Chapitre 10 : La plume et l'épée
- Je suis désolée, Harry.
L'adolescente se tenait en face de lui, ses longs cheveux noirs rejetés en arrière et pour la première fois depuis qu'ils s'étaient rencontrés, elle refusait d'affronter son regard. Non, ses iris azurés étaient fixés sur le terrain de Quidditch qu'on pouvait apercevoir à l'horizon.
- P… pourquoi ? Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ?
Il mit quelques secondes à réaliser que cette voix chevrotante était la sienne. D'aussi loin qu'il se souvenait, jamais il ne s'était exprimé avec autant d'incertitude… Cela lui rappelait un peu Neville, lorsqu'il avait fait sa connaissance en première.
Pourtant, il pouvait voir son reflet quelque peu déformé sur la vitre et sa silhouette n'était pas celle d'un garçon de onze ans. Agé d'environ treize ans, l'adolescent aux yeux émeraude paraissait tellement désespéré qu'il avait presque l'impression de faire face à un étranger. Même à la mort de Sirius, qui avait sûrement été la cause d'une des pires dépressions de son existence, il s'était toujours efforcé d'aller de l'avant, de ne pas gaspiller les sacrifices qui avaient été faits pour lui…
… et c'était peut-être ce qui manquait à ce Gryffondor qui n'avait de lion que le blason sur sa poitrine. Sans personne qui l'ait jamais aimé, ni qui se soit préoccupé de lui, il en était venu à considérer son existence comme aussi insignifiante que le prétendaient les Dursley. Il était l'être brisé qu'il serait devenu si Hagrid ne lui avait pas révélé la vérité de sa nature mais aussi et surtout l'amour que ses parents avaient ressenti envers lui.
- Ecoute, c'est pour ton propre bien que je fais ça… avec l'évasion de Pettigrow, plus aucun endroit n'est sûr et... tous ceux qui sont proches du Survivant ou de sa famille sont des cibles potentielles. Déclara-t-elle, posant son regard n'importe où sauf sur lui.
Contrairement à la détresse qui animait l'adolescent, il ne ressentait qu'une légère sensation de déjà-vu face à cette scène. Même si le contexte n'était pas du tout le même, il se souvenait de la manière dont Dumbledore l'avait évité pendant sa cinquième année. Tout comme la Gryffondor qui lui faisait face, il n'avait eu aucune idée du mal que cela faisait à quelqu'un d'être ignoré de la sorte.
- M… mais je suis son frère ! Est-ce que cela ne fait pas de moi une cible aussi ? Tenta d'argumenter le garçon d'une voix légèrement plus assurée.
Malheureusement pour lui, le couperet ne fut pas long à tomber.
- Tout le monde sait que les Potter t'ont renié, Harry… et certains Serpentard pensent même que ce serait rendre service aux Potter que de s'en prendre à toi.
Il demeura de marbre tandis que l'adolescent se mettait à courir dans la direction opposée, les joues rougies par l'effort… et les larmes versées. Comme il lui était étrange de ressentir le liquide salin s'écouler le long de ses joues après tant d'années sans avoir pleuré.
- Harry ! HARRY !
Le jeune homme se réveilla en sursaut, pestant contre ces maudits cauchemars tout en rabattant ses couvertures avant d'attraper la petite bouteille d'eau qui était posée sur sa table de chevet. Il avala trois gorgées avant de prendre une profonde inspiration, utilisant l'occlumencie pour ranger ce nouveau souvenir avec tous les autres du même genre.
En effet, il ne s'agissait pas de simples songes mais bel et bien de souvenirs, au détail près qu'ils n'étaient pas réellement les siens. Cela faisait maintenant plusieurs semaines qu'il revivait des scènes du passé de son « prédécesseur », dans un ordre totalement aléatoire, et qui l'obligeaient souvent à se réveiller à des heures impossibles.
Voilà pourquoi il quitta silencieusement son lit et attrapa sa trousse de toilette et des vêtements propres avant de se diriger vers la salle de bains. Ce n'était pourtant pas faute d'avoir essayé de se vider l'esprit.
Au moins deux voire trois fois par semaine, il passait plusieurs heures dans la Salle sur Demande à s'entraîner à l'épée le soir, autant pour s'entraîner que pour épuiser suffisamment son corps et son esprit avant d'aller se coucher. Il prenait même un soin pour particulier à vérifier et même renforcer ses barrières d'occlumencie avant de se laisser bercer dans les bras de Morphée… mais rien n'y faisait.
Enfin, le bilan n'était pas si négatif que cela puisque ces souvenirs lui avaient permis d'observer un nouvel aspect de l'ancien Harry, non seulement sa manière de parler et ses expressions mais aussi des détails de sa vie qui avaient été soit trop insignifiants soit trop douloureux pour qu'il les consigne dans son journal intime.
Tournant le robinet, il laissa échapper un soupir de lassitude en sentant l'eau chaude glisser sur son corps. Jamais il n'avait autant apprécié ce petit confort moderne que depuis qu'il en avait été privé pendant la grande guerre, où il avait été obligé de se jeter des sorts de nettoyage ou au mieux de se laver à l'eau froide, faute de pouvoir allumer un feu sans risquer de se faire repérer…
S'appuyant contre le mur, il demeura un long moment ainsi, à simplement laisser le liquide laver la fine pellicule de sueur qui recouvrait son corps et, peut-être, cette tâche sombre qui ne semblait pas vouloir quitter son âme.
Contrairement à Bellatrix qui rentrait toujours très tard le soir dans sa jeunesse, souvent pour se livrer à ces petites « chasses aux moldus » que leur père appréciait tant, ou même à Andromeda qui sortait souvent en cachette pour aller retrouver son sorcier né-moldu, Narcissa s'était toujours couchée tôt et avait donc pris dès l'adolescence l'habitude de se lever aux aurores.
Cette particularité lui avait permis de supporter sans trop de contraintes les nuits assez courtes que lui imposait Drago dans les semaines qui avaient suivi sa naissance. Oh, Lucius avait été tellement enragé de ne pas pouvoir dormir avec tous ces cris qu'il avait fini par changer de chambre, utilisant tous les sortilèges d'insonorisation possibles et imaginables pour réussir à dormir un peu.
Tandis qu'elle dégustait une tasse de thé, assise dans la pièce qui lui servait de bureau lorsqu'elle devrait écrire des lettres ou bien recevoir les rares amies sincères qu'il lui restait encore, l'ancienne Serpentard réfléchissait.
Bien qu'âgée de presque trente-neuf ans, Narcissa Malefoy paraissait facilement dix ans de moins. Sa longue et soyeuse chevelure blonde, qui retombait dans son dos avec une certaine élégance n'était cependant pas héritée de Cygnus Black mais de sa mère, Druella Rosier. Il en allait d'ailleurs de même pour ses yeux d'un bleu pâle.
En revanche, les traits aristocratiques de son visage provenaient indubitablement des Black, comme en témoignait la ressemblance qui la liait à son cousin Sirius, ou même à ses sœurs aînées.
Contrairement au fils d'Orion et de Walburga, Narcissa ne s'était jamais opposée aux décisions de ses parents. Lorsque Cygnus avait décidé que sa fille cadette honorerait le contrat passé entre sa famille et la Maison Malefoy, originellement contracté entre Lucius et sa sœur Andromeda, la jeune femme avait accepté sans sourciller. A cette époque, elle avait trouvé le blond assez charmant, même s'il lui était apparu dès le départ comme particulièrement ambitieux et entièrement dévoué aux arts sombres.
La sœur de Bellatrix n'avait jamais osé espérer un mariage semblable à ceux des contes de fée que lui racontait sa mère lorsqu'elle était petite mais elle avait au moins voulu croire que son futur époux ferait autant d'efforts qu'elle pour que leur mariage soit un succès…
… et au début, il l'avait été. Lors des réceptions organisées au Manoir Malefoy, les deux jeunes mariés avaient été dépeints comme formant un très joli couple, et paraissant très heureux ensemble. La vérité n'aurait pas pu être plus différente.
Lucius désirait un héritier. Voilà pourquoi il avait partagé sa couche à de nombreuses reprises, en lui donnant l'illusion d'être amoureux d'elle et ne souhaitant rien d'autre que son bonheur. Oh bien sûr, il y avait eu les cadeaux : combien de bijoux ne lui avait-il pas achetés les premières années, tous plus onéreux les uns que les autres… et aussi les ballades romantiques en tête à tête, les dîners dans les restaurants les plus chics…
… mais même à cette époque, Narcissa avait su que son mari était un Mangemort. Combien de fois n'avait-elle pas contemplé la marque hideuse sur l'avant-bras de son époux, en se demandant comment Lucius pouvait considérer cela comme un « honneur ». Elle s'était évidemment abstenue de formuler ces pensées à voix haute et avait même fait de son mieux pour les ignorer, se concentrant exclusivement sur son couple.
Malheureusement, le rêve avait pris fin au printemps 1980, lorsqu'elle avait donné naissance à son fils. Oh Lucius avait été fier, et plus heureux qu'elle ne l'avait jamais vu mais… quelque chose l'avait dérangée. Peut-être était-ce dans le regard qu'il portait sur l'enfant, comme s'il ne chérissait pas le bébé lui-même mais l'image qu'il se faisait de son fils adulte.
Ses craintes ne tardèrent pas à être confirmées lorsque l'héritier des Malefoy commença à lui dire que son fils prendrait la place qui lui reviendrait de droit dans les rangs du Seigneur des Ténèbres une fois adulte. Bien qu'horrifiée par une telle pensée, Narcissa était demeurée silencieuse, gardant la tête basse. Intérieurement, elle s'était jurée de tout faire pour protéger son petit ange, même si elle devait y laisser la vie.
Tandis qu'elle s'occupait de leur fils, Lucius s'absentait de plus en plus souvent, pour du « travail »… mais elle n'était pas dupe. Chaque fois, elle lisait dans la Gazette les récits d'une attaque par les Mangemorts le lendemain.
Etrangement, ses absences n'avaient guère changé suite à la disparition du Seigneur des Ténèbres. Dans les premiers temps, il y avait eu le procès où il avait dépensé une fortune considérable pour se faire acquitter mais même après cela, le patriarche des Malefoy avait continué à disparaître durant des heures durant, puis des jours entiers…
Cela ne signifiait pas qu'il lui laissait l'opportunité de tenter quoi que ce soit pour autant. Lors de ses absences, l'épouse d'un de ses… « collaborateurs » ne manquait pas de lui rendre visite. Tantôt, il s'agissait d'Angelica Parkinson, tantôt de Belladonna Goyle…
Bref, elle avait su dès le départ qu'elle ne pourrait pas profiter de ses absences pour s'enfuir, ou même prendre un amant. A la place, elle avait décidé de se consacrer à son rôle de mère, en tâchant d'élever Drago du mieux possible. Quelque part, elle avait été comme une mère célibataire, contrainte d'expliquer à son fils que son père existait bel et bien mais qu'il « travaillait » beaucoup, jusqu'à ce qu'il s'aperçoive de lui-même que ces disparitions régulières ne provenaient sans doute pas d'une activité professionnelle.
Narcissa devait reconnaître qu'elle avait fini par être intriguée par les endroits où pouvait bien se rendre Lucius. Elle avait évidemment conscience qu'elle ne pouvait pas le faire suivre –son mari ou l'un de ses acolytes s'en rendrait compte tôt ou tard et remonterait jusqu'à elle – mais elle avait trouvé un moyen d'assouvir sa curiosité.
Il existait une branche de la magie, liée à la divination et à l'arithmancie : la rhabdomancie. A l'aide de calculs assez précis, d'une carte, d'un pendule et d'un objet appartenant à une personne, on pouvait arriver à cibler assez précisément la personne en question sur une carte. Néanmoins, il fallait exceller en arithmancie et être en possession d'un diamant vert, une pierre particulièrement coûteuse, ce qui expliquait que cette discipline soit peu à peu tombée dans l'oubli.
C'était sa mère qui la lui avait enseignée. Etant sa cadette, Narcissa avait été la plus proche de sa mère, contrairement à Bellatrix qui jouait dès l'enfance les garçons manqués ou encore Andromeda, dont l'indépendance n'avait jamais pu être courbée. Les femmes de la famille Rosier pratiquaient cet art depuis des générations et c'était à la plus jeune de ses enfants que l'épouse de Cygnus avait décidé de le transmettre.
Après s'être livrée à cet exercice à de nombreuses reprises lors des absences répétées de Lucius, Narcissa avait remarqué plusieurs lieux où son mari se rendait en particulier : l'Allée des Embrumes le plus souvent, où il se fournissait en artefacts obscurs qu'il entassait dans leur cave ou dans leur coffre à Gringotts, ce qui n'était donc pas une surprise.
Il se rendait souvent dans divers villages moldus, et en lisant la presse moldue –dont elle brûlait les exemplaires aussitôt qu'elle en avait parcouru les articles intéressants- elle s'était aperçue que les lieux en question faisaient toujours l'objet d'attaques sur des familles moldues, ce qui n'était pas non plus très étonnant.
Non, le plus intriguant avait été le dernier endroit : le Manoir Zabini. A sa connaissance, Cordélia Zabini avait eu sept époux, qui avaient eu en commun d'être très riches… et de mourir jeunes.
Se doutant que son mari devait avoir une liaison avec celle qui était ouvertement appelée la Veuve Noire, la mère de Drago avait préféré ne pas en apprendre davantage. Tout cela avait cependant changé en lisant la lettre que lui avait écrite son fils quelques semaines plus tôt.
Jamais Narcissa n'avait autant ri depuis des années. L'article du Chicaneur joint à la lettre n'avait fait qu'accroître son hilarité et pour un peu, elle aurait bien envoyé une bouteille de son meilleur vin à Xenophilius Lovegood. Elle avait tout d'abord considéré nier toutes les allégations portées envers son mari, jugeant cette histoire de liaison entre lui et Fudge ridicule et puis… un plan avait germé dans l'esprit de l'ancienne Serpentard.
Cela faisait plus d'une décennie qu'elle cherchait à se libérer du joug de Lucius et peut-être qu'inconsciemment, son petit Drago lui en avait donné les moyens.
La Grande Salle était encore quasiment déserte lorsque le jeune Potter se laissa tomber sur son siège. La nourriture ne tarda pas à apparaître et il remercia les inventeurs du café en dégustant une gorgée de ce liquide brûlant sans lequel il n'aurait pas été certain de pouvoir rester éveillé bien longtemps.
Tout en beurrant tranquillement une tartine, il se mit à repenser aux événements des dernières semaines.
Harry n'avait pas été en mesure d'empêcher le faux Maugrey de donner son cours sur les Sortilèges Impardonnables, même s'il s'était efforcé de préparer mentalement Neville pour la leçon en question. En effet, les éventuelles objections qu'il aurait pu soulever face au Mangemort n'auraient eu pour seul effet que de le faire remarquer par Croupton Jr. Or, l'adolescent n'avait aucune envie qu'un assassin sans scrupules doté d'un œil magique décide de le suivre partout.
Cependant, le jeune Potter n'était pas resté inactif pour autant. Le temps et l'expérience lui avaient appris qu'une approche directe n'était pas toujours le meilleur moyen d'action à sa disposition. Voilà pourquoi il avait rédigé une lettre anonyme à l'attention de Rita Skeeter –pas de sa main bien entendu, un Rusard sous Imperium était bien plus pratique- pour lui révéler le contenu pour le moins inhabituel des cours de Défense Contre les Forces du Mal.
Il fut interrompu dans ses réflexions par l'arrivée d'un hibou, qui vint déposer devant lui un exemplaire encore chaud de la Gazette du Sorcier. C'était l'un des petits privilèges d'être citoyen gobelin que d'être tenu au courant des dernières nouvelles avant le reste de la population sorcière, ce qui pouvait constituer un avantage certain en matière de finances.
Un sourire amusé fleurit sur les lèvres du Gryffondor au moment où il parcourut la première page des yeux. La journaliste n'avait évidemment pas pu résister à l'appel d'un scandale aussi juteux, et c'est pourquoi il ne fut guère surpris du contenu de l'article principal, qui était surmonté d'une photo montrant le professeur Maugrey en train de serrer la main de Dumbledore lors d'une séance du Magenmagot. La scène lui paraissait assez familière et il suspecta que le cliché en question date des années 80, à l'époque de la grande vague de procès menée par Croupton Sr, alors Directeur de la Justice Magique.
LES IMPARDONNABLES ENSEIGNES A POUDLARD !
Alastor Maugrey, surnommé « Fol'œil » a fait de nouveau parler de lui ces derniers jours. En effet, l'ex-Auror d'un âge avancé, réputé pour sa paranoïa, avait fait l'objet d'un incident entre les représentants de l'ordre moldu et certains employés du ministère de la Magie. Il ne s'agit toutefois pas cette fois-ci de poubelles agressives et bruyantes mais de quelque chose de bien plus grave.
Il convient de rappeler que l'ex-Auror est sorti de sa retraite à la demande du professeur Dumbledore, le directeur de l'école de sorcellerie Poudlard, afin d'enseigner à nos enfants la Défense contre les Forces du Mal. Il s'avère que Maugrey ne s'est pas contenté de connaissances en matière de défense mais bel et bien des arts sombres eux-mêmes.
Une source anonyme nous a révélé que l'ancien chasseur de mages noirs faisait des démonstrations des trois sortilèges impardonnables, dès sa classe de quatrième année. Imaginez des enfants de quatorze ans en train de contempler des animaux en train d'être contrôlés par l'Imperium ou encore torturés à l'aide du sortilège Doloris ! Ces informations nous ont bien évidemment été confirmées par plusieurs élèves, ainsi que certains de leurs parents, qui se sont dits choqués par des actes aussi irresponsables.
Lorsque des fonctionnaires du Ministère ont été interrogés sur la légalité de tels procédés, il nous a été confirmé du bout des lèvres que l'usage des Impardonnables sur des animaux était autorisé pour les apprentis Aurors lors de leur formation mais en aucun cas par des civils, et encore moins pour faire l'objet de cours magistraux.
Mais ce n'est pas tout ! Non content de démontrer ces sortilèges horribles sur des animaux, Fol'œil a ensuite utilisé l'Imperium sur des enfants ! Il en a même fait l'objet de plusieurs de ses cours, prenant un plaisir pervers à faire exécuter toutes sortes de tâches à ses élèves, toutes plus dégradantes les unes que les autres !
La directrice du Département de la Justice Magique, Mme Amélia Bones, a affirmé qu'une enquête serait ouverte à l'encontre de Maugrey pour son usage des sortilèges interdits dans un but pédagogique mais aussi de Dumbledore, pour avoir autorisé de telles pratiques au sein même de son établissement. N'ayant pas le pouvoir de licencier Fol'œil, Mme Bones a toutefois dépêché deux Aurors à Poudlard, qui auront pour mission de surveiller le professeur de Défense contre les Forces du Mal, aussi bien dans ses cours que dans le reste de ses déplacements.
D'après la loi sorcière, l'usage des Impardonnables sur des animaux entraîne une amende et tout au plus une peine de sursis à Azkaban. En revanche, la personne qui viendrait à utiliser ne serait-ce qu'un seul de ces sortilèges sur un sorcier encoure une peine de prison à vie à Azkaban, et un minimum de quarante ans de prison ferme. Avec les témoignages qui ne font que s'accumuler, il est probable que l'enseignant passe Noël dans une geôle en compagnie des Détraqueurs.
Le professeur Dumbledore n'était malheureusement pas joignable et sa directrice-adjointe n'a pas voulu répondre à nos questions…
Tout en reposant le journal sur la table, Harry songea que tous les problèmes ne pouvaient pas être résolus aussi facilement. Si Neville, Luna et Cédric avaient gardé le secret concernant Mokona, cela ne les empêchait pas de l'interroger régulièrement à son sujet. C'était compréhensible, puisque la petite créature n'existait pas dans ce monde et n'y était pas référencée. A vrai dire, il n'existait à sa connaissance que deux Mokona dans l'ensemble des dimensions…
C'est pourquoi il finit par leur avouer que Mokona était un être qui avait été créé par un grand sorcier oriental mais qu'il n'en connaissait pas les circonstances exactes. Ce n'était d'ailleurs pas vraiment un mensonge puisqu'il ignorait de quelle manière Clow Reed et Yuko Ichihara s'y étaient pris pour créer les deux petites créatures.
Il fut néanmoins sorti de ses pensées par les respirations saccadées de Neville, qui venait de s'asseoir à ses côtés, bientôt suivi par Luna.
- Qu'est-ce qui se passe ? L'interrogea le jeune Potter en lui adressant un regard curieux.
- Le… le tournoi… Beauxbâtons… Durmstrang…
- Reprends ton souffle et ensuite, parle. Tiens, bois donc un verre de jus de citrouille.
L'adolescent le remercia d'un hochement de tête avant d'avaler goulument plusieurs gorgées du liquide sucré. Une fois sa soif étanchée et sa respiration redevenue régulière, le fils des Aurors Londubat reprit la parole d'un ton excité mais plus compréhensible.
- On vient de l'afficher ! Les délégations des deux autres écoles vont arriver vendredi soir, à 18 heures ! Et en plus, les cours finiront un peu plus tôt à cause de ça ! S'exclama le Gryffondor, un grand sourire aux lèvres.
- Cela signifie aussi que le tournoi ne va plus tarder à commencer… Commenta Harry d'une voix songeuse.
Les deux premiers mois s'étaient écoulés si vite qu'il ne les avait presque pas vus défiler. Sans les matchs de Quidditch, la routine avait repris son cours sans beaucoup de péripéties. Le seul fait notable, c'était l'amitié qu'ils avaient nouée avec Drago.
Ce dernier ne tarda d'ailleurs pas à s'asseoir en face d'Harry, un sourire flottant également sur ses lèvres. Le Gryffondor n'aurait jamais imaginé que le Serpentard change aussi vite de caractère, même si ce n'était pas la première fois qu'il se liait d'amitié avec lui. Finalement, une fois qu'on avait cerné le garçon derrière le masque, il était plutôt sympathique.
Oh bien sûr, ils n'étaient pas devenus les meilleurs amis du jour au lendemain. L'éducation du vert et argent lui avait donné de nombreux préjugés mais il lui semblait que Narcissa s'était montrée plus ouverte avec lui dans ce monde-ci. En tout cas, elle possédait une plus grande influence sur lui que dans son monde d'origine, puisqu'il la citait plus souvent que son père.
Peut-être était-ce dû aux mystérieuses et nombreuses absences de Lucius ? Harry ignorait si les rumeurs colportées par le Chicaneur étaient vraies, même s'il en doutait un peu, mais son épouse avait semble-t-il comblé le manque affectif de son fils en le rangeant davantage de son côté.
Du point de vu du jeune Potter, c'était une excellente nouvelle, qui avait simplifié l'ouverture du Serpentard à de nouvelles opinions, ainsi qu'à ses nouveaux amis. Crabbe et Goyle n'avaient visiblement pas su comment réagir, se contentant d'éviter Drago mais d'autres avaient essayé de lui mener la vie dure, comme Blaise Zabini.
Inutile de préciser que Zabini avait passé plusieurs séjours à l'infirmerie ces deux derniers mois, même si aucun coupable n'avait été appréhendé…
- Vous avez vu, les élèves de Durmstrang et de Beauxbâtons seront bientôt là. J'ai hâte de savoir quel moyen ils vont utiliser pour choisir les champions… Déclara le blond d'un ton rêveur.
- Ne t'emballe pas trop vite, Drago. Rappelle-toi que Dumbledore a dit que seuls les élèves âgés de plus de dix-sept ans pourraient concourir… et cela m'étonnerait qu'il y ait des exceptions à la règle. Rétorqua Luna, qui venait de poser le Chicaneur devant elle.
- Je sais bien mais quand même, imagine… une gloire éternelle !
Harry ne put se retenir d'éclater de rire en entendant le ton admiratif du jeune Malefoy et c'est en regardant les expressions interrogatives de ses amis qu'il finit par leur expliquer ce qui était si drôle.
- Vous savez que ce tournoi a eu lieu à plusieurs reprises par le passé, notamment à Poudlard, même s'il a fini par être interdit.
- Pourquoi a-t-il été interdit ? Demanda Neville, curieux à ce sujet.
- Trop de morts, semble-t-il. Les épreuves imposées aux champions étaient vraiment dangereuses, et il y a même eu des blessés dans le public et parmi les juges, je crois.
Cette information sembla refroidir quelque peu l'enthousiasme du Gryffondor, qui avait pâli lorsqu'Harry avait fait allusion aux morts mais cela n'avait pas dissuadé Drago pour autant, qui attendait d'ailleurs que son ami poursuive ses explications.
- Où veux-tu en venir, Harry ? L'interrogea clairement Malefoy.
- Et bien, comme je l'ai dit, il y a eu plusieurs tournois et par conséquent, plusieurs vainqueurs mais connaissez-vous seulement le nom d'un de ces gagnants ?
Les trois jeunes sorciers prirent des mines concentrées, cherchant visiblement à se souvenir du nom d'un ou plusieurs de ces champions du tournoi des trois sorciers mais ils finirent par tous secouer la tête de gauche à droite en signe de réponse négative. Harry leur adressa alors un grand sourire, particulièrement dirigé vers Drago.
- La « gloire éternelle » qui est promise au vainqueur n'est donc pas si éternelle que ça, tu ne crois pas ?
Malefoy réalisa alors ce qu'il avait voulu dire et ouvrit la bouche pour répondre mais aucun son ne sortit. Il finit par la refermer avant de frapper du poing sur la table d'un air rageur.
- Malédiction ! Mais à quoi ça sert alors de participer à ce stupide tournoi ?
- Hm… à part de s'exposer à une mort atroce sous les yeux de plusieurs centaines de spectateurs, tout cela dans le but de remporter mille gallions ? Pas grand-chose, j'imagine. Rétorqua Harry d'un ton sarcastique en haussant les épaules.
- Dit comme ça, c'est nettement moins engageant. Confirma Neville, dont le visage avait retrouvé des couleurs mais conservé un certain malaise.
- Drago a soulevé un point intéressant. Commenta Luna, avant de poursuivre. La question qui m'intéresse davantage, c'est pourquoi ils l'ont organisé en premier lieu ?
- Grand-mère disait que c'était pour rapprocher les élèves des trois écoles, pour la « coopération magique internationale » ou quelque chose comme ça. Répondit Neville.
- Ce n'est pas le genre de Fudge de dépenser des gallions de cette manière s'il peut faire autrement. C'est trop gros, il y a forcément anguille sous roche… Finit par remarquer Drago, les sourcils plissés.
Harry ne put s'empêcher de sourire intérieurement devant les raisonnements des trois adolescents. Lui-même n'y avait d'ailleurs pas songé dans son monde d'origine, la réponse lui était venue beaucoup plus tard… et pourtant, elle était assez évidente lorsqu'on prenait le temps d'y réfléchir.
Plongeant la main dans la poche de sa cape, le garçon aux cheveux noirs en sortit un vieil exemplaire de la Gazette du Sorcier, où figurait une photo dépeignant un homme au front dégarni et au visage décharné, avec de petits yeux humides. Il était revêtu de haillons typiques des prisonniers d'Azkaban.
PETTIGROW TOUJOURS INTROUVABLE
- Et alors ? Demanda Neville, confus.
Ce furent les yeux de Drago qui s'illuminèrent de compréhension en premier, même si l'expression de Luna laissait penser qu'elle avait également compris où il voulait en venir.
- Une diversion ? Une gigantesque diversion pour nous faire oublier qu'un évadé armé et dangereux est toujours en cavale après plus d'un an ? S'exprima Drago à voix haute.
- C'est mon opinion, en tout cas. Si vous brandissez une torche dans une main, personne ne fera attention au poignard que vous tenez dans l'autre.
- J'en viendrais presque à croire ces théories de complot du Chicaneur sur Fudge et son armée d'héliopathes… S'exclama Drago en secouant la tête.
- Ne croyais-tu pas les rumeurs sur lui et ton père ? Intervint Neville, un léger sourire aux lèvres.
Le blond rougit jusqu'aux oreilles mais ne répondit rien. Sa mère lui avait répondu assez rapidement mais elle n'avait pas été en mesure de l'éclairer à ce sujet. Elle avait suspecté son époux d'avoir des aventures mais elle ne se serait jamais imaginée qu'il ait des… « goûts si particuliers », comme elle lui avait écrit dans sa lettre.
- De toutes manières, ce n'est pas en débattant sur le sujet qu'on en saura davantage alors servez-vous avant que les plats ne disparaissent. Déclara finalement Harry, d'un air faussement autoritaire.
Il n'en fallut pas plus pour que les trois affamés se jettent sur la nourriture, leurs estomacs se rappelant à leur bon souvenir maintenant que l'excitation était passée.
Hermione Granger n'était pas d'excellente humeur en cette journée d'octobre. Cela faisait plusieurs jours qu'elle faisait son possible pour sensibiliser ses camarades de classe à l'esclavagisme que subissaient les elfes de maison, non seulement dans les familles de sang-pur mais aussi au sein même de Poudlard mais aucun d'entre eux ne paraissait vraiment s'en soucier. Pire encore, ils avaient l'air de considérer ça normal !
Luttant pour ne pas se mettre de nouveau dans une colère noire, qui n'aurait eu pour seul effet que de la déconcentrer, la Gryffondor referma un autre livre sur le passé de Poudlard, plus spécialisé que l'Histoire de Poudlard, mais tout aussi dépourvu de la moindre mention aux petits êtres serviles.
Embrassant la pièce du regard, elle se rendit compte que la bibliothèque était bien vide, les élèves étant probablement trop occupés à discuter de la venue prochaine des élèves de Beauxbâtons et de Durmstrang pour se soucier de leurs études. C'est pourquoi elle fut surprise de constater qu'un de ses condisciples était cependant présent, assis à seulement quelques tables de distance.
Il lui était difficile de reconnaître que le Gryffondor aux cheveux noirs et aux lunettes rondes qui lisait paisiblement un épais ouvrage, à la couverture reliée de cuir, était le même garçon qui avait participé à la finale de la Coupe du Monde de Quidditch quelques mois plus tôt, surprenant tout le monde en permettant à la Bulgarie de remporter le match.
Pourtant, Harry Potter ne sembla pas lui accorder la moindre attention. Le garçon se contenta de se lever de sa chaise et il était visiblement sur le point de rapporter les nombreux livres posés sur la table quand Mme Pince vint lui indiquer que cela ne serait pas nécessaire, la bibliothécaire ayant besoin de faire l'inventaire de toute façon. C'était sa manière à elle de se montrer gentille avec les élèves qui aimaient les livres et en prenaient le plus grand soin. Elle le savait parce que la sorcière âgée se comportait souvent avec elle de cette manière.
Une fois le frère de Ryan hors de son champ de vision, elle quitta sa table à son tour et passa près de celle où il avait été assis, son regard noisette se posant sur les titres des volumineux ouvrages qu'il avait laissé derrière lui.
Les grands événements de la sorcellerie de l'Antiquité, Guide de la sorcellerie antique, Artefacts légendaires du monde entier, Contes et légendes d'Orient…
Mais qu'est-ce qu'il pouvait bien rechercher ?
La sorcière aux cheveux bruns l'ignorait mais foi d'Hermione, elle comptait bien le découvrir… après être parvenue à améliorer le niveau de vie des elfes de maison. Le bien être de ces gentilles créatures passait en premier, après tout.
