Jeudi 29 janvier 2015
Appartement de Rafael Barba et Dominick Carisi
15 PHB, 240 Park Avenue South
L'odeur de cuisine embaumait l'appartement alors que Rafael referma la porte derrière lui. Il pouvait voir Sonny en jean dans leur cuisine, occupé à découper des légumes. Le procureur sourit tout en accrochant la housse de costume à la poignée d'un placard avant d'aller se plaquer contre le dos de son fiancé. À son grand contentement, Sonny laissa échapper un petit gémissement avant de déposer le couteau qu'il tenait en main.
-Tu es vraiment sexy quand tu cuisines, tu sais ça ?
Rafael n'avait aucun mal à distinguer le sourire de Sonny.
-Je suis persuadé que tu dis ça uniquement pour que je continue à cuisiner pour toi.
-Et cela fonctionne ?
Le détective se tourna dans ses bras, lui faisant face et glissa ses bras autour de son cou. Sa seule réponse fut un baiser amoureux sur ses lèvres.
-Tu rentres tôt… Et tu es de très bonne humeur…
Rafael put voir le regard de Sonny se poser sur la housse de costume. Ce n'était pas la housse habituelle de leur pressing.
-Encore, Rafa !
-Celui-là est spécial, répondit Rafael en glissant ses lèvres dans le cou de son fiancé.
-Ils sont tous spéciaux à tes yeux, dit le détective en inclinant la tête, permettant un plus grand accès à sa peau.
-Mais celui-là est particulièrement spécial.
Sonny jeta un coup d'œil vers la housse. Elle ne semblait pas si particulière que ça. Et pourtant, Rafael préférait en parler plutôt que de l'embrasser. Cela le rendait curieux, peu de chose pouvait distraire Rafael quand il l'embrassait. Il se décala de l'étreinte de Rafael et se dirigea vers le costume avant que la main de son fiancé sur son poignet ne le retienne.
-Oh non, interdiction de le voir.
Sonny haussa un sourcil.
-C'est nouveau ça ?
-Pas si nouveau, c'est une ancienne tradition.
Sonny se figea avant de se tourner vers la housse.
-C'est ton costume de mariage.
-Oui, répondit calmement le procureur, en observant son fiancé. Tu as oublié ?
-Non !
Oh que si, Sonny avait oublié, cela se lisait sur son visage.
-Si. Tu as oublié ?
-J'ai oublié, avoua le détective.
Rafael éclata de rire.
-Rafa… Ce n'est pas drôle… Comment j'ai pu oublier nos costumes ?
-Oh non non, cariño. Ton costume. Parce qu'en ce qui me concerne, j'ai le mien. Ajusté et tout. Il est prêt à servir.
Rafael avait le culot d'accompagner ses paroles d'un geste du pouce, désignant la housse de costume derrière. Comme si Sonny n'avait pas suffisamment compris la situation.
-Devrais-je m'inquiéter que tout cela soit un acte manqué ? Que tu aies des doutes…
Le ton était joueur. Mais, évidemment, Rafael n'avait aucun doute, et il était quasiment sûr qu'il en était de même pour son fiancé. Néanmoins, une petite voix lui susurrait que si Sonny avait oublié son costume de mariage, cela voulait dire quelque chose.
-Non, bien sûr que non. Rafael !
Sonny attrapa les mains de Rafael entre les siennes.
-Tu sais comment je suis avec les vêtements… Tu as vu mes costumes avant que je te rencontre ! Je… Je ne pensais pas… Pourquoi je n'y ai pas pensé ? Je peux te promettre que je veux t'épouser !
Rafael serra les mains de son fiancé.
-Lo sé, cariño. Lo sé. [Je sais, cariño. Je sais.] Je te taquinais. Mais pitié, dis-moi que tu as au moins prévu un vrai costume ? Pas un de tes costumes que tu portes au travail ?
-Tu… Tu m'as aidé à choisir ces costumes. Ils te plaisent !
-Oui. Tu veux que je t'aide ?
Sonny secoua la tête.
-Et la coutume alors ? Non, non. Je vais demander à Bella de m'accompagner.
-Mmmm… Ce n'est pas mieux…
Le détective eut un petit sourire.
-Tu préfères que je demande à Gina ? Ou Teresa ?
-Certainement pas… Je fais tout ce que je peux pour t'éloigner du cliché de Staten Island, sourit Rafael en se penchant pour récupérer les lèvres de son fiancé.
Sonny ferma les yeux et se laissa aller au baiser avant de se forcer à reculer.
-Rafa…
-Je sais, je sais.
Le procureur recula d'un pas.
-À quelle heure tu y vas ?
-Nous avons un briefing à 19h.
Rafael ne put s'empêcher de soupirer.
-Je déteste quand tu fais ça.
-Je ne vais pas faire grand-chose cette fois-ci… Assis sur une chaise à regarder ce qu'il se passe autour de moi.
-J'aimerai que cela soit aussi simple.
-C'est mon travail, Rafael.
-Je sais. Je sais. Qu'est-ce que tu veux faire en attendant ?
-Pas ce que tu as en tête ! Je suis censé être un mari insatisfait qui va voir ailleurs, si j'arrive couvert de tes marques je ne serai pas cohérent…
-Et comment savais-tu que c'est ce que j'avais en tête ? demanda Rafael, ses doigts jouant avec les cheveux à l'arrière de la nuque de Sonny.
-Parce que tu as ce regard.
-C'est juste mon regard habituel quand je suis près de toi.
Sonny repoussa Rafael avec un petit rire.
-Beau parleur. Trouve nous un film le temps que je termine tout ça, dit-il en désignant la cuisine et les légumes qu'il avait abandonnés.
Le procureur se pencha pour voler un dernier baiser à Sonny avant de récupérer la housse de costume.
-Avant je vais ranger ça. J'enverrai des consignes à Bella.
-Des consignes ? demanda Sonny en prenant le couteau en main.
-La couleur de mon costume, par exemple. La matière. Le style. Il faut que l'on soit raccord.
-Est-ce que je dois aller chez le même tailleur ?
Il tourna la tête pour regarder le nom inscrit sur la housse.
-Non. Si tu vas chez un bon tailleur et que tu lui expliques, ou plutôt que ta sœur lui explique, cela ira.
Sonny acquiesça.
-J'envoie un message tout de suite à Bella pour voir quand elle est disponible.
-En espérant que ton enquête ne s'éternise pas, dit Rafael en se rapprochant de Sonny pour lui voler un nouveau baiser.
-Ne me porte pas la poisse, grogna Sonny en le repoussant. Oust !
Jeudi 29 janvier 2015
Commissariat du 16ème district
Sonny était installé à son bureau, buvant sans grande conviction une tasse de café tiède qui datait probablement du début d'après-midi en attendant le briefing d'Olivia. Il y avait un nombre affolant de tailleurs à proximité du commissariat. Il n'allait jamais s'en sortir.
-Hey, tu boudes ? Ça fait trois fois que je t'appelle.
Sonny releva les yeux de son écran pour voir Amanda assise sur un coin de son bureau.
-Désolé je ne t'avais pas entendu, tu as besoin de quelque chose ?
-Pourquoi tu boudes ? Et pourquoi on n'a rien à manger ?
Sonny secoua la tête.
-Tu as pris des mauvaises habitudes. Je ne vais pas préparer quelque chose avant chaque intervention.
-Ce n'est pas ce que j'ai dit. Mais d'habitude, quand on commence tard, on a toujours le droit aux restes.
-Je n'ai jamais apporté de restes ! Cela ne se fait pas.
Amanda sourit en se penchant vers l'écran d'ordinateur de son collègue.
-Qu'est-ce que tu regardes comme ça ? Tu veux un nouveau costume ? Je croyais que c'était Barba qui gérer ta garde-robe ?
-Je suis un homme adulte. Je peux gérer ma garde-robe, je te remercie.
-Mais ? insista Amanda.
Ils devaient bien s'occuper en attendant la chef.
-Mais là… C'est pour mon costume de mariage. J'ai oublié… grommela Sonny.
-Tu as oublié ton mariage ?
-Pas le mariage. Le costume… J'ai oublié qu'il me fallait un costume…
Tandis qu'Amanda explosa de rire, le portable de Sonny se mit à sonner.
-Oh Bella merci ! Tu as eu … ce n'est pas drôle !
Le rire d'Amanda redoubla alors que son coéquipier s'effondra, tête la première, sur la table.
-Ne te moque pas… Non, je ne peux pas demander à Rafael… Oui, oui, merci ! Autour du commissariat serait plus pratique… Non, je ne pourrais pas te répondre ce soir… Je vais essayer. Merci Bella, tu es ma sœur préférée !
Il raccrocha pour voir que Amanda le fixait toujours.
-Ma sœur va m'aider à trouver un tailleur… et un costume, se sentit-il obliger de préciser.
-Vous êtes prêt ? C'est parti, dit Olivia en arrivant.
Dimanche 1er février 2015
Appartement de Rafael Barba et Dominick Carisi
15 PHB, 240 Park Avenue South
Rafael était occupé avec un roman médiocre lorsque son téléphone sonna. Olivia Benson.
-Barba.
Il força sa voix à être la plus froide possible pour cacher la peur qui s'était saisie de lui. Il ne pouvait s'empêcher de penser que si elle l'appelait c'était que quelque chose était arrivé à Sonny. Quelque chose de grave.
-J'arrive.
Il raccrocha avec un soupir d'exaspération. Il n'était rien arrivé à Sonny, Olivia avait juste jugé bon de faire une descente le soir du Super Bowl. Le soir où tous les Américains seraient saouls comme cochons et où la police serait débordée. Le soir parfait en d'autres termes.
Son agacement ne s'amenuisait pas alors que Olivia et Declan Murphy lui faisaient un compte rendu détaillé de cette opération foireuse, le tout accompagné des commentaires de Rollins et Amaro.
-Stop.
Il ne savait toujours pas à quel moment Murphy rendait en jeu. Mais il savait qu'il manquait quelqu'un.
-Où est Carisi ?
Il se força à ne pas réagir en voyant Amaro rouler des yeux.
-En quoi c'est important ? râla Murphy, clairement mécontent de s'être fait interrompre.
Ce fut à Olivia que Rafael répondit, hors de question qu'il donne une once de son attention à Murphy.
-Carisi était là le premier, non ? Il avait vu le plus de choses. C'est lui qui devrait me faire son rapport.
-Il est en cellule, intervint Amanda. On le laisse écouter.
Du coin de l'œil, Rafael remarqua le petit sourire d'Amaro.
-Et on attend que le sang sèche.
Le cubain se tourna vers le détective.
-Répétez ça ?
-Murphy était un peu trop dans son personnage et Carisi la ramenait trop, comme d'habitude…
Rafael se tourna vers le lieutenant sous couverture.
-Qu'est-ce que vous avez fait ?
-Je l'ai frappé.
-Vous avez frappé un équipier ?
-Il n'est pas mon équipier et il…
Rafael leva une main, faisant taire Declan et se tourna vers Olivia.
-Et tu l'as laissé en cellule ?
Sa voix avait une intonation dangereuse.
-Il écoute, répéta Amaro.
-Et il écoute quoi ? cingla Rafael. Ses compagnons de cellule viennent tout juste d'être arrêté avec une enquête en lien avec de la prostitution de mineurs. Personne ne parlera.
-Il y en a toujours un qui pourra… commença Olivia, elle-même peu convaincue.
-Sortez le de là. Maintenant, ordonna Rafael.
-Rafael...
Il fusilla Olivia du regard.
-Ne pense même pas à me parler de professionnalisme ou tu verras à quel point je peux être déraisonnable. Maintenant.
Olivia soupira et fit signe à Amanda.
-Emmenez Carisi en salle d'interrogation.
Amaro secoua la tête et croisa les bras. Il n'était clairement pas d'accord avec sa supérieure.
-Quelle salle ? demanda Rafael.
-Pour ?
-Comment ça pour ? Dans quelle salle tu vas emmener mon fiancé ?
-Fiancé ? répéta Duncan. C'est pour ça que tu es là ?
Barba se tourna vers le détective.
-Je suis là pour tenter de récupérer votre putain d'affaire que vous avez réussi à torpiller ! Félicitations ! Quelle salle ? redemanda-t-il en se tournant vers Olivia.
Elle lui désigna la salle d'interrogatoire juste à côté de son bureau.
-Oh certainement pas ! La 4, ordonna le procureur en claquant la porte derrière lui.
Sonny porta de nouveau le tissu à son nez en grimaçant. Il ne semblait pas être cassé mais ça faisait mal. Amaro était venu chercher Fin et Bishop, le laissant attendre ici. Tu nous as fait manquer le match. Bon, il devait sans doute ouvrir grand ses oreilles pour récupérer ce que ses codétenus pouvaient se dire. Mais ils n'étaient pas très bavards. Pas bavards du tout même, ils évitaient tous de se regarder. Il n'allait rien en tirer.
Il soupira et grimaça. Sa lèvre devait être coupée aussi. Il savait que certains de ses coéquipiers ne l'aimaient pas. Mais pas à ce point. Il pensait que ça allait mieux. Qu'il était naïf.
C'était sa faute aussi. A toujours vouloir parler. Tout le temps. Combler le silence disait ses parents. Comme s'il y avait du silence dans la famille Carisi. Il y en avait chez les Barba. Mais ce n'était pas un silence lourd, Sonny avait fini par le comprendre après de nombreux repas gênants. Il n'avait pas de filtre. Les Carisi en général n'avait pas de filtre, ils disaient ce qui leur passait par la tête, sans réfléchir. Sonny savait pertinemment qu'il agaçait ses collègues à leur parler de Fordham. Et après tout, le Ta gueule qu'avait lancé Amaro en refermant la porte de la cellule était clairement mérité.
Le détective lança un coup d'œil vers le couloir. Bishop n'était pas en vue. Le sergent devait sans doute toujours l'interroger, mais Sonny doutait qu'elle puisse en tirer quoique ce soit ce soir. Ce qui voulait dire que l'homme allait revenir rapidement en cellule. Dans cette cellule, où il était coincé avec lui. Autant se faire discret et silencieux. Très discret et très silencieux, il n'avait pas particulièrement envie de se faire de nouveau frapper.
Il secoua la main pour se débarrasser de l'eau qui avait glissé des glaçons et déposa le tissu sur sa lèvre. Rafael allait pêter un câble. Il l'imaginait déjà surgir à tout moment hors de l'ascenseur.
-Toi !
Sonny releva la tête pour voir Amanda devant la porte de la cellule. Elle lui fit signe de la main et il se leva et s'approcha. Enfin, la porte métallique se referma derrière lui.
-Ça va ? murmura sa collègue en le guidant vers la salle d'interrogation numéro 4.
Il acquiesça, grimaçant quand le mouvement déclencha une vague de douleur entre ses tempes.
Lorsqu'Amanda ouvrit la porte de la salle d'interrogatoire, il fut surpris d'y voir Rafael qui y faisait les cent pas. Sa collègue lui sourit avant de refermer la porte derrière lui.
Rafael s'était figé, l'observant.
-Joder.
Il s'approcha, saisissant avec douceur la main de Sonny pour le guider vers la chaise. Il s'assit sur le coin de la table et attrapa le pack de glace du bout des doigts pour le déposer à côté de lui. Il inclina ensuite le menton de Sonny en grommelant.
-Tu vas avoir un sacré hématome.
-Ça guérira, répondit Sonny.
La pression des doigts de Rafael sur sa peau lui faisait le plus grand bien.
-Ils n'auraient pas dû…
-Hey, commença Sonny.
Sa voix était douce pour calmer la tempête qui se déroulait sans aucun doute dans la tête de Rafael.
-Ça n'aurait pas dû arriver. Amaro est un con et Bishop était trop fixé sur le sergent. J'ai eu peur qu'il la reconnaisse de quelque part. Je devais récupérer son attention rapidement.
-Sur ton visage ?
Sonny haussa les épaules, son regard toujours dans celui de Rafael.
-Ça guérira. Ça fait mal mais mon nez n'est pas cassé.
-Oh, parce que tu es docteur maintenant ?
Sonny ne put empêcher un sourire d'ourler ses lèvres. Le sarcasme était rapidement revenu. Il dut grimacer car le pouce de Rafael effleura sa lèvre inférieure.
-Sonny…
Mais Sonny le distraya rapidement. Il ne voulait pas une énième discussion sur les dangers de sa profession. Pas maintenant. Pas alors qu'il essayait de ne pas imaginer Bishop surgir en pleine nuit dans leur appartement pour les massacrer.
-Hey, embrasse-moi, demanda-t-il en relevant le menton, dans un geste qu'il savait que Rafael ne pouvait résister.
-Au travail, cariño ? Vraiment ?
Mais il se pencha pour déposer ses lèvres au coin de la bouche de Sonny.
-Je vais avoir leurs plaques.
-Arrête ça, Amaro est un con, mais les autres n'ont rien fait.
Oui. Ils n'avaient rien fait.
-Celle de Declan Murphy me suffira.
-Qui ? demanda Sonny, en portant ses doigts à son nez, pour s'assurer qu'il n'était vraiment pas cassé.
Rafael interrompit son geste et enlaça leurs doigts.
-Declan Murphy. Le connard qui t'a frappé.
-Bishop, le corrigea Sonny.
Rafael secoua la tête.
-Declan Murphy. Le détective Declan Murphy.
Sonny grogna.
-Les flics me détestent.
Rafael posa ses lèvres contre sa tempe avec un sourire tendre.
La porte s'ouvrit, leur faisant tourner la tête pour voir Olivia entrer dans la pièce. Elle leva le pack de glace qu'elle tenait dans la main.
-Tenez Carisi.
Rafael la suivit du regard alors qu'elle s'approcha et alla s'asseoir en face d'eux.
-Tu n'espères pas qu'une vessie de glace suffira comme excuse ? siffla Rafael, le regard sombre.
-Rafa ! le reprit Sonny, il parlait tout de même à son sergent.
Olivia jugea bon de ne pas répondre au procureur et s'adressa à son détective.
-Vous avez pu avoir des informations ?
Sonny secoua la tête puis grimaça.
-Non. Personne ne se parle.
-Surprenant, railla Rafael.
-Tu n'aides pas, Rafael, lui dit Olivia, clairement fatiguée.
-Oh excuse-moi ! Je n'aide pas ? Qui a décidé de mettre toute l'équipe sous couverture dans un bordel le soir du Superbowl ? Et le tout en impliquant une maquerelle ? Oh et en bousillant l'affaire de ton ex-sergent, ce qui m'obligera à courir après les Mœurs pour avoir des informations ? Et tout ça pour une fille ? Une seule ?
Sonny posa sa main sur la cuisse de son fiancé, il pouvait sentir la colère qui bouillait en lui.
-Parce que je ne devrais pas tout faire pour que Ariel retrouve sa mère ?
-Au détriment de ton équipe ? Non.
-Rafa...
-Et où est Murphy en ce moment ?
-Je l'ai remis en cellule.
-Bien !
-Il doit maintenir sa couverture et… Je ne pensais pas qu'il était utile que vous le voyiez, précisa Olivia à Sonny.
Ce dernier acquiesça.
-Je suis juste soulagé que ce soit un flic et pas un vrai proxénète. Je me voyais déjà renforcer notre système de sécurité.
Et passer des nuits à fixer leur porte, son arme de service à portée de main. Mais hors de question qu'il admette cela à haute voix.
Olivia observa le mouvement des doigts de Rafael, il caressait avec lenteur le poignet du détective avant de se saisir du tissu plein de glaçons pour venir le poser doucement sur le visage de son fiancé. C'était rare de voir une version si tendre de Rafael Barba, et pour être entièrement honnête, les seuls moments où elle avait pu être témoin de cela était avec Carisi. Il était clairement une des personnes préférées du procureur. Et quelque chose lui disait que ce n'était que le début de sa colère. Barba était intense dans ses émotions et son mécontentement pouvait se ressentir rapidement dans tout le commissariat, Olivia avait vu des parajuristes tout bonnement refuser de monter dans le même ascenseur que l'adjoint du procureur quand il était de mauvais poil. Et là, son futur époux avait été blessé. Par un autre policier. À nouveau. Elle se retint de soupirer. Vivement que toute cette affaire se finisse. Et qu'Ariel retrouve les bras de sa mère. Martha avait réussi à convaincre Nina de l'aider, maintenant, Fin et Amanda allaient s'occuper de Timmer. Et si la chance était de leur côté, ils auraient rapidement une adresse pour retrouver Ariel, et d'autres filles. Mais là, elle avait besoin de son procureur.
-Martha a convaincu Nina de parler.
Rafael la fusilla du regard.
-Martha ? Tu prévois de lui donner une plaque ? Parce que je ne vois pas comment ça va se défendre devant le juge.
-Tu vas t'en sortir, comme toujours.
Autant flatter l'égo de Rafael. C'était toujours une solution.
-Rafael ne pourra pas porter l'affaire devant le juge.
-Pourquoi ? s'étonna Olivia, son regard alternant entre son détective et le procureur.
Sonny désigna son visage d'un geste de la main.
-Conflit d'intérêts possible.
Olivia tourna la tête vers Rafael.
-Vraiment ?
-Oui vraiment. Ton ex-sergent a frappé mon fiancé, Olivia. Tu peux comprendre le conflit d'intérêts quand même ?
-Qui alors ? Parce qu'on ne peut pas se permettre de…
-Oh, tu aurais peut-être pu réfléchir avant. Et m'informer de ta décision de foutre en l'air toute l'enquête. Parce que sincèrement, je plains le pauvre adjoint du procureur qui va devoir se battre avec les maigres éléments de votre dossier.
Olivia ferma les yeux et soupira.
-On a de bons éléments, sergent. L'affaire est défendable. Bien sûr tout dépend du juge, mais on a de grandes chances de faire passer les actes de Martha sous les termes d'une arrestation citoyenne.
-Arrestation citoyenne, cariño ? Là, tu exagères, personne ne peut défendre ça.
-C'est une mère qui cherche sa fille.
-Et qui a vendu combien d'autres filles ?
Sonny haussa les épaules.
-Les médias se mettront du côté de Martha.
-Oh. Tu deviens doué.
Olivia pouvait clairement voir le sourire fier de Rafael.
-J'ai un bon professeur.
-Moi j'espère.
Oh mon dieu, ils étaient en train de flirter.
Son téléphone vibra. Fin. Elle se leva, attirant sur elle le regard des deux hommes.
-Fin et Amanda sont prêts à faire parler Timmer.
Rafael acquiesça et se redressa.
-Je t'appelle un taxi ? demanda-t-il à Sonny.
Le détective secoua la tête.
-Pas avant la fin de l'enquête.
Rafael soupira.
-Tu es blessé.
-Rien de cassé. Va bosser, moi je vais aller me changer. Si je peux, dit-il en regardant son sergent.
Olivia acquiesça. Hors de question qu'elle le remette en cellule, cela ne servirait à rien.
-Bien sûr. Avec un peu de chance, on bougera rapidement.
Et ils avaient bougé rapidement. Timmer avait donné la localisation de l'enfer où étaient retenues les filles très rapidement. Trois filles. Et Ariel. Secouées, traumatisées et brisées. Mais vivantes. Pendant ce temps, Rafael avait refusé de quitter le commissariat et était resté faire les cent pas dans le bureau d'Olivia. Il avait vu l'équipe ramener Johnny D et quelque chose lui avait dit que tout cela était loin d'être fini.
Il en était à son cinquième café dégoutant quand Olivia poussa la porte de son bureau, de retour dans ses vêtements civils.
-J'amène Martha à l'hôpital auprès d'Ariel. On essaye de contacter la famille des autres gamines. Je renvois l'équipe chez elle.
-Dans ce cas…
Rafael se dirigea vers la porte, prêt à partir.
-Rafael, attends.
Il s'arrêta mais ne lui fit pas face.
-Pas maintenant Olivia. Je veux ramener mon fiancé chez nous. Ce fut une dure journée.
Olivia acquiesça. En effet, ce fut une dure journée. Mais avec une fin heureuse.
Dimanche 1er février 2015
Appartement de Rafael Barba et Dominick Carisi
15 PHB, 240 Park Avenue South
Sonny soupira alors qu'il tentait de se réinstaller dans une position plus confortable. Rafael était sous la douche. Enfin. Le départ du commissariat avait été compliqué, Sonny avait tout fait pour que Rafael ne croise aucun de ses coéquipiers, et si pour cela il avait grimacé et toucher son visage tuméfié plus que nécessaire, c'était uniquement pour accélérer leur retour.
-Ça va ? demanda Rafael depuis la salle de bain.
Il avait été vite sous la douche.
-Ça va, répondit Sonny avant de grimacer. Je ne dirais pas non à un peu d'ibuprofène.
La porte de la salle de bain s'ouvrit pratiquement dans la seconde et Rafael en sortit, en boxer, les cheveux encore humides.
-Pourquoi j'ai l'impression que tu passes ton temps à jouer les infirmières avec moi ? râla Sonny en avalant le comprimé que lui tendait son fiancé.
Rafael posa la bouteille d'eau sur la table de nuit puis ses doigts caressèrent le visage de Sonny, effleurant la lèvre et le nez.
-Sois honnête avec moi, comment tu vas ? Une migraine ? Des nausées ? Est-ce que je dois t'emmener aux urgences ?
Sonny secoua la tête avec précaution, les mouvements brusques empiraient sa migraine.
-Non, ça va. De l'ibuprofène et de la glace suffiront.
-Okay… Okay.
-Viens là, dit le détective en tapotant le lit.
Il soupira de plaisir en sentant le matelas s'affaisser sous le poids de Rafael et en sentant les mains de son fiancé sur son corps. Rafael le réinstalla contre les oreillers.
-Je vais avoir un putain d'hématome, gémit Sonny dans le cou de son fiancé.
-Mmm…
Les doigts de Rafael glissaient dans les cheveux de Sonny, caressant le cuir chevelu.
-Ça va être super pour essayer les costumes, continua le détective, les yeux fermés.
-Oh ? Tu n'as pas oublié alors ?
Sonny laissa échapper un rire fatigué mais stoppa en grimaçant à la vive douleur qui traversa son crâne.
-Doucement, cariño, dit Rafael en réajustant une poche de glace sur le visage tuméfié.
Sonny sursauta au froid sur sa peau.
-Olivia t'a dit de prendre un congé demain ?
-Non, pas demain.
Rafael soupira.
-Ce ne sera que de la paperasse demain de toute façon, mais j'ai mon mardi aprèm.
-Juste l'aprèm ? Trop aimable à elle.
-Rafa… Je lui ai dit que je n'avais pas besoin d'un jour. Et j'ai rendez-vous avec Bella pour le costume mardi.
Le mouvement des doigts de Rafael dans son cuir chevelu le guidait vers le sommeil.
-Okay. Mais pas de réveil demain.
-On verra, bailla Sonny contre l'épaule de Rafael.
Rafael tourna la tête, un sourire aux lèvres, et posa ses lèvres contre la tempe de son fiancé. Il ne put s'empêcher de grimacer en voyant l'état du visage sous ses yeux. La peau autour de l'œil avait déjà une couleur violette et le nez était gonflé.
-À ce point ? demanda Sonny, déjà à moitié endormi.
-À ce point…
Le détective grogna.
-Ça va être génial demain. Je devrais faire attention de ne pas croiser les voisins. Ils vont te faire arrêter sinon. Et à l'essayage…
-Ouais… N'espère pas trop, nota Rafael. Ma mère a eu un visage comme le tien un grand nombre de fois et les voisins n'ont jamais rien fait alors…Tu seras tranquille.
-Mmmm.
Sonny passa son bras autour du torse de Rafael et l'enlaça.
-Super alors…
À peine une minute plus tard, il dormait, ronflant légèrement contre Rafael.
Mardi 3 février 2015
Cour fédérale
60 Centre Street, New York
-Je n'en reviens pas qu'il ait eu le culot de se dire non coupable, fit remarquer Sonny en remontant son col.
Il essayait désespérément de masquer l'ecchymose qui couvrait une bonne moitié de son visage, mais cela avait été peine perdue vus les regards que lui avaient lancé son équipe.
-A sa place j'aurais fait la même chose, commença Rafael, tenter ma chance avec une libération sous caution puis disparaître. On savait tous que c'était le risque.
-Il a sa place en prison. Mais j'ai l'impression que ce n'était pas suffisant, fit remarquer Sonny.
-Les enquêtes continuent, et les charges vont s'accumuler. Mais au moins, pendant ce temps, Johnny D est hors d'état de nuire, expliqua Rafael, lui aussi peu convaincu.
-Il sera remplacé. Son système est toujours en place, dit le détective, quelque peu dépité.
Parfois il avait l'impression que tout leur travail ne servait à rien, il n'y avait pas moins de délinquance dans les rues. Les affaires continuaient à se succéder.
-Mené par Declan Murphy, lui rappela le procureur.
Sonny soupira, au moins un des leurs étaient dans l'engrenage. Il chercha sa sœur du regard. Ils avaient rendez-vous pour l'essayage des costumes.
-Oh la voilà.
En effet, Bella apparut en bas des marches du palais. Elle leur fit signe de la main avant de les rejoindre.
-Oh la vache, Sonny !
Sonny grimaça en tournant la tête vers Rafael. L'ecchymose était clairement visible sur son visage. Elle s'approcha et saisissant le menton de Sonny entre ses doigts observa la contusion.
-Tu ne t'es pas loupé !
-Merci.
-Ton frère n'y est pour rien.
-Oui, il m'a dit que c'était le travail. Mais avoue qu'il a fait fort ! dit Bella en désignant l'hématome et la lèvre fendue.
-Il n'est pas le responsable, grogna de nouveau Rafael.
Bella acquiesça.
-Je sais. Je sais. Mon Dieu, tu imagines ce que le tailleur va penser… On devrait peut-être décaler, non ?
-Non. C'est trop tard pour annuler de toute façon.
-Oui mais il va penser que… Tu sais… C'est Rafa qui t'a fait ça, ajouta Bella, osant à peine croiser le regard du procureur.
-Bella, prévint Sonny.
Le sujet était assez douloureux pour Rafael sans que sa sœur n'en rajoute.
-Je ne lèverai jamais la main sur Sonny, Bella, j'espère que tu le sais.
-Bien sûr ! Je n'ai pas dit que c'était toi ! J'ai dit que c'était ce que les gens penseraient, se défendit-elle.
-Qui se soucie de l'opinion des autres ?
-Nous ! dit Bella en désignant alternativement son frère et elle. Tous les autres.
Rafael haussa les épaules.
-C'est une mauvaise habitude qu'il faut perdre, leur dit-il.
-Blâme l'Église, répondit la jeune femme du tac au tac.
-Oh, je blâme l'Église pour beaucoup de choses, railla Rafael avec un sourire entendu.
Bella était comme son grand frère, elle passait bien trop de temps à se demander ce que les autres et la société pouvait penser d'elle et de ses choix Rafael avait réussi à se débarrasser de ce poids et sa vie était devenue bien plus simple depuis.
- Et je peux savoir où vous allez ? demanda-t-il finalement.
-Chez Macy's. Je plaisante, ajouta-t-elle en voyant l'air paniqué de Rafael.
-Où ?
-Michael Andrews. Ça te convient mieux ? On peut y aller ? Et ne t'en fais pas, j'ai contacté ton tailleur pour savoir à quoi ressembler ton costume pour que celui de Sonny ne fasse pas trop tache ! Et je ne lui ai rien dit ! Surprise jusqu'au bout.
Elle glissa son bras autour de celui de son frère et observa son visage.
-Mmm… Tu es sûr que tu ne veux pas un peu de fond de teint pour ça ?
-Non, je ne vais pas le cacher… Ce serait encore pire. Et puis, ce n'est pas si horrible que ça…
-Si tu le dis… Je te le vole.
Rafael acquiesça et fit signe à un taxi de s'arrêter.
-Rafa, on aurait pu…
-Y aller à pied ? Prendre le métro ?
Il ouvrit la porte de la voiture et sourit.
-Tu es irrécupérable.
-Bon courage.
Sa main effleura le poignet de Sonny.
-Hâte de te retrouver ce soir, cariño.
-Oh ?
Rafael lui fit un clin d'œil avant de refermer la porte derrière eux.
-Vous êtes irrécupérables, dit Bella en mettant sa ceinture.
-On n'a rien fait ! se justifia Sonny.
-Et je me demande si ce n'est pas encore pire !
Sonny secoua la tête avec un sourire amusé, il pouvait encore sentir l'écho des doigts de Rafael contre sa peau. Il avait hâte de rentrer.
-Tu m'emmènes où alors ? Max Andrews ?
-Michael Andrews. Pas loin de ton bureau. Puisque je ne savais pas si tu allais devoir t'éclipser en courant… Comme à chaque fois.
-Pas à chaque fois, voyons !
-Régulièrement, se corrigea Bella.
-De toute façon, j'ai pris mon après-midi. Donc, nous sommes tranquilles. Même si j'espère que cela ne va pas nous prendre tout l'après-midi.
-Pourquoi ? Des choses de prévues ? demanda la jeune femme avec un sourire entendu.
-Peut-être, répondit Sonny avec un sourire.
-Peut-être ? Oh non, Rafael a définitivement prévu des choses pour vous ce soir.
C'était même certain, à en croire les vibrations de son téléphone dans sa poche. Bella allait clairement avoir de nouvelles munitions pour se moquer de lui.
Rafael : Quel dommage que je ne puisse pas venir avec toi. Tu sais à quel point j'aime te voir dans des costumes bien faits. Et hors de costumes bien faits, lit-il sur son écran.
Sonny : Pourquoi j'ai l'impression que tu te concentres sur les costumes ? Plutôt que sur moi ?
La réponse de Rafael lui parvint presque immédiatement.
Dès que tu reviens à l'appart, je me concentrerais sur toi.
Sonny verrouilla son téléphone avec un sourire.
-Rafael ? supposa Bella. Je le savais, tu as ton sourire Rafael.
-Mon sourire Rafael, ça ne veut rien dire.
-Oh que si. Tu demanderas aux filles, elles t'expliqueront.
Dix minutes plus tard, le taxi les arrêta devant la devanture du tailleur. Bella glissa son bras sous le sien.
-Prêt ?
-Je n'ai absolument aucune idée de ce que je cherche.
-Oh ne t'inquiète pas, j'ai eu des consignes très précises ! Ton homme est un peu autoritaire, non ?
-Légèrement, mais ça fait partie de son charme, répondit Sonny avec un sourire en poussant la porte du tailleur.
Immédiatement la jeune femme derrière le comptoir les accueillit avec un grand sourire.
-Bonjour. Puis-je vous renseigner ?
Bella lâcha le bras de son frère et se dirigea vers elle.
-Nous avons rendez-vous pour des essayages.
-Bien sûr. À quel nom je vous prie ?
-Carisi.
La jeune femme vérifia le rendez-vous sur son ordinateur et leur sourit de nouveau.
-Andrew arrive tout de suite.
-Merci.
Bella retourna auprès de son frère qui observait les costumes.
-Bella… Je ne m'en sortirai jamais !
-Oh mais c'est pour ça que je suis là !
Le frère et la sœur se tournèrent d'un seul mouvement vers l'homme qui venait de leur parler.
-Je suis Andrew. J'en déduis que vous êtes mon marié ?
-C'est moi en effet. Sonny, se présenta le détective en tendant une main au vendeur.
-Enchanté. Et… vous êtes la mariée ? demanda Andrew en se tournant vers Bella.
-Oh non, non, répondit la jeune femme. Je suis sa sœur.
-Oh merci ! Vous ne pouvez pas savoir combien de futurs mariés viennent avec leur future épouse… Et cela complique les choses !
-Peut-être qu'elles craignent le résultat final, supposa Bella.
Elle savait pertinemment que Tommy serait bien incapable de choisir un costume. Si elle n'y mettait pas son grain de sel, il finirait à leur mariage avec son costume des grandes occasions, celui qu'il portait aux mariages et lorsqu'il était passé devant le juge d'application des peines.
-Mais ça, c'est parce qu'elles ne me connaissent pas ! plaisanta Andrew. On y va ?
Le frère et la sœur lui emboitèrent le pas et il les guida dans une petite salle derrière un grand rideau, où plusieurs fauteuils et de nombreux portants occupés l'espace. Andrew referma le rideau derrière eux.
-Mettez-vous à l'aise ! Puis-je vous proposer un verre de champagne ?
-Pas pour moi, merci dit Bella en retirant son manteau et son écharpe. Mais prenez le mien.
-Oh, vous savez quoi ? Avec plaisir ! Vous m'accompagnez, bien sûr, dit Andrew à Sonny. Pour fêter votre mariage, ajouta-t-il devant l'air hésitant du détective.
-Vas-y, Sonny.
Andrew lui tendit un verre et s'appuya contre la table.
-Alors, racontez-moi tout ! Vous vous mariez quand ?
-Le 9 mai.
-De cette année ?
Sonny acquiesça.
-Okay… Vous n'êtes pas du genre prévoyant vous… Mais, la spontanéité, c'est bien aussi !
Andrew compta rapidement.
-Ça devrait aller… Si vous ne demandez rien de très extravagant.
-Oh, ce n'est pas son style. Mais plutôt celui du fiancé, sourit Bella.
-Rafael n'est pas extravagant.
-Oh s'il te plaît, le coupa sa sœur.
Sonny se tourna vers Andrew, se demandant comme il en était à défendre son fiancé devant un inconnu.
-Rafael sait ce qu'il veut.
-Un Cubain, hein ? De ce que m'a dit votre sœur…
Sonny acquiesça.
-Oh, je suis sorti avec un Cubain une fois… Et laissez-moi vous dire, qu'il s'avait mettre le feu aux draps ! Mon dieu ! Les choses qu'il m'a faites !
Sonny piqua un fard monumental alors que Bella éclata de rire.
-Un problème en revanche, sa mère. Mon dieu les mères cubaines… Elle débarquait chez lui sans prévenir !
-Ah oui… Je connais…
-On a été surpris plus d'une fois si vous voyez ce que je veux dire.
Bella se tourna vers Sonny, les yeux pétillants alors que le vendeur partait vers les stocks.
-Non ! non ! Je n'aurais jamais pu regarder Lucia dans les yeux sinon !
Andrew le fixait, bras croisés, appuyé contre un portant.
-Okay, faut que je demande. Une porte de placard ? Une chute dans les escaliers ?
Il désigna d'un geste de la main le visage de Sonny.
-Non, soupira Sonny en devinant la question. C'est au travail.
-Tant mieux. Parce que j'aurai été obligé de vous demander si vous vouliez vraiment épouser Rafael le 9 mai. Vous vous faites comme travail ? Ça a l'air dangereux.
-Sonny est détective.
-Oh. Dangereux en effet. Et sexy. Votre fiancé également ?
-Il est adjoint du procureur.
-Pas mal, mais détective c'est plus sexy. Vous êtes en uniforme ?
-Non. En civil.
-Mmm… dommage. Alors, petit cours rapide ! Continua-t-il avec un sourire en voyant le rougissement de Sonny. Le costume de mariage. Déjà, très bon point, ne pas louer son costume de mariage. A-t-on envie de se marier dans un costume qui a déjà connu 12 mariages et des soirées endiablées ? Et des jets d'alcool ? Et des odeurs pas très… Enfin vous avez compris… Sans parler des tâches étranges qu'on peut retrouver ! Et au moins, là, ce sera sur mesure. Je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer que vous aviez un corps magnifique. En tout professionnalisme, bien sûr.
Il leur fit un clin d'œil et Bella pouffa.
-La coupe ! Il faut vous mettre en valeur. On veut que votre fiancé se retienne avec difficulté de vous sauter dessus. Je dis toujours qu'un bon costume est celui qui finit arraché à la nuit de noces.
-Oh, connaissant le fiancé, c'est comme ça que ça va se finir…
Sonny se tourna vers sa sœur.
-Bella !
-Quoi ? Comme si vous étiez du genre à garder vos mains dans vos poches !
Sonny secoua la tête et se tourna vers le conseiller.
-J'ai l'habitude de porter des costumes pour le travail, alors…
-Alors on oublie les deux pièces classiques. Trop basique pour vous.
Il observa Sonny de la tête aux pieds.
-Mmmm. Le smoking serait dommage aussi. Vous avez une taille qui attire l'œil.
Il se dirigea vers un des portants derrière lui et le tira vers le centre de la pièce. Dessus, un seul costume, gris anthracite, trois pièces.
-Un costume trois pièces. Avec ça, vous êtes sûr de faire monter d'un cran l'élégance… et la température.
-Oh, pas besoin qu'il soit élégant pour que Rafi lui saute dessus.
L'homme éclata de rire à l'intervention de Bella.
-C'est un homme de bon goût alors ! Il a choisi un costume croisé je crois.
Sonny se tourna vers Bella qui acquiesça.
-Vous connaissez le nombre de boutons ?
-Je… C'est important ? Je peux lui envoyer un texto, dit-elle en fouillant déjà dans son sac.
Sonny s'adossa à sa chaise. Le nombre de boutons… Il ne voyait pas où se trouver l'importance mais il était certain que Rafael aurait pu lui expliquer.
-Mmm, j'ai toujours trouvé que ce type de costume en imposait trop pour un mariage, dit-il en approchant un autre portant. Un costume noir cette fois, avec une veste qui se fermait de manière croisée, le pan gauche revenant sur le pan droit.
-Ah ! Encore lui ! Sourit Bella, décidément son futur beau-frère était percé à jour par un total inconnu qui ne l'avait jamais rencontré.
-Il a l'avantage de convenir à toutes les morphologies, je le conseille d'ailleurs à ceux qui ont un peu de ventre, mais ce n'est absolument pas votre cas.
Sonny observa les deux portants. Le costume croisé, il pouvait très bien imaginer Rafael dedans, ses épaules accentuées par le boutonnage. Il avait néanmoins tendance à préférer l'autre, le costume trois pièces.
-J'aime bien le gilet.
-Excellent choix !
D'un petit mouvement du pied bien maîtrisé, il envoya rouler le portant du costume croisé.
-Donc, la matière !
Il attrapa un ensemble d'échantillons.
-C'est là qu'on touche ! Alors… mai. En intérieur ?
Sonny acquiesça.
-Qu'est-ce que j'ai pour vous ? Un mélange lin et coton, parfait pour les journées marathon et pleine de chaleur. Sinon, on a aussi de la laine. Excellentes propriétés thermorégulatrices. Et avec la laine Fresco, on a parfois l'impression de ne rien porter.
Il fit un clin d'œil joueur.
-Et mon préféré, mélange laine lin et soie. Le meilleur de tous. Le confort de la laine, la respirabilité du lin et l'éclat de la soie. Avec ça, vous allez attirer tous les regards !
-Rafi est jaloux, intervint Bella.
-Mais il a toutes les raisons de l'être ! lui répondit Andy avec un sourire entendu.
Il tendit l'échantillon à Bella.
-C'est un peu… rugueux, dit-elle en touchant le tissu.
-On ne peut pas s'empêcher de vouloir toucher, hein ! Sinon, vous avez le lin, où vous avez l'impression de ne rien porter. Mais ça froisse très très vite… Donc, il faut être sûr de bien se comporter quand on porte du lin.
L'éclat dans ses yeux était joueur.
-En mai... Donc pas de très grosses chaleurs, on évite le costume en sheersucker. Bien plus pratique quand on veut moins bien se comporter car le tissu est légèrement gaufré, les plis se voient moins. Et pas de grands froids donc on oublie la flanelle de laine… Vous risquez de transpirer si vous bougez un peu trop…
Sonny regarda les différents échantillons, ses doigts caressant les tissus. Il était certain que Rafael était entré chez son tailleur avec une idée bien précise du costume qu'il voulait.
-Ce sont les couleurs que vous proposez ?
Andy le fixa, un air de surprise effarée sur le visage, sa main sur son cœur.
-Oh chéri, non !
Sonne ne put s'empêcher de rougir.
-On oublie le vert bouteille et l'émeraude… Pas avec votre peau. Ni vos yeux ! Un bleu profond et lumineux ! C'est ça qu'il vous faut !
-Je ne pense pas que mon fiancé ait choisi du bleu… Il m'avait mentionné du beige.
Bella acquiesça, tout en réinstallant un coussin dans le bas de son dos.
-Un classique avec le gris. C'est un Cubain, c'est ça ? Le beige s'adapte particulièrement bien aux peaux bronzées, il s'accessoirise hyper facilement si votre fiancé est du genre à faire exprimer sa personnalité dans ses vêtements.
-Oh mais c'est tout lui !
-Les Cubains, soupira avec humour Andy. Tous les mêmes. Je vous jure que j'ai l'impression d'entendre parler de mon ex. Mais assez parler de moi ! On a la coupe, la matière, la couleur… Prêt pour le grand show ? Je vous attends derrière, je vous prépare ce qu'il vous faut.
Bella se redressa en tapant dans ses mains, tandis qu'Andy disparaissait derrière les rideaux.
-Oui ! C'est pour ça que je suis venue ! Et on se serait beaucoup plus amusée avec maman et les filles.
Sonny la fusilla du regard.
-Parle pour toi. Rajoute Lucia tant que tu y es !
Bella ne put empêcher un rire de quitter ses lèvres.
-Oh mon dieu, imagine ! On aurait passé la nuit ici !
-Pitié, dit Sonny en se levant.
L'après-midi se déroula entre essayages de costume où il ne fallait se focaliser que sur le tissu puis que sur la coupe puis juste sur la couleur, et entre propos forts extravagants de Andrew, à croire qu'il s'est fixé comme mission de faire rougir Sonny à chaque phrase, au grand plaisir de Bella. À la fin, Sonny était éreinté. Et lorsque Andrew lui en donna enfin l'autorisation, ce fut avec un plaisir évident qu'il échangea le costume contre un jean et un hoodie.
-Je vous recontacte dans deux semaines. Et nous referons un essayage pour voir si les mesures sont correctes.
-Et ensuite ce sera bon ?
-Je préfère vous redonner un rendez-vous une semaine avant le mariage, au cas où le costume ait besoin de quelques retouches. Mais sinon, oui c'est tout bon.
Sonny vérifia discrètement sa montre. 17h00. Leur rendez-vous avait duré trois heures. Bella se leva en grognant du fauteuil.
-Oh, j'ai cru prendre racine, grommela-t-elle. Mais ce fut quand même plus rapide qu'avec Teresa. J'ai cru qu'elle ne trouverait jamais de robes. On avait fait quatre boutiques.
Sonny sourit.
-Quelle horreur. Encore heureux que je n'étais pas là… Fais-moi faire autant de planques que tu veux mais ça… Je connais notre sœur.
-Tu sais qu'elle va avoir besoin d'une robe pour ton mariage. Comme Gina. Et moi.
-Mais vous allez vous débrouiller sans moi, pas vrai ? Je n'ai pas à être là pour vos robes ? Vous allez choisir ce que vous voulez.
-Oh, tu n'as pas fait de thématique couleur ?
-Pitié… gémit Sonny en se dirigeant vers l'accueil où les attendait Andrew.
-J'espère que nous avons répondu à vos attentes.
-Oui, merci beaucoup. J'attends votre appel alors.
-Passez une bonne fin de journée.
-A vous aussi ! Répondirent le frère et la sœur en quittant la boutique.
-Je t'offre un café, demanda Sonny à sa sœur.
Bella secoua la tête.
-Une autre fois, je suis un peu fatiguée. On se voit ce week-end chez les parents ?
-Ça va dépendre, répondit le détective en désignant son visage. Je voudrais éviter que maman me voie comme ça.
-Mmm. Logique. Métro ?
Sonny acquiesça. Prendre le métro ne le dérangeait pas, contrairement à Rafael. Ils se dirigèrent vers la station Lafayette où ils se séparèrent sur le quai. Le détective attendit que le métro de sa sœur parte et attrapa le téléphone au fond de sa poche. Comme il s'y attendait, il avait reçu plusieurs messages de Rafael.
J'espère que ta quête se passe bien.
Tu y crois, Olivia vient de se pointer avec un café. Comme si je n'avais que ça à faire… J'ai dit à Carmen de la faire patienter. Juste le temps que le café devienne froid.
25 minutes. Je crois que je peux la faire entrer. Je sais, c'est mesquin.
Sonny esquissa un sourire, son fiancé était clairement irrécupérable, Olivia risquait de passer un moment fort peu agréable. Il était encore tôt et Rafael était très certainement au bureau, soit à passer ses nerfs sur le travail ou à rattraper le temps qu'il avait perdu à se réconcilier avec Olivia, dans tous les cas si Sonny rentrait maintenant à l'appartement, il n'y trouverait qu'un endroit vide. Et après le passage d'Olivia, Rafael avait sans aucun doute besoin de travailler, donc hors de question qu'il aille le rejoindre à son bureau.
Il avait le temps d'aller à Saint Gabriel. Ces derniers temps, entre le boulot, l'organisation du mariage et Fordham, il avait l'impression d'avoir négliger sa foi. Il n'avait plus autant de temps à consacrer à l'église. Avant qu'il rencontre Rafael, il y était tous les jours, maintenant, il avait plus d'une heure entre l'appartement et Saint Gabriel, et parfois, avec la fatigue du travail, Sonny ne se sentait pas de passer autant de temps dans les trajets. Mais Saint Gabriel était fait pour lui, il s'y était senti accueilli comme jamais il ne s'y était senti à Sainte Claire. Il était accepté pour qui il était. Il avait pu s'y accepter et il avait l'impression qu'il ne pourrait jamais rendre le centième de la paix que Saint Gabriel lui avait apporté.
Mardi 3 février 2015
Appartement de Rafael Barba et Dominick Carisi
15 PHB, 240 Park Avenue South
Il faisait nuit quand Sonny poussa la porte de leur appartement, il pouvait ainsi distinguer la lumière allumée dans le bureau. Il s'appuya contre le chambranle de la porte et observa Rafael. Au moins son bourreau de travail de fiancé avait pris le temps de se doucher et de se changer, à en croire le jean et le henley qu'il portait. Sonny sourit en voyant les lunettes sur le nez de Rafael.
-Hey !
Le procureur releva la tête de ses documents.
-Hey. Tu m'observes depuis longtemps ?
Sonny haussa les épaules en entrant dans la pièce.
-Non, je viens d'arriver.
-Ça va, tu as pu trouver ton bonheur ? demanda le procureur en se reculant sur son fauteuil.
-Mmm. Ça fait plusieurs années que je l'ai trouvé maintenant, dit Sonny en venant s'installer sur les cuisses de Rafael.
-Oh, c'est facile, ça ! sourit le cubain, ses mains venant néanmoins se poser dans le bas du dos de son fiancé.
-Ils vont me rappeler d'ici deux semaines pour un dernier essayage et vérifier les mesures, expliqua Sonny, même s'il était persuadé que Rafael était bien au courant du déroulement d'un achat auprès d'un tailleur.
-Mmm, c'est bien.
Les doigts de Sonny se perdirent dans les mèches noires de Rafael.
-Tu es rentré depuis longtemps ? demanda le détective.
-Un peu plus d'une heure. Je pensais que tu allais dîner avec Bella.
-Elle se sentait fatiguée…
Il pouvait sentir les doigts de Rafael contre sa peau, leur chaleur traversant sans peine ses vêtements. Les yeux de Rafael se posèrent sur son visage, et l'énorme ecchymose qui s'y trouvait.
-Comment tu vas ?
-Je ne sens plus rien, Rafa.
-Murphy n'aurait pas dû s'en tirer comme ça.
-Oh j'ai entendu dire qu'il avait eu droit à un remontage de bretelles façon Barba.
Rafael laissa échapper un souffle agacé.
-Tu parles. Perro ladrador, poco mordedor.
-Quoi ? demanda Sonny. Chien qui mord un peu ? tenta-t-il de traduire.
La main gauche de Rafael remonta vers son visage, la pulpe de ses doigts caressant la peau abimée.
-J'aboie mais je ne mords pas.
-Oh. Et maintenant je t'imagine mordre Murphy. Merci de l'image.
-Murphy et Amaro. Et Olivia, rajouta Rafael.
Les doigts de Sonny caressèrent la nuque de son fiancé.
-Ça a été avec elle ? Après que tu l'aies fait attendre presque une demi-heure ?
-25 minutes. Et son café était froid. Elle… Elle se perd dans le travail et n'arrive pas à voir l'image d'ensemble.
-Elle voulait sauver ces filles.
-Toutes les filles ? Ou une seule ? Elle est chanceuse que son comportement n'ait pas mis en danger la condamnation de Johnny D. On n'aurait rien pu faire contre un non-lieu.
-Hey. On a gagné. Déconnecte, murmura Sonny, caressant du pouce les rides aux coins des yeux.
-Embrasse-moi alors, exigea Rafael.
Le détective esquissa un petit sourire avant de venir embrasser son fiancé.
-Tu sens l'église, fit remarquer Rafael une fois le baiser fini.
-Je suis aller faire à saut à Saint Gabriel.
-Mmm.
Avec une dernière caresse dans les mèches sombres, Sonny s'ôta des cuisses de Rafael.
-Tu as mangé ? demanda-t-il, se dirigeant hors du bureau.
Rafael le suivit du regard, son comportement était quelque peu étrange subitement.
-Euh… Comme je te l'ai dit j'ai cru que tu dînerais avec Bella… Donc… Je n'ai pas vraiment faim…
Le procureur se leva à son tour, suivant son fiancé.
-Il se peut que j'aie un peu abusé sur le café. Cariño ?
Sonny se tourna pour lui faire face, le comptoir de la cuisine les séparant.
-Ça va te paraître bizarre mais… Tu connais un Andrew ?
-Il me faut un contexte, cariño. Au boulot ?
Les doigts de Sonny glissèrent sur son alliance.
-Un ex.
Rafael fronça les sourcils, où Sonny avait-il pu voir son ex ?
-Oh. D'accord. Oui.
-C'était celui que ta mère n'aimait pas ?
Rafael tira un tabouret et s'y assit, fixant son fiancé.
-Celui qu'elle a eu le temps de connaître, oui. Pourquoi cette question ?
-Je crois que c'est lui que j'ai rencontré chez le tailleur.
-Fantástico. Las probabilidades... [Magnifique. Les probabilités…] grommela Rafael.
-Il est très… exubérant.
Rafael ne put s'empêcher de sourire. Sonny s'en voulait de juger, cela se voyait sur son visage, même si exubérant était un mot bien faible pour décrire le comportement d'Andrew.
-J'en déduis qu'il ne s'est pas calmé avec l'âge… commenta Rafael.
Sonny s'était appuyé contre un placard, ses longues jambes s'étirant sans fin devant lui. Il cherchait ses mots, tentant avec difficultés de s'empêcher de se mordre les lèvres.
-Il m'a dit qu'il avait été avec un Cubain… qui mettait le feu à ses draps.
-Oh ? Et tu as direct pensé à moi ? Sourit Rafael.
-Je ne suis pas jaloux, se défendit rapidement le détective. C'était bien avant notre rencontre et…
Il était clair aux yeux de Rafael que Sonny était en train d'angoisser pour rien.
-Mi cielo.
Sonny poussa un long soupir.
-Il est… Comment tu ne peux pas t'ennuyer avec moi ?
-M'ennuyer ? répéta Rafael, étonné. Où as-tu été cherché une idée pareille ?
C'était grotesque. Comme à chaque fois que Sonny laissait sous-entendre qu'il était l'insécure de la relation. Ça, c'était le rôle de Rafael, de se demander ce qu'un homme tel que Sonny pouvait lui trouver.
Sonny secoua la tête, et se tourna, s'occupant dans les placards.
-C'est rien, laisse tomber. C'est ridicule.
-Sonny, c'est loin d'être ridicule.
Le détective soupira de nouveau. Rafael pouvait voir ses épaules tendues avant qu'il se retourne pour lui faire face.
-Je sais que tu as eu une histoire avec lui.
-Évidemment. Comme avec tous les ex.
-C'est…
Il soupira encore une fois.
-Laisse tomber. Je ne suis pas cohérent. Ça doit être la fatigue.
Rafael le fixait, en silence.
-Tu ne parles jamais de lui. Je ne sais rien de lui, continua Sonny après un long moment de silence.
-Parce que cela n'a pas d'importance. Il appartient au passé.
-À ton passé. Et… Et je veux tout savoir. Combien de temps vous êtes restés ensemble ? Qui a rompu ? Où vous vous êtes rencontrés ? Où a eu lieu votre premier rendez-vous ? Combien de fois il a dormi dans le lit où je dors ?
Rafael resta silencieux, laissant Sonny finir sa tirade puis il repoussa le tabouret sur lequel il était assis et fit le tour pour rejoindre Sonny.
-Viens-là.
Il attrapa les mains de Sonny et chercha ses yeux des siens.
-Zéro fois.
Sonny fronça les sourcils.
-Je me suis débarrassé du lit.
Il posa une main sur la joue de Sonny, son pouce effleurant le lobe de l'oreille.
-Je ne veux pas lui accorder la moindre importance, je ne veux pas gâcher nos moments à parler de lui. J'ai rompu, il m'a trompé. Et je ne t'ai jamais, jamais comparé à lui.
-Mais il est tellement… plus à l'aise que moi !
-Cariño… vous vous êtes vus à peine quelques heures dans un cadre professionnel et il t'a parlé de sa vie sexuelle. C'était entièrement déplacé. Andrew n'a pas de filtre. Et il n'en a jamais eu. Tu vois le milieu dans lequel j'évolue. Les deux étaient inconcevables. McCoy est déjà à deux doigts de crier au scandale quand il nous voit main dans la main, imagine avec Andrew !
-Il ne l'a jamais rencontré ?
-Jamais. Et à l'époque, ce n'était pas McCoy mais le principe est le même. Il n'a jamais rencontré quiconque de mon travail.
-Parce que tu compartimentes.
-Avec lui. Pas avec toi.
Sonny haussa les épaules.
-C'est difficile de compartimenter avec moi, lui rappela-t-il, après tout ils travaillaient quasiment ensemble.
-Non. Ça ne l'est pas.
La main de Rafael glissa jusqu'à celle de Sonny et il l'attira jusqu'au sofa où il le força à s'asseoir tandis que lui-même s'asseyait sur la table basse, en face de lui.
-On a eu le choix. Tous les deux. J'ai eu le choix. Ne rien dire sur nous. Compartimenter. Je ne l'ai pas voulu. Ce n'était même pas envisageable avec Andrew. Il était…
Rafael eut un petit mouvement de tête, comme s'il cherchait à mettre de l'ordre dans ses pensées.
-Il était quelqu'un que j'aurais pu… que j'aurais aimé être.
-Lui ?
La surprise se lisait clairement sur le visage de Sonny.
-Mais Rafael, tu es…
-Non. Non, non, non, le coupa-t-il en se saisissant de nouveau de ses mains. Ton insécurité. Pas la mienne. J'appréciais son côté… je me fous des autres. Il disait ce qui lui passait par la tête, sans se soucier du contexte ou… des retombées éventuelles. Il faisait ce qu'il voulait. Et pour lui, une relation…
Rafael soupira.
-Une relation ne pouvait pas être monogame.
Il se pencha en avant.
-Et tu me connais.
Ses doigts remontèrent glisser derrière la nuque de Sonny.
-Je ne partage pas.
Sonny sentit un frisson naître devant l'intensité du regard de son fiancé. Il se pencha, réduisant la distance entre eux deux, leurs fronts se touchant presque.
-Je t'aime, dit-il doucement.
Le sourire de Rafael était tellement doux que Sonny attendit à peine sa réponse pour se saisir de ses lèvres. Sans doute que personne ne pouvait imaginer une telle expression sur le visage de l'adjoint au procureur Rafael Barba. C'était juste à Sonny. Il était juste à Sonny.
Sonny pouvait sentir les doigts de Rafael contre sa peau, il pouvait sentir ses lèvres contre les siennes et son souffle mêlé au sien, mais ce n'était pas assez. Ce n'était jamais assez. Le détective se pencha en avant, approfondissant le baiser. Il pouvait sentir la chaleur de la peau de Rafael, sa présence. Il ouvrit les yeux qu'il n'avait pas souvenir d'avoir fermé et se retrouva plongé dans le regard tendre de Rafael. Il lui était comme impossible de se détourner de ses yeux.
-Okay… Sur que tu n'es pas jaloux ? sourit Rafael, leur nez s'effleurant presque.
Sonny eut un léger sourire gêné avant de venir poser son front contre l'épaule de Rafael. Il tourna légèrement la tête, déposant un baiser léger dans le creux de son cou.
-Je suis ridicule ?
-Totalement. Mais j'ai l'habitude.
Sonny secoua la tête avec une légère moue amusée avant de reporter son regard sur Rafael. Le procureur l'observa se mordre la lèvre en le regardant. Avec son pouce, il libéra la peau torturée.
-Vas-y je t'écoute. Je te l'ai dit, j'ai l'habitude que tu sois ridicule.
Sonny l'observa, avant de se réinstaller au fond du canapé.
-Okay. Okay, dit-il comme pour se convaincre. Donc… je suis… où par rapport à Andrew… ?
-Où ? le coupa Rafael. Tu es mon fiancé et je vais t'épouser. Voilà où tu es !
-Non, je…
Sonny soupira.
-C'est compliqué à… formuler. C'est déjà pas clair dans ma tête alors…
-Okay. Prends ton temps alors, dit Rafael en se levant de la table basse et en rejoignant son fiancé sur le sofa.
Il tendit les jambes, glissant un coussin derrière son dos et guida Sonny contre lui. Il posa ses lèvres contre le haut du crâne de son fiancé.
-Je sens que ça va être long alors…
-Autant bien s'installer, compléta Sonny en soulevant le bras de Rafael pour venir se blottir contre lui.
Il déposa un baiser sur le biceps de Rafael, quel dommage qu'il ne soit pas en manche courte. Le pouce de Rafael caressa le dos de sa main.
-Quand tu veux, murmura-t-il dans ses cheveux.
-Je suppose que je voulais savoir où je me situais… entre Andrew et Alex.
Le pouce de Rafael stoppa ses caresses.
-Alex Muñoz ?
-Oui évidemment Alex Muñoz. A moins que tu sois sorti avec un autre Alex ?
-Je… crois pas… Pourquoi…
-Parce qu'il était ton premier. Et que… votre histoire t'a… marqué…
-Oui… C'était mon premier comme tu dis. Le premier baiser. Le premier amant. Le premier petit ami. La première rupture…
Quelque part, dans son subconscient, Rafael savait que Alex avait façonné son rapport à la relation amoureuse.
-Et après, avec Andrew, tu as choisi son total opposé, assena Sonny.
-De qu… ? Non !
Sonny bascula la tête en arrière pour croiser le regard de Rafael.
-Si. Andrew est l'opposé d'Alex. Tu as… choisi quelqu'un qui n'a jamais dû connaître le placard une seule fois dans sa vie alors que… Alors qu'Alex t'a quitté pour rester enfermé dans le sien.
-Euh… C'est… étrangement sensé. Tu devrais réfléchir à un diplôme de psychologie ensuite.
Mais Sonny ne releva pas. Il reporta son attention sur le mur en face de lui et referma ses doigts sur l'avant-bras de Rafael, comme cherchant à ne pas dériver.
-Et moi je… Au début de… Au début de notre relation, je… et même maintenant… Je... Je n'arrête pas d'y faire des allers-retours.
-Hey. Non. Ça n'a rien à voir. Je ne peux pas... Je ne peux pas te reprocher quoique ce soit Sonny. Je ne peux pas te demander de coller des stickers du rainbow flag partout sur ton bureau. C'est le travail. C'est… Après ce que tu as vécu, en plus….
-Je ne veux pas que tu croies que je me cache parce que j'ai honte.
-Je ne le crois pas.
-Parce que ce n'est plus le cas, ajouta Sonny dans un souffle.
Rafael posa une main sur la joue de Sonny, lui relevant la tête pour croiser son regard.
-Je suis fier de toi. Des progrès que tu as fait. De l'homme qu'est devenu ce garçon terrifié qui priait Dieu de le changer. Tu n'es ni Alex ni Andrew. Tu es toi. Tu es unique. Et pour rien au monde je ne voudrais que tu changes.
-Pas même un peu ? tenta de plaisanter Sonny.
L'ambiance était bien trop sérieuse. Mais Rafael secoua la tête, son pouce caressant la tempe de son fiancé.
-Pas même un peu. Pas même un tout petit peu. Et on ne peut pas dire que je sois un immense représentant de la communauté, non plus. Queer ou latino. Dieu sait qu'Amaro adore me le rappeler.
Sonny grogna.
-Ne parle pas de lui, s'il te plaît.
Rafael se pencha au-dessus de Sonny, ses lèvres à quelques centimètres de sa peau.
-Tu préfères que je te parle de toutes les choses que j'aime chez toi ?
Les yeux de Sonny pétillèrent quand ils croisèrent ceux de Rafael, avec précaution il se dégagea de l'étreinte pour s'asseoir. Ses doigts vinrent caresser les lèvres de son fiancé.
-Juste une chose …
Rafael grogna, pourquoi ne pouvaient-ils pas tout simplement s'embrasser ? Parce que les lèvres de Sonny étaient plus qu'attrayantes à cet instant.
-Je sais qu'ils t'ont trahi. Tous les deux. Mais je… J'en suis content.
Rafael fronça les sourcils.
-Parce que sinon, je ne t'aurais jamais rencontré… Et ça… ça aurait été dommage.
Ce fut au tour des doigts de Rafael de venir caresser tendre le visage de Sonny.
-Je n'ai jamais été aussi heureux qu'avec toi.
Sonny ne put s'empêcher de sourire et de venir poser son front sur celui de Rafael. Les deux hommes savourèrent ce moment d'intimité, les yeux fermés.
-On a assez parler, non ? murmura Sonny.
Ce fut comme si le procureur avait attendu cette phrase pour venir se saisir de la bouche de Sonny en un baiser lent. Ils se séparèrent, leurs nez s'effleurant avant que, de nouveau leurs lèvres ne se rejoignent. Un baiser succédant rapidement à l'autre, les dents mordant les lèvres, les mains caressant les corps. Ils n'avaient besoin que des mots pour communiquer.
You Won't Relent
[Chorus]
You won't relent until you have it all
My heart is yours
You won't relent until you have it all
My heart is yours
[Verse 1]
I set you as a seal, upon my heart
As a seal upon my arm
For there is love
That is strong as death
Jealousy demanding as the grave
And many waters can not quench this love
[Chorus]
You won't relent until you have it all
My heart is yours
You won't relent until you have it all
My heart is yours
Come be the fire inside of me
Come be the flame upon my heart
Come be the fire inside of me
Until You and I are one
Until You and I are one
[Chorus]
You won't relent until you have it all
My heart is yours
You won't relent until you have it all
My heart is yours
