Petit mot de l'auteure : voici ma participation à la 2e édition du "Pas à pas" organisé par Bibliothèque de Fictions. Le principe ? Chaque dimanche, deux contraintes sont données, il faut en placer une dans le texte. Le tout dure cinq semaines, à la fin on a donc une histoire en cinq chapitres qui se construit au fur et à mesure. Pour cette semaine, j'ai choisi la contrainte "placer le prompt "je t'attends ici""
Concernant cette fic. C'est du pre canon. J'ai une idée de où je veux aller, mais avec les contraintes surprises on verra quelle direction finale ça prendra. En tout cas, ça parle d'Aerys, donc des petits warning : viols, agression sexuelle, violence et toutes les joyeusetés qu'on peut associer à Aerys en somme.
Merci à House of the lion pour sa correction !
Jaime ne parvenait pas à s'endormir.
Il était pourtant épuisé. De garde la nuit précédente, il n'avait pas fermé les yeux depuis quarante-huit heures maintenant. Il était en plus resté de longues heures debout, fatiguant ses muscles et pour parachever sa fatigue corporelle, avait participé aux sessions d'entraînement de la garde. Mais malgré tout cela, il demeurait résolument réveillé.
La faute en était à Aerys.
Comme tous les jours depuis trois mois, d'ailleurs. Le roi fou était à l'origine de tous ses tourments nocturnes. Les bons jours, il entendait le rire fou du roi ; un rire si fort qu'il lui vrillait les tympans, emplissait son âme sans qu'il ne parvienne à s'en débarrasser. Il restait plusieurs heures à fixer le plafond de sa chambre, ce rire fou dans ses pensées. Et lorsque le matin venait, et avec lui sa journée de garde, que Aerys se fendait à nouveau d'un éclat de rire malsain, il se demandait s'il n'avait jamais cessé de le faire.
Les mauvais jours, c'était son odorat qui lui jouait un mauvais tour. Revenait à son esprit l'odeur des corps calcinés dont les cendres hantaient la salle du trône. Il y avait celles de Rickard Stark, les premières, celles qui lui avaient fait comprendre l'horreur du piège dans lequel il était tombé, mais aussi celles de tous ceux qui avaient suivi. Des cuisiniers qui avaient servi un plat trop froid, des bardes aux chansons peu appréciées, des ennemis – de qui, de quoi, pourquoi, personne ne le savait vraiment, si ce n'est qu'Aerys répétait qu'ils étaient des ennemis et que les ennemis devaient mourir. Autant d'inconnus que Jaime n'avait pas sauvés.
Autant d'inconnus qui venaient hanter ses nuits.
Et puis, il y avait les jours les plus horribles. Ceux où il devait suivre Aerys jusque devant la chambre de la reine. Là, Jaime était contraint de rester debout, à ne rien faire d'autre que d'entendre les bruits de l'orage qui tapait dans la pièce. La porte s'ouvrait ensuite, juste le temps pour lui d'apercevoir une Rhaella en pleurs dans des couvertures en sang, avant que le battant ne se referme brusquement et qu'Aerys ne lui dise d'une haleine enivrée qu'il pouvait disposer. À chaque fois, Jaime se disait que le roi ne l'avait fait venir que pour qu'il assiste indirectement à ces baisers forcés.
À chaque fois, Jaime se disait qu'il réussirait à vaincre sa peur et dirait sa manière de penser au roi.
Mais à chaque fois, Jaime se ravisait. Car Aerys n'était assurément pas humain ; seul un démon pouvait faire de telles choses. Et qu'est-ce qu'un enfant de quinze ans pouvait faire contre un démon ? Rien, se répétait le blond pour tâcher de se convaincre qu'il n'était pas responsable des larmes de Rhaella.
Bien évidement, il échouait toujours.
Alors il restait éveillé, des heures durant. Bien souvent, afin de s'extraire des cauchemars qui menaçaient de l'envahir, il se levait pour parcourir le Donjon Rouge.
Ce soir était l'un de ces horribles soirs. La journée avait réussi à combiner un brasier dont la fumée laissait une odeur âcre dans ses narines et une excitation que Aerys avait soulagé de câlins brutaux dans la chambre de son épouse.
Sentant qu'il ne parviendrait donc définitivement pas à s'endormir malgré son épuisement, Jaime s'était donc résolu à se lever. Explorant les couloirs sombres, il profitait du château silencieux. Dans la sérénité de la nuit noire, le Donjon Rouge avait l'air presque paisible. Si seulement les journées étaient pareilles... Jaime n'aurait alors regretté Castral Roc que pour Cersei et Tyrion. Jaime tâcha de chasser l'esprit de son frère et sa sœur. Ils étaient si loin désormais ; penser à eux ne lui faisait que du mal.
Sûrement était-ce parce qu'il était perdu dans ses pensées qu'il ne vit pas la porte s'ouvrir.
Lorsqu'il émergea de sa songerie, ce fut pour tomber nez à nez avec Rhaella. Un frisson de peur l'envahit alors ; il n'était pas vraiment censé quitter ses quartiers si le roi ne l'avait fait mander. La reine pouvait tout à fait la dénoncer. Elle ne le ferait pas par méchanceté, mais pour se protéger d'Aerys qui ne manquerait pas de lui faire payer s'il venait à savoir qu'elle avait laissé son otage vagabonder sans surveillance. Le roi souhaitait en effet que Jaime reste toujours là où il lui était impossible de fuir, dans la tour blanche. Toutefois, au lieu de crier afin d'alerter des gardes, elle lui demanda doucement :
- Que faites-vous là ?
À ce moment, Jaime aurait dû mentir, dire que Aerys l'avait appelé, qu'il avait entendu un complot contre elle et était venu s'assurer de sa sécurité, qu'il était somnambule. N'importe quoi. Mais au lieu de quelque chose d'intelligent, il dit la vérité.
- Je n'arrivais pas à dormir. Alors j'ai marché.
Là, Rhaella ne répondit pas immédiatement, mais ses yeux se remplirent d'un voile de tristesse.
- Puis-je vous accompagner ? Demanda-t-elle finalement.
Une fois encore, Jaime aurait dû répondre tout un tas de choses.
À la place, il dit oui.
- Je vous remercie, sourit Rhaella. Je reviens dans un instant, je vais chercher un châle.
- Je vous attends ici, s'entendit répondre Jaime.
Alors que la reine retournait dans sa chambre, le blond se dit qu'il devrait profiter des quelques secondes qu'elle lui laissait pour s'enfuir dans l'obscurité. Cela vaudrait mieux pour lui comme pour elle ; après tout, s'il y avait bien un être que Aerys souhaitait enfermé encore plus que lui-même, c'était bien Rhaella.
Et pourtant, quand la reine revint deux minutes plus tard, châle sur les épaules, Jaime était toujours là.
Et ce furent côte à côte qu'ils s'engagèrent dans la noirceur du palais.
