Chapitre 1 : L'arrivée
Souffrance.
Malgré les nombreuses occasions pendant lesquelles il avait eu recours à ce processus, Harry n'avait pas le souvenir d'avoir ressenti une telle douleur auparavant, hormis peut-être les quelques Doloris qu'il avait dû subir de la main de Voldemort.
Prostré sur le sol de la salle de bain, il tenta vainement de se remettre debout avant de constater qu'il n'en avait même pas la force. Ce corps était dans un tel état de faiblesse qu'il n'était même pas sûr de pouvoir rester conscient bien longtemps.
Réussissant finalement à se mettre en position assise, adossé contre la baignoire, il prit une profonde inspiration avant de remettre de l'ordre dans ses pensées. Non seulement son enveloppe charnelle était dans un état lamentable mais son esprit était également très embrouillé…
Après avoir remis un minimum d'ordre dans ses pensées, son premier réflexe fut de regarder ses poignets. Comme il s'y était attendu, les lacérations s'étaient refermées d'elles-mêmes lorsqu'il avait investi ce corps mais il en garderait malgré tout de légères cicatrices.
Embrassant la pièce du regard, il se rendit compte d'un détail qui ne lui était pas apparu immédiatement.
L'endroit lui était familier. Extrêmement familier.
Faisant de son mieux pour ignorer la mare de sang sur le sol, il jeta un coup d'œil en direction du lavabo. Il aperçut un miroir, bien qu'il n'ait pas été en position d'y voir son reflet de là où il était, mais aussi trois brosses à dents parfaitement alignées. Tout comme l'étaient les serviettes, et les gants de toilette…
… et c'est avec horreur qu'il réalisa où il se trouvait.
4, Privet Drive. Little Whinging, Surrey.
Maudissant sa propre stupidité pour ne pas avoir reconnu la salle de bain des Dursley dans le miroir de la boutique, il porta une main à son front et se rendit compte que la légendaire cicatrice ne s'y trouvait pas. Cela signifiait qu'Harry Potter n'était pas le Survivant dans ce monde-ci… mais alors que diable faisait-il chez les Dursley ?
Harry fut interrompu dans ses réflexions lorsque des flammes apparurent à côté de lui, avant de s'éteindre presque aussi vite qu'elles étaient apparues pour révéler la silhouette d'un phénix au magnifique plumage rouge et or.
- Salut Fumseck… tu ne peux pas savoir à quel point je suis content de te voir… S'exclama-t-il d'une voix faible.
Le phénix poussa un petit cri en signe d'acquiescement avant de tendre l'une de ses pattes vers lui. Une sorte de petite bourse y était attachée et c'est avec précaution qu'il s'en saisit, tant ses mains tremblaient. La détachant délicatement, il en sortit une malle si petite qu'on aurait pu croire qu'il s'agissait d'un jouet, une longue cape de sorcier anthracite et… finalement ce qu'il cherchait : sa baguette.
En toute honnêteté, Harry n'était pas certain que sa magie se soit déjà stabilisée. Il avait appris que la magie était indissociable de l'âme pour un sorcier et c'est pourquoi elle l'avait accompagnée dans ce corps-ci pendant le transfert. Toutefois, il fallait parfois un peu de temps pour que le noyau magique s'adapte à la différence de puissance entre la magie qu'elle abritait précédemment et celle qu'elle venait de recevoir.
Laissant échapper un léger soupir, le jeune homme constata qu'il n'avait pas vraiment le choix. Vernon Dursley le crucifierait sur place s'il voyait une telle mare de sang dans sa salle de bain d'ordinaire d'une propreté irréprochable.
- Evanesco. Murmura-t-il en pointant sa baguette en direction du sang.
A son grand soulagement, la flaque disparut instantanément, laissant l'endroit aussi immaculé qu'auparavant. Toutefois, l'effort fut tel qu'il se mit à trembler de manière compulsive qui avait toutes les apparences d'une sévère crise d'épilepsie.
Respirant bruyamment, l'adolescent tendit une main vers la bourse, où il remit la malle microscopique et la cape avant de lever les yeux vers le phénix qui, perché sur le rebord du lavabo, l'observait d'un air préoccupé.
- La…chambre. S'il… s'il te plaît.
Comprenant la requête du jeune Potter, il se laissa doucement flotter vers lui avant que tous deux ne disparaissent dans un nouveau nuage de flammes.
Lorsqu'ils réapparurent, Harry constata avec soulagement que Fumeseck l'avait fait apparaître sur le lit. Ce dernier n'avait jamais été très confortable mais comparé au carrelage glacé de la salle de bain, c'était un changement plus que bienvenu.
Résistant à la fatigue qui lui aurait si facilement permis de sombrer dans les bras de Morphée, il sortit à nouveau la petite malle et la posa sur le sol avant de murmurer :
- Engorgio.
La malle se mit alors à grandir, jusqu'à prendre les mêmes dimensions que celle qui avait servi de prison à Alastor Maugrey lors de sa quatrième année. La raison pour laquelle elle paraissait si semblable résidait dans le fait qu'il s'agissait exactement du même type de malle : un coffre à sept serrures.
Faisant un moulinet avec sa baguette tout en essayant d'ignorer la douleur, il fit s'ouvrir l'un des compartiments, qui comportait une telle quantité de fioles et autres récipients remplis de liquides de diverses couleurs que même la réserve personnelle de Rogue aurait sûrement pâli en comparaison.
Passant une main dans ses cheveux noirs, geste qu'il esquissait encore parfois dans certains moments d'hésitation ou de perplexité, il se décida à pointer sa baguette vers lui-même.
- Sanitas Revelio.
C'était un sortilège de diagnostic assez simple, permettant de connaître les problèmes de santé d'une personne de manière assez poussée. C'est pourquoi il ne fut pas réellement surpris par le résultat, bien qu'il ne se soit peut-être pas attendu à ce que ce soit aussi… moche.
Perte de sang importante, plusieurs fractures mal soignées, sous-alimentation…
Décidant de parer au plus urgent, il prit une potion de régénération sanguine, plusieurs potions nutritives et surtout une potion de sommeil sans rêve. Avec un peu de chance, une bonne nuit de sommeil et l'action des différentes potions lui permettraient de se sentir en meilleure forme le lendemain matin, même s'il ne se faisait guère d'illusions…
- A ta santé, Fumseck.
Portant un toast à la créature magique qui se contenta de lui répondre par une inclination curieuse de la tête, Harry engloutit le contenu de toutes les fioles et eut à peine le temps de refermer et rapetisser le coffre à nouveau avant de sombrer dans le néant.
Le réveil fut moins horrible qu'il ne l'avait imaginé. Certes, il avait encore mal un peu partout mais la sensation d'extrême faiblesse qui l'avait assailli la veille s'était dissipée.
S'extirpant du lit avant de s'étirer longuement, le jeune Potter décida que c'était le moment idéal pour commencer son apprentissage de ce nouveau monde, ainsi que de son nouveau « moi ».
Les voyages inter-dimensionnels avaient toujours été réputés comme étant impossibles par les sorciers occidentaux. En effet, de nombreuses personnes, et souvent pas dotées de bonnes intentions, avaient essayé d'atteindre d'autres mondes, qu'ils soient semblables ou non au leur, à la recherche d'aventure, de pouvoir ou encore de richesse. Bien évidemment, la grande majorité avaient échoué et les rares qui paraissaient avoir réussi… n'avaient plus jamais été revus. En conséquence, les recherches sur le sujet avaient fini par être abandonnées au point de tomber dans l'oubli.
Personne n'aurait suspecté un sorcier métis, de père anglais et de mère chinoise, de découvrir ce grand secret, ainsi que de nombreux autres puisqu'il s'agissait d'un des sorciers les plus célèbres d'Asie.
Clow Reed.
Toutefois, il n'avait pas fait cette découverte seul. Non, c'était avec l'aide d'une sorcière moins connue mais sans doute aussi puissante qu'il avait été en mesure de résoudre cette énigme demeurée irrésolue depuis des millénaires.
Hélas, tous deux avaient disparu, pour différentes raisons. Ils avaient bien sûr laissé des choses derrière eux, un peu comme des héritages, destinés à aider leurs successeurs…
… et c'était là que Kimihiro Watanuki entrait en scène.
Héritier de la sorcière en question, Watanuki avait repris sa boutique ainsi que ses responsabilités, qui incluaient entre autres choses de réaliser les souhaits des clients de la boutique en échange d'une contrepartie appropriée.
C'était d'ailleurs lors de la première venue d'Harry dans cette boutique que leur partenariat avait débuté, puis que leur amitié s'était nouée, au fil du temps. Après tous ces voyages, c'était un peu son point d'ancrage et surtout un endroit où il était reconnu pour qui il était, en réalité.
Il fut néanmoins tiré de ses pensées lorsqu'on tambourina à sa porte, la voix suraiguë de sa tante ne tarda pas à se faire entendre.
- Allez, debout ! Immédiatement !
Ne se souvenant que trop bien des nombreuses années où il s'était vu forcé d'obéir à Pétunia Dursley, ainsi que de supporter la vie atroce que lui menait cette famille rien que pour assurer sa sécurité, il décida que c'était le moment propice pour exercer sa vengeance.
Oh bien sûr, il ne s'agirait pas du genre de vengeance sadique et horriblement grossière dont se serait contenté Jedusor. Non, avec le temps, Harry avait appris les bienfaits de la patience et de la subtilité. Et puis, sur un autre plan, ce serait l'occasion d'en apprendre un peu plus sur son… prédécesseur, s'il osait l'appeler ainsi.
Après tout, s'il avait été poussé au suicide pour échapper aux horreurs de l'existence alors que lui-même n'y avait jamais recouru, c'était que ses conditions de vie étaient pires que celles qu'il avait lui-même vécues dans son monde d'origine.
Prenant sa baguette en main, il métamorphosa ses vêtements informes, ayant probablement appartenu à Dudley par le passé et se dirigea vers la porte avant de l'ouvrir soudainement.
Pétunia avait sans douté été sur le point de frapper à nouveau, à en juger par sa main levée mais elle la rabaissa aussitôt et fixa sur lui un regard chargé d'irritation.
- C'est l'heure de préparer le petit-déjeuner. Déclara-t-elle avant de tourner les talons.
- Et pourquoi serait-ce à moi de le préparer ? Rétorqua-t-il en s'adossant contre le mur, les bras croisés.
Faisant volte-face, l'épouse de Vernon était sur le point de lui répondre une réplique bien sentie quand elle stoppa net. Le regard de son neveu était différent. Là où elle n'avait vu que peur, soumission et détresse auparavant, elle pouvait lire du calme, mais également une froide détermination.
- Que… qu'est-ce que tu as à me regarder comme ça ?
- Rien. Je me demandais simplement si tu me haïssais autant parce que j'étais un sorcier ou bien parce que j'étais le fils de ta sœur. Après tout, tu as déjà rencontré plusieurs sorciers : Rogue, James Potter, Dumbledore… mais la peur et la colère que tu ressens envers les sorciers en général est sans commune mesure avec la haine que tu éprouves pour moi, n'est-ce pas ?
La femme aux cheveux blonds fit un pas en arrière, sa mâchoire chevaline s'ouvrant d'une manière presque comique tandis que ses yeux s'écarquillaient sous le coup de la stupéfaction.
Maintenant que sa cible était déstabilisée et que le contact visuel était établi, il pouvait passer à l'action.
- Legilimens. Pensa-t-il avec force.
Ironiquement, l'esprit de Pétunia Dursley était aussi encombré que sa maison était ordonnée. Laissant de côté les souvenirs impliquant sa jeunesse, ainsi que son mari et son fils, il dût s'enfoncer plus profondément vers ses souvenirs refoulés pour trouver ce qu'il cherchait.
L'arrivée d'Harry au 4, Privet Drive.
Comme il s'y attendait, Dumbledore était là… mais ce à quoi il ne s'était certainement pas attendu, c'était de voir un James Potter bien vivant se tenir à ses côtés tandis qu'il confiait le bébé à la garde de la sœur et du beau-frère de Lily.
Ne s'attardant pas sur cet événement, il passa rapidement en revue les dix années qui suivirent et découvrit que les conditions dans lesquelles Harry avait grandi n'étaient pas tellement différentes des siennes. Il ne comprenait toutefois pas pourquoi il avait été abandonné de la sorte…
Ah, l'arrivée de la lettre de Poudlard et la venue d'Hagrid. Jusque là, tout correspondait parfaitement.
Hélas, les trois étés suivants ne lui apprirent pas grand-chose de plus sur les raisons d'Harry de commettre l'irréparable et c'est pourquoi il quitta finalement l'esprit de sa tante.
Celle-ci tomba à genoux, pantelante, et tremblant de tous ses membres tandis qu'elle gardait la tête baissée. Lorsqu'elle prit finalement la parole, sa voix avait perdu toute fermeté et laissait au contraire percevoir la plus profonde terreur.
- Qu'est-ce… qu'est-ce que tu m'as fait…
- Bien peu de choses en comparaison de ce que tu m'as fait, tante Pétunia mais en signe de bonne foi, je vais aller m'occuper du petit-déjeuner. Je compte sur toi pour t'assurer que Vernon ne me dérange pas.
Il n'attendit pas sa réponse avant de descendre les escaliers et de se diriger vers la cuisine.
Contrairement à ce qu'il avait pensé, le petit-déjeuner s'était déroulé sans accroc. Cela était sans doute dû au fait que Vernon était parti très tôt à Grunnings, apparemment pour une urgence concernant une perceuse défectueuse. Quant à Dudley, il était actuellement en train de passer des vacances avec la famille de Piers, son meilleur ami, en Espagne et ne reviendrait pas avant près de deux semaines.
Cela différait de l'été 1994 qu'il avait vécu dans son monde d'origine.
En effet, l'une des premières choses qu'il avait faites en descendant dans la cuisine avait été d'allumer la télévision. Il avait ainsi appris la date d'aujourd'hui, à savoir le 31 juillet 1994. C'était le jour de son quatorzième anniversaire et pourtant, pas le moindre hibou n'était venu lui rendre visite.
Bien évidemment, il avait pris l'habitude de ne pas accorder trop d'importance à ses anniversaires mais c'était davantage le manque apparent d'amis de cet Harry qui l'inquiétait. Etait-il arrivé quelque chose à Ron et Hermione ? Pourquoi ne s'étaient-ils pas liés d'amitié, ou tout du moins, pas suffisamment pour s'envoyer des cadeaux d'anniversaire ?
Malheureusement, Pétunia n'avait pas les réponses qu'il cherchait et son propre esprit non plus. Il présumait que quelques souvenirs laissés par son prédécesseur lui reviendraient mais ce n'était pas quelque chose qu'il pourrait faire accélérer avec de l'occlumencie…
La solution à son problème lui avait été donnée par nul autre que Fumseck.
Le phénix l'avait regardé s'échiner à écrire toutes les théories possibles sur un bout de parchemin avant de commencer à l'appeler par de petits cris, qu'il interpréta comme de l'amusement. Ce n'est qu'après avoir vu l'oiseau immortel s'envoler et se poser trois fois de suite sur la malle située au bout du lit qu'il comprit ce que l'ancien familier de Dumbledore attendait de lui.
- Evidemment, comment j'ai pu ne pas y penser avant…
Même si toute trace de son double avait disparu de son corps, ce n'était pas le cas de ses possessions, parmi lesquelles se trouvait évidemment la malle contenant toutes ses affaires d'école. Une malle qui ne correspondait pas à ses souvenirs, par contre…
Il se rappelait avoir acheté une malle neuve en compagnie d'Hagrid lors de sa première escapade sur le Chemin de Traverse. Or celle-ci paraissait assez abîmée, beaucoup plus abîmée que n'aurait dû l'être une malle qui n'avait été utilisée que pendant trois ans.
Utilisant un sortilège pour en sortir tout le contenu de manière ordonnée, il constata que ce dernier se résumait à des manuels scolaires, du matériel là encore requis pour les différentes matières ainsi que deux ou trois uniformes. Néanmoins, les livres étaient souvent en assez mauvais état et les vêtements étaient vraisemblablement de seconde main.
Dans l'esprit du jeune homme, cela signifiait qu'il n'avait sans doute pas eu accès au coffre des Potter... mais le pourquoi demeurait là-encore un mystère.
Il n'y avait pas grand-chose en dehors des affaires scolaires : une sorte de journal et une flûte en bois visiblement sculptée à la main.
Concernant la flûte, il aurait pu reconnaître en mille le cadeau que lui avait fait Hagrid. Par contre, il ne se souvenait pas avoir jamais tenu un journal et celui-là ne ressemblait pas du tout à celui de Jedusor.
A en croire les initiales figurant en bas de la première page, H.J.P, il s'agissait bien du journal d'Harry. Il commençait à la date du 31 juillet 1991, soit le jour où il avait découvert l'existence du monde magique.
Les premières pages ne lui apprirent pas grand-chose qu'il ne savait déjà. Hagrid avait appris à Harry qu'il était un sorcier et l'avait emmené sur le Chemin de Traverse pour faire ses achats scolaires. Apparemment, ils n'étaient pas passés à Gringotts, le demi-géant ayant payé leurs achats avec le contenu d'une bourse scolaire réservée aux orphelins.
Rien de bien intéressant pendant le mois d'août... Ah ! Le 1er septembre !
1er Septembre 1991
Je suis à Poudlard ! Le choipeau m'a envoyé à Gryffondor. D'après Ron Weasley, c'est la meilleure maison des quatre mais Granger dit que toutes les maisons ont leurs qualités. Le château est tellement grand… c'est la première fois que je vois un endroit aussi beau.
C'est bizarre par contre, il y a un garçon en première année à Gryffondor comme moi qui s'appelle aussi Potter. Ryan Potter. Ce qui est encore plus bizarre, c'est que les autres élèves ont l'air en admiration devant lui mais je n'ai pas vraiment compris pourquoi.
Ils l'appellent aussi parfois « le Survivant »…
- Sainte mère de Merlin… Murmura Harry en réalisant ce que cela signifiait.
De tous les mondes où il avait mis les pieds, c'était seulement le troisième où Harry Potter n'était pas le Survivant et dans les deux précédents, il s'agissait toujours de Neville. C'était assez logique puisqu'ils étaient tous les deux des élus potentiels de la prophétie.
Mais ce cas de figure se révélait plus complexe qu'il ne l'aurait imaginé. Son frère… son frère jumeau était le Survivant.
Il y avait encore beaucoup de points d'ombre dans cette histoire mais s'il avait vu juste, Dumbledore et ses parents étaient vraiment loin d'être des gens biens dans ce monde. Il allait devoir prendre certaines mesures drastiques s'il voulait éviter que le vieil homme n'intervienne dans ses affaires…
…mais chaque chose en son temps, et pour le moment, il lui fallait finir la lecture de cette bien triste histoire. Après tout, ce serait étrange de reprendre les cours non seulement avec un comportement différent mais aussi avec une amnésie partielle… surtout que cela attirerait l'attention du Directeur sur lui et il ne désirait cela pour rien au monde.
Sirotant tranquillement une potion nutritive, il s'immergea dans la vie de feu Harry James Potter, déterminé à trouver la raison pour laquelle il avait été amené à penser que la vie dans ce monde ne valait plus la peine d'être vécue.
A plusieurs centaines de kilomètres de Little Whinging, une fête d'anniversaire battait son plein dans le manoir ancestral de la famille Potter.
Un gigantesque gâteau d'anniversaire, comportant quatorze bougies en forme de vifs d'or, était en train de flotter lentement depuis la cuisine vers la table de la salle à manger. Ce n'était toutefois pas l'œuvre d'un elfe de maison mais d'une sorcière d'une trentaine d'années, dont les longs cheveux d'un roux sombre retombaient avec élégance sur ses épaules tandis que ses iris émeraude jetaient un regard attendri en direction de son fils.
Ryan Potter, dont on fêtait le quatorzième anniversaire aujourd'hui, était en train de s'esclaffer en compagnie de James et Sirius, probablement à cause d'une des sempiternelles anecdotes que les deux Maraudeurs adoraient lui raconter. Non loin d'eux, les jumeaux Weasley observaient les deux adultes avec un mélange d'amusement et de respect, prenant des notes à tour de rôle lorsqu'une des farces évoquées titillait leur intérêt et leur créativité.
- Encore en train de vanter leurs exploits passés, je suppose ? S'enquit une voix féminine derrière elle.
Heureusement que Lily avait déjà déposé le gâteau sur la table sinon elle aurait sans doute manqué de le faire tomber tant elle fut surprise par son amie. La jeune femme, dont la chevelure brune était attachée dans son dos, lui adressait un sourire espiègle qui ne quittait que rarement son visage.
- Diana, je t'ai déjà répété cent fois de ne pas te faufiler derrière moi comme ça… tu ne fais pas le moindre bruit en plus !
- Désolé Lily, déformation professionnelle. Répondit-elle, ses yeux bleus pétillants de malice.
C'était compréhensible. Après tout, Diana Cooper était une Auror, et l'une des meilleures si l'on en croyait son mari. Entraînée personnellement par Fol'œil, elle était autant réputée pour ses talents de duelliste que pour son don inné en matière d'infiltration et d'espionnage.
Toutefois, c'est totalement par hasard que la jeune femme avait fait la connaissance de Sirius tandis qu'ils travaillaient tous deux comme Aurors pour le Ministère, au milieu des années 70. Il leur avait fallu plusieurs années d'amitié, de flirt et d'interminables disputes pour qu'ils décident finalement de sortir ensemble…
… puis de se marier, seulement quelques mois avant la chute de Voldemort.
Officiellement, la compagne de Sirius s'appelait désormais Diana Black mais elle avait préféré conserver son nom de jeune fille pour tout ce qui concernait son travail d'Auror. Et malgré la passion qu'elle vouait à son travail, elle n'en avait pas moins fondé une famille.
Kathleen Alhena Black avait fêté ses treize printemps quelques mois plus tôt et elle entamerait à la rentrée sa troisième année d'études à Poudlard, parmi les Gryffondor. Kate, comme elle tenait à se faire appeler, n'était pas aussi portée sur les farces que son Maraudeur de père et préférait utiliser son intelligence pour des « aboutissements moins futiles et cruels ». Le rêve de James et Sirius, qui consistait à former une nouvelle génération de Maraudeurs avec leur progéniture, s'en était avéré fortement compromis…
Heureusement, la naissance d'Alan Regulus Black avait mis un terme à leurs tracas. En effet, pendant son enfance, le garçon aux cheveux bruns et aux yeux gris avait montré une sérieuse tendance à faire des bêtises et à attirer des ennuis à ce cher Patmol, dès que ce dernier avait les yeux tournés. Alan n'en pouvait d'ailleurs plus d'avoir à attendre encore un mois avant d'aller à Poudlard, son excitation s'étant trouvée décuplée lorsqu'il avait reçu sa lettre d'admission pour la prestigieuse école de sorcellerie quelques semaines plus tôt.
- Allez, venez donc vous mettre à table les garçons ! S'exclama Diana d'une voix forte.
C'est à cet instant que Lily se rendit compte que sa filleule manquait à l'appel.
- Diana, où est passée Kate ?
- Hm… ça ne m'étonnerait pas qu'elle soit montée jouer avec Rose. Elle adore ta fille, tu sais. Je pense que Remus est également avec eux, il prend son rôle très à cœur, tu sais.
L'ancienne préfète de Gryffondor ne put s'empêcher d'acquiescer de la tête. Remus était le parrain de Kathleen et de Rose et s'il était attentionné à l'égard de Ryan et d'Alan, il montrait envers les deux jeunes filles une véritable dévotion.
Lorsque la petite Rose Dorea Potter était née, près de sept ans plus tôt, Lily n'avait plus vraiment su comment gérer de nouveau un bébé. Ryan prenait déjà tellement de son temps qu'elle avait eu bien du mal à les gérer tous les deux, surtout avec James toujours absent pour ses devoirs d'Auror…
Et c'était grâce à Lunard, qui avait parfois passé des journées entières à s'occuper de la petite, qu'elle avait pu souffler un peu. Le lycanthrope s'était montré si patient… hormis son propre père, décédé depuis plusieurs années, elle ne connaissait pas d'homme qui soit aussi doux et gentil. Cela n'avait donc guère été une surprise lorsque le premier mot prononcé par Rose avait été son prénom : Remus, ou plutôt Mumus au début.
- Est-ce que tu peux aller les prévenir qu'on va passer à table, s'il te plaît ? Demanda-t-elle à Diana.
- Bien sûr. Rétorqua-t-elle avant de s'engager dans les escaliers.
L'adolescente était assise sur le lit, caressant distraitement la chevelure d'un roux sombre de la petite fille allongée à côté d'elle. La tendresse qui était lisible dans ses iris azurés en disait long sur l'affection qu'elle portait à Rose mais ce n'était pas la seule émotion visible dans son regard.
Habitué à observer silencieusement les gens, Lunard voyait très clairement son inquiétude et sa tristesse, et il n'avait guère besoin des talents de legilimens de Dumbledore pour deviner l'objet de ses préoccupations.
- Kathleen…
- Je me sens tellement stupide, oncle Remus. Je… je l'ai écarté sans lui donner la moindre explication !
L'ancien Gryffondor lui adressa un sourire, doux et patient, si différent des grands sourires espiègles qui étaient si caractéristiques de son père, avant de poser une main sur son épaule. Pour la plupart des gens, cela aurait été bien peu de choses mais pour elle, c'était une preuve de plus qu'il était là pour elle, qu'il l'écoutait et qu'il la comprenait.
C'est peut-être pour ça qu'elle ne retint pas ses larmes lorsqu'elles perlèrent finalement aux coins de ses yeux.
- Si tu avais vu son regard… je…
- Tu as essayé de lui envoyer un hibou pour lui expliquer ? L'interrogea-t-il dans un murmure apaisant.
- Evidemment ! Mais ces fichues barrières empêchent tout hibou de passer ! Je ne peux même pas y aller en personne, mon père ne me laisserait jamais…
- Calme-toi, Katy. On va trouver un moyen.
Il la prit délicatement dans ses bras et l'étreignit pendant quelques instants, comme il le faisait déjà lorsqu'elle n'était encore qu'une petite fille. Et comme toujours, ses tremblements ne tardèrent pas à cesser tandis qu'elle se relaxait dans ses bras. Son parrain était le seul à pouvoir l'appeler Katy, et les rares personnes qui avaient voulu l'appeler malgré tout par ce diminutif l'avaient lourdement regretté par la suite.
- Merci… merci d'être toujours là.
- Chut… Murmura-t-il, avant de s'écarter légèrement pour plonger son regard dans le sien.
Remus posa une main sur sa tête et ébouriffa tendrement ses cheveux avant de poursuivre.
- Nous allons nous rendre sur le Chemin de Traverse demain, si tu veux. Je pense qu'en se renseignant à Gringotts, on pourrait trouver le moyen de lui acheminer une lettre ou un paquet. Qu'en penses-tu ?
- Que je suis une idiote de ne pas y avoir pensé avant… et que tu es le meilleur parrain du monde. Répondit-elle avant de l'étreindre à son tour, ses lèvres s'écartant en une ébauche de sourire.
Aucun d'entre eux n'était conscient du fait qu'une personne les avait écoutés, tapie dans l'ombre.
