Chapitre 6 : A bord du Poudlard Express
Assis à l'arrière d'un taxi, le jeune Potter observait le paysage défilant d'un air absent, ses pensées étant tournées vers ses occupations des derniers jours ayant précédé la rentrée scolaire.
Harry en avait effectivement profité pour faire des achats de dernière minute. En effet, s'il possédait déjà une collection assez impressionnante de livres dans son coffre à sept serrures, et qui comprenait notamment des exemplaires de ses anciens manuels scolaires, l'adolescent préférait que les ouvrages dont il allait se servir en classe aient été achetés normalement, dans ce monde. C'était autant pour des raisons de traçabilité que par le fait qu'il avait pris de Severus la mauvaise habitude d'écrire dans les marges de ses manuels…
… et qu'il n'avait pas envie que d'autres personnes lisent ses notes, surtout celles en rapport avec les sortilèges qu'il avait lui-même inventés.
Bien sûr, il s'était également fourni en plumes et en parchemins, et il avait même pris la peine de se racheter un nécessaire complet de potions, avec un chaudron en étain, des fioles en verre et une balance en cuivre. Ainsi, le maître des potions ne pourrait sans doute pas lui faire de reproches sur l'état de son matériel.
Le plus difficile avait sans doute été l'arrêt chez Madame Guipure, où il s'était fait faire de nouveaux uniformes à sa taille ainsi qu'une robe de soirée, en prévision des « cérémonies officielles » annoncées dans la liste envoyée par l'école. Par cérémonie officielle, Harry reconnaissait bien sûr qu'il s'agissait du Bal de Noël, organisé à l'occasion du Tournoi des Trois Sorciers mais ce n'était pas le genre d'informations censées être accessibles aux élèves, surtout lorsque ces derniers n'avaient pas de parents travaillant au Ministère pour les en informer.
Une petite escapade ultérieure dans la partie moldue de Londres lui avait permis de prendre des vêtements plus confortables, et surtout plus neufs que ceux que possédait son prédécesseur. C'était le bon côté du procès des Dursley, que d'avoir ainsi pu récupérer non seulement le contenu de leurs comptes bancaires mais également les recettes de la vente de Privet Drive.
Le dernier achat qu'il avait eu à effectuer sur le Chemin de Traverse concernait l'acquisition d'un animal de compagnie. Après tout, il ne pouvait pas réellement se permettre de se montrer en compagnie d'un phénix, surtout si ce dernier n'était pas supposé s'être lié à lui en premier lieu… Voilà précisément la raison pour laquelle il s'était rendu chez Eeylops, Au royaume du hibou.
Le Gryffondor avait cherché Hedwige dans tout le magasin dans un premier temps mais ne l'avait malheureusement pas trouvée. Suspectant qu'elle avait déjà été achetée, le sorcier avait reporté son attention sur les autres rapaces. C'est ainsi que son attention avait été captée par un hibou grand-duc, ayant l'air assez solitaire et gardé un peu à l'écart des autres hiboux. Le propriétaire du magasin n'avait pas tardé à le mettre en garde contre l'oiseau, en lui expliquant qu'il s'était montré jusqu'ici très agressif avec tous les clients qui avaient eu la mauvaise idée de s'intéresser à lui.
Le jeune Potter n'avait pas été dissuadé pour autant. Il s'en était suivi un long échange de regards entre le hibou et le sorcier, ce dernier ne cessant pas de fixer les grands yeux rouge-orangés du rapace sans laisser filtrer la moindre once d'hésitation. L'oiseau avait fini par s'incliner de manière imperceptible et le garçon avait rapidement fait de même. Harry avait appris d'Hagrid que les animaux, et plus encore les créatures magiques, avaient conscience lorsque les humains les considéraient avec respect ou non et que si ces derniers se montraient courtois, alors les animaux seraient prêts à leur témoigner du respect à leur tour. Cela avait notamment été le cas avec Buck, l'hippogriffe qu'il avait sauvé d'une mort certaine, lors de sa troisième année.
Le sorcier avait baptisé le hibou du nom d'Aiden, dérivé d'un mot gaélique signifiant feu, en raison de ses yeux couleur de flamme.
Le jeune homme sortit de ses pensées lorsque la voiture se gara finalement à l'entrée de la gare de King's Cross. Le chauffeur eut la gentillesse de l'aider à mettre sa malle et la cage d'Aiden sur un charriot avant de repartir, l'air considérablement étonné face au pourboire laissé par l'adolescent. Il lui laissa d'ailleurs son numéro, au cas où il aurait encore besoin d'un chauffeur dans le futur.
Entrant rapidement à l'intérieur de la gare pour ne pas finir trempé par la pluie battante, le Gryffondor dirigea tranquillement son charriot vers le quai 9, indifférent aux regards des moldus environnants. Il y avait très peu de sorciers présents, et il y en eu encore moins lorsqu'il passa la barrière le séparant du quai 9 ¾.
Ce n'était toutefois pas étonnant que l'endroit soit désert puisque le train ne partait qu'à onze heures et il était arrivé avec près d'une heure d'avance. Après la tournure qu'avaient pris les événements à la Coupe du Monde, il lui paraissait plus judicieux d'éviter la foule pour l'instant, et surtout une certaine famille de sorciers qu'il n'avait pas la moindre envie de croiser par accident.
Montant à l'intérieur d'un wagon comme si de rien n'était, il préféra se rendre jusqu'au fond du train, là où il trouverait sûrement le plus de tranquillité. Très peu d'élèves étaient arrivés pour le moment et il aurait donc facilement pu entrer dans un compartiment vide mais il continua malgré tout…
… avant de finalement tomber sur l'une des personnes qu'il avait espéré trouver.
- Bonjour, est-ce que je peux m'asseoir ici ?
La silhouette assise abaissa momentanément le journal qu'elle tenait entre ses mains et leva finalement la tête vers lui. L'adolescente, âgée d'environ treize ans, possédait de longs cheveux blonds et emmêlés, qui lui arrivaient jusqu'au milieu du dos. Ses yeux avaient une couleur gris argenté et sa peau paraissait aussi pâle que la surface de l'astre lunaire.
Elle acquiesça alors d'un signe de tête, qui fut tout ce dont le jeune Potter avait besoin pour refermer la porte derrière lui avant de hisser sa malle dans le filet à bagages. Il alla ensuite s'asseoir en face d'elle, installant la cage d'Aiden à côté de lui.
- Je m'appelle Harry, Harry Potter. S'exclama-t-il finalement, tout en lui tendant sa main.
La jeune fille, une Serdaigle si l'on en croyait le blason qu'elle portait, observa un instant sa main tendue, comme si elle hésitait sur la marche à suivre, avant d'avancer prudemment la sienne et de serrer doucement la main d'Harry. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'elle prit la parole à son tour, d'une voix rêveuse.
- Luna Lovegood.
Kathleen venait d'expulser Malefoy de son compartiment à l'aide d'un sortilège d'expulsion mais contrairement à d'habitude, cela ne l'avait même pas satisfaite. A côté d'elle, Ryan, Hermione et Ron étaient en train de discuter des récents événements.
Ginny s'était d'ailleurs installée avec eux quelques minutes auparavant, peu après le départ de Neville, qui avait encore perdu son crapaud. Pourtant, tout cela paraissait tellement dérisoire à l'adolescente, dont les yeux étaient tournés vers la fenêtre.
Il pleuvait toujours des cordes à l'extérieur et la Gryffondor n'arrivait pas à détacher son regard du rideau de pluie tandis qu'elle se repassait la scène de la Coupe du Monde encore et encore dans sa tête.
Son oncle Remus lui avait dit que c'était Harry en personne qui s'était porté au secours de Rose, éliminant au passage deux Mangemorts qui avaient failli tuer la petite fille. Le lycanthrope avait d'ailleurs été furieux d'apprendre de la bouche de la jeune Black la véritable raison pour laquelle la cadette des Potter s'était enfuie.
Son père ayant pu se procurer une copie du souvenir d'Harry auprès de M. Diggory, Kathleen avait profité d'une absence de ce dernier pour se faufiler dans son bureau et s'introduire dans sa pensine. Elle n'en avait bien sûr rien dit au trio d'or, de peur que l'un d'entre eux ne vende la mèche… mais elle n'en avait pas moins été ébranlée par ce qu'elle avait vu.
Harry avait non seulement utilisé un sortilège de découpe avec une extrême précision mais elle avait toutes les raisons de croire qu'il avait aussi utilisé un sortilège informulé pour réduire au silence le second mangemort… Un sortilège informulé ! C'était de la magie tellement avancée qu'elle n'était habituellement pas étudiée avant la sixième année d'études, en préparation des ASPIC !
Et pourtant, il n'avait pas hésité un seul instant à utiliser le sort… et n'avait pas non plus tremblé avant de tuer le serviteur de Vous-savez-qui…
Cela ne pouvait pas être le Harry qu'elle connaissait, il n'avait pas pu changer autant en l'espace de seulement quelques semaines ! Qu'avaient bien pu lui faire les gobelins pour le transformer de manière aussi radicale ? Elle n'en avait pas la moindre idée mais elle comptait bien le découvrir.
- Kate ? Kate !
Sortant finalement de ses pensées en entendant une voix l'appeler, elle se tournait vers Ginny qui la regardait avec un grand sourire aux lèvres, ses joues légèrement rosies.
- Tu connais bien Harry, non ? Vous êtes amis, je crois ? Lui murmura-t-elle d'une voix curieuse.
La jeune Black considéra la question avant de hausser les épaules d'un air incertain.
- Nous l'étions mais on a eu une dispute l'année dernière…
- D'accord mais tu penses que tu pourrais nous présenter ? Il était tellement doué sur son balai… c'est à se demander pourquoi il n'a pas rejoint l'équipe de Quidditch ! S'exclama-t-elle d'un ton excité.
- Hm il n'a jamais montré d'intérêt pour ce sport auparavant, non ? Intervint alors Hermione, qui venait lever la tête du Livre des sorts et enchantements, niveau 4.
Tous se tournèrent alors vers Ryan mais le Survivant se contenta de hausser les épaules d'un air complètement désintéressé.
- Je n'en sais rien du tout, il a toujours vécu chez les Dursley. Et puis de toutes manières, je suis l'attrapeur de Gryffondor alors qu'est-ce que cela peut bien faire s'il se débrouille pas trop mal sur un balai ?
- Pas trop mal ? Il a battu Lynch ! Il a permis à la Bulgarie de remporter la victoire alors que la situation était plus que désespérée ! Rétorqua la benjamine des Weasley d'un air révolté.
- Et bien il a eu de la chance, voilà tout ! Il n'est rien, rien du tout ! S'emporta Potter en serrant les dents pour retenir sa colère.
Un silence inconfortable s'installa alors dans le compartiment et il fallut plusieurs minutes avant que ce dernier ne soit brisé, par nulle autre qu'Hermione.
- Pourquoi le détestes-tu autant ? Tu l'ignorais complètement avant…
Elle ne put néanmoins rien dire de plus tant le regard que lui adressa son ami était chargé de colère et d'indignation. Même envers les Serpentard, il ne montrait jamais une telle… haine.
- Il a voulu jouer les intéressants en intégrant l'équipe de Bulgarie ! Et vous avez vu la manière dont il a parlé à mes parents ? Ce… cette espèce de… il aurait dû être envoyé dans un orphelinat ! Ou dans un autre pays !
Kate regarda Ryan comme si elle ne l'avait jamais vu auparavant. La conversation qu'elle avait eu avec son père l'année précédente lui revint en mémoire et elle ne put s'empêcher de penser : C'est pour lui que j'ai renoncé à mon amitié avec Harry ? Pour ce gamin immature et jaloux ? Qu'est-ce que j'ai fait… Merlin tout-puissant, qu'est-ce que j'ai fait ?
- Oh, est-ce que tu es apparentée à Xenophilius Lovegood ? Demanda-t-il sur un ton surpris.
Bien qu'en apparence, elle ait conservé cet air de folie douce qu'elle exhibait déjà le jour où il l'avait rencontrée dans son monde, Harry la connaissait trop bien pour ne pas remarquer l'imperceptible tressaillement de sa main sur le journal, ou la manière dont elle réajusta presque machinalement sa baguette magique derrière son oreille.
- Oui, je suis sa fille. Répondit-elle de sa voix rêveuse.
- Pourras-tu lui demander un abonnement au Chicaneur de ma part ? Je n'ai acquis Aiden que très récemment et j'ignore de quelle manière m'y prendre pour contacter le rédacteur-en-chef ou le service des abonnements. Expliqua Harry en lui montrant le hibou à côté de lui.
Cette fois-ci, il réussit à lui faire baisser sa garde l'espace d'un instant, son expression songeuse laissant place à un air clairement surpris. Bien sûr, c'était assez compréhensible. Ce n'était sûrement pas tous les jours que quelqu'un venait trouver « Loufoca Lovegood » pour lui dire que non seulement il s'intéressait au journal de son père, que la plupart des gens considéraient comme un ramassis de mensonges, mais qu'en plus il souhaitait s'y abonner.
- Tu… tu veux un abonnement au Chicaneur ?
- Bien sûr. J'en ai déjà un à la Gazette du Sorcier que j'ai demandé en me rendant sur le Chemin de Traverse mais très franchement, c'est difficile de faire le tri entre les mensonges et les demi-vérités de Rita Skeeter… ainsi que de déterminer ce qui constitue une information fiable ou simplement la propagande du Ministère. Même si le Chicaneur est considéré pour certains comme un journal à scandales, j'apprécie les articles sur les créatures fantastiques et puis… c'est le seul journal qui ose dire du mal de Fudge.
Un très léger sourire naquit sur les lèvres de la Serdaigle et il pouvait lire dans ses yeux une certaine joie à l'idée que le travail de son père soit reconnu par quelqu'un.
- Tu veux le lire ? Lui demanda-t-elle finalement, en lui tendant le journal.
- Je ne voudrais pas t'en priver… le voyage est long, après tout. Ça t'embêterait que je lise par-dessus ton épaule ?
Voyant l'adolescente secouer la tête de gauche à droite en signe de réponse négative, il quitta sa banquette et vint s'asseoir à côté d'elle. Son regard se posa alors sur les articles qui figuraient sur les pages ouvertes devant eux avant qu'il ne finisse par hausser un sourcil.
- Oh… j'aurais imaginé beaucoup de choses de la part de Fudge mais qu'il ait eu une aventure avec une troll… je crois que je préfère ne pas l'imaginer.
Luna laissa échapper un petit rire mais ce dernier fut coupé par l'ouverture soudaine de la porte de leur compartiment.
Trois filles se tenaient sur le seuil, portant chacune le blason bleu et bronze de la maison Serdaigle, et plus étonnant encore, celle du milieu – qu'il supposa être la meneuse – arborait un badge de préfète sur sa poitrine. A en croire leur taille, elles devaient être des élèves de cinquième ou sixième année.
- Tiens, tiens… si ce n'est pas Loufoca Lovegood… S'exclama la préfète d'un air moqueur.
Un peu de légilimencie passive lui apprit que la préfète de Serdaigle, aux cheveux bruns et au visage excessivement maquillé s'appelait Shirley Bridgestone. Elle était apparemment la reine d'une sorte de cour parmi les Serdaigles et la plupart des filles buvaient ses paroles avec adoration…
… ce qui n'était toutefois pas le cas de Luna. Puisque la jeune Lovegood préférait la compagnie des livres et des créatures magiques à celles de ses condisciples et surtout, parce qu'elle ne s'intéressait pas vraiment à la mode ou aux cosmétiques, Shirley avait décidé de faire de sa vie un enfer.
Voilà qui allait devoir changer. Maintenant.
Ses yeux noisette se posèrent finalement sur lui, l'évaluant de la tête aux pieds avant qu'elle ne prenne la parole de sa voix hautaine.
- Et toi, tu es qui ? Son petit ami ?
Les filles qui l'accompagnaient se mirent à glousser bêtement, et Luna parut s'enfoncer dans la banquette, détournant les yeux comme si elles n'existaient pas… mais il pouvait voir la tristesse et la souffrance dans son regard.
Esquissant un rictus cynique, le jeune Potter prit la parole d'un ton malicieux.
- C'est impoli de débarquer dans un compartiment sans y avoir été invité et de poser des questions sans même s'être présenté mais… je suppose que je ne devrais pas être surpris. Après tout, les Bridgestone n'ont jamais été réputés pour leurs manières.
Les rires moqueurs cessèrent soudainement et l'expression amusée de Shirley fut remplacée par un air furieux tandis qu'elle pointait un doigt accusateur dans sa direction.
- Qu'est-ce que tu viens de dire ?
- Moi ? Seulement la vérité. Il s'avère que des amis à moi m'ont raconté la malheureuse histoire d'Andrew Bridgestone, un employé de Gringotts qui a cru bon d'insulter et de voler les gobelins pour lesquels il travaillait… c'est étonnant que l'on ait plus entendu parler de lui après coup, n'est-ce pas ?
Les joues rougies de la préfète perdirent toute couleur à l'évocation de ce nom mais c'était normal puisqu'il ne s'agissait de nul autre que son frère aîné, qui s'était fait engager comme briseur de sorts à la banque gobeline quelques années auparavant.
En revanche, elle eut la mauvaise idée de sortir sa baguette à ce moment là avant de la pointer sur lui, sa main tremblant comme une feuille.
- Qu'est-ce que tu sais sur Andrew ?
- Simplement ce que je viens de dire, et bien sûr le fait qu'il ait été condamné à cinq ans de travaux forcés dans une des mines d'or que les gobelins affectionnent tant.
L'adolescent se leva alors de son siège et s'approcha à pas lents des Serdaigle, jusqu'à ce que son visage se trouve à seulement quelques centimètres de la baguette de Bridgestone. Le Gryffondor ne paraissait pourtant pas le moins du monde impressionné et souriait ouvertement à ses interlocutrices… mais il s'agissait d'un sourire froid, dépourvu de la moindre joie.
D'ailleurs, lorsqu'il s'adressa de nouveau à la jeune femme, ce ne fut que dans un murmure, aussi tranchant qu'une lame de rasoir.
- Si vous continuez d'importuner mon amie, je m'arrangerai pour que ton cher frère passe le restant de ses jours sans jamais revoir la lumière du soleil.
Shirley voulut faire un pas en arrière mais le poignet du sorcier se referma sur le sien avec une telle force qu'elle en laissa tomber sa baguette par terre. Ses deux amies sortirent immédiatement les leurs mais pour une raison qui leur échappait, elles étaient incapables de s'en servir. C'était comme si elles étaient paralysées mais elles n'avaient pourtant pas vu l'adolescent jeter le moindre sort.
Les yeux fixés sur les iris émeraude du Gryffondor, Shirley ne pouvait s'empêcher de trembler à cause de ce qu'elle y voyait : une détermination sans limite et la conviction qu'il ferait tout ce qui serait nécessaire pour assurer la tranquillité de Luna, quelles qu'en soient les conséquences.
- Qui… qui es-tu ? Parvint-elle à articuler d'une voix incertaine.
- Simplement quelqu'un qui tient ses promesses. Maintenant, déguerpissez.
Et il relâcha le poignet de la préfète, laissant cette dernière ramasser sa baguette sur le sol avant qu'elles ne quittent toutes les trois les lieux à toute vitesse.
Harry laissa alors échapper un soupir de lassitude avant de refermer tranquillement la porte du compartiment et de se rassoir à côté de Luna. Celle-ci avait la bouche légèrement ouverte et ses yeux exorbités lui disaient qu'elle était complètement stupéfaite par ce qu'il venait de faire. Cette hypothèse fut d'ailleurs démontrée par sa tentative de prendre la parole.
- Mais… tu… elles sont…
- Elles ne devraient plus te chercher d'ennuis avant un long moment, ne t'en fais pas. Répondit-il en lui adressant un sourire.
- Enfin… comment ?
- Oh… c'est simplement une anecdote que m'a raconté un ami gobelin à Gringotts. Ce n'est pas tous les jours qu'un sorcier se montre assez fou pour essayer de les voler… et il en a eu pour ses frais.
La réalité était légèrement différente. Puisqu'il était désormais dans un monde à la fois si semblable et si différent, le jeune Potter avait cru bon de se renseigner sur la plupart des élèves de Poudlard qui pourraient l'intéresser ou se révéler des menaces potentielles… c'est-à-dire quasiment tous depuis les troisième jusqu'aux septième années.
Bien évidemment, il était encore loin d'avoir lu tous les dossiers mais il avait eu la chance d'avoir déjà entendu l'histoire du frère de Shirley, que Gripsec lui avait relatée plus en détails.
- Et bien… merci, Harry. C'est vraiment très gentil.
- Ce n'est rien. Je n'aime pas particulièrement qu'on s'en prenne à mes amis.
Il n'avait pas besoin de regarder la Serdaigle pour savoir que son expression était redevenue un mélange de stupéfaction et de gêne mais contrairement à tout à l'heure, elle se reprit plus rapidement.
- Nous sommes… amis ?
- Et bien, oui. Enfin, si tu veux bien qu'on le soit ?
- Oui ! S'écria-t-elle sans réfléchir avant d'adopter un ton plus mesuré. Oui, bien sûr… c'est juste que je n'ai jamais eu beaucoup d'amis avant. Les gens me trouvent bizarre…
- C'est parce qu'ils ne savent pas se montrer tolérants. On pourrait croire qu'après avoir été persécutés par l'inquisition, les sorciers auraient moins de préjugés mais qu'il s'agisse des créatures magiques ou de la pureté du sang, ils veulent toujours se montrer « supérieurs ». Rétorqua Harry d'un air dégoûté en haussant les épaules.
C'est à cet instant précis que la porte du compartiment se rouvrit mais beaucoup plus doucement cette fois et seulement à moitié. Sur le seuil, se tenait un élève de quatrième année arborant le blason rouge et or des Gryffondor. L'air peu sûr de lui, le garçon aux cheveux châtains avait des yeux bleus et un visage quelque peu joufflu et il tenait entre ses mains un crapaud qui coassait par intermittence.
- Excusez-moi de vous déranger mais les autres compartiments sont pleins alors je pensais que peut-être…
Jetant un coup d'œil à Luna, il vit celle-ci hausser les épaules pour lui faire comprendre que cela ne la dérangeait pas. Harry retourna alors son attention sur son condisciple avant d'esquisser un sourire.
- Entre donc Neville, il y a largement de la place pour trois.
- Oh merci Harry, j'avais vraiment pas envie de recroiser Malefoy et les deux autres…
Londubat s'assit sur la banquette en face d'eux et remarqua alors la présence de Luna. Sous le regard scrutateur de la Serdaigle, le maladroit Gryffondor paraissait incertain de la manière dont il devait réagir et c'est pourquoi Harry se décida à lui venir en aide.
- Neville, je te présente mon amie Luna Lovegood, qui est en troisième année à Serdaigle. Luna, voici Neville Londubat, qui est en quatrième année à Gryffondor avec moi. Il est trop modeste pour le reconnaître mais il est le meilleur expert en plantes de toute notre maison.
Les joues de Neville prirent une teinte cramoisie tandis qu'il bredouillait des paroles incohérentes pour exprimer son désaccord. Pour l'avoir longtemps côtoyé, Harry avait conscience que le jeune Londubat manquait de confiance en lui et que c'était surtout cela qui l'empêchait d'exprimer pleinement son potentiel.
- Tu t'intéresses aussi aux créatures magiques ? Demanda Luna d'une petite voix, pour essayer de faire la conversation.
- Oh, bien sûr. En fait, la botanique et les soins aux créatures magiques sont mes deux matières préférées, même si je suis moins doué en pratique avec les animaux d'Hagrid… parce qu'en fait, les mécanismes de défense des plantes magiques évoluent la plupart du temps pour s'adapter à leurs prédateurs et…
Tandis que Neville s'engageait dans un exposé passionné sur l'évolution des plantes magiques dans certaines contrées, exposant au passage les propriétés de plantes rares comme la branchiflore, le filet du diable ou encore le Mimbulus Mimbletonia, Harry ne pouvait s'empêcher de sourire devant la passion que montrait le Gryffondor envers ce sujet.
Bien sûr, le jeune Londubat ignorait que sa venue dans ce compartiment n'était pas tout à fait due au hasard. En effet, avant d'aller à la rencontre de Luna, Harry avait jeté un subtile sortilège devant la porte, qui attirerait les crapauds comme des mouches. Or, connaissant l'habitude de Trevor de toujours s'échapper et le fait que Neville était l'un des seuls élèves à posséder un crapaud, c'était inéluctable que l'adolescent finisse par venir à leur rencontre.
Les paroles de Watanuki résonnèrent une fois de plus dans son esprit.
Il n'y a pas de coïncidence en ce monde, tout est inéluctable.
Avec un peu de chance, et beaucoup de préparation, il allait peut-être pouvoir changer le destin de ses deux amis et les rendre prêts à affronter le sombre avenir qui les attendait…
… mais pour le moment, il préférait simplement songer à la tête que ferait Dumbledore lorsqu'il découvrirait ce qu'il préparait pour lui.
