L'unique enchantement

Le mage fixait le sol.

Enfin il leva les bras et récita.

- Del daw doll galad brono. Foer cadworif y carinif ritegi al cuil. Beleg y alfirim taeg.*

* De la nuit noire, que la lumière surgisse. Esprit bienveillant et courageux, reviens à la vie. Puissante et immortelle lignée. - en langue elfique.

Sur la terrasse

Un tourbillon se créa autour du corps de Thorin. Dwalin voulut intervenir pour protéger la dépouille de son ami mais ne pouvait avancer tant l'air était puissant.

Le tournoiement était si violent que le corps de Thorin se souleva à quelques dizaines de centimètres du sol.

Les sens des manticores étaient perturbés. Ils glapissaient.

Le corps de Thorin pivota à la verticale. Sa tête se redressa. Ses bras se plièrent et ses doigts s'animèrent.

Il redescendit au sol. Ses jambes étaient solides et le soutenaient.

Il inspira profondément. Cet air qui pénétrait à nouveau ses poumons le brûla presque. Il ouvrit les yeux et sourit à sa compagnie.

Mais il devint grave.

- Lyana ? : hurla-t-il.

Sur le promontoire

Cette voix !... Ils l'avaient reconnue.

Lyana se retourna vers le mage vert.

- Merci : sourit-elle avant de s'agripper à la paroi pour remonter.

Mais elle eut l'impression d'étouffer.

Kili l'avait attrapée par le col et sa tunique l'avait étranglée.

Il la jeta au sol.

- Mais que faîtes-vous ? : grogna-t-elle.

- N'est-ce pas encore un de vos subterfuges pour nous embrouiller ? : éructa-t-il.

- Seigneur, je viens d'utiliser l'Unique Enchantement. Thorin est revenu à la vie. Le womantin et la pierre orange ne serviront plus jamais qu'à se déplacer dans l'espace...

- Vous voyez, je n'ai pas menti ! : gronda Lyana qui déjà s'était redressée et reprenait son ascension.

- ...Mais attention... Une menace subsiste... : ajouta le mage.

A nouveau, Lyana fut chopée au collet, cette fois par Fili qui la poussa sans ménagement.

- Dites-nous ! : s'enquit Kili.

Lyana souffla. Ils perdaient du temps...

- ... Je sens que le Mal est là... Tout près...

- Et ce n'est pas moi qui les menace. Dites-leur ! : exigea Lyana.

Le mage vert soupira sous le regard attentif des princes.

Durant quelques instants, à l'écart, les yeux de Lyana se transformèrent en flamme.

- Elle n'est pas une menace, non : répondit le mage vert.

- On peut y aller maintenant ? : râla la reine qui pour la troisième fois grimpait le long de la paroi... bientôt suivie des princes et du mage vert.

Sur la colline voisine

Bard tournait sur lui-même. Mais où Geoffrin avait-il pu passer ?

L'environnement était assez dénué. Quelques sapins sur la droite. Les ruines d'une vieille tour sur la gauche. Bard n'hésita pas longtemps, il courut vers la tour. Mais il fut surpris par un manticore.

Il lui barrait le chemin. Il était impressionnant mais il ne fallait pas faillir.

Il courut par la droite pour escalader un rocher mais déjà le manticore lançait l'assaut.

Bard sauta assez haut pour ne sentir que l'haleine de la bête sur sa peau. Cela en était moins une. Mais il fallait trouver une solution rapidement.

Maintenant Bard était à deux mètres au-dessus de la bête qui recula pour prendre son élan.

Bard prit appui sur ses deux jambes. La bête s'élança et l'homme esquiva par la gauche en roulant sur lui-même.

La bête de toute sa puissance alla se fracasser sur la paroi de roche mais il en fallait plus pour l'étourdir.

Bard courut vers la tour. La bête le coursa. Il sentait la sueur couler dans son dos.

Il franchit la porte de bois et la rabattit sur la double mâchoire du monstre. La bave dégoulinait sur les manches du roi de Dale et Esgaroth.

Il réussit à fermer les grands verrous. Étonnamment, le calme s'instaura. Bard s'attendait à ce que le manticore s'acharne et défonce la porte.

Il souffla et scruta les lieux. C'était désert. Juste quelques bottes de paille séchée. De vieilles caisses éventrées. Et un frêle escalier de bois.

Bard décida de le gravir... Et si Geoffrin avait fui dans les sapins ?... Il se retrouvait alors piégé dans cette vieille ruine...

Mais un bruit dans les étages lui confirma la présence de quelqu'un. Il montait avec précaution.

Mais il fut surpris par une attaque qui le fit dévaler les marches. En se relevant, il esquiva une lame. Il roula sur la droite et se releva. Geoffrin lui faisait face.

Il était loin, le jeune homme au visage poupon... Bard affrontait un homme vaillant au regard décidé.

- Pourquoi un tel revirement ? Comment peux-tu trahir la reine ?

- Elle et moi ne partageons pas les mêmes desseins... Donc l'un de nous doit disparaître !

- Et ce ne sera pas elle ! : répondit Bard.

- Alors vous êtes mon ennemi ! : ragea le gouverneur.

Il se lança sur Bard qui arriva à esquiver une fois de plus en escaladant des caisses de bois.

Mais hélas, les caisses vieilles et fragiles cédèrent sous son poids. Et il chuta. Geoffrin en profita pour se ruer vers lui, l'épée à l'avant.

Mais il fut projeté de côté.

- Ça va, Père ? : s'enquit Bain qui venait de surgir.

- Oui... mais le manticore ?...

- Je lui ai fait sa fête. Ton lourd entraînement a servi : sourit-il avant de courser Geoffrin qui avait fui en gravissant les escaliers.

Bard voulut se relever mais il grimaça et grogna. Une douleur intense élançait dans sa jambe gauche.

Bain avait accouru près de lui. Il souleva la planche de bois. Son mollet était transpercé d'une pièce de métal.

- Il faut que je te sorte de là.

- Non, rattrape-le et vite !

- Mais, Père.

- Fais ce que je te dis !... Donnez-moi mon épée... Fais-moi confiance !

- D'accord : répondit Bain qui remettait à son père l'épée qui lors de la chute était tombée hors de sa portée.

Sur la terrasse

Les manticores encerclaient toujours les nains et les elfes.

Thorin jaugea la situation.

- Où est Lyana ? : hurla-t-il.

- Je suis là !

Lyana venait de rejoindre la terrasse, suivie de Kili, Fili et du mage vert.

Il sourit mais se retourna déjà vers Thranduil.

- Que faites-vous ici ?

- Vous empêcher de nuire à la reine d'Amalthée.

- Lui nuire ? Pourquoi lui nuirais-je ?

- Parce qu'elle est de mèche avec Sauron : intervint August qui, à son tour, avait rejoint une traverse au-dessus du mage vert.

- Vous perdez votre temps. L'unique enchantement n'existe plus. Ithron Calen vient de l'utiliser sur Thorin. Il n'y a plus rien à récupérer : dit Lyana.

August grogna. Il serra les mâchoires, de ses yeux noirs.

- Burzum-ishi krimpatul !*: hurla-t-il.

* Que les ténèbres les lient.

Cette langue, Lyana l'avait reconnue. C'était du parler-noir. La langue de Sauron.

A ces mots, les manticores qui, pour l'instant, étais restés aux aguets, se lancèrent sur les nains et les elfes.

- Qu'a-t-il dit ? : demanda Dwalin qui venait d'éviter les dents acérées d'une des bêtes.

Lyana se tut.

De toute façon, il y avait plus pressant. Il fallait venir à bout de ces monstres.

Dans les ruines de la tour

Bain avait atteint l'étage. Une grande pièce aussi sombre et déserte qu'en bas.

- Geoffrin, montre-toi ! Comment as-tu pu attaquer mon père, le roi de Dale, allié à celle qui t'a fait confiance et confié une de ses maisons ?

Il fut surpris par un bruit sourd derrière lui. Il fit volte-face et sentit la lame de Geoffrin sous sa gorge.

- Mon cher ami Bain. Tu es un fidèle de chez fidèle... c'est tellement loyal !

- Toi aussi, tu étais loyal... Pourquoi ?

- J'ai tout avantage à choisir un camp plutôt qu'un autre...

- Lyana ne sert pas Sauron !...

- Crois-tu ?... Au final, je m'en fiche... Qu'elle serve qui elle veut. Seul L'Unique Enchantement m'intéresse et je le récupérai... même si je dois te tuer.

- Le pouvoir ! C'est cela ?

- Oui. Seul lui m'importe.

Bain profitait de la discussion pour reculer et Geoffrin le suivait, la lame toujours sous la gorge du prince.

Mais Bain ne pouvait plus reculer... Son pied ne trouvait plus appui. Il regarda par-delà son épaule. Le vide...

Il déglutit.

- Je crois que c'est ici que nous allons nous quitter : sourit nerveusement Geoffrin.

Mais Bain ressenti une vive douleur dans son bras droit. Il venait d'être arraché de la fenêtre par laquelle bascula Geoffrin dans un hurlement.

Bard s'effondra au sol, usé par les efforts qu'il venait de fournir : se trainer jusqu'à l'escalier, le gravir, traverser la pièce, pousser le gouverneur et retenir son fils...

- Oh, Père ! : murmura Bain qui s'agenouilla et enlaça le roi.

Sur la terrasse

Dwalin jetait des regards suspicieux vers Lyana.

Ce que n'avait pas manqué de remarquer Thorin.

- Tu doutes de ma reine ? : demanda le roi.

- Je ne sais pas que penser... Les hommes ont dit tant de choses pendant que tu gravissais la falaise : avoua le grand nain.

- Tu peux lui faire confiance ! : dit Kili.

Lyana sourit triomphalement avant de planter la lame de l'Amalthée dans le flanc du manticore qu'elle fatiguait depuis quelques minutes, aidée de Bombur.

En s'y mettant à plusieurs sur chaque bête, ils réussirent, nains et elfes, à en venir à bout.

- Aaaah !

Tous se figèrent au milieu des cadavres des manticores.

August était au bord de la falaise. Il tenait à bout de bras Lyana par la gorge. Elle se débattait au-dessus du vide.

- Lyana ! : cria Thorin.

- A votre place, je n'avancerais pas : grogna l'homme.

Lyana tenta à tâtons de saisir son épée. Mais August anticipa en lui coupant sa ceinture. Et la lame de l'Amalthée disparut dans le précipice.

- Et que vas-tu faire maintenant, ma chère tante ?

- Que... voulez... vous ? : bredouilla-t-elle, suffoquant sous la pression de ses doigts sur sa trachée.

- Juste l'Amalthée.

- Elle est... à moi... et selon... mon testament... elle reviendra à Thorin... : poursuivit-elle tout en se débattant.

Mais il était grand et fort.

Elle n'arrivait même pas à atteindre sa poitrine pour le frapper.

- Mon père aurait dû vous faire tuer par ces foutus manticores cette nuit-là. Vous épargner a été sa plus grande erreur... qui causa sa mort ! Ce mage noir a été bien trop gentil avec vous...

Thorin suivait du regard Thranduil qui, dans l'angle mort d'August, tentait de s'en approcher.

C'était audacieux. Trop audacieux. Son aimée était suspendue dans le vide par ce fou...

- ...Mon père pensait alors que ce saurien vous aurait pourrie jusqu'à la moelle car c'est bien ce qui arrive à ceux qui copulent avec des sauriens...

Lyana glissa la main dans son dos, sous sa tunique et en sortit un poignard qu'elle planta dans le bras d'August qui la soutenait.

Fili écarquilla les yeux. Il fouilla son revers. Bon sang ! Ce poignard lui appartenait. Il l'avait sur lui en arrivant sur la terrasse. Quand et comment le lui avait-elle subtilisé ?

August hurla de douleur et lâcha Lyana qui disparut dans le précipice.

Thorin brandit son orcrist et se rua sur August mais déjà Thranduil le traversait en plein cœur de sa lame.

August fit un pas et tomba à son tour dans le vide.

Thorin courut au bord du précipice et hurla.

Mais le bruit de grands battements d'ailes les surprit tous.

Apparut Gandalf sur un grand aigle, puis Elrond sur un autre, et enfin Lyana sur un troisième.

Les oiseaux se posèrent sur la terrasse.

Thorin courut vers Lyana. Il l'attrapa avant même qu'elle ne soit descendue et la serra contre lui. Ils s'embrassèrent.

- Il faut que cela se termine maintenant : dit solennellement Gandalf qui sortit de sa poche le womantin et la pierre orange.

- Vous ? : s'insurgea Thranduil.

- Où et comment les avez-vous récupérés ? : demanda Lyana qui s'était soustraite à l'étreinte du roi sous la montagne.

- Sur Proditus, juste avant sa mort, en haut de la Tour...

- Et pourquoi n'avoir rien dit ? : s'enquit Thorin.

- Car je n'en voyais pas l'utilité. Maintenant il faut les détruire.

- Pourquoi ? Ce ne sont plus que des artefacts sans grande importance... : dit Lyana.

- Qui ont failli vous coûter la vie, à vous et à votre époux, à plusieurs reprises ! : répondit Elrond qui fronça les sourcils.

Pourquoi se préoccupait-elle tant de l'avenir de ces artefacts "sans importance" selon ses propres dires ?

Lyana sentit le regard de l'assistance sur elle et surtout celui de Fili et Kili.

- Détruisez-les si vous estimez que c'est mieux : dit-elle avec détachement.

- Ce sera mieux pour la paix de la Terre du Milieu !... Et c'est ce que nous souhaitons tous : conclut Gandalf qui planta ses yeux dans ceux de Lyana.

Elle hocha de la tête.

- Dwalin, un bon coup de marteau sur la pierre orange, voulez-vous ? : demanda le mage gris qui venait de poser le caillou au sol.

Dwalin s'en approcha et leva son marteau au-dessus de sa tête pour prendre de la puissance.

Lyana déglutit.

Le marteau fracassa la pierre orange en des tas de petits fragments.

Gandalf lança le womantin au-dessus du précipice.

- N'est-ce pas risqué ? : demanda Gloin.

- Ce n'est plus qu'un vulgaire bout de métal inoffensif... et l'écologie n'a pas encore été inventée : sourit le mage gris.

- L'écho... quoi ? : demanda Bifur.