Hello les gens ! Me voilà au rdv du mois ^^ ! J'espère que vous allez bien. Personnellement le nouveau confinement ne m'enjaille pas des masses, surtout qu'on a déjà eu des couvre-feux de l'enfer qui nous oblige à métro-bout-dodo. Ah là là. En fait c'est pas tant la situation. Avoir un toit et à manger, c'est juste la base. Mais j'avoue commencer à manquer de contact humain. J'ai l'impression que la folie des gens se déchaînent aussi haha.
Enfin bon, prenez soin de vous. La vie n'est pas finie ! Si je peux vous apporter un peu de douceur en ces temps troubles, c'est avec joie. J'espère arriver à écrire plus rapidement et en qualité pour arriver à publier bi-mensuellement aussi. Ça serait le rêve.
Des bisouuuus !
RAR :
Eclipse1995 : Hey hey heeeey ! Tu règnes toujours en maîtresse dans la section ! Réjouis-toi ! Tu es la dernière résistante. S'il t'arrive un truc les lecteurs pourront enfin passer directement à la suite mdrrrr
Meuf, Tifa avec Genesis ? Explique-moi ! Je veux savoir :3
Ah non mais c'est sûr que les corrections c'est ma partie bonheur chaque fois. La publication n'est que le travail final, surtout que je n'ai plus de reviews ^^
Le rythme 1 chp/mois est pas trop mal. Ça laisse le temps de respirer. Enfin, dès que tu commences à jongler sur plusieurs trucs, là ça commence à piquer. Si je m'écoutais je ferais un chapitre/jour en vrai. Mais malheureusement j'ai des trucs à faire. Si je suis riche un jour qui sait.
Faut que tu m'envoies ton idée de prochain tatouage :3
Mais meuuuuf c'est trop cute les araignées ! Qu'est-ce qu'elles t'ont fait XD haha "J'aimerais devenir la chaise sur laquelle s'asseoit" wth hahaha qu'est-il arrivé à notre bon vieux "j'aimerais disparaître dans un trou/le sol" tout simplement x)
Wiiiii vive tAtu en russe meuuuuf c'est trop bien !
Chapitre : Naaaaan sérieux ? J'ai changé à la dernière seconde en plus. Sache-le haha. Nommer les chapitres c'est l'une de mes activités favorites. En mode "poésie-résume ton chapitre en une ligne, I dare you". Moi j'ai appris très tard que Alice c'était pas un oneshot déjà lol. Donc cool !
Haha grave, c'est clair pour tout le monde sauf eux, c'est terrible XD.
Meuf, j'espère que t'as aimé la référence. ^^
Hmmm Angie ça dépend de tes goûts après. Belle et élégante c'est surtout Vincent qui pense ça. En vrai faut pas se comparer. Je pense que même si la beauté le tape dans l'oeil jusqu'au coude, à la fin la personnalité reste primordiale. *DG regarde Lucrécia, mal à l'aise* Du moins dans ma tête, okay ?
Hahahaha Felicia qui s'attaque à son cerveau primaire. Pourquoi est-ce si poétique lorsque c'est toi ? Pourquoi je m'embête encore à écrire ? J'aurais dû changer toute la scène. "Mes yeux tombent sur sa camisole. Cette peste de Felicia a décidé de s'attaquer à mon cerveau primaire. C'est très efficace. Je suis impuissant. Face à la tactique, bien sûr. Tout le reste est très en éveil. J'étais très inquiet après trente ans." (Que quelqu'un m'arrête mdrrrr)
Je suis contente que cela soit perçu comme ça en tout cas. Je penche comme tu le sais du côté de Vincent, mais j'espère leur avoir tous les deux donné "raison" en quelque sorte. Cela dit, oui j'ai envie de les secouer comme des pruneaux. Enfin, avec le temps, qui sait, ils finiront bien par savoir ce qu'ils veulent et en même temps.
"il espérait un peu qu'elle le repousse pour que sa conscience reprenne le dessus" meuf c'est exactement ça. Il est tiraillé par tous les bouts le pauvre et elle fait rien pour l'aider XD et je pense qu'on est tous d'accord pour dire que c'est romantique mais elle est clairement trop jeune. Elle ne sait pas ce qu'elle veut encore. Cela dit, je pense que cela n'entre pas en contradiction avec le fait que passé leurs premiers accrochages, Vincent est tout à fait son genre. Dans ce chapitre on découvre même son goût pour l'interdit. J'ai trouvé ça très intéressant à exposer :3
"La seule personne qui doute de Vincent est Vincent lui-même (Alix lui en fait la réflexion d'ailleurs x) )" Oui c'est marrant qu'on en arrive à la même conclusion XD Qui sait, on a peut-être bel et bien cerné le personnage x) "Il va falloir du temps à Vincent pour panser ses plaies. Pour lui, l'affaire Lucrécia date de hier après tout." Mot-clef de ce chapitre. Comme tu dis, y a du boulot XD (j'en peux déjà plus mdr)
Pour Chaos, encore une fois, y a que Vincent qui reste à quai. Le ship a sail jusqu'au bout du monde pour moi XDDDD. Pour moi ils sont clairement tous les trois mordus et péchés. (oui, le jeu de mot est intentionnel) "le démon va la ressusciter pour la tuer de ses propres mains et avoir la paix." Hahaha, prédiction ? Après tout, elle n'est pas vraiment morte... :3 Elle ne peut pas mourir à cause des cellules de Jénova en elle.
"C'est drôle, il donne l'impression qu'il vient de tromper Lucrécia... avec qui il n'a jamais été en couple x) (pour moi, hein, je sais que c'est flou !)" Non oui tu as raison, c'était tout à fait l'intention. ^^ Tu as bien lu. J'espère que d'autres le verront comme ça aussi. Et voudront le secouer très fort.
Nan mais là c'est sûr, y a que Vincent qui se retient encore. Disons que les autres ont vu comment ils étaient, ils ont dit "laisse tomber, les séparer est peine perdue". Et puis ils savent qu'il est pas mal intentionné et qu'il l'aime sincèrement. Il aime d'un amour vrai et je me plais à penser qu'ils veulent le voir heureux aussi. Et franchement, il a l'air beaucoup plus vivace depuis qu'il a Angie à protéger. Je pense qu'avoir un but et l'accomplir a tendance à te rendre plutôt vif. (Oui Cloud, je te regarde)
Moi aussi j'ai trouvé plus plaisant ! J'ai essayé de supprimer des paraphrases ou passages trop lourds. J'ai essayé de rendre plus fluide comme tu as dit. Merci encore en tout cas pour ton aide. Sans toi et Full, les chapitres ne seraient pas aussi bons qu'ils le sont maintenant. oxox
Comme toujours, merci à Full1 et Eclipse pour ce chapitre. Des bisouuus à tout de suite !
Chapitre-24
Le choix des amants
Angelina (Music : In the Mood for Love de Shigeru Umebayashi)
J'esquivai de justesse la pointe de son arme en contorsionnant mon torse vers l'arrière. Tournant sur un pied, je continuai mon extension jusqu'à l'atteindre en plein torse. « Ah ! » Une douleur m'électrifia sur place au moment de ma victoire, me coupant le souffle. Je me laissai tomber au sol, m'emparant de ma cheville. « Angie ! » Mon adversaire jeta son casque et son épée d'escrime en se précipitant sur moi, révélant un beau visage aux cheveux bruns encadrant son visage ciselé.
Ses mains découvrirent puis tâtèrent aussitôt mon articulation. Ses yeux inquiets aquamarine presque bleus étaient rivés à moi, guettant une réaction. Ma main droite laissée en suspens tremblait légèrement à cause de l'élancement aigu.
-Tu as mal ?
Je pinçai les lèvres pour garder le peu de contenance qu'il me restait. Quand je pense que j'avais tant insisté, m'étais tant entraînée pour le battre.
-Hm, forçai-je entre mes dents.
-Ivor, emmène-la à l'infirmerie, lance l'instructrice. Je vais appeler son père.
-Non ! protestai-je. Je vais bien. Inutile d'en faire une scène. Prévenons simplement la limousine, je demandai ensuite à Ivor.
Il hocha la tête. Je retirai mon casque juste avant qu'il ne me soulève dans ses bras. Les autres filles me regardèrent avec dédain ou agacement. Je leur renvoyai une grimace irritée, fronçant du nez. Il me serra contre lui, l'air tendu, les traits serrés. Je lui rendis son étreinte, enserrant sa nuque, ma tête dans le creux de son épaule tandis que nous disparaissions dans le couloir.
-Ça va aller, souffla-t-il.
C'était faux.
Une chaise roulante m'attendait à la sortie de la limousine. Je roulai des yeux. Quand nous fûmes à l'intérieur du manoir, à peine la porte s'était-elle refermée que mon père s'était approché de nous. Que faisait-il là ? N'était-il pas en ville dans notre immeuble ? Il ne me toisa qu'une seconde avant de gifler Ivor sans ménager sa force. J'écarquillai les yeux. Mon cœur en étau, les mains crispées, je serrai les dents en foudroyant mon père du regard, tremblante de rage.
-Il n'est pas responsable ! m'écriai-je.
Mais mon père n'en avait cure. Ivor était responsable de moi. Quiconque était en ma présence était responsable de moi en son absence. Les traits d'Ive étaient froissés en face de moi, ses mains crispées sur sa robe, les lèvres pincées. Ivor me retint d'une main sur l'épaule pour me maintenir dans mon siège. Il se redressa calmement de sa longueur, le visage fermé. La patience incarnée.
-Remettez-vous bien, Angelina.
Il abaissa la tête vers moi, avant de s'incliner à nouveau vers mon père. Puis tourna dignement les talons.
-Ivor, appelai-je faiblement en le regardant quitter le manoir, coupable.
Je me retournai vers mon père avec un air méprisant, gagnée par les flammes. Les choses que je voudrais lui balancer sans risquer d'empirer la situation pour Ivor. Il se tendit, l'air prompt à m'infliger le même traitement, avant de se figer. Je sursautai lorsqu'il saisit mon visage, plantant son regard acier dans le mien.
-Observe tes manières, Angelina, dit-il laconiquement. Tout est pour ta protection. Ivor se doit de comprendre sa place. Et toi aussi.
Je lui cracherais volontiers au visage songeai-je en fronçant les ailes du nez. Mes traits tremblaient de fureur et d'amertume. Il quitta également l'entrée faste de notre demeure avec sa suite tel un coup de vent.
Je gémis et proteste quand je sens mon corps être gentiment secoué. « Angie. » Il semble soupirer de soulagement et de regret à la fois. « Iv… ? » je marmonne, me retournant sur le côté. Je cherche quelques secondes sa main avant de me rendre compte que j'avais déjà roulé ma joue sur sa paume droite et que sa greffe se trouve sur mon épaule. Je cligne des yeux, me forçant à ouvrir les yeux.
Vincent.
-Tu dors depuis longtemps. Il est rassurant que tu te reposes, mais tu dois vraiment te restaurer.
Je gémis à nouveau pour me plaindre même si je sais qu'il a raison. J'ai si bien dormi pour une fois…je commence enfin de moins en moins à être réveillée par mes nausées.
-Je n'ai pas envie de me remettre à vomir…
-Angie, il m'appelle de façon plus ferme.
-Je sais…
Une promesse est une promesse. Je bouge à peine qu'il m'aide à me mettre en position assise sur mes oreillers. Si lui et Ive me surveillaient en même temps, je deviendrais folle. Il est plutôt égal à lui-même pour quelqu'un qui a franchi ses limites et m'a embrassée comme si demain n'existait pas. C'est incongru, pendant une seconde j'ai imaginé que…
Je remarque alors qu'Elfé, Shera et Cloud étaient tous trois vers la porte, me prenant totalement par surprise. Je vide mon expression de quoi que ce soit qui pourrait me trahir…
-Bonjour, je leur lance.
Ils me répondent tous différemment.
Vincent me tend un plateau qui a l'air affreusement appétissant malgré mon aversion grandissante pour la nourriture, même si je parviens à retenir de plus en plus de choses dans mon estomac. Je lui envoie un regard découragé. Il me somme presque du regard de manger sans trop me faire prier en retour. Elfé aussi me lance un regard insistant, exigeant même. Je roule des yeux.
-Vraiment parce que c'est vous, je chuchote très bas.
Je soupire avant de boire et d'obtempérer. Le plat est chaud, et sur le coup, il me réchauffe désagréablement alors que je le sens littéralement remplir et brûler mon estomac. Intérieurement je fais une prière pour qu'il reste là. Je jette un œil autour de moi et constate qu'ils ont tous l'air inquiets mais soulagés aussi par le plateau vide. Je leur souris pour essayer de les rassurer.
-Voilà voilà ! s'exclame Tifa en arrivant.
Je m'exclame de joie dans un souffle, tapant des mains en voyant le sundae au cactuar. Vincent se lève pour aller le chercher. Cloud émet un rictus tandis que les trois filles sourient doucement.
-Tu aurais dû le dire de suite que j'aurais droit à une récompense, je glisse en souriant.
-…Cela annulerait l'effet de surprise, souffle Vincent.
Je glousse. Nous entretenons une conversation habituelle, demandant des nouvelles. Apparemment, rien de grave, et les monstres sont facilement tenus à distance à toutes les frontières. Les chalutiers repoussent même chaque jour le territoire de pêche. Même s'ils se tiennent à une distance décourageante, je me sens apaisée, une douce chaleur dans ma poitrine en entendant la pièce vivre.
-Maintenant il ne reste plus qu'à croiser les doigts, conclus-je en finissant.
-Croiser les doigts ? questionne Elfé.
-Tu sais, comme ça, dis-je en démontrant. On fait ainsi sur Terre pour appeler la chance.
Les membres d'Avalanche s'y essaient, comparant leur réussite, provocant le rire de Tifa ou moi. Vincent m'observe. Je lui lance un mince sourire. Qu'il arrive à maintenir un masque aussi indifférent me dépasse, alors que je ne cesse de me repasser ce qu'il s'est passé comme un film dans ma tête. Je brûle de prendre sa main.
Shera perce soudainement ma bulle, me faisant une énième minuscule prise de sang quand le plateau est retiré.
-Je serai rapide, dit-elle en collant un énième pansement.
-Pas de soucis.
-Je reviens dès que possible avec des conclusions et le microscope, comme toujours.
J'acquiesce, incertaine. Et elle s'en va à toute allure. Vincent lance un regard à Cloud.
-T'en fais pas, Reeve et moi on continue de les surveiller avec attention.
J'affiche ma confusion.
-Oh ma pauvre, tu as passé tellement de temps à dormir que tu ne sais probablement pas, glisse Tifa. Nous avons dû faire appel à des scientifiques qu'on espère indépendants pour surveiller ton état et celui de Felicia. Nous n'avions pas les compétences requises.
Je hoche la tête, remplie d'interrogation.
-C'est tout à fait compréhensible.
-Évidemment, on ne veut pas que les informations sur toi fuitent et tombent entre de mauvaises mains, comme la Shinra, rajoute Elfé.
-Mais on a tous confiance en Shera, n'est-ce pas ? argumente Tifa. Elle les surveille de près.
-…J'ai confiance, dis-je après réflexion.
Felicia et Vincent échangent un regard, alors que Cloud m'observe avec attention.
-Tu as l'air d'aller beaucoup mieux, Angelina. J'ai entendu que tu avais eu une baisse de moral. Je suis sûr que les résultats seront plus positifs cette fois.
Il fait une pause, l'air tendu en cherchant ses mots.
-N'abandonne pas. Il y aura toujours quelqu'un pour te tendre la main.
Je déglutis, sentant une gêne incommensurable s'emparer de moi dans le silence qui tombe.
-Exact. On ne devient pas héros du jour au lendemain juste parce qu'on le veut ! C'est un effort de tous les jours, renchérit Tifa avec légèreté.
Je grince des dents.
-…Je vois que tout se sait dans Avalanche, je marmonne.
-Quoi, tu pensais pouvoir échapper au même traitement après tout ce que tu nous as sorti ? taquine Tifa.
Ma poitrine se serre, amèrement, et positivement à la fois. Cloud attend toujours, étrangement insistant.
-Merci…Cloud, je réponds maladroitement.
En vérité…après Chaos et Vincent, je me sentais insufflée d'une nouvelle Énergie. Mais à cet instant je me sens étrangement plus revigorée que jamais, comme si tout m'était à nouveau possible.
-Tu n'étais pas censé me détester ?
-Bon, j'ai à faire maintenant, lance-t-il en quittant la pièce en bougeant une main désinvolte par-dessus son épaule.
Il nous arrache un sourire amusé.
-Seigneur, je me plains en observant mes vêtements et mes draps noircis. Je suinte du Geostigma par tous les pores, ugh.
Je balance mes mains en l'air, défaite. C'est dégoûtant. Depuis le début de cette histoire, je ne fais que des choses désopilantes. Sauf une, je songe alors que Vincent attire mon attention.
-…C'est bon signe, Angelina. Ça veut dire que tu l'élimines.
Ugh. Je roule des yeux. Il est si…égal et pragmatique.
-Je sais qu'il s'agit de la deuxième et que nous devons économiser l'eau, mais une douche, par tous les saints.
Ni une ni deux, Vincent passe ses bras délicatement autour de moi, un air léger sur le visage. Je place les miens prestement, avec l'habitude, faisant une prise confortable pour nous deux. Je suis toujours extrêmement faible et ensommeillée, mais surtout malgré le moment que nous avions échangé, Vincent mettait un point d'honneur à me tenir à distance malgré des tentatives répétées.
Nous traversons le salon, puis il me pose sur le rebord de la baignoire dans la salle de bain avant de s'éloigner vers la porte, le dos tourné. Je soupire, excédée d'être baby-sittée et réduite à cet état après tous mes efforts. Vincent est redevenu malgré lui une boule de nerfs se faisant un sang d'encre, même si sa colère a clairement l'air d'avoir fondu à ma bonne volonté, ce qui est toujours bon à prendre.
Je ne crains absolument pas qu'il jette un œil. Vincent est un gentleman pur et dur. Le pauvre. Je suis si pathétique. Ce que j'ai dû prendre devrait être vraiment précieux car à ce stade mon état aurait largement dû s'empirer vu la progression récente. Et il a l'air grandement affaibli, sa lumière plus effacée que jamais.
Je me déshabille, active l'eau, puis attends qu'elle soit chaude avant de glisser prudemment à l'intérieur et de m'asseoir. Être complètement nue à quelques pas seulement de lui fait battre mon cœur rapidement même si je sais que ce n'est absolument pas le moment.
Je lave ma peau de son étrange crasse, plus présente qu'à l'accoutumée. J'élimine de plus en plus du Geostigma, mais je jalouse Elfé qui a bénéficié de ma purification et de fait a pu s'en débarrasser dès sa guérison. Si seulement le Cetra pouvait m'accorder cette faveur, je lui en serais vraiment reconnaissante. Je suis fatiguée de survivre.
-Si je te parlais d'un conte controversé sur Terre ? Cela fait longtemps que je n'ai pas parlé fiction.
On en a pas vraiment eu l'occasion, de toute façon.
-Il vient d'une région que l'on appelle la France. Il est très populaire même à l'étranger.
…Je commence sérieusement à me demander si je n'avais pas rêvé toute l'affaire. Son regard est pourtant plus doux mais rien qu'à le regarder de dos ainsi, je sens le fossé qui nous sépare. Nous évitions d'en parler soigneusement bien que le besoin me ronge.
Je lui raconte donc l'histoire. L'originelle, celle qui date d'il y a très longtemps.
-…mais comme je le disais, beaucoup disent que c'est une très mauvaise représentation et une image très toxique en particulier pour la femme moderne. Avec comme je le disais une sorte de pâle représentation du syndrome de Stockholm.
-Stockholm ?
-Quelqu'un qui tombe amoureux de son tortionnaire.
Il met un moment à reparler.
-…Tu ne parles pas de ce que toi tu en penses.
-C'est une belle histoire, au fond. Une histoire, juste cela. La fiction est de la fiction pour une raison, elle est là aussi pour faire rêver. Concrètement…personne n'est blessé. L'histoire doit servir la fiction, pas la morale, non ? Je pense qu'il n'y a aucun mal à se dire…que la Bête a réellement changé à son contact et qu'ils s'aiment sincèrement, qu'il la traite correctement après ses erreurs. S'il n'y a pas de changement ou de progression pour le personnage, il n'y a pas d'histoire, même si je comprends où est le problème.
-…Penses-tu donc qu'elle ait finit par obtenir sa rédemption à la fin… ?
Il parle de la Bête. Je réfléchis un moment. Je commence à connaître Vincent aussi.
-Par amour ? Pour l'amour ? Grâce à l'amour ? C'est évident. C'est là la beauté de l'histoire. Mais toi Vincent, il va falloir que tu retiennes un jour que tu es différent. Tu étais, es, et resteras beau aussi bien en esprit qu'en apparence.
Et même si tu restais sous forme de Bête Galienne en gardant tes esprits… Je ne suis pas sûre que mon cœur battrait différemment. Tu fais tout ce qui est toi. Et c'est là ta beauté.
-Vous n'avez absolument rien en commun. Il n'y a rien à pardonner, si ce n'est quelques cœurs brisés à ton passage, je suis sûre.
Il reste silencieux, croisant les bras et baissant la tête. Il ne dément pas. Je souris amèrement.
Je fis une révérence si bâclée qu'elle reflétait probablement plus mon agacement que ma politesse.
-Non merci, je me dois de refuser, je lâchai du ton le plus distant possible.
J'étais beaucoup plus intéressée par la vue d'Ivor quelques mètres plus loin dans le dos de l'importun, gardant le silence au milieu d'un groupe d'hommes d'affaires. Plus le temps passait, plus il remplaçait Père aux activités mondaines insignifiantes. Ce dernier préférant traiter avec les ingénieurs et autres impératifs plus stimulants, laissant tout l'ennui de nos affaires au pauvre Ivor qu'il formait pourtant étroitement sous son aile.
Les années lui seyaient toujours plus, avec ses cheveux foncés laqués, ses mèches bien rangées sur le côté, sa peau lisse et rasée de près, son nez droit et ses lèvres charnues et sculptées. Il avait de longues jambes élancées qui lui permettaient maintenant de dépasser mon père, mises en valeur par des costumes sombres de bon goûts et une cravate de couleur bleue en général. Il était toujours de nature réservée, le dos droit, l'air observateur trahissant son intellect. Seule sa voix sourde trahissait une douceur et gentillesse cachées aux yeux des étrangers.
-Vous vous ennuyez, cela se voit. Je connais bien votre père. Venez, le salon dont je vous parle est resplendissant. Il est parfait pour y faire affaire.
Je le fixai du regard, excédée. Il sourit, et prit doucement mon coude pour m'intimer avec insistance à le suivre d'un geste de la tête. Je faillis renverser mon verre. À vrai dire, c'est décidé, je vais le prendre et –
-Angelina.
Une main tiède s'empara avec tact de mon bras pour le déloger. J'accueillis Ivor avec un air ravi, lui offrir un sourire sincère ne me demandant aucun effort. Ivor se glissa sans accroc entre lui et moi, ses lèvres s'étirant très légèrement pour me répondre.
-Tu es donc là aussi ce soir. Je suis désolé de ne pas avoir pu t'escorter. Je n'ai été prévenu que très tardivement.
En effet, je m'étais presque invitée à sa suite.
-Ce n'est nullement ta faute. Je suis venue presque sur un coup de tête.
-Je croyais que tu détestais les enchères, lança-t-il avec légèreté.
-Oh je les déteste autant que ses invités, assurai-je avec un geste théâtral.
Qui comme je l'espérais, à mon habitude, ne manqua pas de le dérider. Je souris, contente de mon effet. La chandelle toussota.
-Monsieur Benton, pardonnez mes manières. J'ose espérer que vous passez une excellente soirée, lui lança-t-il à la dérobée.
Puis sans transition.
-Quelles chaussures portes-tu ce soir ? me questionna-t-il.
Je lui montrai fièrement les talons bleus sertis de saphirs et diamants qu'il m'avait offerts à mon dernier anniversaire. Un sourire attendri adoucit son visage, son verre toujours plein entre ses doigts.
-Ils sont toujours à ta taille ? s'ensuit-il d'un ton conversationnel.
-Hélas très cher, tu sais aussi bien que moi que j'ai arrêté de grandir il y a belle lurette contrairement à toi ! Grande perche, ne fait-il pas trop froid là-haut dans ce cher pays qui est le nôtre ?
Il ricana avec amabilité.
-Ils sont parfaits, glissai-je en tournant une jambe de l'autre dans ma robe de soirée pour lui offrir un petit show après avoir soulevé les pans.
J'avais fait exprès de choisir une robe d'un saphir vert d'eau assorti à ses yeux avec un reflet argenté à la lumière, tombant jusqu'au sol. Elle offrait une illusion d'allongement de ma silhouette qui me plaisait. Sans oublier qu'elle allait à ravir avec les chaussures.
-Tu es resplendissante, m'assura-t-il d'un ton amusé.
Même s'il saisissait la pêche aux compliments, il n'en tarissait jamais avec lui.
L'insistant lâcha un soupir d'exaspération avant de tourner les talons sans cérémonie. Nous l'observâmes partir, partageant la même expression austère.
-J'ai cru qu'il ne prendrait jamais son départ, soufflai-je.
-Moi aussi, renchérit Ivor.
-J'étais à deux doigts de lui envoyer ma boisson au visage, lui susurrai-je.
-Je sais, soupira-t-il presque.
Je pris un air indigné rapidement couvert par l'amusement. Il se saisit simplement de mon verre.
-Ivor, tu sais que je tiens bien l'alcool.
-Peut-être, étonnamment, marmonna-t-il en aparté, mais on ne sait jamais ce qu'il peut s'y trouver.
-Tu n'aimes pas me voir boire, corrigeai-je.
Il souffla discrètement, glissant momentanément son regard ailleurs.
-Aussi. Angie…tu n'as que quinze ans. Ralentis, veux-tu ?
Je souris avec impertinence, espiègle. Il l'esquiva également du regard, comme cherchant quoi faire. Ses yeux finirent par se poser avec cet air perçant que je lui connaissais bien. En suivant son regard, je tombai sur une personne que je connaissais bien : Cleya. Elle se tenait avec un groupe de femme, la posture élégante, sa main tenant son coude. Elle m'offrit un mince sourire, l'air quelque peu nerveuse. Je ne détournai pas le regard de suite pour ne pas me trahir et renvoyer ses salutations.
-Je dois aller me rafraîchir. Tu vas m'accompagner, je présume ?
Il me présenta son bras sans ciller. Je l'enserrai des deux bras. Je soupirai, un léger sourire amer sur les lèvres pendant que nous nous mettions en marche.
-Tu es devenu immense. Où sont passés les beaux centimètres que j'avais sur toi ? Maintenant je dois lever les bras et toutes ces dames me jalousent, dis-je en démontrant mes coudes pliés. Cela dit, ont-elles jamais cessé ?
Il relâcha un souffle, embarrassé.
-Nous serions beaucoup plus grands si…
Il s'interrompit, un air maussade s'emparant de ses traits.
-Quoi donc ? questionnai-je.
-Rien.
Je gardai mon expression neutre de mon agacement. Tentative de changement de conversation ratée, très cher.
-Encore une de ses exigences bizarres ? dis-je en faisant référence à mon père.
Il ne pouvait répondre. Je l'entraînai toujours plus loin dans le bâtiment, nous faisant visiter la bâtisse de style baroque et pompeux, aux nombreuses touches dorées, avec de grands miroirs et chandelles. Seul le bois sombre, riche et vernis cassait la monotonie des carreaux noirs et blancs du sol lustré. Enfin, nous nous retrouvâmes dans un couloir large et désert avec de nombreuses portes.
-Les affaires se portent-elles toujours bien ? demandai-je pour lancer une conversation.
-Grâce à Sir Vladimir.
« Sir Vladimir. » Ugh. J'essayai une porte après l'autre.
-Tu parviens à t'en sortir ?
-Je saurai me montrer digne.
Elles étaient toutes verrouillées.
-Ce n'est pas ce que je demandais. N'est-ce pas horripilant de travailler avec lui ? Quel enfer. Ah !
-Angelina que fais-tu ? me questionna-t-il lorsque je parvins enfin à entrer au hasard.
Je l'amenai à ma suite dans une salle avec divers meubles couverts de draps et fermai la porte derrière lui. Des sièges étaient rangés le long des murs. Je l'invitai à s'asseoir à côté de moi dans un siège au milieu d'une rangée.
-Aaah, soupirai-je en me laissant presque tomber.
Je fermai un instant les yeux en goûtant au silence.
-N'est-ce pas appréciable ? dis-je en mettant une main derrière mon oreille pour démontrer.
Quelques minutes passèrent, dans le calme et la sérénité. Je croisais les jambes comme lui alors qu'il gardait ses mains sur ses genoux, un air plus reposé sur le visage alors qu'il était plongé dans ses réflexions, regardant droit devant. Commençant à m'impatienter de son manque d'intérêt pour ma conversation, je commençais à vérifier distraitement le bas de ma robe et mes chaussures. Ne les ayant que peu portés, adoucir la matière aurait rendu service à mes pieds.
-Tu as mal aux pieds ? s'enquit-il.
-Hum…, hésitai-je à lui répondre.
Il prit doucement mes chevilles, me faisant me contorsionner dans le siège. Il les observa avec attention.
-Ce n'est rien ! le rassurai-je avec insistance. Elles doivent juste se faire.
Il enleva les attaches avec dextérité, ses mains devenues grandes recouvrant sans mal une bonne partie de mes pieds.
-Ils sont glacés, commenta-t-il avec légèreté en commençant à les presser.
Je pouvais sentir ma peau entière chauffer malgré la température frigide.
-Je pensais que tu aurais moins mal avec du sur-mesure…, souffla-t-il avec un air songeur.
-Je n'ai pas mal ! Elles sont très bien !
Ses lèvres s'étirèrent avec allégresse, concentré à la tâche. Il n'en croyait pas un mot, bien sûr. Je soufflai silencieusement, désappointée. Mon cœur papillonnait à sa proximité, frémissait à chacune de ses attentions.
-Le froid doit atténuer la douleur. Tu dois faire attention, murmura-t-il doucement en massant les parties rougies comme mon talon.
« …Ivor. » appelai-je. Je replaçai plus confortablement mes jambes en travers des siennes, les accoudoirs sous mes genoux et me pliai en avant pour prendre son visage en coupe. Ses cils bas, ses mains glissèrent sur mes poignets, son visage entamant un mouvement de recul. « Angie… » souffla-t-il, un faible avertissement dans la voix.
Je pressai mes lèvres contre les siennes. Une fois n'est pas coutume, une main plus ferme essaya de repoussermon épaule nue. Nos souffles se mêlèrent, plus audibles alors que je posai mes lèvres avec insistance. « Angie, » plaida-t-il. Ma main glissa sous sa veste sur sa hanche, presque dans son dos, sentant sa ceinture sous ma paume. « Arrête, on ne doit pas. » Je plaquai ma bouche sur la sienne. Sa main se crispa sur la mince bretelle de ma robe. « Angie, arrête, » demanda-t-il alors que j'entrelaçai nos doigts de ma main libre.
Sa respiration semblait difficile, son visage froissé. « Angie, » lâcha-t-il, passablement frustré. Il pressa une bonne fois pour toute sa bouche contre la mienne, m'attirant à lui avec sa prise sur ma robe, les cils tremblants comme des battements d'aile, avant de me repousser de la même façon pour nous séparer. Il me cloua sur place du regard avec des yeux intransigeants.
-Ça suffit.
Ses lèvres tressaillirent juste après, les yeux humides. Je sentais la même peine monter en moi.
-…Pourquoi ?
-Tu sais pourquoi.
-…Tu comptes véritablement te marier avec elle ? Cleya, vraiment ? m'exclamai-je en cherchant ce qu'il ressentait vraiment dans ses yeux. Tu ne l'aimes même pas ! Tu ne t'es jamais intéressé à elle !
-Ça n'a aucune importance.
-Pourquoi ?
-Parce que. On ne peut pas être ensemble, c'est comme ça, lança-t-il en haussant le ton, fait rare. Nous ne sommes plus des enfants, Angie. Tu es ma cousine enfin !
Les larmes coulèrent sur mes joues sans que je ne puisse les arrêter.
-…Et t-tu es…tout ce que j'ai, sanglotai-je.
Il relâcha un souffle à travers le nez, fermant les yeux, dépassé.
-Je sais, dit-il en posant une main apaisante sur mon cœur. Angie… Nous sommes trop proches, on ne peut pas, insista-t-il. Tu dois trouver quelqu'un d'autre dans le clan – n'importe qui.
Mes épaules tombèrent. Je peinais à contenir mes larmes.
-Je ne veux pas n'importe qui. Je te veux, toi.
Il me toisa avec attention, ses yeux s'agitant entre ses cils. Il prit mes mains, appelant à mon attention.
-Je t'aime Angie… Toujours. Mais je ne peux que te servir. Je dois te protéger et servir tes intérêts. Aujourd'hui, comme demain. Rien de plus.
Je hochai la tête de droite à gauche. Il soupira, m'enlaçant étroitement. Je lui renvoyai son affection, larmoyante. Puis après un moment, en prenant ma tête en coupe, sa paume sur ma mâchoire, il glissa à mon oreille de l'autre côté :
-Ne t'en fais pas…je ferai en sorte que tu ne souffres plus.
Il m'embrassa délicatement, comme on embrasserait un pétale, me faisant agripper sa veste.
-Père, appelai-je en regardant partir un étonnamment beau jeune homme du bureau.
Il m'avait à peine adressé un regard, avait refusé de rencontrer mes yeux ou ne serait-ce salué et s'était empressé comme jamais de sortir.
-Vous parlez de manières. Qui est-ce ?
-Ton conseiller, un jour, s'il le mérite. Assieds-toi, nous devons discuter.
Je fronçai les sourcils. Il soupira d'agacement.
-Premièrement, nous devons organiser un mariage dans notre clan. Tu ne pourras pas venir.
Comment ? Pourquoi pas ?
-En échange, tu as gagné le droit de reprendre enfin tes cours de danse et de patinage.
En quel honneur ?
-Mais que cela ne dispense pas tes efforts à tes cours de combat, finit-il sèchement.
Il semblait particulièrement contrarié.
(Music : Made me this way de Jasmine Clark et Absofacto)
Je me réveille en sursaut.
-Angie ? m'accueille le timbre grave de la voix de Vincent.
Des gouttes perlent avec fluidité sur mes joues jusqu'à mon menton, un goût salé à mes lèvres. Je détourne rapidement les yeux de son visage en apparence neutre, mais sa main sur mon bras dit tout de son inquiétude.
-Encore un cauchemar ?
J'enlevai sans heurt sa main avant de me tourner sur le côté, dos à lui.
-…Angie ? questionne-t-il.
-Non. Non, je m'entends protester d'une voix faiblarde contre les images désormais imprimées à ma mémoire.
J'amène les draps à mon visage humide, faisant mon possible pour empêcher les soubresauts de ma poitrine. La stupéfaction fait trembler mes membres, un froid insidieux reprenant ses droits sur moi. Je n'arrive pas à décrire ce que je ressens, mais il me transperce de part en part de choc et d'effroi. …Seulement, après un certain moment, je sens une couche supplémentaire me recouvrir. Chaude et épaisse. Je serre la cape sur moi, amenant aussi le col à mon visage pour m'y emmitoufler.
-Merci.
Une peine me lance la poitrine, lourde et lancinante. Une main incertaine frôle mes cheveux. Lorsque je ne proteste pas, elle caresse ma frange avec plus d'insistance.
-…Je suis là, glissa-t-il. C'est fini. Tu n'as rien à craindre.
J'effleure son poignet, reniflant.
-Vincent…, murmure ma voix tremblotante. Ma vie ne ressemble en rien à ce que j'imaginais.
-…Que veux-tu dire ?
Me suis-je un jour ne serait-ce rapprochée de ce qu'il voulait faire de moi… ? Ou ont-ils essayé de me reset intempestivement dans l'espoir impossible que je devienne idéale ?
Je revois le garçon chuter du dôme vitré. Je revois l'air terrassé d'Ivor avant de m'embrasser. Je revois le jeune homme nerveux qui suivait mon père comme son ombre, baissant toujours les yeux en ma présence. Je l'avais parfois croisé aux soirées mondaines sans jamais me douter de quoi que ce soit. La solitude que je pensais mienne toutes ces années… Si je m'étais trompée ? Que j'avais moi-même eu une ombre me faisant remarquer et vivre dans la lumière ?
-…Je ne sais plus quoi penser. Des morceaux entiers me manquent. Je ne comprends pas pourquoi… Si j'étais si naturellement horrible, pourquoi ne pas m'avoir effacée complètement ?
Certaines pousses sont peut-être tout simplement vouées à pourrir, quoi que l'on en fasse.
Sa main s'immobilise.
-…Ce n'est pas vrai. Tu n'es pas un monstre. Tu ne le seras jamais, parce que tu regardes avec précaution tout ce que tu fais. …Qu'était-il si désespéré de cacher ? demande-t-il.
-Tellement de choses, visiblement.
Mes pleurs redoublent. Sa main entoure mon épaule, comme pour rappeler sa présence tangible.
-…J'ai confiance en toi, Angie. Ne crains rien. Si tu venais à te dévoyer, je serai là.
Il me faut un moment pour me calmer, bercée par son réconfort silencieux. Je finis par renifler lors que je suis enfin quelque peu apaisée. Je m'accroche à sa main.
-…Tu me le promets ?
-Tu as ma parole. En retour, promets-moi que si jamais…Chaos prend le dessus, tu l'arrêteras.
Je me retourne. Son air résolu me rassure.
-Mais, tu sais ? Quelque chose me dit qu'il…
Je secoue la tête négativement pour montrer que je ne me fais pas vraiment de souci à son sujet. Vincent pince les lèvres, l'air sévère et maussade. Suspicieux même.
-Angelina…, souffle-t-il en fermant les yeux, désabusé.
-Je comprends. Mais sache que je n'ai pas peur. Je peux faire comme la dernière fois et le vider de son Énergie avant qu'il ne fasse de réels dégâts. Mais je sens, je sais que tu ne laisseras rien arriver.
Il a l'air nullement convaincu. Juste amer.
-Je te le promets, Vincent. Je lui ferai face au moindre signe de danger, dis-je avec plus de détermination pour lui assurer ma conviction.
Il détourne les yeux, se redressant, l'air visiblement contrarié. Il a les lèvres légèrement pincées et le corps tendu, tapissant toutes ses émotions à l'intérieur. Avec hésitation, je lève mes mains sur son bras – il résiste lorsque j'essaie de l'amener à moi. Je me fige, puis ramène mes bras, affligée.
-Je… Ma parole ne suffit pas ? Qu'ai-je dit ?
Qu'ai-je encore fait ?
-Si, Angie, répond-il d'un ton froid sans une once d'assentiment. Allonge-toi. Tu dois continuer à te reposer. …Je veillerai sur toi.
Je relâche un soupir. Je me retourne dos à lui, désormais autant agacée et frustrée qu'attristée. En fermant les yeux, je crois presque entendre un grondement, une vibration grave et sombre emplie de mécontentement, suivi d'un soupir las tout à fait humain.
(Music : Stairway to Heaven de Led Zeppelin)
-Angie, Angie réveille-toi. Il y a du changement.
Malgré un repos apaisant, je me force à ouvrir les yeux et me placer assise, retrouvant à nouveau Shera, Cloud et Elfé dans la pièce. Shera a l'air pour le moins empressée, tout le matériel déjà en main. Ce n'est vraiment pas évident pour Shera et Cid. La biologie n'est pas du tout leur domaine, mais ils font tout ce qu'ils peuvent pour aider. Je dirais presque que Vincent en sait autant qu'eux après avoir fréquenté Hojo et Lucrécia quand il était Turk, de ce que j'ai compris ces derniers jours.
-Il faut que tu regardes. J'ai besoin de ta confirmation. J'ai d'excellentes nouvelles, mais rien qu'en te regardant on peut déjà constater une amélioration, pas vrai ? D'après mes anciennes analyses aussi.
-Celles d'il y a trois jours ?
-Oui. Tu es toujours stable, grâce à l'Énergie de Vincent, je suppose, et il y avait une légère augmentation dans le nombre de tes cellules – mais regarde ça.
Elle pose enfin un échantillon sur une coupelle sous le microscope alors je me penche pour regarder impatiemment. Je ne suis pas très douée mais j'ai eu quelques cours. Avec ma vision, je regarde stupéfaite les cellules qui autrefois nageaient frénétiquement dans un mélange de turquoise, d'Énergie de Vincent et les cellules de Geostigma explosant mes cellules.
L'Énergie empruntée à Vincent forme cette fois une sorte de bouclier lumineux à ses couleurs autour de mes cellules, et à présent mon sang a l'air beaucoup plus partagé entre le turquoise, le bleu-rouge et le marron. Mes cellules sont peu nombreuses et bougent lentement mais combattent vaillamment Geostigma.
Ils me regardent tous avec attention alors que je relève le visage, stupéfaite, bien réveillée à présent. Je me tourne alors effarée vers Vincent.
-Regarde, je le presse.
Il se détache aussitôt de sa lecture intensive de mes résultats sanguins à sa main. J'essaie de ne pas réagir à sa proximité alors qu'il se penche sur moi. Il ne bouge pas le microscope de mes genoux, mais ne me touche pas et garde un air sérieux alors qu'il le tourne, et assis sur le rebord du lit, observe longuement à l'intérieur, plié en deux.
-…Je n'ai pas ta vision, mais à première vue, tes cellules ne se désintègrent plus. Il y a aussi une nette augmentation en terme de nombre.
Il repose les yeux sur les papiers.
-Les globules blancs ont même clairement atteint un record je pense. Ce qui pourrait dire que tu es soit en train de passer le pire, ou en plein rétablissement.
Cloud et Shera ont l'air aussi soulagés que je suis stupéfaite. Cela a vraiment marché… ? Je leur explique en détail ce que je vois pendant que Shera nettoie rapidement le microscope sur l'autre lit. Puis je leur montre toute l'Énergie de Vincent que j'ai accumulée, sous forme de flammes de Lifestream qui s'échappent de ma main.
Ils ont tous l'air aussi surpris et fascinés que l'ancien Turk en regardant les volutes bouger et s'entrelacer. L'Énergie est presque inamovible de mon corps à présent. À croire qu'elle m'apprécie vraiment aussi.
Cloud a un regard plus maussade et insistant, plissant les yeux.
-On dirait…, il hésite.
Ne parlant que peu souvent, nos yeux convergent aussitôt vers lui.
-Les couleurs qui t'accompagnent lorsque tu te transformes en Chaos, formule-t-il sa pensée.
Peut-être, mais…il n'était pas tout à fait transformé quand j'en ai obtenu la majeure partie ? Et Chaos n'a certainement pas repointé le bout de son nez depuis que j'ai accepté d'emprunter de l'Énergie à Vincent par sa greffe. J'essaie de rassembler mes souvenirs du combat sur le rempart de Costa, quand je l'ai vu se transformer la première fois. Maintenant qu'il le dit…
-J'y songeais, suppose aussi Vincent d'un air pensif.
-Attendez. Tout le monde porte du turquoise. Cloud porte quelques reflets de bleu clair et de jaune, mais je suis à peu près sûre qu'il s'agit de Mako. Elfé a une petite touche personnelle, plus foncée. Seulement, tu n'as jamais porté ces couleurs en si grande quantité, je commente en soulevant ma main auréolée. Comment ce pourrait majoritairement être le Lifestream de Chaos, sans que tu ne sois transformé ?
-Chaque Limite est propre à son acquéreur. On peut sentir, voire provoquer leur approche. Mes Limites sont…différentes. Même si je peux l'activer par le feu du combat comme tout le monde, la mienne est plus facile à activer que la norme lorsque je deviens vulnérable.
-Peut-être, mais là n'est pas le problème. Tu portes généralement une forme très pure de Magie et de Lifestream. Majoritairement du turquoise, mais tu portes aussi ces couleurs. Toujours. Même dans ton état normal, concentrées au niveau de ton cœur.
Je pose les yeux sur lui, étudiant son Énergie.
-Seulement, en ce moment, ce sont les couleurs, donc l'Énergie prédominante qui t'habite. À chaque personne son Énergie, exactement comme les Limites. Alors, comment ce pourrait être Chaos, et toi à la fois ? Sans que tu ne sois transformé ? Tu ne peux pas être deux choses à la fois, sans être totalement toi, ou être en Limite, n'est-ce pas ? Et pourquoi lorsque tu es vulnérable, c'est sa présence à lui qui grandit, et pas celle des autres ?
Il porte sur moi un regard direct et intense, ses rétines miroitant du doré si exposées au bon angle.
-Je ne sais rien de lui, mais je sais qu'il est différent de mes autres Limites. Il est la forme la plus complète. La plus poussée. Et bien que je le maîtrise difficilement, il est la forme qui se confond le mieux avec mes vraies capacités et ma structure corporelle. Elle n'est pas seulement la plus puissante, il est également…doté d'une conscience propre, conclut-il de façon lugubre.
Je le toise, interdite. Dans mon esprit, à chaque personne son Énergie, comme une identité. Même moi, je remarque avec quelle facilité j'absorbe les Énergies, qui deviennent rapidement miennes. Leur présence est notable, on peut reconnaître leur origine à vue, et je ressens leurs Énergies en moi comme si elles avaient un goût. Mais pas au point de constituer une identité à part entière.
Regarder le mystère qui entoure les couleurs différentes qui emplissent Vincent, et pouvoir nettement distinguer deux Énergies, dont la sienne et celle de Chaos, revient à observer en toutes lettres un dédoublement de la personnalité.
Cependant, Vincent habite quatre monstres. Alors logiquement, il devrait émettre cinq Énergies en comptant la sienne. Ou seulement la sienne, jusqu'à ce qu'il se transforme et que son Énergie change, si on part du principe que les monstres ne viennent à exister et manifester leurs Énergies qu'une fois ce point passé.
Mais il n'émet que la sienne en temps normal, d'un puissant turquoise, avec ces couleurs bleu nuit et rouge rubis à sa poitrine. Quelque chose ne colle pas. Mais s'il dit que Chaos est doté d'une conscience… Chaos serait-il bien…la figure que j'ai aperçue la dernière fois ?
-Comment sais-tu qu'il est doté d'une conscience ? Quelle est la différence entre lui et les autres transformations ? À quel point est-il intelligent ?
Vincent se fige, les yeux droits dans les miens. Déglutit, la respiration plus lourde, la lueur dorée tapis au fond de ses yeux presque tangible. Son pouce commence à froisser les feuilles entre ses doigts. J'ai une sensation de familiarité. Je crois qu'il ne souhaitait pas s'attarder sur le sujet.
-Il lui parle, répond Cloud, tranchant le silence qui s'était installé.
Il lui parle ? Je repose les yeux sur Vincent, abasourdie. Moi aussi, je jurerais qu'il m'ait parlé. J'ai naturellement entrouvert les lèvres dans ma stupéfaction, cherchant confirmation en cherchant le regard de Vincent, qui a baissé les yeux et s'est fermé comme une huître en portant un visage de marbre.
-Si c'est le cas, et que cette lumière dans ta poitrine a la moindre signification…alors j'ai peine à croire qu'il s'agisse d'une expérience de laboratoire. C'est ce que mon instinct me dit en tout cas.
Vincent détourne le visage, croisant les bras. Je tique, comprenant que j'avais encore fait une bourde, à parler sans réfléchir. J'ai envie de lui prendre la main et effacer tout malentendu, mais je suis limitée par notre auditoire. L'ambiance est tendue. Je ferais juste mieux de ne pas m'attarder sur le sujet.
-Nous pourrions partir du principe qu'il fait des efforts conscients ? je poursuis d'une voix incertaine.
Je cherche ses yeux, cherchant à m'excuser par le regard, montrant mon regret.
-Si Chaos est indissociable de ton corps, il est possible que de par sa nature et ce qu'en disent les analyses, il soit immunisé, donc toi aussi et…son essence…protègerait mes cellules pendant que vos Énergies me restaurent ?
Il hoche la tête.
-Oui, c'est ce que nous en avions conclu aussi, glisse Shera.
Mais… Si l'on y pense : pourquoi mon corps les accepte-t-il aussi bien ? Comment Chaos peut protéger mes cellules ainsi ? Est-ce juste inhérent à son corps, ou son Énergie ?
Je soupire, attirant l'attention.
-Je n'aime pas les mystères, j'explique. Mais qui suis-je pour parler ? Je sais moi-même peu de ma nature de Cetra. Cela dit, si je devais parler en tant que telle… La seule explication qui fait sens pour moi, entre ce que je ressens, mon instinct et les faits énoncés, serait que Chaos soit un être à part entière, plus proche d'une invocation que d'un monstre. Par conséquent, il t'habiterait en tant qu'hôte plutôt qu'alter ego. Cela expliquerait aussi pourquoi vos Énergies se mélangent et travaillent ensemble mais ne fusionnent pas. En un sens…tu serais Chaos. De fait, au moins en partie.
Un souffle suspendu passe dans la pièce alors que tout le monde le fixe, comme si la réponse allait leur sauter aux yeux. Je le presse du regard, lui demandant d'affirmer ou d'infirmer mes hypothèses d'une quelconque manière. Finalement il soupire en détournant le visage, emmitouflé dans le col de sa cape.
-Je l'ignore, je sais peu de tout ce qui m'est arrivé, répond-il d'une voix éteinte.
Mes épaules s'abaissent. Moi qui brûle de faire sens de tout ce qui arrive…
-Tu es la seule à le voir, mais c'est une explication plausible, ajoute Elfé. Que nous ne le comprenions pas n'efface pas les faits. Si c'est une Énergie qui se fond à la tienne, voire qui te protège…elle n'est peut-être pas si néfaste. Un couteau en soit n'est pas dangereux, c'est l'utilisation qu'on en fait. Il y a certainement une explication logique à tout cela.
-…Une chose est certaine. Aerith a accès à la mémoire des Anciens depuis la Rivière de la Vie. Qu'elle t'ait mise sur mon chemin a du sens. J'estime simplement judicieux de lui faire confiance.
-Hm. Peut-être qu'en temps normal je pourrais simplement vivre de l'Énergie environnante, comme le supposent les recherches de Nanaki. Mais dans l'état actuel des choses, personne n'irradie autant que toi. Je pense que tu étais le seul choix viable pour me sustenter quand ma propre Énergie venait à manquer, parce que ta greffe amplifie sans cesse une quantité astronomique d'Énergie.
Est-ce que ce contact au départ hostile avant d'adhérer à moi aurait un sens ? Son Énergie ne fusionne pas avec la mienne non plus, et je ne l'absorbe que difficilement au bout de quelques jours… Mais clairement elle la soutient. Et elle enveloppe même chacune de mes cellules ! Je sais que sur Gaïa tout est lié. Il n'y a pas que la science. Il y a une Énergie chez toute chose vivante, aussi tangible que du feu ou de l'électricité.
-Je n'ai jamais ressenti de présence aussi large que Chaos dans ton Énergie, c'est évident. Elle a toujours été là depuis que je t'ai connu. Cette Énergie dans ton bras est peut-être nécessaire à que ce tu le supportes et l'alimentes, et qu'il t'habite, voire que tu puisses l'utiliser indéfiniment. Une telle puissance et une telle quantité d'Énergie expliquent peut-être le fait que tu ne puisses pas vieillir ni tomber malade non plus, surtout si Chaos agit au niveau cellulaire.
Je tourne mon regard vers Shera.
-Chaos ne détruit pas Geostigma, mais il lui est résistant, voire imperméable. En tout cas, il protège mes cellules pour qu'elles résistent ou éradiquent Geostigma, je ne sais pas, je conviens. Mais elles ont l'air faites pour détruire mes cellules et inversement.
Shera hoche la tête.
-Oui il y a clairement un changement au niveau cellulaire, appuie Shera. Ce sont sûrement de bonnes hypothèses.
-Il se pourrait donc que Vincent, Chaos et moi à la fois pourrions représenter un remède ?
-Ce serait notre espoir, en effet, confirme la femme de l'avionaute.
Elle rentre dans des termes plus techniques rapportés par l'équipe scientifique avec Vincent que je ne connais pas forcément, et visiblement Cloud et Elfé non plus.
Avant de lui demander des échantillons pour analyses. Vincent se fige. Je bondirais de mon assise si je n'étais pas alitée. Je lève une main ferme entre Shera et lui.
-Non. Ce ne sont que des hypothèses. Quand je serai plus à l'aise avec mes pouvoirs, j'en saurai sûrement plus. Et puis, Vincent peut lui parler, n'est-ce pas ?
Et l'idée n'est pas moins étrange, même quand je l'énonce.
-Le mieux reste encore de lui poser directement nos questions.
Mon ton ne laisse aucune place à la négociation, surtout lorsque je vois les yeux de Vincent, vagues et distants, plongés dans ses souvenirs alors qu'il s'enferme dans son silence. Cloud a même tourné le dos à la scène, les bras croisés, ne laissant que la lumière blanche de sa lame géante nous aveugler. (Ce que je lui ferais gracieusement remarquer si je n'avais pas été préoccupée par plus important.)
-La situation est grave, Angie. Nous n'avions pas pensé jusqu'à présent à faire des prélèvements sur Vincent. Mais si nous détenons là la clef du remède, il nous faut explorer cette piste et effectuer des prélèvements sur Vin –
-Ce n'est pas nécessaire. Vous avez toutes les informations nécessaires dans mes propres prélèvements, comme on a pu le constater.
-…Angelina, appelle Vincent de sa voix grave.
Je pointe un instant un doigt sous son nez.
-Il est déjà très épuisé. Ce n'est pas raisonnable. Je ne le recommande pas, surtout en tant que Cetra, j'insiste farouchement.
-Angie, reprend Shera. Je partage totalement ton inquiétude. Je connais aussi l'histoire. Mais il en va de notre survie à tous. Dois-je te rappeler que vous êtes les seuls à être immunisés ?
-Est-ce les scientifiques qui ont insisté ? T'envoyant faire leur sale besogne ?
-Angie, interpelle Felicia en hochant la tête.
-Nous ne connaissons pas ces gens-là ! Nous ne savons pas ce qu'ils peuvent faire de tous ces prélèvements ou de ces informations, pas vrai Cloud ?
-Je ne pensais pas dire ça un jour, mais je pense la même chose, lance Cloud en se retournant avec un air aussi intransigeant que le mien, voire même maussade.
Shera a l'air visiblement atteinte, ne sachant plus quoi dire ni où se mettre.
-Est-ce vraiment ce que tu penses ? me questionne-t-elle d'une voix attristée.
Elle mord sa lèvre, les doigts crispés sur sa blouse blanche. Je me sens partagée, freinée dans mon élan.
-Non, tu as raison. C'est trop imprudent, je ne voudrais pas vous nuire. C'est juste que…j'estime que nous devrions tout faire pour trouver un remède. La population compte sur nous. Nous ne pouvons plus nous permettre de perdre plus de gens. Il faut…aussi préparer l'avenir et penser à ce que nous laisserons à nos enfants.
-Je suis tout à fait d'accord, mais en ce qui concerne Vincent, c'est un non, j'assène de façon catégorique. C'est trop dange –
-Angelina, Vincent intervient fermement en interrompant mes protestations.
Il hoche la tête en direction de Shera, dont le visage s'illumine d'espoir.
-Vincent, tu –
-Ça ira, m'assure-t-il avec un regard plus direct. Shera a raison, Angie. Il ne s'agit pas que de nous.
-Ce n'est pas ce que j'ai dit –
-Je sais. Mais il nous faut essayer. En cas de problème, les scientifiques seront traités en conséquence. Cloud ?
Cloud soupire et hoche la tête à contrecœur.
-Shera sait la responsabilité qui l'incombe. N'est-elle pas notre personne de confiance, comme Felicia avec les Turks ?
J'acquiesce de mauvais gré.
Je le regarde s'enhardir, se redressant et levant son bras, un malaise lourd comme une pierre au fond de mon estomac. Je ne peux pas supporter la vue de Vincent qui ôte son gant et redresse sa manche sur son bras droit, révélant sa peau laiteuse. Shera n'a même pas besoin de chercher une veine : il est si pâle, si mal en point que tout est visible à l'œil nu.
Juste avant que l'aiguille n'atteigne sa peau, ma main fond sur le creux de son bras, la respiration agitée. La pièce se fige. J'avais agi instinctivement. J'ose lever les yeux pour rencontrer le regard direct de Vincent seulement, plaidant qu'il cesse de se nuire pour autrui. Il abaisse le menton, maintenant son regard pour m'assurer de son intention, concerné. Je retire ma main et détourne les yeux, embarrassée. Ils doivent maintenant désinfecter à nouveau l'endroit.
Si j'avais tenu ma langue, il n'en serait sûrement pas là. Mais comment puis-je garder mes réflexions pour moi ? Nous en savons déjà si peu, et je suis tant inutile. C'est certain que normalement Geostigma englobe les cellules, mais chez moi les éléments sont si contraires qu'ils s'entretuent…excepté lorsque la maladie prend le dessus, et que je viens à manquer de tout. Si cela n'avait été pour Vincent et Chaos depuis mon arrivée sur Gaïa…
Shera finit prestement, avec la force de l'habitude rendant ses gestes plus assurés. Elle darde des yeux contrits sur moi tout en rangeant tous les tubes dans la boîte scellée prévue à cet effet qu'elle emmène à chaque fois.
-Je pense que tu es enfin sur la voie de la guérison, avec du temps et du repos, me lance-t-elle, l'air de ne pas du tout me tenir rigueur de notre altercation. Le fait que tu n'aies pu manger ou t'hydrater correctement a clairement dû empêcher ton corps de se défendre correctement, mais ton immunité et celle de Vincent sont toujours là, et elles font superbement leur œuvre.
Elle porte la boîte à bout de bras comme un cartable.
-Nous n'avons encore jamais pu observer de cas de rétablissement, mais penses-y, Angie. Nous aurions beaucoup à apprendre. Il s'agit certainement d'un cas admirable de commensalisme soit dit en passant, lance-t-elle en nous observant avec un sourire.
Vincent et moi échangeons un regard confus.
-Commensalisme ? questionne Felicia.
-Quand un organisme est lié et profite d'un autre sans nuire aux deux parties, explique Shera.
-Peut-être, j'acquiesce pour la forme. Ce sont toujours mes cellules qui combattent. Je suis sûre d'ailleurs que le Cetra pourrait en venir à bout d'un seul coup et mieux que moi avec son expérience. Peut-être même qu'il connaît déjà un remède. Et puis, "sans nuire" ?
Cela nous frustre Vincent et moi, juste d'y penser.
-Hm, acquiesce Cloud avec un air maussade.
Vincent lui lance un regard appuyé. Cloud soupire avec un air blasé, hochant à nouveau la tête discrètement.
-C'est certain, reprend Shera. Mais un progrès est un progrès. Et à l'heure d'aujourd'hui, ils pensent que tes jours ne sont plus en danger. Bien que ton rétablissement soit long et difficile, il faut qu'on s'accroche tous.
Nous y sommes, c'est le moment où je crisse des dents.
-Vous avez changé quoi que ce soit dans vos habitudes ? La nourriture ? Le nombre d'heures de repos ? La quantité d'Énergie ? Qu'est-ce qui aurait changé son comportement ? Chaos a l'air d'être une sacrée dope, commente-t-elle sur le chemin de la sortie.
Et il semblerait qu'il ne se transmette pas n'importe comment non plus. Mon cœur accélère de stress, lançant un regard incertain, un brin paniqué à Vincent, pendant qu'Elfé s'appuie contre la porte, l'air trèèèès intéressée.
-Il s'avérerait que j'ai fini par trop manquer de repos pour passer une quantité suffisante d'Énergie qualitative à Angelina, explique calmement Vincent en se levant face à la pièce.
Je regarde à nouveau son Énergie. Non, ce n'est pas cela…
-Je suis soulagée que vous ayez trouvé une solution, glisse Felicia d'un ton léger, tout à fait sarcastique.
Vincent la fait sombrement taire du regard. Le sourire de la jeune femme s'élargit, plus du tout intimidée par lui.
-Bien, fait Shera en ouvrant la porte. Faites quand même attention à vous. Je vais regarder ça plus en détail avec les scientifiques. À première vue, je dois vous dire que je suis soulagée. Je croise les doigts pour que…
Je souris maladroitement à son emprunt, essayant de lui communiquer que je n'ai rien contre elle.
-Nous soyons bel et bien sur la bonne voie. Mais j'ai grand espoir. Continuez comme ça.
-Je vais annoncer la bonne nouvelle aux autres, informe Cloud avec son ton de chef d'équipe.
-Moi aussi. Tifa sera ravie, renchérit Elfé en me regardant en coin.
-Ugh. Pour la dernière fois, il n'y a rien à dire, je lâche sèchement.
Felicia me désigne d'un geste du menton, partageant un rictus complice avec Cloud, qui observe la scène sans comprendre. Je croise les bras et lève ostensiblement les yeux au ciel d'un air ennuyé.
-Vincent, Felicia, je pense aussi que c'est la meilleure option. On en discute ce soir, informe Cloud. Toi aussi, dit-il d'un ton plus bourru à mon attention. Repose-toi pour être le plus en forme possible.
Vincent hoche la tête.
-Oh, Sire ! Laissez-moi regarder un instant mon emploi, je vous prie ? Las, me voilà en plein désarroi, Votre Majesté Sérénissime. Il semblerait que je sois terriblement prise, je m'exclame en regardant mes ongles.
-Angelina, appelle Vincent dardant sur moi un regard autoritaire qui n'atteint pas ses lèvres menaçant de s'étirer.
-Coincée ici jusqu'à nouvel ordre ou que mort s'en suive, rendez-vous compte ? Pour activités principales : le repos, le comptage de mouton, la redécoration imaginaire et l'introspection – une activité que trop peu sous-estimée par notre souverain adoré et qui pourtant a porté ses fruits soit dit en passant, je glisse en aparté. Ah, que faire ? Je ne sais quoi vous répondre ! Saurez-vous seulement me retrouver dans votre propre demeure payée au prix le plus cher ?
Je porte une main à mon front, prenant une pose dramatique, l'air au comble du désarroi. Cloud a l'air prêt à se pendre, me regardant fixement monologuer, absent de son corps.
-Tu as fini ? Arrête l'Énergie, on pourrait croire à de la Mako. Déjà que tu es pas mal perchée, à force tu vas finir complètement ravagée du cerveau, réplique-t-il. Franchement, bonne chance, lance-t-il ensuite à Vincent.
Vincent passe son bras derrière moi et plaque sa main sur ma bouche pour m'empêcher de répondre. Ils quittent la pièce, Elfé avec un rire en coin. Je retire prestement sa main et darde sur lui un regard intransigeant maintenant que nous sommes enfin seuls.
-Tu sais que ce n'est pas cela, je lui fais aussitôt remarquer sévèrement.
Il m'interroge du regard après s'être assis sur la chaise près du lit. Une douce lumière filtrant à travers les rideaux en dentelle blanche dans la pièce. Il a l'air extrêmement affaibli mais toujours capable de bouger. Ce qui confirme mes soupçons.
-Si tu es indissociable de Chaos, tu as fini par trop manquer de Lifestream. Chaos a donc pallié à ton manque, ce qui explique que j'en ai absorbé une énorme quantité dernièrement.
Je regarde à nouveau ses couleurs majoritairement carmin et bleu nuit, du turquoise seulement aux abords de sa silhouette et à sa greffe, faisant encore plus ressortir la galaxie à son cœur.
-…C'est ce que j'espérais.
…Je fronce les sourcils, ne sachant comment l'interpréter.
-…Quand tu as commencé à parler d'Énergie, j'ai commencé à mieux comprendre comment fonctionnait la mienne. Notamment lorsque je deviens faible ou que je m'approche de l'inconscience ou de la mort. Tu as aspiré Chaos à l'état pur lorsque j'étais transformé. J'en ai conclu qu'elle ne te nuisait pas, surtout en tant que Cetra. Tu pouvais même t'en servir. C'était une donnée importante.
Il regarde droit devant, les bras et les jambes croisés en partageant ses pensées.
-J'en avais déjà conclu qu'il y avait une raison pour laquelle j'avais toujours été immunisé, et au fond je savais que mes transformations ou expériences y étaient pour quelque chose. Quand nous avons compris que mon Énergie ne te guérissait pas mais te stabilisait juste assez pour que tu ne meures pas, j'ai compris que c'était peut-être Chaos lui-même en plus de la réserve dans mon bras qui te maintenaient en vie. Chaos lui-même me guidait.
Guider ? Est-il possible que je n'aie pas imaginé sa voix, mais qu'il ait bel et bien communiqué avec moi ? Mais…
Que Vincent ne m'aime pas, je l'imagine sans mal. Mais dans ce cas, il serait logique qu'au bord de sa transformation, il ait été plus Chaos que lui-même – ce dont je me doutais déjà – mais alors pourquoi, au grand pourquoi, ce baiser incroyable ? Mes entrailles se nouent et s'enflamment, mes mains tressaillant sur le drap. Il repose ses yeux carmins éreintés sur moi, et je dois cligner des yeux pour me concentrer sur le présent.
-…J'ai compris que ce serait un jeu de patience et d'équilibrage. Qu'il fallait que je m'approche suffisamment d'un état critique pour que Chaos s'active sans que je ne perde le contrôle.
-Donc…tu n'as jamais voulu te sacrifier ?
-Je suis prêt à le faire si nécessaire mais tu as raison sur un point et c'est que tu as besoin de moi vivant. Gaïa n'est pas en état de te sustenter. Qui plus est je t'ai fait une promesse, rappelle-t-il sobrement. Nous devions créer un meilleur avenir, non ?
-Pourquoi ne m'en as-tu pas parlé.
-Je le voulais. Cependant, lorsque j'ai commencé à mettre mon plan en marche, tu es devenue extrêmement récalcitrante. J'ai su que tu n'accepterais pas que je prenne des risques pour te guérir.
Il me regarde attentivement, l'air d'anticiper ma réaction. J'ai envie de le frapper et de m'arracher les cheveux et de soupirer de soulagement et…c'est horripilant. Si ce n'était pour ce dernier rêve que j'ai fait, je me serais sentie assez audacieuse pour planter un baiser sur ce beau visage appartenant à une personne trop bonne pour son bien.
-Tu as raison sur un point, et c'est que je n'apprécie point la méthode. Mais tu m'aurais retiré un grand poids en me disant que tu savais ce que tu faisais.
-Je ne pouvais pas te promettre que je savais ce que je faisais, admet-il en tout franchise. Tout ce que nous faisons concernant les Cetras, Geostigma et Chaos relèvent clairement de l'expérience par tâtonnement.
Je suis obligée de lui donner raison. C'est aussi l'une des raisons qui me donne confiance en Vincent. Nous avançons complètement à l'aveuglette, tant et si bien que j'ai failli en perdre la vie. Je pince les lèvres. Si mon père ne m'avait pas caché autant de choses, j'aurais peut-être su immédiatement quoi faire.
-Le fait est que tu as pris un risque inconsidéré.
-Venant de toi, c'est…, rétorque-t-il.
Il n'est jamais aussi intransigeant que lorsque je touche une corde sensible. Je laisse échapper un rictus, une colère sourde en moi. Il a cherché à me protéger comme une enfant, une fois encore.
-Si tu savais pour qui tu as risqué ta vie…
Il croise les jambes et les bras, détournant les yeux, ses rétines miroitant une seconde.
-...Je le sais, assure-t-il amèrement.
-Et combien j'ai peur de te perdre, tu le sais, cela ?
Ses yeux glissent sur moi, l'air partagé. Il s'apprête à décroiser un bras, puis se ravise avant de détourner d'autant plus le visage.
-…Tant que tu tiendras ta promesse, je tiendrai la mienne. Je sais pour qui je l'ai fait. Je n'ai jamais douté de tes raisons, seulement désapprouvé leur exécution. …Tu ne me perdras pas.
Qu'il dise cela, après tout ce que nous avons vécu, tous les doutes qui avaient plané sur moi, me soulage de façon incommensurable. Je m'affale sur le lit, gardant les yeux rivés sur lui.
-Si seulement j'étais aussi bien et utile que tu n'aimes à le répéter, je murmure en posant une main sur sa hanche ceinturée.
Il retire ma main pour la serrer dans le creux formé par la sienne.
J'aimerais tellement pouvoir te dire tout ce qui me ronge. Mais ces moments flottants, cette incertitude qui plane entre nous, sont tout ce que j'ai. Je ne veux pas qu'il me voit tel le monstre, la déception que je suis. Ici, je peux être qui je veux, découvrir qui je suis vraiment. Je veux voir où l'avenir nous mène sans avoir besoin de le brusquer. Et espérer d'ici là qu'il puisse me trouver quoi que ce soit.
-Je saurai me montrer digne.
Je ne me souviens pas de grand-chose, mais je sais combien ce jeune homme travaillait dur pour arriver à ses objectifs. Abandonner ou céder n'est pas Anderson. Seulement maintenant, je sais que cette expression n'est pas une fierté, mais une responsabilité. Une difficulté immense.
-Mais je m'efforcerai d'en faire une vérité.
Je prends son bras et le dévêtit pour observer la piqûre. Utilisant une parcelle négligeable de mon Énergie, emprunte de la leur, je regarde sa peau se reformer sous mes yeux.
En restant qui je suis, j'ai atteint mes limites. Désormais, je veux voir ce qu'il y a de l'autre côté de la barrière, sans réserve ni malhonnêteté.
Je n'ai pas de sort de guérison, mais je voulais aussi voir si en lui passant un peu d'Énergie, son corps guérirait de lui-même. Vincent examine la zone guérie, avant de me glisser un regard surpris, bien que dans la réserve. De l'or en fusion tapis tout le fond de sa rétine, lui donnant un regard irréel, un brin animal nocturne.
Ses lèvres s'étirent lentement, caché derrière son col. Mais son sourire est si sincère que je constate sans aucun mal que le reste de son visage s'adoucit avec lui. Cette vue remplit mon âme d'une allégresse peu commune, douce et chaleureuse.
-…Je sais, répond-il simplement, comme si c'était un fait inéluctable.
Nos bras restent en contact, peau contre peau, ma main dans le creux de son coude sur sa hanche, mon propre coude dans le creux immense de sa paume prudente. De l'Énergie court entre les deux surfaces, les reliant de lueurs, sans qu'elle ne s'échappe ni ne se transmette, comme figée dans le temps.
Vincent (Music : Fearful Happening de FFVII DoC)
J'entends la deuxième fenêtre de la chambre s'ouvrir. La plus éloignée. Aussitôt, tous mes sens se mettent en alerte, malgré la somnolence plombant lourdement ma logique. Une autre partie de moi prend sans mal les devants. L'Énergie de Chaos pompe en grande quantité dans mes veines, me donnant aussitôt les sens et les instincts aiguisés que je requiers. …L'instinct de tuer aussi sans hésiter si nécessaire.
Aussi discrètement que possible, ma main glisse jusqu'à ma hanche où se trouve Cerbère. Il fait nuit, mais la lumière de la lune bien présente et ma vision nocturne me sont largement suffisantes pour voir comme en plein jour. Grâce à Angelina, je sais aussi que leur vue de nuit n'est pas plus excellente que la normale. Mes yeux font le point sur ma greffe posée sur le bras de la jeune fille sur le côté, me révélant une silhouette noire prostrée sur l'encadrement de la fenêtre et une mince lueur turquoise.
La corde d'un arc massif qu'on bande vibre à mes oreilles. À des oreilles humaines, il serait probablement étonnamment silencieux. Mes narines sont malheureusement emplies de l'odeur d'Angelina près de moi, malade et profondément endormie. Je commence d'ailleurs à bien distinguer l'odeur des malades atteints de Geostigma. Mais en me concentrant et en tournant légèrement la tête, l'odeur qui pénètre dans la pièce avec la brise marine m'est familière. C'est la même que celle de la longue cape noire. Le Cetra.
Je me force à rester immobile, la respiration sous contrôle, le corps tendu, les muscles prompts à réagir au moindre signe négatif. Je devrais m'adresser à lui calmement. Si proche, il n'a aucun moyen de m'échapper. La nuit est mon domaine. Je pourrai le poursuivre sans problème au-dessus de la ville. Avec le bruit causé, Felicia saura quoi faire.
…Seulement, je fais face à une surprise désagréable quand Chaos verrouille presque mes articulations et me force à laisser les évènements se dérouler. Dans mon esprit, je le sens vif et immense dans mon dos, me tenant par la gorge, tétanisé et suspendu sans parvenir à me dégager. La frontière est devenue trop fine, et il le savait !
Mes yeux s'agrandissent quand par le reflet de ma greffe, je vois une lueur verte familière se former, projetant mon ombre sur le mur. Bon sang ! Va-t-il la soigner, comme un Cetra le ferait ? Déclarer sa présence ? Dois-je faire semblant de fermer les yeux et lui donner une fausse impression de sécurité pour voir ce qu'il va faire ? Ou le confronter pour le sommer de la soigner ?
Non. Il bande son arc. Une arme. Je ne peux pas instinctivement me fier à cette lueur de Lifestream courante avec les Cetras. Cela ressemble beaucoup trop à une attaque pour mon confort !
Au moment où je me redresse pour le confronter, j'entends la corde de son arc se relâcher – en une seconde, une flèche épaisse et lumineuse traverse la pièce, l'éclairant de Lifestream à son passage. Par chance avec ma vitesse et ma perception accrues, je vois les évènements se dérouler avec facilité. Je me félicite lorsque, faisant fi du premier réflexe de Chaos de m'immobiliser, je parviens à me dresser en travers par la seule force de ma volonté et réussit à intercepter la trajectoire tout en lui faisant face –
D'abord ma greffe traverse la flèche plutôt que de la dévier, puis elle disparaît dans son entièreté, lumière comprise, traversant ma poitrine, faisant s'agrandir mes yeux de stupéfaction. Je relâche une exclamation de stupeur, l'effroi me perçant de tous parts.
Une lueur projette mon ombre ainsi que tous les objets de la pièce dans mon dos, éclairant l'espace de cet instant la peau blanche du bas du visage imberbe du Cetra, et sa silhouette fine mais élancée définitivement masculine, entièrement vêtue de noir. Je vois avec horreur plus que je n'entends presque instantanément la flèche atterrir dans un bruit d'alizé magique derrière moi, directement sur elle, de la poussière de Lifestream voltigeant en tous sens.
-Angie ! je m'écrie en me retournant.
Comment ? Je n'ai rien senti ! Levant Cerbère en direction du Cetra, je dégage la couverture d'elle de l'autre main, pris de panique. Angie s'éveille en sursaut malgré son état. Je découvre son haut de ses parties vitales. Aucune blessure. Pas de sang. Pas de flèche. Elle me toise, alertée et effarée, puis je vois ses yeux attirés par un mouvement derrière moi.
Je retourne la tête de l'autre côté – plus personne. Felicia entre dans la pièce en trombe, katana dégainé. « Angie ! » s'exclame-t-elle en la trouvant rapidement du regard en se postant près d'elle. J'observe à nouveau Angie avec attention, maintenant assise, partagé, continuant de me questionner sur ce qui venait de se passer. Elle a l'air tout à fait normale, ses yeux observant sa main avec minutie. Felicia me questionne du regard.
Elle va bien. C'est la pensée envahissante engendrée de façon totalitaire par Chaos lui-même. Vaguement, de façon très incertaine, je vois durant une courte seconde la silhouette de la jeune fille flasher de plusieurs couleurs, dont un turquoise intense. Je serre les dents, frustré au plus haut point par mes limitations. Chaos…
-Ferme toutes les issues et vérifie bien qu'elle n'a rien. Le Cetra était là, je dois le rattraper, j'ordonne. Restez en contact.
Elle hoche la tête de façon militaire pendant qu'Angelina me lance un dernier regard réticent en enfilant des chaussures. Je me précipite dans l'encadrement pour intercepter sa silhouette par la même ouverture. Sautant de la fenêtre au rempart, je me mets aussitôt à suivre la trace fraîche de son odeur. Je ne rengaine mon arme que le temps d'installer une oreillette.
-Vincent en ligne. Le Cetra a fini par venir. Il est parti au nord. J'ai déjà pris sa poursuite.
De façon étonnante, il accourt plus profondément dans les quartiers résidentiels plutôt que les quartiers animés pour nous y perdre, sautant de toit en toit. Il me faut quelques bonnes secondes pour arriver à l'avoir dans mon champ de vision. Cid n'étant pas là, je me rappelle qu'il n'y aura que Tifa et Cloud en renfort.
Je sais que nous avions tendu ce piège en éloignant le poste d'observation depuis le rempart, ce soir tenu par Cloud, mais même préparé à son arrivée, je m'attendais réellement à un dialogue plutôt qu'une attaque furtive.
-J'arrive de suite, informe Tifa. Guide-moi !
-Je reste surveiller les remparts et la sortie de la ville au cas où.
-Reste en alerte, il pourrait tout aussi bien fuir par les remparts. On ne veut pas le faire sortir de la sécurité de la ville, j'indique sérieusement à Cloud.
-Je sais.
Les tuiles ne permettant pas vraiment la discrétion sous notre poids et vivacité, je ne prends pas la peine de cacher ma présence en échange d'une meilleure prise de vitesse. Il tourne la tête en m'entendant, doublant son allure avant de sauter dans une ruelle. Je laisse échapper un souffle de frustration lorsque je remarque à mes mouvements combien je suis ralenti et mes forces réduites. Qu'à cela ne tienne. La nuit est mon domaine. Il ignore encore que je suis parfaitement capable de le voir et de le sentir même dans le noir.
Il faut que nous nous entretenions avec lui. Si ce n'est pour le protéger, pour Angie. Elle a besoin de lui d'une façon que nous ne pouvons comprendre. Alors je ne me contenterai pas de le poursuivre, je volerai à sa suite. Je m'élance dans les airs et utilise ma cape pour le talonner de près en le survolant. Il est entravé par les quelques rencontres, caisses et autres objets sur sa route. La panique semble le gagner alors que je le suis, mon ombre planant sur lui en lui coupant la lumière de la lune, et qu'il se retourne de plus en plus pour me constater indéfectible.
-Nord, Nord-est. Boutique de fleur. Bar de l'arcade, j'indique à Tifa.
Je fais mine de garder mon arme longer ma jambe. À présent, il devrait comprendre que si je souhaitais lui causer du tort, ce serait déjà aisément fait, parfaitement en ligne de mire. J'ai au moins le loisir de lui constater son incroyable agilité. Ses foulées sont longues, ses prises de décisions vives, son souffle maîtrisé et son cœur rapide mais stable. Il garde son sang-froid malgré sa tension qui grimpe. Cela me donne une vague idée des aptitudes physiques qu'Angelina pourrait atteindre malgré sa nature de Cetra et ses talents innés pour la magie.
-Changement vers la mer. Sa vitesse augmente.
-Donne-moi encore quelques secondes, demande Tifa d'une voix essoufflée. Essaie d'entamer le dialogue, on ne sait jamais !
-Nous n'avons pas d'intentions hostiles. Arrête-toi, nous souhaitons simplement parler, je lui lance.
Je suis moi-même à bout de souffle. Je fais en sorte d'économiser le maximum d'énergie et d'efforts à fournir, ne prenant que de petits appuis du bout du pied sur les remparts des murs et rebords pour changer de direction et reprendre de l'allure durant mon vol.
-La Cetra que tu as vue est malade. Nous avons besoin d'aide. Nous espérions que tu viennes.
Il décide soudainement de ne plus vérifier ma présence ou ma progression. Sa course devient effrénée et son souffle court, droit dans une ruelle éclairée et animée. Il veut à nouveau nous y semer.
-Rue marchande des quartiers nord, j'informe rapidement Tifa. Arrête-toi ! Nous ne vous voulons aucun mal, j'insiste à voix plus haute pour qu'il me perçoive.
Il saute soudainement, au-dessus des pédestres et des lueurs dorées éclairant les quartiers plus animés, les emplissant d'halos. Il longe un mur, sa main gauche arrachant avec force une fenêtre à un étage par sa poignée au passage, sans s'arrêter. Lorsque je passe à sa suite pour en constater l'intérieur, un effluve horriblement familier m'atteint…qui n'est encore rien face à la vue de la sbire de Séphiroth prise de court par l'éventrement subit de sa cachette. C'est la même jeune femme aux longs cheveux argentés et la peau basanée.
J'atterris sur la barre horizontale d'une lampe murale le souffle court, mon sang ne faisant qu'un tour.
-Changement de plan, je lance en serrant les dents et passant en revue les matérias que j'ai. Le Cetra vient de me révéler la présence du clone qui a volé Léviathan et infiltré le vaisseau.
Je n'ai le temps que de regarder brièvement le Cetra disparaître au coin d'une intersection.
-J'arrive immédiatement, lance Cloud.
La sbire démet ce qu'il reste de fenêtre en sortant pieds devant, encapuchonnée et katana en main. D'un pied sur le mur d'en face, elle bondit vers le haut sur le toit avant de me remarquer. Elle est comme toujours toute de noir vêtue. Une courte veste de cuir aux manches longues par-dessus un haut moulant dont le col remonte jusque sur son nez, mais laisse ses hanches à vue, notamment grâce à un pantalon de cuir porté bas. Des gants au dos nu et des bottines montantes complètent sa tenue.
-Tifa, poursuis le Cetra. Vincent attends-moi.
-Je l'ai perdu de vue en direction du sud après l'épicerie, j'informe.
-Je suis tout près ! assure-t-elle.
J'ai eu tort de penser que je pouvais ruser un Cetra visiblement maître dans l'art de la fuite.
Cela n'aurait pas pu plus mal tomber. Je grimace, le corps en tension pour me préparer à toute éventualité. Je suis dans un état précaire. La moindre mise en difficulté supplémentaire me forcera à activer une transformation.
La clone émet un soupir d'énervement. Sans attendre, je tire dans sa direction. Elle esquive en se penchant en arrière puis tourne les talons avec un rire mutin.
-La sbire prend aussi la fuite, dis-je, maintenant exacerbé par le déroulement de la situation. Je prends sa poursuite pour ne pas la perdre des yeux.
-Vincent, tu n'es pas en état, prévient Cloud avec une certaine insistance dans la voix.
-Nous n'avons pas le choix.
Je relâche un souffle agité, frustré en sautant sur le toit elle se trouvait.
Contrairement au Cetra, la chasse a l'air de l'égayer plus qu'autre chose. Je me souviens de cette course-poursuite que nous avions engagée contre elle avec Cid à bord du vaisseau, puis en la cherchant dans la ville fantôme de Corel.
Elle aime jouer avec nos nerfs et se rit de nos désarrois. Il me suffit de me rappeler le sourire satisfait qu'elle avait à avoir mis à terre Elfé et Angelina, essoufflée mais victorieuse. Un seul regard dans ma direction avait suffi à m'indiquer qu'elle savait combien elle était importante. Elle avait comme éprouvé de la pitié à mon égard, abhorrant un air supérieur.
Je la suis d'un toit à un autre, informant sa position régulièrement à l'oreillette. Je réalise qu'elle voit aussi parfaitement dans le noir. Elle prend soin d'éviter mes balles ou de s'en protéger avec sa lame, même complètement à l'ombre de toute lumière, me jetant régulièrement un regard amusé par-dessus son épaule.
Elle est aussi vive que la dernière fois, même avec ses affaires dans un ballon de tissu sur le dos. Serrant les dents, je fais attention à économiser le moindre de mes mouvements et ne rien trahir. Cependant, je dois admettre que je perds rapidement en vitesse.
-Vincent, où es-tu ? demande Cloud, son souffle audible.
-Quelque part plus au sud-ouest, centre de la ville.
Je n'ose pas m'envoler et me mettre dans une position trop vulnérable face à sa vélocité. Une fois en l'air, peu d'options me restent pour dévier ma trajectoire dans mon état. Mais les sauts me prennent plus d'énergie. Bon sang. Aucune solution ne me vient à l'esprit. Seul, je n'aurai pas les conditions réunies pour tirer sans bouger et sans user de magie. Je dois gagner du temps jusqu'à ce que Cloud nous rejoigne.
Décidé, je recharge mon arme et décide d'engager le combat plus sérieusement pour la ralentir, tout du moins l'amener vers les remparts de la ville.
-Oh, alors tu veux jouer ?
Elle détruit toutes mes balles avec son katana, avant de soudainement se retourner et bondir dans ma direction. Je bloque son katana avec sa greffe in extremis et effectue une vrille arrière avec la force du coup pour atterrir sur le toit juste en-dessous. Je me réceptionne sans élégance, le souffle lourd.
Elle parvient à esquiver mes deux autres tirs, même en plein air avec ses acrobaties. Elle atterrit en prenant appui sur la gouttière, qui se détache, avant de repartir du même mouvement pour foncer tête baissée vers moi, le katana le long de sa jambe droite, parée à me faucher.
J'esquive de justesse tous les mouvements circulaires visant mon cou ou mon torse, tirant dès que cela m'est possible, ce qui ne manque pas de me frustrer. Je la force à se pencher régulièrement pour m'éviter, surtout à cette distance. Mais elle n'est habitée par aucune peur tandis qu'elle cherche sans répit un corps à corps sans merci.
-J'ai perdu le Cetra ! J'ai essayé de lui parler calmement mais il ne voulait rien savoir. Il est parti vers l'ouest.
-Tant pis, on le retrouvera plus tard. Rejoins-nous Tifa, ordonne Cloud.
Heurtant mon flanc à un moment, elle me déstabilise. Elle élance une jambe pour m'atteindre au visage, je l'attrape, penche la tête pour éviter une estocade avant de l'envoyer au sol derrière moi pour la déstabiliser et empêcher sa main gauche armée de s'abaisser pour m'atteindre. Angelina a raison : combattre un gaucher au corps à corps demande une attention de tous les instants.
Des morceaux de tuiles brisées s'envolent dans les airs. Je songe un instant que j'aurais dû facilement lui faire traverser l'étage. L'air me manque, mes poumons me brûlent et mes muscles tirent. La sensation physique de mon corps s'affaiblit. Ce combat pourrait très vite mal tourner. Je devrais fuir en attendant Cloud mais la laisser s'échapper est un risque conséquent pour toute la planète.
Elle se relève avec une exclamation furibonde de frustration. Ses yeux m'envoient des éclairs, carrant les épaules alors que je saute vivement en arrière sur un autre toit pour remettre de la distance et recharger, forçant mes membres à écouter. Elle semble rongée par l'envie d'en découdre sérieusement, me faisant serrer le manche de mon arme avec nervosité.
-J'arrive pas à vous voir ! s'exclame Tifa.
-Vers les remparts.
Cette fois, c'est moi qui voltige d'arrière en arrière. Elle m'assaille sans relâche à une vitesse vertigineuse. Gardant tous les paramètres en tête, je l'emmène toujours aux abords. Elle regarde avec attention où mes balles atterrissent. Elle est assez rapide pour rebondir tout juste avant ou après que mes tirs n'atteignent, même ses points d'appui.
Soudain, profitant que je saute, sa lame tranche l'air à une allure vertigineuse après avoir tourné sur elle-même plusieurs fois. Sentant l'air changer dans ma direction, pris de réflexe je me protège avec ma greffe, plongeant mon visage dans mon col et soulevant ma cape. Je sens mon flanc s'ouvrir du côté gauche, comme véritablement atteint par un coup de lame effilée.
J'atterris de façon incertaine, devant bouger plusieurs fois mes pieds avant de me stabiliser, des tuiles glissant sous mes pieds. Je sens l'odeur métallique de mon sang bien avant que ma greffe ne tâte mon côté pour constater les dégâts. Ma vision clignote rouge l'espace d'un instant, les monstres battant aux portes, ne demandant qu'à prendre le relai. Mon contrôle devient difficile et distrayant.
(Music : I've Got No Strings de Avengers : Age of Ultron)
-Vincent ? appelle Tifa en entendant probablement mes difficultés.
-Ça va. J'aurais juste besoin d'un Soin, j'informe.
Et je ne peux pas me soigner sans user de Magie, ce que je n'ai plus. Je dois attendre Cloud, que j'entends tiquer à l'oreillette.
-Vincent, bats en retraite ! Attends-nous ! presse-t-elle.
-Je ne peux pas, je murmure en grimaçant.
Elle-même ne me laisse pas partir. Elle se redresse, le sourire aux lèvres en émettant un son de dédain.
-C'est étrange… Tu m'avais l'air beaucoup plus fort la dernière fois.
Je cache ma frustration derrière mon col, serrant les mâchoires. Elle avise mon corps sous un nouvel œil, faisant quelques pas languides.
-…Tu es devenu faible, commente-t-elle d'un ton doucereux. Tu es vraiment sûr de vouloir tenter ta chance dans cet état ? raille-t-elle. Tu m'en veux à ce point-là… ?
Sa suffisance lime ma patience. Je sens le rugissement de Chaos vrombir dans le bas de ma gorge. Il se débat furieusement, commençant à briser ses chaînes. Elle ricane, son amusement n'atteignant pas réellement ses yeux ni sa cible.
-Vincent, il faut que tu tires pour qu'on te voit !
-Reçu, je murmure aussi bas que possible.
-C'est elle, n'est-ce pas…? Elle te manque ? demande-t-elle en parcourant sa lame des yeux, une sollicitude que je ne m'attendais pas à entendre dans sa voix.
Elle prend un air détaché, regardant sur le bas-côté.
-Ce n'était rien de personnel. Faible ou pas, c'était une Cetra. Je ne veux pas que nos plans soient à nouveau contrecarrés. Je suis obligée de les exterminer, lance-t-elle avec légèreté, comme si elle se dégageait toute responsabilité. Enfin, si j'étais toi, je ne m'attacherais à personne. Tout le monde doit partir. Même la planète le dit !
Elle lâche un rire amusé. Elle joue avec sa lame, la faisant tournoyer distraitement comme pour tromper son ennui.
-Cette pauvre petite chose. Elle savait à peine se battre. Ah, lâche-t-elle en faisant claquer sa langue. Je déteste les combats trop faciles. Il trouve ça lamentable. Hm, fait-elle soudainement d'un ton appréciateur.
Elle s'arrête, prenant un air plus léger aux antipodes d'il y a quelques secondes.
-Je dois admettre… Elle ne s'est pas défilée.
En effet, le contraire aurait été plus qu'étonnant. À son niveau, c'était imprudent, mais acculée comme elle l'était, tout ce que j'en retiens est de l'infatuation. Plus tard, je sais, elle deviendra encore plus forte, faisant alors toute ma fierté.
-Elle est partie dignement, si ça peut te réconforter.
Je serre les dents, fronçant une aile du nez, une prise titanesque sur mon arme quand ma frustration atteint son paroxysme. Dans mon état normal, j'ai envie de croire que je pourrais facilement lui faire ravaler ses mots magnanimes autant que condescendants.
Elle lève les yeux avec un léger sourire sincère et doucereux, ses longs cheveux soulevés par une brise marine. Je remarque à nouveau que les clones ne se ressemblent pas entre eux malgré leurs points communs avec Séphiroth. Je lui lance un regard sombre, sentant mes mâchoires jouer à mes tempes, me préparant à la suite du combat.
-Comme elle doit être triste de te voir ainsi.
-Laisse-la parler. On est près des remparts. Si tu tires, on te verra, dit Cloud.
Elle lâche un soupir contrit. Qu'elle discute est une bonne chose, je gagne du temps, mais je ne peux m'empêcher de regarder avec inquiétude le sang qui coule sur mon flanc sous ma greffe. La blessure est plus profonde que je ne l'imaginais, je n'arrive pas à cesser de saigner aussi bien que d'habitude. Peut-être à cause de mon manque d'Énergie.
Pourtant, avec Chaos plus présent, d'après Angelina… Non, elle avait aussi précisé que je manquais cruellement d'Énergie. Il y a sûrement un lien. Je me prends à espérer qu'aucun organe ne soit touché. Il ne me resterait alors vraiment pas d'autre choix que de me transformer.
Le cuir de sa main crisse sur le manche de son katana, sa main droite caressant le tranchant de sa lame.
-C'est ma faute. Je n'aurais pas dû vous laisser séparés…
Je ne saurais dire si le rire qui suit est sincère ou non, tant il est désabusé. J'entends la langue de Tifa claquer à mon oreille. La sbire embrasse ensuite sa lame avec anticipation avant de prendre position : pliée sur ses jambes, son katana tenu par ses deux mains juste au-dessus de sa tempe. Ses yeux se durcissent d'une détermination plus inquiétante que lorsqu'elle répliquait de coups rancuniers.
-…Il m'a toujours dit d'être brève. Tu as de la chance. D'après lui…c'est comme s'endormir.
C'est ce qu'elle dit. Mais je pense l'avoir croisée assez de fois pour savoir que l'amour de la bataille l'anime.
-Cette $%#§€, lance Cloud.
Chaos relâche un râle enragé, d'une animosité sans pareille envers ses propos.
L'instant d'après, elle s'était déjà élancée vers moi. Je repousse deux fois sa lame avec ma greffe, puis je suis forcé de le faire avec mon arme. Je me protège d'abord, puis envoie son katana se planter à nos pieds. J'élance ma greffe deux fois dans sa direction, ce qu'elle esquive sans cligner des yeux. Je suis trop lent !
Elle attrape ma greffe pour l'immobiliser, avant d'envoyer son front contre le mien, me sonnant une seconde. Son genou me soulève du sol. J'atterris sur une jambe et décide de lui renvoyer le compliment, mais elle bloque mon genou avec le sien. Je vais te montrer – Cependant, je parviens brusquement à saisir sa gorge malgré sa force exercée sur ma greffe, du rouge grignotant les abords de ma vision, un son guttural dans la poitrine :
…comment on élimine réellement une menace. Chaos envoie son front à son visage jusqu'à ce qu'elle saigne du nez, son pied sur sa lame la maintenant inutilisable. Je sens mes forces me revenir – non, Angie a besoin de cette Énergie ! Si je me transforme, je perds l'influence de Chaos dans mon Énergie pendant que je maintiens encore le contrôle, et je ne peux pas lui faire confiance une fois complètement transformé.
Dans mon esprit, je me sens me débattre pour maintenir le monstre ailé avec mes bras, le tirant en arrière dans le havre qui lui est réservé. J'invoque des chaînes mentales pendant qu'il me traite de tous les noms ayant attrait à l'ignorance et la faiblesse.
Chaos brise son poignet droit lorsqu'elle se débat et abat encore son crâne contre le sien juste au moment où je reprends le contrôle. La force est suffisante pour envoyer la sbire au sol briser le toit, glissant de ma greffe ramollie lorsqu'intérieurement, je parviens à plaquer au sol le monstre pour l'immobiliser.
Il rugit, hors de lui. Des milliers de pensées meurtrières défilent à mon esprit. Je les laisse naître et mourir sans m'y attarder, décidant de les ignorer. Je me fige un instant, les membres tremblant pour reprendre le plein contrôle de mes mouvements. Je recule frénétiquement, avisant une retraite le temps de retrouver le calme et la maîtrise de moi-même.
J'entends tout à coup la voix d'Angelina à l'oreillette, s'exclamer de surprise.
-Qu'est-ce que… Du calme ! demande-t-elle.
Mes yeux s'agrandissent, vrillant sur la villa au loin, près du rempart et de l'entrée de la ville. L'épéiste envoie sa lame vers mon torse, que j'évade à la dernière seconde, alors elle envoie son pied contre le mien, ce qui me fait rater mon tir. Ma botte glisse, et la tuile sur laquelle j'essaie de me reprendre s'enfuit, me faisant chuter au sol.
Elle n'hésite pas une seconde pour se jeter sur moi et me frapper au visage, les yeux hagards, de crainte ou de rage. Elle s'assoie sur moi pour bloquer mes jambes, le visage ensanglanté.
-Pourquoi…est-ce que je dois tout faire ! lance-t-elle.
Je lui tire à la tête, pour la voir se pencher pour éviter les balles de plein fouet, si ce n'est pour une épaule éraflée. Elle maintient ma greffe dans le creux de son bras droit plutôt que l'esquiver et plante sa lame dans mon torse. J'en ai le souffle coupé, les yeux écarquillés.
-Bien essayé, mais…je suis toujours la plus forte, susurre-t-elle dans un élan de satisfaction intense, le souffle court. Dis-lui de me féliciter, parce que Maya t'envoie.
-Vincent !
Elle enclenche un sort de Foudre. Mon grognement de douleur résonne à mes propres oreilles plus que son rire de victoire, mon dos s'arquant, la lame glissant contre mes os et ma chair.
Fin du Chapitre-24
Bloopers :
~ Cloud a même tourné le dos à la scène, les bras croisés, ne laissant que la lumière blanche de sa lame géante nous aveugler. (Ce que je lui ferais gracieusement remarquer si je n'avais pas été préoccupée par plus important.)
Full : Cloud en fait c'était le genre de petits cons en primaire qui te mettait la lumière du reflet de sa règle ou de sa montre dans la gueule en plein cours.
DG : XD
~ L'instant d'après, elle s'était déjà élancée vers moi. Je repousse deux fois sa lame avec ma greffe « Huh ! Hah ! », puis je suis forcé de le faire avec mon arme. « Hm ! » Je me protège d'abord, puis envoie son katana se planter à nos pieds. « HUH ! » J'élance ma greffe deux fois dans sa direction « HUH HAH ! », ce qu'elle esquive en clignant des yeux d'interrogation.
Elle attrape ma greffe pour l'immobiliser, « HUH ! ». Elle plisse les yeux dans ma direction, me méprisant du regard, avant de soudainement sauter du toit pour s'en aller avec une mine de dégoût. Je l'entends marmonner son mécontentement d'ici, teinté de déception.
-…Huh ?
Hey hey heeey !
Comme on a pu le voir, le Cetra inconnu commence à prendre de l'ampleur. À la base, c'était un énorme chapitre qui voyait la fin du combat, mais arrivé à trente pages, je me suis dit que ça serait mieux de garder le rythme et le contenu que j'avais jusqu'à maintenant. De plus, ce n'est pas la première fois que je coupe un combat en deux donc bon, c'est limite la tradition maintenant. J'aime bien, ça fait respirer tout ce qui est intrigue et sentiments.
N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez ! Des bisouuuus !
