Chapitre 12 : La Coupe de Feu


Harry ne faisait pas partie des nombreux élèves qui s'étaient levés exceptionnellement tôt un samedi matin pour aller contempler la Coupe de Feu dans le hall d'entrée du château. Après avoir pris le temps de se doucher et de s'habiller, le Gryffondor s'était assis sur son lit et écrivait une longue lettre sur un morceau de parchemin.

- Harry, tu ne vas pas dans la Salle sur demande ? Demanda Mokona qui se faisait rebondir d'un lit à l'autre.

- Non, je préfère ne pas le faire aujourd'hui, Mokona, répondit-il avec un mélange de frustration et de lassitude.

- Puu ! S'exclama la boule de poils blanche en rebondissant à nouveau. Pourquoi ça ?

L'un des Aurors affectés à Poudlard, Sirius Black, est peut-être en possession d'un exemplaire de la Carte du Maraudeur. Avec cette carte, il pourrait potentiellement suivre mes déplacements et la Salle sur demande n'étant pas sur la carte, il pourrait lancer une chasse à l'homme à mon sujet…

Le jeune Potter avait conscience de l'ironie de sa situation. C'était parce qu'il avait informé anonymement prévenu la Gazette du Sorcier sur l'usage par le faux professeur Maugrey des sortilèges impardonnables que le Ministère avait affecté deux Aurors pour enquêter à ce sujet. Harry suspectait d'ailleurs que Dumbledore ait transformé cette gêne en opportunité via le choix de Sirius comme l'un des deux Aurors en question. Avec ses relations au Ministère et son influence comme Président-Sorcier du Magenmagot, le vieil homme en était tout à fait capable.

Tant qu'il ne s'était pas assuré que l'Auror Black possède ou non une Carte du Maraudeur en sa possession, Harry serait extrêmement prudent dans ses déplacements. Il comptait déterminer les allers et venues de l'animagus pour savoir exactement quand il se trouvait posté à Poudlard et quand il était en extérieur, que ce soit chez lui ou au Ministère. Cette situation allait compliquer quelque peu son quotidien mais il n'y voyait rien d'irrémédiable.

Enfin, presque rien d'irrémédiable. L'Auror ne semblait pas avoir digéré les remarques qu'il lui avait faites à la finale de la Coupe de Quidditch quant à son absence de sa vie au cours des treize dernières années. A posteriori, sans doute aurait-il dû être un peu plus modéré dans ses propos, que ce soit envers les Black que les Potter mais il fallait avouer que le ton furieux avec lequel Sirius s'était adressé à lui ne l'avait pas du tout caressé dans le sens du poil.

Il fut sorti de ses pensées lorsque Mokona vint se poser sur son épaule pour lire ce qu'il écrivait.

- A qui écris-tu, Harry ?

- A Ragnok, le président de la banque Gringotts. J'ai quelques idées de projets à lui soumettre.

En lisant le journal de son alter-ego et après sa rencontre avec Rose, des idées avaient commencé à germer dans l'esprit du Gryffondor. Il souhaitait influencer le monde sorcier britannique de cet univers sur une voie de progrès dans l'intégration entre les nés-moldus et les autres sorciers. Il se doutait qu'un certain nombre de gens verraient mal ses projets, aussi bien du côté des sang-purs les plus conservateurs comme Lucius Malefoy que des progressistes modérés comme Dumbledore. Le directeur de Poudlard se plaisait à se présenter comme un progressiste mais à bien y regarder, ses réformes avaient été bien maigres au cours des dernières décennies.

Les gobelins partageaient avec Harry une approche très pragmatique des choses. Les projets que le jeune Potter avaient en tête relevaient avant tout de l'entreprenariat et seraient potentiellement source de gains financiers, tant pour la banque Gringotts que pour Harry lui-même. Si un ou plusieurs d'entre eux venaient à réussir, peut-être se lancerait-il dans l'arène politique quand ce corps serait un peu plus âgé.

Pour le moment, il se réjouissait simplement à l'idée de lancer un pavé dans la mare tranquille de la Grande-Bretagne sorcière. Ce fut donc tout naturellement avec le sourire aux lèvres qu'il cacheta sa lettre avant de se diriger vers la volière pour la confier à Aiden. Le hibou grand-duc semblait apprécier d'être régulièrement sollicité pour apporter ses correspondances, en particulier à Gringotts, au point que le jeune Potter suspectait Gripsec de récompenser un peu trop Aiden lorsqu'il s'y rendait.

Contemplant le volatile disparaître à l'horizon, Harry consentit enfin à aller prendre un bain de foule dans la grande salle. Son estomac criait famine et il n'était pas indiqué de prendre ses potions nutritives le ventre vide.


Sirius était assis à la table des professeurs avec John Dawlish à sa gauche et Hagrid à sa droite. Cela faisait plusieurs heures qu'il voyait défiler les nombreux élèves des trois écoles venus déposer leur nom dans la Coupe de Feu. L'intégralité de ceux de la délégation de Durmstrang l'avait déjà fait et après un essai aussi amusant qu'infructueux de Fred et George Weasley, des élèves de Beauxbâtons s'étaient présentés également dans une longue file ordonnée.

Talentueux occlumens grâce à la détermination de son épouse à lui faire apprendre cette discipline compliquée, l'Auror observa que l'une des élèves de Beauxbâtons exerçait malgré elle une influence de vélane sur les garçons ainsi que sur certaines filles. Pour en avoir rapidement discuté avec Madame Maxime, celle-ci lui avait confirmé que Fleur Delacour avait du sang vélane dans les veines. C'était également le cas de sa petite sœur Gabrielle mais étant encore une enfant, ses pouvoirs ne s'étaient heureusement pas encore manifestés.

L'animagus avait remarqué la veille avec intérêt qu'Harry semblait aussi bien connaître la Française que Viktor Krum. Plus étrange encore, il faisait graviter autour de lui aussi bien le fils de Frank et Alice Londubat que la fille de Xenophilius Lovegood et plus étonnant encore, le rejeton de Malefoy et de sa cousine Narcissa ! Ce n'était d'ailleurs pas une cour à proprement parler, c'était plutôt… un réseau ? Son second filleul semblait les avoir mis en relation, si bien qu'ils discutaient les uns les autres avec entrain.

Hagrid lui avait d'ailleurs arraché un éclat de rire en lui décrivant la façon dont Harry avait rabattu le caquet de Minerva lorsqu'elle était venue lui faire une remarque quant à sa pratique de s'asseoir aux tables d'autres maisons que la sienne. Sa pratique semblait d'ailleurs avoir fait des émules puisque d'autres élèves avaient pris le pli. Quelques Serpentards allaient s'asseoir avec des Serdaigle, des Poufsouffles se mêlaient aux Gryffondors… la plus tranquille des anarchies régnait dans l'ordre si bien régulé de Poudlard, pour le plus grand plaisir de Sirius.

Son expression se fit plus sérieuse lorsqu'il repensa aux paroles qu'Harry avait prononcées à son égard juste après la finale de la Coupe du monde. L'animagus avait certainement des torts vis-à-vis de lui, il aurait été difficile de le nier. A l'époque où James et Lily avaient pris la décision de le confier à Vernon et Pétunia Dursley, Sirius avait été contre mais il n'avait pas osé s'opposer très ouvertement à leur décision et surtout aux arguments du professeur Dumbledore. Il se souvenait que Remus avait été horrifié, en revenant de ses quelques jours de récupération après sa transformation en loup-garou, de découvrir Harry disparu. Sirius savait que le lycanthrope avait tenté à de nombreuses reprises de se rendre à Privet Drive, en vain. Lui-même avait essayé d'y aller une ou deux fois mais les barrières érigées par Dumbledore étaient véritablement puissantes.

L'animagus n'était pas fier de lui mais James lui avait clairement fait comprendre qu'il s'agissait de son enfant et de sa responsabilité. Sirius avait sa propre famille, Kathleen étant très jeune à cette époque puis était arrivé Alan. L'Auror avait fait de son mieux pour être présent pour Ryan puis pour Rose lorsqu'elle était née mais il savait qu'il avait malgré tout failli. Ses séances d'occlumencie avec Diana avaient parfois fait surgir la culpabilité qu'il ressentait et qu'il avait enfouie aussi profondément que possible.

Aujourd'hui qu'il avait l'occasion d'interagir au quotidien avec Alan, qui se plaisait bien parmi les premières années de Gryffondor ainsi qu'avec Kathleen et bien sûr avec Ryan. Pourquoi ne pas en profiter pour apprendre à connaître également Harry et rattraper, autant que possible, le temps perdu ?

Une idée lui était d'ailleurs venue la veille en voyant la Coupe de Feu révélée par Albus et Barty Croupton. Il savait à quel point Ryan aurait souhaité mettre son nom dans l'artefact mais Lily s'y était résolument opposée, choix que Sirius respectait tout à fait même si à ses yeux, les chances qu'il soit choisi seraient demeurées très faibles. En effet, de tous les élèves d'une même école, l'artefact choisissait grâce à un enchantement complexe ceux qui présentaient les meilleures caractéristiques, notamment une forte détermination, du courage et une aptitude à la magie qui soit avancée. A sa connaissance, même lors des tournois précédents où la limite d'âge n'existait pas, jamais un élève de moins de seize ans n'avait été choisi dès lors que des élèves plus âgés se présentaient.

Traversant aisément la ligne d'âge, Sirius interpela ensuite Harry, qui discutait d'un air tranquille avec Fleur Delacour et Viktor Krum. Lorsque son filleul se retourna vers lui, il esquissa un large sourire et lui montra le morceau de parchemin qu'il tenait dans sa main et où était écrit : « Harry Potter – Poudlard ». Avant que le Gryffondor n'ait le temps de réagir, il mit son nom dans la coupe.

A sa grande surprise, plutôt que de sauter de joie, le Gryffondor devint pâle comme un linge. Pourquoi diable faisait-il cette tête d'enterrement ?


Harry Potter passait jusque là une matinée assez agréable. Au petit-déjeuner, il avait convenu de travailler avec Neville le lendemain sur un projet alliant botanique et potions pour créer un baume plus efficace pour traiter les brûlures et en particulier pour faciliter la régénération des tissus. Drago lui avait demandé son aide par rapport à une demande de sa mère, à laquelle il ne savait pas trop comment répondre. Il avait fallu toute sa retenue au jeune homme pour ne pas éclater de rire dans la grande salle. Visiblement, Narcissa Malefoy se préparait à redevenir Narcissa Black et de faire en sorte que le processus soit le plus humiliant et coûteux possible pour son époux. Au vu de l'influence positive que sa mère avait eu sur Drago, le jeune Potter avait décidé d'aider celui-ci le plus possible pour faciliter les démarches de la cousine de Sirius.

Fait rare, il avait réussi à surprendre Luna en lui évoquant l'esquisse d'un projet qu'il souhaitait soumettre à son père, pour utiliser son matériel d'imprimerie en échange d'une rémunération négociée. Harry avait bien sûr différentes options pour lancer le projet de journal qui lui trottait dans la tête mais s'il pouvait aider financièrement son amie, il considérait faire d'une pierre deux coups. Si son journal se vendait bien, il permettrait à Xenophilius Lovegood de continuer à publier le Chicaneur et peut-être sur un plan plus personnel pour faire davantage de voyages à l'étranger avec sa fille.

C'était avec engouement qu'il avait ensuite écouté Viktor et Fleur parler du Tournoi des Trois Sorciers, tous deux venant de soumettre leur nom dans la Coupe de Feu. Jamais il n'avait été aussi détendu à l'idée de cette compétition qu'aujourd'hui puisqu'il savait qu'il n'aurait pas à participer cette fois-ci. Il pourrait regarder depuis les stands et encourager ses amis, pour la première épreuve en tout cas puisque si elles étaient identiques à celles qu'il connaissait, aucun d'entre eux ne risquait de l'entendre dans le lac, ni dans le labyrinthe.

En dehors d'une arrivée surprise des époux Potter, rien n'aurait pu gâcher cet instant de paix et cette possibilité était très mince puisqu'ils avaient tout intérêt à ne pas l'approcher s'ils ne voulaient pas réduire à néant leurs chances de gagner le procès de sa tutelle.

Et puis Sirius l'avait appelé par son nom et sa félicité avait volé en éclats en voyant ce qu'il tenait en main. Avant qu'il n'ait eu le temps de l'arrêter, l'animagus avait mis le nom du Gryffondor dans la Coupe de Feu. Toutes les insultes que Rogue avait pu prononcer à l'encontre de Patmol ne suffisaient pas à représenter la colère et la frustration qu'il ressentit en cet instant à l'égard de son parrain.

Harry savait très bien comment l'artefact fonctionnait. La Coupe de Feu choisirait la sorcière ou le sorcier de Poudlard qui répondait le plus à ses critères de sélection. Lorsqu'il avait eu quatorze ans pour la première fois, si sa candidature avait été soumise pour Poudlard plutôt que pour une quatrième école inexistante par Barty Croupton Jr, il y aurait eu de grandes chances pour qu'il ne soit pas choisi par rapport à Cédric Diggory. Aujourd'hui, les choses étaient très différentes. Il pria intérieurement toutes les divinités monothéistes comme polythéistes - la Force elle-même si elle l'entendait ! – pour ne pas être sélectionné le soir même. Pour autant, il ne pouvait pas s'empêcher d'avoir une boule au ventre de la taille d'un souafle.

Fleur et Viktor parurent tous aussi surpris par le comportement de Sirius. Le Gryffondor leur expliqua brièvement que l'Auror avait agi de son propre chef, sans concertation avec lui, et s'excusa. Il avait une nouvelle lettre à écrire à l'attention de Ragnok.


Il s'agissait d'une bonne journée pour le président de la banque Gringotts. Cela faisait quelques jours que l'un de leurs cabinets d'avocats traitait avec Narcissa Malefoy pour préparer – sans en informer au préalable son mari – sa procédure de divorce pour faute. Toutes les preuves sur les infidélités de Lucius Malefoy avaient été rassemblées, compilées et vérifiées de sorte à être indiscutables mais la sorcière avait ajouté des charges originales qui avaient autant amusé que ravi le vieux gobelin. Si elle gagnait son procès, cette jurisprudence engagerait les sorciers à y réfléchir à deux fois avant de tromper leurs femmes ou de lécher les bottes de certains mages noirs.

La première lettre d'Harry le fit également sourire mais pas pour les mêmes raisons. L'adolescent ne semblait pas vouloir se contenter de laisser l'argent des Dursley dormir dans un coffre. Il souhait pour partie l'investir dans différents projets qui auraient sans doute un impact très intéressant sur la société britannique sur le long terme.

La seconde lui fit froncer les sourcils. Difficile d'imaginer qu'un Auror aussi renommé que Sirius Black puisse agir de manière aussi irresponsable mais d'un autre côté, il en avait appris de belles sur d'autres employés proéminents du ministère de la magie britannique. Ces « petits secrets » étaient autant de cartes à jouer bien utiles quand des mesures préjudiciables aux droits et aux affaires des gobelins venaient à être débattues au Magenmagot. En temps normal, le vénérable gobelin n'aurait pas été très inquiet des chances du garçon d'être choisi mais en se rappelant ses discussions avec le garçon ainsi qu'avec Thorin, il considéra que le jeune Potter n'avait rien d'ordinaire. Dans tous les cas, ils seraient fixés le soir même lorsque les noms des champions seraient révélés. Harry avait promis de l'en avertir dès qu'il en serait informé le soir même.

Après avoir fait appeler, Gripsec apparut quelques instants plus tard dans son bureau.

- Que puis-je faire pour vous ? Demanda le jeune gobelin avec révérence.

- Sollicite l'expertise d'Urgal sur les trois projets suivants, lui demanda-t-il en lui tendant un parchemin où il avait récapitulé les demandes d'Harry avec quelques ajouts de son cru. Demande à Gornuk de préparer un dossier pour attaquer Sirius Black en justice pour mise en danger d'un enfant mineur.

Le gobelin ne cacha pas sa surprise face à la seconde demande même s'il tenta de dissimuler son inquiétude. Ragnok n'ignorait pas que Gripsec s'était attaché au jeune Potter et correspondait régulièrement avec lui. Il était d'ailleurs surpris que le sorcier soit parvenu à s'attirer la sympathie et l'estime de plusieurs gobelins en un temps aussi court.

- Tu peux disposer… et écrire à M. Potter si tu le souhaites pour t'enquérir de sa situation, ajouta le président tandis que le gobelin s'inclinait respectueusement.

- Merci, monsieur, répondit simplement Gripsec en essayant de reprendre contenance.


Severus Rogue passait une journée exécrable pour une raison bien précise. Cet imbécile de Sirius Black faisait partie des deux Aurors affectés à Poudlard pour surveiller Alastor Maugrey et non content de parader dans les couloirs, il soufflait des idées de « blagues » à Ryan Potter et à ses deux acolytes. Si cela ne suffisait pas, il avait commis une action particulièrement outrageante le matin même ! Se comportant comme l'adolescent immature qu'il demeurait sous ses robes écarlates d'Auror, Black avait franchi la ligne d'âge et mis le nom d'un élève et qui plus est, d'un élève mineur, dans la Coupe de Feu !

Le maître des potions s'était trouvé assez près pour apercevoir le visage décompensé d'Harry Potter en voyant Black mettre son nom. En dépit de sa ressemblance physique avec James Potter, l'ancien Mangemort devait reconnaître qu'il n'était pas du tout comme son père. Il avait fait des efforts significatifs depuis l'année précédente pour faire preuve d'un niveau adéquat dans sa matière et il s'était toujours montré respectueux des règles. Plus intéressant encore, il avait récemment pris le parti de se lier d'amitié avec des élèves d'autres maisons et même de la sienne puisque Drago Malefoy était un invité quotidien à la table qu'il occupait. Son influence se manifestait déjà de façon positive sur le Serpentard qui, par ricochet, donnait un bon exemple à suivre à ses camarades de quatrième année.

Et puis en vérité, voir un Gryffondor réduire par sa seule rhétorique Minerva au bord de l'apoplexie en citant le règlement avait quelque chose de profondément satisfaisant. Ce n'était pas qu'il n'appréciait pas sa collègue ou le talent magique de cette dernière mais elle avait parfois besoin d'être quelque peu remise à sa place

Bien sûr, le professeur Dumbledore s'était montré sourd à son argument contre Black. En réunion restreinte avec les autres directeurs de maisons, Severus avait demandé à ce que l'Auror soit expulsé de l'école et qu'un remplaçant soit demandé au ministère. Fait notable, Pomona, Filius et Minerva elle-même s'étaient rangés de son avis. Pour autant, le directeur avait refusé d'accéder à leur demande, au prétexte que les chances que le jeune Potter soit retenu par la coupe étaient très faibles. De l'avis de Severus, l'acte lui-même était répréhensibles, quelles qu'en soient les conséquences.

Cela le ramena à une époque lointaine où là-aussi, un acte qui aurait pu avoir des conséquences particulièrement dramatiques voire létales sur sa personne avait été puni d'une manière très légère.

Le festin allait se terminer et il espérait fortement que ses craintes se révéleraient infondées.


Assis à la table des Serdaigle avec Harry, Drago, Luna, Cédric, Cho et leurs deux invités étrangers, Neville constata que le jeune Potter n'avait presque rien avalé depuis le début du repas. Ses yeux verts paraissaient fixés sur la table des professeurs, à l'endroit où la Coupe de Feu avait été placée. L'élève doué en botanique avait été témoin de la façon dont M. Black avait mis le nom d'Harry dans l'artefact et s'il avait été à sa place, il aurait été absolument terrifié. Pourtant, ce n'était pas exactement la même chose qu'il voyait sur le visage d'Harry.

Ryan et Ron s'étaient naturellement montrés jaloux mais Harry les avait complètement ignorés. Tout Gryffondor un peu téméraire aurait été ravi de cette opportunité et Harry ne manquait pas de courage à sa connaissance mais par sagesse peut-être, il n'avait pas émis le souhait de participer. Le fait que M. Black lui ait forcé la main semblait l'avoir frustré et rendu appréhensif. Peut-être était-ce parce qu'il ne pourrait pas se concentrer autant qu'il le voudrait sur ses études ?

Neville avait beau être maladroit, il n'en était pas moins observateur. Tout comme ses plantes avaient besoin d'attention pour qu'il puisse répondre à leurs besoins, il essayait d'être attentionné à l'égard de ses amis pour les aider quand c'était possible. C'était ainsi qu'il avait vu que Luna était en difficulté avec une élève plus âgée et qu'il était allé chercher Cédric Diggory pour lui porter secours.

Son attention se tourna aussi vers la table des professeurs quand le directeur prit la parole. Le professeur Dumbledore expliqua la procédure pour les champions et éteignit la plupart des chandelles, en dehors de celles qui éclairaient l'intérieur des citrouilles. Le Gryffondor fut émerveillé par les flammes bleues qui jaillissaient de la Coupe de Feu mais dont il dut détourner le regard tant leur lumière devenait intense.

Lorsqu'elles virèrent au rouge, une langue de feu en jaillit et un morceau de parchemin noirci s'envola, avant d'être attrapé par le directeur.

- Le champion de Durmstrang sera Viktor Krum.

Neville sourit à Viktor et le félicita chaleureusement en même temps que Drago, Luna et Fleur. Même Harry lui adressa un sourire et une tape amicale à l'épaule avant de retourner son attention sur Dumbledore qui allait se saisir d'un nouveau morceau de parchemin.

- Le champion de Beauxbâtons sera une championne, Fleur Delacour !

Le groupe félicita Fleur cette fois-ci. Neville ne put s'empêcher de penser que les deux seuls élèves étrangers assis auprès d'eux – en dehors de la petite sœur de Fleur qui n'étudiait pas encore à Beauxbâtons – venaient tous deux s'être sélectionnés comme champions. Il ne manquait plus que Cédric ou Cho soit choisi et ils feraient carton plein !

Viktor puis Fleur avaient quitté leur table pour se rendre dans la pièce voisine réservée aux champions. Le moment était venu de savoir qui serait le champion de Poudlard et la tension était désormais à son comble. Les flammes de l'artefact passèrent de nouveau au rouge avant que le troisième morceau de parchemin ne soit attrapé par le directeur.

- Le champion de Poudlard est… Harry Potter, s'exclama Dumbledore en s'éclaircissant la gorge.

Un silence de plomb régna dans la grande salle avant qu'un clappement de mains ne se fasse entendre. Cédric applaudissait bien fort et Cho lui emboîta bientôt le pas. Drago se mit à applaudir aussi ostensiblement et bientôt d'autres élèves des quatre tables suivirent leurs exemples, Luna et Neville lui-même n'étant pas en reste. Harry ne paraissait pas heureux et pas surpris non plus, comme s'il s'y était attendu tout du long. Il se leva lentement de sa chaise et rejoignit l'endroit où se trouvait le professeur. Après avoir attendu patiemment que le silence revienne à nouveau, il prit la parole d'une voix forte et claire.

- Nombre d'entre vous le savent déjà mais je n'ai pas mis mon nom dans la Coupe de Feu, ni choisi de le faire. L'Auror Black ici présent a placé mon nom sans ma permission et c'est par son acte que je me retrouve à représenter Poudlard dans cette compétition qui est normalement interdite aux mineurs. Ce qui arrivera lors de ce Tournoi sera de la responsabilité de M. Black pour avoir forcé ma participation, du professeur Dumbledore pour ne pas être intervenu et du Ministère de la magie britannique si rien n'est fait. Je représenterai mon école avec fierté s'il s'avère que je n'ai pas d'autre choix mais je ne cautionnerai pas les actes irresponsables et répréhensibles des représentants du ministère et de Poudlard.

Élèves comme professeurs restèrent sans voix suite à ses paroles même si Neville crut apercevoir un sourire satisfait sur le visage du professeur Rogue. Cette simple vue lui donna un frisson. Il n'était jamais bon signe de voir le maître des potions content.

Lorsqu'il eut quitté la pièce, le professeur Dumbledore tenta tant bien que mal de reprendre la parole.

- Excellent ! Nous avons à présent nos trois champions, bien que je déplore la nature accidentelle de la candidature de M. Potter. Je suis sûr que je peux compter sur chacune et chacun d'entre vous, y compris les élèves de Durmstrang et de Beauxbâtons pour apporter à nos champions tout le soutien possible. En encourageant vos champions, vous contribuerez à instaurer…

Dumbledore arrêta soudainement de parler et Neville comprit immédiatement pourquoi. La Coupe de Feu émettait de nouveau des flammes pourpres et un quatrième morceau de parchemin en jaillit. Le parchemin resta un long moment dans la main du directeur de Poudlard avant qu'il ne consente enfin à le lire à haute voix.

- Ryan Potter.