Hello les gens ! J'espère que vous allez bien !

Je suis en retard je sais, mais je publie au moins à la date prévue. Que dire si ce n'est que j'avais cette scène en tête depuis Octobre 2020, inspirée par la musique Fighting de Grissini (si vous ne les connaissez pas encore, allez jeter un coup d'oeil, ça en vaut vraiment le coup). Je pense avoir donné la mesure de tout ce dont j'avais prévu, et posé les pierres de toute la suite que je souhaitais tant faire. Et puis ! À chaque chapitre supplémentaire passé le 22, je suis personnellement fière de moi, et grâce à Eclipse1995 et Full1, je peux affirmer que les chapitres rivalisent de qualité les uns avec les autres. Il me tarde donc d'enfin finir la réécriture.

À ce jour donc, la réécriture a été effectuée jusqu'au chapitre 6 pour les curieux.

Comme toujours, RAR, et prenez soin de vous, je vous revois à la fin du chapitre pour plus de trivia ^^ :

Eclipse1995 : Hey Hey Heeeey ! Toujours sur Bokuto ? :3
Bonne coincïdence parce que je crois que tu es à nouveau en vacs pour pouvoir lire ce chapitre ! Et ça a un peu changé depuis la dernière fois donc j'espère que ce sera nouveau pour toi 33 !
Pas fan du couple TifaxGenesis MAIS je respecte tous les pairings ! Moi je voyais plutôt Genesis ou Vincent x toi mais c'est toi qui vois x). Je verrais Genesis avec, attention...Aerith ! Je trouve que c'est la seule qui le ferait redescendre sur GaÏa comme il faut et qui lui ferait du bien. T'en penses quoi ?
Omgggg. Alors, tu l'as fait ce tatouage ? Ça en est où ?
Mais quand tu veux meuf ! Des bloopers ça me rappelle le golden age de ma fic où j'écrivrais n'importe quoi et je faisais que des fautes de merde et je publiais ça comme ça XD. Maintenant je me prends tellement au sérieux, ça me fait respirer haha !
Je trouve aussi qu'Angie manque de maturité. Pour moi, Vincent à 100% raison, mais en même temps c'est dans le caractère de la belle de vouloir brûler les bougies par les deux bouts, épicurienne et hédoniste à fond, amoureuse des distractions ; elle ne serait que trop impatiente de découvrir tout ça. C'est plutôt Vincent qui a du souci à se faire XDDD. (Je me marre, j'espère que ça se voit pas trop hahaha. Juste à l'imaginer avec quelqu'un avec une forte libido, le pauvre). Maaais, d'accord avec toi, elle est raide dingue de lui donc franchement, où est le problème pour elle ? Ils sont juste pas sur la même longueur d'onde.
Le Chapitre :
Hahaha, Vincent il en prend des vertes et des pas mûres depuis le début de ma fic je sens, surtout ces derniers chapitres XDDDD. Je vais ralentir un peu je pense mdr.
Angie je pense, elle est surtout en mode "J'ai rêvé ce moment où...?". Puis là t'as Chaos qui DéBaRqUe et Vince il est grillé XD. Angie a plus de self-control que moi, parce que moi je serais touuuut sur lui lmao !
Faudra que tu me dises si tu as aimé Cloud ce chapitre, comme l'a promis l'image, il a eu un rôle mineur, eeeet j'ai pas nerf le persos x). Je ne veux donc plus rien entendre. Il peut retourner au placard et ressortir pour se plaindre quand ce sera nécessaire haha. (Non en vrai, j'essaie de rétablir sa réputation de Cloud Post-jeu original. Aide-moi stp, tous les dons sont acceptés, toutes idées bienvenues à cette cause.)
Hahahaha Vincent qui la lave, ça me rappelle une scène perdue où - *Nous interrompons cette RAR pour vous signaler que l'auteur a momentanément disparu dans une tornade de rouge*
Oui, je me disais que c'était *assez* courant et j'espérais que ça passe plus ou moins sans dégoûter trop de personnes. Mais après Games of Thrones, je me suis dit : "Hé ho, ça va deux secondes l'hyprocrisie !". Je me disais que j'avais assez justifié les intentions de chacun.
Vladou j'te jure, un coup il va récolter ce qu'il a semé parce que la liste de ses péchés ne fait que s'allonger XDDD. (Bien pratique ce perso haha)
MDR personne ne protège Chaos. Angie a protégé Chaos ce chapitre ! La boucle est bouclée, m'est d'avis qu'ils sont bons à marier, ça y est ! :D
Chaos : Marier ? Ça se mange ?
Vincent : ... *hurlant dans sa tête*
Angie : Ça va, tu vas pas un peu vite en besogne !
Que penses-tu de Chaos, le Cetra, tout ça tout ça après ce chapitre ? J'ai hâte que tu me dises ! (Regarde pas trop près non plus, parce que pour un peu avec ta boule de cristal, tu finirais par te spoil toute l'intrigue... XD)
Je suis contente que tu aimes Maya ! Malgré ses "défaites" répétées, j'espère que c'est une ennemie que les lecteurs apprécieront de respecter.
Des bisouuuus, hâte de te voir !
PS : Je ne suis pas un cheval de course, mais de ce que tu m'as dit, le tiens était loin d'être au rabais ! :D
Signé par ta plus fidèle admiratrice !

Merci donc à Eclipse1995 et Full1 pour la correction et la finition de ce chapitre aussi.


Chapitre-25

Deux visions

Angelina (Music : Cloak and Dagger de Eternal Eclipse)

Je m'arrêtai, des flocons de neige tombant à flot. Mes yeux se tournèrent vers la forêt haute et profonde à notre gauche. Ivor se tourna vers moi, ma forme immobile l'ayant retenu par nos mains jointes, un air confus sur le visage. Cleya m'interrogea du regard, notre horde de gardes du corps nous poussant à avancer. Comme hypnotisée, je lâchai sa main et m'élançai sur la rivière gelée en contrebas pour atteindre la forêt.

-Angie ! Angie reviens ! s'écria Ivor, sur mes talons.

Je courus à toute vitesse sur mes petites jambes, m'enfonçant toujours plus profondément à l'ombre de la cime des arbres. Mes pensées étaient imprécises, les images rapides et vivaces. Je n'aurais su dire si j'étais encore sur Terre ou dans la forêt interdite.

-Mademoiselle Anderson !

Mais sa musique me guidait, chaque corde tirée et pincée résonnant entre les troncs, portant sous la cime des arbres aussi bien que dans mon crâne.

-Angie !

Elle était si présente que je n'aurais su déterminer son origine. Mes pas s'arrêtèrent au milieu des arbres, la neige en couche épaisse s'écrasant sous mes pieds.

-Angie, souffla Ivor en s'emparant de mon bras.

J'observai nos alentours, de la buée épaisse s'échappant de nos bouches. Je savais qu'il était là. Je le sentais !

-Je l'entends… Je t'assure que je l'entends. J'entends sa musique, je murmurai en cherchant partout aux alentours, les troncs représentant comme autant d'obstacles entre lui et moi.

-Angie, appela-t-il, Angie !

Avant de se saisir de mon visage quand je l'ignorai. « Angie, il n'est pas là. » Il essayait de forcer mon attention sur lui, plantant son regard vert d'eau dans le mien. « Viens, » susurra-t-il. Sa main glissa de mon bras à ma main. « Viens, ça va aller. Je suis là. Ce n'est rien. » Il me tira, m'intimant à rebrousser chemin. « Viens. »

Je résistai lorsque je vis une silhouette noire, encapuchonnée, s'avancer entre les troncs dans notre direction.


Dire que j'avais été réveillée brutalement aurait été un euphémisme. Tout le monde avait nonchalamment déclaré qu'il n'était pas nécessaire que je reste sur mes gardes pendant que nous tendions ce piège au Cetra. Après tout, nous ne savions pas quand il allait mordre. Mais mal m'en pris. J'en avais le cœur rendu douloureux par le brusque ébrouement de Vincent visiblement pris d'urgence au-dessus de moi.

Nous sommes à présent plongées dans le noir complet, au sous-sol de la villa. J'ai le cœur suspendu pendant que tout ce que je peux entendre de ce qui se passe dehors se résume à ce que l'oreillette transmet. Elfé me rend mon étreinte anxieuse. Je serre étroitement sa main lorsque j'entends Vincent être blessé.

Mais les communications sont importantes. Elles sont la clef de tout mouvement en équipe. On ne doit pas les surcharger d'informations ou transmettre inutilement, ni révéler notre présence ici-bas. Alors je suis réduite à sentir mon visage se tordre d'inquiétude, brûlant de les rejoindre sans rien pouvoir dire.

Je pourrais, m'intime une voix. En regardant ma main, en me concentrant sur mes réserves, entre la venue du Cetra, l'Énergie rassasiante de Vincent et celle monumentale de Chaos…je me sens bouillonner. Je ne réalisais plus combien j'étais glacée, fébrile et nauséeuse jusqu'à ce que toutes ces sensations disparaissent à mon réveil.

Nous entendons une ouverture être éventrée de force à l'étage. Felicia me pousse aussitôt dans le fond de la salle pour me cacher derrière des caisses. Je me recroqueville pendant qu'elle reste debout, dos à une autre pile dans le coin inférieur lui permettant d'avoir une vue sur les escaliers.

Nous entendons les bruits de pas, et nous retenons notre souffle lorsque la porte menant à nous au sous-sol se retrouve également démise. Une lueur intense turquoise baigne tout l'endroit, me permettant d'échanger un air interdit avec Elfé. Comment ? Le Cetra a profité de l'agitation pour revenir ici ?

Son katana bien le long de sa jambe pour éviter que la lame n'accroche la lumière, elle se tend pour se préparer au combat. Je secoue la tête et une main pour lui rappeler que nous ne voulons pas l'engager de manière hostile. Elle m'affiche un air laissant entendre qu'elle était à court d'options.

Dans le silence de la pièce, malgré la descente du Cetra, j'entends la respiration lourde de Vincent à travers l'oreillette, m'imaginant une scène de combat violente. Je frémis. Mon Énergie semble réagir à celle de Vincent et surtout Chaos qui s'agite quelque part dehors.

Elfé esquive soudainement de justesse une flèche traversant la boîte se trouvant au niveau de ses jambes. L'instant d'après, j'entends un cercle de magie s'activer – sa flèche atteint tout le recoin de la pièce avant que nous ne puissions bondir ailleurs. « Ah ! » je m'exclame de surprise. Felicia s'agite dans sa prison de glace, son bras gauche en travers de son buste, son katana et sa jambe placés devant moi, sur mon flanc au sol. Moi aussi, j'essaie de dégager mes hanches et mes mollets de la formation avec hargne.

Le Cetra encapuchonné s'avance et tient Felicia en joue avec une nouvelle flèche de glace à une distance raisonnable. Son arc argenté est immense, la pointe éclairée nous aveuglant presque.

-Qu'est-ce que… Du calme ! je demande en m'écriant, ma voix transmettant mon angoisse face à la tournure des évènements.

Je suis frustrée par ma condition. Le groupe a refusé de me donner des matérias, justifiant que j'userais de Magie même dans mon état. Mais maintenant me voilà sans défense !

Elfé garde la tête froide et active un sort de feu minime sur les caisses devant moi. Le Cetra recule avant de de lâcher son sort. La glace devenue friable, Felicia dévie la flèche, qui éclate en un nouveau piège de glace sur le mur d'à côté pendant que je me relève. Elle me repousse juste à temps pour que seule elle soit à moitié gelée.

Dehors, Vincent semble en terrible difficulté.

-Pourquoi…est-ce que je dois tout faire ?

Je dois gagner du temps, jusqu'à ce que Felicia puisse à nouveau activer un sort pour se dégager ! Je me redresse et me mets en position de combat. Juste avant que je ne me décide à me téléporter près de lui pour engager une prise au corps à corps, le Cetra se contorsionne, dos arqué vers l'arrière pour nous mettre toutes les deux dans sa ligne de mire.

-Bien essayé, mais…je suis toujours la plus forte. Dis-lui de me féliciter, parce que Maya t'envoie.

-Vincent !

Deux flèches dorées se sont formées entre ses doigts, déjà encochées. Je relâche une exclamation de peur et me précipite vers elle pour me mettre en travers tout en gardant mes yeux sur lui.

-Arrête ! je demande au Cetra, une main entre nous.

-Angie non ! Éloigne-toi, me demande Felicia.

Le hurlement de douleur de Vincent me distrait de la scène présente, foudroyée par l'inquiétude.

Il décoche les flèches. Elfé encore une fois me repousse du bras gauche pour que l'évite, me faisant tomber alors qu'elle s'écrie de douleur, atteinte par la foudre.

-Elfé !

Le Cetra émet un sourire sardonique, exsudant la satisfaction. Tant pis, j'y vais ! Je me téléporte pour l'engager, quand juste à la « sortie », une main encapuchonnée recouvre mon champ de vision.


… (Music : Alien Manifestation de Nier Automata)

Je suis peu à peu réveillée par les ballottements mouvementés agitant mon corps et faisant rebondir mon menton sur une épaule. Clignant des yeux pour me forcer à rester consciente, je note rapidement des liens qui enserrent mes bras et mes jambes pour que je sois maintenue à quelqu'un. Il court vivement sur de l'herbe, ses bras soutenant mes cuisses, le paysage sombre m'indiquant que nous sommes toujours en pleine nuit.

Je regarde aux alentours, les paupières lourdes.

-Angie ! scande Felicia dans mon dos.

-Elfé !

Le Cetra relâche une exclamation de surprise. Elle est à quelques mètres à peine derrière. Comme lui, elle semble un peu ébouriffée par la bataille. Un de ses mollets saigne. J'avais clairement raté un épisode, mais elle tient sa vitesse. Dieu merci ! De plus, la muraille de Costa est toujours en vue sur notre gauche, même s'il s'en éloigne rapidement en direction du sud. Je n'ai pas dû perdre connaissance longtemps. Bon sang, cet idiot essaie de me kidnapper !

-Relâche-moi !

Je m'agite vivement pour le déstabiliser. Il est quelque peu dérangé dans sa course, me tenant fermement. Mais il semble déterminé à fuir la ville et mes « ravisseurs », relâchant un soupir d'énervement.

-Qu'est-ce que tu fais ? On y est presque, fais-moi confiance, halète-t-il.

-Relâche-moi immédiatement ! Je ne suis pas en danger ! Pourquoi crois-tu que les fenêtres étaient laissées sans surveillance dernièrement ? j'assène.

Je m'agite avec toute l'énergie que j'ai. Il claque sa langue.

-Cesse de bouger ou je te rendors ! menace-t-il.

Je n'aurais su dire si cette voix m'est familière ou non. Je lance un regard désemparé à Elfé. J'ai recouvré beaucoup de forces, mais je suis toujours trop affaiblie pour me défendre seule, et cela a pour don de me faire sortir de mes gonds.

-Ne t'en fais pas, je ne te lâche pas ! s'exclame-t-elle en maintenant la vitesse de course à toute allure, essoufflée.

Elle essaie de le talonner de sorte à ce qu'il ne parte pas trop vers l'Ouest et Corel pour les semer dans la nuit. Où est Vincent ? Que lui est-il arrivé ?

-Vincent ? Vincent ! j'appelle en espérant qu'il ait toujours son oreillette.

J'entends toujours des bruits de combat à l'autre bout du fil, Cloud et Tifa semble-t-il.

-Vincent n'a plus d'oreillette. La Foudre l'a grillée. Quelle est la situation ? questionne Cloud, la voix serrée.

-Vincent…

Cela veut dire que Felicia est aussi coupée des communications.

-Cet imbécile de Cetra refuse de parler mais s'est mis en tête de me tirer de vos griffes !

-Ce quoi ? réplique-t-il.

J'essaie de dégager mes liens comme je peux, ne pouvant m'autoriser de repos tant que Vincent et les autres seront en danger.

-Pourrais-tu, je te prie, t'arrêter ? je m'exclame à voix haute. Nous voulons simplement discuter ! La clone est dans la ville et elle pourrait à nouveau causer des dégâts, apporter la maladie voire détruire à nouveau un abri !

Une ombre effrayante coupe les lumières de la ville devant, sautant dans les airs loin au-dessus de la muraille, dessinant une silhouette bien distincte. Je relâche une exclamation soulagée, un sourire étirant brièvement mes lèvres.

-Vincent ! j'appelle.

Elle se transforme en amas de tissu cauchemardesque, prenant beaucoup de vitesse en longeant la muraille. Elle nous devance de loin avant d'y prendre appui et de s'écraser au sol pour reprendre forme humaine dans un tourbillon de tissu. Vincent se tient prêt, les pieds à part, genoux fléchis et bras prêts à agir, lui coupant la route avec un air austère et tendu.

Le Cetra s'immobilise un instant en manquant de glisser, regarde devant et derrière, le souffle rapide. Tout le monde a l'air à bout de souffle à vrai dire, alors que nous cessons tout mouvement. Mes deux gardiens se mettent à nous enserrer d'un pas lent, avec une approche qui se veut pacifique, mais qui doit sans aucun doute exercer une pression sur l'archer.

-Arrête-toi je te prie, lance Felicia. Tu dois avoir compris depuis que si nous voulions réellement vous causer du tort, ce serait fait.

-Je sais que tu ne penses pas à mal, mais ils veulent simplement nous aider, j'appuie. S'il te plaît. Tu ne crains rien.

L'Ancien relâche un souffle irrité, sa main empêchant mon bras de l'étrangler inconfortablement après mes protestations. Il repart soudainement vers l'Ouest avant que Felicia ne puisse gagner trop de terrain sur lui.

-N –

-Oh non je ne crois pas ! s'exclame Elfé en m'interrompant.

Il se retourne juste avant que la lame de Felicia ne m'atteigne. D'un geste vif et maîtrisé, elle tranche les liens entre mes mains sans nous toucher. De la main droite, il fait apparaître une flèche argentée dans son poing fermé, une partie plantée dans l'épaule droite de la guerrière.

Ils échangent quelques prises, où il tient la cadence malgré mes efforts pour le retenir.

-Arrête !

-Angie !

Le Cetra envoie sa jambe contre Vincent pour le projeter en arrière avant qu'il ne m'atteigne. « Vincent ! » Du même mouvement, il fléchit sur sa seule jambe d'appui et poursuit son cercle pour faire tomber Felicia au sol.

D'un geste vif, il refait apparaître une flèche des airs, de glace cette fois, et la plante dans l'autre épaule d'Elfé pour la maintenir au sol. Tout l'endroit se transforme dans un rayon de trois mètres en pics de glace, que le Cetra évite d'un bond en arrière.

-Elfé, non ! je m'écrie.

S'armant de son arc de la main gauche, apparu de nulle part à travers un amas de lumière turquoise. Puis décide de me laisser tomber au sol « Ah ! » pour mieux se défendre en se tournant vers Vincent. Ses pieds restent entre mes jambes, mes pieds toujours liés. Voir l'Énergie d'Elfé me rassure quant au fait qu'elle va bien, et qu'elle est juste momentanément gelée. Alors m'assurant de ne laisser aucun contact entre nous, je me laisse fondre au sol pour réapparaître près de Vincent.

-Angie ! s'exclame le tireur.

Le Cetra entame un geste précipité dans ma direction avant de se prostrer à nouveau dans une position de défense. Il relâche un souffle énervé succinct entre ses dents, l'air passablement frustré par ma fuite. Vincent se penche près de moi pour défaire les liens avec sa greffe et m'aider à me relever en gardant les yeux sur lui. À son air concerné et ses mains fortes et urgentes, je devine que la nouvelle tentative d'enlèvement l'a passablement atteint.

Bon sang, je ne sais qui est cet Ancien, mais je sais qu'il a une maîtrise totale sur de magie, et qu'elle est différente de tout ce que je connais. Depuis quand peut-on donner une forme à la glace avant qu'elle n'éclate ou que le sort ne s'enclenche totalement ? La former de rien plutôt que la lancer sur une cible bien précise me paraissait inenvisageable jusqu'à ce que je le voie.

Le Cetra fait apparaître un carquois depuis sa main droite, dont la sangle retombe autour de ses hanches, basculant derrière sa cuisse droite. Derrière lui, de longues flèches argentées impressionnantes dépassent. Il en encoche une d'un geste vif en direction de Vincent.

« Arrête ! » je crie. Vincent m'entoure d'un bras dans un tourbillon avant que je n'aie le temps de l'intercepter. « NON ! » La flèche transperce sa cuisse gauche, lui provoquant un grognement de douleur.

Oh non, il est affaibli ! Le Vincent que je connais aurait esquivé ou repoussé cette flèche d'un geste du bras. Ou bien… Le Cetra savait que Vincent empêcherait la flèche de m'atteindre quoi qu'il lui en coûte. Je constate la flèche plantée dans sa jambe, accrochant la moindre source de lumière.

Je me place devant Vincent de force, qui me tient alors étroitement contre lui de sa greffe, sa cape m'entourant comme si elle voulait s'imprimer sur ma peau. Elle dégage une chaleur intense. Dans le creux de la magie qui l'habite, il me semble goûter celle de Chaos, maintenant très reconnaissable pour moi. Même en me tenant entre eux, je sais que Vincent se prépare à m'y faire disparaître.

-Angie, souffle Vincent, sa voix emplie d'appréhension.

Je l'entoure comme je peux dans mon dos, pleine de désarroi, pour ma part prête à nous téléporter dès que nécessaire. Gardant un œil inquiet sur le Cetra, ma main gauche fuse sur sa cuisse où la flèche s'est plantée, se maculant de sang.

-Qu'as-tu fait ? je souffle d'une voix blanche à l'Ancien.

-…Ne la retire pas. Si elle a touché l'artère fémorale, je risque de me vider de mon sang rapidement, prévient Vincent avec un sifflement peiné.

Je me fais violence pour ignorer les battements affolés de mon cœur et appuyer sur sa plaie, mon poing fermé sur la pointe de la flèche pour tenter de contenir le saignement. Vincent arrange sa prise autour de moi, sa greffe autour de mon buste protégeant mon cœur et mes parties vitales. Nous étions presque de profil par rapport au Cetra.

-Relâche-la, ordonne ce dernier en encochant une nouvelle flèche sans ciller.

-Espèce de –

-Parle-lui, me chuchote Vincent en essayant de me distraire.

-Le temps de la discussion est passé je crois ! je réplique avec colère en plaçant ma main sur sa greffe, foudroyant le Cetra du regard. Comment oses-tu ? Ils essayaient de me protéger ! Tu sais pertinemment qu'ils ne veulent pas nous blesser !

-Angie.

Vincent essaie en vain de m'apaiser en m'enlaçant pour me contenir, son bras autour de mon buste me retenant à lui.

-Te protéger ?

Il relâche ce son distinct, à mi-chemin entre un claquement de langue et un souffle irrité.

-Ils veulent se servir de toi ! répond l'archer avec autant de véhémence. Si tu ne viens pas avec moi maintenant, ils vont continuer à t'enfermer pour t'étudier et te disséquer… Et lorsqu'ils auront tout ce qu'ils voudront de toi, probablement le remède…, susurre-t-il entre ses dents.

-Si tu nous laissais le temps de t'expliquer, tu saurais qu'Avalanche ne cherche qu'à nous préserver. Ils ont tout fait pour empêcher qu'on me fasse du mal, comme tu l'as constaté toi-même ! Soigne-les immédiatement ! Si par ta faute, l'un d'entre eux –

-Angie, plaide presque Vincent.

Je voudrais lui retirer sa flèche, mais ai-je vraiment la magie et la maîtrise nécessaire pour le soigner ?

-Non, pas envie je crois, rétorque le Cetra.

Je serre les dents avec hargne, dardant sur lui un regard outré.

-Angie –

-Non !

-Je sais, répond Vincent avec un ton appelant au calme. Mais il ne cherche qu'à te sauver. …Il ne semble vouloir répondre qu'à toi. C'est l'occasion que nous attendions, argumente-t-il à mon oreille. Tu dois lui parler.

Ma main serre son poignet, envahie par la colère et la frustration.

-Vous êtes liés par le sang, Angelina.

Huh. Il me fixe du regard, que j'essaie diablement d'ignorer. Je sais ce qu'il fait. Il me somme de prendre la bonne décision et de mettre de force une soupape sur ma rancune bouillonnante. Et ma jalousie. Si un Cetra aussi doué rejoignait nos rangs, à quoi bon servirais-je ? J'avais tant de fois prouvé mon inutilité. …Bon sang.

-Ils ne t'ont rien fait ! Ne me fais pas croire qu'être en ligue contre les humains est de famille, je lance avec dédain. Soigne-les !

-Ils n'ont que ce qu'ils méritent. S'attendaient-ils réellement à abuser de la Planète sans jamais en subir les conséquences ? siffle-t-il. Je me fiche des humains, et je me fiche de leur sort. Seule ma famille compte, informe-t-il avec détermination malgré le ton qui a baissé.

Je me fige. Je ne sais ce qui me choque le plus : le fait qu'il ne réfute pas notre affiliation, ou le manque de compassion déplorable qui gangrène les miens envers les humains.

-Merde, elle s'enfuit ! s'exclame Cloud, perçant soudainement mon esprit qui avait provisoirement mis leur combat en sourdine.

Vincent se tend derrière moi. Son regard inquiet se tourne vers les lumières nocturnes chaudes de la ville éclairant les contours des bâtisses les plus proches et le grand mur en contre-jour, me prouvant qu'il avait aussi entendu.

-J'ai confiance en Avalanche. Et tu devrais toi aussi. Ils sont…comme ma famille. Ils méritent notre aide !

-Tu as. Une famille.

Je désapprouve du regard sa flèche en joue, étendant un bras pour couvrir l'ex-Turk derrière moi. Dire que j'avais osé jalouser cette personne. Il relâche alors la corde de son arc, prenant une position plus avenante. Il présente sa main droite.

-Viens. Tu n'as rien à craindre. Ta place est avec nous.

…Il fait un pas insistant lorsque je me fige, une migraine commençant à se faire sentir.

-Si tu savais…combien je suis content de te revoir. Je pensais…que tu ne reviendrais jamais.

J'observe sa main, interdite. Pour une raison qui m'échappe, j'en ai les larmes aux yeux. Je porte une main à ma tempe, une douleur lancinante me prenant au crâne. Je peine à garder les yeux ouverts, la respiration rapide, une main à mon front. Le Cetra bouge légèrement la tête.

-Qu'est-ce que tu as ?

-Qui… Qui es-tu ?

Il reste un instant immobile, pendant lequel j'ai les yeux plissés et les dents serrées.

-Comment ça, « qui je suis » ? réplique-t-il, avec un rictus désabusé ou amer, agitant une fois son arc comme si la réponse était évidente. Et où sont les autres ?

-Les autres ?

-An…gie –

(Music : Yearning for Dark Shadows de Resident Evil : Village)

J'entends un grognement peiné. Puis silence total à mes oreilles. La respiration de Vincent a complètement changé. Profonde, sourde. Je sens la présence même de Vincent disparaître, écrasée dans les confins de son être à en juger par sa Rivière de la Vie, que je sens par contact direct derrière moi.

Son Énergie effervescente s'ébroue, s'assombrit, se teinte comme de toutes les noirceurs du monde…puis se stabilise. Plus rien ne bouge. C'est le calme avant la tempête. J'écarquille les yeux, alertée, la respiration en suspens, n'osant plus bouger d'un iota.

Mince. Mince ! C'est lui… C'est Chaos ! Bon sang, Vincent devait vraiment être souffrant pour qu'il pointe le bout de son nez. Et moi j'étais là à discuter – Le Cetra se fige, avant de reculer précipitamment et fébrilement encocher trois flèches auréolées dans notre direction. Ses iris s'illuminent de turquoise, me permettant tout juste de les apercevoir un instant sous sa capuche, sans parvenir à distinguer ses traits.

-Arrête ! Ne fais pas ça ! je lui ordonne, paniquée.

Mais son attention reste rivée à Vincent dont les yeux sont devenus dorés, des lignes tranchant ses joues, montrant les crocs au Cetra. Le jeune homme a l'air autant effrayé qu'estomaqué, déglutissant nerveusement, la respiration rapide et tremblante. Je suis étonnée de voir son arc et sa corde tirée admirablement stables en comparaison.

-Je sais… Je sais ! je chuchote presque, levant mes mains entre nous. …Mais ne l'engage pas, ou tu vas mourir, je plaide, déglutissant audiblement. Reste…calme.

Bien que j'en requiers moi-même. Je retiens le tremblement de mes mains. Mon cœur bat à cent à l'heure. Si je craignais pour Vincent il y a un instant, maintenant c'est pour le Cetra et moi dont je me fais sérieusement du souci. Ce dernier relâche d'ailleurs un souffle désabusé, tendu au possible, un genou plié, paré à l'attaque.

-Calme ? Sais-tu seulement ce que c'est ? Vous avez enfermé la Mort dans un humain ! s'écrie-t-il d'une façon qui transmet tout à fait ce qu'il pense de cette folie.

La Mort ?

Un rire guttural traîne dans l'air, un sourire intimidant un brin amusé glissant sur ses traits distinctifs. Chaos arrache la flèche de sa jambe d'un mouvement fluide. Mes yeux s'écarquillent, espérant vraiment qu'il sait ce qu'il fait.

Il se redresse ensuite quelque peu, faisant glisser sa forme le long de ma silhouette toujours figée par la peur, dans mon dos. Sa greffe me fait sursauter en se lovant de façon plus possessive en travers de mon buste. Le Cetra serre les dents, carrant mieux les épaules en replaçant bien ses flèches en joue. Le rictus de Chaos s'élargit.

-Vin-Vincent ? j'appelle à voix basse de façon hésitante.

Et angoissée. J'en ai du mal à respirer, mes bras tirant sur sa greffe autour de moi qui me tient pieds au-dessus du sol d'une prise titanesque. Son aura est juste…sombre et intense. Elle envahit tout l'endroit, faisant peser sa présence malfaisante, effrayante comme un cauchemar qui aurait pris vie. Je peux sentir sa conscience émerger, dans ses fluctuations d'Énergie.

Il est pétrifiant, menaçant dans le moindre de ses gestes. Il n'est pas du tout dans le même état d'esprit que la dernière fois où nous avions interagi. Mes jambes battent dans le vide en soubresauts par réflexe, tandis que j'essaie de desserrer sa prise.

-Vincent ! je préviens en tapant sa cuisse droite.

-Relâche-la immédiatement, Mors ! Tu es assez affaibli pour que j'aie mes chances.

Mors ? Affaibli ? Il n'a pas tort, son niveau d'Énergie est toujours dangereusement bas malgré un début de transformation. Chaos rit plus ouvertement, son rire caverneux faisant vibrer tout mon buste tandis qu'il laisse entrevoir ses crocs. Des cornes noires élégantes se forment depuis la tempe de Vincent, longues et étirées en arrière, au-dessus de ses oreilles allongées et effilées. Ses lèvres charnues ont pris une teinte sombre, son visage est plus dégagé de ses longs cheveux noirs plus épais.

Oh non… Son changement est long mais Chaos prend très certainement le dessus. J'en reste bouche bée. Son regard fixe, de prédateur suprême, si froid qu'il en est dérangeant, glisse lentement sur moi, comme sentant mon attention. Je me fustige, sachant pertinemment que ce n'est clairement pas le meilleur moment pour l'admirer.

-Vincent ! j'accuse en tirant sur sa greffe aux longues griffes acérées, le souffle court.

Un sourire, comme une expression satisfaite allège presque ses traits. Enfin, il relâche juste assez sa prise pour que je respire, déplaçant sa greffe autour de mes hanches et sa main droite à la base de mon cou. Bon sang, que fait Vincent ?! Le Cetra a l'air prêt à l'assaillir sous peu. Je dois trouver une solution !

Peut-être devrais-je le déposséder de ce qui lui reste avant qu'ils ne s'entretuent ? Mais si je lui causais du tort ? Si je m'y prenais mal et qu'il me considérait à nouveau comme une ennemie ? Et même si je réussissais, le Cetra n'aurait à coup sûr aucune opposition pour m'enlever. Je n'aurais pas la force de l'affronter. Peut-être gagner du temps ?

Ma réflexion est de courte durée : en reposant ses yeux effrayants sur le Cetra, il approche soudainement sa bouche de mon visage. J'ai tout juste le temps de le détourner, surprise, avant qu'il ne promène une langue longue et chaude sur le contour de mon visage. Un frisson me secoue l'échine, alors qu'un rire amusé s'échappe à nouveau de sa gorge à mon oreille. D'accord. Quoi ?!

Le jeune Cetra affiche une mine de dégoût incertaine, comme en témoigne son « Ugh ! ». En effet, cela va sans dire : en me basant sur ces derniers jours, je peux dire Vincent est clairement aux abonnés absents, surtout devant un auditoire. « Vin –… » Il promène son nez dans mes cheveux, emplissant longuement ses poumons. Mon cœur s'accélère pendant que ses yeux couvent ma silhouette. Je me sens tout à fait partagée.

-Chaos, le Cetra ! je fais remarquer.

J'agrippe sa main, mais impossible de ne serait-ce que mettre un peu de distance. …Il s'amuse de mon impuissance, sous couvert d'un visage magnanime et une expression presque légère, preuves évidentes de ses compétences supérieures. Il me fixe intensément, comme on regarde un insecte dont le sort lui est réservé se trémousser. Me mettant presque au défi de lui filer entre les doigts et d'exciter ses instincts meurtriers.

Je me fige lorsque ses lèvres s'étirent d'un côté d'un sourire qui n'atteint pas ses yeux perçants, complètement intimidée. Bon sang. Je devrais essayer de l'affaiblir pour forcer Vincent à revenir. Puis lui partager de l'Énergie.

-Okay, ça suffit, je ne sais pas comment vous avez réussi à faire ça, mais je crois qu'il est temps que tu retournes faire dodo. Ton heure n'est pas encore venue, crache-t-il à l'intention de l'entité ailée.

Chaos émet un rictus suffisant accompagné d'une expression peu impressionnée, voire même un brin amusée. Il lève son bras droit, où Peine de Mort trône dans sa main, le tenant en joue de façon implacable. Les lèvres du Cetra se pressent de nervosité en une ligne fine.

-Écoute-moi bien. C'est sûrement la seule occasion que nous aurons de l'abattre. Si tu parviens à le distraire, voire t'échapper, à mon signal –

-Arrête ! j'ordonne.

Chaos émet deux tirs plus vite que je ne peux cligner des yeux. La formation de glace se brise aussi soudainement que la corde de son arc a été coupée. Elfé ! Elfé reprend son souffle après avoir titubé, un poing et un genou à terre. « Felicia ! » Elle raffermit sa prise sur son katana et se redresse, me rassurant sur son état malgré son épaule blessée, qu'elle tient d'une main.

Le Cetra en reste coi, ses trois flèches serrées entre ses doigts, un bout du bas sa capuche parti en fumée. Il doit probablement réaliser sa précision en même temps que moi. C'était un tir d'avertissement, comme le seconde l'expression du démon : reste à ta place, sinon…

-On a expérimenté sur lui contre sa volonté. C'est un Berserker, j'ajoute. Lorsqu'il devient vulnérable, il n'a pas d'autre choix que de voir sa Limite s'activer et se transformer.

Elfé s'approche de quelques pas, un air prudent durcissant ses traits. Elle observe Chaos avec une grande appréhension. Est-il dans de bonnes dispositions ? Comment va-t-il la considérer, alliée ou ennemie ? Il l'observe avec un certain mépris, resserrant sa prise sur moi. Très bien, nous partons donc sur un bail de vulgaire insecte pétris d'incompétence.

-Crois-moi, comme tu peux le voir, tu ne veux pas l'antagoniser. Personne ne peut l'affronter. Vincent, je chuchote ensuite, maintenant serait un moment merveilleux pour revenir !

Tes manières se font désirer ! Chaos rigole doucement, m'entourant de ses deux bras pour me placer sur sa hanche. Sa cape autour de moi se transforme en aile démoniaque, me couvrant d'un voile de protection. J'enlace sa nuque en soupirant, tout à fait habituée à cet exercice. Je dois me pencher pour garder l'Ancien dans mon champ de vision, augmentant notre proximité.

Après m'avoir détaillée de bas en haut dans ma nuisette turquoise, Chaos presse ses lèvres contre ma pommette puis sa langue sur mon oreille. « Chaos ! » je m'exclame en sentant mes joues chauffer. Je dois faire attention à ma nuque. Je remarque combien il maîtrise peu sa force comparé à Vincent. Le Cetra grogne, passablement énervé.

-Berserker ou quoi, je vais le –

-Non !

Chaos ricane légèrement de sa voix grave et surnaturelle contre ma tempe, faisant frissonner ma colonne vertébrale jusqu'à faire dresser mes cheveux dans ma nuque. Il me presse contre lui, sa joue distraitement appuyée contre ma frange, un rictus étirant ses lèvres. Le Cetra relâche sa position avant de faire apparaître un nouvel arc entre ses mains, déjà prêt à l'attaque. Bon sang, j'envie sa vivacité. Elfé se déplace juste à temps pour placer sa lame entre nous, prête à intercepter la flèche. Il claque sa langue.

-L'œuvre de la Shinra, j'imagine ? crache-t-il entre ses dents.

Je hausse le menton, ne réfutant pas et refusant de le laisser nous faire ressentir la moindre honte.

-Voilà pourquoi les humains me désespèrent. Vous êtes complètement inconscients de le laisser en vie…

-Il n'y est pour rien, d'accord ? je proteste. Je sais qu'il est dangereux, mais tant qu'il sera avec Vincent, il sera de notre côté. Je tiens à signaler que tu as provoqué cette situation en attaquant un point vital alors qu'il manquait d'Énergie ! Si ce n'était pour eux, je n'aurais jamais pu survivre jusqu'à présent. Notamment parce que tu prenais un temps inimaginable pour te manifester !

-Combien de temps penses-tu que cela prenne pour traverser un continent, petite ingrate ? argue-t-il, excédé.

-Petite ing – Écoute-moi bien, l'obtus aliboron cossard à l'ouïe défaillante : plus vite que ça quand des vies sont en jeu ! je lance en le pointant du doigt. Parce que peu me chaut si c'est pour attaquer mes amis en arrivant comme une fleur ! Ah, ça a l'encoche facile pour tirer à profusion mais ça refuse de laisser un message moins équivoque que des stupides visions sans queue ni tête !

Ma patience épuisée semble particulièrement amuser la galerie qu'est Chaos. Le Cetra relâche quelque peu sa position offensive, ses doigts tenant les flèches de façon crispée.

-Chaut… ? murmure-t-il. Je ne suis pas Oracle, rétorque-t-il ensuite avec énervement.

-Et j'ignore ce que cela signifie, pauvre raciste !

-Oui, j'avais cru remarquer que toute intelligence te faisait défaut, lance-t-il avec autant de mordant. Une chance que je ne le sache que maintenant.

Je rugis alors que Chaos me retient. Nous continuons à nous mépriser, tandis que Felicia observe la dispute comme on regarde un match de tennis intense. La scène se fige alors qu'il s'interrompt soudainement, le souffle coupé, et nous observe intensément Chaos et moi.

-Ça y est, tu ne trouves plus rien à dire ? À la bonne heure, car toute patience m'a quittée ! Si je n'étais pas incapacitée, tu aurais tâté de ma main il y a belle lurette !

…Ses yeux, bien que cachés, s'arrêtent peu à peu de luire sous la capuche. Il s'est complètement immobilisé, son bras détendu, probablement fatigué de tenir la corde si longtemps. Comme son visage est couvert, j'ignore ce qui lui prend, ni quelle expression il a. Le rictus de Chaos change, il devient victorieux, me pressant contre lui en abaissant l'arme ultime.

-Je te remercie de m'avoir soignée alors maintenant rejoins-nous, je demande au Cetra plus sèchement que je ne devrais. Je…

Je ne sais même pas comment commencer à lui expliquer ma situation. Mais peu importe… Peu importe toutes mes réflexions de petitesse, seule Gaïa compte.

- Je ne sais rien de ma condition de Cetra. Je ne sais même pas ce qu'il m'est possible de faire. Aide-moi à sauver Gaïa !

-Gaïa est déjà en train de se sauver. Elle se rebelle contre les humains qui la maltraitaient. Tu n'as rien besoin de faire. Comment se fait-il que tu ne saches rien ? Où étais-tu ? Qui était avec toi ? lance-t-il avec insistance, l'air prêt à passer un savon à quiconque aurait failli à m'accompagner.

Je le regarde, interdite. Chaos laisse brièvement traîner un rictus, avant que son pouce ne caresse la courbe de mon épaule, comme souhaitant m'apaiser. Que ce soit un reste de Vincent ou pas, ils ont l'air de parfaitement partager leur mémoire. Je l'immobilise, hors de moi.

-Que veux-tu dire ? claque ma voix en désignant les alentours de façon sarcastique. Tu estimes la situation acceptable ?! je questionne, outrée.

Il met un instant à répondre.

-Si tu parles de cette chose qui te lorgne capable de tous nous tuer, alors –

-Je parle de la planète, sombre crétin ! Les milliers de morts, la famine, la clone ! Geostigma n'est pas censée toucher les Cetras, mais sache que d'après nos découvertes, il ne s'agit plus du tout de la même maladie. Elle sert de poison, le virus a muté grâce à Jénova. Tu vas me dire que cela te laisse indifférent ? Pourquoi l'avoir combattue alors ?

Il a la décence de paraître gêné, soufflant avec agacement sur le côté.

-Si nous sommes au moins d'accord là-dessus, alors aide-nous au moins à l'arrêter ! Je fais des humains mon affaire !

Scélérat.

-Vos rangs sont truffés de traîtres, à la planète ou votre propre cause, réplique-t-il d'une voix coupante. Je mourrais avant de rejoindre les rangs de la Shinra, crache-t-il avec véhémence.

-Continue ! Ne la laisse pas filer ! lance Tifa.

Chaos se dresse aux aguets, l'expression sérieuse et son regard acéré se tournant vers la ville tandis qu'il assure sa prise sur Peine de Mort. Je peux aussi entendre l'agitation se rapprocher, des gens crier et le bruit de dégâts matériels. Mais pour Vincent, j'essaie de me concentrer à le ranger de notre côté comme il me l'a demandé.

-Ils ne font plus partie de la Shinra depuis longtemps !

-Sais-tu seulement ce qu'ils ont fait ?! s'exclame-t-il.

-Je ne sais pas grand-chose, mais je sais que la haine n'engendre que la haine ! Avec tout ce qui arrive, chaque personne compte !

Sa prise tressaille sur son arc. Il tourne sa langue dans sa bouche, l'air austère.

-…Tu abandonnerais ton peuple, pour ces monstres…? m'accuse-t-il d'une voix atone.

Elfé a un léger mouvement de recul. Le souvenir du garçon qui hurle et traverse la vitre perce à nouveau mon esprit. Vincent transformé en Chaos dans mon dos alourdit cette douleur sourde dans ma poitrine.

-J'ai bien des regrets.

Je m'endurcis.

-Que je ne souhaite pas répéter, ni multiplier. Nous abritons tous un monstre, certains plus visibles que d'autres, parce que nous avons tous été victimes un jour ou l'autre ! Mais une chose est certaine, nous sommes tous du même côté !

Elfé baisse les yeux. Chaos emprunte un air distant, comme pris de réflexion.

-Tu peux voir en Geostigma une punition, mais sache qu'une bonne majorité des humains réalisent leur erreur et font tout ce qu'ils peuvent pour rectifier leur tir ! Cette majorité mérite notre attention ! La minorité restante mérite une chance de se racheter, si on leur la laisse !

Le Cetra secoue la tête en relâchant un soupir ennuyé, voyant très certainement en moi une naïveté affligeante.

-Si tu abandonnes les humains à leur sort, qu'est-ce que cela fait de toi exactement ? Ceux qui restent sans rien faire, ne sont-ils pas aussi coupables que les monstres à l'œuvre ? Tu penses que cela ferait de nous de meilleures personnes que la Shinra ? Nous pouvons sauver tout le monde – pourquoi faire un choix ?!

-Ils ont provoqué cette situation ! proteste-t-il vivement. Si la Planète a décidé qu'ils devaient périr, c'est qu'il en est ainsi. Combien de fois devons-nous nous sacrifier pour eux pendant qu'ils nous massacrent ? Répéter leurs erreurs ? Devons-nous toujours mourir pour qu'ils vivent ? Tous, périr ?!

Malgré la capuche, je peux le sentir darder sur moi un regard intransigeant.

-J'ignore précisément tout ce qui est arrivé… Et je comprends ta colère, intervient Elfé en levant une main apaisante. Mais vous avez des alliés désormais. Avalanche ne laisserait jamais rien vous arriver.

Il n'a fait que légèrement incliner la tête, mais n'importe qui pourrait deviner son attitude suffisante à son égard.

-Comme Aerith, vous voulez dire ?

Chaos aborde une expression sérieuse, son regard coupant comme une lame. Son corps est tendu contre le mien, son bras me pliant en deux dans le creux de mon dos. Il semble prêt au combat. Ses yeux aux pupilles verticales, plus élargies par l'obscurité, fixent plusieurs points vers la ville comme capable de suivre un fil que nous ne pouvons percevoir : le temps presse.

-Ne les blâme pas pour Aerith. Séphiroth et Jénova sont les coupables. Toi, que faisais-tu pendant que Gaïa périssait, tous les Cetras compris ?

-Aider à activer les Armes : les gardiens de notre Planète, pour que nous n'ayons plus jamais à nous sacrifier ou nous battre pour perdre – des milliers d'années de recherches, d'efforts et de technologie, fruit d'ingéniosité et de magie, des vestiges de nos ancêtres capables de pulvériser Jénova et tout ce qu'elle pourrait créer, que nous sommes aujourd'hui incapables de reproduire… Pour que tes chers amis les détruisent.

Mince.

-Nous devions rester à couvert des clones et de Séphiroth en attendant de répondre à l'appel de Sacre, pendant que, depuis des années, nous maintenons les monstres du cratère hors de leurs frontières ! clame-t-il en pointant son doigt sur Elfé.

…Comment ? Je repousse légèrement l'aile de Chaos, sous le choc de la nouvelle.

-Bien ? Tu…n'es donc pas resté les bras croisés à attendre la mort ? Pourquoi en serait-il autrement pour eux ? Je suis sincèrement désolée pour les Armes, mais, remarque qu'ils ont été assez forts pour les vaincre.

Il n'a pas l'air le moins du monde amusé ni convaincu. Pas que je puisse l'en blâmer. Ugh. Ce fut parmi mes meilleurs souvenirs du jeu. Les combats furent épiques. Je me sens désormais coupable, mes souvenirs d'enfance perdant un à un de leur saveur.

-Si tu n'as pas confiance en eux, peux-tu au moins croire en leur volonté d'aller au-devant ? Peux-tu croire en notre volonté de faire le bien ?

Il relâche un souffle agacé, regardant les alentours.

-…Non, lâche-t-il.

Elfé le jauge, une certaine déception dans le pli de ses lèvres. … Pour ma part, je darde sur lui un regard blasé.

-Cela n'a aucune importance. Tu n'as pas le droit de les juger à toi seul, et faire payer tout un peuple pour les crimes de quelques-uns. Nous n'avons pas besoin de ton approbation. Je n'ai pas besoin de ton approbation, je siffle. La Planète verra. Je sauverai donc Gaïa. Avec, ou sans ton aide, lâche.

Il pince les lèvres. Elfé sourit discrètement, suivi par un rictus approbateur de Chaos.

(Music : Those Who Fight de Grissini / Let the Battles Begin! - Break Through / Harder, Better, Faster, Stronger orchestral version cover par Alex Garet ou piano solo de Alexandra Miñoza)

Une ombre perce à nouveau les rayons de la ville, sautant depuis la muraille à deux douzaines de mètres de notre groupe. Chaos n'hésite pas une seconde pour tirer trois coups, souplement esquivés ou bloqués par une lame. Elle virevolte avant d'atterrir souplement et entamer une course vive vers l'ouest. Cloud la talonne de près, son épée attrayant la lumière comme un miroir géant dans la pénombre – oh mon Dieu, c'est la clone !

Elle ne nous adresse qu'un regard pendant qu'elle détale à grande vitesse, un baluchon blanc sur le dos, et à ma satisfaction quelque peu éreintée par le combat. De minces bruits secs sur l'herbe m'annoncent soudainement que le Cetra se fait la belle vers le sud, se fondant dans l'ombre de la muraille.

-Il nous abandonne.

Suis-je au comble de l'étonnement, l'énervement, l'inquiétude… Pour lui, pour nous ? Je mitraille la silhouette filante du regard en repoussant l'aile gauche, souhaitant qu'il s'écrase au sol heurté par un quelconque karma bienvenu. Cloud nous aperçoit et rejoint notre groupe avant de lancer un sort d'Extra-Foudre sur la clone, l'immobilisant sur place sous le coup de la douleur.

-Il nous abandonne ! j'accuse vivement. Vous parlez d'une famille !

Même Chaos relâche un son de dédain guttural, et bien que caustique, il est pour sa part nullement déstabilisé par tout ce qu'il se passe. Cloud grimace, l'air inquiet par sa disparition dans la nuit.

Est-ce que je ressens…de l'abandon ?

-Aucune importance, réplique Elfé en se positionnant devant nous avant de lancer un Soin sur nous quatre. Concentrons-nous sur l'ennemi en face de nous.

La clone se retourne complètement, son expression hargneuse pleine de stupéfaction lorsqu'elle détaille notre assemblée. Bien que Chaos fasse en sorte de me camoufler derrière son aile, je me penche sur sa poitrine et lui envoie un regard de mépris bien senti après avoir secoué la tête pour replacer ma frange, haussant les sourcils et relevant le menton. Tu ne perds rien pour attendre !

-Je prends le flanc gauche, lance Cloud en position de combat, la pointe de son épée vers le haut et le genou fléchi.

Felicia se penche, son katana tenu des deux mains sur son côté gauche. Il lance ensuite un regard curieux à Chaos.

-Restez ensemble. On peut largement s'en occuper.

Chaos garde son attention sur la sbire, sa main armée prête à agir. Elfé plussoie d'un mouvement du menton puis s'élance en premier pour commencer sa revanche, traçant une courbe sur notre flanc droit.

-Hmph, lance la clone en faisant tourner sa lame une fois dans sa paume.

Elle s'avance vers nous sans peur ni reproche d'un pas languide et confiant, avant de filer à leur rencontre.

Les coups de lame s'enchaînent à une vitesse vertigineuse. La clone parvient à parer sur deux fronts et tenter des coups de pieds quand sa lame est occupée. Tout le monde a l'air épuisé mais fait montre d'une endurance d'urgence exceptionnelle. La clone a l'air d'abord habituée à l'exercice, puis se retrouve très vite dépassée par la vivacité d'Elfé et la puissance des coups de Cloud qui la repoussent régulièrement en arrière.

Ma poitrine se gonfle de fierté – mais après tout, Elfé avait déjà clairement le dessus la dernière fois. Quant à Cloud, je ne suis pas inquiète : s'il a déjà battu Séphiroth plusieurs fois en combat singulier, tout porte à croire qu'il n'en fera qu'une bouchée. J'avale goulûment la scène, mordant mes lèvres sous la tension, brûlant de les voir triompher. Chaos doit me retenir contre lui.

J'éprouve une grande satisfaction quand un coup circulaire de Cloud l'envoie voltiger dans les airs, où Elfé la rejoint pour porter deux coups critiques, provoquant deux arcs de sang. La clone roule au sol avant de bondir plusieurs fois en arrière, à bout de souffle, un éclat de sang du cou à sa joue, sa main droite sur son flanc du même côté. Elle se maintient sur sa lame, nous évaluant.

En observant avec attention, je remarque tout à coup que l'éclat de sang à son visage semble venir d'une projection étrangère, bien que ni Elfé ni Cloud ne saignent abondamment. Vincent ! Je découvre l'ouverture sur le torse de Chaos, une mince couche de sang maculant ma paume et l'intérieur de mon bras gauche, dû au fait que j'enlace ses épaules. Il avait déjà commencé à coaguler, cependant je ne me sens rassurée que lorsque je remarque que seul le vêtement garde une trace de blessure.

Nous échangeons un bref regard quand il sent mon inspection. Surprenamment, il rapproche son visage, l'air sérieux, alors je déglutis, me demandant si je l'avais importuné jusqu'à ce que je sente nos souffles s'entremêler. Par réflexe, je commence à fermer les yeux –

La clone hurle soudainement de rage. Un amas de Lifestream noir éclate d'elle sous forme de sphère, arrêtant net Cloud et Felicia dans leur élan. La sphère pulse, les filaments noirs se distendant en arcs toujours plus larges, sortant du centre et du sol dans notre direction pour former un territoire. « Non ! » Mon cœur s'ébroue douloureusement lorsqu'ils ne sont pas assez vifs pour sortir de la zone contaminée et se font momentanément happer par l'Énergie noire.

« Lâche-moi ! » Je suis presque pliée en deux vers l'arrière pour me dégager. Mais Chaos reste de marbre, les yeux concentrés devant lui. Je suis fébrilement son regard pour réaliser une masse un peu plus turquoise dénoter aux abords de la sombre masse folle. Cloud ressort avec le bras de Felicia sur les épaules, courant vers nous. « Vite, vite, vite ! » je les presse, agitant mes mains vers nous.

La masse se précise, une silhouette humaine soulevée du sol par un ténébreux molosse géant. « Perséphone ! » déclare-t-elle. Un sourire suffisant étire les lèvres du clone, affublée d'une longue traîne en dentelle noir recouvrant toute la nuque de l'animal, nous assourdissant de son grognement mêlé d'aboiements agressifs.

Chaos en grimace en détournant la tête, ses ailes tressaillent en se refermant en cocon autour de nous. Un grognement guttural monte ensuite de sa poitrine pour montrer les crocs de façon menaçante.

« Déesse des enfers… » glisse-t-elle avec satisfaction, son ton doucereux aux antipodes de sa déclaration de guerre, tenant d'une main leste les trois chaînes reliées aux cous de la bête et de l'autre sa lame.

Et pour cause, de la masse se mettent à germer une véritable armée de chiens et de corbeaux noirs.

-Dites-moi que je rêve ! je m'exclame, désemparée.

Elle ricane. Elle semble totalement remise, elle a sûrement utilisé une Limite ! Lorsque nos amis sont assez proches, ils s'agenouillent, hors d'haleine, suintant de poison et de Geostigma, leur Énergie teintée de noir aux abords de leur silhouette. Cloud lance un Soin sur Elfé, qui souffle un instant avant de hocher la tête négativement. Bien sûr que cela aurait été trop simple !

Cloud expire en baissant la tête, partageant un air morbide avec elle : lui aussi connaît la sensation d'être atteint par Geostigma. Sans soin approprié, leurs jours sont comptés !

-Lâche-moi je t'en prie ! Je dois les aider !

-Angie, non ! protestent-ils tous les deux.

À mon soulagement, Chaos me laisse à contrecœur me précipiter à leurs côtés sans trop de résistance. Puis se plaçant juste derrière nous, ses ailes étendues au-dessus, il se met à tirer sur les premières lignes. Chaque tir est fatal, mais je déchante instantanément lorsque je constate que ses tirs sont liés à sa Magie et son Énergie.

Je saisis son poignet. Possédant un niveau dangereusement bas étant encore en train de se reconstituer – une étoile filante s'écrase sur la ligne de front, l'explosion soufflant vers l'avant sur l'armada de monstres.

Je redouble de stupéfaction lorsque le Cetra se place devant nous, arc et jambes déployés. Les trois têtes s'étaient vite placées de sorte à protéger la clone, aussi ne cache-t-elle pas sa frustration lorsqu'elle recouvre la vue pour le foudroyer du regard. Son katana est immense, la lame assez longue pour attaquer depuis les flancs étant donné la grandeur de l'animal.

-Vous allez me faire croire que vous peinez contre ça après avoir vaincu les Armes ? Vous m'enragez.

-Ugh, veux-tu te taire et m'indiquer comment les soigner ! je m'exclame, ma main suspendue au-dessus d'eux.

Il envoie son arc dans les airs, avant de le rabaisser avec une nouvelle arme : un arc plus menu et souple en bois, tout en courbe, à sept cordes en acier, avec des contours de mithril enjolivés et renforcés sur la trame. Comme un amalgame entre une lyre et une arme digne d'exposition. Ses ongles traversent les cordes vers l'arrière en dirigeant sa main vers nous. Une vague de soin nous traverse en même temps qu'un son de lyre.

Mes yeux s'agrandissent en comprenant qu'il s'agit d'un Soin spécial, empreint de Lifestream Ancien nous retirant toute altération d'état, en plus d'un Mur (réduisant tous les dégâts subis de moitié) et Hâte. Je me sens également revigorée, comme si ma force et ma magie s'étaient mises à vibrer.

« Barde Maestro ! » Il pince les deux cordes les plus courtes, en deux notes, qui se mettent à luire pour que deux filaments dorés s'échappent pour se planter dans la poitrine de Cloud et Felicia. Attrapant les filaments entre ses doigts, il meut sa main droite d'un mouvement souple vers l'avant. Les deux fils les postent devant nous.

-En avant mes minions.

Une Limite de support. Cela suffira-t-il vraiment face à ce qui nous attend ? Cloud et Felicia se redressent, échangeant un regard curieux devant l'aura dorée qui les entoure légèrement. Cette « Maya » abaisse son bras, une deuxième vague plus importante de monstres volant à notre encontre. Il encoche une flèche dorée formée de magie depuis l'arc entre ses doigts, pendant que Cloud et Elfé prennent chacun un flanc.

-Allez, presse le Cetra avec totale confiance et un sourire plein d'anticipation qui n'a rien à envier à celui menaçant de notre ennemie. Entre mes mains, vous ne craindrez rien.

Nos deux épéistes filent au contact pendant que la première flèche ouvre l'opéra du combat qui s'annonce. Vifs comme l'éclair, Cloud et Felicia tranchent sans discontinuer tout ce qui se dresse devant eux. Ils sont visibles et traçables dans la nuit et les ténèbres grâce au fil de magie qui les traverse et les relie à l'arc. Des cordes pincées par ses doigts aguerris animent l'air d'une mélodie aussi belle qu'inquiétante.

Le Cetra prend son temps pour viser la clone entre chaque tir quand il finit une phrase, qui a tôt fait de tirer sur une chaîne pour relever une tête ou esquiver. Il n'utilise que la dernière corde pour tirer, apparemment souple puisqu'elle étire les pointes de l'arc. En passant contre les cordes, la flèche fait retentir des notes audibles tout autour. Lorsque l'arc revient en place, le son change, l'accord devenant plus bref et strident. Sa cadence de plus en plus rapide rythme le champ de bataille de musique et de lumière.

À la fin d'une phase, tout l'arc s'illumine, ses gestes sont plus amples, ses genoux fléchis, comme s'il préparait un coup critique. Maya prend garde à esquiver vers le bas, mais le Cetra ne s'en formalise pas et relâche un souffle amusé, comme si le sifflement des flèches accompagnait sa chasse. Non, il s'amuse de la situation, à mon étonnement, surtout quand il parvient même à la faire reculer.

La lumière émise par l'arc pulse à travers les filaments reliés à nos deux leaders, qui se tendent une seconde, comme galvanisés. Leur niveau d'Énergie a augmenté : elle fermente et rayonne alors que les boucliers se renouvellent. Mes yeux s'agrandissent lorsqu'en utilisant ma vision spéciale, je vois du Lifestream sortir de là où il se tient pour qu'il l'absorbe, avant qu'il ne s'en serve comme s'il était un transformateur. Ainsi, il ne déplore aucune perte en Énergie – bien au contraire, malgré son Énergie et sa Magie qui le relient à nos alliés.

-Incroyable…

Le principe m'est tout à fait familier. Si j'avais su tout ce temps… La greffe de Vincent fonctionne exactement de la même manière. Je jette un coup d'œil à Chaos, qui surveille nos arrières et vient de faucher une bonne partie des oiseaux d'un coup d'ailes vers l'avant, sa magie coupant la masse comme deux faux.

-Ne pourrais-tu pas faire de même avec lui ? Il manque de Magie, je m'exclame par-dessus la musique entraînante.

-Avec un humain, oui. Tu en vois un qui reste ? répond-il sans se laisser distraire. Je cesserais de toucher à sa Rivière si j'étais toi. Elle est maléfique.

Je lève les yeux au ciel avant de les poser sur Chaos. S'il savait.

-Ramène-nous Vincent s'il te plaît.

Sa lèvre se soulève, révélant ses canines longues et prononcées, un léger grondement montant de sa gorge. J'ai comme premier réflexe d'avoir un mouvement de recul.

-Je sais, mais tu ne peux pas dans cet état, et c'est tout à fait ma faute, je lance avec urgence et du regret dans la voix. Je ne peux te laisser continuer en toute conscience. Vincent pourra au moins utiliser des munitions physiques. Tu as besoin de Magie pour utiliser ton arme et tes sorts. Tu ne peux pas continuer ou tu vas au mieux perdre connaissance en plein combat, ou mourir !

Il fronce les ailes du nez, cependant ne réfute pas. Un bruit de métal fendant l'air me distrait. Cloud et Elfé esquivent de justesse deux coups de katana tranchants de la clone depuis sa position. Distraitement, je remarque que les tirs battent un rythme régulier entre les notes, créant une mélodie plus joviale et entraînante. Comme si l'orchestre de la bataille ne recelait aucune issue funeste.

Si la situation était loin d'être aussi drastique, la musicienne en moi envisagerait de battre le rythme avec le pied et la tête avec entrain, si ce n'est danser ou l'accompagner.

-…Toi et moi, la prochaine fois, je promets dans un souffle.

Il se saisit de mon visage de la main gauche, comme pour me jauger, m'observer jusque dans les tréfonds de mon âme de son regard pénétrant. J'attrape son poignet sous le coup de la surprise, mais je suis rassurée en constatant qu'il fait en sorte de ne pas me blesser ni mal estimer sa force. Je hoche la tête pour le presser et sourit avec anticipation pour lui assurer ma promesse. Son pouce parcourt ma bouche avant de découvrir ma canine complètement inoffensive.

Il effleure mes lèvres avec les siennes lorsque des corbeaux s'apprêtent à fondre sur nous. Je finis de sursauter que trois d'entre eux se transforment en cendres. J'en reste figée. Chaos pince les lèvres, émet une légère grimace, avant de finalement lever les yeux de son air supérieur et ennuyé en soupirant. Sans perdre de vue la situation, il utilise son Sabre du chaos pour dégager nos arrières.

Enfin, il s'imprègne de ma vue, avant que ses paupières ne retombent sur ses yeux luisants, sa tête inclinant vers l'arrière. Je le retiens par le col, inquiète. Ses ailes se replient autour de nous et perdent de leur chaleur et tension. Dans un ultime relent d'Énergie, la cape m'octroie une dernière caresse avant de retomber dans son dos. Sa main glisse de sa position.

Je rattrape Vincent comme je peux malgré mes forces manquantes en le tenant par une épaule et l'autre main sur le torse, craignant un instant que le relâchement de ses muscles signale sa chute. Je suis emplie de soulagement lorsqu'il se rééquilibre rapidement puis ouvre les yeux, la respiration forte. Il observe les alentours comme s'il se réveillait d'un cauchemar.

-Tout va bien. Nous sommes encore à Costa. Le combat contre la clone se poursuit. Nous avions besoin de toi.

En espérant que l'informer puisse l'aider en quoi que ce soit. Sa greffe saisit tout à coup mon poignet. Il cligne encore des yeux, l'air épuisé. Je hoche pour le rassurer lorsqu'il a l'air d'avoir repris ses esprits, mes yeux rivés sur lui.

-Je suis là, dis-je en posant une main sur ma poitrine, tu n'as rien, Chaos t'a guéri.

Il hoche la tête, l'air partagé en évitant mes yeux.

-…Merci, souffle-t-il, la voix tendue avant de déglutir.

Je hoche la tête pour lui signifier qu'il ne devait rien en penser avec une léger sourire. Avec sa prise, il me place derrière lui puis se retourne en rechargeant. Avant de tirer vers le haut pour alléger le Cetra des cibles trop proches. Il m'intime par ses mouvements à reculer entre lui et ce dernier, qui émet un son de dédain.

-Un flingue, glisse-t-il sarcastiquement en restant concentré sur ses cibles.

Je tourne mon visage vers le Cetra. L'armée réduit à vue d'œil, ne résistant pas en qualité à nos combattants. La clone intime d'un geste impérieux aux chiens de plus petite taille de s'attaquer aux liens dorés – sans résultat, ils ne font que les traverser. Le Cetra ricane pour la narguer. Je me sens d'autant plus hors league.

-Et maintenant ?

-Maintenant quoi ? réplique-t-il distraitement par-dessus la forte mélodie.

-Il est revenu, comme tu as dû le constater par son Énergie, j'insiste.

Il m'ignore sciemment. Je le sens passablement importuné. Le molosse dévie une flèche d'un coup de patte, la suivante est étouffée entre les mâchoires d'un autre. Il aboie, nous stupéfiant tous un instant sur place sous la puissance du son. Vincent émet un son de douleur en penchant la tête. Le Cetra soupire, avant de parcourir les cordes et émettre un Soin sur nous.

Je suis stupéfaite en remarquant que je récupère également de la Magie.

-Je crois halluciner. Tu voulais seulement que Chaos s'efface ! Il n'aurait fait qu'une bouchée de tout ceci !

Il ricane avec quiétude. Ah bon sang, s'il n'était pas en train de nous aider et attaché aux membres d'Avalanche, je lui aurais enfin prestement présenté le sol du dos de ma main comme il se doit ! Je grogne à son attention –

-Ça ira. Ne t'en fais pas, dit l'ancien Turk en me tenant l'avant-bras.

Avant de procéder à éliminer tous les oiseaux aux alentours sans jamais rater un coup, m'époustouflant par sa précision dans ces conditions nocturnes, un cri après l'autre signalant la fin d'un animal. Si nécessaire, il bouge sur ses pieds pour se tourner et tirer dans une direction d'une vivacité qui fait plaisir à voir. Il fait tourner son flingue juste avant de le recharger et après la recharge d'un geste fluide, se débarrassant des enveloppes de balles vides. Je réalise enfin pourquoi il s'est équipé de bottes recouvertes de métal alors que j'évite l'une d'entre elles, brûlante.

Je pourrais demander à notre inconnu de me lier aussi, mais il pourrait essayer de m'enlever en refusant de couper la connexion ensuite, n'est-ce pas ?

-Donne-moi une arme.

-Pff. Tu n'es pas en état.

-Qu'importe, j'ai besoin de me défendre ! Donne-moi. Une. Arme !

Et je lui fais comprendre par mon ton qu'il a tout intérêt à obtempérer. Il lâche un souffle irrité, avant de marmonner :

-Qu'est-ce que tu veux ?

-N'importe quoi !

-Décide-toi !

-Une rapière !

Il émet une exclamation de dédain et dégoût sonore. Ugh. Il étend son bras dans son dos pour faire apparaître une longue rapière blanche, fine et élégante dans sa paume, pointe vers le bas. La garde est presque bleutée, reflétant la lumière comme un clair de lune sur des eaux turquoises. Du mithril !

Je n'ai pas le temps de m'en extasier. « Merci. » Bon sang, c'est moi qui suis trop faible, ou bien c'est cette épée qui est trop lourde malgré un poids bien réparti ? Son toucher est agréable et galvanisant, augmentant la magie, mais j'ai du mal à la soulever.

« Des matérias ! » Vincent fouille sa sacoche puis me présente distraitement sa main gauche tenant différentes matérias entre ses serres. Je place vivement Glace + Tout Feu + Tout sur l'arme, avant de me mettre en position, la main gauche levée pulsant de Magie. « Merci. » Il n'y a pas à dire, il connaît mes goûts. Le Cetra relâche un son témoignant de son irritation.

-…Il insiste, l'informe Vincent.

Il », répète le Cetra avec dédain. Est-ce que j'ai l'air d'apprécier quoi que ce soit de ce monstre ? réplique-t-il tel l'importun hautain qu'il est.

-Huh ! Et moi d'en avoir cure ? Observe ton ton, car très franchement, ton appréciation m'importe peu : il a ma confiance ! je rétorque.

Il me bouscule aveuglément du bras, ce à quoi je réplique sans me démonter avant que Vincent ne me rappelle à l'ordre.

-Tais-toi et observe, veux-tu !

Mon corps est peut-être encore faible, mais s'il y a une chose pour laquelle on comptait sur moi, c'était mes compétences de magicienne. Leur Magie court dans mes veines. Je la sens bouillonner, déborder comme les dernières fois. Avec une Limite qui nous sustente régulièrement en Magie, je ne crains rien.

Je prends une inspiration, collant mes avant-bras à l'horizontal, lame vers le bas. Mes yeux sur les cibles, le sort prêt, le cercle de magie mauve, rouge et verdâtre s'échappe de moi quand je décroise mes bras d'un geste vif. Suivant mon mouvement, les oiseaux au-dessus et plus loin entre nous et Costa se prennent de plein fouet un cortège d'explosions de glace, formant un arc glaciaire d'une teinte sombre du centre vers les côtés. Des pics de glace partant des formations, faisant d'autres victimes couronnent le tout.

Nous sommes soufflés une seconde par le sort et un vent de poussière de glace. Bon sang. Même s'il y a une limite au nombre de cibles pouvant être atteintes, je suis stupéfaite par la puissante du sort.

Tout à coup, je vois au loin une silhouette familière bondir depuis le rempart de Costa. « Tifa ! » je m'exclame avec soulagement. Elle nous rejoint rapidement à grandes foulées athlétiques, observant une situation qui doit lui paraître bien étrange.

-Pardon, j'ai été retenue par des shadowcreepers. C'était toi à l'instant ? questionne-t-elle avec un sourire distrait, les yeux portés au loin derrière nous.

Je souris malgré la fatigue et l'anxiété, pas peu fière. Cela dit, il n'y a pas à dire que le combat serait bien plus inquiétant sans le Cetra actuellement à nos côtés orchestrant notre défense. Sans perdre un instant supplémentaire, il active d'ailleurs une troisième corde qui se met à s'illuminer aussi de doré, avant de s'attacher de la même manière à la poitrine de Tifa. « En selle ! » D'un mouvement, il l'attire devant nous. Il échappe un « Hm… » très appréciateur, voire enjoué lorsque sa main s'attarde sur la corde lui correspondant.

Elle ne s'attarde avec curiosité qu'un instant au lien la rattachant depuis le dos jusqu'à son arc, car sa main sur sa poitrine, elle semble très vite sentir l'afflux de statuts positifs et d'Énergie. Cloud et Elfé ayant enfin dégagé le chemin jusqu'aux flancs du champ de bataille, elle s'élance droit vers le cerbère.

La clone tranche l'air de deux mouvements du bras avec son katana – le Cetra dirige souplement Tifa vers la droite puis la gauche pour esquiver, avant d'attirer Cloud dans la ligne de mire pour qu'il pare et protège la ligne de fond. Tifa glisse ensuite sur le sol, une main gantée en appui, avant de s'arrêter sur une jambe et bondir vers le haut. De l'autre genou, elle parvient à sa seule force à soulever la tête au centre avant qu'il ne l'atteigne.

J'émets un autre sort de glace, bougeant mon appui, le cou étiré pour observer la scène. Il ne reste quasiment plus d'oiseaux. D'un autre geste impérieux, le Cetra intime Felicia à attaquer la tête à droite, avant d'encocher une flèche pour atteindre la tête de gauche, dégageant toutes les défenses pour Tifa. Cette dernière abat deux coups de poings retentissant, faisant balloter la tête du chien au poil d'un noir d'encre luisant, pour finir par un coup de pied circulaire. Le Cetra rigole doucement d'appréciation.

La clone soulève sa lame. Tifa est vulnérable avant d'atterrir ! L'Ancien émet un rictus. Paré à tout, Elfé prend appui sur la tête dont elle s'occupait pour suivre l'ordre silencieux du lien l'intimant à s'attaquer directement au clone. Après deux coups de lames que la sbire peine à esquiver, elle hurle de rage. Toute la zone pulse, un cercle de Lifestream noir partant d'elle comme tout à l'heure. Vincent s'empare prestement de moi, m'emmitouflant dans sa cape.

(Music : Higher de Smash Into Pieces)

Le Cetra rappelle nos trois amis au sol en une ligne homogène d'un geste dynamique. Lorsque je recouvre la vue, je regarde avec curiosité nos corps illuminés de doré, restés indifférents à Geostigma. La clone le foudroie du regard, les dents serrées, bouillonnant de rage. L'Ancien rit ouvertement pour la railler, comme s'il n'avait jamais douté de l'issue de ce duel.

Vincent accepte de me relâcher, aussi stupéfait que nous. Le Cetra relance l'échange, faisant pleuvoir les coups, rigolant à chaque maladresse de son adversaire, acculée, mise à genoux par notre nombre et la cadence impitoyable. Si quelqu'un d'extérieur venait à arriver sur la scène…il serait bien incapable de dire qui a le mauvais rôle.

-Les chiens ! nous lance-t-il sans lever les yeux de la scène.

-Ugh ! fis-je en roulant les yeux.

Dites donc, je n'ai rien contre les combats coordonnés mais je le trouve un brin tyrannique ! Il envoie nos trois combattants au corps à corps à la fois, asseyant sa domination en ne lui laissant aucun répit, notamment avec ses flèches, tandis que je jalouse vertement les compétences exceptionnelles de tout le monde.

-Il faut les éloigner des flammes le moment venu, prévient l'ex-Turk.

Vincent lève son bras à ma gauche en croisant mon regard. Oui, j'ai bien reçu. Je croise mes poignets, mon poing gauche fermé vers moi. Il tremble sous la puissance accumulée, et je peux voir les couleurs nébuleuses de Chaos et Vincent bouillonner sous la surface. Je retourne ma paume vers le champ de bataille en même temps que je vois le cercle de magie de Vincent s'activer : des explosions de grande envergure répondent en écho, en un seul temps. Toute la ligne de front et les trois têtes sont touchées, l'endroit s'ébrouant sous le choc.

-…Un tireur-mage ? s'étonne l'Ancien. Et…

On croirait être arrivés en enfer. Mes yeux s'agrandissent quand je constate que mes flammes se répandent si d'autres cibles avaient le malheur de s'approcher, mais aussi qu'elles éclairent le champ d'une lueur peu naturelle, d'un indigo incandescent surligné de pourpre.

-…Des flammes bleues, poursuit Vincent avec la même confusion.

Beaucoup plus chaudes que des flammes ordinaires, mais cela n'explique pas qu'un simple toucher des flammes fasse tomber des chiens comme des mouches. J'observe mes bras avec ma vision en même temps que le Cetra, nos trois compagnons au front nous jetant des regards éberlués, un bras pour se protéger de la chaleur cuisante avec leur barrière rendue légèrement visible.

Les trois têtes du molosse pleurent et se déplacent pour s'éloigner. Le Cetra relâche un rire à gorge déployée, au comble de l'amusement comme de l'étonnement.

-Des flammes empreintes de Mort, ricane-t-il.

Je souris avec émoi, incrédule. Chaos ne m'a pas laissée sans défense : il m'a rendue dangereuse. Je lance un regard plein de reconnaissance à Vincent. Il a l'air un poil rassuré une fois la surprise passée, me regardant entre ses cils, un mince sourire familier étire ses commissures et ses yeux rendus mauves par la lumière bleue, et encerclés d'or.

L'Ancien change de suite de notes, les rendant agressives. La silhouette de nos amis s'illumine de rouge. Le terrain un peu plus dégagé, Cloud et nos deux combattantes s'attaquent chacun à une tête tandis que l'Ancien élimine tout animal qui échappe à leur attention.

-Synchronisez vos sorts ! Je ne veux pas de deux Méga-Feu près d'eux à moins que la voie ne soit dégagée. Pfft, rajoute-t-il en aparté. Je ne pensais pas que cet énergumène brillerait par sa magie plutôt que son manque de munitions.

Vincent me retient de l'attraper.

-Gugusse toi-même – un « s'il vous plaît » ne mangerait pas de pain !

-Quoi ?

-Entendu, promet Vincent avec son calme olympien.

-Ugh. Bien, c'est parti ! je m'exclame en prenant mes appuis, pieds écartés, genoux fléchis.

Le Cetra musicien les éloigne juste au moment où un festival de flammes engouffre tous nos ennemis, le molosse se retrouvant pris dans un geyser incandescent, dont il se précipite pour s'éloigner. Tout le monde se protège, soufflé, les appuis près du sol. Je relâche un son de frustration en constatant l'animal toujours vivant, s'agitant pour secouer des nimbes de son pelage.

-Il est trop massif pour être sensible à un état de mort subite, explique le Cetra à voix haute.

À présent le combat a un rythme allegro et soutenu. Le Cetra a lui-même commencé à diversifier ses appuis et chercher ses angles au fur et à mesure que le cerbère s'agite et esquive, sa maîtresse répondant à chaque assaut. Après chaque série de notes, une vague de magie part de l'arc vers les combattants à travers les liens. Je remarque que même la tension de l'arc et le sifflement des flèches participent à la mélodie que je ne trouve en rien gâchée par les coups de tonnerre retentissants des trois canons du fusil de Vincent redevenu Cerbère.

Des chiens et des oiseaux essaient de nous flanquer, ce à quoi nous coupons rapidement court à coup de sorts punitifs. Ainsi secondé, il se concentre sur nos combattants au front. Les pleurs et les cris de douleur parfont le tableau infernal qui se dresse devant nous. Jusqu'à ce qu'il ne reste plus de menu fretin, et que nos sorts entament sévèrement l'entreprise de notre ennemie, son armée nimbée de flammes dès sa naissance éclairant le champ.

Cloud porte un coup décisif lorsque Tifa détourne la tête du milieu, et s'en servant comme appui, saisit l'oreille de la tête de gauche pour le distraire. L'épéiste n'hésite pas une seconde pour bondir dans les airs, son arme gargantuesque au-dessus de sa tête, son corps en tension pour rassembler ses forces : il décapite d'un coup net la tête inavertie, faisant jaillir une gerbe de sang noir. Il grimace, mais le lien doré le protège heureusement de ses effets néfastes, comme on peut le constater par la vapeur qui s'en dégage, comme celle d'un acide.

Les deux têtes restantes pleurent, le corps s'ébroue tandis que la clone tire sur les rênes d'un geste rageur. Tifa et Elfé manquent de se faire écraser. La femme aux cheveux argentés fauche Elfé d'un coup de lame, sur sa gauche. D'un mouvement si rapide qu'il tenait presque du réflexe, Felicia le pare de son katana en partie rangé dans son fourreau pour plus de stabilité.

La terre retient la trace du coup, mais la jeune femme reste bien campée sur ses pieds, un air sérieux et vindicatif sur le visage. Ne supportant probablement plus l'issue de plus en plus incertaine du combat, la clone ordonne au cerbère de s'élancer directement vers nous.

-Repositionnons-nous ! je m'exclame en m'emparant de l'épaule de l'archer lorsqu'il reste sur place.

-J'ai dit que je ne bougerai pas ! rétorque-t-il en me repoussant aussitôt.

-Espèce de…

Je fulmine, grognant à son intention. Vincent recharge, affublé de son sang-froid légendaire, l'esprit déjà sans nul doute à la nouvelle prérogative. Je pince les lèvres, maudissant la confiance déjà aveugle qu'il lui accorde, et son côté conciliant plutôt que réactif. Peu m'importe. En cas de coup dur, je ne réfléchirai pas et nous transporterai plus loin.

Les autres s'attèlent déjà à attaquer le molosse et le distraire dans sa course. Je me souviens que Cloud et Tifa doivent toujours avoir leur oreillette, dont la présence à mon oreille se rappelle à moi. Ils esquivent in extremis, manquant de se faire aplatir ou dévorer dans la nouvelle débâcle. Je retiens ma respiration quand Tifa se fait heurter par le flanc et projeter plusieurs mètres sur le côté.

-Tifa ! …Nous pourrions créer des remparts de glace, je lance à Vincent.

Elfé parvient à monter sur l'échine pour s'attaquer directement au clone. Le combat est vif, rude et sans merci, condamné à l'espace exigu sur la nuque de l'animal. Elfé évite un coup de lame et pare le deuxième, se retrouvant rejetée en arrière par la puissance du coup.

-Ils se retrouveraient seuls face à elle. Nous perdrions notre vision, sans compter que je ne pourrai plus tirer, fait remarquer Vincent.

-Hm, oui. Cela semble être un problème tout à fait personnel, réplique le Cetra d'un ton sardonique.

Ce qu'il veut dire me percute avant que je ne m'énerve trop vivement.

-Nous pourrons toujours les voir ! j'assure à Vincent.

Il jauge un instant ma détermination. Il lève ensuite son bras gauche contre son torse, poing fermé, avant de le mouvoir d'un geste ample : un mur blanc givré se dresse haut dans le ciel. Il est savamment placé, impressionnant par sa largeur tant que son épaisseur : le cerbère le percute de plein fouet, manquant de le briser en son centre, et se retrouve sonné pendant quelques secondes précieuses pour notre équipe.

Vincent ne déçoit jamais par sa magie. J'émets un rictus impressionné. Je déchante lorsque deux coups de lame géants font s'effondrer le rempart, permettant au molosse de dépasser les énormes blocs de glace au sol.

« À moi ! » Car elle gagne rapidement du terrain. Je soulève mon épée devant moi, avant de bouger la pointe du bas vers ma cible. J'imite son rempart, qui se dresse sur son chemin, assez près pour qu'elle ne parvienne pas à arrêter ses chiens à temps. La glace est sombre, teintée d'un mauve lugubre aux abords sanguins à cause de Chaos. La couche est assez épaisse, à ma satisfaction, et donc ne cède pas au choc.

-Parfait ! commente le Cetra, dont les flèches dorées traversent les murs sans problème.

Je crois, oui. La glace permet même de cacher l'origine des tirs.

Probablement comme lui, je peux suivre le fil du combat à travers la matière grâce à ma vision spéciale : je vois les silhouettes en couleur grâce à leur Énergie, noire pour le cerbère, avec un cœur turquoise pour la clone, d'un vert intense pour Elfé, d'un bleu turquoise pour Cloud et enfin un turquoise normal pour Tifa.

Parfois, les bonus octroyés par l'Ancien traversent nos combattants d'une couleur différente : rouge pour la force, vert et bleu pour le soin et la magie, doré en temps normal. Les fils sont toujours connectés, même à travers la glace, bougeant de façon erratique.

La clone parvient à traverser deux autres murs de la même façon. Tout le monde est épuisé. Cloud a décapité l'autre tête extérieure à l'aide d'une Limite et Tifa maintient ses pattes occupées. Mais le cerbère est maintenant assez près pour que sa masse fasse trembler le sol et perturbe l'air et nos appuis. Heureusement, Felicia pare sans ciller tous les coups de lame à notre encontre, ce qui semble ébouillanter son Énergie un peu plus à chaque fois.

La peur commence à me gagner, ma main gauche sur l'épaule du Cetra et ma cheville croisant celle de Vincent, créant du contact pour une téléportation d'urgence. Je ne sais même pas si j'en serais capable, mais plutôt essayer que mourir ou les abandonner en plein combat.

Nos combattants ne ménagent pas leurs efforts, maintenant poussés par l'urgence. Tifa active sa Limite, faisant pleuvoir ses poings et pieds, parvenant à elle seule à stopper son avancée plusieurs secondes. Le corps du monstre s'en retrouve soulevé, tenant sur ses deux pattes arrières. La tête ballote, le molosse éreinté, baignant son corps et nos combattants de son sang toxique.

L'Ancien assure ses appuis et encoche une flèche dorée bien plus immense que toutes celles que nous avions vues. Avec l'attaque qu'il prépare, c'est son Énergie enflant en pulsation qui fait vibrer les cordes à présent. Elfé accourt et se place entre nous et le monstre, bas sur ses appuis et mains serrées sur la garde de son katana rangé. Elle pare d'un geste maîtrisé deux autres coups de lame. Sa silhouette s'illumine de son Énergie.

Lorsque la dernière tête ouvre la gueule pour nous engloutir, elle s'élance, rapide comme l'éclair. Mes yeux ne parviennent à suivre qu'une partie des coups de lame qu'elle abat sur la tête puis la clone. Un bruit de tranchant accompagne un éclat argenté comme la lune et scinde l'air si brutalement qu'on en ressent le souffle. Lorsque je finis de cligner des yeux, la dernière tête voltige dans les airs comme s'il ne s'était agi que d'une vulgaire cible de chiffon.

-Scène.

Le sang n'a pas le temps de gicler que le Cetra relâche sa flèche, les cordes sonnant un accord final puissant. Dans un éclat de lumière doré baignant tout l'endroit, le tir transperce le corps de l'animal. Il éclate de filaments de Lifestream noirs, dont nous sommes protégés, avant qu'il ne se désintègre. Il se disperse comme un cauchemar, chassé par une attaque aussi lumineuse qu'un soleil en pleine nuit.

Lorsque l'obscurité reprend son règne, nous constatons la clone affaiblie, pendue aux serres d'un oiseau géant, prenant la fuite en s'envolant au loin.

-Ugh, je rêve ! je m'exclame.

Elle sourit à notre attention, n'ayant rien perdu de son audace. Elle me désigne de la pointe de sa lame, le regard acéré. Vincent plisse les yeux et serre les mâchoires, un air sombre s'emparant de ses traits. Cloud secoue la tête, l'air étonnamment aussi énervé que les autres filles.

-On part sur un rappel alors, très bien.

L'archer a l'air également piqué au vif, son ton devenant froid et coupant. Il fait disparaître son arc et sa Limite, les fils dorés se rétractant de la poitrine de nos combattants en ligne de front. Je lance un sort de flammes sur nos ennemis, accompagnés des tirs de Vincent, mais je finis rapidement par la perdre dans les ténèbres. Leurs Énergies apparaissent également noires sur noir.

Je souffle, frustrée. Le Cetra ayant fini de remplacer sa corde sur son arc, il encoche une de ses flèches argentées physiques, auréolée de Lifestream pur. Malgré sa vitesse, son tir la manque de peu et ne fait que les éclairer du dessous. Il fait claquer sa langue de frustration.

-Par Minerva, jure-t-il entre ses dents.

De même, qui qu'elle soit. Nous autres sommes obligés d'observer la scène, impuissants à distance, abhorrant des airs irrités alors que nous récupérons encore notre souffle. Il fait si sombre sans sa lyre, sous le ciel empli de nuages noirs, que je parviens à voir sa flèche atterrir au loin plus facilement que nos ennemis.

-Ici, intervient Vincent.

Ses tirs font mouche à chaque fois, malgré ce qui semble être des tentatives d'esquive de l'oiseau. Les balles percutantes font des étincelles qui nous permettent de suivre tant bien que mal l'animal déjà très loin.

Le Cetra tique avant de plonger distraitement son bras dans un portail de Lifestream, semblant fouiller quelque chose à en juger par des bruits de malles et d'objets métalliques. Il en sort une arme à feu entièrement faite de mithril d'un bleu céruléen, aux finitions en argent, assez longue pour s'apparenter à un sniper.

Vincent le rattrape de justesse, avant de se mettre en position, crosse contre l'épaule, ajustant la lunette sur le long canon avec sobriété. Mon esprit fatigué, mes mains inoccupées, mon esprit divague et admire combien il est terriblement charismatique lorsqu'il se concentre pour tirer, surtout avec un sniper. Les tirs sont plus espacés, ressemblant à des étoiles filantes d'un azur presque blanc dans la nuit, et étonnamment silencieux. Mais lorsqu'ils atterrissent, l'endroit touché s'éclaire momentanément.

-Ça fait loin, maugrée Cloud.

-Pfft.

Le Cetra écarte ses pieds et fait apparaître un nouvel arc, bien plus grand cette fois-ci. La pointe basse de l'arc est maintenue par son pied au sol, pendant qu'il se penche en arrière, se pliant sur sa jambe. De sa main droite impérieuse, il attire soudainement la Magie et l'Énergie qui nous habitent Vincent et moi sous forme de filaments, nous affaiblissant. Le tireur ne bronche pas, mais je le foudroie du regard, essoufflée.

Les filaments forment une flèche géante aux multiples couleurs lumineuses, éclairant notre groupe. Finalement, elle se sépare en deux : il range celle aux couleurs de Chaos dans son carquois, et encoche celle faite à partir de Vincent. Entre ses mains, aidée par ses compétences alors qu'elle aspire le Lifestream environnant, elle devient immense, presque une lance de baliste alors que la tension audible de la corde atteint son paroxysme.

Il la relâche après qu'une série de tirs touchent sans rater leur cible. La flèche s'échappe vivement, effectuant longtemps une courbe élégante au-dessus d'un terrain grisé par Geostigma, encore chaud et fumant des ravages causés par le combat, avant de traverser l'oiseau, la lumière faisant éclater la forme sombre. C'est l'étoile filante, presque un météore, à laquelle nous avions déjà assistée ! Elle est encore plus magnifique vue de près, et impressionnante en pleine action du début à la fin.

Le Cetra se redresse et lève une main au-dessus de lui, inspirant fortement.

-Elle s'échoue, informe Vincent.

Le reste de Lifestream explose de façon impressionnante, éclairant un instant la silhouette de la jeune femme, la projetant au sol d'une longue chute. Le Cetra fait disparaître son arc, son autre main joignant aussi les airs de façon théâtrale, comme un conducteur qui aurait fini son magnum opus, relâchant un souffle cathartique. Du plaisir qu'il semblait éprouver à l'avoir terrassée sans avoir bougé de sa position. Il sourit avec satisfaction, son travail comme accompli.

(Music : Lifestream de FFVII Dirge of Cerberus)

Vincent plisse les yeux, cherchant au loin, ne criant pas victoire.

-…Je ne pense pas que nous en ayons fini. Il me semble l'avoir vu s'entourer de son Énergie noire. Elle est devenue invisible.

Le Cetra relâche avec moi un son d'énervement, le faisant abandonner sa position.

-Je ne pense pas qu'elle repointe le bout de son nez de sitôt, de toute façon, intervient Felicia.

-Hm, acquiesce Tifa.

Felicia et Cloud rangent leurs épées pendant que Tifa remet ses gants en place. Nous sommes tous maculés de choses et d'autres à cause du combat, excepté pour l'Ancien. Vincent lui tend respectueusement le sniper. L'archer le repousse sans même lui accorder un regard.

-J'ai rééquilibré vos Rivières. Alors faites-moi plaisir et cessez de faire joujou avec, hm ? Ça rend accroc, lance-t-il en voilant tout juste son ennui et des menaces de représailles.

-Ugh, nous étions forcés par les circonstances ! je rétorque.

-Nous ferons attention, répond Vincent diligemment.

Cloud présente l'équipe (tardivement) avant de présenter sa main. Que l'archer rejette sciemment, croisant les bras. Tifa s'avance alors présentant sa main, paume ouverte.

-Bonsoir, ravie de faire ta connaissance comme il se doit. J'aimerais d'abord m'excuser de la façon dont nous avons dû te poursuivre. Nous avons dû te paraître bien intimidants. Comme tu as pu le constater, nous étions tous inquiets pour Angie…

Et autres compliments mielleux sur sa personne et ses compétences.

-Hm…, fait-il, un mince sourire appréciateur sur le visage chassant sa grimace.

Je tombe des nues quand il serre chaudement sa main.

-Oui. Une adepte des arts martiaux, n'est-ce pas ?

Il rapproche sa main de son visage sans y poser ses lèvres. Son sourire atteint Tifa, qui bredouille. Je grince des dents avec Cloud. Pendant ce temps, le visage de marbre, le tireur reste concentré sur le Cetra, le détaillant de façon chirurgicale.

-C'est rare. Mes compliments, glisse-t-il.

Il incline même légèrement la tête à son attention. Je lève les yeux au ciel, me détournant de la conversation.

Ils retombent sur Costa del Sol, dont seuls les contours chauds apparaissent dans la nuit. Les habitants se doutent-ils seulement de ce qu'ils ont frôlé ? Ils ont tant essuyé depuis mon arrivée. Mais ce soir… Peut-on dire que des héros se sont dressés pour la sauver, et que nous pouvons célébrer notre survie à tous malgré sa fuite ?

Car pour la première fois depuis le premier combat à Costa, je ressens enfin un fond de soulagement. Parce que j'ai été...épaulée ? je songe en constatant mon entourage, et tous bien vivants. Personne n'a daigné énoncer l'idée de perdre ou mourir, ni reculé d'un iota devant l'adversité.

Je reporte mon attention sur notre allié impromptu lorsqu'il s'approche de moi. Son air est grave. Il finit par tendre sa paume dans ma direction, me montrant une bague d'un mithril et d'une finition assortie à l'arme. Je l'enfile avec réserve. Une fois mise, elle semble booster quelque peu ma magie.

-Plus tôt aurait été le bienvenu, je fais remarquer en croisant les bras, la fatigue imprégnant ma voix.

-Elle n'est pas destinée au combat à proprement parler. …Elle lui appartenait, m'informe-t-il d'un ton solennel.

Qui ? La bague a l'air féminine alors… Je lui renvoie un regard incertain, prenant mes doigts dans mon autre main de manière farouche.

-Comment le sais-tu ?

Il soupire.

-On me l'a dit, répond-il sobrement. Elle…préfèrerait sûrement que tu l'aies, souffle-t-il en me désignant d'un geste las et évasif qui ne camoufle pas assez son inconfort.

Il soulève un pan de sa capuche, et il fait trop sombre pour que puisse distinguer confortablement ses traits. Il semble m'observer un instant de façon intense.

-Tu…lui ressembles trait pour trait. J'ai cru au départ que –

Il a une voix éteinte et nostalgique, un chagrin certain enserrant sa voix. Je pince mes lèvres, le cœur serré comme mes doigts sur la bague.

-…Oui, on…me l'a déjà dit, je réponds faiblement.

Maintes fois. J'en ai même fini par me demander si ce n'était pas l'une des raisons pour laquelle certains des miens comme mon père ne gardaient jamais les yeux sur moi. Parler d'elle était presque taboo. Un sifflement me vrille le crâne. Mes doigts tressaillent sur la bague. Du coin de l'œil, je vois les sourcils de Vincent se froncer, plongeant le bas de son visage dans sa cape.

Le Cetra s'agite, sentant la tension suspendue dans l'air, soumis au regard envahissant de tous. Ses doigts tapotent sa jambe nerveusement. Il prend une inspiration, puis avec un ton forcé :

-Oh mais tu as aussi son caractère teigneux, je voulais dire. Quand vous avez décidé quelque chose…

Il secoue la tête.

-Tu m'as l'air bien plus petite, par contre, rajoute-t-il. Ils te nourrissaient, au moins ?

J'essaie de faire un crochet à sa cheville, ce qu'il esquive.

Il finit de me railler en pinçant mon nez. J'affiche mon mécontentement et essayant de l'esquiver, il finit par épingler mon menton à la place.

-En as-tu terminé ? je lui lance sèchement en repoussant sa main.

Je le trouve terriblement familier pour un parent perdu ! Il ricane d'autant plus en croisant mon regard orageux. Il dévie ensuite vers Vincent, qui fait alors mine de ne pas nous observer.

-Pour ton information, tu es loin d'avoir ma bénédiction. Outre le fait qu'elle soit encore outrageusement jeune, tu lui serais moins dangereux mort. Dis à ton « monstre » que la prochaine fois qu'il lui manque de respect, je le renvoie d'où il vient sans sommation.

Il provoque le choc de toute l'assemblée. Je passe rapidement en revue mes options pour mieux le brutaliser sans trop émoustiller l'empathie trop profonde de Vincent. Je prépare mon bras – Vincent rabaisse ma main dans mon dos à peine soulevée.

-Mais puisqu'il est trop tard, si tu échoues à tes devoirs, c'est tout ce que je te souhaite. …Je te la confie, ajoute-t-il ensuite plus solennellement.

-Vraiment, peu m'importe puisque personne ne t'a demandé ton avis ! je réplique. C'est moi qui te renvoie d'où tu viens si tu continues tes inepties !

Il émet un rictus amusé qui laisse tout à fait entendre ce qu'il en pense. Ils s'affrontent un instant du regard – le Cetra bien plus punitif que le tireur. À mon grand dam, après un moment, l'ex-Turk finit par fermer les yeux et hocher la tête solennellement.

-Je rêve ! je proteste à l'attention de Vincent cette fois.

Les filles ricanent discrètement. Le Cetra soupire, avant d'observer brièvement notre entourage. Il se tient fièrement. Personne ne peut douter qu'il ait dû peaufiner ses compétences aguerries des années durant, comme Yuffie. Mais à sa proximité, son tapotement, je lui sens comme une envie impérative de m'enlever à nouveau.

-Lorsque tu en auras assez des humains, appelle-moi.

J'incline la tête pour exprimer mon interrogation – autant que mon irritation, plissant les yeux.

-À travers la Planète, ajoute-t-il d'un ton las.

Je pince les lèvres, peinant à exprimer mon ignorance.

-Si tu es en danger, je le saurai de toute façon. Je viendrai te chercher.

Tout Avalanche a l'air inquiet. La main de Vincent tressaille sur mon poignet. Je soulève la rapière pour la lui rendre de ma main libre, décidant de garder un front fort.

-Nous verrons bien qui a raison.

Un sourire mystérieux étire ses lèvres. Vincent relâche mon bras avec précaution.

-En effet, nous verrons, réplique-t-il sardoniquement.

Il repousse doucement l'arme dans ma direction.

-Pour le moment, puisque tu as l'air décidée à faire tes bêtises…

Je plante une main sur ma hanche et hausse un sourcil après avoir secoué la tête pour replacer ma frange, l'invitant à en découdre. Il plonge sa main dans un portail tout juste assez grand pour son bras avant de planter deux autres rapières dans le sol. L'une d'entre elles brille par sa simplicité et son argent, l'air adapté à l'entraînement quotidien. L'autre, plus longue et plus épaisse, témoigne d'un design élaboré mais aussi d'un poids plus important.

-Entraîne-toi. Et n'échange plus ton Lifestream. Le but est de repousser Geostigma et convertir le Lifestream corrompu, pas l'inviter, dit-il d'un ton intransigeant.

Après avoir toisé Vincent et Felicia sévèrement, il penche la tête, me toisant avec désapprobation.

-Tu ne pourras pas sauver tout le monde, même si tu le souhaiterais.

Je le considère un moment.

…Sans lui pour faire rempart entre elle sur son cerbère et Costa del Sol, qui sait ce qui serait arrivé ? Je n'apprécie pas son attitude chevaleresque et dictatrice, mais quand le besoin s'est fait sentir, il est à chaque fois intervenu et ce soir, a tenu ses positions et maîtrisé le dénouement du combat d'une poigne de fer.

-Peut-être. Mais le résultat sera forcément mieux qu'en abandonnant. Et je ne suis pas seule.

Tout Avalanche sourit à leur manière. Je pose ma main sur la garde de l'une d'entre elles, espérant que cela suffise à montrer ma reconnaissance.

-Tu verras, je lui assure.

Il pince les lèvres.

-Tu fais bien. Parce que je te trouve bien confiante, et on a dû t'apprendre que la médiocrité n'est pas permise chez les Anderson.

Je regarde ailleurs, affichant mon ennui. À part cela, sincèrement, je me demande bien ce que l'on m'a appris. Il semble piqué au vif par ma désinvolture, reprenant de façon plus insistante.

-Ta Rivière est plus précieuse que tu ne peux l'imaginer. En tant que parfait réceptacle, nous avons la maîtrise du Lifestream, nous sommes connectés à la Planète et tout ce qui nous entoure – et bien plus encore… Mais cela fait de nous des éponges. On peut être forts, mais le moindre relâchement est synonyme de mort pour les Cetras.

Je suis irritée par sa sévérité. Son ton ne m'est que trop familier.

Avalanche affiche à ma place des visages graves et engagés. Il émet un rictus désabusé quand il réalise que je ne bougerai pas de ma position.

-Pfft… Tu es aussi effrontée qu'elle, ajoute-t-il d'une voix lointaine. …Qui sait, soupire-t-il. S'ils ont vraiment une once de ta compassion.

-Ils en ont.

Il avise les membres d'Avalanche en face de lui brièvement.

-Ils ont peur, lâche-t-il avec désapprobation.

-Comme nous tous, je réplique de façon égale.

Il hoche la tête imperceptibl, l'air pensif, avant de poser sa main sur la mienne sur la garde avec une surprenante familiarité. Je glisse une œillade incertaine et discrète à Vincent, qui a l'air de se tenir prêt à agir au cas où juste derrière moi, presque à mon côté.

-Tu as beaucoup de travail devant toi… Il ne tiendra qu'à toi de les guider.

-Ce sera un juste retour.

Il enlève sa main et tourne à nouveau la tête vers Vincent, qui fuit quelque peu la confrontation de son regard, qu'on sent pesant derrière sa capuche. Il semble exécrer son existence de tout son être, le menaçant silencieusement de mort derrière sa façade glaciale. Felicia s'avance d'un pas dans l'ambiance pesante, l'air partagée.

-Tu fais montre d'une maîtrise exceptionnelle du combat, notamment en équipe. Tu as fait tout ce chemin, tout pour Angie. Tu as dû voir que nous étions prêts à tout pour vous. Tu es sûr de ne pas vouloir nous laisser une chance ? questionne Elfé.

-…Non, répond-il après l'avoir toisée brièvement.

Mais c'était un non beaucoup moins catégorique et revanchard que plus tôt.

-…Un PHS ? questionne Vincent, sa voix rendue rauque par la fatigue.

-Non, insiste-t-il. Ouvre-moi un portail maintenant, ordonne-t-il en guise de conclusion. J'aimerais autant éviter le trajet cette fois.

-Ugh. Pour la dernière fois, je ne savais pas !

-Chez nous, ce genre de bavure se solde en sélection naturelle.

-Avec ton attitude comme parti, sûr que nous approchons de l'extinction.

Contre toute attente, il sourit de façon satisfaite.

-Tu as du mordant, c'est bien. Un Anderson sans répartie, ce serait un repas sans saveur : aucun intérêt. Je craignais que la Angie que je connaissais aie totalement disparue...

Je frotte ma tempe, attristée. Il presse mon front avec son pouce, pensif. Ma migraine s'allège.

-Si tes souvenirs reviennent, mes réponses t'attendront encore.

Je hoche la tête, incertaine. Qui peux-tu bien être ?

-Très bien. Un Portail, répète-t-il de façon pressante.

-« S'il te plaît », je grommèle.

-Pour maintenant serait idéal.

Si j'y parviens. Je toussote, ayant véritablement honte de montrer combien je maîtrise peu mes pouvoirs comparée à lui. Je ne peux m'empêcher de noter quand même combien tout a l'air seconde nature pour lui. Est-ce vraiment possible de rattraper tant d'années d'entraînement au vu des circonstances actuelles ? Avalanche s'en tirerait clairement mieux avec lui.

Je hoche la tête brièvement, soupirant alors que j'essaie de chasser mes pensées. Que cela soit possible ou non n'a plus aucune importance. Que je sois prête ou non, il n'est pas prêt. Il n'y a point d'autres issues. Fermant les yeux et prenant une longue inspiration pour me calmer, j'essaie de m'imaginer à nouveau face à une vitre ou de l'eau, comme dans le vaisseau. Mais je ne sens rien arriver, je suis épuisée, l'esprit plein de tout ce qui est arrivé dernièrement.

-Regarde. Connecte-toi à la Planète.

J'ouvre les yeux pour constater sa main levée, la pointe de ses doigts illuminée dans ma direction. Avec hésitation, je connecte mes doigts au sien, sentant une Énergie fraîche et familière vibrer entre nous.

Il y a d'abord une lueur Lifestream, avant que l'air lui-même ne semble devenir apparent à en juger par le flottement, la lumière se réfractant du centre. L'espace entre nous se scinde en un court trait lumineux, comme s'il se distendait. Aussitôt, je regarde fascinée ses doigts agripper la fissure et l'élargir pour former un portail ovale familier.

Un sourire m'échappe à cette confirmation. Ses lèvres s'étirent en un rictus.

-…Étais-tu…à Utaï ? Lorsque la ville est tombée ? interroge Vincent.

Toute légèreté quitte le visage du jeune homme.

-Utaï.

Il se perd un instant dans ses pensées, ses doigts tapotant, sa main libre accrochée à sa ceinture tenant son carquois. Ensuite il fait cette chose que je l'ai vu faire plus tôt : inspirer, puis s'endurcir, et parler comme s'il avait enfilé une armure de métal froid.

-Je n'ai pas réussi à sauver Utaï, finit-il par lâcher sèchement.

Et de partir là-dessus, visiblement pas du tout enclin à en parler. Comment, est-ce tout ? Felicia s'avance vivement pour intervenir avant qu'il ne disparaisse comme un voleur.

-Tu as sauvé Costa ce soir.

La lumière du portail éclaire parfaitement le bas de son visage, mais je ne comprends pas trop son expression sobre quand il sert les mâchoires, sa tête tournée vers la ville.

-Et, hum ! Pour la destination ? je m'empresse de m'exclamer quand il se penche pour passer le portail.

-Je m'en sortirai, assure-t-il d'une voix confiante et désinvolte.

Avec ce ton imbuvable qu'on réserve à nos cadets. Je réponds par une expression confuse, quoiqu'un peu piquée. Ses traits se serrent avant de se pencher urgemment à mon oreille avec un ton aux antipodes d'un sourire de circonstances à la vue des autres :

-Ne fais confiance à personne. Et surtout pas à la Utaïenne et Shinra.

Mon cœur accélère sous l'effet de l'anxiété. Je glisse un œil inquiet à Vincent, qui je suis sûre, a parfaitement entendu. Il hoche la tête pour m'intimer à ne pas m'inquiéter et mime « Plus tard. » silencieusement avec ses lèvres, levant son menton au-dessus de son col. Tifa m'indique de lui faire une accolade. Je fais donc mine d'acquiescer, laissant la gravité de ses paroles s'envoler pour le moment.

-Merci, je murmure en touchant son bras, mal à l'aise.

L'archer se redresse pour lever le genou afin de pénétrer dans le cercle lumineux. Il regarde un instant ma main avant de poser sa main dans le creux de ma nuque d'une façon à l'opposé de ma timidité, ses lèvres s'étirant en un mince sourire attendri en me toisant une dernière fois.

-À bientôt… Angie.

Avec son ton le plus avenant qu'il m'ait laissée entendre, me laissant partagée. La flèche aux couleurs pourpres et de nuit étoilée est la dernière chose qui lui succède.

-…Au revoir.

Le Portail se referme derrière lui au moment où les premiers rayons dorés de l'aube rosacée dépassent les dernières bâtisses de la ville pour nous baigner doucement, d'une lueur qu'on ne voit que sous les tropiques sous les meilleurs auspices.

-Je n'ai pas réussi à le convaincre. Je suis navrée, je murmure en m'imprégnant de la vue impromptue comme Avalanche.

Tifa m'enlace soudainement contre son flanc, sa joue sur ma tête.

-Ne t'en fais pas pour lui. Tu as été merveilleuse ce soir. Et regarde, tu as enfin surmonté le KO ! Félicitations !

Je glousse avec elles, un peu amèrement. Je tends une main timide vers Elfé, qui me l'attrape aussitôt.

-Merci, je lui glisse.

Je regarde également Vincent pour l'inclure, sentant mon cœur s'ébrouer en repensant à tout ce qu'il fait pour moi. Son regard est doux mais fixe, avec une pointe d'amertume. Felicia rit doucement, caressant mes cheveux pour dégager un peu mon visage.

-Mais bien sûr, voyons, à quoi tu t'attendais ?

Avant d'imiter Tifa et de prendre mon autre côté, entourant mes épaules après que Vincent lui ait fait comprendre qu'il lui cédait la place.

-Deux Cetras auraient peut-être été plus qu'on n'aurait pu supporter, charrie Cloud.

-Huh ! je réplique en lui lançant un regard noir.

Tifa ricane.

-Tu es toute frigorifiée, note Elfé en frictionnant mes bras. Je suis désolée qu'on n'ait pas eu le temps de mieux t'habiller.

Je hausse les épaules.

-J'étais à l'aise pour bouger au moins.

Vincent, en bon gentleman, dépose sa cape sur nos épaules à toutes les trois, sans un regard pour nos salissures et autre, avant de nous intimer à avancer d'un effleurement. Cloud ferme la marche pendant que nous nous emmitouflons avec bonheur dans la chaleur laissée, Tifa gloussant avec bonheur, nous contaminant de sa malice.

-Dès qu'on sera reposés, il faudrait faire un briefing, fait remarquer Felicia.

-Bonne idée. Tu devrais appeler les Turks pour qu'ils s'occupent du ménage et de la surveillance en attendant. Je vais appeler Cid en renfort et demander à Reeve d'être sur ses gardes au cas où elle se réfugierait à Gold Saucer. Et que tout le monde soit sur le qui-vive pour protéger le ou les Cetras qu'on viendrait à rencontrer.

Nous hochons tous la tête pour acquiescer.

Je suis rassurée que personne ne se soit mis en tête d'abandonner l'archer ou d'autres Cetras à leur sort après son discours. Un mince espoir me guette, comme une flamme fragile. Dans mon esprit, je me plais à imaginer un Avalanche au complet sur le ponton du Shera. Où le Cetra et moi pourrions tous les deux être des forces de la nature et les aider pour rendre à Gaïa sa gloire passée et protéger les Anciens restants, mains dans la main avec « les humains ».

-Je suppose…qu'il ne nous a pas abandonnés, et qu'au final… C'est tout ce qui compte.

Vincent pose brièvement une main tiède sur mes cheveux, évitant soigneusement les filles. Mais je ne peux m'empêcher de noter qu'à chaque attention, il n'est désormais que trop pressé de s'effacer.


?

Je me lève du rocher duquel j'étais assis, occupant mes mains avec mes armes, surveillant les horizons.

-Enfin revenu ! je lance en le voyant sortir du portail. Je m'inquiétais. La Planète était très agitée ce soir.

-Rien de difficile pour moi, répond-il d'un ton faussement enjoué.

Je me déplace pour vérifier qu'elle ne se trouve pas dans son dos ou autre, impatient de la voir.

-Elle a refusé de venir. Et si on ne peut pas la convaincre…

Oui, avec son pouvoir, impossible de la contenir. Il soupire, las. Il prit une seconde de réflexion amère, avant de reprendre sur le même ton que je sais faussement détaché.

-Elle se rendra compte bien assez tôt. Tiens.

Il me balance une flèche débordante de Magie et de Lifestream que je rattrape tant bien que mal. Elle vibre entre mes mains, son Énergie familière. Je relève mon œil, tendu, plein de questionnements pendus à mes lèvres rendues muettes. Il abaisse sa capuche, faisant planer sur moi un regard intimidant plein de jugement. Son sourire témoigne de sa satisfaction.

-Ça n'a pas été très compliqué… Je suis blessé que tu aies pu ne serait-ce qu'imaginer le contraire. Ils sont déjà…inséparables, finit-il sur un ton de colère et de dégoût contenu.

Il s'approche de moi, me surplombant, son regard se faisant dur et sévère.

-Ne l'utilise qu'en cas, d'extrême urgence, ordonne-t-il.

Il me fixe avec ses yeux glacials, comme deux boucliers de mithril polis.

-B-bien, je lui promets.

Avant de me dépasser d'un pas vif et rigide. Son éloignement me rappelle la solitude qui me pèse un peu plus chaque jour malgré sa compagnie.

Fin du Chapitre-25


Trivia :

Cetra : Un mot latin emprunté du grec, Cetra, descend de l'italien κιθάρα (cithara). C'est un synonyme de citerne mais a été utilisé pour la citole et cithara (en forme de lyre) et cythara (en forme de lyre qui se développa en instrument avec un cou allongé)

Barde : Un poète celtique qui célébrait les héros et leurs exploits.

Maestro : Un titre honorable que l'on donne à un musicien prestigieux. Il s'agit en général d'un musicien parvenu au plus haut degré de son art. Synonyme de musicien virtuose.

Aliboron : Quelqu'un qui croit tout connaître alors qu'il ne connait rien. Très bon mot à utiliser quand ton pote essaie de t'expliquer ton métier.

Cossard : L'individu qui ne glande absolument rien, celui qui fait le néant.

DG : Comme vous pouvez le constater, je me suis fait beaucoup plaisir avec le lore sur ce chapitre. Le combat a été très long. Je l'avais en tête depuis presque quatre mois et j'étais impatiente de le mettre à l'écrit, mais la vie m'a rattrapée un bon moment avant que je puisse enfin m'y atteler. Mais ça y est, c'est fait, et je me suis beaucoup amusée ! Surtout après la lourdeur des derniers chapitres. J'ai l'impression que l'histoire est revenue sur les rails après un long interlude, bien que nécessaire.

J'ai caché l'identité du Cetra jusqu'à la fin, du coup j'étais très gênée de répéter « Le Cetra » encore et encore et je peinais à trouver des synonymes qui le rappellent instantanément aussi bien. Quand on lit un combat, il faut que tout soit simple et facile à suivre et je tends à penser que cent mille combinaisons du même mot ne font pas forcément de bien au récit. Surtout quand on part d'un jeu vidéo.

J'ai apprécié faire de lui un barde et un support de type magie blanche, mais il se défend bien avec ses attaques. L'histoire manquait de support jusqu'à maintenant, et vu le nombre de fois où Angie avait décrié le rôle, j'avais peur que le lectorat finisse par penser que cela reflétait mes pensées concernant les supports et la magie blanche :P. Que nenni, rassurez-vous, vous avez tout mon respect et mon admiration, et j'espère l'avoir bien retranscrit (notamment votre god complex hahaha).

J'ai donc créé une Limite très barde, où le chef d'orchestre dictateur (comment, un euphémisme ? Je n'oserais pas.) qu'il est, dirige et protège ses héros farouchement, et en les amenant à la victoire, célèbre ainsi leurs exploits. J'ai aimé juxtaposer aussi la clone Maya qui entreprend tous ses combats et prérogatives seule, en fait sa fierté et décrit le fait de créer des liens et avoir des maillons faibles ou se créer une faiblesse comparée au Cetra – qui sont par nature généreux – et qui par les liens, la nature « soutien » de ses pouvoirs, le nombre de combattants à ses côtés et le mouvement en équipe à la défaire.

J'ai adoré écrire Chaooooos, ah là là ! Il me manque déjà ! Dîtes-moi qu'il vous plaît !

Je déplore toujours qu'au 25e chapitre, je n'ai toujours pas eu l'occasion de développer Maya comme il se doit, alors que d'autres choses qui devaient venir plus tard, sont au final arrivées maintenant. Ironie ? Vous l'aurez dit. J'espère qu'on a eu l'occasion de l'admirer et la voir briller un peu quand même durant les quelques affrontements.

J'aimerais aussi revoir Elfé briller par le combat, car j'ai l'impression de lui avoir foutu beaucoup de mou dans les jambes aussi, après l'avoir hype comme digne rivale de Séphiroth dans sa jeunesse.

J'ai aussi fait plus attention au langage d'Angie ces derniers chapitres, décidant finalement, que même si elle se sentait à l'aise, c'était un de ses traits que j'appréciais (et cela permet aussi facilement de repérer ses répliques durant les dialogues).

Mais enfin, d'après vous, qui est le Cetra ? Qui est l'inconnu introduit à la fin ?


Bloopers :

~ Aider à activer les Armes : les gardiens de notre Planète, pour que nous n'ayons plus jamais à nous sacrifier ou nous battre pour perdre – des milliers d'années de recherches, d'efforts et de technologie, fruit d'ingéniosité et de magie, des vestiges de nos ancêtres capables de pulvériser Jénova et tout ce qu'elle pourrait créer, que nous sommes aujourd'hui incapables de reproduire… Pour que tes chers amis les détruisent.

Eclipse1995 : En même temps elles méritaient une révision, entre celle qui a rasé une ville, celle qui tournait en rond dans le ciel et celle qui faisait de la plongée sous-marine, paye ton utilité !

Le Cetra, sur la défensive : Elles étaient en auto-pilote !

~ La Planète verra. Je sauverai donc Gaïa. Avec, ou sans ton aide, lâche.

Full1 : Ça va, Angie ? Pas trop grands les chevaux sur lesquels tu es montée ? Il ne manque pas trop d'oxygène tout là-haut du haut de tes 16 ans ?

~Vincent & Chaos : *respirent*

Angie : *simpe, les protègerait contre tout*

Le Cetra : Merci, je déteste.

~ Cloud a l'air visiblement désappointé.

-Las, chère demoiselle, je crains que vous n'ayez d'autre choix que de vous contenter, je lance à son attention. Il n'y a point de ticket retour et ma période de garantie est passée, votre Altesse Sérénissime. Mes excuses les plus plates, vraiment.

Il plisse ses yeux Mako.

-Quoi ?

Je roule des yeux sous le rire feutré de Tifa et l'air confus de Felicia.

-Tu as du mordant, c'est bien. Un Anderson sans répartie, ce serait un repas sans saveur : aucun intérêt.

-…Les Cetras de manière générale m'ont l'air d'avoir un caractère bien trempé, non ? renchérit Tifa avec un haussement d'épaule taquin.

Le Cetra en question fait un sourire en coin. Vincent, Elfé et Cloud grommèlent pour confirmer, mais ils ont de toute évidence une toute autre appréciation du terme.

-Cela dit je pense que « les Anderson » gagneraient à se calmer, commente Cloud tout-de-go.

-Vraiment ? je siffle entre mes dents. Celui des Strife à gagner en taille et virilité, qu'en penses-tu ?

-Strife, hein ? Tu devrais regarder la taille de ton épée avant de parler, SOLDAT. J'avais la sensation de bouger un adamantaimai plus tôt. Tu pourrais pas te contenter de faire simple, comme ces merveilleuses femmes ? Quelque chose à compenser ?

+Scène supprimée :

-Une dernière chose importante : n'échange plus ton Lifestream. Le but est de repousser Geostigma et convertir le Lifestream corrompu, pas l'inviter, dit-il d'un ton intransigeant.

Il désigne rapidement Elfé et Vincent d'un mouvement bref de la tête, affichant une mine désapprobatrice.

-Et… Réalise que tu ne pourras pas sauver tout le monde, même au meilleur niveau.

Je serre les dents, incapable de réfuter.

-Je deviendrai plus forte.

-Peut-être. Ta magie a certainement du potentiel. Mais pourquoi te solliciter quand ils ont déjà ça, ça, dit-il en désignant Cloud et Tifa. Ou mieux encore : une bête de laboratoire parée à tout. Mors seul suffirait déjà à éliminer toute menace. Si –

-Il suffit, je siffle.

-Seulement il savait s'en servir, nargue-t-il. Mais ce n'est qu'un pantin guidé par la peur.

-Arrête.

Vincent pose sa main sur mon épaule, m'appelant comme toujours au calme. Cloud jauge calmement l'importun, l'air blasé et les bras croisés. Pourquoi personne ne fait donc taire cet injurieux olibrius pétri de lui-même ?

-Vous tous autant que vous êtes, tous des pantins dirigés par la peur, allant de défaite en défaite, enfermés dans vos petites existences égoïstes minables après vous être empêtrés dans vos propres err –

-Tais-toi ! je m'écrie près de son visage majoritairement recouvert, le secouant par le col des deux mains avant que Tifa ne le saisisse. Ou ne je réponds plus de rien : tu me fais sortir de mes gonds, monté sur tes grands chevaux ainsi – tu n'es qu'une diva des plus prétentieuses qui aime s'écouter jouer seule et entendre ses louanges, alors que tu n'es qu'une mauviette de pacotille trop peureuse pour faire face à ses interlocuteurs de front.

Je le méprise du regard de bas en haut.

-Le premier Ancien que je rencontre, et je ne songe qu'au fait que tu dois grandement participer à notre extinction ! Tu es probablement ce genre de pédant, raciste et méprisable, qui ne sert pas la main aux hommes parce qu'il sent sa virilité menacée, surtout quand l'homme en question est plus joli que nous tous ! Tu me débectes.

Son rictus insolent jette de l'huile sur un feu qu'Avalanche ne semble pas prêt d'éteindre : Vincent peinant à avoir mon attention, Cloud l'air incertain, le reste à retenir leur hilarité.

-Tu es un ostrogoth, un paltoquet, un cuistre, une misérable tâche de bidet dont la bouche lavée à la javel et quelques manières ferait le plus grand bien à tous ! Et juste pour te faire ravaler tes paroles acerbes, je jure de crier à tes oreilles de pathétique haineux nos accomplissements pour sauver Gaïa chaque jour que Dieu fait à travers la Planète tel le minable faquin pleurnicheur que tu seras !

Je fronce les ailes du nez de rage, le foudroyant du regard en ignorant furieusement les centimètres qui séparent notre taille, apercevant à peine ses traits dans la pénombre. Je vois Vincent du coin l'œil emmitoufler son visage dans sa cape pour étouffer son amusement, relevant le col sur son nez en détournant le visage.

Contre toute attente, l'archer éclate de rire, hilare.

-…Tu es aussi effrontée qu'elle, ajoute-t-il d'une voix lointaine. Très bien, un Anderson sans mordant serait comme un repas sans saveur : sans intérêt.

[…]

Cloud chuchote aux filles :

-Ostro – quoi ?

-Je ne sais pas non plus mais c'était satisfaisant, répond Felicia tout bas.

Je me retourne et tombe aussitôt sur notre auditoire, tout sourire malgré la fatigue accumulée. Je fronce les sourcils, confuse. Tifa m'applaudit alors énergiquement, l'air autant fière qu'amusée, et se retrouve très vite rejointe par toute l'assemblée excepté l'ex-Turk, qui a simplement un air léger sur le visage.

J'ai décidé de la supprimer pour garder le côté émotif de la séparation d'Angie et du Cetra.

Olibrius : Quelqu'un de sot et prétentieux, importun par son comportement bizarre et ridicule.

Ostrogoth : Une personne étrangère aux usages, à la bienséance, à certains aspects de la culture. Synonyme : ignorant, rustre.

Paltoquet : Un homme prétentieux et insolent.

Cuistre : Un homme pédant, ridicule et vaniteux de son savoir.