L'union sacrée
Les nains sourirent à la vue de Lyana mais, très vite, ils écarquillèrent les yeux et leurs visages devinrent graves.
Thorin était allongé à ses pieds. Fili et Kili coururent et s'agenouillèrent. Ils éclatèrent en sanglots.
Lyana soupira en les regardant. Elle se retourna vers le groupe et fronça les sourcils.
- Qui êtes-vous ? : lança-t-elle.
- August, votre neveu. Je suis le fils de Proditus...
- Il y a effectivement une vague ressemblance...
Mais déjà Geoffrin se détachait du groupe et se dirigeait vers le mage gris.
Lyana analysa rapidement la situation. A l'entrée, les nymphes tentaient de protéger la porte en posant de grosses poutres de traverse. Ce qui semblait bien inutile car les elfes pouvaient s'ils le décidaient escalader les murs de près de 600 pouces de haut.
A peine plus en avant, étaient rassemblés Gloin, Ori, Balin, Bofur, Bombur, Nori, Oin, Dori, Bifur, Dwalin, Bard, Bain et Tauriel. A côté d'eux, son prétendu neveu la fixait.
A ses pieds, gisait le corps de Thorin. Fili et Kili étaient non loin d'elle.
Derrière elle, au bord de la falaise, se tenait le mage vert qui demeurait curieusement impassible.
Et les elfes qui ne tarderaient pas...
Cela se compliquait ! ...
- Dépêchons, ils ne doivent pas la tuer ! : hurla Thranduil qui grimpait, suivi de son armée.
Le roi des elfes sylvestres ne pouvait le croire. Les nains allaient trahir Lyana et mettre en échec le plan de Gandalf. Il avait été averti par ses gardes du passage rapide de Geoffrin et August à travers sa forêt. Il les avait suivis jusqu'à Evendim.
Geoffrin et August étaient des sales parasites qu'il fallait éliminer. Si les nains choisissaient de croire en eux, ils devraient périr eux aussi. Il n'était pas question que quelqu'un se dresse sur le chemin de la reine d'Amalthée.
Pas maintenant...
- Vous n'êtes là que pour récupérer l'Unique Enchantement, n'est-ce pas ? : siffla Geoffrin.
Kili hésitait mais ne disait rien.
Lyana secoua la tête.
- C'est bien tenté, Excellence. Jamais je n'aurais dû vous nommer et j'aurais dû aller voir ce qui s'était déroulé au Sud de Corneville. Hélas je n'ai pu aller jusqu'au bout... : répondit-elle.
- Il n'y avait rien à voir... J'ai raccompagné les elfes noires dans leur pays... Si vous n'aviez pas été freinée par ces hommes, vous l'auriez constaté : assura-t-il.
- Quels hommes ? : s'enquit-elle.
Elle se retourna vers Oin. Il n'avait jamais vraiment répondu à ses interrogations quant à cette fameuse nuit. Elle en était amnésique.
Balin fronça les sourcils.
- Mais oui, en effet. De quels hommes parlez-vous, Excellence Geoffrin ?
Les autres nains s'animèrent. Comment Geoffrin savait ce qui s'était passé dans le baraquement au milieu de la clairière. Nul nain ni Gandalf ni même Albus n'était censé en avoir parlé.
- C'est vous qui avez passé le contrat ! : hurla Fili les yeux rougis.
- Quel contrat ? : s'impatienta Lyana.
- Celui sur votre tête ! : dit froidement Dwalin qui avançait menaçant vers Geoffrin qui sortit sa lame.
Il reculait, s'approchant de plus en plus du mage.
- C'est vrai. J'ai passé un contrat pour tuer Lyana mais parce qu'elle est un danger... Elle est à la solde de Sauron !
Tous se retournèrent vers Lyana mais elle ne répondit pas.
- Thorin ne peut pas s'être trompé à ce point. Je connais Lyana depuis des mois maintenant. Elle a toujours fait preuve de bravoure et de bienveillance. Vous mentez ! : intervint Bofur qui quitta le groupe et alla se positionner près de Lyana.
Bifur et Bombur se regardèrent et d'un commun accord en firent de même.
Lentement, tour à tour, les nains quittaient l'entrée pour se rassembler autour de Lyana.
Mais les lourdes portes de bois étaient ébranlées.
- Ce sont les elfes armés : nota la nymphe rose en se mordant la lèvre.
Les traverses de bois cédèrent et Thranduil et ses soldats firent irruption.
Il remarqua les nains agglutinés autour de Lyana.
- Tuez-les ! : ordonna le roi sylvestre dont le visage venait de se marquer d'une étrange et affreuse cicatrice.
Lyana se sépara du groupe, courut vers la falaise et se jeta dans le vide ayant au vol saisi le mage vert qu'elle entraîna avec elle.
Tous étaient incrédules mais déjà Kili courut à son tour et s'élança lui aussi du haut de la falaise.
- Kili ! : hurla Tauriel.
Fili à son tour sauta de la falaise et s'écrasa sur une avancée de pierre. Il se redressa douloureusement et balaya les environs du regard.
Sur la terrasse
- Ne faîtes pas cela, Seigneur Thranduil : supplia Tauriel.
- Obéissez et rejoignez notre armée ! Les humains et les nains ont tort de s'attaquer à la reine d'Amalthée : grogna le roi sylvestre.
- Mais nous soutenons la reine, par Mahal ! : grommela Dwalin.
Thranduil se figea et leva la main. Les elfes baissèrent leurs armes.
- Alors pourquoi a-t-elle fui ? : éructa-t-il.
Sur le promontoire
Kili était debout, tenant en joug Lyana derrière laquelle se trouvait le mage vert.
- Sortez-les ! Et doucement ! : ordonna le prince brun.
- Sortir quoi ? : demanda Lyana.
- Le womantin et la pierre orange.
- Je ne les ai pas.
- Ne vous moquez pas de moi ! Je vous ai vu voler quelque chose sur le cadavre de Proditus...
- Ce n'était pas un artefact...
- C'était quoi alors ?
Lyana déglutit.
Il posa son épée sous la gorge de la reine qui ne pouvait reculer compte tenu de l'exiguïté des lieux. Il l'enfonçait légèrement.
- J'avais dit que je vous tuerais si vous nuisiez à mon oncle !
Elle sentait la douleur. Le sang commençait à s'écouler le long de la lame.
- Je ne voulais pas cela. Jamais je n'ai souhaité sa mort. Je l'aimais...
Kili fronça les sourcils et serra la mâchoire. Il vrilla son épée pour que la pointe élargisse la petite plaie.
Lyana grimaça.
- Je vous jure que je l'aimais !
- Videz vos poches ! Tout de suite ! S'il le faut je fouillerai vos entrailles de votre vivant mais je trouverai ces "putains" d'artefacts.
Fili s'étonna. Il n'était pas du genre des nains et encore moins de son frère cadet de prononcer de tels termes.
Kili retira sa lame mais la maintint en joue.
Elle glissa sa main dans son corset.
Fili la mit également en joug.
- Des mouvements lents, Ok ? : ajouta-le prince blond.
- Vous faites erreur, Seigneurs. Lyana est un être de bien : intervint le mage vert.
- Elle vous a envoûté, vous aussi. Elle envoûte tout le monde ! : grogna Kili.
- Dépêchez-vous ! : ordonna Fili.
- Il faut savoir ce que vous voulez... lentement ou vite ? : remarqua Lyana.
- Fermez-la et videz vos poches...
Lyana sortit une feuille de papier pliée en quatre.
- Donnez ! : dit Kili qui agitait les doigts pour signifier qu'il voulait la récupérer.
Elle rosit.
- Cela ne vous regarde pas : marmonna-t-elle.
- Tout nous regarde ! : éructa Fili.
Elle la tendit et Kili la saisit. Il déplia et rosit à son tour. Il reconnaissait le coup de crayon de son oncle. Le dessin était d'une grande esthétique. Le corps nu d'une humaine alanguie sur un drap froissé, à peine éclairée d'une lampe à huile.
Elle soupira.
- Je l'aimais et je l'aime.
- Pas assez pour utiliser la lame de l'Amalthée, en tout cas ! : remarqua Kili en posant son regard sur l'épée que Lyana portait en fourreau attachée à sa ceinture.
- Elle ne peut ressusciter que des humains... : argumenta-t-elle.
- Comme c'est pratique... Fili, fouille-la !: poursuivit-il.
Devant l'acharnement de son frère, l'aîné s'exécuta. Il glissa la main sans ses proches de pantalon, se figea, et sourit en la regardant droit dans les yeux.
- Et qu'est-ce que cela ? : lui dit-il à quelques petits centimètres de sa bouche, en sortant une petite bourse de cuir gonflée d'un contenu.
- Lyana ! : s'offusqua le mage vert qui prit ses distances alors que jusqu'alors il lui était resté collé.
- Ne me regardez pas comme cela, Ithron Calen*. Ce n'est pas ce que vous croyez !
Sur la terrasse
- Père, mais où est Geoffrin ?
Bard chercha du regard l'ami de son fils mais il avait disparu de la terrasse.
- Il est là-haut ! : nota le roi de Dale et Esgaroth qui l'avait aperçu parcourir les traverses en direction de l'Ouest.
Bain voulut s'élancer. Mais son père l'agrippa
- Non. Reste ici avec les nains ! Je m'en occupe.
- Mais, Père !
- Fais ce que je te dis ! : ordonna-t-il en se lançant à la poursuite du gouverneur.
Sur le promontoire
Fili dénoua le lien et retourna la bourse dans sa main. Pas de womantin. Pas de pierre orange... Juste une bague.
Il regarda Lyana attendant une explication.
- C'était la bague de mon père. Proditus l'avait sur lui. Je ne pouvais imaginer qu'il soit enterré avec ce bijou compte tenu de la trahison envers notre lignée. C'est cela que j'ai récupéré sur le corps de Proditus. Vous pouvez continuer à me fouiller, vous ne trouvez rien de plus. C'est Geoffrin l'ennemi, bon sang ! Il veut l'unique Enchantement. Et il tuera le mage pour l'obtenir.
- Mais a-t-il le womantin ? : dit Fili, qui restait méfiant.
- Non. Il pense que c'est moi qui le possède, certainement.
Les deux nains la fixèrent.
- Fouille-la encore pour être certain ! : dit froidement Kili.
Fili s'approcha de Lyana et grimaça. Il ne cherchait pas de contact avec celle qui était quand même sa tante par alliance. Et il faut avouer qu'elle avait de beaux atours auxquels ses sens n'étaient pas insensibles.
Devant l'hésitation de son frère, Kili souffla.
- Oh... Laisse-moi faire !
- Et je vous jure à nouveau que je ne l'ai pas... il n'y pas d'autre choix que d'utiliser l'Unique Enchantement.
Mais Kili n'en démordait pas. Il posa les mains sur ses épaules, passa sur sa poitrine, son ventre, ses flancs, se colla à elle pour tâter son dos, descendit le long de ses cuisses, ses mollets, ses chevilles, remonta et sans la moindre hésitation pressa son entre jambes.
Elle grimaça en serrant les dents.
- Satisfait ? : demanda la reine d'un sourire forcé, une fois la fouille achevée.
Kili la fixa sévèrement, sans la moindre émotion.
- Vous ne nous faîtes pas vos yeux rouge sang ? : nargua-t-il.
- Ne plaisantez pas avec cela, Seigneur Kili. Je ne pourrais rien que par ma pensée vous faire bouillir la cervelle à vous en éclater la boîte crânienne. Vous mourriez d'atroces souffrances, pleurnichant et me suppliant... Tous les deux ! : répondit-t-elle d'un regard menaçant qu'elle avait maintenant posé sur Fili.
- Et pourquoi ne le faîtes-vous pas ? : poursuivit le prince brun.
Fili secoua la tête. Il allait trop loin. Elle allait les tuer s'il ne se calmait pas.
Elle détourna son regard.
- Vous n'êtes pas mes ennemis ! : dit-elle les yeux rivés vers les collines d'Emyn Uial de l'autre côté du lac.
- Et qui sont vos ennemis dans ce cas ?
- Geoffrin et ceux qui le serviraient...
Des cris effroyables s'élevèrent. Ils étaient plus que reconnaissables.
- ...tels que les manticores qui investissent la terrasse quelques centaines de pouces au-dessus de nous : dit-elle.
- Kili, il faut remonter, et vite !
- Comme c'est pratique... Des manticores juste maintenant alors que vous en parliez : éructa le plus jeune des princes.
Lyana grogna. Il était buté de chez buté...
- ... Je vous supplie encore, Ithron Calen* ! : implora Lyana qui s'était détournée de lui.
- Je ne l'utiliserai pas, Lyana. Jamais ! : répondit le mage vert.
- Il le faut, Ithron Calen*. Geoffrin vous tuera... et même si nous l'interceptons... Un autre le fera à sa place. Et il ne faut pas que n'importe qui le récupère... Je vous en prie, faîtes-moi confiance. Utilisez-le pour Thorin. Une fois utilisé, l'enchantement n'existera plus... Tout espoir pour un être vil de récupérer les pouvoirs suprêmes seront alors anéantis. Je vous en supplie. La guerre pourra être évitée...
Le mage soupira et secoua la tête.
- ... Je vous supplie encore, Ithron Calen* ! : supplia Lyana.
Sur la terrasse
- Arrête Geoffrin, c'est inutile. Tu es cerné de toute façon ? : cria Bard qui le coursait sur les traverses.
- Vraiment, redescends plutôt aider tes amis nains face aux manticores... Ils vont en avoir besoin, crois-moi ! : répondit le gouverneur qui avait réussi à sauter sur le flanc de la colline voisine.
- Je vais te suivre et te mettre hors d'état de nuire. C'est mon seul objectif dans l'immédiat.
De la terrasse, Bain les suivait du regard, anxieux... mais déjà il s'en retourna. Il y avait plus urgent à gérer.
Une dizaine de manticores avait encerclé les nains et les elfes. Les bêtes avaient escaladé les murs et les menaçaient depuis le sol et les traverses, la gueule baveuse et les griffes acérées.
- Ils vont nous dévorer d'une bouchée : déglutit Ori.
- Oh que non. Nous allons les éventrer ! : hurla Thranduil.
Il échangea un regard avec Dwalin.
Les pires ennemis se voyaient alliés comme six ans auparavant. Nains et elfes.
* Ithron Calen : mage vert en langue elfique
