Comme une épée de Damoclès cédant après avoir pendu bien trop longtemps au dessus de leurs têtes, la nouvelle était tombée.

Edelgard, la femme de sa vie, allait mourir. Et elle ne la suivrait pas.

Byleth le savait. Ne vieillissant pas, elle n'avait pu qu'observer l'impératrice tant aimée péricliter lentement avec le temps. Elle n'avait pas eu conscience de cet état de fait au premier abord, avant de voir sa femme atteindre d'abord la cinquantaine, tandis que son propre corps ne changeait pas d'un cheveux.

Même alors, elle n'y avait pas pensé. Car les jours qui coulaient de plus en plus vite à mesure qu'elles vieillissaient, étaient heureux. Chérir chaque jour de sa vie une personne dont les sentiments sont réciproques est une bénédiction trop rare, dont elle ne pouvait gâcher aucune secondes. Toutes deux impératrices de l'empire d'Adrestia, désormais seul territoire du continent, et ayant accompli ce rêve dont elles partageaient toutes deux la finalité, de libérer au maximum le peuple de la hiérarchie imposée par les Emblèmes, et apportant après trop d'années de conflits une paix qu'elles avaient durement gagné, leur vie était devenue plus calme. Elles n'avaient qu'à s'occuper des affaires communes de l'empire, déléguant plus de charges à leurs héritiers, qu'elles avaient adopté parmi les chérubins dont Dorothea avait la charge, avant son trépas une décennie auparavant.

En y repensant, ce fut cette mort si proche d'elles, qui fit comprendre à l'épouse de l'impératrice que sa vie allait continuer de couler tel un fleuve inarrêtable, tandis que ceux qu'elle chérissait tomberaient, sous le poids des maladies et des ans. Elle, qui s'était refusée de vivre dans la crainte, n'avait pas pu s'enlever de l'esprit que son immortalité perdrait de son sens, une fois son aimée partie.

Lorsqu'elle ouvrit la porte de leur chambre commune, la lumière du soleil vint l'éblouir, tandis qu'un courant d'air inattendu la frappa. L'ombre d'Edelgard, observant l'horizon à travers la fenêtre ouverte, était magistrale. Désormais octogénaire, l'impératrice n'avait rien perdu de sa superbe. Mourante, elle se tenait pourtant debout, pour regarder ce royaume bâti dans la sueur, le sang et les larmes. Elle tourna son visage fébrile, orné d'un sourire enchanteur vers sa femme.

« Tu as raté le lever du soleil. Essaie de le regarder à mes côtés, demain. » Sa voix vieillissante restait lucide. Elle parlait, comme si la mort ne frappait pas bientôt à sa porte.

« … Désolée. J'ai eu la nouvelle du médecin. Il t'en as parlé, n'est-ce pas ? » L'impératrice soupira, restant souriante.

« Oui, son air était aussi dramatique que le tiens d'ailleurs. Il me reste quelques jours. Je peux encore me lever. Certains ont eu des morts plus horrible. »

L'argent de ses yeux se remit à admirer l'horizon, comme pour imprimer dans sa rétine la vision de cet empire, qu'elle la suive après son dernier souffle. Sans un mot, Byleth vint se coller à son dos, l'enlaçant de sa plus grande tendresse. Alors qu'elle avait couvert d'amour sa femme tout le long de leur vie commune, elle se sentait soudain minable. Elle aurait pu faire mieux. Elle aurait DU faire mieux. Ne pas la faire souffrir des rares disputes qui ont submergé leurs cœurs, ou des jalousies qui ont pu se créer entre elles, dans leur jeunesse. À aucun moment de sa vie éphémère, elle n'aurait du être une source d'ennui.

« Sois forte, pour nos enfants, veux-tu ? Nos derniers jours ensembles seront ceux que je garderais le plus en mémoire. Mais je ne te demande pas de me cacher ta peine. Nous nous sommes toujours tout dit, même lorsque ce fut douloureux. »

« Puis-je être égoïste, El ? » elle vit l'argent de ses cheveux, qui n'ont rien perdu de leur éclat, acquiescer. « Ce n'est pas de te perdre dont j'ai le plus peur. C'est de te survivre. J'aimerais te suivre dans la mort, mais je ne le peux pas. »

« En effet. Car tu dois penser à nos enfants. Ils ne peuvent pas perdre leurs deux mères, bien qu'ils commencent à grandir. Sois là pour eux, s'il te plaît. Rends les digne de ce que nous avons créé. »

« … Mais je les verrais mourir, à leur tour. Ainsi que les petits enfants qu'ils offriront à nôtre famille. Et ceux qui suivront... »

L'impératrice se retourna, pour enlacer à son tour celle qui lui avait redonné le courage de forger son avenir.

« J'aimerais porter le fardeau de l'immortalité pour toi. Si, un jour lointain, tu faillis, sache que je t'attendrais dans l'au-delà. Crois en cet endroit rêvé, où tous nos proches nous attendent depuis déjà un moment. Je suis certaine que Dorothea biberonne tout le monde. Bernadetta a du dessiner les portraits de tous ceux qui l'ont rejointe, tandis qu'elle fuit les brimades répétés de ce cher Ferdinand. Lindhart me rejoindre lui aussi, et ce sera l'occasion de retrouver Pétra, qui vit si loin de chez nous qu'on ne peut lui parler que trop peu. Je suis sûre qu'elle a encore une longue vie devant elle, profite peut-être de mon départ pour lui rendre visite. Et maintenant que je sais que mon trépas est très proche, j'ai une légère hâte de revoir Hubert. Il va me foudroyer du regard lorsqu'il me verra morte, mais je sais qu'il sera soulagé de me revoir. Il nous as tant manqué lorsqu'il nous a quitté... »

Pour la première fois de sa vie, durant le discours de l'impératrice, Byleth se permit un torrent de larmes. L'âge la rendait sensible. Le temps où une seule larme ne pouvait couler était révolu, car l'amour en elle était devenu plus fort que le vide ressenti depuis toujours. Il est si terrible de sentir son cœur se vider, alors qu'on a pu le remplir de mille souvenirs. L'impératrice la laissa sans un mot, ni larme.

La mort était une douleur qu'elle acceptait volontiers, bien qu'elle eut désiré voir son âme-sœur la rejoindre.

« Un jour, nous nous reverrons. » Déclara-t-elle dans un dernier espoir.

« Attends moi jusque là, El. »

Son dernier souffle fut soupiré deux jours plus tard, dans son lit, paisiblement. Entourée de sa famille aimée. Ce jour-là, devant tout le monde, Byleth ne pleura pas. Ce fut le sourire mélancolique qui la définissait, en enlaçant les enfants attristés qu'elle allait chérir comme la prunelle des yeux d'argent de celle qu'elle avait perdu.

J'espère que vous avez aimé ma première fiction uploadée sur FFnet, et je ne sais pas si d'autres suivront vu comme je galère avec l'interface! Prenez soin de vous!