.

« La métropole,
Me rend si folle,
Elle veut toujours me faire courir,
Et elle me drogue,
Par un psychologue,
Me joue des tours pour me retenir. »

.

.

.

Dieu merci, les cours venaient de se terminer, ainsi que ce fichu test ! Comme tous les autres élèves, je sors de la classe avec mon devoir à la main pour me diriger vers les bornes électriques sous le préau et valider mon contrôle. Je dois écrire mon numéro d'étudiant sur le clavier épais de la machine. Je n'y arrive pas vraiment. Les quatre heures de réflexions sur cette dissertation de l'enfer ont eu raison de moi et je m'y reprends à de nombreuses, très nombreuses reprises pour écrire mon code.

Mais, non. Ça ne fonctionne pas.

Je m'angoisse et m'impatiente. Les autres élèves autour de moi se moquent de ma pathétique prestation. En soi, rien de bien nouveau. Voyez-vous, chers lecteurs, chères lectrices, je suis souvent attaquée par des 'bullies', des tyrans de l'école.

Les pauvres, s'ils savaient...

Après leurs moqueries incessantes, je quitte le préau, le test en main. Tant pis, je ne validerai pas mon examen de philosophie. Mais je dois me rendre ailleurs, loin, plus loin.

Je décide même de sauter le repas du midi. La cantine ne me donne absolument pas envie de manger leurs horreurs, surtout si c'est pour payer une fortune et me retrouver totalement seule à une table. Il y a plus joyeux comme situation.

Donc, j'évite celle-ci. Je décide de quitter l'école pour partir vers une Supérette et m'acheter un sandwich insipide dans les réfrigérateurs de cette dernière.

À la sortie de la Faculté, une voiture m'attend. Ce sont mes 'bullies', mes harceleurs, encore une fois, rien d'anormal. Mais, encore une fois, j'esquive leur camionnette en changeant mes vêtements.

Je porte désormais une belle et courte robe rouge. (Litany, si tu passes par là...)

Une tenue en soie, fluide, dont le pan s'arrête au-dessus de mes genoux. Mes bretelles tiennent mon décolleté absolument pas plongeant. Avec mes souliers noirs, je me dirige plutôt vers la longue voiture noire qui m'attend depuis le matin même sur le parking bondé. Soulagée, je cours vers elle et j'ouvre la portière gauche, côté passager et je m'installe sur le siège de cuir noir.

.

.

- Bloody Hell ! je crie une fois dans la voiture. C'est le bordel dehors !

- Langage, Miss Alisone ! réprimande mon chauffeur.

Mon chauffeur en question et un homme d'une quarantaine d'années, avec un très fort accent Anglais que, personnellement, j'adore. Il est très bien habillé, dans son costume implacable et avec ses manières de parfait Gentleman. En même temps, Alfred Pennyworth (C'est son nom) est un serviable et adorable Gardien et Majordome au service du garçon le plus riche de la ville. Je m'installe sur mon siège, mets ma ceinture de sécurité, et j'entends la voiture démarrer. Le conducteur reprend, avec son accent à couper au couteau (Que j'aime vraiment beaucoup !) :

- Comment s'est passé votre examen, Miss Alisone ?

- Mal...

- Nous en parlerons plus tard, dans ce cas. Maître Bruce nous attend au manoir.

Je grogne dans mon coin.

- Miss Alisone... réprimande à nouveau Alfred.

Je lève les yeux au ciel en demandant, penaude :

- Pouvons-nous nous arrêter en ville ? J'aimerais... Voir... Les gens de la ville.

Alfred n'est pas spécialement pour, mais trouve un compromis :

- En centre-ville, dans ce cas, où les délinquants et autres criminels ne peuvent pas vous atteindre.

Je souris malgré moi, car c'était là, mon but.

.

.

.

« Mais par la passion,
Je trouve ma maison,
Et mon mari à mes côtés.
Mais c'est notre rage,
Qui fait des ravages,
Et qui empêche notre liberté. »

.

.

.

Une fois en ville, je suis surprise que le soleil perce les lourds nuages blancs. En effet, Gotham n'est pas connu pour sa belle météo, mais plutôt le contraire. Alfred a bien du mal à me faire tenir en place, même en me donnant du 'Miss Alisone' de-ci, de-là, je commence à courir partout, sur tous les stands marchands de la grande place. Il y a tellement plein de belles choses ! Je vois des vêtements magnifiques, des produits locaux, du miel artisanal, des savons, des cartes ésotériques, etc.

Alfred me suit avec sérieux, en répétant sans cesse :

- Miss Alisone ! Nous devons retourner au Manoir et retrouver Maître Bruce !

Derechef, je lève les yeux au ciel en bloquant sur un stand d'une dame étrange qui vend d'époustouflantes robes blanches. Après une longue négociation avec mon Majordome, je décide d'acheter une de ces robes et de me changer dans la cabine d'essayage.

J'enlève ma courte robe rouge, pour enfiler la blanche. Elle est tellement belle !

C'est un bustier, pas ce que je préfère d'ordinaire, mais avec de la dentelle fine et des bordures faites à la main. Le pan de la robe traîne derrière moi, comme une robe de mariée. Le vêtement colle parfaitement à ma fine silhouette, j'ai l'impression d'être Cendrillon, surtout en portant les chaussures de verres qui vont avec cette parure.

Lorsque je sors de la cabine, la vendeuse est époustouflée par cette beauté qui semble comme cousue sur moi. Seul Alfred, sous le choc, s'écrit :

- Oh non, Miss Alisone ! Je ne peux pas vous laisser vous promener dans Gotham comme ça ! La GCPD n'est pas dans les alentours et j'ai peur pour vous !

Je dois tirer le pan de ma robe vers le haut pour ne pas marcher sur ce dernier, puisque le tissu en dentelle traîne dans mon dos.

- N'ayez aucune inquiétude, Alfred ! Je sais parfaitement ce que je fais ! Au fait, quel jour sommes-nous ?

Intrigué, le Majordome tiqua :

- Plaît-il ?

- La Timeline, Alfred ! Quelles sont les dernières nouvelles de Gotham ?

L'Anglais chercha dans un coin de sa tête pour presque me réciter :

- Well... Dieu merci, le No Man's Land est terminé et l'île a récupéré ses ponts vers le continent. La Police essaye encore de retrouver leurs droits face à la rébellion des criminels.

Je me suis mise à sourire jusqu'aux oreilles, ce qui n'a pas plus du tout à Alfred, qui reprit, presque aussitôt, après avoir payé la dame du stand :

- Oh non, oh non, Miss Alisone ! N'y pensez même pas ! Nous allons retourner au Manoir, Maître Bruce nous attend !

Je lève, encore, les yeux au ciel, en rétorquant :

- Oh, s'il vous plaît ! Que voulez-vous qu'il m'arrive ?

- Dans cette tenue ?! TOUT !

Impatiente, je cherche quelque chose sur la commode branlante et recouverte de divers objets dont la dame se sert de caisse d'enregistrements pour les paiements, et je trouve une bête cuillère en argent. Je montre ma trouvaille à mon Gardien, en répliquant :

- Voyez, j'ai une arme !

- C'est pour me faire rire, Miss Alisone ? Vous comptez vous défendre dans les bas-fonds de Gotham avec une... Cuillère ?!

Je hausse les épaules en souriant. Puis, Alfred, debout devant moi et les mains dans le dos, comprend enfin quelque chose. Il plisse les yeux et me regarde avec préoccupation :

- Miss Alisone, me prenez-vous pour un idiot ?

- C'est une question piège ? raillais-je en souriant.

- Je vous vois venir, Miss Alisone, avec votre belle robe blanche, votre envie de crapahuter dans les bas-fonds de Gotham... Vous voulez le revoir, n'est-ce pas ? Vous voulez retrouver Monsieur Cobblepot ? Vous ignorez où il se trouve !

Oups, je crois que mon Gardien vient de comprendre mon petit manège...

.

.

.

« J'envoie des bons baisers de Gotham,
Et de la pluie que personne ne réclame,
Des maux, des bons baisers de Gotham,
De tous les fous détenus dans Arkham.
Des tueurs dans les rues,
La police corrompue,
Du peu d'envie, du peu d'envie,
J'envoie un peu de peur,
Par un enfant qui pleure,
Un peu de pluie, un peu de pluie... »

.

.

.

Je tenais le pan de ma robe pour ne pas marcher dessus, car je courais au milieu de la grande place. Mes talons ne m'aidaient pas vraiment à échapper au pauvre Alfred, qui hurlait derrière moi :

- Oi ! Miss Alisone ! Revenez ici tout de suite !

Nope. Désolée Alfred, mais je pars.

Je tenais aussi la cuillère en argent dans ma main, tout en agrippant ma robe pour ne pas trébucher. Alfred avait raison sur un point : J'ignorais totalement où Oswald pouvait bien se cacher !

Bon, cela dit, il ne faut pas être Ingénieur pour savoir qu'il devait se terrer dans les bas-fonds de la ville ou dans les quartiers de la Pègre. Bien que, oui, je vous l'accorde, à Gotham, la ville entière est un bas-fond ET un endroit paradisiaque pour la Pègre !

Pour l'heure, je profitai de ma liberté soudaine, sous le ciel d'une météo que j'exècre : il fait soleil ! OK, il y a quelques nuages, mais définitivement pas assez pour coller à l'ambiance pluvieuse de Gotham ! Je dis au revoir à Alfred dans ma tête et je prends une ruelle déserte. Des nuages gris commencent à me suivre et à couvrir les coins perdus de la cité. Je prends ruelles sur ruelles, tout en courant, autant que faire se peut, avec mes talons et ma longue robe blanche.

Inutile de vous dire que la plupart des gens me regardaient étrangement.

Tu m'étonnes...

.

Ma robe de princesse attire certains hommes mal intentionnés et je commence vraiment à avoir peur. Désormais, je me mets à courir pour ma vie, en entrant dans un Building délabré, aux nombreux, trop nombreux couloirs labyrinthiques. Le papier couleur ocre décrépi me donne envie de vomir, mais je continue de courir, courir, jusqu'à arriver au fond d'un corridor. Devant la porte N°9, je tambourine dessus. Comme la personne de l'autre côté n'ouvre pas, je le fais à sa place. Dieu merci, ces appartements que la Pègre squatte ne ferment pas à clef de l'extérieur !

Donc, j'entre et je referme le battant derrière moi pour enclencher tous les verrous sans plus attendre.

J'essaye de reprendre ma respiration, lorsque je me retourne pour découvrir une petite cuisine.

Une personne se trouve dans la salle, préparant le thé.

Mon cœur rate un battement, j'observe l'homme et je murmure :

- Oswald...

Il porte, comme souvent, un magnifique costume noir et pourpre. Ses cheveux noirs sont coiffés dans tous les sens, et sa frange couvre son grand front blanc. Ses yeux bleu pâle, presque transparents et son sourire me font baisser ma garde et je pose enfin ma cuillère sur le plan de travail de sa cuisine.

Oswald sourit en découvrant mon arme de fortune :

- Tu comptais tuer quelqu'un avec une cuillère ? Oh, après tout, pourquoi pas, je l'ai déjà fait. Ce n'est pas bien compliqué.

Toujours en souriant, il prend la cuillère et m'explique, le plus naturellement du Monde :

- En la tenant par la tête, il suffit d'affiner le manche et de planter ton ennemi dans une veine. Effet garanti.

Je souris derechef. Reprenant enfin ma respiration. Un étrange son d'eau qui bout fit tourner Oswald, qui demanda en même temps :

- Thé ?

- Pourquoi pas, oui.

- Camomille et miel, ça te va ?

- Parfait.

Il sortit donc deux tasses, en céramique brune, pour faire couler l'eau bouillante dedans, avec les sachets de thé. Puis, il ouvrit la porte-fenêtre pour se poser sur le balcon extérieur. Je l'aide à porter les tasses, puisqu'il boîte de la jambe droite, le pauvre. Une fois posé sur la rambarde du balcon, je regarde autour de moi. Tous les appartements sont serrés les uns contre les autres. Il n'y presque pas de place pour respirer. Le voisin d'Oswald est pratiquement sur son balcon et ceux d'en haut et d'en bas peuvent nous voir sans difficulté aucune. Il y a beaucoup beaucoup de monde. Qui m'observe, dans ma magnifique robe blanche de Princesse et hurle à mon intention, que je suis splendide.

Euh... OK. Je rougis et les remercie.

Oswald me dit qu'ils ont raison.

Et je rougis encore plus.

Il boit tranquillement son thé en m'admirant des pieds à la tête. Je ne bouge pas d'un pouce. Puis, son regard se pose sur mes mains. Plus précisément sur mes poignets. Et il voit sur celui de droite, de grandes et profondes cicatrices parallèles. Un peu bleutées et boursouflées.

Un voile de tristesse traverse ses yeux bleu pâle et il relève la manche de sa main droite. Là, à mon tour, je vois les mêmes cicatrices sur son propre poignet. Il me regarde et avoue, tout simplement :

- Je sais. Je comprends. Arkham nous a traumatisés.

J'acquiesce.

Il a tellement, tellement raison.

.

.

.

« J'ai peur des gens,
Des bienveillants,
Qui cherchent toujours à nous tuer,
Et où qu'on s'échappe,
Quand on nous frappe,
Nous chercherons à nous venger.

Douze mois de pluie,
Des vilains dans la nuit,
Et plus personne pour m'écouter.
Où est donc mon mari ?
Qui me sauve la vie,
Dans son manoir me protéger. »

.

.

.

Je découvre que l'appartement tremble et semble comme bouger ou avancer. Je demande à Oswald ce qu'il se passe et il m'explique qu'il y a des rails de trains juste au-dessus des bâtiments, qui font toujours tout trembler sur chacun de leurs passages.

Bloody Hell...

Juste à sa gauche, lui et moi regardons les gens qui passent et défilent devant nous, de l'autre côté du balcon. Lorsqu'une de mes 'camarades' de classe me voit et s'approche de moi et Oswald. Elle a un sourire sadique et elle commence à me cracher des méchancetés pour continuer sa persécution à mon égard. Elle commence à me chauffer cette bitch. N'y tenant plus, je tends ma main gauche vers elle pour l'attraper par le col de son T-shirt de pétasse et je colle son visage contre le mien pour la menacer avec haine et sérieux. Bien sûr, elle panique. Je l'a relâche et, avant qu'elle ne parte, je lui balance mon plus beau et violent crochet du gauche qui s'écrase sur son visage maquillé. Elle part en courant et je découvre que j'ai du sang sur les jointures de mes doigts.

J'attrape un chiffon en tissu qui sèche sur la rambarde à Oswald pour m'essuyer les doigts. N'osant pas le regarder, je marmonne juste :

- Désolée...

Comme il ne répond pas, je tourne mon regard vers lui et je remarque alors qu'il a le sourire jusqu'aux oreilles et les yeux bleus pétillants de joie.

- Ne t'excuse jamais pour te défendre contre tes ennemis.

Il sourit encore et moi aussi.

J'enlève le sang de mes doigts et pose mon regard sur les tasses de thé, comme je n'ai pas encore touché à la mienne, je questionne :

- Lequel est mon thé ?

Oswald pousse vers moi ma tasse et je bois enfin le breuvage pour me calmer et me désaltérer. Après ce petit intermède de violence, nous reprenons notre visionnage de la cité. Des gens qui vont et qui viennent, en criant les uns sur les autres. Nous admirons tout ce brouhaha comme si c'était notre télévision. C'est d'ailleurs sûrement un peu le cas.

Puis, les gens commencent à chanter une chanson. Que je connais. Du coup, dans mon élan, je me joins à eux dans le chant.

« J'envoie des bons baisers de Gotham,
Et de la pluie que personne ne réclame,
Des maux, des bons baisers de Gotham,
De tous les fous détenus dans Arkham.
Des tueurs dans les rues,
La police corrompue,
Du peu d'envie, du peu d'envie,
J'envoie un peu de peur,
Par un enfant qui pleure,
Un peu de pluie, un peu de pluie...

La capitale nous fait du mal... »

.

Oswald m'admire avec les yeux toujours aussi pétillants de joie et d'amour. La chanson se termine et je finis mon thé en gardant mon regard fixé sur lui.

.

.

.

Puis, je me suis réveillée.

Et ça n'a aucun sens !

La journée de la veille, j'ai passé tout mon temps au Pays des Merveilles !

Alors, Nom de Dieu, comment je peux me retrouver à Gotham la nuit suivante ?!

Mystère...

.

22.02.2022

Poème en chanson : 'Bons baisers de Gotham', écrit par moi-même le 9 Janvier 2017.

.

En réalité, dans le cauchemar, la chanson que je chante est : « Qu'y a-t-il de changé ? », reprise par Najoua Belyzel, en hommage à Marie Laforêt.

.

Copyright © 2022 by Alisone DAVIES - All rights reserved.