Chapitre 14 : La vengeance est un plat qui se mange froid
Lucius évitait de fréquenter l'Allée des Embrumes en plein jour, ce n'était pas bon pour sa réputation. Heureusement, il faisait actuellement nuit noire tandis qu'il s'y rendait, son visage dissimulé sous une épaisse capuche. De même, il se gardait bien de rencontrer les éléments les plus infréquentables de la société, il avait des intermédiaires pour ça. D'ordinaire, il confiait les tâches les plus ingrates mais les moins compliquées à Crabbe et Goyle. Ces deux simplets n'étaient pas bons à grand-chose mais ils lui évitaient d'avoir à se salir les mains, en particulier lorsqu'il s'agissait d'intimider un potentiel rival politique ou de passer à tabac un sorcier né-moldu un peu trop ambitieux ou arrogant.
Hélas, il restait certains individus qu'il ne pouvait guère impressionner ou réduire au silence. James Potter et Sirius Black en faisaient partie. Depuis la chute de son maître, les deux acolytes zélés de Dumbledore lui mettaient des bâtons dans les roues, que ce soit au Magenmagot où tous deux possédaient un siège héréditaire ou au sein du gouvernement de Fudge où leur influence se confrontait à la sienne. Potter avait un certain poids, non seulement parce qu'il provenait d'une ancienne famille de sang-pur mais aussi et surtout grâce à la célébrité de son fils, dont il usait voire abusait pour faire bloquer ses projets de lois à leur assemblée législative.
Malefoy avait travaillé dur pour maintenir une cohésion dans le parti des sang-purs conservateurs du Magenmagot mais il avait parfois peiné à s'imposer comme leur leader. Crabbe, Goyle, Macnair et Avery lui étaient fidèles. En revanche, Yaxley et Nott n'en faisaient qu'à leur tête. Le patriarche des Malefoy avait cru que son mariage avec une membre de la très ancienne maison des Black l'aiderait à s'imposer davantage mais seul leur maître restait leur chef incontesté. Il s'agissait d'une des raisons pour lesquelles il avait délaissé Narcissa après qu'elle lui eut donné un héritier. Sa tâche remplie, il ne lui restait plus qu'à occuper son rôle d'épouse et de mère modèle pendant que Lucius vaquait à ses occupations.
Cordélia Zabini était tout autre chose. La magnifique sorcière de sang-pur avait accumulé une large fortune de ses sept époux défunts mais également une large influence. Cordélia ne se contentait pas de vivre dans l'opulence, c'était une véritable femme de pouvoir. Elle aimait imposer sa volonté sans avoir à fournir le moindre effort et elle appréciait tout particulièrement de faire graviter des gens autour d'elle. C'était autant grâce à son entregent que grâce à sa propre fortune que Lucius était parvenu à réellement influencer le gouvernement Fudge.
Il n'y avait pas d'amour entre eux mais elle était une amante formidable. Chaque nuit était une conquête, difficile, enragée et passionnée aussi. Lucius serait bien resté avec elle toute la nuit s'il n'avait pas eu à s'occuper d'une course urgente. Cet imbécile de Goyle ne s'était pas rendu chez Barjow et Beurk chercher le colis qu'il lui avait demandé. Il s'agissait d'un ouvrage de magie noire interdit par le ministère mais que Barjow pouvait lui procurer pour un bon prix, ainsi que d'un exemplaire du manifeste original de Grindelwald, écrit de la main du grand mage noir, tout aussi interdit à la vente. Le gérant de la boutique l'avait prévenu qu'il avait différents acheteurs intéressés et que si Lucius ne les acquérait pas maintenant, il les vendrait à une autre personne le lendemain même !
Voilà pourquoi le sorcier sortait tout juste de sa boutique, le colis sous le bras et attendait d'atteindre une zone moins controversée du Chemin de Traverse pour transplaner. Hélas, avant de pouvoir quitter l'Allée des Embrumes, trois sortilèges de stupéfixion le touchèrent en plein dos et le Mangemort s'étala de tout son long.
- Williamson, donne-moi les menottes et le portoloin, s'il te plaît, demanda Kingsley Shacklebolt d'une voix grave.
Cela faisait longtemps que Sirius n'avait pas souffert d'une telle migraine sans pour autant n'avoir bu une goutte d'alcool. Après qu'Harry eut été choisi comme champion par la Coupe de Feu, le professeur Dumbledore avait fait venir Sirius dans son bureau pour lui faire savoir sa déception à ce sujet, de ce ton très calme mais tout à fait capable de le faire se sentir très coupable. L'Auror Black détestait quand il prenait cette voix, cela lui rappelait les rares moments de sa scolarité où il avait été pris en faute. Toutefois, le pire restait encore à venir.
Diana n'avait pas pris la peine de s'encombrer de politesses. Elle l'avait traité « d'irresponsable cabot sans cervelle » et l'avait rabroué en lui demandant ce qu'il avait fait à l'homme qui aurait mis le nom de leur fille dans la Coupe de Feu. Leur dispute – si on pouvait appeler cela ainsi car Sirius n'avait pas pu dire grand-chose – avait duré une bonne partie de la soirée même s'ils étaient parvenus à se réconcilier un peu à la fin.
Le plus dur avait été le lendemain, lorsque les époux Black s'étaient rendus chez les Potter. Etonnement, James avait été le plus compréhensif. Il avait blâmé Sirius mais sans réelle rancœur, reconnaissant honnêtement que c'était le genre de plaisanterie qu'il aurait pu faire lui-même. Il éprouvait d'ailleurs une fierté mal dissimulée à l'idée que ses deux fils soient les champions de Poudlard pour le premier Tournoi des Trois Sorciers organisé depuis trois cents ans. Lily en revanche avait été plus virulente encore que Diana et en l'espace d'un instant, il s'était souvenu pourquoi elle était si respectée à Poudlard, même des Serpentard, alors qu'elle était sorcière née-moldue. Tout Auror expérimenté qu'il était, il avait été pris au dépourvu quand elle l'avait attaqué de manière fulgurante, le scotchant au mur comme une mouche et lui expédiant maléfice cuisant sur maléfice cuisant tout en déversant sa colère et sa frustration sur lui.
L'animagus aurait pu se libérer ou se transformer mais il n'en fit rien. De son point de vue, il avait mérité cette punition et sans doute davantage. Il ne pouvait rien faire pour le changer, Harry était champion et devrait participer au tournoi. Il fallut plusieurs minutes à la sorcière aux cheveux roux sombres pour se calmer et arrêter de lui asséner ses maléfices.
- On va les préparer, lui et Ryan, tenta de la réconforter James d'une voix douce en l'entourant de ses bras. Qui sait, ça pourrait même être l'occasion de se rapprocher !
- Je ne crois pas, James, le détrompa Sirius quand il se fut décollé du mur avec l'aide de Diana. La bonne nouvelle, c'est qu'Harry va contester sa participation au Tournoi donc il y a peut-être une chance pour qu'il n'ait pas à affronter les épreuves…
- Et la mauvaise ? Demanda immédiatement Lily en le fixant de ses yeux émeraude.
- Eh bien, il n'a pas oublié son procès contre vous et Dumbledore. Diana et moi, nous craignons qu'il ne se serve de ce que j'ai fait en votre défaveur par association, avoua Sirius d'un ton contrit.
- Nos chances ne sont peut-être pas aussi mauvaises qu'on croit. Ryan nous a écrit hier, il nous disait qu'Harry l'avait aidé à se sortir d'un beau pétrin avec Rita Skeeter, déclara James avec un air plus optimiste.
L'animagus essaya de partager l'optimisme de son meilleur ami ainsi que de persuader que pour une fois, c'était un avantage que le temps soit de leur côté. D'après ce que leur avait dit le professeur Dumbledore, le procès n'aurait probablement pas lieu avant janvier. Cela leur laissait deux à trois mois pour inverser la donne et minimiser l'action de Sirius. Avec un peu de chance, ils arriveraient peut-être même à l'aider à se sortir du tournoi !
- Cela étant dit, on ne sait toujours pas qui a mis le nom de Ryan dans la Coupe, intervint Diana en croisant les bras.
- Tout comme on ignore comment la Coupe a pu désigner un quatrième champion, concéda Sirius, que la perspective inquiétait un peu.
- Ne peut-il pas s'agir d'une plaisanterie d'un élève ou bien de l'acte plein de bonnes intentions d'un fan trop zélé ? Proposa James, les sourcils froncés.
- Je crois Ryan quand il dit qu'il n'a pas mis son nom, ni demandé à un élève de le faire, déclara Lily. Je m'inquiète aussi à ce sujet parce qu'il faudrait un sort de confusion très puissant pour que la Coupe fasse une telle erreur.
- Les hypothèses d'Alastor étaient plutôt sombres à ce sujet, encore plus que d'habitude, je veux dire, expliqua Black avec une grimace.
- Il faut se rendre à l'évidence. Quelqu'un dans l'organisation du Tournoi est probablement impliqué, déclara Lily avec une expression grave.
Un silence s'installa suite à cette hypothèse, qui leur donna à tous de quoi réfléchir. C'est en laissant ses pensées vagabonder que Sirius remarqua quelque chose.
- Lunard n'est pas là ? Je pensais qu'à cette heure-ci, il serait des nôtres.
- Non, il avait une course à faire à Pré-au-Lard. Il a pris Rose avec lui, tu sais comme elle l'adore, répondit l'épouse de James avec un sourire attendri.
- Merci d'être venu, professeur.
- Appelle-moi Remus et tutoie-moi, je ne suis plus professeur, Harry… à moins que tu ne préfères que je t'appelle M. Potter ? Répondit Lupin avec un sourire en serrant la main de l'adolescent.
- Soit, Remus, consentit le Gryffondor avant qu'une fusée rousse ne fonce sur lui.
Rose avait bondi dans les bras de son frère et lui adressait désormais un large sourire avec quelques dents en moins. La petite fille allait bientôt fêter ses sept ans et le lycanthrope avait bien pris conscience qu'elle désirait plus que tout revoir ce frère qu'elle connaissait le moins.
L'ancien professeur de Défense contre les forces du mal devait avouer qu'il avait été intrigué par la lettre envoyée par le jeune Potter à son attention. Il avait imaginé que l'adolescent serait terrifié ou en tout cas très occupé par sa participation prochaine au Tournoi des Trois Sorciers mais il semblait avoir besoin de l'expertise de Remus. S'il s'agissait du tournoi, le lycanthrope le ferait de bon gré pour aider le fils de James.
- Ta lettre était assez vague mais sache que si tu as besoin de conseils pour le tournoi, je t'aiderai volontiers. Je ne suis plus professeur après tout, aucune règle ne m'empêche de le faire, déclara Lupin avec un sourire.
Le Gryffondor lui adressa un sourire sincère et empli de gratitude mais il avait l'impression que ce n'était pas tant du soulagement mais de l'affection qui se dégageait du jeune homme, comme s'il n'avait pas vraiment besoin de son aide mais qu'il appréciait le geste. Peut-être était-ce son imagination ?
- Merci Remus, je discuterais volontiers avec toi de la première épreuve mais ce n'est pas la principale raison pour laquelle je t'ai fait venir.
L'adolescent commanda trois chocolats chauds et une assiette de crêpes au sucre qui ravit la petite fille. Il lui offrit d'ailleurs un livre d'histoires moldues dans lequel la jeune Potter se trouva vite complètement absorbée.
- Quelle est la véritable raison ? Demanda Remus avec curiosité.
- Je suis en train de monter avec la banque Gringotts un groupe d'entreprises et j'aimerais avoir ton avis et, si le projet t'intéresse, t'y associer.
La demande était très surprenante mais Lupin comprenait davantage la tournure de phrase qu'avait employée le jeune Potter dans sa lettre lorsqu'il parlait d'une « opportunité ». Pour autant, l'ancien préfet de Gryffondor ne s'était pas attendu à ce qu'il s'agisse d'une aventure entrepreneuriale et encore moins à y être associé.
- Harry, je suis tout à fait enclin à te conseiller mais je crains ne pas avoir de capital à investir dans ce genre de projet.
- Le président Ragnok apporte déjà un capital financier conséquent, en plus de mon propre investissement. Non, Remus, ce que je souhaite apporter au projet, ce sont tes compétences propres, ton regard sur la société sorcière et ta rationalité. Ma finalité n'est pas de simplement m'enrichir, je veux employer des gens qui ne le sont pas aujourd'hui et je veux changer les mentalités sur un certain nombre de choses.
- Je t'écoute, répondit l'ancien professeur, intrigué malgré lui.
Remus devait reconnaître qu'il fût séduit par les idées de l'adolescent. Les projets d'Harry étaient très ambitieux mais aussi pour certains très avancés. En premier lieu, le Gryffondor avait conclu un partenariat avec Xenophilius Lovegood pour utiliser les équipements du Chicaneur afin d'imprimer son propre journal. L'élève comptait le commencer comme un journal scolaire dans un premier temps avec quelques informations sur ce qui se passait en dehors et, selon sa popularité, le basculer ensuite vers un possible concurrent de la Gazette du Sorcier. Le génie de ce projet résidait dans son lectorat : les élèves eux-mêmes l'achèteraient par curiosité pour savoir ce qui se passait dans leur école et aux alentours tandis que leurs parents l'achèteraient pour avoir des informations sur le quotidien de leurs enfants. Les parents moldus seraient sans doute les plus intéressés par cette publication puisqu'ils étaient les plus éloignés de ce quotidien, qui créait parfois une distance émotionnelle entre parents et enfant. Le premier exemplaire serait assez court mais devrait paraître avant la fin du mois.
Un projet à plus long cours concernait l'ouverture de plusieurs librairies, qui auraient comme caractéristiques de vendre à la fois des ouvrages sorciers et moldus et qui permettraient à Harry d'employer des sorcières et sorciers nés-moldus, des cracmols et des êtres hybrides, autant de populations stigmatisées qui peinaient à trouver un emploi en temps normal. Le Gryffondor avait pour ambition de vendre son journal dans ces librairies pour y favoriser l'apport de clients.
Le troisième et dernier projet pour le moment était celui qui intéressait sans doute le plus Remus. A terme, l'adolescent souhaitait créer une école primaire ouverte aux jeunes sorcières et sorciers de tous héritages, moldus comme sorciers, à partir de six ans pour leur enseigner les bases en termes de lecture, d'écriture et de calcul mais aussi de sciences et d'histoire, magique comme moldue.
Remus n'était pas dupe, il voyait très bien le projet de société derrière la simple idée entrepreneuriale. Par son journal, il pourrait potentiellement influencer la perspective des sorciers sur l'actualité et nuancer les propos rapportés par la Gazette du Sorcier… pour le meilleur comme pour le pire, selon la ligne éditoriale et les scrupules d'Harry.
Le réseau de librairies représentait le potentiel d'influencer la culture des sorcières et sorciers. Le lycanthrope voyait très bien ce qu'il pourrait se passer si de jeunes sorciers tombaient sur des romans d'aventure moldus et s'ouvraient naturellement à leur perspective. Le fait que des nés-moldus figurent parmi les libraires assurait qu'ils puissent correctement répondre aux questions de leurs clients sur le monde moldu et ce qu'ils souhaitaient découvrir à son sujet : astronomie, physique, chimie, biologie, philosophie… tant de possibilités qu'il avait lui-même explorées parce qu'il avait été confronté à ce monde de force, en raison de sa condition.
L'école était un pas plus lent et considérablement plus ambitieux. Même avec un nombre réduit d'élèves, Harry pourrait influencer les esprits les plus jeunes et potentiellement encourager un changement de mentalités qui se diffuserait inexorablement à Poudlard. Les maisons pouvaient diviser bien sûr mais comment un enfant de sang-pur pourrait-il considérer comme inférieur l'enfant né-moldu qu'il avait côtoyé pendant cinq ans, à apprendre les mêmes choses, à vivre ensemble les mêmes expériences ?
- Qu'en penses-tu, Remus ? Demanda Harry avec un sourire.
- Je trouve tes projets très intéressants, Harry et je ne doute pas qu'avec le soutien de Gringotts tu puisses les financer. Toutefois, quel serait mon rôle dans tout ceci ?
- Ce serait à toi d'en décider, les possibilités sont multiples. Tu as été un excellent professeur à Poudlard et tu connais le monde moldu comme le monde sorcier. Cela te qualifie tout à fait pour enseigner dans ma future école voire pour en être directeur. Je sais que tu as eu de précédentes expériences dans le monde moldu, notamment de petits boulots dans des journaux et dans des commerces donc tu pourrais également travailler pour mon journal comme pour le réseau de librairies. Je souhaite vraiment t'avoir à mes côtés, déclara le jeune Potter avec assurance.
Remus fut touché par la proposition d'Harry et frappé par le souvenir qu'il déclencha chez lui. Il se remémora l'une de ses premières interactions avec James lorsqu'ils se trouvaient à Poudlard, quelques jours après le commencement de leur première année. Le Gryffondor était venu le trouver parce qu'ils allaient former un groupe de travail pour un devoir commun en sortilèges. James lui avait dit qu'il avait repéré son talent lors de précédentes classes et qu'il le voulait dans son groupe de travail et que Remus aurait sa voix au chapitre pour décider de la thématique sur laquelle ils travailleraient. Cela avait marqué le début de ce qui était devenu une longue amitié.
- J'accepte volontiers de travailler avec toi, répondit Lupin avec un doux sourire.
- Parfait ! Parlons un peu avantages et rémunérations. Contrairement à ce que tu pourrais penser, je ne m'attends pas à ce que tu travailles pour la gloire, déclara l'adolescent d'un ton malicieux.
Remus fut gêné par l'évocation de ce point. Il habitait dans un petit logement en location grâce à des emplois qu'il faisait par-ci, par-là et par les heures de baby-sitting que Lily et James lui rémunéraient pour garder Rose. Il ne roulait pas sur l'or mais il arrivait à vivre décemment en étant économe.
Harry fit glisser un papier en direction sur la table qu'il regarda.
- 2 000 Gallions ? Comme salaire annuel, c'est tout à fait raisonnable, déclara Remus en songeant que l'apport de 83 ou 84 Gallions mensuels lui permettrait d'augmenter son niveau de vie et probablement de trouver un appartement un peu plus grand.
- Non, Remus, c'est le montant mensuel du salaire, répondit le Gryffondor avec ce même sourire malicieux aux lèvres.
Le cœur de Remus rata un battement. Il avait forcément dû mal entendre. Même un Auror devait être payé à peine 800 ou 900 Gallions par mois en moyenne. 2 000 Gallions par mois équivalait à 24 000 Gallions à l'année, soit 120 000 livres sterling par an !
Le lycanthrope resta bouche-bée, incapable de faire sortir le moindre son de sa gorge. Comme si cela ne suffisait pas, le garçon aux yeux verts poursuivit calmement.
- Il s'agit bien évidement d'une rémunération de base. En tant qu'associé, tu auras des parts dans chacune des trois entreprises et les dividendes associés. Voilà pour ce qui concerne l'argent à proprement parler. Il y a aussi des avantages en nature, pour certains à effet immédiat et pour d'autres un peu plus tardifs. Voici le plus immédiat.
Harry sortit un petit coffret de ce qui devait être un sac sans fond, avant de le tendre à Remus. Celui-ci laissa sa curiosité prendre le dessus sur sa catatonie et l'ouvrit. Il contenait une dizaine de fioles transparentes, au liquide légèrement bleuté.
- De quoi s'agit-il ?
- Ce sont des doses de potion Tue-Loup.
Plus encore que ses conditions salariales, ce geste toucha profondément Lupin. Il n'y avait rien de pire pour lui que d'attendre la peur au ventre chaque mois de savoir s'il n'avait pas tué quelque innocent au cours de sa transformation. Il pouvait encaisser la douleur de la transformation et les blessures qui ne manquaient pas d'apparaître lorsqu'il reprenait ses esprits mais la moindre pensée qu'il ait pu blesser quelqu'un lui était insupportable.
Pour autant, il n'ignorait pas que cette potion était extrêmement difficile à préparer et que ses ingrédients étaient hors de prix.
- Comment… commença-t-il mais sans arriver à formuler sa question en entier.
- Disons que j'ai rencontré M. Belby et nous avons convenu d'un arrangement pour un futur projet, dont je te parlerai lorsqu'il sera un peu plus avancé. Sache seulement que l'accord que nous avons conclu comporte une clause selon laquelle M. Belby et ses assistants préparent à mon attention autant de potion Tue-Loup que je leur demanderai. C'est pourquoi je compte en proposer comme avantage en nature à tous mes futurs salariés atteints de lycanthropie, à condition qu'ils s'engagent par écrit à boire les doses et non à les vendre, expliqua Harry.
Fixant les yeux émeraude de son jeune interlocuteur, Remus y vit de l'ambition mais pas tournée vers lui-même. Le garçon voulait changer le monde sorcier à une échelle qui n'avait pas été tentée depuis la jeunesse du professeur Dumbledore. Le Maraudeur ignorait s'il y parviendrait mais il avait envie de croire en son rêve et de l'aider à le réaliser. Tant que le Gryffondor servirait la cause de l'égalité entre les sorcières et sorciers de tous héritages et de tous milieux sociaux, Remus serait à ses côtés.
- Quand puis-je commencer ? Demanda l'ancien professeur d'un ton plus assuré, où pointait son amusement.
- Dès demain, si tu le souhaites. Ton contrat de travail t'attend à Gringotts, tu peux prendre le temps que tu voudras pour le lire. Si tu le signes, un coffre hautement sécurisé sera ouvert à ton nom gratuitement, c'est l'un des autres avantages en nature, répondit Harry sans se démonter.
Le lycanthrope eut l'impression que le Gryffondor avait très bien préparé son coup. Cela ne changea pas sa décision pour autant, même s'il lirait très attentivement le contrat qui l'attendait à la banque gobeline. Il serra la main de l'adolescent, qui commanda deux nouveaux chocolats chauds.
- Je crains que Rose ne soit pas en état d'en boire un, remarqua Harry avec un regard affectueux sur la petite fille endormie sur ses genoux.
- Elle t'apprécie beaucoup. C'est pour elle que tu souhaites créer cette école, n'est-ce pas ? Demanda l'ancien professeur avec douceur.
- En partie, oui. J'aimerais qu'elle ait un endroit où s'épanouir avec d'autres enfants et apprendre à connaître le monde moldu et les autres espèces magiques sans préjugés. Je souhaite aussi que d'autres enfants puissent éviter ce que j'ai vécu chez mon oncle et ma tante. Tous les enfants n'ont pas la chance d'avoir un Remus Lupin dans leur vie, conclut Harry avec philosophie.
Remus savait que ce n'était pas une remontrance personnelle à son égard. Le ton de l'adolescent indiquait un sens plus large. Beaucoup de jeunes sorcières et sorciers nés-moldus grandissaient sans rien connaître de la magie et de la culture sorcière avant leur onzième anniversaire, ce qui les mettait en décalage avec leurs camarades qui avaient grandi dans des foyers sorciers. A contrario, les sorcières et sorciers nés dans une famille de sorciers dépourvue de nés-moldus ou de moldus connaissaient souvent très peu le monde moldu et répercutaient sur leurs camarades les préjugés de leurs parents, qu'ils soient négatifs comme les Mangemorts et autres puristes, ou se voulant positifs mais basés sur l'ignorance, comme les Weasley.
- Trinquons alors à la nouvelle génération de sorcières et sorciers pour qui Harry Potter va changer l'ordre établi.
- Je trinque à leur santé mais ce sont Harry Potter et Remus Lupin qui vont mettre les habitudes du monde sorcier sans dessus-dessous, répliqua le Gryffondor en levant sa tasse de chocolat chaud.
Lupin ressentit quelque chose qu'il pensait avoir perdu à sa sortie de Poudlard : de l'espoir. Il se sentait comme un Maraudeur à nouveau, le cœur rempli de joie et d'excitation à l'idée de relever de nouveaux défis mais surtout, il avait l'impression d'avoir un rôle à jouer, qui allait influer sur le cours des choses et bouleverser – il l'espérait pour le mieux – les vies de nombreux gens.
Lunard reprenait du service.
Assis à son bureau, le directeur de Poudlard retira ses lunettes et se pinça l'arête du nez. Il avait décidément beaucoup à faire et les gobelins ne lui laissaient toujours aucun répit avec leurs sollicitations au Magenmagot et à la Confédération Internationale des Mages et Sorciers, s'amusant à jouer avec ses nerfs en modifiant continuellement les dates de séances lorsque celles-ci étaient arrêtées. Ce n'était pas très contraignant pour le personnel respectivement basé à Londres et à Genève mais pour Albus, il s'agissait d'un casse-tête perpétuel.
Heureusement, tout se passait à merveille à Poudlard, à l'exception de la surprise de voir les frères Potter tous deux choisis pour participer au Tournoi. Le professeur avait craint que le nom de Ryan puisse en sortir, il s'agissait après tout d'une parfaite opportunité pour attenter à ses jours, comme l'avait souligné Alastor. En revanche, la participation d'Harry était une réelle surprise. En dépit du geste inconsidéré de Sirius, les chances qu'un élève de quatrième année puisse être choisi par la Coupe de Feu à la place de condisciples plus âgés et plus expérimentés étaient extrêmement faibles. Autant Albus souscrivait à l'hypothèse d'Alastor selon laquelle Ryan avait été choisi parce que la Coupe l'avait considéré comme le seul candidat d'une quatrième école imaginaire. En revanche, l'autre Potter avait clairement été choisi pour représenter Poudlard, ce qui signifiait que par rapport à tous les élèves de cinquième, sixième et septième année qui avaient mis leur nom dans la Coupe, l'artefact avait jugé Harry le plus méritant.
Ce constat lui donnait matière à réfléchir mais jusque-là, il n'avait pas trouvé d'explication qui le satisfasse, en dehors peut-être de la possibilité que la confusion causée par la candidature de Ryan Potter pour une quatrième école ait eu pour effet secondaire de favoriser un autre Potter pour Poudlard.
Les préparatifs de la première épreuve se passaient aussi sans difficulté. Les dragonologistes, parmi lesquels figurait le jeune Charlie Weasley, étaient arrivés sans encombre à Poudlard avec les quatre dragons endormis. Madame Maxime et le professeur Karkaroff avaient déjà remarqué quelque chose d'inhabituel mais jusqu'ici, ils n'avaient pas découvert la nature de la tâche. Il restait encore un peu plus d'une semaine avant la première épreuve et il supposait que tous deux découvriraient tôt ou tard ce dont il s'agissait.
Fort heureusement, les deux Potter ne seraient pas désavantagés. Au cours d'une discussion avec Hagrid, il avait eu le sentiment que le demi-géant hésitait à révéler la nature de l'épreuve aux deux Gryffondor et Dumbledore avait – avec ce double langage qui lui était si cher – indiqué que pour une bonne et noble cause, en mesure de sauver des vies, une petite infraction qui ne faisait de mal à personne n'était pas bien grave. Nul doute qu'il finirait par leur en parler tôt ou tard.
Les frères Potter semblaient d'ailleurs s'être quelque peu rapprochés. C'était tout du moins l'impression qu'il avait eue de leur interaction lors de l'Examen des baguettes réalisé par son vieil ami Garrick. Si Harry avait fait ce premier pas de la réconciliation vers Ryan, Albus espérait que d'autres suivent envers les époux Potter. D'ailleurs, il avait fermé les yeux sur la sortie clandestine du jeune Harry de Poudlard à Pré-au-Lard, une semaine avant la sortie officielle que l'école avait programmée, précisément parce qu'il y avait rencontré Remus Lupin et la petite Rose. Le directeur ignorait la nature de leur conversation mais il voyait dans ces éléments autant de signes encourageants que la détente s'était amorcée entre le jeune Harry et sa famille et qu'à terme, ils parviendraient soit à remporter le procès, soit à lui faire abandonner sa nationalité gobeline.
Il était en train de se préparer une infusion à la camomille quand le feu de sa cheminée prit vie avant de révéler le visage paniqué de son vieil ami Elphias Doge.
- Bonsoir Elphias, qu'est-ce qui t'arrive ? On dirait que tu as vu une mandragore.
- Albus ! Le courrier du ministère te sera envoyé demain mais j'ai préféré te prévenir aussi tôt que possible ! S'exclama Doge avec empressement.
- Calme-toi et prends une profonde inspiration. Explique-moi de quoi il s'agit. Il est arrivé quelque chose au ministère ?
Il n'y avait pas de séance du Magenmagot programmée aujourd'hui donc le vénérable sorcier supposait qu'un événement était survenu au ministère de la magie. Ce dernier prit quelques instants pour se calmer avant de reprendre la parole.
- Après nous avoir fait attendre pendant des lustres, les gobelins viennent de compléter leur partie de la procédure en un temps record ! Le procès pour le jeune Harry que nous attendions pour décembre ou janvier à cause d'eux est finalement avancé !
- A quelle date est-il programmé ? Demanda Albus, dont le sang se glaça en apprenant la nouvelle.
- Dans deux jours ! Il faudra prévenir d'urgence James et Lily… mais pourquoi diable ont-ils changé de stratégie ? Je croyais qu'ils voulaient gagner du temps !
Albus avait sa petite idée sur la question. Les gobelins avaient fait traîner les choses en longueur pour construire le dossier le plus solide possible face aux Potter. Cependant, le dépôt du nom d'Harry dans la Coupe de Feu par Sirius Black, ami de la famille et surtout parrain désigné par Lily et James, contre la volonté de l'adolescent représentait du pain béni pour le président Ragnok.
- Je vais les prévenir, merci d'avoir fait si vite, Elphias, dit-il à son ami d'enfance en allant chercher son manteau.
Il devait voir les Potter de toute urgence et espérer qu'ils seraient prêts. Les gobelins n'étaient pas réputés pour leur pitié, au combat comme en affaires.
