Chapitre 4 : Surprenante Finale
Pour Ryan Potter, c'était un rêve en train de devenir réalité.
Il avait souhaité assister à la finale d'une coupe du monde de Quidditch depuis presque aussi longtemps qu'il avait appris à marcher. Son père avait instillé en lui l'amour de ce sport et c'était par pure malchance qu'ils n'avaient pas pu assister à la précédente finale, quatre ans plus tôt.
Aujourd'hui, il se trouvait en compagnie de sa famille et de ses amis dans la tribune officielle, qui était sans doute le meilleur emplacement pour assister au match. Il portait bien évidemment les couleurs vert et blanc de l'équipe irlandaise qu'il supportait, bien qu'il ne puisse s'empêcher de ressentir une certaine admiration pour l'un des joueurs du camp adverse.
Viktor Krum.
On disait de lui qu'il était un prodige et sans doute le meilleur attrapeur de sa génération. L'élève de Durmstrang n'avait même pas terminé sa scolarité qu'il se trouvait déjà dans l'équipe nationale bulgare.
Si Ron était en extase face à la gloire du joueur professionnel, des sentiments bien différents habitaient le cœur le jeune Potter. Ryan brûlait du désir de se confronter à lui un jour, et de prouver devant les quelques cent mille spectateurs rassemblés dans ce stade que c'était en réalité lui, le meilleur attrapeur de tous les temps.
Toutefois, il se contenterait pour le moment de son rôle de spectateur, prêt à observer toutes les techniques de Krum pour les incorporer dans son propre style de vol, et probablement aussi pour les tester contre ce cher Malefoy lors du prochain match qui opposerait Gryffondor à Serpentard.
Son sang bouillait d'excitation à cette seule idée.
- Mesdames et messieurs, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue ! Bienvenue à cette finale de la quatre cent vingt-deuxième Coupe du Monde de Quidditch !
Remus n'écoutait la voix tonitruante de Ludo Verpey que d'une oreille distraite. Comme à leur habitude, Lily et James étaient aux petits soins auprès de leur fils aîné et Rose finissait en arrière-plan, presque invisible en dehors des quelques occasions où les reporters venaient trouver le couple pour prendre une photo de famille.
Cela ne dérangeait pas le lycanthrope de s'occuper de sa filleule et cette dernière paraissait parfaitement contente de se trouver assise à côté de lui. Elle avait mis une paire de multiplettes devant ses yeux et semblait fascinée par les différentes propriétés de l'appareil. Sirius avait eu la gentillesse d'acheter deux paires supplémentaires, à leur intention, en plus des quatre prévues à l'origine, une pour chacun des membres de sa famille.
- Et maintenant, sans plus tarder, permettez-moi de vous présenter… Les mascottes de l'équipe bulgare !
Il ne tarda pas à voir apparaître les Vélanes sur le terrain. Fort heureusement, son « petit problème de fourrure » avait aussi quelques avantages en plus des nombreux inconvénients, parmi lesquels figurait une très grande résistance à toute forme d'hypnose ou de légilimencie. Cela expliquait pourquoi il ne ressentait quasiment pas l'irrésistible attraction que devaient générer près d'une centaine de Vélanes sur la population masculine rassemblée dans les gradins.
Sirius ne paraissait pas vraiment affecté non plus mais cela s'expliquait par les puissantes barrières d'occlumencie qu'il avait développé au fil des ans, sur l'insistance de son épouse. Celle-ci sembla d'ailleurs satisfaite de voir son mari lui adresser un clin d'œil avant de se pencher pour lui voler un baiser. Alan, encore trop jeune pour ressentir l'attraction exercée par les Vélanes, détourna la tête en tirant la langue à la vue de ses parents en train de s'embrasser avant de reprendre sa paire de multiplettes pour chercher des yeux l'endroit d'où allaient sortir les joueurs.
Cornedrue n'avait hélas presque aucune maîtrise de l'occlumencie, sinon les bases apprises lors de sa formation d'Auror, depuis longtemps oubliées. Voilà peut-être pourquoi il arborait une expression béate en regardant les magnifiques créatures, d'une manière assez similaire à son fils, qui fixait les Vélanes avec intensité.
C'était également le cas de tous les hommes Weasley, Arthur, Fred, George et Ron semblant être tous les quatre tombés sous le charme des Vélanes, même si le patricharche montrait plus de tenue que ses trois fils, dont les mâchoires menaçaient de se décrocher.
Les réactions des sorciers n'étaient vraisemblablement pas au goût des jeunes sorcières présentes puisque Hermione secouait l'épaule de Ron pour lui faire reprendre ses esprits tandis que Ginny paraissait tiraillée entre son envie de sortir Ryan de sa transe et la peur que son geste ne lui attire les foudres du jeune Potter.
Seule Kathleen, assise à la gauche de Rose, avait l'air royalement indifférente à ce qui se passait du côté des Potter et de sa famille. Son regard erra un moment dans la foule, comme si elle était à la recherche de quelqu'un, avant de finalement baisser les yeux, l'air plus sombre. Lunard ne savait que trop bien qui elle avait espéré voir dans la foule de sorciers anonymes réunis pour cette grande occasion mais il était également conscient que les chances pour que le jeune Harry ait pu se procurer des places pour le match… non, pour qu'il ait pu ne serait-ce qu'échapper aux griffes des Dursley, étaient infinitésimales.
Tandis qu'il était perdu dans ses pensées, l'ancien professeur n'avait pas remarqué l'apparition des farfadets sur le terrain, qui faisaient pleuvoir de l'or un peu partout. L'ébauche d'un sourire fleurit sur ses lèvres alors qu'il regardait les enfants essayer d'attraper les pièces d'or qui passaient à leur portée. Ils devaient sans doute ignorer que l'or des farfadets disparaîtrait d'ici quelques heures mais il ne serait pas celui qui briserait leurs illusions. En ces temps difficiles, Remus préférait de loin voir des expressions joyeuses sur les visages des jeunes sorcières et sorciers.
Se remémorant l'année passée où il avait eu la joie d'enseigner à Poudlard, mais où il avait également souffert de la traitrise de Rogue, qui l'avait obligé à démissionner, le lycan préféra reporter son attention sur le match.
C'est ainsi qu'il put voir l'équipe bulgare arriver sur le terrain, bientôt suivie par les joueurs irlandais. Tous de rouge vêtus, les Bulgares offraient un contraste saisissant avec les habits verts des Irlandais. Au moins, il leur serait facile de distinguer les deux équipes. Il ne se souvenait que trop bien d'un match auquel il avait assisté dans sa jeunesse, où les deux équipes portaient quasiment la même couleur. Quel enfer cela avait été pour suivre l'action…
- Tu te rappelles le bon vieux temps, Lunard ?
Lupin manqua de sursauter en voyant que Sirius s'était assis sur le siège situé à sa droite et lui adressait un sourire espiègle. Même si James et Lily avaient douté du lycanthrope, l'écartant délibérément lorsqu'ils avaient choisi Peter comme gardien du secret pour le sortilège de Fidelitas, cela n'avait jamais été le cas de Sirius.
Patmol se disputait rarement avec Cornedrue mais il ne pourrait jamais oublier l'expression furieuse de Black lorsque les époux Potter lui avaient fait part de leurs doutes le concernant, peu après la chute de Voldemort. Sirius lui avait hurlé dessus pendant deux bonnes heures avant de finalement claquer la porte, l'entraînant avec lui jusqu'au domicile des Black.
C'était peut-être à ce moment là qu'il avait vraiment compris ce que l'animagus avait voulu dire en expliquant que James était peut-être son meilleur ami, mais que Remus était le frère qu'il n'avait jamais eu. Lunard ne s'en était pas rendu compte au premier abord mais Sirius le considérait comme une constante dans sa vie, comme l'étaient devenus par la suite Diana et ses deux enfants.
- Quelque chose comme ça. Je me remémorais le match auquel James nous avait traîné, tu sais, les Harpies de Holyhead contre les Crécelles de Kenmare.
- Oh oui, je m'en souviens ! Les deux équipes portaient des robes vertes et personne n'arrivait à faire la différence. J'avais adoré ce match.
- Ah ? Pourtant, il n'y a même pas eu de vainqueur.
- Oui mais souviens-toi, mon cher Lunard, que l'arbitre était tellement énervé de ne pas pouvoir reconnaître quel joueur appartenait à quelle équipe qu'il avait jeté un sortilège de transparence sur les robes des joueuses des Harpies pour les différencier. Sept magnifiques jeunes femmes dont les sous-vêtements étaient parfaitement visibles aux yeux de tous… c'était tout simplement merveil… AIE !
Sirius porta une main à l'arrière de sa tête, où Diana venait de lui donner une claque bien sentie. Avant que l'animagus n'ait le temps de protester, elle vint s'asseoir sur ses genoux et prit l'une de ses mains dans les siennes… exerçant une pression qui devait être prodigieuse puisqu'une grimace de douleur était apparue sur le visage de Patmol.
- Alors, on se remémore le bon vieux temps, mon chéri ?
- Diana adorée… c'était juste un match… il n'était même pas si bien que ça ! Tenta de plaider le Maraudeur, en faisant une mine de chien battu.
- Vraiment ? Donc je suppose que si je fouille dans tes vieilles affaires d'école, je ne trouverai pas une paire de multiplettes ayant enregistré la mésaventure de ces pauvres joueuses ? S'enquit l'Auror en adressant un sourire carnassier à son époux.
La difficulté avec laquelle Patmol déglutit était tout ce que Remus avait besoin de savoir pour déterminer que si Diana jetait effectivement un œil dans ses affaires de Poudlard, Sirius allait avoir de très, très gros problèmes.
- Je… je m'en débarrasserai, chérie, c'est… c'est promis. S'exclama Sirius en prenant son air le plus sincère.
- Tu as tout intérêt, mon tendre époux… sinon je te bloquerai dans ta forme animagus et tu dormiras attaché dans la niche au fond du jardin pendant les deux prochaines semaines. Avec le mauvais temps qui s'annonce, je te conseille de choisir sagement.
Et c'est ainsi qu'elle relâcha sa main et déposa un baiser sur sa joue comme si de rien n'était avant de retourner vers Lily.
Ce ne fut qu'une fois qu'elle se fut suffisamment éloignée que les traits de l'animagus laissèrent voir sa douleur tandis qu'il esquissait des grimaces toutes aussi grotesques les unes que les autres, agitant sa main endolorie pour essayer de faire partir la douleur.
- Merlin sait que j'aime cette femme mais parfois, j'ai l'impression qu'elle veut ma mort…
- Mais non, Sirius, elle est juste un peu possessive. Sa forme animagus est une louve après tout et je ne pense pas que les louves apprécient de voir leurs compagnons regarder d'autres femelles.
- Hé ! Dans quel camp tu es, Lunard ? S'exclama Sirius en prenant un air faussement meurtri.
- Hm… dans celui de ta femme. Contrairement à toi, je préfère le confort de la chambre d'ami à la niche où tu as si souvent élu domicile.
Certaines épouses faisaient dormir leurs maris sur le canapé quand une dispute éclatait, pour Sirius, c'était la niche… Il n'imaginait même pas la tête que feraient les Aurors si admiratifs du grand Sirius Black s'ils venaient à apprendre le sort assez… malheureux qu'il subissait auprès de son épouse à chaque fois que celle-ci avait quelque chose à lui reprocher.
Cela ne les empêcha pas d'éclater de rire par la suite. Sirius adorait sa femme et même s'il avait été plutôt du genre coureur de jupons dans sa jeunesse, cette période de sa vie avait pris fin lorsqu'il avait réalisé ses sentiments pour Diana.
Deux solitaires, accoutumés aux aventures sans lendemain, qui avaient fini par tellement s'habituer à la présence de l'autre qu'ils n'avaient même pas remarqué les sentiments qui avaient grandi dans leurs cœurs, les liant par quelque chose de plus fort que toutes les belles déclarations du monde.
Lorsqu'il retourna finalement son attention au match, il vit Viktor Krum exécuter avec perfection une Feinte de Wronski qui laissa Aidan Lynch profondément sonné. Il fallut quelques minutes pour que l'attrapeur irlandais remonte sur son balai.
Malheureusement, le hasard voulut que ce soit à cet instant précis qu'un cognard renvoyé par l'un des batteurs irlandais percute le bras droit de Krum. Même s'il n'entendit pas le craquement, il pouvait voir avec ses multiplettes que l'attrapeur bulgare était mal en point et certainement pas en état de poursuivre.
- Temps mort ! Les médicomages vont cette fois-ci examiner Viktor Krum !
Si tous espéraient voir le célèbre joueur de Quidditch remonter sur son balai, tel ne fut pas le cas. S'il avait bien compris l'analyse du médicomage retransmise via un sonorus dans le stade, les os de son bras étaient tellement fracturés qu'il leur faudrait les faire disparaître avant de lui donner du Poussoss. Inutile de préciser que la potion était non seulement infecte mais qu'en plus le processus de repousse des os était long et douloureux.
- Le capitaine bulgare a annoncé que leur attrapeur remplaçant allait prendre la relève. C'est un heureux hasard qu'ils en aient trouvé un, lorsqu'on sait que plus de la moitié des joueurs de l'équipe de réserve sont tombés malades la semaine dernière après une sévère épidémie de…
Ignorant les paroles de Verpey, Remus essayait d'apercevoir le nouvel attrapeur. C'est alors qu'il vit une silhouette s'avancer à pied sur le terrain, un Eclair de Feu à la main. L'homme, plutôt petit pour un sorcier adulte, serra la main valide de Krum mais il ne pouvait pas en dire davantage à son sujet, son capuchon dissimulant entièrement son visage.
- Tandis que le nouvel attrapeur fait son entrée, on me fait parvenir les quelques informations dont nous disposons à son sujet. Figurez-vous qu'il ne s'agit pas d'un joueur professionnel ! Apparemment élève à Poudlard, le remplaçant est un ami de Viktor Krum. Son nom n'est toutefois pas encore… ah, ça y est !
Fixant toujours la forme du joueur, vêtu d'un robe aussi rouge que celle des autres membres de l'équipe bulgare, il le vit retirer sa capuche, révélant des cheveux noirs en bataille, qui lui arrivaient jusqu'au milieu du cou. Il ne pouvait toutefois pas en dire plus puisqu'il lui tournait actuellement le dos.
- Veuillez accueillir chaleureusement l'attrapeur remplaçant de l'équipe bulgare, qui va bientôt entamer sa quatrième année d'études à Poudlard dans la maison Gryffondor… Harry Potter !
En d'autres circonstances, Harry aurait peut-être pris pleinement le temps d'apprécier son nouveau statut, à savoir celui de joueur remplaçant d'une des meilleures équipes nationales de Quidditch au monde… et en plus, de pouvoir jouer lors de son premier match. C'était sans doute le rêve de tous les joueurs amateurs, aspirant à passer professionnels. Harry le savait parce qu'Olivier Dubois lui-même le lui avait confié, lors d'un de ses premiers entraînements durant lesquels l'ancien capitaine lui avait appris tout ce qu'il savait de ce sport.
Malheureusement, le score s'élevait déjà à plus d'une centaine de points en faveur de l'Irlande et au vu des maigres défenses bulgares face aux poursuiveurs irlandais, il lui faudrait mettre fin au match le plus vite possible en attrapant le vif d'or, de préférence avant que les Bulgares ne soient à plus de 150 points derrière leurs adversaires.
Monté sur un Eclair de Feu dont Viktor lui avait fait cadeau quelques jours auparavant, le Gryffondor fonça à pleine vitesse pour faire le tour du terrain, sous l'œil attentif de Lynch qui cherchait lui aussi la petite balle dorée des yeux.
Le score venait de passer à 140 à 10 en faveur de l'Irlande. Il suffisait que les Irlandais marquent encore trois fois et la Bulgarie serait condamnée à la défaite, quel que soit l'attrapeur qui obtiendrait le vif d'or.
C'est alors qu'un très léger reflet lumineux capta son regard. Et il le vit.
Flottant non loin des trois anneaux d'or du côté Irlandais, la petite balle ailée virevoltait tranquillement, profitant des buts et des mouvements du gardien pour passer inaperçu.
Là encore, si le score n'avait pas été aussi désespérant, peut-être aurait-il attendu un moment ou usé d'une manœuvre détournée pour s'emparer du vif d'or sans évoquer la moindre suspicion chez l'attrapeur adverse, ou tout du moins, pas avant qu'il ne soit trop tard pour que ce dernier puisse l'empêcher de s'en emparer.
A la place, il se cala fermement contre son balai et le poussa à sa vitesse maximale en fonçant dans la direction du vif d'or.
Techniquement, Lynch et lui volaient tous deux sur des Eclairs de Feu. Par conséquent, la victoire ne se ferait pas sur les qualités techniques de leurs balais respectifs mais bel et bien sur leurs propres talents de vol.
D'un côté, Aidan Lynch était un joueur professionnel qui avait plusieurs années d'expérience derrière lui. De l'autre, Harry Potter était un joueur amateur qui avait usé de son balai dans nombre de confrontations, dont une avec un dragon enragé qui avait bien failli lui coûter la vie.
Le vif d'or dut remarquer leur approche car il se dirigea vers le sol. Le Gryffondor n'y réfléchit pas à deux fois avant de plonger en piqué, se précipitant à la poursuite de la petite balle sans accorder la moindre considération au sol qui devenait de plus en plus proche. Il pouvait également entendre la respiration saccadée de Lynch derrière lui, ce qui lui indiquait que l'Irlandais était sans doute très proche de lui.
La voix de Verpey avait annoncé que le score était désormais de 150 à 10 en faveur de l'Irlande, et que Troy était bien parti pour marquer à nouveau en faveur de son équipe.
Conscient qu'il n'arriverait probablement pas à remonter s'il continuait à cette allure mais qu'il ne pouvait pas non plus se permettre de ralentir, sous peine de permettre à Lynch de s'emparer du vif d'or, Harry prit la seule décision qui s'imposait à lui : c'est-à-dire un cas de figure encore plus dangereux.
Il partit en vrille.
Tournant sur lui-même dans un mouvement hélicoïdal, il réussit à déstabiliser suffisamment l'Irlandais pour gagner les précieuses secondes d'avance dont il avait besoin.
Tendant le bras au maximum, il attrapa le vif d'or à l'instant même où il redressait son balai, concentrant toute sa volonté pour que l'Eclair de Feu obéisse à son ordre. Et bien qu'il vola vraiment au ras du sol, il remonta ensuite sans plus de problèmes, la petite balle dorée fermement serrée dans son poing.
- Mesdames et messieurs, c'est tout simplement incroyable ! Harry Potter a attrapé le vif d'or à l'instant même où Troy marquait un but ! Le match est terminé mais les deux équipes sont à égalité ! Jamais de toute ma carrière je n'ai assisté à un tel événement ! S'exclama Ludo, visiblement surexcité.
Les matchs nuls n'étaient pas vraiment monnaie courante dans le Quidditch et les règles qui s'y référaient étaient tellement nébuleuses que l'issue de la rencontre était souvent laissée à l'appréciation de l'arbitre.
En l'occurrence, l'arbitre égyptien discuta quelques minutes avec les arbitres adjoints, revoyant à l'aide de multiplettes les derniers moments du match. Une fois que ce fut fait, il rendit son verdict, qui fut aussi transmis à Verpey.
- Après délibération. M. Mostafa a déclaré que les deux équipes étant à égalité en termes de score, c'était celle qui s'était emparée du vif d'or qui l'emportait. LA BULGARIE A GAGNE ! Merlin tout-puissant, qui pouvait s'attendre à ça ?
Kathleen dévalait les marches si vite qu'elle avait manqué de tomber à plusieurs reprises mais elle s'en fichait éperdument à l'heure actuelle. Son cœur battait si vite dans sa poitrine qu'elle avait l'impression qu'il allait exploser d'un instant à l'autre et pourtant, une seule pensée s'imposait à son esprit.
Harry était là.
Elle ne savait pas par quel miracle il avait réussi à échapper aux Dursley, ni même comment il avait pu se lier d'amitié avec Viktor Krum mais à cet instant précis, tout cela n'avait absolument aucune importance. Son meilleur ami était là, à seulement quelques étages en dessous et elle allait pouvoir lui parler, s'excuser de sa conduite stupide et peut-être lui proposer de venir passer les derniers jours des vacances chez elle.
L'adolescente était à bout de souffle lorsqu'elle arriva enfin à l'entrée de la zone qui servait d'infirmerie, et où Krum était en train d'être soigné. Lorsque le jeune Potter avait quitté le terrain juste quelques instants après sa victoire, Verpey avait annoncé que l'attrapeur allait rendre visite à son ami bulgare.
Malheureusement, un dernier obstacle lui faisait face.
Deux gobelins, vêtus chacun d'une armure à moitié dissimulée par leurs longues capes noires, se tenaient de part et d'autre de la porte.
- Excusez-moi… je voudrais…je voudrais voir Harry Potter, s'il vous plaît… Demanda-t-elle d'une voix saccadée, la Gryffondor peinant encore à reprendre sa respiration.
- Votre nom ? Demanda l'un des gobelins, qui tenait dans sa main un parchemin où figurait une liste de noms.
- Kate… Kathleen Black.
Le gobelin parcourut la liste du regard avant de secouer la tête en signe de réponse négative.
- Vous ne figurez pas sur la liste. Veuillez rebrousser chemin.
- Mais… je…
- Qu'est-ce que tout cela signifie ? S'exclama une voix derrière elle.
L'infirmerie aménagée dans le stade était une large pièce, munie d'une dizaine de lits soigneusement alignés. Allongé dans celui qui se trouvait le plus au fond, juste à côté d'une grande baie vitrée, Viktor Krum avait pu observer à l'aide de multiplettes une partie du match mais un sortilège d'insonorisation bloquait les sons extérieurs et il ignorait donc qui avait gagné.
Il s'était mis en position assise lorsque la porte s'était ouverte, laissant entrer un adolescent de quatorze ans, vêtu de la tenue rouge et noire des joueurs de l'équipe bulgare. Avec ses cheveux noirs toujours en bataille et ses yeux verts dissimulés derrière une paire de lunettes, Harry James Potter n'avait pas vraiment l'air d'un joueur de Quidditch professionnel.
Pourtant, il l'avait vu accomplir des acrobaties aériennes des plus incroyables lors des quelques jours qui avaient suivi leur rencontre, la semaine précédente. Ce garçon était aussi talentueux sur un balai qu'il l'était lui-même, et c'était un grand compliment de la part d'une personne aussi exigeante que Viktor Krum.
Lorsqu'il arriva finalement à son niveau, le Gryffondor prit place sur la chaise située à côté du lit avant de tendre son poing en avant. Le Bulgare avança sa main et il regarda le jeune sorcier y déposer un petit objet sphérique.
Un vif d'or.
Lorsqu'il releva finalement la tête, ses yeux noirs croisèrent le regard amusé de Potter, dont les lèvres s'étaient étirées en un léger sourire.
- Egalité des scores, mais l'arbitre a estimé que la rencontre ne pouvait pas se terminer sur un match nul. Il a déclaré que l'équipe ayant attrapé le vif d'or avait gagné. Te voilà champion du monde, Viktor.
En l'écoutant parler, l'élève de Durmstrang sentit le poids qui pesait sur sa poitrine s'alléger progressivement jusqu'à complètement disparaître. La Bulgarie venait de remporter la finale et le titre de championne du monde de Quidditch. Il aurait dû se sentir heureux, extatique même mais il n'arrivait à ressentir que du soulagement, et une once de regret.
Etrangement, Harry dut percevoir son malaise car il posa une main sur son épaule valide et lui adressa un hochement de tête compréhensif.
- Je sais, tu aurais préféré que l'Irlande gagne si seulement tu avais eu la chance attraper le vif d'or mais tu n'avais aucun moyen de prévoir ce qui allait arriver.
Viktor se contenta d'acquiescer d'un air distrait avant de prendre la parole à son tour.
- Avec cette victoirrre, tu pourrais intégrrrer l'équipe, tu sais ?
- Peut-être mais je n'en ai pas l'intention, si c'est cela qui te tracasse. Répondit simplement l'adolescent, un sourire flottant toujours sur ses lèvres.
- Pourrrtant, c'est une occasion en or. Pourrrquoi la décliner ?
Le jeune Potter passa une main dans ses cheveux noirs, essayant de trouver une excuse plausible avant de se résoudre à opter pour la vérité.
- Le Survivant et par extension, les Potter vont devenir les cibles privilégiées de Voldemort et de ses mangemorts s'il parvient à revenir. Même si j'ai été renié, ils me traqueront de la même façon quoi qu'il arrive. Je vais profiter du répit qu'il me reste pour m'entraîner au duel et à toute magie susceptible de m'aider à vaincre mes adversaires. Voilà pourquoi en comparaison d'une menace de mort quasi-imminente, le Quidditch ne m'apparaît pas vraiment comme une priorité.
Tout ce qu'il venait de dire était l'exacte vérité. Jedusor retrouverait une enveloppe charnelle au terme de l'année scolaire et même s'il avait des connaissances théoriques plus que suffisantes en termes de magie offensive et de duel, il allait lui falloir pas mal de temps pour que son corps soit en mesure de les appliquer convenablement.
Le regard de l'attrapeur s'emplit de compréhension avant de se voiler, comme s'il se remémorait des souvenirs des plus tristes.
- Je comprrrends. Ma famille a soufferrrt à l'époque de Grrrindelwald. Il a assassiné mon grand-père…
Le Bulgare lui tendit alors sa main et le jeune Potter la serra avec chaleur, heureux que son nouvel ami ne lui tienne pas rigueur pour le rôle qu'il avait joué à sa place dans la victoire face à l'Irlande. Le jeune Potter se leva alors de sa chaise et était sur le point de s'en aller quand il se retourna une dernière fois vers Viktor.
- Je te conseille de laisser le Quidditch de côté pour le moment. Profite des prochaines semaines pour t'entraîner le plus possible, Merlin sait que tu en auras besoin pour le Tournoi.
Un éclair de surprise passa dans les yeux de Krum avant qu'un fin sourire ne se dessine sur ses lèvres.
- Tu étais au courrrant ?
- Aucune information n'est gardée secrète bien longtemps vis-à-vis des gobelins. Répondit-il en esquissant un sourire complice. Mais j'insiste, Viktor. Ne prends pas cet événement à la légère, ce ne sera pas seulement ta réputation qui sera en jeu mais aussi ta vie, et ça m'étonnerait que Voldemort ne saisisse pas une pareille occasion de semer la mort et le chaos à Poudlard.
L'expression du Bulgare se fit plus grave avant qu'il ne lui réponde d'une voix sérieuse.
- Je ferrrai attention. Mais sois prrrudent toi aussi, tu es autant une cible que le Surrrvivant.
- Je serai sur mes gardes. Prends soin de toi, l'ami.
Et sur ces dernières paroles, le jeune homme fit volte-face et se dirigea vers la sortie. Ce n'est qu'une fois la porte ouverte qu'il prit conscience du chaos dont le sortilège d'insonorisation l'avait épargné jusqu'ici.
James Potter était en train d'hurler sur l'un des deux guerriers gobelins pour obtenir l'autorisation d'entrer dans l'infirmerie. Son épouse se trouvait derrière lui, son expression quelque peu contrite, et ses deux mains étaient posées sur les épaules d'un adolescent de son âge, aux cheveux d'un roux sombre et aux yeux noisette. Cela devait sûrement être le célèbre Ryan Potter.
Non loin d'eux se trouvait Sirius, en meilleure forme qu'il ne l'avait jamais vu. Patmol ne montrait aucun des stigmates que son alter ego avait acquis pendant son séjour à Azkaban, si l'on en croyait son visage porteur d'une expression plutôt joyeuse, et surtout l'absence de cette lueur de tristesse qui n'avait jamais quitté les yeux de son parrain.
A ses côtés, se tenait une magnifique femme aux longs cheveux bruns qu'il devina être sa compagne, de la même manière que le garçon brun aux yeux anthracite ne pouvait être que leur fils, Alan. Il lui fallut un peu plus longtemps pour repérer sa supposée meilleure amie, Kathleen, car celle-ci s'était écartée du groupe et cherchait apparemment à profiter de la diversion offerte involontairement par Cornedrue pour pénétrer à l'intérieur.
Il profita lui-même de cette distraction pour passer inaperçu mais c'était sans compter sur le flair infaillible de Remus. Le lycanthrope l'accueillit avec ce sourire à la fois doux et amusé qui le caractérisait si bien et c'est presque malgré lui qu'il esquissa lui aussi un sourire, avant de lui tendre sa main.
- C'est un plaisir de vous revoir, professeur Lupin. Déclara l'adolescent avec respect.
- Tout le plaisir est pour moi, M. Potter. Répondit l'ancien professeur d'une voix chaleureuse, tout en lui serrant la main.
- S'il vous plaît, appelez-moi Harry. M. Potter me fait trop penser à mon géniteur. Rétorqua le Gryffondor sur un ton sarcastique.
Remus hocha la tête d'un air plus sombre avant de jeter un regard en arrière, comme si son attention avait été attirée par quelque chose. La lueur rieuse revint alors dans ses yeux bleus tandis qu'il reprenait la parole d'une voix espiègle.
- Je crois que quelqu'un a très envie de faire ta connaissance.
Le lycanthrope fit alors un pas de côté, dévoilant la silhouette d'une petite fille aux cheveux roux, guère âgée de plus de sept ou huit ans et dont les yeux émeraude étaient presque identiques aux siens. Mettant un genou à terre pour se mettre à son niveau, ses lèvres se fendirent en un sourire tendre avant qu'il ne tende une main vers elle, la posant délicatement sur sa joue.
- Bonjour Rose. Je suis vraiment très heureux de te rencontrer.
Harry n'avait jamais vraiment songé à ce qu'aurait été sa vie s'il avait eu des frères et sœurs mais à la vue de cette petite fille frêle et si nerveuse à l'idée qu'il puisse la rejeter, son cœur était littéralement en train de fondre.
- Bon… bonjour.
- Comme ton oncle Remus te l'a peut-être dit, je m'appelle Harry. Je… je ne sais pas vraiment ce que c'est d'avoir une famille, les Dursley ayant passé le plus clair de leur temps à faire de mon enfance un interminable calvaire mais… j'aimerais apprendre à te connaître, si tu le veux bien.
- Je… je voudrais bien, aussi. Est-ce que je peux… tu sais…
En marmonnant ces quelques mots, la petite Rose avait les joues rougies par la gêne et son regard était fixé sur le sol, comme si elle cherchait la meilleure manière de formuler ce qu'elle voulait. Levant les yeux vers Lunard, ce dernier articula silencieusement « prends-la dans tes bras », l'air absolument attendri devant le spectacle que lui offraient les deux Potter.
Harry s'avança alors et enveloppa la petite fille dans une douce étreinte, qui manqua de la faire sursauter. Elle trembla quelque peu contre lui avant de finalement se relaxer et de passer ses petits bras de part et d'autre de son cou.
Lorsqu'elle s'écarta finalement de lui, quelques instants plus tard, un sourire radieux éclairait son visage et ses yeux verts pétillaient de joie et d'excitation.
- Tu étais génial tout à l'heure ! Même Ryan et papa n'ont jamais fait ça sur leurs balais !
- C'est parce qu'ils n'ont jamais eu à jouer devant cent mille spectateurs, et à la demande d'un ami. Tu n'imagines même pas la pression que ça représente ! Répondit l'adolescent d'une voix rieuse tout en se redressant.
Hélas, les bonnes choses ne sont jamais faites pour durer et c'est peut-être pour ça qu'un cri se fit entendre derrière lui à cet instant précis.
- Harry !
Réprimant un soupir en sentant les regards qui avaient certainement dû se poser sur lui, le jeune Potter se retourna lentement, adressant à son ancienne famille un sourire empli de sarcasme.
- Désolé mais je ne signe pas d'autographes et je ne reçois que sur rendez-vous. Pour prendre rendez-vous, vous pouvez vous adresser à ce cher Hodrod ici présent, de manière respectueuse et polie. Ce n'est pas parce que la plupart d'entre vous êtes habitués à ce que le monde sorcier soit en admiration devant vous qu'il faut vous comporter comme des sauvages. S'exclama Harry en adressant un regard appuyé à James Potter.
Même si le silence qui venait de s'abattre sur les personnes présentes n'allait pas durer, le Gryffondor savoura l'effet de ses paroles sur son père, dont le visage venait de prendre une teinte écrevisse et sur sa mère, dont l'expression était horrifiée.
Les choses sérieuses allaient pouvoir commencer.
