Chapitre 5 : Les Liens du Sang
Harry avait appris à toujours voir les bons côtés d'une situation, peu importe à quel point celle-ci pouvait paraître désespérée. Toutefois, il peinait à trouver des avantages à l'idée de se retrouver devant cinq sorciers adultes, tous étant sans doute membres de l'Ordre du Phénix et parmi lesquels se trouvaient d'ailleurs trois Aurors confirmés. Il laissait volontairement de côté Ryan, Ron, Hermione, Ginny et les jumeaux, pour la bonne et simple raison qu'ils ne représentaient pas une grande menace en comparaison.
De son côté, il avait tout de même deux guerriers gobelins, Remus et… une fillette de sept ans. Si les gobelins étaient prêts à répandre le sang pour le défendre, le jeune Potter avait conscience que Lunard ne se risquerait sans doute pas à affronter ses meilleurs amis pour lui. Quant à Rose… il valait mieux pour elle qu'elle reste en dehors de tout ceci.
Heureusement, une confrontation ne reposait pas seulement sur les capacités brutes des forces en présence… mais aussi sur l'apparence de ces dernières et surtout, sur les informations dont les deux camps disposaient. Harry savait tout ou presque des personnes qui lui faisaient face alors qu'elles… elles ignoraient tout de lui.
Passant son regard sur les différents adultes, en prenant garde à ne pas les regarder dans les yeux, le Gryffondor attendit de voir qui allait prendre la parole en premier. James Potter paraissait sur le point d'imploser mais il fut pris de court par l'épouse de Sirius.
- Bonjour Harry, peut-on savoir ce que tu fais ici ? Lui demanda-t-elle d'une voix cordiale.
- Bonjour Mme Black. Je suis venu pour rendre un service à un ami. Le service ayant été rendu, je ne comptais pas m'attarder plus longtemps. Répondit-il en haussant les épaules, l'air de rien.
- Oh… remporter une Coupe du monde de Quidditch n'est donc qu'un petit service pour toi ? S'enquit Sirius, un grand sourire aux lèvres.
- Disons que c'est une maigre compensation pour l'Eclair de Feu dont Viktor m'a fait cadeau. Je n'avais jamais possédé de balai auparavant, cela m'a surpris autant que lui de découvrir que je n'étais pas si mauvais que ça dans les airs. Rétorqua l'adolescent, ses yeux pétillant de malice.
- Pas si mauvais que ça ? T'as battu Lynch en faisant des acrobaties que même Krum n'aurait jamais pu réaliser ! S'exclama Ron d'un air abasourdi.
Jusqu'ici, la discussion était demeurée sur un terrain plutôt neutre. Techniquement, il n'avait pas vraiment menti concernant son balai puisque son double n'en avait effectivement jamais possédé. D'après le journal, il n'avait jamais été très proche de Ron, principalement parce que Ryan attirait toute l'attention sur lui et que le jeune Weasley appréciait plus que de raison les feux des projecteurs, dont il bénéficiait indirectement en tant que meilleur ami du Survivant.
Hélas, le temps des banalités devait être arrivé à son terme puisque le ton agressif de Ryan les ramena au sujet initial.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu devrais être chez les Dursley !
Demeurant d'un calme olympien, Harry se contenta de lui adresser un sourire mais il s'agissait d'un sourire faux, dépourvu de la moindre joie, comme le montraient ses yeux émeraude, absolument glacés.
- Je « devrais » peut-être mais… à bien y réfléchir, j'ai décidé que non. Le climat n'était pas vraiment à mon goût et puis, il aurait été impoli de ma part d'abuser de la généreuse hospitalité de mon oncle et ma tante. Nous savons tous les deux à quel point tante Pétunia adore la magie, n'est-ce pas, Mme Potter ?
Harry avait fixé Lily Potter du regard en prononçant ces derniers mots et ne comptait pas baisser les yeux. Le jeune Potter avait pleinement conscience que cette femme n'était pas réellement sa mère. Sa véritable mère s'était sacrifiée alors qu'il n'était encore qu'un bébé pour lui sauver la vie, et lui assurer une protection qui l'avait de nouveau sauvé dix ans plus tard. Même par delà la mort, elle et son père avaient encore fait de leur mieux pour le protéger et lui redonner courage, notamment lors de sa confrontation avec Voldemort dans le cimetière de Little Hangleton.
Pourtant, même si elle n'était pas sa mère originelle, elle partageait l'apparence et l'âme de Lily Potter. Seules ses expériences et ses choix divergeaient et il avait devant lui la preuve que même la meilleure personne au monde pouvait tomber plus bas que terre si elle faisait les mauvais choix.
L'échange de regards fut néanmoins brisé lorsque James Potter entra dans son champ de vision, s'avançant vers lui à pas rapides. Il ne put toutefois pas arriver jusqu'à lui, Hodrod s'étant interposé, son épée déjà sortie de son fourreau et pointée en direction de la poitrine de l'Auror. Inutile de préciser que la main du gobelin ne tremblait pas et qu'il n'aurait sans doute pas éprouvé la moindre hésitation à l'idée de lui transpercer le cœur.
James eut un mouvement de recul mais son visage ne se dépareilla pas de l'expression furieuse qui déformait presque ses traits. Harry se demanda un instant si c'était le genre d'expression auquel avait droit Rogue lorsqu'il avait jadis affronté son vieil ennemi, dans les couloirs de l'école…
-Tu ne vas pas t'en tirer si facilement, mon garçon ! Nous allons appeler le professeur Dumbledore et…
- Et quoi ? Vous allez lui demander de me ramener chez les Dursley ? Le coupa Harry, dont le sourire sarcastique était demeuré sur ses lèvres…
… avant qu'il n'éclate finalement de rire, sous les regards perplexes des adultes et adolescents rassemblés devant lui. Lorsqu'il se calma finalement, le regard qu'il adressait à James était presque rempli de pitié, comme si l'homme auquel il s'adressait était tellement pathétique qu'il en suscitait de la sympathie.
- Vous pensez vraiment que je me serais révélé à vous sans avoir d'abord assuré mes arrières ? Je suis peut-être un Gryffondor mais cela ne signifie pas que je suis un cerf sans cervelle pour autant, M. Potter.
Sirius et Arthur durent retenir James pour l'empêcher de dégainer sa baguette et de se ruer vers ce qui aurait sans doute été une mort certaine. Néanmoins, l'attention de l'adolescent se tourna vers Diana Black, qui venait de reprendre la parole.
- Que veux-tu dire par là, Harry ?
- C'est très simple, Mme Black. Puisque la justice sorcière, incarnée par le glorieux Albus Dumbledore et par ses serviteurs zélés, avait choisi de tourner le dos aux abus des Dursley, je me suis tourné vers des personnes qui avaient le courage de faire ce qui est juste, plutôt que ce qui est facile. Lui répondit le jeune Potter, tout sourire ayant disparu de son visage.
Les yeux de l'apprentie de Maugrey se posèrent alors sur les deux gobelins puis de nouveau sur le Gryffondor, brillants de compréhension mais aussi de confusion.
- Les gobelins ? Pourtant tu n'as sans doute pas les moyens de te payer un avocat gobelin…
- Il n'a pas eu besoin de nous payer, Auror Cooper. Intervint une voix caverneuse, derrière elle.
Faisant immédiatement volte-face, Diana ne put s'empêcher d'être surprise. L'individu avait réussi à s'approcher si près sans qu'elle ne détecte sa présence… et un simple coup d'œil au nouvel arrivant lui apprit pourquoi.
Drapé dans une cape émeraude, qui dissimulait presque entièrement son armure d'argent, un grand gobelin, à la carrure sensiblement plus développée que celle des simples employés de Gringotts, marchait à pas lents dans leur direction, ses yeux sombres fixés sur la jeune femme.
- Maître Thorin… que faites-vous ici ?
- Je viens défendre les intérêts d'Harry, bien sûr. C'est un citoyen de la nation gobeline, après tout.
Le silence de mort qui tomba sur les cinq adultes en disait long sur le choc qu'ils ressentaient. Tous avaient parfaitement conscience qu'il n'y avait pas eu un seul sorcier à avoir volontairement pris la nationalité gobeline depuis plusieurs siècles… et pour d'excellentes raisons d'ailleurs.
C'est peut-être pour ça que Sirius fut le premier à sortir de sa torpeur, s'adressant à Harry d'un ton furieux.
- Pourquoi as-tu fait quelque chose d'aussi insensé ? Ne sais-tu pas ce qu'ils sont en mesure de te demander maintenant que tu es sujet à leurs lois ?
Contrairement à ce qu'il se serait attendu à voir, le garçon ne sourcilla même pas. Les yeux émeraude de l'adolescent étaient demeurés parfaitement insondables et son visage ne montrait toujours aucune expression tandis qu'il prenait la parole à son tour, d'un ton tranchant.
- Vous n'avez aucun droit de me juger, Black. Occupez-vous plutôt de votre cher filleul et contentez-vous de rester à l'écart, comme vous l'avez fait ces treize dernières années, parrain.
Harry avait presque craché ce dernier mot et il put voir à l'expression stupéfaite de l'animagus que ses paroles l'avaient atteint en plein cœur. Comment cet homme pouvait-il se permettre de lui donner des leçons alors qu'il ignorait tout de ce qu'il avait vécu ?
Sirius, son Sirius, aurait compris. Parce que son vrai parrain avait souffert, à la fois de la mort de ses meilleurs amis, de la trahison de Peter et des douze années d'emprisonnement qu'il avait vécues aux mains des Détraqueurs. L'homme qui lui faisait face ne connaissait pas le véritable sens du mot souffrance.
Son attention se porta alors sur Kathleen, qui se trouvait toujours légèrement à l'écart, mais qui le dévisageait comme si elle ne l'avait jamais vu. Il soutint toutefois son regard, jusqu'à ce qu'elle finisse par détourner les yeux.
- Plus jamais je ne serai à la merci de quiconque, qu'il s'agisse de Dumbledore, des Dursley ou de vous. Les gobelins m'ont offert la liberté et si ma vie s'avère être le prix à payer… je paierai volontiers.
Et sur ces derniers mots, il se détourna des sorciers et s'arrêta un instant pour déposer un baiser sur le front de Rose. Passant à côté de Remus, il s'adressa à lui dans un murmure que seule l'ouïe très développée du lycanthrope était en mesure de percevoir.
- Merci de prendre soin de Rose, professeur.
Puis l'adolescent disparut dans les ténèbres, suivi des trois gobelins.
Après avoir quitté le stade, le groupe s'en était retourné vers leurs tentes, arborant pour certains des airs furieux et pour d'autres des expressions plus pensives. Ils s'étaient séparés une fois arrivés aux quatre tentes qu'ils occupaient, les trois adolescentes, accompagnées de Rose, occupant l'une des plus petites.
L'intérieur ressemblait à un appartement comportant une grande chambre, une salle de bain et un espace servant à la fois de cuisine et de salle à manger. Dans la chambre se trouvaient quatre lits et c'était justement sur l'un d'entre eux qu'était allongée Kate, serrant une Rose endormie contre sa poitrine.
Malheureusement, elle n'arrivait pas à tomber aussi facilement dans les bras de Morphée. Cela faisait plusieurs minutes qu'elle se repassait inlassablement les événements de la soirée.
Harry avait paru si… différent.
Elle l'avait déjà vu en colère par le passé mais c'étaient en général de brefs éclats de colère, qui étaient bien vite oubliés par la suite. Ce dont elle avait été témoin aujourd'hui, c'était une colère froide, aussi glaciale que le regard qu'il leur avait adressé.
Pourtant, elle ne pouvait pas nier que ce soudain changement d'attitude le rendait aussi plus séduisant. C'était malheureux à dire mais son meilleur ami n'avait jamais eu vraiment confiance en lui, un peu comme Neville d'ailleurs. Toutefois, la cause en était différente puisque Ryan passait souvent son temps libre à le sermonner pour telle ou telle chose, au point que c'était la jeune Black qui était venue à son secours à de nombreuses reprises.
Là-encore, elle ne pouvait s'empêcher de voir la différence avec ce nouvel Harry, qui ne semblait avoir besoin de personne. Est-ce que les Dursley avaient été trop loin cette fois ? Ou bien les gobelins étaient-ils parvenus à lui faire changer sa vision des choses ? Ou bien peut-être… peut-être que c'était elle qui était à l'origine de ce changement radical de comportement ?
Rouvrant brusquement les yeux, elle se rendit compte qu'Hermione était assise en tailleur dans son lit, arborant une expression songeuse. Lorsque l'ingénieuse sorcière se rendit compte qu'elle était réveillée, elle tourna son attention vers elle.
- Kate… est-ce que je peux te poser une question ?
- Bien sûr, Hermione mais ne parle pas trop fort, je ne voudrais pas réveiller la petite.
La Gryffondor acquiesça simplement de la tête avant de quitter son lit pour venir s'asseoir sur le lien, prenant garde à ne pas heurter Rose par accident. Le visage de la jeune Granger était souvent sérieux mais c'était plutôt de la préoccupation qu'elle y lisait tandis que celle-ci cherchait comment formuler sa question. Kathleen en profita pour se détourner de la jeune Potter, en faisant attention elle-aussi à ne pas la réveiller.
- C'est au sujet d'Harry… Ryan ne nous a jamais vraiment parlé de la raison pour laquelle ses parents l'ont… enfin, confié à son oncle et sa tante. Je veux dire, il avait l'air de leur en vouloir de l'avoir envoyé vivre avec eux. Est-ce que tu sais pourquoi ?
Hermione Granger et son insatiable curiosité…
Malgré les trois années pendant lesquelles Ryan et Ron avaient fait de leur mieux pour que leur amie soit plus flexible en ce qui concernait le règlement et le fait d'étudier constamment, la Gryffondor avait gardé cet irrésistible besoin de tout savoir sur un sujet dès que celui-ci piquait sa curiosité… et le sujet d'aujourd'hui, c'était Harry.
Le jeune Potter ne lui avait jamais explicitement demandé de garder secrètes les confidences qu'il lui avait faites au sujet des Dursley mais elle avait quand même préféré ne rien répéter à ses camarades de classe. Le seul qui était au courant n'était autre que son oncle Remus.
Mais puisque le nouvel Harry ne semblait pas avoir de difficulté à évoquer sa vie chez sa famille moldue, elle ne voyait pas le mal à relater les faits en question à la née-moldue. C'est ainsi qu'elle passa l'heure suivante à lui raconter dans les grandes lignes l'enfance d'Harry auprès des Dursley, en évoquant au passage le placard à balais qui lui avait longtemps servi de chambre à coucher et les mauvais traitements en tout genre.
Le visage de la jeune Granger avait pâli au fur et à mesure du récit, ayant l'air franchement révoltée lorsqu'elle eut terminé.
- Et personne n'a prévenu la police ou les services sociaux ! C'est complètement insensé !
- Chut ! Tu vas réveiller la petite ! Lui rappela Kathleen, qui ne pouvait empêcher le sentiment croissant de culpabilité d'étreindre sa poitrine.
Mais lorsqu'elle se retourna dans son lit, elle constata que la jeune Potter n'était plus là.
- Rose ? Où es-tu ? Oh non, elle n'aurait tout de même pas… ROSE !
Rose courait. Elle courait plus vite qu'elle ne l'avait jamais fait, tandis que les larmes s'écoulaient librement le long de ses joues.
La petite fille avait entendu tout ce que Kate avait raconté à Hermione au sujet d'Harry et si elle avait su que son frère se trouvait sous la garde de moldus assez méchants, elle n'aurait jamais pu imaginer quel genre d'enfer il pouvait vivre. Et pourtant, cela ne l'avait pas empêché de se montrer gentil avec elle…
La jeune Potter en voulait à ses parents, pour avoir abandonné Harry. Elle en voulait à Ryan, de se montrer aussi méchant avec Harry alors qu'il n'avait rien fait de mal… mais surtout, elle en voulait à Kathleen et tonton Remus de lui avoir caché la vérité.
Voilà pourquoi elle courait dans la forêt, indifférente aux cris qui s'échappaient par endroits, et aux feux qui embrasaient les tentes, éclairant les nuages de lueurs flamboyantes. Elle se fichait de tout ça avec une seule idée en tête : partir le plus loin possible, partir pour peut-être retrouver Harry…
… mais ce ne fut pas lui qu'elle trouva.
Non, ce fut sur deux silhouettes vêtues de longues robes noires et dont les visages étaient dissimulés sous des masques. Les sorciers se tournèrent vers elle et l'un d'entre eux pris la parole d'une voix sardonique.
- Oh mais qu'avons-nous là… une petite fille toute seule perdue dans les bois. Ce n'est pas très prudent.
- Regarde mieux, Amycus. S'exclama l'autre, avec une intonation clairement féminine. C'est la cadette des Potter !
Rose voulut faire marche arrière, courir le plus loin possible de ces individus terrifiants mais ses jambes ne lui répondaient plus. Elle était complètement tétanisée, ses grands yeux verts fixant tour à tour l'homme et la femme avec une expression clairement effrayée.
- Ne… ne me faites pas de mal… s'il vous plaît… Réussit-elle à articuler, les larmes se mettant de nouveau à rouler le long de ses joues.
- Ne t'en fais pas, petite. Bientôt, tu seras en compagnie de ta grand-mère… cette traître à son sang qui a eu la folie de vouloir s'opposer à notre maître.
Elle pointa alors sa baguette dans sa direction, et commença à réciter l'incantation du sortilège de mort.
- Avada…
- Diffindo !
Le sortilège de découpe la percuta au niveau du cou, lui tranchant profondément la gorge. S'étranglant avec son propre sang sans pouvoir finir de prononcer la formule, Alecto Carrow s'effondra sur le sol comme une poupée désarticulée, laissant échapper des gargouillements infâmes avant que la vie ne s'éteigne dans ses yeux.
Amycus avait été tellement pétrifié par ce spectacle qu'il lui fallut un instant pour se reprendre. Lorsqu'il leva finalement les yeux de la dépouille de sa sœur, il aperçut son meurtrier, qui s'approchait tranquillement de la jeune Potter, comme si de rien n'était.
Vêtu d'une longue cape vert sombre, munie d'un capuchon qui dissimulait entièrement ses traits, il s'agissait apparemment d'un sorcier assez petit, probablement pas adulte. Sa baguette était pointée sur la poitrine de Carrow et sa main ne tremblait pas.
Ses traits déformés par la rage, le mangemort tourna sa baguette dans sa direction, prêt à hurler la formule de l'Avada Kedavra mais aucun son ne quitta ses lèvres. Pour sa défense, il ne lui fallut qu'un instant pour comprendre ce qui venait de lui arriver.
L'inconnu lui avait lancé un sortilège de mutisme informulé.
- Ne regarde pas, Rose. Déclara doucement l'homme… non, l'adolescent, s'il en croyait sa voix juvénile.
Un gosse avait été capable de tuer Alecto de sang froid ? Non, c'était impossible.
C'est en voulant s'échapper qu'Amycus se rendit compte que ses membres ne lui répondaient plus non plus. Il passa les prochaines et probablement dernières secondes de son existence à se maudire pour ne pas avoir écouté sa sœur lorsqu'elle l'avait sermonné encore et encore sur le fait d'apprendre à lancer des sortilèges informulés… et maintenant, c'était ce qui allait causer sa mort.
- Reducto !
Le mangemort perdit la vie à l'instant même où le maléfice ouvrit un trou béant dans sa poitrine. S'écroulant sur le sol, face contre terre, le dernier des Carrow venait de quitter ce monde dans la honte et le déshonneur.
Mettant un genou à terre, l'inconnu posa ses mains sur les épaules de la petite fille, qui tremblait et retenait à peine ses larmes, ses yeux toujours fermés. Il ôta alors son capuchon et prit la parole d'une voix douce.
- Rose, tu n'as plus rien à craindre. Je suis là.
Déglutissant avec difficulté, la jeune Potter ouvrit lentement les paupières avant de lever les yeux sur celui qui venait de lui sauver la vie.
Sous les pâles rayons de la lune, ses cheveux paraissaient encore plus sombres que d'ordinaire mais son regard émeraude demeurait identique au sien… et elle pouvait y lire du soulagement, de l'affection et de la peur, la peur qu'il ne lui soit arrivé quelque chose s'il n'était pas intervenu à temps.
Sans plus réfléchir, elle se jeta dans ses bras et pleura, parce qu'elle était en vie et parce que c'était lui qui était venu pour la sauver. Pas ses parents, pas tonton Remus, et pas non plus Kate… mais lui, lui qu'elle ne connaissait que depuis ce soir mais qui s'était montré un frère plus protecteur et plus aimant que Ryan ne l'avait jamais été.
- Merci… merci ! merci ! merci ! Répéta-t-elle comme une prière, un sourire éclairant son visage alors qu'elle continuait malgré tout de pleurer.
- Chut… tu n'as pas besoin de me remercier, petite sœur.
Il la prit alors délicatement dans ses bras avant de se remettre debout, la portant sans difficulté. La petite avait accroché ses bras autour de son cou et se laissait faire, ses sanglots diminuant au fur et à mesure, jusqu'à ce qu'elle redevienne complètement calme.
- Pourquoi est-ce que tu m'as sauvée ? Finit-elle par demander, d'une toute petite voix.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? Lui demanda-t-il, en haussant un sourcil en signe de curiosité.
- Et ben… papa et maman t'ont abandonné pour s'occuper de Ryan et… moi, ils m'ont gardée alors… pourquoi tu ne me détestes pas ? Je…je…
Harry laissa échapper un soupir avant de déposer un baiser sur son front.
- Ne dis pas de bêtises. James et Lily ont fait un choix. Ce n'était pas ta faute s'ils m'ont abandonné. Regarde-moi. Rose, regarde-moi. Tu n'es en aucun cas responsable de ce qui s'est passé, tu m'entends ?
La petite fille avait finalement accepté de croiser son regard et elle se sentit heureuse, plus heureuse qu'elle ne l'avait été depuis longtemps. Bien sûr, elle adorait son parrain et Kathleen mais… elle avait souffert malgré tout du manque d'attention de la part de ses parents, ainsi que de l'indifférence de Ryan, qui la considérait au mieux comme une nuisance.
- Je t'aime, Rose, ne l'oublie jamais.
Sentant ses joues s'enflammer alors que son cœur faisait un nouveau bond dans sa poitrine, elle se contenta d'hocher la tête avant de se blottir un peu plus contre lui. C'est peut-être parce qu'elle se sentait désormais en sécurité que la jeune Potter sombra doucement dans un sommeil paisible, avec le visage souriant d'Harry fermement gravé dans son esprit.
Le jeune Potter n'eut pas à marcher très longtemps avant de trouver ceux qu'il cherchait. Il s'était naturellement dirigé vers ce qu'il supposait être le point d'origine de la Marque des Ténèbres, conscient que les Aurors, ou tout du moins les employés du Ministère présents pour le match, ne tarderaient pas à s'y regrouper pour en trouver l'instigateur.
Et il ne fut pas déçu puisque Bartemius Croupton, le chef du département de la Coopération Magique Internationale y était présent, en compagnie d'Amos Diggory et d'Arthur Weasley. Non loin d'eux se trouvaient les Potter ainsi que les Black, James étant apparemment en train d'interroger le trio d'or, composé de Ryan, Ron et Hermione, sur ce qu'ils avaient vu.
Harry ne s'arrêta toutefois pas à leur niveau et passa ouvertement à côté d'eux, comme s'ils n'existaient pas, avant de s'arrêter devant Remus. Le lycanthrope était assis sur un rocher, tenant sa tête entre ses mains et marmonnant des paroles incohérentes où revenaient fréquemment les mots : « pas pu la protéger », « j'aurais du être plus vigilent » et « c'est ma faute ».
Sachant exactement de quoi le Maraudeur se sentait coupable, le jeune Potter prit la parole d'une voix calme et douce.
- Professeur Lupin.
Il sortit alors brusquement de sa torpeur et posa ses yeux hagards sur Harry, puis sur la silhouette endormie dans ses bras. Son regard s'illumina de compréhension avant de laisser place à de l'interrogation et à une infinie reconnaissance.
- Tu l'as trouvée ! Comment est-elle ? Elle n'a rien ? Est-ce qu'il faut appeler un médicomage ? Je peux sans doute…
- Du calme, professeur. Elle est probablement exténuée et vient de vivre une des nuits les plus éprouvantes psychologiquement de toute son existence mais elle n'a rien.
- Que s'est-il passé ? Kathleen m'a dit qu'elle ne l'avait pas vue partir…
- Je ne sais pas ce qui a motivé sa fugue mais lorsque je l'ai trouvée, elle se trouvait dans la forêt… face à deux mangemorts.
Le visage de l'ancien professeur perdit le peu de couleur qu'il avait tandis qu'une expression d'horreur prenait place sur ses traits.
- Des… des mangemorts ? Oh Seigneur, il faut avertir les Aurors…
- Ils sont morts, professeur. Je les ai tués avant qu'ils ne puissent s'en prendre à Rose.
Le lycanthrope stoppa net, regardant le jeune homme qu'il avait sous les yeux d'un œil neuf. Cet adolescent de quatorze ans avait sciemment ôté la vie à deux mangemorts pour sauver sa sœur… qu'il connaissait à peine. Même sans compter la chance incroyable qu'il avait eu de parvenir à vaincre deux mangemorts à lui tout seul, c'était quand même terrifiant de penser qu'il était capable de prendre une vie à un si jeune âge.
- Est-ce que… est-ce que ça va ? Finit par demander Remus, ne sachant pas trop comment exprimer son inquiétude pour l'adolescent.
Ce dernier se contenta de lui adresser un sourire, mais ce n'était pas le sourire insouciant d'un enfant. Non, il s'agissait du sourire fatigué d'une personne qui en avait trop vu, trop tôt. Remus ne savait pas ce qu'il avait pu vivre de si terrible mais il avait la certitude que le jeune Potter avait déjà perdu son innocence, et probablement depuis longtemps déjà.
Il sentit alors un élan de regret le prendre à la gorge en repensant à l'année précédente. Si seulement il lui avait accordé davantage de temps et d'attention, s'il s'était plus soucié de lui que de Ryan et Kate, peut-être n'aurait-il pas eu à grandir si vite…
- Ne vous inquiétez pas, professeur. Je vais bien, et je ne verserai pas de larmes sur les carcasses des Carrow.
Il lui tendit alors délicatement la petite mais celle-ci ne fit que s'accrocher plus fort à lui, resserrant ses bras autour de son cou en se contractant. Harry adressa alors un regard perplexe à Remus, qui se retint à grand peine d'éclater de rire.
- On dirait qu'elle t'adore déjà. Tu as dû lui faire une bonne impression.
- Evidemment, je suis quand même parvenu à gagner mon premier match en coupe du monde alors que mon équipe était au bord de la défaite. Qui ne serait pas impressionné ? Rétorqua-t-il d'un ton faussement arrogant.
Là encore, les deux hommes se retinrent de rire, ne souhaitant pas réveiller la petite fille. Le jeune homme prit alors place sur le rocher à côté de Remus et couva Rose d'un regard attendri, dégageant délicatement les mèches rousses qui lui barraient le front.
- Merci Harry. Je… je ne pourrais jamais t'exprimer à quel point je te suis reconnaissant pour ce que tu as fait.
- C'est ma sœur… et elle est innocente. Malgré tout ce que ses parents et son frère lui ont déjà fait subir, elle a réussi à conserver son innocence et je sais que c'est en grande partie à vous qu'elle le doit, professeur.
- Remus. Appelle-moi simplement Remus.
Un sourire fleurit sur les lèvres de l'adolescent tandis qu'il acquiesçait silencieusement. C'était fou comme il pouvait ressembler physiquement à James et pourtant, être diamétralement différent de lui par son caractère. Ce garçon était venu à bout de deux mangemorts mais il n'en ressentait aucune fierté, aucun sentiment de puissance… il avait l'air seulement soulagé que Rose soit saine et sauve.
Le lycanthrope avait été sur le point de reprendre la parole lorsque la voix perçante de Lily résonna près d'eux.
- Rose !
Evidemment, toutes les personnes présentes ne tardèrent pas à tourner leur attention vers eux, arrachant à Harry un grognement d'exaspération. Le jeune homme paraissait avoir autant envie d'avoir affaire à sa famille biologique que de défier un dragon en combat singulier.
Réussissant finalement à s'extirper de l'étreinte de sa sœur, il la confia à Remus avant de se lever. Sa baguette était déjà dans sa main, prêt à s'en servir si James ou Sirius montraient le moindre signe d'hostilité mais ce ne fut pas le cas, les deux hommes étant apparemment trop préoccupés par Rose pour le remarquer.
S'éclipsant sans bruit, il chemina jusqu'à l'endroit où se trouvaient encore Croupton, Diggory et M. Weasley et assista au désespoir de Winky tandis que son maître lui donnait un vêtement, faisant éclater en sanglots l'elfe qui était tombée à genoux devant lui.
Peinant à dissimuler son dégoût face à l'insensibilité de Croupton, il se tourna vers Amos et Arthur avant de prendre la parole d'une voix neutre.
- Je viens de trouver Rose Potter dans la forêt. Elle s'était fait agresser par deux mangemorts, Alecto et Amycus Carrow.
- Les Carrow ? Mais ils ont été innocentés… Commença Diggory.
- Innocentés ou non, Alecto aurait lancé le sortilège de mort sur ma sœur si je ne l'en avais pas empêché. Sa dépouille et celle de son frère reposent dans la forêt, à environ sept cents mètres d'ici vers l'ouest.
Les trois hommes restèrent absolument stupéfiés en entendant les dernières déclarations de l'adolescent mais c'est sans surprise que Barty reprit contenance le premier, son visage exprimant clairement sa suspicion à son écart.
- Vous les avez tués ?
- Sortilège de découpe sur la gorge d'Alecto et un Reducto en pleine poitrine pour Amycus. Je peux vous certifier qu'ils ne s'en relèveront pas. Vous voulez le souvenir de la bataille ?
Là encore, les trois employés du Ministère stoppèrent net en entendant le ton parfaitement naturel du jeune Potter tandis qu'il leur avouait simplement avoir commis deux homicides en l'espace de quelques minutes. Amos se contenta d'acquiescer de la tête, avant de métamorphoser une pierre en un petit flacon de verre.
Le jeune homme porta alors sa baguette à sa tempe et en fit émerger un filament argenté, qu'il fit tomber dans le flacon.
- Je vous fais confiance pour transmettre une copie de votre rapport à Gringotts. Puisque cet endroit était spécialement protégé par des barrières gobelines, cela signifie que les mangemorts qui ont semé la panique étaient des personnes autorisées à assister au match, et donc listées. Le président Ragnok ne sera pas très heureux d'apprendre que vous avez laissé entrer de dangereux criminels dans ce stade qui recevait non seulement des dizaines de milliers de spectateurs mais aussi d'importants dignitaires étrangers et nombre de ressortissants gobelins.
Arthur donnait l'impression que sa mâchoire était sur le point de se décrocher tandis que le visage d'Amos avait simplement perdu tout couleur. Seul Croupton demeura de marbre, ses traits montrant clairement à quel point il était agacé par le comportement du jeune homme.
- Et en quoi cela vous concerne-t-il ?
- Cela me concerne parce que je suis moi-même citoyen de la nation gobeline et que le président est mon tuteur légal.
Cette dernière déclaration réussit à couper le souffle à Barty, qui le regarda comme s'il venait de révéler être la réincarnation de Merlin. Pourtant, il s'abstint d'ajouter quoi que ce soit et se contenta de tourner les talons, entraînant Weasley et Diggory à sa suite.
Personne ne se souciait de l'elfe de maison qui continuait de verser toutes les larmes de son corps, rendant complètement trempé le gant que Croupton venait de lui donner pour la libérer.
- Bonsoir, Winky.
Relevant lentement la tête, l'elfe de maison regarda le sorcier avant de prendre la parole à son tour.
- Bon… bonsoir monsieur…
Le sorcier sortit un mouchoir de sa poche avant de le lui tendre. Inutile de préciser que Winky parut extrêmement surprise par son geste, et un peu hésitante aussi. Elle finit cependant par le prendre et se moucha bruyamment.
- Qu'est-ce… qu'est-ce que Winky peut faire pour monsieur… ?
- Harry, Harry Potter. En fait, la question serait plutôt : qu'est-ce que je peux faire pour toi ?
Voyant que l'elfe le regardait sans comprendre, Harry passa une main dans ses cheveux noirs d'un air gêné avant de reprendre la parole.
- J'ai vu que M. Croupton t'avait libérée et… je ne sais pas si tu en as envie, après tout je ne suis qu'un sorcier mineur, sans parents et sans enfants pour le moment mais… je pourrais peut-être t'adopter ?
Les oreilles de l'elfe se dressèrent soudainement et ses grands yeux paraissaient sur le point de sortir de leurs orbites tandis qu'elle reprenait la parole d'une voix stupéfaite.
- Monsieur engagerait Winky ? Même s'il sait que Winky est une mauvaise elfe ?
Les lèvres du Gryffondor se plissèrent en un sourire triste avant qu'il ne lui réponde d'une voix douce.
- Peut-être ne seras-tu pas d'accord avec moi mais…je pense qu'il n'y a pas de mauvais elfe sans mauvais sorcier. Quand quelqu'un commet une erreur et l'admet, alors il faut l'aider à la comprendre pour ne pas qu'il la refasse. Tu étais sincèrement désolée mais cela ne l'a pas empêché de te congédier sans ménagement. Pour moi, ce n'est pas un comportement digne d'un bon sorcier.
Winky paraissait sur le point de prendre la parole pour prendre la défense de son ancien maître mais aucun son ne sortit de sa bouche. Toute son éducation lui dictait de protéger son maître envers et contre tout mais… son cœur lui disait que ce sorcier avait raison.
- Winky… Winky serait honorée de servir un nouveau maître.
- Parfait mais j'y mets des conditions.
L'elfe parut inquiète à l'évocation de conditions et c'est pourquoi le sorcier reprit la parole d'une voix douce.
- Je sais que cela n'est pas en concordance avec tes habitudes mais je voudrais que tu prennes un jour de repos par semaine, pour que tu puisses faire ce dont tu as envie et pourquoi pas nouer des liens avec d'autres elfes. Je mettrai également un coffre à ta disposition avec une certaine quantité de gallions.
Winky était sur le point de protester mais il fut plus rapide.
- Ce n'est pas exactement un salaire. La quantité de gallions sera renouvelée et servira exclusivement à tes dépenses. Puisque je ne peux pas te donner de vêtements sous peine de te libérer par inadvertance, tu pourras acheter ce dont tu as envie, et il en va de même si tu as envie de faire des cadeaux à quelqu'un, ou tout simplement de te faire plaisir.
- Mais… mais Winky ne peut pas accepter…
- Si, tu le peux. Je fais cela non pas parce que tu es une elfe de maison mais parce que si tu acceptes ma proposition, tu deviendras une membre à part entière de ma famille. De la même manière que tu seras dévouée à mon égard, j'entends m'occuper de toi du mieux possible et je n'accepterai aucun refus. Répondit-il d'une voix douce.
L'elfe dansa d'un pied sur l'autre, l'air gênée et visiblement en train de débattre intérieurement si elle devait ou non accepter cette proposition qui était très proche du comportement d'un mauvais elfe. Cependant, elle avait aussi conscience qu'elle aurait beaucoup de mal à retrouver du travail après avoir été libérée… et puis, le sorcier paraissait très gentil.
- Winky accepte, M. Harry Potter.
- J'en suis très heureux. Allez, je vais te montrer ta nouvelle maison. Elle n'est malheureusement que temporaire puisque j'en fais construire une pour moi mais... tu y seras chez toi.
