Note de l'auteur: Je m'excuse pour cette très longue période d'absence et je comprendrai tout à fait que nombre d'entre vous n'ayez pas eu envie de poursuivre la lecture de cette fanfiction. J'espère cependant pour ceux dont la patience a survécu à ses huit années d'absence que ce chapitre vous plaira. Je vous souhaite à toutes et à tous une très bonne lecture.
Chapitre 11 : Un temps de chien
Harry enchaîna une dernière fois la série de huit mouvements que lui avait apprise Maître Thorin plusieurs mois auparavant, entaillant profondément plusieurs des cibles sur lesquelles il s'entraînait. En dépit du fait qu'il était plus rapide qu'à l'époque et qu'il se fatiguait moins rapidement désormais, le sorcier avait parfaitement conscience qu'il avait encore beaucoup de chemin à parcourir avant de maîtriser réellement cette technique. Quant au fait d'atteindre un jour le niveau de maîtrise du maître d'armes, il n'imaginait même pas combien de temps cela pourrait lui prendre, ni même si c'était seulement possible. Toutefois ces entraînements quotidiens avaient l'avantage de l'aider à défouler ses frustrations d'une manière qui épargne ses amis.
Laissant échapper un léger soupir, il alla reposer l'épée de bois lestée sur le râtelier et quitta le côté de la Salle sur Demande qui servait à ses entraînements pour rejoindre celle qu'il avait aménagée d'une table basse et d'un canapé d'aspect confortable. Un sourire fleurit sur les lèvres de l'adolescent lorsqu'il aperçut Mokona roulé en boule à l'une des extrémités du sofa et ronflant doucement.
S'asseyant précautionneusement à côté de lui, il attrapa l'un des nombreux livres posés sur la table basse et ôta le marque-page qui s'y trouvait pour reprendre sa lecture. Il s'agissait d'un ouvrage sur les artefacts célèbres du temps du Roi Arthur, que Ragnok avait eu l'amabilité de lui envoyer par hibou lorsqu'il l'avait interrogé au sujet d'Arthur Pendragon et de son père, le roi Uther.
Un mois s'était écoulé depuis que le livre lui était parvenu mais jusqu'ici, le jeune Potter s'était davantage concentré sur ses recherches concernant le Sceau de Salomon. Hélas, il n'avait pu trouver aucune référence sur le devenir de l'objet après la mort du célèbre roi d'Israël sinon quelques légendes qui avaient abouti à chaque fois dans une impasse.
Quelque peu découragé, le Gryffondor avait étendu ses recherches à l'histoire du roi Salomon lui-même et sur des liens entre lui et d'autres artefacts. C'était ainsi qu'il avait trouvé une mention concernant « l'épée de Galaad » qui aurait été forgée par le roi Salomon en personne des millénaires plus tôt. L'ouvrage comportait peu de références sur ce qu'il était advenu de l'épée, sinon qu'elle s'était trouvée sur l'île de Bretagne à l'époque et avait été transmise à un jeune chevalier qui avait été adoubé par Galaad en personne quelques temps avant sa mort.
Découvrir l'identité du chevalier s'était avéré extrêmement difficile puisque son nom n'était mentionné dans aucun des livres de la bibliothèque de Poudlard que le jeune homme avait pu consulter, y compris ceux de la Réserve où il s'était faufilé à plusieurs reprises. La réponse était venue d'une autre source, en l'occurrence de Gripsec, qui avait fouillé dans les archives de Gringotts et lui avait adressé une lettre avec les éléments qu'il avait trouvés.
L'homme adoubé par le célèbre chevalier de la Table Ronde n'était à la base qu'un simple potier qui vivait dans un petit village du Pays de Galles avec sa femme et son fils. Baptisé Peredur, il choisit comme de nombreux autres roturiers de prendre son nom de métier comme patronyme. Devenu messire Peredur Potter, il transmit ensuite son patronyme à ses descendants.
Il aurait pu s'agir d'une simple coïncidence. Après tout, Potter était un nom assez commun au Royaume-Uni dans la société moldue. Gripsec s'était amusé à balayer ses suppositions, en lui indiquant que d'après ses premières recherches, il y avait une réelle possibilité pour que ce Peredur soit le fondateur de sa propre famille. Cela lui demanderait toutefois des recherches plus approfondies, sans garantie que la solution se trouve à Gringotts. Des archives aussi vieilles que celles-là pouvaient avoir été conservées uniquement dans les archives de la famille en question plutôt que copiées auprès des archives gobelines.
Harry ne comptait pas s'emballer pour autant. Si les recherches aboutissaient dans ce sens, il tiendrait là sa première piste sérieuse pour retrouver un artefact lié à Salomon et par voie de conséquence, peut-être se remettre sur la trace du Sceau de Salomon. Toutefois, cela devrait attendre. Les délégations de Beauxbâtons et de Durmstrang arriveraient dans moins d'une heure et il devait prendre une douche bien méritée et avoir revêtu des vêtements propres avant cette échéance. S'il avait le malheur d'arriver en retard, le professeur McGonagall aurait certainement sa peau.
Cela étant dit, il ne pouvait pas laisser sa directrice de maison trop tranquille non plus. Fouillant dans sa malle, il esquissa un sourire malicieux en pensant que la tenue qu'il avait prévue pour la journée serait le meilleur moyen pour que le professeur s'arrache les cheveux.
Depuis l'une des fenêtres du carrosse volant, Fleur Delacour réajusta son épais manteau de fourrure tout en observant les côtes écossaises en contrebas. Un mois plus tôt, elle avait reçu la lettre d'un garçon qui prétendait être un élève de Poudlard et qui lui avait pourtant écrit dans un français impeccable. Son correspondant lui avait donné un certain nombre d'indications sur l'école de sorcellerie britannique, notamment vis-à-vis de son climat assez rude, des endroits qui pouvaient être visités à proximité tels que le village de Pré-au-Lard ou encore sur le fonctionnement de l'école. L'Anglais ne demandait rien en retour, si ce n'est peut-être la possibilité de discuter une fois arrivée sur place. De façon assez étrange, il lui avait indiqué son prénom et la maison dans laquelle il avait été réparti mais pas son patronyme. En revanche, il lui avait décrit les habits assez caractéristiques dont il serait vêtu et qui ne lui semblaient pas très réglementaires.
Il va de soi que sa petite sœur était très excitée à l'idée de rencontrer ce garçon, c'était le premier Anglais qui leur écrivait après tout. Leur père était habitué à recevoir ce genre de correspondance, pour des raisons professionnelles mais les rares correspondances des deux jeunes filles étaient échangées avec des membres de leur famille et des amis de Beauxbâtons, fussent-ils Français, Belges, Luxembourgeois ou encore Espagnols. Fleur ne connaissait pas de Britannique qui ait jamais étudié dans leur école, tous allaient à Poudlard à sa connaissance ou plus rarement à Durmstrang.
Lorsque le carrosse se fut posé aux abords de Poudlard, Fleur ne contempla qu'un bref instant le château médiéval à l'aspect aussi mystérieux que lugubre. Contrairement à ses condisciples qui semblaient captivés par l'énorme bâtiment de pierre, elle avait jeté son regard sur les élèves disposés en rangs serrés des plus jeunes aux plus âgés. Elle ne mit pas longtemps avant de le repérer.
Âgé d'environ quatorze ans, il ne portait pas la même robe noire que les autres élèves. Comme le croquis qu'il lui avait adressé avec sa lettre, il portait un habit traditionnel chinois de couleur blanche, avec un col Mao et une fermeture brandebourg, et un pantalon de la même couleur. Par-dessus, il portait un long et un large manteau bleu vif orné de motifs qui ressemblaient à des chouettes blanches aux ailes déployées. Ignorant les autres élèves, elle se dirigea dans sa direction et l'élève fit de même, laissant derrière lui la grande dame au chignon serré qui lui faisait visiblement une sévère réprimande.
- Bonjour, tu es Harry n'est-ce pas ? Demanda-t-elle en français.
- Harry Potter, en effet. C'est un plaisir de faire ta connaissance, Fleur, répondit-il dans un français presque sans accent. J'espère que vous avez fait bon voyage ?
- Le carrosse était confortable. Je te remercie de nous avoir prévenues à propos du temps écossais, nous aurions été vite frigorifiées avec notre uniforme habituel.
-J'imagine sans mal que le climat est beaucoup plus clément dans le sud de la France qu'ici.
Fleur n'était pas étonnée que le Britannique connaisse l'emplacement approximatif de son école. En revanche, elle était davantage surprise par son patronyme. Potter était aussi le nom de l'enfant dont on disait qu'il avait vaincu le mage noir Voldemort treize ans plus tôt. Pourtant, d'après les articles de journaux qu'elle avait lus, Ryan Potter avait des cheveux d'un roux sombre et des yeux noisette. Ce n'était pas le cas de ce garçon, à la chevelure noire comme la nuit et aux yeux d'un vert ardent.
- Je suis le frère de Ryan Potter mais nous ne sommes pas en bons termes, de même avec nos parents. D'une certaine façon, je suis un peu pour eux ce que le Masque de Fer aurait été pour Louis XIV… quelque chose à garder indéfiniment enfermé dans l'obscurité, expliqua-t-il avec calme et détachement.
La jeune Delacour ne savait pas quoi répondre. Elle n'eut d'ailleurs pas le temps de formuler une réponse que la silhouette d'un énorme navire émergeait de l'eau. Un sourire sincère fleurit sur les lèvres d'Harry en le voyant.
- Viens, je vais te présenter à un ami. Est-ce que tu as entendu parler de Viktor Krum ?
Albus Dumbledore était très occupé par l'accueil des délégations des autres maisons mais il avait un regard assez averti pour contempler ce qu'il avait sous les yeux. Le jeune Harry Potter continuait de le surprendre, ayant visiblement noué des liens non seulement avec un élève de Durmstrang au cours de la Coupe du Monde de Quidditch mais aussi plus récemment avec une élève de Beauxbâtons, de sang vélane de surcroît. Lorsqu'il l'avait aperçu à l'arrivée des deux délégations, le cœur du directeur de Poudlard avait raté un battement. Les couleurs étaient différentes mais par la coupe de ses vêtements, il lui avait rappelé un sorcier éminemment connu en Orient mais qu'il n'avait jamais eu la chance de rencontrer avant sa disparition. Albus s'était demandé si le style vestimentaire du Gryffondor était inspiré de cette figure presque légendaire.
Il se doutait que la fuite concernant l'enseignement des sortilèges impardonnables provenait probablement du jeune Potter. Ce n'était pas plus mal d'un certain point de vue puisque deux Aurors seraient présents pour garder un œil sur le professeur Maugrey ainsi que sur ce qui se passait dans l'école dans un sens plus large. Pour le moment, il était parvenu à retarder l'enquête qui avait été ouverte au sujet du professeur de Défense contre les forces du mal mais il ne pouvait pas le faire indéfiniment.
Le dossier qui intéressait réellement Dumbledore n'avançait malheureusement pas plus vite. Les gobelins étaient au moins aussi doués que lui pour faire traîner en longueur les procédures. Pire encore, il semblait que ces derniers se plaisaient à le faire courir dans tous les sens depuis qu'il avait entrepris de contrecarrer leur adoption du jeune Harry comme pupille de la nation gobeline. Audiences devant des commissions du Magenmagot à Londres, réunions de concertation auprès de la Confédération Internationale des Mages et Sorciers à Genève et d'autres réunions encore sur la place des gobelins dans le curriculum de Poudlard… jamais ils ne s'étaient montrés aussi actifs contre lui.
Albus aurait préféré refermer discrètement le fossé qui s'était créé entre le jeune Harry et sa famille. Nul doute qu'il avait commis une erreur en le séparant d'eux mais à ses yeux, il eut été difficile de faire autrement. Du fait des différences dans leurs potentiels magiques, il y aurait nécessairement eu de la jalousie entre les deux frères en grandissant et encore davantage une fois entrés à Poudlard. Le président-sorcier du Magenmagot avait jugé préférable de les séparer pour que la magie du jeune Harry puisse se développer sans gêne. Il concevait tout à fait que la famille Dursley n'était sans doute pas l'environnement idéal pour un enfant sorcier mais il s'agissait du seul endroit où il avait été en mesure de dupliquer la protection placée sur la maison des Potter.
Il y avait d'ailleurs quelque chose d'étrange avec le potentiel du jeune Harry. Jusqu'à présent, il lui avait paru tout à fait normal avec une puissance magique plutôt élevée mais dans le spectre du raisonnable pour un enfant issu de parents magiquement puissants comme James et Lily. Pourtant, depuis le début de l'année scolaire, Albus ressentait une différence qu'il ne parvenait guère à expliquer. Cela ne se reflétait pas par des notes exceptionnelles, même si les résultats du jeune Potter étaient globalement en augmentation mais il y avait quelque chose d'étrange malgré tout.
Enfin, le repas était presque fini. Il serait bientôt temps de faire son allocution sur le Tournoi des Trois Sorciers.
Drago ne se serait pas attendu à apprécier de se trouver en compagnie de deux Gryffondor, d'une Serdaigle et surtout à la table des Poufsouffle. Pourtant, il devait bien reconnaître que tel était le cas. Viktor Krum, star internationale du Quidditch s'il en était, se trouvait juste en face de lui et discutait avec entrain de ce sport avec Cédric Diggory. Le jeune Malefoy se joignait volontiers à la conversation et il se surprit à esquisser de larges sourires lorsque l'élève de Durmstrang le complimenta sur ses connaissances en la matière.
Le Serpentard n'était pas aveugle pour autant. Il savait qu'Harry ne les avait pas réunis par hasard. De son opinion, le Gryffondor était en train de se créer un cercle d'amis très utiles pour le futur et par Morgane, il s'y prenait bien ! Si Viktor Krum ne suffisait pas, il avait ramené plusieurs élèves de Beauxbâtons à la table des Poufsouffle dont une jolie fille qui devait avoir du sang vélane dans ses veines s'il en croyait la façon dont elle faisait tourner les têtes vers elle.
Le jeune Malefoy commençait à accepter, intérieurement en tout cas, que les valeurs que son père lui avait inculquées sur la valeur du sang et des races magiques n'étaient peut-être pas aussi exactes qu'il l'avait crues. Potter était un sang-mêlé et cela ne l'empêchait pas d'être un sorcier puissance et charismatique. Même Granger, toute sang… née-moldue qu'elle était faisait partie des élèves les plus prodigieux.
- Tu as l'air perdu dans tes pensées, Drago. Quelque chose te tracasse ? Demanda Neville, qui lui tendait un plat de bouillabaisse.
- Mm, je réfléchissais.
- Ne réfléchis pas trop, Drago. Tu pourrais attirer des Ronflaks cornus…
- Je ne t'ai pas demandé ton avis, Lovegood, rétorqua Malefoy avec plus de gêne que de colère, étant assez prudent avec les créatures évoquées par celle-ci depuis qu'Harry lui avait confirmé l'existence des Sombrals.
- Qu'est-ce qui te préoccupait ? L'interrogea Neville pour revenir au sujet d'origine.
- Je repensais à ce qu'Harry nous avait dit l'autre fois, au sujet du Tournoi des Trois Sorciers comme diversion. C'est vrai que le Ministère n'a toujours pas attrapé Pettigrow. Je n'ai pas d'informations détaillées mais en faisant un rapide calcul, le fait d'accueillir un tel événement est coûteux alors qu'il amène très peu de spectateurs étrangers… Or, ce sont des fonds qui auraient pu être investis dans la traque de Pettigrow ou plus globalement dans le budget du département de la Justice Magique.
Drago était intéressé par une carrière ministérielle quand il serait diplômé de Poudlard, pas parce qu'il avait spécialement besoin d'argent pour vivre mais il voulait avoir une influence sur la société et occuper un poste de pouvoir. Il se voyait bien chef de département dans quelques années et probablement Ministre de la Magie quand il aurait l'âge de son père.
- Je suis du même avis, Drago mais je crois que tu oublies un point essentiel, répondit Neville. Le ministre de la magie n'est pas quelqu'un de très proactif en matière de sécurité. Tout le monde sait qu'il se repose beaucoup sur Amélia Bones et même sur le professeur Dumbledore.
- Papa dit que Fudge est impliqué dans beaucoup de conspirations pourtant, intervint Luna d'une voix rêveuse.
- C'est un politicien, évidemment qu'il trempe dans un paquet de trucs louches ! Rétorqua Drago en croisant les bras.
- Je pense que tu feras un bien meilleur politicien que lui, remarqua la Serdaigle avec conviction.
Préparant une remarque cinglante à ce qui devait être une énième critique sans queue ni tête, la mâchoire du Serpentard manqua de se décrocher lorsqu'il réalisa de ce que Luna venait de dire. Passant une main sur ses cheveux d'un blond presque blanc d'un air un peu gêné, Drago daigna finalement reprendre la parole.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? Demanda-t-il d'un ton incertain.
- Tu as commencé à penser par toi-même. Quand j'étais petite, ma mère me disait qu'une personne qui ne se laissait pas influencer, c'était une personne capable de laisser son empreinte dans l'Histoire.
Les mots de la jeune Lovegood, autant que la sincérité avec laquelle elle les avait prononcés, laissa Drago profondément sans voix. Acquiesçant légèrement de la tête avec ce qui serait passé pour de l'humilité chez toute autre personne que lui, le Serpentard accepta gracieusement la banane proposée par Neville en guise de dessert pour ne pas avoir à parler. Il avait rarement été aussi touché par un compliment de toute sa vie.
Harry aurait préféré pouvoir s'esquiver pendant le discours d'explication sur le Tournoi des Trois Sorciers mais il s'en abstint pour deux raisons. La première, c'était pour éviter d'attirer l'attention sur lui. Après tout, il y avait au moins deux Aurors présents dans le château même s'il ne les avait pas encore vus pour le moment. Quant à la seconde, il s'agissait de la possibilité bien que limitée de voir des changements apportés au tournoi lui-même ou aux personnes qui l'entouraient.
Jusque-là, rien dans les propos du professeur Dumbledore ne différait de ses expériences précédentes du Tournoi des Trois Sorciers. Il en allait de même pour Barty Croupton Sr., le lugubre direction du département de la Coopération magique internationale, et le peu dégourdi Ludo Verpey, que Fudge avait crû bon de nommer à la tête du département des jeux et sports magiques.
Son rythme cardiaque ne s'accéléra quelque peu qu'au moment où ils apportèrent la Coupe de Feu. En dépit de son apparence juvénile, son regard de sorcier plus expérimenté lui offrait une toute autre perspective sur cet artefact magique d'une grande rareté. Grossièrement taillée dans du bois, la coupe irradiait pourtant de magie, avant même qu'une gerbe de flammes bleues n'en jaillisse brusquement.
Tout en contemplant l'objet, le Gryffondor entendit Dumbledore évoquer le délai de vingt-quatre heures pour déposer son nom dans la Coupe de Feu, ainsi que la limite d'âge qui avait été mise en place pour éviter que des élèves inexpérimentés n'y participent. L'espace d'un instant, il fut tenté d'y participer de nouveau mais le sentiment fugace s'évanouit presque aussitôt. Il avait déjà participé, à plus d'une reprise et puisqu'il n'y était pas obligé cette fois-ci, il laisserait à Ryan cette tâche. Ce n'était même pas par hostilité à l'égard de son jumeau dans ce monde, il ressentait plutôt une forme de pitié et de mépris envers lui. Non, il s'agissait seulement d'une des épreuves formatrices dont le Survivant de ce monde aurait besoin pour faire face à Voldemort un jour. Harry ferait son possible pour faciliter sa tâche, comme il avait déjà commencé à le faire en détruisant l'horcruxe qu'abritait le diadème de Serdaigle mais il ne pouvait pas vaincre le mage noir à sa place… enfin, pas sans tuer Ryan en tout cas.
Une fois le discours terminé, les élèves commencèrent à se disperser. Après avoir souhaité une bonne nuit à Viktor et à Fleur, il avait suivi d'un pas nonchalant Luna, Neville, Drago et Cédric dans le couloir. Le Poufsouffle était aussi sympathique dans son souvenir, plus encore peut-être compte-tenu des étoiles qui avaient brillé dans ses yeux lorsqu'il lui avait présenté Viktor. Harry espérait sincèrement qu'il parviendrait à sauver sa vie dans ce monde.
Le Gryffondor prétexta avoir oublié quelque chose dans la Grande Salle dans l'idée de leur fausser compagnie assez de temps pour se rendre dans la Salle sur Demande pour une petite discussion avec Watanuki. Hélas, il eut à peine le temps de prendre un couloir en sens inverse que son chemin était barré par une adolescente aux longs cheveux noirs et aux yeux bleus.
Kate, évidemment. Il aurait dû savoir qu'il ne pourrait pas l'éviter éternellement.
- Est-ce que je peux te parler un instant, Harry ?
- Je peux même t'accorder quelques minutes mais je m'en voudrais de te retenir trop longtemps loin de mon frère, Kathleen, répondit le Gryffondor, sans animosité apparente mais dont chaque mot était des plus tranchants.
Potter n'était pas très juste à son égard mais il avait fait assez de cauchemars, ou plus exactement de souvenirs cauchemardesques hérités de son autre lui-même, basés sur ses interactions avec la jeune femme ou bien ses lamentations après avoir perdu son amitié qu'il ne se sentait pas d'humeur très charitable. Il essaya pourtant de voir la fille de Sirius mais à chaque fois se superposait l'image de cet autre Harry, les veines tailladées dans la baignoire de Privet Drive.
Pour sa défense, l'adolescente encaissa la pique sans broncher. Harry arrivait au moins à la respecter pour cela. Il demeura debout, parfaitement immobile et ses mains jointes dans ses manches, de sorte à avoir facilement accès à la baguette dissimulée sous l'une d'entre elles, dans un holster prévu à cet effet.
- Je suis désolée, Harry. Je m'en suis beaucoup voulue après notre dispute, au printemps dernier. Je n'aurais pas dû te rejeter de cette façon et surtout sans rien t'expliquer, je le regrette sincèrement, déclara-t-elle en le regardant droit dans les yeux, avec plus de maturité qu'il n'aurait imaginé voir chez elle.
C'était là où reposait le véritable problème que lui posait la jeune Black. Contrairement à Neville qui n'était pas très proche de l'ancien Harry, Kathleen Black avait été son amie, probablement sa meilleure amie et elle le connaissait sans doute mieux que personne. Rétablir une relation amicale avec elle revenait non seulement à se rapprocher indirectement des époux Potter et de Ryan mais aussi et surtout à risquer qu'elle ne puisse le démasquer. Bien sûr, le risque était très faible puisque le genre de transfert d'âme qu'avait réalisé Harry relevait de la plus pure théorie dans ce monde mais avec Dumbledore, il était préférable de ne laisser aucune place au hasard. Il connaissait assez le directeur de Poudlard pour savoir que la moindre faille, la moindre faiblesse pouvaient être exploitées de manière aussi analytique qu'implacable. Cela faisait partie des choses qu'il admirait autant qu'il détestait chez le « vainqueur de Grindelwald ».
- J'accepte tes excuses, Kate. Comprends cependant que les choses ne pourront pas redevenir comme avant.
La jeune Black se mordit les lèvres mais elle se garda de répondre immédiatement. Harry remarqua intérieurement qu'il n'était pas tellement meilleur que Dumbledore puisqu'il profitait du savoir obtenu par son alter-égo pour savoir exactement sur quelle corde appuyer. La différence entre eux, c'était que le jeune Potter le faisait avant tout pour le bien de Kathleen plutôt que pour le « plus grand bien ».
- Je le comprends, Harry. Je sais que tout ne pourra pas être comme avant mais est-ce qu'on pourrait… recommencer à zéro ?
- Peut-être, se résolut-il à concéder au bout d'un instant qui dût paraître infiniment long à l'adolescente, suspendue à ses lèvres. J'ai changé cela dit, depuis que j'ai décidé de prendre mon destin en main et tu sais que je vais me battre farouchement contre mes parents. En te liant à nouveau d'amitié avec moi, tu risques d'être déchirée au milieu… est-ce que c'est vraiment un risque que tu es prête à courir ? Lui demanda-t-il avec sérieux.
A sa grande surprise, l'adolescente se jeta sur lui pour toute réponse, au point qu'il manqua de dégainer sa baguette. Toutefois, elle ne l'avait pas fait pour l'attaquer mais simplement pour l'étreindre. A ses haussements réguliers d'épaules, il savait qu'elle était en train de sangloter ou en tout cas de faire de son mieux pour contrôler ses sanglots. Elle se frotta rapidement les yeux en se dégageant quelques instants plus tard et esquissa un large sourire.
- Je n'abandonne pas facilement, Harry. On se voit demain !
Sur ces mots, elle se mit à courir dans la direction inverse à la sienne, le laissant aussi perplexe qu'amusé. Il avait été suffisamment distrait par leur échange pour ne pas avoir ressenti plus tôt la présence d'une autre personne dans le couloir.
- Vous pouvez ôter votre sortilège de désillusion maintenant, il n'y a plus que nous ici, remarqua Harry d'un ton légèrement moqueur en tournant la tête vers la droite.
Lorsque l'individu en question fit cesser le sort, le sourire amusé qui flottait sur les lèvres d'Harry disparût également. Vêtu des robes écarlates des Aurors, l'homme aux longs cheveux noirs et aux yeux gris dégageait autant de noblesse que dans son souvenir. Harry se mordit la lèvre inférieure et se maudit de ne pas y avoir pensé plus tôt. Dumbledore devait avoir eu son mot à dire sur le choix des Aurors affectés à Poudlard et s'il n'aurait pas pris le risque d'y faire poster James Potter, du fait de son recours envers Harry, il n'y avait pas de problème similaire avec l'individu qui lui faisait face.
- Bonsoir Harry, s'exclama le sorcier avec ce sourire malicieux qui le caractérisait tant.
- Bonsoir Auror Black, répliqua Harry sans le moindre engouement.
Décidément, sa chance tournait trop vite à son goût. Avec son parrain à Poudlard, sa liberté de mouvement allait s'en trouver fortement réduite. Les éclairs qui éclairaient brièvement les murs et le son de l'averse à l'extérieur reflétaient tout à fait son humeur. Quel temps de chien !
