ajouta Gandalf.

- Ne me prenez pas pour un idiot ! J'ai des éclaireurs dans toute la forêt. Personne n'y entre ni n'en sort sans que j'en sois au courant. Et ils ne sont pas passés par la forêt verte ! insista Thranduil.

- Inutile de mentir, Mithrandir. A quoi bon, maintenant ?

La voix de la dame de Lorien venait de résonner dans la tête du mage gris.

Il grimaça. Ce qui n'échappa pas à Saruman.

- Qu'avez-vous fait, Gandalf ? s'impatienta le mage blanc.

Gandalf soupira.

- Il faut leur dire.

La voix de Galadriel résonna à nouveau.

- Ils sont dans l'Evendim pour retrouver le mage vert.

- Pourquoi ? cria Saruman.

- Pour qu'il lui rende la vie sauve.

- Pourquoi ferait-il cela ? grogna le mage blanc.

- Une vie pour une vie. souffla Radagast.

- Et qui donnera sa vie contre celle de Lyana ?... s'enquit Thranduil.

Mais déjà il écarquillait les yeux.

- ... Thorin, c'est cela ?

- Vous allez sacrifier le roi d'Erebor pour que Lyana puisse servir sur un plateau la Terre du Milieu à Sauron ! hurla Saruman.

- Lyana n'est pas à la solde de Sauron... C'est la seule qui pourra nous en préserver. répondit Gandalf posément.

- Je n'en crois pas un mot. Vous avez trahi la Terre du Milieu. gronda Saruman.

- Vous vous trompez. Je ne veille qu'à préserver notre Monde. Et je maintiens que Lyana nous sauvera.

Saruman leva les bras et lança une attaque vers Gandalf qui fut projeté au sol dans la surprise générale.

Gandalf se releva mais déjà Saruman par magie attira à lui le bâton du mage gris. Gandalf voulut avancer mais il était enfermé dans une bulle transparente. Il ne pouvait plus se déplacer en dehors de ces deux petits mètres carrés.

- Vous resterez là tant que je le voudrai... Vous serez jugé, Gandalf, pour haute trahison. Quelqu'un soutient-il Gandalf ici ?

Albus voulut s'exprimer. Il avait la main sur son fourreau. Mais Dinninger l'attrapa par le bras.

- Taisez-vous. Si on s'en mêle. On finira comme Gandalf, dans l'incapacité d'agir. murmura-t-il.

Tous se turent. Gandalf était abandonné de tous.

Saruman s'en retourna.

- Et il est inutile de vouloir détruire cette geôle. Elle est indestructible. prévint le mage blanc qui quitta la terrasse.

- Ne vous inquiétez pas, Mithrandir. Je suis avec vous. Nous sommes tous avec vous... Vous n'êtes point un traitre... délibéré... Car si vous vous êtes trompé sur Lyana, la Terre va à sa perte.

- Parlons de l'Amalthée maintenant. lança August.

- Comme on vient de l'évoquer, la reine sera bientôt de retour. Il n'y a pas de place pour vous sur l'échiquier. grogna Fennimore.

- Si et seulement si Thorin sacrifie sa vie. corrigea Geoffrin.

- Il le fera... par amour. dit Fennimore.

Il savait de quoi il parlait. Il avait donné sa vie pour Lyana et, s'il était lui-même à Tyrn Fornech à cet instant précis, il le ferait à nouveau sans la moindre hésitation.

Tauriel et Kili avaient baissé leurs arcs. Devant eux, s'étaient figées deux nymphes... avec des ailes.

Les nains avaient entendu parler des fées mais ils les imaginaient minuscules. Là elles étaient au moins aussi grandes qu'eux... ressemblant plus à ce qu'ils pourraient appeler des nymphes.

Elles étaient fines et jolies, arboraient de grands yeux, avaient une chevelure colorée assortie à leur robe légère. Leurs ailes étaient translucides, brillantes sous la lumière du soleil.

L'une d'elle, aux cheveux roses et aux yeux d'un bleu très clair s'approcha de Thorin. Elle se pencha sur la couverture. Le roi, par mesure de protection, serra son épouse contre lui.

La nymphe se mordit la lèvre inférieure et recula par un mouvement d'aile.

- C'est Lyana, n'est-ce pas ? demanda-t-elle, les yeux pleins de larmes.

Thorin, comprenant qu'elle n'était nullement une ennemie, relâcha son étreinte et découvrit Lyana de sa couverture. Elle était affreusement bleuie.

Les nains froncèrent les sourcils. Ils ne l'avaient pas vue depuis son décès à Cul de Sac et les dernières quarante-huit heures avaient altéré son physique.

- Votre monde est un monde de violence. nota une nymphe aux cheveux vert d'eau et aux yeux noisette.

- C'est le monde réel ! grogna Dwalin.

- Ici aussi le monde réel mais il n'y a pas la moindre violence. répondit-elle d'un sourire étalé.

- Stupidité ! grommela le grand nain.

Elle recula d'un battement d'aile en se mordant la lèvre.

Elle semblait affectée par l'agressivité du nain.

- Nous cherchons le mage vert. intervint Balin.

- Pourquoi ? Que lui voulez-vous ? Pourquoi portez-vous des armes en ces lieux ? demanda une troisième nymphe.

Elle avait les cheveux orange et des yeux très sombres. Thorin fut surpris de la ressemblance avec son épouse.

- Nous ne vous voulons aucun mal. Ces armes ne sont là que pour nous protéger des attaques. Nous n'avons pas pour objectif de nuire à qui que ce soit... Lyana est... Le souffle de la vie l'a quittée... Le mage vert peut nous aider. dit Fili.

- Je vais voir s'il peut vous recevoir. répondit-elle et fila à tire-d'aile.

- Que faisons-nous ? demanda Bofur.

- Nous attendons : répondit Thorin qui s'était assis contre le tronc d'un arbre et avait délivré Lyana de ses épaisseurs de protection.

Il faisait incroyablement bon dans ces lieux. Les nains avaient faim. Et comme il ne pouvait être question de chasser, il fallait se contenter des fruits que la nature offrait.

Dori remarqua une magnifique poire. Il voulut la cueillir mais avant, il se tourna vers la nymphe aux cheveux roses qui sourit et hocha la tête.

- Merci. dit-il en enlevant le fruit de l'arbre.

Les autres nains ne se firent pas prier et se jetèrent sur tous les fruits qu'ils trouvaient, jusqu'à satiété.

- Que faisons-nous de cet August ? râla Fennimore.

- Il est l'héritier de Lyana. C'est à lui que revient le trône. nota Geoffrin.

- Ce n'est pas ce que dit le testament ?

- Quel testament ? demanda Fuldior.

- Celui de Lyana. répondit Albus.

- Et que dit-il ? s'impatienta Dinninger.

- Notre souverain est Thorin. dit Fennimore.

- C'est une blague. gronda Fuldior

- Vous préféreriez Sauron ? gronda Albus.

- Bien sûr que non ! Nous ne sommes pas toujours d'accord. Nous sommes même souvent en désaccord. Mais je ne trahirai pas le Bien pour le Mal.

Albus sourit et fit un signe de tête pour acceptation.

- Tout le monde est d'accord sur ce point ? Excellence Geoffrin ?... demanda Fennimore qui n'aimait pas ce nouveau gouverneur.

- Bien entendu. répondit le jeune homme qui scrutait l'horizon.

Fennimore grimaça. Il ne l'appréciait vraiment pas. Pourquoi Lyana en avait-elle fait son gouverneur ?

- Bon alors, qu'en fait-on, de ce neveu bien gênant ? répéta Albus.

- On le noie... proposa Dinninger qui regardait la fontaine érigée au milieu du jardin.

- Ou on le défenestre. proposa Fuldior en regardant une des grandes tours du palais.

- Sérieusement, Excellences ! Que fait-on ? s'impatienta Albus.

- C'est un sujet de l'Amalthée de par sa filiation. S'il s'oppose à notre constitution et aux volontés de la reine, c'est un traître. Et les traîtres sont emprisonnés. résuma Fuldior.

- On l'arrête sous l'ordre du roi, C'est ça ? s'enquit Fennimore.

- C'est la manière la plus neutre de régler ce... souci. admit Albus.

- Alors faisons ainsi ! intervint Geoffrin qui enfin se mêlait réellement à la conversation.

- Le sénat est-il unanime ? demanda Albus.

- Oui. dit Fennimore.

- Oui. dit Dinninger.

- Oui. dit Fuldior

- Oui. dit Geoffrin.

- Et je confirme l'unanimité. Procédons à son arrestation. conclut Albus.

- Je m'en charge. proposa Geoffrin.

Fennimore tiqua mais n'avait pas les arguments. Il ne l'aimait pas, voilà tout.

- Que faisons-nous ? Quelles sont les directives... du roi ? dit Dinninger qui ne cachait pas son mépris envers Thorin.

- Nous retournons sur nos maisons. Il faut les protéger et assurer la sécurité des frontières de la Terre du Milieu. Le conseil est levé. dit Albus.

Tous se saluèrent solennellement.

Geoffrin était chargé de procéder à l'arrestation d'August et de l'assigner à demeure sur Imladris, en accord avec Elrond.

Les autres gouverneurs repartaient dans leurs maisons éponymes.

Depuis quelques heures, les nains attendaient.

Thorin voyait le soleil descendre. La journée allait toucher à sa fin. Il fallait activer les choses. Il posa Lyana délicatement contre l'arbre et se leva. Il ne tenait plus en place.

Mais la nymphe aux cheveux orange était de retour.

- Le mage vert va vous recevoir.

- Où est-il ? s'étonna Thorin qui pensait le voir à ses côtés.

Elle indiqua le haut d'une falaise.

- Il est là-haut ? demanda Kili.

- Oui. répondit la nymphe.

- Mais comment y accède-t-on ? Nous n'avons plus le temps ? s'énerva Thorin.

Les nymphes reculèrent.

- Comment atteindre ce sommet ? demanda posément Fili.

- Il faut grimper. dit la nymphe aux cheveux bleutés.

- Très bien, allons-y ! dit Bofur.

- Non. Une seule personne doit y amener Lyana. précisa la nymphe aux cheveux orange.

- C'est moi qui l'emmènerai. décida Thorin.

- Que faisons-nous ? demanda Dwalin.

- Vous attendez notre retour. Aide-moi à la fixer à moi le temps que je grimpe. répondit Thorin.

- Mon oncle, fais attention à toi ! supplia Kili.

- Tout ira bien. Attendez ici ! lui sourit-il.

Il se retourna vers la nymphe aux cheveux orange pour lui indiquer qu'il était prêt. Lyana était solidement harnachée sur son dos.

Elle se mit en route et il la suivit.

Il disparut derrière un bosquet laissant les nains et Tauriel avec les deux autres nymphes.

- Espérons qu'ils reviendront sains et saufs. soupira Bombur.

- Un seul reviendra sain et sauf. souffla la nymphe aux cheveux roses.

- Je ne comprends pas. grimaça Gloin.

- Une vie pour une vie ! répondit la nymphe.

- La condition ! soupira Balin.

- Quoi ? Mon oncle devra sacrifier sa vie, c'est cela ? Il faut le prévenir ! cria Fili désespéré, qui s'apprêtait à courir après Thorin.

Mais déjà Dwalin le retenait. Fili se débattit.

- Lâche-moi, par Mahal !

- C'est inutile, Fili. Il fera ce qui lui semble bon. Et il donnera sa vie. Le prévenir n'y changera rien. Il ne reviendra pas en arrière : le sermonna le grand nain dont les yeux s'embrumaient.

Tous les nains s'affaissèrent. Se pourrait-il qu'ils vinssent de voir leur roi pour la dernière fois ?...

Elrond courait dans les couloirs.

- Où est Geoffrin ? hurla-t-il.

Les gardes de Fondcombe étaient surpris. Jamais ils n'avaient vu leur seigneur dans une telle colère, lui connu pour sa sagesse et son calme légendaire.

- Je vous ai demandé où se trouvait Geoffrin ? répéta-t-il furieusement.

- Je ne sais pas, Monseigneur. balbutia le premier.

- Il est censé être près d'August pour le surveiller dans l'aile Est. tenta le second.

- Et ni l'un ni l'autre n'y est. grogna Elrond qui courrait vers les écuries.

Deux chevaux avaient disparu. Les deux plus rapides. Quelle bêtise avait-il fait de montrer ces bêtes à Geoffrin à son arrivée à Imladris ? Mais pourquoi s'en serait-il méfié ? C'était un gouverneur de l'Amalthée après tout...

Où étaient-ils ? Qui des deux avait contraint l'autre à partir ? A moins qu'ils ne soient de connivence ?

- Gandalf ! s'écria Elrond.

Le seigneur de Fondcombe trouva le mage gris sur la terrasse, toujours prisonnier de sa geôle enchantée.

- Je suis désolé de cette situation mais je pensais vraiment qu'en ne montrant pas mon soutien, et en évitant de me retrouver enfermé comme vous l'êtes, je serais utile à la bonne cause... Je crois avoir mal œuvré...

- Geoffrin et August ont fui, n'est-ce pas ?

- Oui. Mais comment le savez-vous ?

- Peu importe. Ils vont empêcher le retour de Lyana.

- Pourquoi ?

Gandalf grimaça.

- Parce qu'ils servent le Mal... ou parce qu'ils servent le Bien...

- Je ne comprends pas.

- Je ne sais plus ce que je dois croire, Seigneur Elrond. Mais nous serions plus utiles à Tyrn Fornech qu'ici.

- Je ne peux vous libérer. Je n'en ai pas les moyens.

- Vous, non... Mais moi, oui !

Elrond avait reconnu cette jolie voix.

Galadriel les avait rejoints.

Elle appuya les mains sur la paroi translucide qui disparut bientôt, libérant ainsi le mage gris.

- Saruman ne vous pardonnera pas cet acte, Madame ! soupira Gandalf.

- Laissez-moi m'en arranger avec lui, Mithrandir. Dépêchez-vous ! Sauron ne tardera pas. dit gravement l'elfe blonde.

- Venez, nous devons nous hâtez ! invita Elrond qui courait vers les écuries.