Chapitre 3 : Vivre parmi les gobelins
Bien qu'il n'ait jamais vraiment été croyant, Vernon Dursley commençait presque à croire qu'il existait réellement une puissance supérieure en ce monde.
Après tout, quelle autre explication y avait-il pour les miracles qui s'étaient produits dans sa vie ces derniers jours ?
Tout avait commencé dans la première journée du mois d'août, au cours de laquelle le sale gamin qu'il avait été contraint d'héberger sous son toit ces treize dernières années s'était envolé, disparaissant avec l'intégralité de ses affaires. La seule chose qu'il avait laissée derrière lui, c'était un mot pour leur faire savoir qu'il ne reviendrait jamais chez eux.
Bien que tenté de célébrer l'occasion comme il se devait, Vernon avait préféré ne pas se réjouir trop vite. Après tout, il pouvait simplement s'agit d'une fugue et il y avait toujours la possibilité qu'une autre de ses abominations vienne frapper à sa porte pour lui demander des comptes.
Toutefois, ses inquiétudes s'étaient révélées infondées. Ni le gosse, ni aucun autre individu de son espèce ne s'étaient montrés… pas même le moindre volatile. Une semaine s'était écoulée mais il n'y avait toujours aucun signe que le monstre lui ait menti.
C'est pourquoi l'espoir naquit de nouveau dans le cœur du directeur de Grunnings. Pour la première fois en près de treize ans, la vie des trois Dursley était redevenue entièrement normale. Vernon ne pouvait même pas décrire la joie qu'il ressentait devant une telle perspective. Il avait même décidé d'emmener sa petite famille en vacances, probablement à Torquay, une station balnéaire des plus relaxantes.
Les événements avaient néanmoins pris une meilleure tournure que ne l'aurait pensé Vernon. En effet, il avait reçu une lettre voilà seulement quelques jours, l'informant que sa petite entreprise avait été remarquée par des investisseurs particulièrement fortunés. Ces derniers souhaitaient rencontrer le directeur de Grunnings, si possible avec sa famille puisqu'il s'agissait d'une rencontre décontractée, dans l'un des bâtiments qu'ils possédaient à Londres.
La date en question tombait trois jours avant son départ en vacances, ce qui convenait parfaitement au patriarche des Dursley. Avec la chance qu'il avait ces jours-ci, qu'aurait-il pu lui arriver de mal ?
C'était tout du moins ce qu'il avait pensé en conduisant sa petite famille jusqu'à l'endroit en question.
Trop occupés à rêver de leurs futures vacances, les trois Dursley ne remarquèrent pas certains détails de leur environnement. Par exemple, le fait qu'aucun autre passant ne semblait accorder la moindre attention au bâtiment flambant neuf où ils devaient se rendre, se contentant d'agir comme s'il n'existait pas ou lui tournant délibérément le dos pour contempler les vitrines des magasins, de l'autre côté de la rue. Bien sûr, pour les trois moldus, il ne s'agissait que d'un détail mineur.
Toutefois, c'est parce que personne ne prêtait la moindre attention à ce bâtiment en particulier que personne ne remarqua les silhouettes de Vernon, Pétunia et Dudley entrer dans le portillon d'accès… mais sans en ressortir de l'autre côté pour autant.
Ils avaient tout simplement disparu.
Harry avait été habitué à la douleur, il l'avait intimement côtoyée pendant la majeure partie de son existence. Toutefois, il devait reconnaître qu'il préférait voir ses articulations craquer sous l'effort plutôt qu'à cause des coups de ce cher oncle Vernon.
A genoux, ses deux mains plaquées sur le sol de pierre, le jeune Potter essayait tant bien que mal de reprendre sa respiration. Trempé de sueur, il avait enlevé sa veste voilà déjà près d'une heure mais sa chemise, ou plutôt ce qu'il en restait au vu des nombreuses marques de lacérations, lui collait complètement à la peau.
- Debout, Harry.
Laissant échapper un grognement en entendant la voix grave de son interlocuteur, le Gryffondor ramassa l'épée de bois posée devant lui et s'en servit comme d'une canne pour se remettre debout. Ecartant une mèche de cheveux noirs de son front, Harry prit une pose défensive tout en fixant son regard émeraude sur son adversaire.
Thorin était un gobelin plus grand et plus costaud que la moyenne mais cela ne diminuait en rien sa vitesse de déplacement, comme l'adolescent avait pu le constater à ses dépends au cours des derniers jours. Bien que d'un âge assez avancé, il avait autrefois été l'un des plus grands guerriers de l'armée gobeline, et officiait depuis en tant que Maître d'armes.
Lorsque Ragnok avait accepté sa requête de vivre parmi les gobelins jusqu'à la rentrée scolaire, le Président lui avait fait remarquer à juste titre qu'avant de songer à un quelconque entraînement magique, il allait devoir travailler un peu sa forme physique, à commencer par son endurance.
Malheureusement, le sorcier n'avait pas eu la moindre idée du programme infernal que le gobelin lui avait concocté.
Ce que les sorciers ignoraient dans leur grande majorité à propos de la banque gobeline, c'était que les chariots qui dévalaient les rails à une vitesse folle pour les mener jusqu'à leurs coffres n'avaient pas toujours existé. Non, dans un lointain passé, les gobelins utilisaient des escaliers taillés à même la roche pour se rendre aux différents niveaux.
Et ces escaliers, le Gryffondor les connaissait désormais mieux que personne puisqu'il avait été obligé de les monter et les descendre un nombre incalculable de fois ces derniers jours, le dos chargé de divers bibelots et autres outils, qui pesaient naturellement très, très lourd.
En temps normal, cela n'aurait pas posé de problème au jeune sorcier. Un simple sortilège d'allègement sur les objets en question aurait rendu sa tâche beaucoup plus aisée mais Ragnok avait anticipé ce cas de figure et lui avait confisqué sa baguette pour la durée des entraînements. Ainsi, il déposait sa baguette tous les matins et la reprenait tous les soirs…
Tel avait été le déroulement normal de ses journées pendant les deux premières semaines. Et puis, sept jours plus tôt, le Président de Gringotts lui avait présenté Thorin, ainsi que la proposition de ce dernier d'entraîner le sorcier dans le maniement de l'épée.
Harry avait déjà manié des épées auparavant, celle de Gryffondor en particulier mais les épées normales et les épées ensorcelées étaient deux choses complètement différentes. En y repensant, si l'épée de Gryffondor n'avait pas été un puissant artefact magique, il n'aurait sans doute jamais pu vaincre le Basilic aussi « facilement ».
Bien qu'il ait également été quelque peu entraîné dans le maniement des armes blanches, des dagues en particulier, l'humain avait eu beaucoup de mal à lutter contre le Maître d'armes. En effet, avec l'état dans lequel se trouvait son corps, non seulement sa force et son endurance étaient faibles mais même sa rapidité en avait pris un sacré coup…
Bref, dans leurs premiers affrontements, il n'avait pas tenu plus de cinq minutes avant de s'effondrer et de perdre conscience.
Aujourd'hui, cela faisait près de trois heures qu'il faisait face à Thorin, et s'il n'avait aucune prétention de vaincre le vénérable guerrier, le sorcier tenait à lui prouver que son entraînement portait ses fruits, purement et simplement.
- N'oublie pas, les huit mouvements te paraissent peut-être répétitifs mais avec suffisamment de pratique, ils te permettront de vaincre un grand nombre d'ennemis.
- Qui… qui a inventé cette technique ? Demanda Harry, dont la respiration n'était pas encore tout à fait régulière.
- Hm… aussi étonnant que cela puisse te paraître, c'était un humain, un chevalier plus exactement, dont le nom a été perdu malheureusement mais qui aurait vécu à l'époque d'Artorius… le roi Arthur de vos légendes.
- Vous voulez dire qu'il a vraiment existé ? S'étonna l'adolescent.
Le gobelin se contenta de lui adresser un rictus amusé, l'équivalent d'un sourire pour les humains mais que ses dents pointues d'une blancheur immaculée rendaient… peu rassurant pour ceux qui n'y étaient pas habitués.
- Oh oui. Lui et son père, Uther Pendragon… deux grands rois. Ils ont connu tous deux une fin tragique mais leurs noms et leurs légendes ont perduré par delà les âges.
- Pourriez-vous m'en dire un peu plus à leur sujet ? J'imagine que la réalité est assez différente des histoires moldus que j'ai pu entendre les concernant.
- Je t'en apprendrai davantage concernant leur histoire mais pas maintenant. Pour l'instant, je veux que tu m'attaques, Harry, de toutes tes forces.
Prenant une profonde inspiration, le jeune Potter se rua sur son adversaire, enchaînant les huit mouvements le plus rapidement et précisément possible.
Le gobelin esquiva ou para chacun des coups et au final, Harry se retrouva à déambuler derrière lui, sentant ses dernières forces lui échapper tandis qu'il perdait l'équilibre.
Il aurait probablement percuté les dalles de pierre de plein fouet si la main ferme de Ragnok ne l'avait pas rattrapé par le col de sa chemise, avant de l'allonger doucement sur le sol. Le Président de Gringotts avait été présent depuis un long moment mais il lui avait paru préférable de demeurer un spectateur passif, dissimulé dans l'ombre, plutôt que de distraire le garçon.
- Qu'as-tu pensé, Ragnok ? Demanda Thorin alors qu'il rangeait les deux épées de bois.
- Il a fait pas mal de progrès en seulement quelques jours… mais il est encore très loin de maîtriser l'art ancestral.
- Non, en effet mais je lui ai enseigné les bases. Il n'appartient plus qu'à lui de mettre à profit ce qu'il a appris et peut-être, un jour, de pouvoir déployer les Ailes Noires. Toutefois, je suppose que ce n'est pas pour cela que tu es venu me trouver, n'est-ce pas ?
Le Président laissa échapper un léger rire avant d'acquiescer de la tête. Thorin était l'un de ses plus vieux amis, et il ne rappelait encore de leur première rencontre à l'académie militaire alors qu'ils n'étaient encore que deux jeunes gobelins, fiers et ambitieux.
Leur rivalité s'était peu à peu transformée en une solide amitié, qui n'avait été que raffermie par les batailles livrées dans les pays de l'Est, notamment en Transylvanie où les vampires menaçaient les intérêts des gobelins et surtout, la sécurité de leurs familles.
- Il ne reste plus beaucoup de temps avant le début du Tournoi mais j'ai une tâche à vous confier à tous les deux.
- Laisse-moi deviner… la Bulgarie, c'est ça ?
- Je vois que même à la retraite, tu arrives à te tenir au courant…
- La flatterie ne te mènera nulle part, Ragnok. Dis-moi plutôt pourquoi tu as choisi exactement maintenant pour cette petite excursion. Je sais par expérience que tu ne laisses jamais rien au hasard.
Le Président laissa échapper un léger soupir. Evidemment, Thorin le connaissait mieux que personne, ce n'était donc pas une surprise qu'il ait si vite compris que le timing du gobelin n'était pas accidentel.
- Nous avons capturé les moldus aujourd'hui et ils seront jugés dans les prochains jours.
- Et Harry ne serait-il pas mieux ici pour témoigner ?
- Il nous a déjà fournis tous les souvenirs dont l'accusation aura besoin, et je ne tiens pas à lui imposer leur présence.
Le maître d'armes resta un long moment silencieux, ses yeux perçants fixant son vieux camarade avant qu'il ne finisse par prendre la parole d'une voix plus neutre.
- Tu t'es attaché à lui, n'est-ce pas ?
- Il a tellement de potentiel, Thorin… et je ne peux m'empêcher de penser qu'il est peut-être celui que nous attendons depuis des siècles.
Le regard songeur de Thorin se posa alors sur la silhouette endormie du sorcier, se demandant lui aussi si le jeune homme pouvait être celui qui accomplirait la dernière prophétie de l'Enchanteresse.
- Plusieurs sorciers ont été suspectés d'être l'élu de cette prophétie, et plus récemment, le Survivant…
- Ryan Potter ? Non, je l'ai discrètement testé et il n'a pas l'état d'esprit, ni la puissance nécessaires. C'est peut-être celui qui est destiné à vaincre le mage noir mais il n'est certainement pas en mesure de devenir un enchanteur.
- En tous les cas, fais attention à Dumbledore. Aussitôt que le verdict du procès sera rendu, les barrières à Privet Drive tomberont et même s'il n'est pas aussi intéressé par Harry que par son célèbre jumeau, il prendra sûrement toutes les dispositions possibles pour retrouver sa trace.
Ragnok se contenta d'esquisser un sourire, ou tout du moins cela ressemblait-il à un sourire puisque les rangées de dents blanches particulièrement acérées auraient fait reculer n'importe quel sorcier. Son expression était tout bonnement carnassière tandis qu'il répondait d'une voix veloutée.
- Le vieil homme ne m'impressionne pas. Il est tellement persuadé que nous sommes motivés par notre amour de l'or dans toutes nos actions qu'il en devient facilement prévisible et surtout, aisément manipulable lorsqu'il a affaire à nous. Je ferai toutefois jurer à l'ensemble de notre personnel de ne rien laisser filtrer concernant la présence de notre jeune ami en ces lieux.
Tandis que la joie et l'excitation régnaient dans le Manoir Potter à la perspective de la finale de la Coupe du Monde de Quidditch, qui aurait lieu dans seulement quelques jours, tous les occupants de la demeure ancestrale des Potter étaient loin de partager la liesse générale.
C'était d'ailleurs le cas de Kathleen Black, qui était assise sur le lit de la chambre de Rose, son regard tourné vers la pluie qui s'abattait à l'extérieur. Elle se fichait royalement du match qui opposerait la Bulgarie à l'Irlande, au grand désespoir de son père. Ses pensées étaient tournées vers des sujets bien plus importants que le Quidditch.
Harry.
Près de trois semaines plus tôt, elle s'était trouvée aux côtés de Remus lorsqu'il s'était renseigné sur la possibilité d'entrer en contact avec le jeune Potter via Gringotts. Malheureusement, les gobelins lui avaient répondu qu'il leur était impossible d'interférer avec les affaires moldues, surtout lorsque des protections magiques étaient déjà impliquées. Dumbledore s'était assuré qu'aucune lettre de Gringotts envoyée par hibou ne puisse passer à travers ses barrières à Privet Drive.
En d'autres mots, Harry était complètement coupé du monde sorcier jusqu'au 1er septembre. Lorsqu'elle se remémorait la manière dont ils s'étaient quittés à la fin de l'année scolaire, la jeune Black avait bien du mal à empêcher la culpabilité de la submerger tant elle se sentait fautive…
Elle était tellement perdue dans ses pensées qu'elle ne se rendit même pas compte que la porte de la chambre avait été ouverte. Ce n'est que lorsqu'un très léger craquement se fit entendre sur le plancher qu'elle dégaina sa baguette de manière instinctive avant de faire volte-face…
… pour se retrouver devant le visage souriant de sa mère, qui peinait à masquer son amusement.
- Maman ? Qu'est-ce que tu fais là ? Demanda-t-elle avant d'abaisser sa baguette.
- Je suis ravie de constater que tu n'as rien perdu de tes réflexes, Kate, même si tu devrais être davantage sur tes gardes. J'aurais facilement pu t'envoyer un maléfice en ouvrant la porte.
Kathleen ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel. Par moments, sa mère avait l'air aussi paranoïaque que le vieux Fol'œil. C'était presque un miracle qu'elle n'ait pas encore cité son célèbre « Vigilance constante ! » aujourd'hui. Pourtant, elle ne résista pas lorsqu'elle vint s'asseoir à ses côtés et passa ses bras autour d'elle pour l'étreindre tendrement.
- J'ai surpris ta conversation avec Remus l'autre jour. Je suis désolé pour ton ami. Confia l'Auror, sur un ton de regret.
La jeune Black se contenta d'acquiescer, sachant que sa mère n'avait pas voulu les espionner. Ses habitudes d'Auror étaient seulement très profondément enracinées en elle, un effet secondaire compréhensible de sa formation auprès de Maugrey, et elle faisait son possible pour que son travail n'empiète pas sur sa vie de famille.
- Est-ce que tu veux en parler ? L'interrogea Diana d'une voix douce.
- Non… oui…je ne sais pas ! Tout le monde est tellement excité par ce satané match ! Comme si ce stupide sport était important ! Comme s'ils se fichaient que le rat soit toujours en liberté et que… que mon meilleur ami soit avec ces horribles moldus…
C'en fut trop pour l'adolescente. Elle avait tout tenté pour rester forte mais alors que la réalité venait à nouveau frapper à sa porte, tout ce qu'elle put faire, ce fut d'enfouir sa tête dans l'épaule de sa mère avant de laisser finalement les larmes s'écouler librement le long de ses joues.
Reprenant lentement connaissance, Harry mit un moment pour reconnaître l'endroit où il se trouvait. Allongé sur un grand lit, plutôt confortable en comparaison avec celui qui se trouvait à Privet Drive, il embrassa la pièce du regard tandis qu'il songeait aux événements des dernières semaines. Même si elle était sous terre, et donc privée de fenêtre, il préférait nettement cette chambre à celle qu'il occupait à Privet Drive.
Même s'il n'aimait pas vraiment l'état de fatigue extrême dans lequel ses entraînements le laissaient à la fin de chaque journée, il avait également conscience que ces épreuves, ainsi que les potions concoctées par les gobelins commençaient à prendre effet. Il mettait plus de temps à se fatiguer et mettait de moins en moins de temps à arriver en haut des marches.
Bien sûr, il ne deviendrait pas un expert dans le maniement de l'épée d'ici peu et il doutait de réussir un jour à vaincre Thorin mais les séances de duel avec le vieux gobelin l'aidaient tout autant que les interminables escaliers à remettre un minimum ce corps en état.
Le jeune Potter avait conscience qu'il lui faudrait probablement plusieurs mois, voire peut-être plusieurs années pour amener son enveloppe charnelle au maximum de ses capacités, et ainsi lui permettre d'exploiter pleinement ses facultés.
Voilà pourquoi Harry s'était abstenu de mentionner au gobelin ses précédentes formations au maniement des armes blanches, et plus précisément des dagues et autres couteaux. Pourquoi ? D'une part, parce qu'il n'aurait jamais été en mesure d'expliquer de quelle manière il avait été en mesure d'apprendre ce genre de choses alors qu'il était censé avoir été bouclé chez les Dursley pendant toute son enfance… et que Poudlard ne comportait certainement pas ce genre de discipline dans son cursus.
D'autre part, le sorcier ne savait que trop bien que tenter d'utiliser des techniques de combat avancées avec un corps non préparé résulterait au mieux en un simple échec et au pire, en un désastre. Avec un peu de chance, Ryan Potter et ses camarades n'avaient pas encore découvert la Salle sur Demande, ce qui lui permettrait de s'y entraîner pendant l'année scolaire.
Son regard se posa alors sur le journal de son double. Les informations qu'il avait découvertes étaient des plus… troublantes.
En général, les mondes qu'il avait visités précédemment étaient très semblables à son monde d'origine. Ses parents étaient assassinés par Voldemort, Dumbledore le confiait aux « bons soins » des Dursley, Sirius était envoyé à Azkaban après une parodie de procès, etc. Qu'il s'agisse du savoir académique, de l'histoire des mondes magiques et moldus et même des vies de ses amis proches, tout était relativement identique la plupart du temps… Avec l'exception de Neville choisi comme Survivant, les différences rencontrées étaient donc plutôt négligeables.
Ce n'était pas le cas dans ce monde-ci.
Peut-être était-ce parce que les Potter avaient eu des jumeaux plutôt qu'un fils unique… faux-jumeaux heureusement, il ne souhaitait vraiment pas que les gens le confondent avec Ryan dans la rue mais cela demeurait un événement des plus étranges.
C'était Dorea Potter, née Black, qui n'était autre que sa grand-mère paternelle, qui avait perdu la vie face à Voldemort le 31 octobre 1981. Le résultat avait été vraisemblablement le même que le sacrifice de sa mère puisqu'une cicatrice en forme d'éclair ornait le front du Survivant sur les quelques photos qu'il avait pu voir de lui dans d'anciens numéros de la Gazette du Sorcier.
A sa connaissance, Dorea Potter était morte avant sa naissance dans son monde d'origine, de même que son époux. Etrangement, Harry n'avait trouvé aucune mention de Charlus Potter dans les rubriques nécronologiques. En interrogeant Ragnok à ce sujet, il avait appris que son grand-père était toujours vivant mais qu'il ne vivait apparemment pas avec son fils, en raison d'une sévère dispute qui les aurait opposés par le passé. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il ne s'était apparemment pas opposé à son fils en public et qu'il vivait reclus dans une des résidences secondaires des Potter, tandis que James, Lily et leurs deux enfants habitaient le manoir ancestral de la famille.
Oui, leurs deux enfants. Quelle n'avait pas été sa surprise en apprenant que les deux époux avaient eu un second enfant, une fille prénommée Rose, qui fêterait bientôt son septième anniversaire.
Toutefois, cela n'avait pas été les seules surprises auxquelles il avait eu droit.
Sirius était en vie et surtout, en liberté. Les Potter ayant survécu, il était logique qu'ils aient informé Dumbledore et les Aurors que Pettigrow était le véritable gardien du secret, ce qui expliquait que le rat ait été envoyé à Azkaban.
Malheureusement, le mangemort s'était échappé d'une manière assez similaire à Sirius l'année passée et Harry n'avait pas de doute sur la manière dont il allait employer son temps. Avec un peu de chance, les choses prendraient une tournure semblable à celles de son monde et il pourrait anticiper les actions du mage noir et surtout de Croupton Jr, s'il s'avérait être toujours en vie.
Délaissant ces sombres pensées, l'adolescent s'extirpa tant bien que mal des couvertures et entreprit d'ôter ses vêtements tout en gagnant la salle de bain adjacente à sa chambre. Tournant le robinet, il ferma les yeux pendant quelques instants, laissant l'eau chaude laver aussi bien son corps que ses préoccupations.
C'est ainsi qu'il songea de nouveau à Sirius, et plus précisément à la tournure qu'avait pris la vie de ce dernier. Auror parmi les plus renommés du Ministère, il s'était marié avec une collègue, Diana Cooper, qui s'avérait être l'apprentie de Maugrey et une combattante remarquable. Cela ne l'étonnait pas de son parrain d'avoir choisi pour compagne une femme qui rivalisait avec lui autant par son caractère que par ses talents sur un champ de bataille.
De leur union étaient nés deux enfants, Kathleen et Alan. L'adolescente avait un an de moins que lui et le garçon entrerait à Poudlard cette année.
S'il en croyait le journal intime, la fille de Sirius était une amie proche de son… « prédécesseur ». Les circonstances n'étaient pas bien claires mais le jeune Potter se serait lié d'amitié avec elle quelques mois après qu'elle soit arrivée à Poudlard. Quelque chose en rapport avec une altercation entre Kate et Ryan mais les circonstances étaient trop vagues pour qu'il puisse déterminer la nature de leur querelle.
L'ennui, c'était qu'une dispute avait eu lieu plus récemment entre elle et l'ancien Harry, l'aînée des enfants Black l'ayant apparemment repoussé tandis qu'il cherchait à lui porter assistance. Naturellement, le Gryffondor n'avait pas particulièrement apprécié que sa meilleure –et unique- amie lui tourne le dos au profit du trio d'or : Ryan, Hermione et Ron.
Ces circonstances, si on y ajoutait les mauvais traitements des Dursley et l'indifférence de ses parents, expliquaient que le jeune Potter ait mis fin à ses jours. Il comprenait aisément que le garçon ait pu perdre toute envie de vivre.
Néanmoins, ce n'était pas parce qu'il comprenait qu'il approuvait son choix pour autant. Harry était un guerrier et s'il devait mourir un jour, ce ne serait certainement pas sans se battre. S'il y avait bien une chose que sa lutte contre Voldemort, et dans un sens, contre le monde sorcier en général, lui avait apporté, c'était une féroce volonté de se battre pour survivre et de l'emporter contre ses adversaires.
Attrapant une serviette pour se sécher, avant de l'enrouler autour de sa taille, il se dirigea vers le lavabo et prit un instant pour détailler son reflet dans le miroir.
Inspectant chaque détail, il constata que sa silhouette était un peu moins maigre que le jour de son arrivée en ce monde et que les bleus et autres ecchymoses avaient quasiment disparu. Il ressemblait assez à celui qu'il avait été au début de sa quatrième année. Son visage était mince, même s'il n'était plus émacié et ses yeux émeraude lui renvoyaient la détermination qui ne le quittait jamais.
Il avait songé à jouer la comédie en début d'année, principalement pour ne pas alerter Dumbledore, mais la dispute avec Kathleen et l'été passé chez les gobelins pouvaient aisément justifier son changement de comportement. Il lui faudrait seulement faire attention lorsqu'il se trouverait à proximité de la jeune Black.
Plus par habitude qu'autre chose, il porta la main à son front et dégagea les mèches noires, révélant l'absence de la cicatrice qui l'avait rendu si célèbre par le passé. Bien qu'elle lui ait apporté considérablement plus de souffrance et d'épreuves que de bonnes choses, le jeune homme ne pouvait s'empêcher de se sentir quelque peu troublé par sa disparition.
- Je ne te savais pas narcissique, Harry.
Le sorcier fit volte-face en entendant ces quelques mots prononcés mais s'il avait prêté attention au ton sarcastique employé par son interlocuteur, il aurait immédiatement compris à qui il avait affaire.
Vêtu d'un costume noir très simple, le gobelin qui lui faisait face avait un rictus amusé plaqué sur le visage tandis qu'il regardait l'adolescent essayer tant bien que mal de remettre sa serviette en place, celle-ci ayant manqué de se détacher lors de son mouvement brusque.
- On ne t'a jamais appris à frapper, Gripsec ?
- J'ai frappé mais il s'avère que tu ne m'as pas entendu donc je suis entré pour m'assurer que tout allait bien. Remarqua simplement l'employé de Gringotts en haussant les épaules d'un air dégagé.
Gripsec ayant une certaine expérience avec les différents niveaux où se trouvaient les coffres, pour avoir souvent conduit les clients dans l'un de ces chariots dont la vitesse devait presque égaler celle d'un Eclair de Feu, le gobelin lui avait été tout naturellement assigné pour se repérer dans la banque les premiers jours et plus précisément, dans le labyrinthe d'escaliers qu'il avait emprunté tous les jours depuis son arrivée.
Si leurs premiers rapports avaient été plutôt froids, les premières gaffes d'Harry, ainsi que son humilité vis-à-vis du gobelin, avaient permis de briser la glace. Enfin, ça et le fait qu'il était désormais un citoyen honoraire de la nation gobeline. Très peu de sorciers auraient eu le courage - ou l'inconscience - de se soumettre aux lois gobelines.
- Hm… Est-ce que Ragnok a besoin de moi ? Puisque c'est censé être mon jour de repos, je suppose que c'est important. L'interrogea Harry, sincèrement curieux tandis qu'il attrapait ses lunettes sur le rebord du lavabo.
Grâce aux potions des gobelins, non seulement son corps avait un peu plus de chair sur les os mais en plus, certaines imperfections étaient lentement mais sûrement en train de guérir. C'était notamment le cas de sa vision, qui s'était déjà un peu améliorée ces dernières semaines, même si cela amenait les gobelins à adapter ses verres presque tous les trois ou quatre jours. A cela s'ajoutait sa croissance, qui pourrait peut-être reprendre un cours normal.
L'expression du gobelin se fit plus sérieuse tandis qu'il acquiesçait lentement de la tête.
- En effet. Il t'envoie en mission avec maître Thorin en Bulgarie, pour mener à bien certaines négociations.
Harry haussa un sourcil en signe de curiosité. Il n'était pas surpris du respect qu'avait laissé entendre la voix de Gripsec lorsqu'il avait prononcé le nom du maître d'armes – après tout, la majorité des gobelins le considéraient comme une légende vivante – mais il ne pouvait s'empêcher d'être étonné et quelque peu suspicieux d'avoir été choisi pour ce genre de mission alors qu'il n'avait strictement aucune expérience… ou plutôt, aucune expérience supposée, en matière de diplomatie.
- Pourquoi moi ? Si c'était pour avoir une présence humaine aux côtés de Thorin, un employé sorcier de Gringotts aurait été plus judicieux.
Face à cette remarque, le gobelin dévoila ses dents blanches dans un sourire appréciateur. La plupart des humains auraient accepté l'information telle quelle mais le fait que l'adolescent s'interroge sur les motivations du Président de Gringotts montrait qu'il était au moins un peu plus intelligent que la moyenne, de son espèce, et surtout plus rusé.
- Le Président a conscience de ton talent sur un balai, et il se trouve que le fils d'un des proches collaborateurs du Ministre Oblansk est un joueur de Quidditch professionnel, qui a intégré l'équipe nationale cette année et participera très certainement à la Finale, la semaine prochaine.
Pour avoir déjà assisté à la finale de cette coupe du monde dans son monde, il se doutait de qui il devait s'agir. Sur les sept joueurs de l'équipe nationale bulgare, un seul appartenait à une famille très puissante politiquement et financièrement, ou tout du moins suffisamment puissante pour influencer les décisions du Ministre de la Magie.
- Viktor Krum, je suppose ?
- Exact. Vous partez dans une heure alors tâche d'être vif. Maître Thorin n'aime pas vraiment attendre. Déclara finalement Gripsec avant de quitter la pièce, refermant silencieusement la porte derrière lui.
Le corps du jeune homme se raidit instinctivement en songeant à la seule fois où il était arrivé en retard à l'un de ses entraînements avec le maître d'armes. Ce dernier avait passé les deux heures suivantes à lui faire comprendre le sens du mot subir en l'attaquant inlassablement avec une telle férocité que Fenrir Greyback aurait passé pour un chiot sans défense en comparaison.
Moins de trente minutes plus tard, toutes les affaires du sorcier étaient dans sa malle et le sorcier fraîchement habillé se mit à cavaler dans les couloirs avec une telle vélocité qu'on avait l'impression qu'il avait le diable à ses trousses.
Note de l'auteur : Certains l'auront peut-être remarqué mais les Ailes Noires et les 8 mouvements de base ne sont pas de mon invention. Il s'agit d'une référence à Ubel Blatt, un manga d'Etoroji Shiono.
