Note de l'auteur : Au cas où certains ne l'auraient pas remarqué, je vous informe que je ne répondrai plus aux reviews par une review, ayant été informé que ce n'était pas en accord avec le règlement du site. Je ne répondrai désormais que par des MP, pour ceux qui auront posé des questions en rapport avec l'histoire principalement. Je m'excuse d'avance pour ceux qui postent des reviews anonymes ou qui ont désactivé l'utilisation de MP mais je ne peux pas faire autrement pour le moment. On m'a conseillé de mettre en place un blog où je pourrais y répondre mais n'étant pas très connaisseur dans ce domaine, je ne pense pas en créer avant un certain temps.
Chapitre 9 : Joute verbale dans les donjons
Une fois encore, Harry se sentit soulagé à l'idée de ne pas être le Survivant dans ce monde. Dès l'instant où la porte s'était refermée derrière eux, le professeur Rogue avait focalisé son attention sur Ryan et –occasionnellement- sur Hermione, lorsque celle-ci avait le malheur de lever la main pour répondre à ses questions.
L'adolescent aux cheveux noirs était également bien content d'avoir récupéré un peu de sommeil pendant leur leçon d'Histoire de la Magie le matin même car l'antidote que le maître des potions désirait les voir concocter aujourd'hui ne faisait pas partie des breuvages les plus faciles à préparer.
Fort heureusement, le jeune Potter n'était plus aussi mauvais dans cette matière qu'il l'avait été autrefois. A force de reprendre encore et toujours les mêmes classes, et en y apportant davantage de son attention, il avait fini par devenir compétent dans la préparation de potions. Certes, il ne deviendrait probablement jamais un expert comme Rogue mais le Gryffondor se savait capable d'égaler Hermione s'il y mettait du sien.
Cela tombait bien car il devait préparer l'antidote avec l'aide de nul autre que Neville. Le jeune Londubat avait beau être un érudit en matière de plantes, sa nervosité en présence de Rogue et sa tendance à oublier les petites choses diminuaient fortement sa capacité à réaliser une potion adéquate. Voilà pourquoi Harry avait pris soin de lui confier les tâches les plus simples, à savoir de découper les différents ingrédients, d'une manière similaire à ce qui leur était parfois demandé en Botanique, et il se chargeait de les ajouter dans le chaudron tout en faisant attention à tourner le liquide fumant dans le bon sens, et surtout au moment opportun.
Lorsque l'enseignant daigna finalement passer dans les rangs pour commenter dédaigneusement les potions des Gryffondor et complimenter les Serpentard, les mots lui manquèrent en s'arrêtant à la table qu'occupaient Harry et Neville.
En effet, la potion était d'un bleu clair et limpide, fumait très légèrement et laissait échapper de petites bulles par moments, exactement comme le résultat attendu qui était indiqué dans leur manuel scolaire.
Harry sentit le regard brûlant que posait le professeur sur sa nuque mais il ne se retourna pas, se contentant de nettoyer la table tout en tendant à Neville les ingrédients à aller ranger dans l'armoire prévue à cet effet. Le jeune Potter avait parfaitement conscience que s'il faisait l'erreur de lever la tête, l'enseignant lui hurlerait dessus ou pire, tenterait d'utiliser la légilimencie contre lui. En jouant les élèves soumis, il avait une petite chance de s'exposer à un courroux plus modéré.
Ce n'était pas tant qu'il avait peur. Non, Rogue ne l'effrayait plus depuis longtemps… mais s'il venait à rapporter à Dumbledore qu'Harry disposait de barrières mentales capables de le repousser, le directeur commencerait à se montrer suspicieux à son égard et il ne serait plus en mesure de ne serait-ce que cligner des yeux sans être surveillé de près par les professeurs ou les portraits.
- Il semblerait que votre potion soit… adéquate, Potter. C'est un jour à marquer d'une pierre blanche. Susurra le professeur sur un ton sarcastique.
- Merci, professeur. Neville et moi avons fait de notre mieux pour ne pas vous décevoir. Répondit simplement le Gryffondor d'un ton affable.
Le professeur parut un instant se satisfaire de cette réponse mais tandis qu'il venait de se détourner de lui pour aller inspecter d'autres chaudrons, il fit brusquement volte-face.
- Potter ! Pour préparer une potion d'aiguise-méninges, utiliseriez-vous de l'armoise ou du gingembre ?
Evidemment, il fallait qu'il lui pose une question pour vérifier si sa réussite tenait uniquement à un coup de chance ou bien à une réelle attention portée à sa matière. Bien sûr, le professeur devait aussi voir sa question comme une opportunité d'humilier l'un des deux fils de son pire ennemi mais Harry n'allait pas lui en laisser l'occasion aujourd'hui.
Faisant semblant de réfléchir pendant un instant, le Gryffondor lui répondit d'une voix neutre.
- Je peux me tromper, professeur mais… je dirais du gingembre, plus exactement des racines de gingembre. Je crois me souvenir que vous nous aviez prévenus que l'armoise était rarement utilisée en potions, sauf dans la préparation de la Goutte du Mort-Vivant.
Un silence religieux s'installa dans la salle de cours tandis que Rogue posait sur Harry un regard indéchiffrable. Ses yeux noirs se portèrent ensuite brièvement sur Neville, qui finissait de nettoyer la table tout en prenant garde à ne pas toucher le chaudron encore fumant, visiblement effrayé à l'idée de le renverser, avant de dévisager de nouveau le jeune Potter.
- Il y a peut-être encore de l'espoir pour vous, Potter. Contrairement à votre célèbre frère, il semble que vous ayez visiblement hérité de votre mère quelque talent dans ma matière. En poursuivant sur cette lancée, vous pourriez bien parvenir à passer votre BUSE en potions l'année prochaine.
Et sans rien ajouter d'autre, il se retourna en faisant voltiger élégamment sa longue cape noire, pour aller observer – ou plutôt tourmenter – Ryan. Ce dernier adressa à son frère un regard meurtrier mais qui laissa Harry absolument de marbre. Le jeune Potter était trop occupé à analyser le comportement de Rogue pour prêter quelque attention à la crise de nerfs du Survivant. De son point de vue, le maître des potions paraissait beaucoup moins cruel que celui de son monde d'origine. Peut-être était-ce dû au fait que sa mère n'était pas morte dans ce monde-ci ?
Notant le nom de Neville ainsi que le sien sur une fiole, le Gryffondor l'utilisa ensuite pour y placer un échantillon de la potion qu'ils avaient préparée, avant d'aller la déposer sur le bureau de l'enseignant. Lorsqu'il revint à leur table, le jeune Londubat souriait de toutes ses dents.
-Je n'en reviens pas… Harry, c'est la première fois qu'on arrive à préparer une potion aussi bien ! Enfin, c'est surtout toi qui l'a préparée mais quand même… Chuchota le fils des célèbres Aurors.
- C'était un travail d'équipe, Neville. Comme quoi, avec un peu de confiance en toi, tu peux y arriver sans faire exploser le moindre chaudr…
- POTTER !
La voix tonitruante de Rogue les fit tous les deux sursauter mais ils furent soulagés de constater que ce n'était pas à Harry que le directeur des Serpentard s'adressait. Non, il était en train de passer un savon à son frère car ce dernier avait non seulement raté magistralement la préparation de sa potion mais il s'en était également servi comme projectile pour attaquer Malefoy et Crabbe. S'il en croyait l'expression de douleur sur le visage de Drago, sa main devait le faire atrocement souffrir.
Il n'eut pas le temps de jeter un autre regard sur le blond que ce dernier avait détalé avec ses deux gardes du corps, en direction de l'infirmerie, avec la permission de leur directeur de maison.
Les notes laissées par son « prédécesseur » concernant Drago étaient assez ambigües. En effet, n'ayant pas d'ami en prenant le Poudlard Express, l'autre Harry avait été poli et même sympathique à l'égard du blond pendant le trajet qui les avait menés là-bas. Malheureusement, après la répartition du jeune Potter à Gryffondor, le Serpentard avait commencé à se montrer plus distant et moqueur.
Toutefois, Malefoy ne l'avait jamais complètement laissé tomber pour autant. Il fallait bien sûr arriver à lire entre les lignes mais d'après ce qu'il avait compris, le blond s'était toujours arrangé pour que le jeune Potter ne soit pas embêté par les autres Serpentard. C'est pourquoi seul Ryan Potter et sa bande avaient vraiment causé des ennuis à Harry pendant sa scolarité.
Lorsque le cours prit fin, le jeune Potter décida de s'excuser auprès de Neville, lui demandant de lui réserver un siège dans la Grande Salle à côté de Luna et de lui pendant qu'il faisait une petite course…
… et c'est ainsi qu'il prit la direction de l'infirmerie.
Luna Lovegood était une jeune fille dotée d'une grande ouverture d'esprit mais qui avait souvent dû payer le prix fort pour ses croyantes peu orthodoxes. Certains des autres Serdaigle pensaient qu'elle n'avait pas toute sa tête, simplement parce qu'elle lisait le journal de son père et parce qu'elle affirmait que certaines créatures légendaires existaient réellement.
Après deux premières années d'étude passées dans la solitude, elle avait enfin entrevu une lueur d'espoir, incarnée par un garçon aux cheveux noirs et aux yeux émeraude.
La manière dont il avait purement et simplement menacé Shirley Bridgestone pour la forcer à la laisser tranquille était grandiose. Jamais elle n'avait vu une telle terreur ni une telle rage dans les yeux de sa tourmenteuse. Bien sûr, Luna ne doutait pas qu'elle reviendrait à la charge mais tout de même, quelqu'un s'était quand même interposé pour prendre sa défense.
Son premier ami.
Puis était apparu Neville. Contrairement à Harry, il ne débordait pas de confiance en lui. Non, le jeune Londubat était timide et introverti mais il avait également le cœur sur la main. Dès l'instant où elle lui avait expliqué ses difficultés en Botanique, il s'était proposé de lui venir en aide. Voilà d'ailleurs la raison pour laquelle elle cheminait en direction de la Grande Salle, où elle devait y retrouver ses deux amis.
En l'espace de deux jours, elle avait tout de même réussi à manger à trois tables différentes : celle des Serdaigle bien sûr mais aussi celle des Poufsouffle et enfin, celle des Gryffondor.
Les jaune et noir s'étaient montrés très hospitaliers et l'avaient rapidement mise à l'aise, par leur simplicité et leur gentillesse. Certes, certains s'étaient montrés quelque peu désagréables, comme Zacharias Smith mais l'un des préfets, Cédric si sa mémoire ne lui jouait pas des tours, l'avait rapidement rappelé à l'ordre.
L'accueil des rouge et or avait été un peu plus froid mais il lui avait donné l'occasion de discuter un peu avec Ginny Weasley. L'élève de troisième année était amicale mais elle n'évoluait pas vraiment dans les mêmes cercles que Luna, c'est pourquoi elles n'avaient que rarement l'occasion de se parler. Contrairement à Harry, la rouquine n'avait visiblement jamais osé franchir les barrières qui séparaient les maisons.
- Tiens, tiens… mais qui voilà.
Evidemment, cette paix n'était visiblement pas faite pour durer, et la jeune Lovegood ne fut guère surprise de voir la préfète sortir de l'ombre, mais sans ses deux amies cette fois. Ses cheveux bruns étaient attachés en queue de cheval dans son dos et ses yeux noisette fixaient Luna avec la même expression qu'aurait manifesté un prédateur en présence de sa proie.
Sa baguette était d'ailleurs déjà braquée sur elle.
- Je vais te faire payer pour l'humiliation que cet insolent gamin m'a fait subir dans le train… Expelliarmus !
La baguette de l'adolescente jaillit de ses mains sans qu'elle ne puisse rien faire pour la retenir, avant d'atterrir dans la main tendue de Shirley. Celle-ci arborait une expression de triomphe tandis qu'elle la plaçait dans la poche de sa robe, sachant que sa victime était désormais sans défense.
Luna fit un pas en arrière, ayant parfaitement conscience que si jamais elle venait à se mettre à courir, la préfète n'hésiterait pas à lui jeter un maléfice dans le dos.
-Furunculus !
Malheureusement pour la préfète, son sortilège n'atteignit jamais sa cible, rebondissant sur un bouclier invisible.
- Qu'est-ce qui se passe ici ? S'exclama une voix forte.
Shirley sursauta avant de se retourner. Elle n'eut toutefois pas le temps de lever sa baguette car celle du nouveau venu était déjà pointée sur elle.
- Di…Diggory ! S'étonna la préfète, les yeux écarquillés.
Cédric Diggory se tenait juste en face d'elle, et ses cheveux bruns n'étaient pas suffisamment longs pour masquer ses yeux gris, qui la transperçaient du regard sans la moindre trace de compassion. Son badge de préfet était accroché au niveau de son torse et brillait légèrement sous la lueur des torches.
- Je peux tout t'expliquer ! C'est cette sale petite idiote qui…
- Pas la peine d'essayer de me mentir, Bridgestone. Neville m'a déjà tout raconté et je t'ai vue lui lancer un sort alors qu'elle était sans défense.
Ce n'est qu'à cet instant que Luna se rendit compte de la présence du Gryffondor à côté du Poufsouffle. Le jeune Londubat avait les joues rougies et le souffle court, comme s'il avait couru, et adressait à son amie un regard empli de soulagement. C'était visiblement lui qui était parti chercher Cédric.
- Tu ne vas quand même pas croire ce gamin plutôt que moi ! Je suis une préfète !
- Plus pour très longtemps. Cho va bientôt revenir avec le professeur Flitwick. Cela m'étonnerait qu'il te laisse garder ton badge.
Bridgestone serra les dents mais ne répondit rien. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle avait pu se faire avoir comme une débutante ! Une Serdaigle, déshonorée par un Poufsouffle et un stupide Gryffondor !
Profitant d'un instant d'inattention de Cédric, elle leva sa baguette vers lui le plus rapidement possible avant de s'écrier :
- Oubliettes !
Le préfet n'eut pas le temps de réagir et il aurait sûrement été touché par le sortilège d'amnésie si quelque chose ne s'était pas interposé sur la trajectoire du rayon lumineux.
Cédric devait reconnaître qu'il fut davantage surpris de voir la boule de poils blanche ouvrir la bouche en grand pour avaler le sort qu'il ne l'avait été par l'attaque sournoise de la Serdaigle. Cette dernière ne parut d'ailleurs pas se remettre de ce qu'elle venait de voir si l'on en croyait ses yeux écarquillés et sa mâchoire qui menaçait de se décrocher à tout moment.
- QU'EST-CE QUE C'EST QUE CA ? Hurla-t-elle à pleins poumons.
Cédric profita du fait qu'elle avait abaissé sa baguette pour la désarmer mais la jeune femme ne sembla même pas s'en rendre compte, son regard noisette étant toujours fixé sur le petit animal.
Ce dernier était de forme sphérique et ne mesurait guère plus d'une cinquantaine de centimètres. Son pelage était d'une blancheur immaculée, à l'exception du rubis circulaire qu'il portait en plein milieu du front. Doté de deux pattes postérieures semblables à celles d'un lapin et de deux pattes antérieures plutôt courtes, il avait de longues oreilles qui retombaient dans son dos. A l'une de ses oreilles était accrochée une petite boucle d'oreille rouge.
- Mokona est Mokona ! Mokona ne laissera pas la méchante fille faire du mal aux amis d'Harry !
Aucune des personnes présentes ne s'était attendue à entendre la petite créature parler. C'est peut-être pour cela qu'ils se trouvaient toujours dans un état proche de la catatonie lorsque le directeur des Serdaigle arriva finalement sur la scène en compagnie de la jeune Chang.
Tandis qu'il émergeait lentement des bras de Morphée, Drago Malefoy songea qu'il avait sans doute perdu connaissance peu de temps après être arrivé à l'infirmerie. La douleur qu'il avait ressentie à sa main droite lorsqu'elle avait été aspergée par la potion du Survivant avait été absolument insupportable. Mme Pomfresh avait dit qu'il guérirait en un rien de temps mais que sa peau picoterait peut-être un peu pendant un jour ou deux.
Bien sûr, il ne s'attendait pas à ce que Crabbe et Goyle soient restés à son chevet. Ces deux gloutons étaient sûrement repartis dans leur salle commune pour s'empiffrer avec les gâteaux que leur avaient envoyés leurs mères respectives. Il avait également conscience que ses parents ne se déplaceraient pas à Poudlard pour si peu.
C'est ainsi qu'il ne put s'empêcher d'être surpris de voir quelqu'un assis sur la chaise située près du lit, et plus particulièrement lorsqu'il se rendit compte de l'identité de la personne.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? S'étonna le blond, tellement abasourdi qu'il en avait même oublié de paraître hostile.
Le garçon aux cheveux noirs qui se trouvait assis à son chevet était sensiblement du même âge que lui. Ses yeux verts exprimaient un certain amusement derrière ses lunettes rondes mais ses lèvres n'esquissèrent qu'un léger sourire.
- Je suis venu voir comment tu allais, ce n'est pas interdit chez les Serpentard, j'espère ? Rétorqua Harry d'un ton espiègle.
- Mais tu es un Potter, et je suis…
-… l'arrogant et égocentrique héritier d'une riche famille de sang-purs, réputée pour ses préjugés autant que pour n'avoir compté en leur sein que des Serpentard depuis douze générations ? Termina Harry, qui se retenait à grand peine de rire.
Le jeune Malefoy tenta de lui répondre quelque chose mais son cerveau étant encore quelque peu enbrumé, il préféra ne rien dire. Finissant par soupirer de lassitude, il reprit la parole d'une voix plus monotone.
- Qu'est-ce que tu veux vraiment ?
- Oh, te rendre la pareille.
Avant que Drago n'ait pu lui demander ce qu'il entendait par là, le Gryffondor tendit la main vers lui. Ce n'était visiblement pas pour l'impressionner ou pour le frapper, non, le rouge et or attendait simplement que son condisciple la serre.
- Je ne comprends pas… Lâcha enfin le blond, confus.
- Laisse-moi te raconter une histoire. Il y a un peu plus de trois ans de cela, un petit garçon horriblement pompeux a tendu la main en signe d'amitié à un autre garçon, si timide qu'il n'avait pu se faire aucun ami. Je sais que si l'on en croit les élèves plus âgés et même les adultes, les Gryffondor et les Serpentard sont faits pour s'entretuer… seulement voilà, je ne suis pas du genre à me plier aux exigences des autres. C'est peut-être à cause des gobelins, ils ont dû me contaminer avec leur intarrissable soif de rébellion…
Interrompant brièvement son explication, Harry lui adressa un sourire malicieux avant de poursuivre, ses yeux verts ne quittant pas les orbes anthracite du Serpentard.
- Drago Malefoy, je te mets au défi d'avoir assez d'ambition pour essayer de t'ouvrir aux autres maisons, et aux Gryffondor en particulier. Ce faisant, tu auras réussi à faire ce qu'aucun de tes parents n'a jamais été en mesure d'accomplir… et tu y gagneras probablement des amis sincères au passage.
Malefoy le dévisagea curieusement pendant une longue minute, songeant aux trois années plutôt solitaires qu'il venait de passer en compagnie des vert et argent. Crabbe et Goyle étaient pratiques à avoir sous la main mais ils n'étaient pas en mesure de participer à une conversation intelligible et tous les autres Serpentard ne s'intéressaient à lui qu'à cause de la fortune et de l'influence dont disposait son père. Il ferma très brièvement les yeux avant de finalement s'adresser à lui d'un ton moqueur.
-Tu es certainement le Gryffondor le plus cinglé que j'ai eu le déplaisir de rencontrer…
Cela ne l'empêcha pas de serrer fermement la main tendue du jeune Potter pour autant.
Minerva McGonagall pensait avoir tout vu depuis l'époque où elle avait eu le plaisir mais aussi le malheur d'enseigner à la génération des Maraudeurs. Pourtant, le jeune Harry Potter paraissait être décidé à battre tous les records établis par son père et les autres farceurs que comptait son entourage.
Assis à la table des Poufsouffle, le Gryffondor discutait joyeusement avec l'un des préfets, Cédric Diggory, tandis que Londubat et la jeune Lovegood essayaient visiblement d'engager la conversation avec le dernier arrivé de leur petite bande…
Drago Malefoy.
Le fils de Lucius ne paraissait pas particulièrement à l'aise d'être entouré de Poufsouffle, de Gryffondor et de Serdaigle mais il finit par laisser tomber son masque d'indifférence au bout d'un moment. La directrice des rouge et or fut surprise de retrouver Sirius au même âge dans certaines de ses expressions.
- Minerva, est-ce que les elfes auraient versé du Whisky Pur Feu dans mon gobelet, par hasard ?
Se tournant sur sa gauche, l'enseignante constata que Severus observait la scène avec au moins autant d'étonnement qu'elle en avait manifesté au premier abord. Le maître des potions se frottait les yeux comme s'il n'arrivait pas à croire qu'il était véritablement éveillé.
- Je ne pense pas, Severus. Et si vous faites allusion au jeune M. Malefoy, il est bel et bien assis à la table des Poufsouffle.
- Mais comment…
- Je l'ignore moi-même mais si je devais émettre une hypothèse, je dirais que cela a à voir avec M. Potter.
- Le « Survivant » ? Vous le voyez vraiment faire ami-ami avec un Serpentard ? Il ressemble bien trop à son satané père pour ça…
- Oh, je ne parlais pas de lui mais de l'autre M. Potter. Regardez plus attentivement la table des Poufsouffle, Severus.
Rogue devait avouer que jamais il ne se serait attendu à ce qu'un fils de James Potter puisse chercher à se lier d'amitié avec l'un de ses Serpentard, et encore moins avec l'héritier de Lucius… mais à bien y réfléchir, il ne se serait pas attendu à voir le plus méconnu des deux fils de Lily à réussir aussi bien sa potion aujourd'hui.
Peut-être qu'il y avait véritablement de l'espoir pour le jeune Harry et dans d'autres domaines que celui auquel pensait Severus. Même si le jeune Potter ne l'avait sans doute pas réalisé, c'était un véritable réseau qui était en train de tisser autour de lui comme une toile, avec des élèves de chacune des quatre maisons…
Les amis qu'il était en train de se faire aujourd'hui pourraient très bien se présenter comme autant d'opportunités d'emplois une fois sorti de Poudlard et Severus était obligé de reconnaître –même s'il ne le dirait jamais à voix haute- que le garçon aux yeux verts l'intriguait. Peut-être devrait-il lui accorder davantage d'attention qu'à son pitoyable frère finalement…
Harry ne put s'empêcher de soupirer intérieurement. Il lui avait fallu un long moment pour persuader Cédric, Luna et Neville de garder le secret concernant Mokona. Par contre, l'incident avec l'ex-préfète de Serdaigle ne l'avait pas étonné le moins du monde. C'était d'ailleurs parce qu'il avait prévu que ce genre de chose arriverait tît ou tard qu'il avait demandé à Cédric de garder un œil sur Luna autant que possible… et qu'il avait également chargé Mokona de la suivre discrètement dans tous ses déplacements.
En effet, comme il l'avait si bien démontré aujourd'hui, Mokona était en mesure d'absorber à peu près tout et n'importe quoi, même s'il s'agissait de magie. Le jeune Potter n'avait jamais essayé de lui faire avaler un Avada Kedavra mais il n'aurait guère été étonné de voir la boule de poils se contenter de roter comme si de rien n'était après l'avoir ingurgité.
Après tout, l'adolescent osait à peine imaginer la puissance que devait condenser les magies cumulées de deux sorciers d'exception comme Yuko Ichihara et Clow Reed. A sa connaissance, rien n'avait été en mesure de blesser aucun des deux Mokona jusqu'ici et pourtant, ce n'était pas le danger qui leur avait manqué.
- Est-ce que c'est vrai que ton père a une liaison avec le Ministre de la Magie, Drago ?
Le Serpentard manqua de s'étrangler avec son jus de citrouille en écoutant la question posée par Luna d'une voix innocente. Il lui fallut d'ailleurs quelques instants pour pouvoir lui répondre d'une voix haut perchée :
- QUOI ?
Pour toute réponse, la Serdaigle lui passa l'article du Chicaneur qui y faisait référence et le visage du blond ne tarda pas à prendre une teinte aussi pâle que ses cheveux, ses yeux paraissant sur le point de sortir de leurs orbites.
- Dites-moi que c'est une blague… et qu'est-ce que c'est que cette histoire de troll ?
- Ton père a souvent mentionné à quel point il était proche du Ministre aux journalistes de la Gazette du Sorcier et des employés du Ministère ont confirmé qu'ils le voyaient souvent lui rendre visite… même tard dans la soirée.
Le visage du Serpentard prit une couleur verdâtre et il semblait être sur le point de rendre son déjeuner. Passant une main sur son front, il marmonna à voix basse.
- Ma mère ne va jamais s'en remettre…
- Peut-être faudrait-il mieux qu'elle l'apprenne par toi plutôt que par la presse, non ? Ma grand-mère dit toujours qu'il faut mieux gérer les histoires de famille en privé. Intervint Neville, visiblement sympathique à l'égard de Malefoy.
Drago se contenta d'acquiescer de la tête. Bien sûr, il avait toujours su que son père était un proche collaborateur de Fudge mais de là à imaginer qu'ils aient pu devenir à ce point… intimes, cela le rendait malade. D'ordinaire, il n'aurait sans doute jamais prêté attention à ce qui était écrit dans le Chicaneur mais les témoignages provenaient de gens dont il reconnaissait les noms. Merlin tout-puissant, il avait même rencontré certains de ces employés du Ministère !
Cela expliquait aussi bien des choses : pourquoi ses parents faisaient chambre à part, pourquoi il n'avait jamais eu de frère ni de sœur alors qu'il en avait ardemment désiré, et même pourquoi son père rentrait souvent aussi tard le soir lorsque Drago se trouvait au Manoir, pendant l'été.
Mais franchement, de toutes les personnes avec qui il aurait pu tromper sa mère, pourquoi cet imbécile décérébré de Fudge ? Son père était-il gay ? Ne s'était-il marié avec sa mère seulement pour obéir à son père et concevoir un héritier ?
S'excusant auprès de ses camarades, Drago quitta la table des Poufsouffle en direction des donjons. Il avait une lettre à écrire… et un déjeuner à régurgiter.
